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La Taverne

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Forum > La Taverne > RAG`N MAG`MOR, F`TAGHN

Le Cuhlte

09/05 (13:51)

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Organisation Secrète

Empire Brun

"Bordel, c'est une vraie boucherie."
Le Lieutenant-Chevalier Targ ne s'y trompe pas. Désormais, le salon de rasage Ruthvène ressemble plus à la chambre froide sordide d'un artisan traiteur qu'à l'escale de bien être et de beauté masculine qu'elle représentait autrefois.
"Il y en a partout. Ca va nous prendre des semaines pour analyser tout ça. Sans même parler de la paperasse."
Targ soulève un morceau de tissu collé dans un caillot de sang avec le bout de son stylo. Derrière lui, les agents de police repoussent les curieux et déroulent un bandeau vert et jaune pour délimiter la scène de crime.
"Vous pensez que c'est eux ?" lance une blonde décoloré en uniforme bleu.
Targ balaye encore une fois des yeux l'endroit.
"Rien qu'à l'odeur, je pourrais vous répondre."
Un grand baraqué sort de l'arrière salle en se tenant un mouchoir sur le nez.
"Inspecteur Targ, vous devriez voir ça."
Les membres de l'équipe se figent tandis qu'un silence pensant s'installe. Targ se relève et d'un signe de tête, intime à son équipe de le suivre.
Ils enjambent les corps démembrés de plusieurs locaux venus se faire raser de près et pénètrent dans l'arrière boutique du barber shop.
"Par la putain de Dame du Lac..."
Au mur face à eux, une gigantesque inscription faite avec du sang : "MAGMOR`RYU`GLUG".
Le détail artistique est poussé à son paroxysme : un crâne est posé au sol et des tripes sortent de ses mâchoires, lui formant comme des trompes, ou des sortes de tentacules.
La blonde décolorée sort brusquement pour vomir.
Targ attrape son téléphone et envoie directement les photos au bureau spécial.
"Passez moi l'inspecteur Gaultvain. Je crois que la piste qu'il suivait vient finalement de se révéler au grand jour."
Les membres de l'équipe se regardent mutuellement, se demandant qui va finalement finir par annoncer la nouvelle au Lieutenant-Chevalier Targ.
"Monsieur ?"
"Oui ?"
"L'inspecteur Gaultvain s'est donné la mort ce matin".
Le visage de Targ se fige.
Derrière lui, les lumières bleues et rouges des véhicules d'urgence balayent l'inscription macabre laissée au mur.

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Bonjour,

Comme convenu, voici le rapport n°055-6 que vous m'aviez demandé. Bien que je ne conçoive pas l'utilité de ce rapport étant donné les circonstances actuelles, je me suis permis d'y ajouter mes notes personnelles ainsi qu'un bref résumé de la situation comme l'avait dressé Sieur Arnold à l'époque.
J'espère que votre femme s'est bien remise,
En attendant de vous revoir aux célébrations de fin de semestre,

Cordialement,

Angelico A.

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Rapport d'enquête sur la dérive sectaire brune : RAPPORT N°055-6 (Pièces-Jointes).



Les rapports d'enquête faisant état de l'existence d'une secte invisible vivant au sein du Royaume de Ruthvénie remplissent à eux-seuls une étagère complète dans le service des archives du Ministère. De manière inquiétante, une bonne partie des enquêteurs font état de dérives graves et d'abus divers. La secte a été décrite pour la première fois par le chevalier-enquêteur Gaultvain de Moldavie, mandaté à l'origine par le Royaume pour lutter contre l'apparition de groupes de pression étrangers et pour surveiller le développement des activités des différentes églises non-approuvées qui fleurissent au sein du RR.

Son enquête démarre fortuitement par le relevé d'étranges phénomènes -.

Moldavie - sous le 7ème règne. Dans cette région, plusieurs nobles se plaignent du comportement de certains serfs, qui prennent peur et n'accomplissent plus leurs tâches quotidiennes. Après quelques semaines d'investigations de terrain et plusieurs interrogatoires pour la plupart infructueux, le chevalier-enquêteur Gaultvain remonte finalement la trace d'un groupement sectaire particulièrement étrange : plusieurs individus encapuchonnés, complètement invisibles à la société se regroupent régulièrement dans la clandestinité.
Rapidement, Gaultvain se met à développer un véritable intérêt pour ce groupement secret, certains disent même qu'il devient complètement fasciné par eux. Il passe la plupart de son temps à reproduire des schémas, à faire des prélèvements. Il poursuit son enquête tant et si bien que sa hiérarchie décide qu'il est temps de lever le pied.
Gaultvain doit se reconcentrer sur sa tâche première, éviter de perdre du temps sur une piste qui ne comporte que des dessins et des soupçons.
L'ordre est mal reçu par l'enquêteur. Il sombre dans une intense dépression, suivi d'une véritable paranoïa dans laquelle il s'imagine que les membres de son agence sont remplacés par certains de ces êtres étranges qu'il poursuit. Puis il se met à les voir partout, à prétendre que la fin du cybermonde se rapproche et finit par mettre fin à ses jours dans de tragiques circonstances.

La mort de Gaultvain pousse certains de ses anciens collaborateurs à reprendre ses travaux et à explorer la piste laissée en Moldavie.
Mais à chaque tentative de pousser les investigations plus avant, celles-ci s'arrêtent précocement - chaque membre de l'agence étant chaque fois confronté à un problème différent : glissade dans l'escalier, perte des données, découragement professionnel, troubles digestifs...
Enquêteur après enquêteur, la piste finit par récolter le désaveu de l'agence qui épuise ses hommes à ne récolter que le "pas grand chose".
Après quelques mois, finalement, les investigations cessent définitivement.

Seul vestige de ces semaines d'enquête, subsiste encore le dernier rapport de Gaultvain, conservé à titre d'exemple d'un développement de personnalité paranoïaque et utilisé dans la formation des nouvelles recrues au sein du service d'enquête.

Je me suis permis de l'ajouter au dossier.

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Pièce Jointe n°1 - Dossier n°055-6 - Dernier Rapport de l'Enquêteur-Chevalier Gaultvain.

Ce qui suit est la retranscription d'un enregistrement audio, laissé sur l'une de nos lignes confidentielles.

EC_Gaultvain :
"Rapport journalier, 21h56.
A présent, j'en ai la complète certitude : les poulpes sont partout. Ils ont infiltré jusqu'à la plus fine couche de la base de notre société et leurs ramifications remontent jusqu'au plus haut sommet du Royaume. Désormais, le rythme de leurs réunions s'accélère et celles-ci se déroulent avec de moins en moins de précautions. C'est cette baisse de vigilance de leur part qui m'a permis - il y a deux jours - de pénétrer le repaire principal et de prendre des notes sur les différents éléments sur place.
Si cette expérience ne m'avait pas glacé le sang et apporté avec elle son lot de terreurs et d'insomnies, je dirais que c'est une des plus grandes avancées de notre agence depuis bien longtemps dans sa lutte contre le paganisme brun.
Il semblerait que mes craintes qu'un évènement majeur soit attendu par cette secte soit bel et bien de loin dépassées. Ils se réunissent en vue de préparer non pas notre Royaume - mais le cybermonde entier - à son anéantissement.
Partout sur les murs de ce sordide endroit, on peut déchiffrer leur langage obscène et malveillant. L'extraordinaire complexité des caractères qu'ils utilisent ne me permet pas encore totalement de comprendre tout ce qu'il s'est échangé en ces lieux mais ils viennent entériner le fait qu'il s'agit bien plus d'une organisation souterraine complexe que d'une simple secte.
Les mêmes motifs, les mêmes dessins, tous semblent s'orienter vers la fin de tout ce que nous connaissons et vers l'apparition d'un être suprême qui anéantirait tout ce qui nous est le plus cher.
Je...
Je crois qu'il faut que je vous informe également de certains phénomènes :
D'abord je pense que le commissaire d'Adalbograd m'empêche d'avancer dans mes enquêtes. Lui et ses hommes n'ont de cesse de me verbaliser, de révéler mes planques et d'attirer l'attention sur moi alors que j'essaie de passer aussi inaperçu que possible. Dernièrement, je l'ai même vu en compagnie d'autres membres de la société que je sais être également proche des poulpes.
Il faut impérativement que quelqu'un s'occupe du commissaire !
Et euh..
Certains de mes documents - des preuves irréfutables ! - ont mystérieusement disparu. Alors qu'ils étaient à ma disposition dans le plus grand secret à l'intérieur d'un coffre-fort dont personne n'avait - je le pensais - la connaissance, les voilà envolés !
Je ne peux pas penser à un seul coupable. C'est comme si quelqu'un était directement entré dans ma tête pour obtenir cette information...
Et il y a également mon assistante, Dorothée. Je ne la reconnais plus.
Elle qui était si affable et douce, la voici devenue froide comme la mort, quasi robotique, comme un zombie.
Elle agit véritablement de manière très étrange et sa voix me semble même être différente.
Pour dire vrai, je crois qu'elle a été remplacée par un faux d'elle-même ou quelque chose comme ça. Je sais que ça paraît dingue mais...
J'ai dû la mettre à la porte, je ne pouvais plus la voir et son attitude me faisait peur.
En vérité, tout me fait peur ici et j'ai l'impression de moi-même ne plus me reconnaître tout à fait.
Je sursaute au moindre bruit... Qu'un seul évènement sorte de la routine de cette ville et je me vois immédiatement le mettre en lien avec mon enquête. Tout me paraît suspect. Tout, et tout le monde.
Je ne mange plus, je ne dors plus.
Je suis à vrai dire terrifié et je crois qu'avec cette enquête sonne ma propre fin.
Je me suis fixé un dernier effort, après lequel je compte bien tout lâcher et prendre du repos.
Je me dois de retourner dans leur repaire une dernière fois. Mon ultime objectif est de poser un appareil d'enregistrement - j'ai pensé à une vidéo caméra ou un appareil à auto-déclenchement... - n'importe quoi qui pourrait donner à ma hiérarchie la preuve irréfutable que mes semaines de travail ici ne sont pas vides de sens.
Une fois cette dernière mission accomplie, je reviendrai directement à Ruthvenville pour faire mon rapport et transmettre les images obtenues.
Nous verrons bien si le Chevalier-Enquêteur Gaultvain mérite ou non sa réputation.
22H04 - Fin du rapport.


[ce message a été édité par Le Cuhlte le 09/05 à 14:05]

Le Cuhlte

12/05 (18:27)

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Organisation Secrète

Empire Brun

Les gardes forestiers d'Adalbograd sont en grève depuis maintenant plusieurs jours. Tous, terrifiés, refusent de retourner dans la forêt qui borde l'arrière cour du palais du Gouverneur.

D'abord, il y eut les animaux.
Ils sortirent, comme affolés, des sous-bois pour envahir les premiers pâtés de maisons de la ville.
Loups, cerfs et mêmes lianes étrangleuses... Tous semblaient mus par la même volonté de fuir leur abri naturel.
Comme si un sombre prédateur y était entré pour les en chasser.

Ensuite, vinrent les bruits.
Des sortes de raclements gutturaux, audibles la nuit.
Des sons qui venaient ni de la bête, ni de la machine, ni de l'homme.
Les chasseurs, appelés pour éclaircir le phénomène, ne revinrent jamais.

Puis les quelques bûcherons qui osaient encore s'aventurer dans les premiers mètres des sous-bois, trouvèrent un édifice en ruine.

Une sorte de temple - qui semblait ancien mais qui pourtant n'avait jamais été observé jusqu'ici -.
Un temple semblant consacré au Dieu Naar... Mais tous les bûcherons furent formels sur ce point : le lieu n'était pas propice à l'adoration des démons.
Il semblait d'avantage comme habité d'une pourriture plus profonde encore que Naar, plus ancienne.
Une sorte de moisissure, de poisse.
A l'intérieur, les idoles en pierre des démons étaient toutes soit brisées, soit recouvertures d'une sorte de pigment rouge (ou de sang de bête ?) leur barrant les yeux ou les oreilles.
Comme si - certains bûcherons le pensaient - les démons eux-mêmes étaient aveugles à la noirceur de ce qui habitait le cybermonde, avant sa création.

Enfin, les mêmes hommes trouvèrent un livre, passablement abîmé.
Impossible de savoir si ce livre fut autrefois celui des adorateurs de Naar qui occupait cette chapelle, jusqu'ici passée inaperçue, ou bien s'il avait été laissé là par ceux venus vandaliser les lieux.
Deux pages retinrent l'attention des spécialistes et des graphologues.

La première, un croquis, dont la recolorisation donne ceci :



Et l'autre, un texte étrange, dénué de toute introduction, dont voici un extrait :

H’athg lloig phlegeth cee llll naep, grah’n ep wgah’n shagg, ‘fhalma ya ‘fhalmanyth athg. Llll wgah’n lw’nafh phlegeth shagg ftaghuoth mg ‘bthnk syha’h nnnvulgtm vulgtlagln, bug mg ooboshu throd sll’ha c’fhalma ‘fhalma wgah’n, fm’latgh shtunggli fhtagn phlegeth wgah’n kadishtu. R’luh h’ftaghu s’uhn ilyaa nglui, ngsyha’h phlegeth sgn’wahl ‘fhalma ooboshu shogg, ph’n’ghft chtenff ehye phlegeth. Ehye ep vulgtm nnnch’ k’yarnak nghafh’drn y’hah, shtunggli lloig syha’h phlegeth shugg chtenff h’kn’a, lw’nafh kn’a sgn’wahl uh’e ‘bthnk naya shtunggli. Magmor ooboshu h’n’gha orr’e ee hafh’drn lw’nafh hupadgh, ch’ y-ehye chtenff ebunma uln fhtagnagl sll’ha, gof’nn ch’ wgah’noth gotha ‘fhalma cllll cfm’latgh.
S’uhn ehye hlirgh uh’e nali’hee y-uln ebunma hupadgh nw ‘fhalma nglloig, s’uhn ‘fhalma y-uh’e mg n’gha hai naflgnaiih goka R’lyeh ph’nglui, hai lloig kn’a ngnw f’y’hah ch’ vulgtlagln n’gha.


Les spécialistes du langage sont toujours sur sa traduction.

[ce message a été édité par Le Cuhlte le 16/05 à 16:10]

Compilateur

13/05 (13:02)

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Au grand lointain du désert glacial de Bananie, un être semble sortir du sable comme un ver se tortillant pour s'extraire d'une emprise... Il se lève et s’époussète, un grand son éclate en plein air :


« Ooooh boy ! »


Un son qui sentait bon la liberté.
La créature se déplaça en sautillant dans le désert au glacial pulvérisant, tel un poulpe dans un milieu aquatique, palpant l'air comme s'il était capable d'attraper les grains de sables, parlant de grain, c'est ce que se disaient les voyageurs quand ils remarquèrent un bouffon au milieu du désert s'il en avait pas un gros celui-ci dans la chose qui lui sert de caboche !


"Oh, oh oh oh ! Voilà des visiteurs ! Regardez, je vais faire apparaître dans votre main votre raison de vivre..."

Un petit tour de la main alors qu'il avait refermé le poing du passant, qui semblait clairement mécontent d'être gêné par un taré pareil, trois secondes plus tard, le bouffon r'ouvrit la main du concerné.

"Tadaaaa ! Comment ça il n'y a rien ? Eh bien cela me semble assez logique, vous n'avez aucune raison de vivre, vous devriez aller dans l'immédiat vous suicider de 13 coups de fusil à pompe dans la nuque mon bon monsieur ! Oh boooy ! "

Il s'en alla sur la route, continuant de chanter à tue-tête : "Les pompes qui rompent sont ceux qui nous trompent !", pour les passants, ce n'était ni amusant voir même carrément délirant, qui était cet abruti fini ?

Pas plus longtemps après, on cru entendre des chasseurs dans les forêts s'exclamer de sorcellerie, leurs fusils de chasse tiraient des paillettes et des confettis ! Un sale rigolo aurait visiblement changé les cartouches de manière totalement anonyme et avec une grande dextérité ! Le tout pour son propre plaisir car très rapidement on vit circuler des vidéos du genre "Confettis versus Grizzly, CA TOURNE MAL".

Naturellement, cet être totalement chaotique et dont la folie et la manière de réfléchir fluctue selon la température ambiante et la position des astres et de comment il a soulevé votre grand-mère hier soir l'amena à se diriger vers un unique lieu : La forêt de Moldavie.

Inconnu de lui, on catégorisait le lieu de "Dangereux" ou encore "Seuls des fous furieux sans espoirs de vivre iraient dans ces bois !".
Eh bien.


"Oh boy, je suis déjà tellement mort à l'intérieur, je crois que c'est pour moi cet endroit !"

Il s'y enfonça, chantant à tue-tête : "L'Équation des Élections est Fornication plus Stabellisation ! Surtout en Kraland !"

[ce message a été édité par Compilateur le 13/05 à 13:14]

Le Cuhlte

16/05 (16:08)

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Empire Brun

Arnolfo de B.,
Docteur en Sciences Exactes,
Sujet de sa majesté,

Madame,

J’ai très longtemps hésité à prendre ma plume pour vous écrire.
Je crois que le choses ont dernièrement pris une tournure si inquiétante et si soudainement précipitée que cette hésitation qui m’habitait s’est aujourd'hui envolée et c’est ce pourquoi je franchis le pas et fait couler mon encre.

Les derniers évènements qui se sont déroulés à Adalbograd ont achevé mon scepticisme à l’égard de ces histoires d’hommes-poulpes dont l’existence était farouchement niée par les divers rapports du Département des Sciences Occultes.
Ces mêmes rapports, je les ai bien en tête. Je dois même dire qu’avec mes dernières expériences - dont l’horreur me fait reporter le récit dans la suite de ces pages -, j’ai même tant lu et relu ces feuillets que leurs mots sont imprimés dans ma mémoire.
Sur plusieurs centaines de pages, les experts du DSO s’évertuent à démontrer l’inexistence de créatures aussi cauchemardesques qu’impossible à concevoir.
Ils passent ainsi en revue les rumeurs laissant entrevoir des réunions secrètes qui se tiendraient dans la forêt d’Adalbograd, non loin du cimetière.
Ils écartent avec une énergique fermeté les allusions d’expérimentations clandestines qui auraient pour objectif de distordre les chairs et créer des êtres nouveaux, hybrides d’espèces très éloignées entre elles.
Hélas !

Car pourtant je dois vous l’avouer, j’ai fait une rencontre qui vient remettre en cause toutes ces réfutations et accréditer les thèses les plus sordides.
Voilà deux jours - depuis lesquels je ne trouve plus le sommeil - je fus invité au gala semestriel d’Adalbograd en tant que représentant de l’étude des Sciences.
Là bas, je fis d'abord la rencontre du plus étrange des docteurs.
Ses traits étaient ceux avec lesquels les feuillets de propagande dépeignent des médecins fous qui tiennent les sombres Kamps de la Mort dans les provinces reculées de la République de Kraland.
Son abord fût - quant à lui - des plus chaleureux. Entre hommes de sciences, le Dr Ichii - c’était son nom - m’entretint d’un certain nombre de faits nouveaux dont j’ignorais alors tout et notre discussion pris en premier lieu une tournure des plus agréables.
Sa connaissance des arcanes de la biologie et de la modification du génome me stupéfièrent. Il me sembla en apprendre plus en quelques minutes de conversation que durant tout le semestre de physiologie renforcée que les anciens de l’Académie nous ont maladroitement fourni.
Très vite pourtant, il me sembla entrevoir chez mon interlocuteur une noirceur insondable. Comme si l’étalage qu’il faisait de ses larges connaissances n’avait pour objectif - non de susciter ma curiosité - mais de faire naître en moi les mêmes desseins horribles qu’il avait pour lui-même et n’avait encore osé me révéler.
Au fur et à mesure de mes questions, notre conversation glissa dans un univers poisseux et morbide.
Je crus d’abord que c’était l’effet de la liqueur moldave - que je buvais en quantité avec le bon docteur - qui me faisait avoir ces sombres idées, mais très vite je vis qu’il n’en était rien.
Le Docteur Ichii avait avec lui un panel de photographies que je regrette d’avoir regardé. Sur une demi-douzaine de clichés noir et blanc, très mal cadrés : des tables de dissection, des blouses couvertes de liquides sombres et des êtres impossibles.
Car, Madame, je sais aujourd’hui que j’ai vu les monstres qui peuplent les forêts de derrière le duché. Des êtres sans visage, avec d’horribles tentacules qui pendent en lieu et place du menton. Mais aussi des sortes d’animaux domestiques, avec bien plus d’yeux et de crocs que la Dame du Lac n’en voulait dans sa création originelle. Des hominoïdes, affublés d’épouvantables membres surnuméraires ou de grossières difformités.

Le docteur Ichii, dont je pris congé rapidement, semblait lui très à l’aise avec l’objet de ses travaux.
Et en le quittant - en même temps que cette soirée dont je n’avais plus le goût - il me sembla qu’il souriait en ma direction et qu’il leva son verre pour me saluer au moment où je poussais les portes de la réception.
Depuis ce jour, je ne cesse de revoir ces horreurs qu’il m’a fièrement montrées ; ainsi que son terrible sourire, qui pouvait paraître - pour tous ceux qui n’avaient pas suivi notre conversation ce soir-là - des plus honnêtes et des plus sympathiques.

Madame, je dois vous avouer que désormais je crains pour l’avenir de la Moldavie.
En attendant des jours meilleurs,
Fidèlement votre,

Arnolfo.

Post-Scriptum : je crois que ces histoires de mutations me montent aujourd’hui à la tête car je me sens suivi et épié. Je ne cesse de remarquer d’infimes changements dans l’organisation de mes papiers. Si bien que je pense quitter la province dans les plus brefs délais. Aussi il est possible que vous m’ayez déjà vu avant d’avoir pu recevoir cette missive.


[ce message a été édité par Le Cuhlte le 16/05 à 16:12]

Le Cuhlte

24/05 (12:17)

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Organisation Secrète

Empire Brun

Un-Deux.
Un-Deux.

OK.

Petit enregistrement qui me servira de base à l’établissement de la vérité.
Il est 22h47.

« Le monde est ancien », me répétait-il.
Dès qu’un évènement semblait un peu bizarre ou que quelque chose d’inexplicable survenait, on y coupait pas.
« Le monde est ancien ».
Systématique.
Comme s’il y avait eu tant et tant de choses avant nous - avant les bactéries qui créèrent la vie - avant l’apparition des mers - avant même la formation du cybermonde…
Je n’y ai jamais cru. Même petit.
J’ai toujours été un féroce admirateur de la raison. Pour moi, rien ne vaut la preuve.
Le P qui doit être inférieur à une valeur, la plus petite possible, pour que l’on puisse affirmer avec force que toute élucubration n’est pas le résultat du seul hasard.
« Le monde est ancien ».
Mon cul sur la commode.
Mon père - dont le corps a à présent totalement rejoint la terre du cimetière de Ruthvenville - pouvait vraiment être un sacré emmerdeur.
Et ma soeur !
Las.
Ma soeur était toujours épouvantée par toutes ses histoires... Toutes plus folles les unes que les autres !
Car mon père était de ceux qui avaient un talent fou pour mettre le bordel dans la tête des autres, et surtout des plus faibles. Comprenez : ma soeur est vraiment une huître pour continuer - même encore aujourd’hui ! - à croire à tout ça.
Le monde n’est pas ancien et nous en savons tout.
Plus la science l’éclaire de sa lumière brûlante de vérité et plus celui-ci nous semble petit et rabougri. Dénué des mystères que nous pouvions lui conférer par le passé.
Alors désormais que rien ne semble grand et beau et que notre cerveau ait éclairé le ciel et n’y ait trouvé aucun dieu, le monde nous paraît bien plat et terne. Et nous nous raccrochons à ce que nous pouvons pour éviter de voir que nos existences ne sont que le fruit d’un accident qui avait relativement peu de chances d’advenir.
Et donc il se trouve encore des gens - comme mon père autrefois - pour trouver des angles morts et des zones d’ombre où faire pousser leurs graines de folie et faire germer le chaos dans les pensées mal construites de quelques asociaux.

Sitôt que j’ai entendu parler des évènements à Adalbograd Moldavie, j’ai su qu’il fallait que quelqu’un se charge de faire la lumière sur cette zone d’ombre pour ne pas que d’autres voient là la possibilité de fuir la froide réalité pour aller se réchauffer auprès de fantômes et de mythes. Rien ne m’est plus insupportable que la facilité de l’être humain à se réfugier dans l’abri du rêve. Nous avons besoin d’adultes qui regardent le réel. Pas d’une bande de décérébrés qui se cajolent dans de stupides croyances !
Dès mon arrivée dans la ville, je fus saisi par l’incroyable proportion qu’avait pris la rumeur.
Des gens - sûrement pris d’hystérie collective - avaient même fait des graffitis obscènes sur plusieurs frontispices. Des références complètement irréelles à Magmor le Polymorphe - une espèce de mythe farfelu lancé par un ancien dictateur fou - ; des dessins représentant Naar et le Mal absolu. N’importe quel adolescent en quête de lui-même pouvait, avec une bombe de peinture, mettre le feu aux esprits.
Il était temps que quelqu’un vienne remettre un peu d’ordre et de rationalité dans ces quartiers perdus.

Après une courte enquête à l’hôtel du coin - un endroit triste et morne - je me retrouve donc maintenant dans la forêt dont tout le monde parle. Éclairé par ma lampe torche et par la lumière de la caméra, je marche depuis maintenant quatre bonnes heures.
Et autant vous dire qu’il n’y a aucun temple maudit à l’horizon, ni même aucun murmure.
Si cette forêt présente un problème quelconque, c’est bel et bien vis à vis de son biotope.
On m’avait pourtant affirmé que la Moldavie était riche de biodiversité : je dois vous avouer ma déception.
Ici tout est très calme et je dois vous avouer qu’il me semblait entendre d’avantage d’oiseaux en ville qu’ici, au coeur même de la forêt.

« Preuve par l’absence », disait le vieux maître.
Je crois donc que ceci scelle définitivement le sort de cette folie rurale qui consiste à croire au retour des zombies, des vampires ou je ne sais trop quels monstres.
Vous n’avez pas voulu voir par vous-mêmes... eh bien laissez moi être la lumière pour vous : cet enregistrement prouve à lui seul qu’il n’y a absolument rien ici.

*Crac.*

A part quelques animaux - quoi de plus normal dans une forêt.

*F`TAG`HN MAR`ZUL.*

Qu’est-ce q.?

*Bruits de lutte. La caméra tombe au sol et se fixe sur un point du ciel étoilé.*

Soudain, une image passe devant la lumière de l’objectif.*





[ce message a été édité par Le Cuhlte le 24/05 à 12:20]

Le Cuhlte

26/05 (20:22)

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Organisation Secrète

Empire Brun

*23h34*

Les arbres défilent de part et d’autre de mon pare brise et ma voiture fend l’air depuis près de 5 heures maintenant à travers les bois de la Ruthvénie. Il fait nuit.
Eclairé par mes phares, le bas côté de la route s’enfonce lentement en pente douce jusque dans l’obscurité totale de la forêt. Un noir sombre et sauvage où les hommes ne vont plus depuis longtemps.

Le manager insiste pour que le petit groupe enchaîne le plus de répétitions possibles et je dois faire tous les efforts du monde pour que tout tienne droit. Y compris faire un aller-retour monstrueux entre la Bananie et la Moldavie, juste pour récupérer la bonne guitare ou le bon caisson de batterie. Il faut bien gagner sa vie.
Même si les groupes d’aujourd’hui n’ont plus aucune âme. Surtout celui-là.

*00h45*

Je veux dire, plus grande la souffrance - plus grande l’oeuvre. C’est bien connu, ok.
Les grands artistes du cybermonde ont tous eu une tare ou deux, un placard personnel bien chargé ou une vie amoureuse torturée.
D’ailleurs, personne n’écrit une grande saga avec une famille aimante ou des bons petits plats tous les soirs en rentrant chez soi.
Et personne n’est intéressé par la vie privée d’un type pour lequel tout est sur les rails de la normalité. Soyons sérieux. La peine inspire les poètes depuis que le monde est monde.
Mais aujourd’hui…
Pteuah !
Les jeunes n’arrivent pas à savoir ce qu’est la difficulté, pour commencer. La moindre merde prend des allures de cancer.
Et puis nous vivons dans une période où plus personne n’accepte de souffrir si ce n’est pas filmé ou retransmis en stream-live sur le cybernet.
Maintenant les gens sont convaincus qu’il suffit d'avoir des problèmes pour être un artiste. Et quand on écoute toutes ces petites racailles aux dents longues, y en plus un seul qui n’a pas un pète au casque. Franchement, les psy ont du boulot jusqu’à la prochaine montée des eaux - pourvu qu’elle soit la plus proche possible.
J’dois être un vieux con.

*1h07*

Cette-route-n’en-finit-pas.
Mais au moins j'ai la radio et les chansons qui passent sont des bons vieux standards.
Pas comme cette merde que je me tape depuis le début de la tournée.

*1h40*

A mesure que je regarde la route, j’ai la sensation que le sommeil me gagne et que je ne fais plus correctement la distinction entre rêve et réalité.
Il me semble voir des formes humaines entre les arbres, ou d’étranges animaux dans mon rétroviseur.
Il me reste que 20 minutes avant d’arriver, alors je vais essayer de garder le volant et les deux yeux ouverts. Hors de question que je m’arrête ici.

*2h23*

Je devrais déjà être arrivé depuis 20 bonnes minutes.
Je ne comprends pas.
Le GPS n’a pas l’air de foirer sur le trajet, mais c’est comme si il évaluait mal les distances.

*2h35*

Je dois être perdu.
Ce n'est pas possible autrement.
J’ai l’impression d’avoir vu trois fois le même groupement d’arbres sur ma gauche.
Comme si je passais et repassais au même endroit - alors que la route est en ligne droite !
Putain, il est vraiment temps que je me pieute.

*3h01*

Je…
Suis-je bien en Ruthvénie ? Est-ce bien la Moldavie devant mes phares ?
J’ai l’impression d’être ailleurs.
Ma tête me fait mal.
Et ce groupe d'arbres que je croise encore et encore...



[ce message a été édité par Le Cuhlte le 26/05 à 20:23]

Helena Von P. MCMLXCIIII

[Moustachue]

07/06 (20:56)

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Citoyen

Royaume de Ruthvénie

Domicile : Ruthvenville

ÏA ÏA F'TAGH'N
FTAC
FRAGHN


Mblrgrmblr.


Ach, excussez mein acczent, ch'ai été élefée par une Mère Matronne très à Chefal zur l'Étiquette.
Che fous aime aussi. [:B]

___

Fée Moniste moustachue, ensablée, enragée, à la mine patibulaire et à l'accent teuton.

Le Cuhlte

02/07 (22:23)

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Organisation Secrète

Empire Brun

*Champs de Patates, peu avant la fermeture - tardive - du bureau d'occupation des sols.*

[jo] Giselle ! Venez voir ! C'est tout bonnement stupéfiant !
[so] Hmm ?
[jo] Mais là ! Regardez ! La carte, enfin !
[so] Si c'est encore une de vos théories fumantes, je vous préviens, c'est l'heure et je veux rentrer chez moi.
[jo] Cette fois j'en suis sûr. Je vous en prie, regardez ! Mais regardez donc !

*Sur la carte étalée devant le gestionnaire des chantiers, deux nouveaux points viennent d'apparaître. Giselle fronce.*

[so] Oui tiens. Un débile souhaite construire deux alchimies dans not' ville. Et après ? S'il reste encore un canard pour penser qu'il y a encore des clients à CdP, c'est son problème non ?
[jo] Vous ne comprenez pas, Giselle ! C'est très grave !
[so] Et c'est reparti...

*Le gestionnaire attrape deux feutres et gribouille la carte avec acharnement.*

[jo] Là ! Voilà !



[so] Non de..
[jo] Ah ! Je vous l'avais dit !
[so] Mais non, mais vous venez de saloper l'exemplaire étalon ! Celui qui nous sert pour toutes les repros !
[jo] MAIS LÀ ! LÀ !
[so] Oui mais quoi là ! Qu'est-ce qu'il a le demeuré ?

*Il attrape la carte et l'étire au niveau de leurs yeux, presque à l'horizontale.*

[jo] C'est encore plus frappant vu comme ça !
[so] Ce serait... ?
[jo] Oui Giselle. Vous vous en souvenez. Ma théorie du manoir hanté.
[so] Les Von Barzof sont tous morts. Quelques uns qu'à moitié, mais on devrait être tranquilles pour plusieurs générations, je crois.
[jo] Oui Giselle. Le Pentacle maudit du Champs de Patates : la mine d'or, la bibliothèque, le cimetière, le pétrole et l'usine d'armements : les cinq points d'entrée vers le vice ! L'avarice, la curiosité, la peur, la noirceur et la violence !
[so] Si le chef apprend que vous revenez à la charge avec cette théorie à la c..
[jo] ... Cinq points qui viennent entourer le Manoir ! Le Manoir Maudit ! Mais ce n'est pas tout ! Car...
[so] Je prends mon manteau, j'en ai plein le c...
[jo] ...Ces deux derniers points, nouveaux, viennent former un autre glyphe, plus ancien, PLUS GRAVE ENCORE.

*Il fouille dans un vieux numéro de "Mon Petit Complotiste©" et l'ouvre à une page cornée.*

[jo] REGARDEZ.

*Devant Giselle, la représentation d'un être mi-homme, mi-poulpe, entouré d'un large triangle.
L'être est entrain d'avaler - littéralement - le cybermonde.

Giselle repose son manteau.
Et regarde la carte.
Encore une fois.
En silence.*

Enyslava

03/07 (21:02)

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Citoyenne

Khanat Elmérien

Domicile : Quasar

*Elle avait fait une longue route, la cavalière. Son arc en bandoulière, courant dans la poussière !
Enfin, faisant galoper Médor, qui perdait peu à peu haleine (de cheval), croulant sous le barda.
Et là, bardaf, c'est l'embardée : elle avait eu l'oeil trop fixé sur l'horizon, trop pour se rendre compte des abominations qui lui tombaient sur le fion !

L'événement fut rapide, presque indolore, en fait, la laissant gentiment piétinée sur le bas-côté, marmonnant quelques mots au cheval étalé*


Une migration d'monstres des forêts en c'te saisons ?.. Z'avaient raison Médor... 'maudit c't'endroit, j'te l'jure bien ! [x(]

Le Cuhlte

05/07 (07:56)

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Organisation Secrète

Empire Brun

*Enyslava dort encore profondément dans sa tente lorsqu'un pied se pose sur une branche sèche et la fait craquer.
Le bruit n'arrache pas l'aventurière à son sommeil - mais lui arrache un ronflement un peu plus fort que les précédents.

Quelqu'un jette une arme - qui appartient à Stanislas T, farouche opposant au Cuhlte - dans la tente.
Et puis les pas reviennent sur eux-mêmes.
Et s'en vont.*
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