Alors qu'on discute, une perspective concrète existe déjà , qui questionne les algorithmes, les pratiques, les modèles économiques. Je m'étonne qu'elle n'ait pas été mentionnée. Peut-être dans une vie précédente de ce forum.Réactions en vrac aux échanges.
1. "Faut-il reprendre en main" : qui ? A quelles fins, émancipation citoyenne face à la Big Tech ou défense nationale face aux ingérences extérieures ?
"Guerre cognitive" (titre)
"Je propose déjà de s'emparer du sujet. Je ne prétends pas qu'il y a de solution simple, mais avoir conscience du problème et agir au niveau de l'Etat."
"...ça ne répond pas à la problématique dont on parle"
Le cadrage initial est flou, le recadarge régulier étrange et dérangeant, et l'intention (poser comme normale une vision de l'Etat au centre d'une lutte et des services publics comme instruments de cette "guerre" (sic)) se révèle à mesure que se déroule l'argument.
Je suis en désaccord avec ce cadrage.
A la question initiale, ma réponse est oui, mais toutes les façons ne se valent pas, selon le projet de société préconisé.
Au glissement qui pose l'Etat au centre de cette "guerre" et les individus au service de cet Etat, non. La communauté du logiciel libre que défend Chavalarias est mondiale (certes avec les biais sociologiques liés à la mise à l'échelle de cette innovation, compensés au fil de la diffusion).
Les règlements européens sont mentionnés et sont une bonne base de travail pour faire prendre conscience des enjeux et de l'échelle (aussi globale que possible) à laquelle ces questions doivent être traitées. Ils sont clairement insuffisants pour traiter l'ensemble du sujet, et particulièrement le projet économique sous-jacent.
Enter Shoshana Zuboff, qui présente dans son ouvrage
Capitalisme de surveillance la notion que les êtres humains sont une sorte de matière première cognitive à extraire à l'infini. Dans les faits, très bon pour les tableurs de la comptabilité nationale, mais une expérience humaine asservissante.
Extrait choisi:
Si l'économie européenne, française, etc, repose sur cette subordination et sur le fait de nous vendre de la publicité, alors la chose menacée n'est pas l'Etat ou la nation ou je ne sais quel espace collectif, mais notre humanité même. Et la solution à apporter n'est pas uniquement plus de contrôle, mais aussi probablement une économie alternative, basée sur une utilisation juste, durable (et donc frugale) des ressources (naturelles, cognitives, ce qu'on veut) qui restaure notre humanité. Cet aspect est clairement contraire au
projet de développement/protectionnisme économique qui nous est présenté comme inéluctable.
Bannir les plateformes, pourquoi pas, en soi, à discuter. Mais avec les conséquences. Dans la mesure où elles sont ancrées dans les pratiques, la transition n'est pas anodine et doit être pensée. Si c'est pour lancer une nouvelle plateforme qui utilise des algorithmes favorisant la dépendance numérique, a-t-on remporté la "guerre cognitive"? Non, puisque les gens sont maintenus dans la dépendance et
les libertés individuelles restent sous attaque par les mécanismes de surveillance en place.
Un exemple:
"Imaginons un instant que votre réseaux social favori soit inaccessible suite à une sanction de l'UE. Comment réagiriez vous ?"
Penser la sanction sans penser la gestion de l'addiction et de la dépendance économique aux réseaux, c'est penser le problème à moitié. (Cela étant dit, le fait de porter la discussion sur la réaction individuelle quand le cadrage est maintenu à une échelle globale est un déplacement du cadre. La cible est mouvante. Comment répondre ?)
Se sentir assiégé·e·s par une menace extérieure et chercher à reprendre le contrôle est légitime. Reste à ne pas se faire manipuler en cherchant à se libérer.
2.
"Je trouve très suspect donc que l'algorithme propose à une situation de mal-être quelque chose d'encore plus négatif."
=> Le fantôme du grand méchant se dessine, sans se préciser. Quelle forme a-t-il : celle de l'argent, ou de la puissance étrangère malveillante ? Ou pire
![[%(]](http://img7.kraland.org/s/12.gif)
?
(Zuboff a une réponse à proposer, puisqu'elle fait "sens de la prolifération de dispositifs techniques de surveillance en apparence hétérogènes en identifiant la logique économique qui pourrait les réunir",
source)
3.
"Il ne faut pas confondre manipulation et développer un esprit critique. Comme je le résume souvent : thèse, antithèse, synthèse."
Remarque limite classiste et donc excluante dans la forme (voire le fond) quand on pose des questions de politique et société à un public large et relativement inconnu qui peut raisonner différemment. Ca, et la cible mouvante, ne donne franchement pas envie de donner son avis, comme je le mentionnais
ici.
(Mais bon, je ne m'en suis pas privé, et mon pavé ne donne pas nécessairement envie non plus.)