Votre émission de la nuit.

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D’oĂč provient cette voix ? L'auriez vous dĂ©jĂ  entendu ? ... pourquoi ta vidĂ©o KraTube a Ă©tĂ© remplacĂ© par un logo et une voix derriĂšre ?


Décret impérial n° 404-BIS, des Tapis Volants et des Retours Improbables. Récapitulatif des derniers épisodes en playlist.

Émis KlĂ©o, actuellement sous sa forme fĂ©line rĂ©glementaire conformĂ©ment au dĂ©cret 12-8-8 relatif aux mĂ©tamorphoses administratives.

ÉMISSION SPÉCIALE : QuessĂ© que je fais icitte. [hp]

Les vieux sages de RuthvĂ©nie affirment souvent que la sagesse vient avec l'Ăąge. Une thĂ©orie respectable, Ă©lĂ©gante mĂȘme, qui permet Ă  de nombreuses personnes d'espĂ©rer que le simple Ă©coulement du temps finira par accomplir le travail que plusieurs dĂ©cennies d'entĂȘtement n'ont jamais rĂ©ussi Ă  entamer. Malheureusement, les Ă©vĂ©nements rĂ©cents nous obligent Ă  nuancer quelque peu cette croyance populaire. Car si l'Ăąge est effectivement arrivĂ© chez certains protagonistes de cette histoire, la sagesse, elle, semble avoir ratĂ© sa correspondance et demeure introuvable Ă  l'heure oĂč nous diffusons cette Ă©mission.

Dans la nuit du 8, une remarquable coalition d'ambitieux, de courtisans, de stratĂšges improvisĂ©s et d'experts autoproclamĂ©s dĂ©cida qu'il Ă©tait temps d'expĂ©dier la SorciĂšre ImpĂ©riale. ImpĂ©ratrice qu'on me souffle via un putain d'avion en papier qui a visĂ© l'oeil. L'opĂ©ration fut prĂ©sentĂ©e comme un chef-d'Ɠuvre politique dont les gĂ©nĂ©rations futures parleraient encore dans plusieurs siĂšcles. Pendant quelques heures, il faut leur reconnaĂźtre une chose, tout semblait fonctionner. La sorciĂšre Ă©tait partie. Les opposants jubilaient. Les alliĂ©s opportunistes se redĂ©couvraient soudainement des convictions profondes. Coucou, on vous a vu ! Les chroniqueurs rĂ©digeaient dĂ©jĂ  des analyses dĂ©finitives sur la fin d'une Ă©poque. Les plus enthousiastes envisageaient probablement de faire Ă©riger une statue Ă  leur propre clairvoyance.

TÉMOIN ANONYME N°1
Voix modifiée jusqu'à évoquer une porte de cave centenaire qui regrette d'avoir été ouverte.

[Q)] Ils Ă©taient heureux. Vraiment heureux. Je crois mĂȘme que certains avaient atteint ce stade rare oĂč l'autosatisfaction devient visible Ă  l'Ɠil nu. Ils ressemblaient Ă  des enfants qui viennent de jeter leur jouet prĂ©fĂ©rĂ© dans un ravin et qui sont persuadĂ©s d'avoir rĂ©solu un problĂšme de rangement.

Pendant ce temps, la terrible condamnée découvrait l'horreur de sa nouvelle existence. Une ßle tropicale entourée d'eau turquoise. Un climat agréable. Une population à rencontrer. Des commerçants avec lesquels discuter. Des clients potentiels. Des opportunités économiques. Les archives demeurent floues sur ce point, mais plusieurs historiens considÚrent aujourd'hui qu'il est possible qu'une erreur administrative se soit glissée quelque part entre la notion de bagne et celle de destination touristique.

FidÚle à ses habitudes, la sorciÚre réagit à cette tragédie avec une absence totale de dignité. Au lieu de sombrer dans le désespoir comme l'exige pourtant toute victime sérieuse d'un exil politique, elle entreprit de développer son commerce, d'établir de nouveaux contacts et, circonstance aggravante, de gagner de l'argent. Les spécialistes continuent d'ailleurs d'étudier cette étrange pathologie qui pousse certaines personnes à transformer les catastrophes en opportunités au lieu de passer plusieurs semaines à se lamenter convenablement. Mais ou sont passé les pleureuses brunes quand on en a vraiment besoin hein ?

À RuthvĂ©nie, les cĂ©lĂ©brations atteignaient alors un niveau d'autocongratulation rarement observĂ© en dehors des cĂ©rĂ©monies officielles oĂč des notables se remettent mutuellement des distinctions pour avoir eu l'excellente idĂ©e d'ĂȘtre d'accord entre eux. Les discours se succĂ©daient. Les compliments circulaient librement. Les analyses devenaient de plus en plus triomphales Ă  mesure qu'elles s'Ă©loignaient de la rĂ©alitĂ© observable.

Instant publicité, que vous ne pouvez pas voir parce que vous avez installé un parefeu BrunVPN sur votre vieilles radio cathodique, c'était pas les écrans ca ? On s'en fou.


TÉMOIN ANONYME N°2

Voix transformée en deux plaques de métal qui rÚglent un différend juridique.

[Q)] Je me souviens d'un conseiller qui rĂ©pĂ©tait Nous avons enfin gagnĂ©. Ce qui n'Ă©tait pas inquiĂ©tant en soi. Ce qui l'Ă©tait davantage, c'est qu'il disait exactement la mĂȘme chose chaque semaine depuis plusieurs mois. À un moment donnĂ©, j'ai commencĂ© Ă  soupçonner que gagner Ă©tait devenu un Ă©tat Ă©motionnel plutĂŽt qu'un Ă©vĂ©nement rĂ©el.

Puis arriva 09h30.

L'instant prĂ©cis oĂč la rĂ©alitĂ©, lassĂ©e d'ĂȘtre ignorĂ©e, dĂ©cida de participer Ă  la conversation.



Dans le ciel de Mystisie apparut un tapis volant noir. Dessus se trouvait une anomalie extrĂȘmement gĂȘnante pour plusieurs carriĂšres politiques la mĂȘme sorciĂšre que les autoritĂ©s avaient officiellement dĂ©clarĂ© hors d'Ă©tat de nuire quelques heures auparavant. Le problĂšme Ă©tait d'une simplicitĂ© presque cruelle. La sorciĂšre Ă©tait visible. Les communiquĂ©s affirmaient qu'elle ne l'Ă©tait pas. Or, l'expĂ©rience dĂ©montre que lorsqu'un ĂȘtre humain doit choisir entre ses propres yeux et un document rĂ©digĂ© par le cousin d'un conseiller nommĂ© par le beau-frĂšre d'un ministre, les rĂ©sultats deviennent rapidement embarrassants pour l'administration concernĂ©e.

TÉMOIN ANONYME N°3

Voix modifiée jusqu'à évoquer un démon asthmatique mùchant du gravier.

[Q)] J'ai vu un ministre regarder le ciel. Puis ses papiers. Puis le ciel Ă  nouveau. Puis ses papiers. Il a rĂ©pĂ©tĂ© l'opĂ©ration plusieurs fois comme s'il espĂ©rait que l'un des deux Ă©lĂ©ments finirait par disparaĂźtre. À un moment donnĂ©, quelque chose s'est Ă©teint derriĂšre son regard. Je crois que c'Ă©tait sa carriĂšre.

Lorsque le tapis volant se posa finalement devant le Palais Impérial, l'atmosphÚre avait déjà pris cette odeur particuliÚre qui accompagne les catastrophes politiques de qualité. Les gardes observaient la scÚne avec la résignation de gens qui comprennent soudainement qu'ils ont participé à une célébration prématurée. Certains portaient encore les décorations installées pour commémorer un départ désormais manifestement temporaire, ce qui apportait à l'ensemble une touche festive tout à fait inappropriée.

Et selon plusieurs témoins, elle souriait.

Ce dĂ©tail mĂ©rite d'ĂȘtre soulignĂ©, car une sorciĂšre en colĂšre demeure finalement assez prĂ©visible. Elle menace. Elle fulmine. Elle prĂ©pare Ă©ventuellement quelque chose de regrettable pour son entourage. Une sorciĂšre qui sourit, en revanche, est gĂ©nĂ©ralement une personne qui a dĂ©jĂ  compris quelque chose que tout le reste du monde dĂ©couvrira avec retard.

Et dans les affaires politiques comme dans les catastrophes naturelles, ce sont rarement les gens qui paniquent qui inspirent la peur.

Ce sont ceux qui commencent Ă  s'amuser.[%(]

24/06 (02:07) Radio NĂ©crotoile  
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Présentée par Kleo, journaliste impartiale, objective et toxique.

Bonsoir mes petits conspirateurs.

Nous ouvrons cette édition avec une nouvelle catastrophe diplomatique pour les ennemis de l'Empire Brun, l'Empire Brun existe toujours. Oui. Malgré les prophéties, les malédictions, les analyses géopolitiques de comptoir et les experts autoproclamés qui annoncent son effondrement depuis trois siÚcles, l'Empire est encore là. Pire, il continue à fonctionner. C'est insupportable.

Pendant ce temps au Valégro, les autres nations poursuivent leur activité favorite, expliquer pourquoi ce n'est absolument pas leur faute alors qu'elles sont toutes debout au milieu de la piÚce avec un briquet à la main et les rideaux en feu derriÚre elles.

La République affirme vouloir la paix.
Le Royaume affirme vouloir la paix.
La Confédération affirme vouloir la paix.
Le Khanat affirme vouloir la paix tout en annonçant qu'il prendra probablement tout ce qui n'est pas solidement boulonné au sol.

Et l'Empire Brun ?

L'Empire Brun regarde tout ce petit monde avec l'expression d'une mÚre qui découvre que ses enfants ont encore essayé de cuire des pùtes dans la bouilloire. Monique Lemage, toujours soucieuse de l'ordre et de l'esthétique, a d'ailleurs résumé la situation diplomatique avec une précision chirurgicale


Il y a des trucs qui dépassent. Nous allons venir les couper.




Une doctrine simple, lisible, efficace. Enfin une politique Ă©trangĂšre que mĂȘme un poisson rouge pourrait comprendre. Du cĂŽtĂ© de la RĂ©publique, Alice poursuit sa campagne mondiale de distribution de Miaou©. Le monde brĂ»le. Les armĂ©es marchent. Les chevaux agressent des passants. Les ministres se font arrĂȘter. Et Alice continue d'expliquer que la solution rĂ©side probablement dans une meilleure connexion avec son bonheur intĂ©rieur. À ce rythme-lĂ , lorsqu'une armĂ©e Brun dĂ©barquera dans son salon, elle leur offrira du thĂ© et un atelier d'expression Ă©motionnelle. Le premier qui la touche j'en fais mon esclave perso entre deux coups de fil anonyme que l'administration m'oblige Ă  faire.

Parlons maintenant de l'administration impériale.

Agatha, notre ministre de l'Économie. Une femme dont les fesses gĂ©nĂšrent dĂ©sormais davantage de dĂ©bats politiques que le budget national. Une rumeur Ă©voque un BBL. Le cybermonde s'enflamme. Les experts se mobilisent. Les analystes enquĂȘtent. Les services secrets hĂ©sitent Ă  ouvrir une commission parlementaire.Et Agatha est obligĂ©e d'interrompre la gestion de milliers de MØ pour confirmer officiellement que son arriĂšre-train demeure conforme aux standards impĂ©riaux de qualitĂ©.

Nous vivons vraiment dans une civilisation avancĂ©e. Du cĂŽtĂ© de la Recherche, Floran BaumĂ© nous offre encore un moment de gĂ©nie. AprĂšs des mois de recherches complexes visant Ă  vaincre la gravitĂ©, il annonce avoir dĂ©couvert... le vol. Enfin peut-ĂȘtre. Personne ne sait vraiment. Lui non plus d'ailleurs. Mais il pense que ça pourrait ĂȘtre du vol-au-vent. C'est exactement cette rigueur scientifique qui fait la grandeur de l'Empire Brun. Les autres chercheurs mentent sur leurs rĂ©sultats. Floran assume ouvertement ne rien comprendre.

C'est beau.
C'est Brun.

Pendant ce temps Ă  Sicilia, les Dei Machiavelli continuent leur programme expĂ©rimental intitulĂ©. Et si toute l'administration Ă©tait simultanĂ©ment en prison ? Des juges volent. Des procureurs combattent. Des commissaires fabriquent des fausses clefs. Des policiers poursuivent des criminels qui deviennent policiers avant de redevenir criminels. À un moment donnĂ©, une personne est entrĂ©e en prison, en est sortie, puis y est retournĂ©e tellement vite qu'on soupçonne dĂ©sormais l'existence d'un abonnement.

Et au milieu de ce chaos ? Des chevaux. C'est toujours la faute des chevaux. Je vois des chevaux partout. Ils agressent et tuent des gens. Ils dĂ©truisent des carriĂšres.Ils volent les carambars de vos enfants. Personne ne les arrĂȘte ni ne les juge. Personne n'ose les affronter ! Je commence Ă  croire que les chevaux dirigent secrĂštement le cybermonde depuis le dĂ©but. [x(]

Enfin, une pensée émue pour le Royaume de Ruthvénie. Qui tente encore de résoudre une guerre avec des discours raisonnables. C'est adorable et courageux. C'est un peu comme essayer d'éteindre un volcan avec un vaporisateur à plantes. Mais l'intention est là et ma nouvelle proie est super ! Pleine de maladies et de répliques bizarres.

C'Ă©tait Kleo sur Radio NĂ©crotoile FM, l'unique mĂ©dia oĂč la mauvaise foi est une mĂ©thode scientifique reconnue.

Et souvenez-vous que ...

Si les Bruns gagnent, c'était le Plan.
Si les Bruns perdent, c'était aussi le Plan.
Si personne ne comprend le Plan...
c'est probablement parce qu'il fonctionne. đŸ•·ïž

24/06 (02:18) Radio NĂ©crotoile  
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Présentée par Kleo, journaliste impartiale, objective, certifiée conforme et approuvée par absolument personne de compétent.

Bonsoir mes petits amateurs de désastres politiques.

Quelle journĂ©e magnifique dans le Cybermonde. Une de ces journĂ©es oĂč l'Empire Brun continue d'exister malgrĂ© les efforts hĂ©roĂŻques de ses adversaires pour prouver que la rĂ©alitĂ© est une simple opinion facultative.

Commençons naturellement par le Royaume de RuthvĂ©nie, cette expĂ©rience sociale grandeur nature consistant Ă  vĂ©rifier combien de nobles peuvent tirer chacun de leur cĂŽtĂ© sur le mĂȘme cheval avant qu'il ne se transforme en pĂątĂ©. Alors que le royaume cherche toujours Ă  dĂ©terminer lequel de ses habitants gouverne rĂ©ellement le pays, son nouveau roi, Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, a fait une annonce absolument scandaleuse, il prĂ©fĂšre rester tranquillement installĂ© Ă  la table de l'ImpĂ©ratrice Monique plutĂŽt que de courir remettre de l'ordre dans une maison dĂ©jĂ  entiĂšrement engloutie par les flammes. Une attitude que les experts ruthvĂšnes qualifient de "dĂ©sertion", tandis que les experts bruns la qualifient de "preuve d'un instinct de survie fonctionnel". Les deux analyses semblent Ă©tonnamment compatibles.

Pendant ce temps, l'Empire Brun poursuit sa politique Ă©trangĂšre traditionnelle consistant Ă  observer ses voisins avec un mĂ©lange subtil de fascination scientifique et de mĂ©pris affectueux. L'ImpĂ©ratrice Monique a mĂȘme proposĂ© un tutorat au Royaume. Une offre gĂ©nĂ©reuse. AprĂšs tout, lorsqu'un enfant tombe dans un escalier vingt-sept fois d'affilĂ©e, il devient moralement difficile de continuer Ă  prĂ©tendre qu'il est simplement en train d'explorer son potentiel.

Du cĂŽtĂ© de Sicilia, la situation est tout aussi rassurante. Les hĂŽpitaux explosent, les cliniques explosent, les chantiers explosent, les infirmeries explosent. À ce stade, il serait probablement plus rapide de dresser la liste des bĂątiments qui n'ont pas explosĂ© aujourd'hui. Les autoritĂ©s locales assurent cependant que tout est sous contrĂŽle. Une affirmation courageuse puisqu'elle a Ă©tĂ© prononcĂ©e au milieu d'un cratĂšre fumant.

Dans la ConfĂ©dĂ©ration Libre, les Ă©lections battent leur plein. Plusieurs candidats promettent davantage de dĂ©mocratie, davantage de justice sociale, davantage de consultations populaires et davantage de taxes. Une combinaison audacieuse qui consiste essentiellement Ă  demander au peuple son avis avant de lui prendre son portefeuille. Les analystes bruns suivent cette expĂ©rience avec un immense intĂ©rĂȘt anthropologique. Certains espĂšrent mĂȘme la voir reproduite dans un environnement contrĂŽlĂ©, comme un zoo ou une boĂźte de PĂ©tri.

Mention spéciale au ministre confédéré ayant interdit les prospectus électoraux au nom de l'hygiÚne démocratique. Une décision remarquable qui démontre qu'il est tout à fait possible de défendre la liberté d'expression à condition qu'elle se taise trÚs fort.

En Bouletie, la ConfrĂ©rie Éclatante a pris le pouvoir. Le programme gouvernemental semble actuellement se rĂ©sumer Ă  des rires machiavĂ©liques, une confiance absolue dans le chaos et une vague impression que quelqu'un, quelque part, sait ce qu'il est en train de faire. Les historiens notent qu'il s'agit dĂ©jĂ  d'une amĂ©lioration mesurable par rapport Ă  certaines administrations prĂ©cĂ©dentes.

Et pendant que le monde s'agite dans tous les sens, l'Empire Brun continue sa marche tranquille. Trois mille deux cents MØ d'impÎts récoltés, davantage dépensés qu'encaissés, des ministÚres déficitaires et pourtant toujours debout. Ce miracle économique porte un nom , la mauvaise volonté des statisticiens étrangers à reconnaßtre que l'Empire fonctionne uniquement grùce à une combinaison de cynisme, d'obstination et de sorcellerie administrative.

Nous terminerons cette Ă©dition par une pensĂ©e Ă©mue pour tous les opposants de l'Empire. Ils annoncent son effondrement chaque semaine depuis si longtemps que certains commencent probablement Ă  considĂ©rer cela comme un emploi Ă  temps plein. Courage Ă  eux. Avec suffisamment de persĂ©vĂ©rance, ils finiront peut-ĂȘtre par avoir raison un jour. De la mĂȘme maniĂšre qu'une horloge cassĂ©e finit par donner la bonne heure deux fois par jour.

Ici Kleo.

Restez prudents, méfiez-vous des idéalistes, des révolutionnaires, des experts et des gens qui disent avoir un plan quand ils ne sont pas bruns. Ce sont généralement eux qui fabriquent les catastrophes que l'Empire doit ensuite regarder brûler avec beaucoup de pop corn.

24/06 (02:19) Radio NĂ©crotoile  
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Émission spĂ©ciale : Quand les arbres votent, les rues saignent et les clowns demandent une tribune

Bonsoir, mes petits conspirateur, mes fidĂšles auditeurs tapis dans les caves, les tavernes, les bureaux ministĂ©riels mal aĂ©rĂ©s et les coins sombres oĂč l’on peut encore Ă©couter une Ă©mission sans qu’un fonctionnaire vienne mesurer le degrĂ© d’ironie non rĂ©glementaire dans l’air. Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste rigoureusement impartiale selon des critĂšres que j’ai personnellement inventĂ©s aprĂšs trois verres et une rĂ©vĂ©lation mystique dans une chope sale, en direct du MinistĂšre de l’Information Brun, lĂ  oĂč la vĂ©ritĂ© entre en rampant et ressort maquillĂ©e, parfumĂ©e, armĂ©e, puis officiellement certifiĂ©e.

Et ce soir, chers survivants du Cybermonde, nous avons une Ă©dition d’une rare beautĂ©, de la nature qui se rĂ©veille, des gouvernements qui nomment des gens avant mĂȘme d’avoir vĂ©rifiĂ© si les chaises sont bien vissĂ©es, des rĂ©volutionnaires qui dĂ©couvrent qu’un discours peut effrayer vaches et poulets, des mystisiens qui proposent une conquĂȘte comme on propose un apĂ©ritif, et naturellement Sicilia, ce havre de paix dĂ©licatement nommĂ© Trou Perdu, oĂč l’on rappelle avec poĂ©sie qu’il est dangereux de se promener sans appartenir Ă  la famiglia. Franchement, si l’Histoire avait des jambes, elle serait dĂ©jĂ  en train de courir pieds nus dans une ruelle en hurlant.

Commençons par Accalmie, ville au nom dĂ©sormais mensonger, puisque la nature y aurait Ă©tĂ© rĂ©veillĂ©e Ă  grands coups de rituel druidique dans la CathĂ©drale de la Conscience Universelle. Des voix auraient chantĂ© dans une langue Ă©trange, ce qui est souvent le premier signe qu’une assemblĂ©e de gens trĂšs convaincus s’apprĂȘte Ă  faire quelque chose de profondĂ©ment nuisible en prĂ©tendant communier avec l’univers. Puis, miracle vert, des arbres ont poussĂ©, Ă©ventrant les rues, baissant la pollution au passage, parce que la Nature, cette grande administratrice sans formulaire, a dĂ©cidĂ© qu’il Ă©tait plus simple de dĂ©foncer l’urbanisme que de dĂ©poser une demande de permis.

Les autoritĂ©s locales parleront peut-ĂȘtre d’un Ă©veil spirituel, d’un retour aux sources ou d’un Ă©quilibre retrouvĂ© entre l’homme et son environnement. Ici, au MinistĂšre de l’Information Brun, nous prĂ©fĂ©rons parler d’un attentat botanique Ă  connotation dĂ©corative, ce qui est beaucoup plus prĂ©cis, beaucoup plus Ă©lĂ©gant, et surtout beaucoup plus pratique pour accuser quelqu’un plus tard si les racines commencent Ă  rĂ©clamer un siĂšge au conseil municipal. Toute personne ayant participĂ© au rituel est Ă©videmment invitĂ©e Ă  venir expliquer pourquoi Ă©ventrer des rues avec des arbres constitue une avancĂ©e civilisationnelle, et les tĂ©moins ayant vu une dryade secouer ses branches en pleine cathĂ©drale peuvent dĂ©poser leur version, surtout si elle est compromettante.

Pendant ce temps, en Mystisie, le Cheikh Evara, ou plutĂŽt le Commandante Cheikh Evara, ou plutĂŽt le Sultan PerpĂ©tuel Commandante Cheikh Evara, puisqu’apparemment certains titres grossissent comme des moisissures dans un sous-sol humide, a livrĂ© un discours d’une clartĂ© admirable pour quiconque apprĂ©cie les dĂ©clarations de conquĂȘte rĂ©digĂ©es par un tapis volant ayant inhalĂ© trop de sable. Il vient en paix, nous dit-il, mais en paix offensive, ce qui est un concept diplomatique merveilleux, Ă  mi-chemin entre la poignĂ©e de main et le coup de pelle derriĂšre la nuque.

La Mystisie Ă©tudie donc l’idĂ©e de rejoindre, annexer, conquĂ©rir, sĂ©duire ou possiblement encombrer la ConfĂ©dĂ©ration Libre, tout en expliquant trĂšs calmement que ce sera naturel, que la population peut aider, que le contrĂŽle des ministĂšres est bien l’idĂ©e, mais qu’il ne faut pas s’inquiĂ©ter parce que tout cela reste une Ă©tude. Ah, les Ă©tudes. Cette merveilleuse pĂ©riode oĂč l’on ne fait encore rien officiellement, sauf annoncer ce qu’on fera peut-ĂȘtre, oĂč on le fera, comment on le fera, et combien de cloportes on repoussera ensuite avec l’aide des nouveaux conquis.

Il faut reconnaĂźtre Ă  la Mystisie une certaine franchise dans la prĂ©dation, ce qui devient rare dans un monde oĂč tant de gens prĂ©fĂšrent appeler leurs ambitions “rĂ©formes”, “stabilisation”, “protection des intĂ©rĂȘts populaires” ou “ministĂšre du temps libre”. LĂ  au moins, c’est net, ils veulent probablement prendre vos terres, votre banniĂšre, vos ministĂšres et peut-ĂȘtre votre fauteuil, mais avec assez de panache pour que vous hĂ©sitiez entre sortir l’épĂ©e ou demander la brochure. Les ConfĂ©dĂ©rĂ©s concernĂ©s peuvent venir nier leur intĂ©rĂȘt, supplier, nĂ©gocier ou offrir des pots-de-vin, ce qui, d’aprĂšs les termes mĂȘmes de cette grande poĂ©sie sableuse, pourrait accĂ©lĂ©rer le processus et donc rendre la conquĂȘte plus confortable pour tout le monde.

Et puisque nous parlons de gens qui nomment le dĂ©sordre destinĂ©e, allons faire un crochet par le ValĂ©gro, ou la Moldavie, ou Fort Emouchet, ou Fort Manouchet, selon l’heure, la propagande et le degrĂ© d’alcool dans le sang des rĂ©volutionnaires. LĂ -bas, la RĂ©publique de Kraland continue d’expliquer au peuple qu’il a enfin rejoint le Bonheur, ce qui est toujours plus crĂ©dible quand on le rĂ©pĂšte assez fort pour couvrir les cris des vaches effrayĂ©es par les discours de Bogdan D’Arken. Les paysans sont libres, les chevaux sont lĂ©gaux, les fonctionnaires se fĂ©licitent, les manifestations sautent en criant que ceux qui ne sautent pas sont bourgeois, et l’on sent trĂšs fort ce parfum inimitable des lendemains qui chantent dans une grange encore chaude.

Mais attention, tout le monde n’est pas convaincu par la nouvelle fĂ©licitĂ© obligatoire. PierreJean, visiblement attachĂ© Ă  ses plantes magiques et Ă  ses poulets psychologiquement fragiles, a demandĂ© si les grands discours rĂ©volutionnaires pouvaient se tenir ailleurs que dans les zones oĂč la basse-cour risque la crise existentielle. VoilĂ  donc le drame rural du siĂšcle, d’un cĂŽtĂ©, la RĂ©publique qui apporte le Bonheur au peuple et de l’autre, des animaux domestiques qui n’ont pas signĂ© pour devenir figurants dans une rĂ©volution prolĂ©tarienne Ă  percussion verbale.

Le MinistĂšre Brun tient Ă  saluer cette scĂšne, car elle rĂ©sume parfaitement la politique moderne, des gens trĂšs sĂ©rieux promettent de sauver le peuple, pendant que les poulets cherchent un endroit plus stable que le gouvernement. Les habitants du ValĂ©gro peuvent naturellement appeler l’émission pour nous dire s’ils se sentent libĂ©rĂ©s, annexĂ©s, rebaptisĂ©s, dĂ©placĂ©s, convertis ou simplement fatiguĂ©s, et les vaches ayant subi un discours de Bogdan auront droit Ă  l’anonymat, par respect pour leur traumatisme laitier.

Pendant ce temps, en Bananie, on a assistĂ© Ă  ce que les urbanistes appellent les soir de pleine lune, une reconfiguration dynamique du patrimoine bĂąti et que les gens normaux appellent une sĂ©rie d’attentats. Mais ne soyons pas vulgaires, il ne s’agissait pas seulement d’explosions, d’écroulements, de maisons ouvertes comme des fruits trop mĂ»rs et de victimes par-ci par-lĂ , non, c’était apparemment une grande conversation architecturale menĂ©e Ă  coups de crimes politiques, de bĂątiments affaiblis, de villas trouĂ©es et de cabanes regrettant d’avoir eu des murs.

Light Deathnote, Big R, U.B.C., Distillerie, les maisons, les maisonnettes, les villas, les chantiers, tout le monde semble avoir participĂ© Ă  cette chorĂ©graphie du dĂ©sastre oĂč l’on entre en prison, on en sort, on se livre, on recommence, on perd un poste, on soutient logistiquement quelqu’un, on devient recherchĂ© par une police ou par l’autre, et au final on obtient cette merveilleuse impression que la loi court derriĂšre les criminels avec une pelle, tandis que les criminels prennent le temps de signer les dĂ©combres.

Nous invitons donc les Bananiens Ă  nous expliquer si tout cela relevait d’une stratĂ©gie politique, d’un festival pyrotechnique municipal, d’une querelle de voisinage un peu expressive ou simplement de cette vieille tradition cybermondaine qui consiste Ă  rĂ©soudre un dĂ©saccord en retirant un mur porteur. Les lignes sont ouvertes, sauf si elles ont sautĂ© avec la villa.

Et comme si ce buffet de chaos ne suffisait pas, RuthvĂ©nie a dĂ©cidĂ©, avec une pudeur de cadavre habillĂ© pour un bal, de continuer son théùtre nobiliaire. AllĂ©geances, discours, fauteuils, bureaux, plantes vertes, accusations d’hĂ©rĂ©sie, destruction de prĂ©fecture et rumeurs sur des successions remplacĂ©es par de grands entretiens avec des miroirs. VoilĂ  un Royaume qui ne gouverne plus seulement par le sang bleu, mais par le reflet narcissique, ce qui est tout de mĂȘme un progrĂšs technologique en matiĂšre de consanguinitĂ© administrative.

Bladimir dĂ©truit une prĂ©fecture parce qu’elle servirait Ă  monter de faux dossiers d’hĂ©rĂ©sie, Tormenta distribue des gifles verbales comme des dragĂ©es empoisonnĂ©es, Golgoth remercie les soutiens au Roi, Darth Leo prĂȘte allĂ©geance avec une dignitĂ© de funambule sur un cercueil, et quelque part une plante verte attend sĂ»rement qu’on lui demande son avis sur la stabilitĂ© institutionnelle. Le Royaume veut un Roi, des allĂ©geances, de la paix civile et peut-ĂȘtre un peu moins de gens qui dĂ©montent les bĂątiments de police pour raisons spirituelles. Ambitieux, mais touchant, comme un squelette qui tenterait de refaire sa toiture pendant un orage.

Toute personne ruthvĂšne souhaitant corriger cette analyse peut venir le faire, mais nous lui demanderons de prĂ©ciser au prĂ©alable si elle parle au nom du Roi, du miroir, de la plante verte, de la prĂ©fecture dĂ©truite ou de l’hĂ©rĂ©sie en morceaux. Cela Ă©vitera les confusions, qui sont dĂ©jĂ  bien assez nombreuses pour nourrir trois ministĂšres et un couvent de greffiers dĂ©pressifs.

Enfin, un mot sur le Paradigme, oĂč Jay Padbol a signĂ© une transition avec toute la profondeur politique d’un homme qui prĂ©fĂšre son bronzage aux rapports administratifs, ce qui est, avouons-le, une mĂ©thode de gouvernement d’une honnĂȘtetĂ© presque reposante. Mina arrive avec l’urgence, les documents prĂȘts, la menace au cƓur de la capitale, la photo de Constance et la petite phrase merveilleuse, ne lisez pas, faites-moi confiance. Et Jay, grand prince de la dĂ©lĂ©gation fuchsia, signe avec un cƓur en bas de page avant de retourner Ă  sa sĂ©rie.

Certains y verront une crise institutionnelle, d’autres une passation de pouvoir. Moi, j’y vois une grande leçon de modernitĂ©, pourquoi dĂ©battre, contrĂŽler, vĂ©rifier ou comprendre, quand on peut confier l’État Ă  quelqu’un de stressĂ© pendant que l’on protĂšge son feng shui ? Le Paradigme vient peut-ĂȘtre d’inventer l’administration par abandon Ă©lĂ©gant, et nous devons reconnaĂźtre que c’est presque aussi beau qu’un dĂ©cret impĂ©rial Ă©crit sur une nappe tachĂ©e.

Mes chers auditeurs, que retenir de cette journĂ©e ? Que la Nature peut Ă©ventrer les rues avec plus d’efficacitĂ© qu’un comitĂ© de travaux publics. Que la Mystisie peut annoncer une conquĂȘte en laissant croire qu’il s’agit d’une consultation. Que le ValĂ©gro est libre, surtout de ne pas comprendre sous quel nom il se rĂ©veille. Que Sicilia reste fidĂšle Ă  elle-mĂȘme, ce qui est une menace, mais au moins une menace stable. Que la Bananie construit l’avenir en retirant les murs du prĂ©sent. Et que les royaumes, paradigmes, confĂ©dĂ©rations et autres maisons mal rangĂ©es continuent de prouver, Ă©pisode aprĂšs Ă©pisode, que l’Empire Brun avait raison depuis le dĂ©but, mĂȘme quand il n’écoutait pas.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. Les tĂ©moins anonymes, les menteurs officiels, les victimes consentantes de la vĂ©ritĂ©, les druides Ă  voix Ă©trange, les rĂ©volutionnaires Ă  poulets traumatisĂ©s, les Siciliens armĂ©s de traditions et les Bananiens encore debout malgrĂ© l’absence de murs sont invitĂ©s Ă  se manifester.

Ici Kleo. Dormez bien, fermez vos fenĂȘtres, surveillez vos rues, vos arbres, vos ministres et vos familles.

24/06 (02:20) Radio NĂ©crotoile  
Radio NĂ©crotoile a Ă©crit : ....Nous invitons donc les Bananiens Ă  nous expliquer si tout cela relevait d’une stratĂ©gie politique, d’un (...)
Radio Nécrotoile a écrit :

....Nous invitons donc les Bananiens Ă  nous expliquer si tout cela relevait d’une stratĂ©gie politique, d’un festival pyrotechnique municipal, d’une querelle de voisinage un peu expressive ou simplement de cette vieille tradition cybermondaine qui consiste Ă  rĂ©soudre un dĂ©saccord en retirant un mur porteur. Les lignes sont ouvertes, sauf si elles ont sautĂ© avec la villa...

.... les Bananiens encore debout malgrĂ© l’absence de murs sont invitĂ©s Ă  se manifester.


Hey ! Salut!
Ca fait longtemps que j'ai plus donné à mes détraqueurs de quoi me fustiger alors allons y gaiement [kD]
Je parle en tant que Bananienne mais aussi GK.
Hier effectivement un petit feux d'artifice Ă  eux lieu!
Mais nous n'agissons jamais sans raison [:]]

Quand j'étais au Valégro un soir, je chercher des oeufs pour mon omelette du matin avec mon cher DSS.
Nous nous sommes fait vioellement attaque et emmené!
Alors vous voyez, attaquer une cheffe d'Ă©tat, j'admire car faut quand mĂȘme oser le faire... MAIS il faut surtout en assumer les consĂ©quences... [x(]

Cette personne, est décédé et revenue à la vie en Bananie! Quel étrange coup du sort! J'y ai vu une bénédiction de l'ovule et j'ai donc effectuée ma sanction!
Et elle dormait dans cette magnifique villa dont la propriétaire à fait la veille un discours me critiquant...
Une conjoncture parfaite pour finaliser notre prise de décision finale.

24/06 (10:07) Tifa[*b]LockHeart  
Tifa LockHeart a écrit : ... Madame la Grande Khane, j'espÚre que vous vous rendez compte que vous gueulez contre la radio (...)
Tifa[*b]LockHeart a écrit :

...

Madame la Grande Khane, j'espĂšre que vous vous rendez compte que vous gueulez contre la radio ?

24/06 (16:08) B. B. en initiales  
B. B. en initiales a écrit : HA ! Merci B.B , à peine arrivée et déjà utile, c'est formidable! Je vous avoue tellement habituée à (...)
B. B. en initiales a écrit :

HA ! Merci B.B , à peine arrivée et déjà utile, c'est formidable!
Je vous avoue tellement habituée à discourir ces derniers temps que piouf j'en perd le nord, le sud et l'ouest!
On parle je répond et puis c'est tout [3)]

Faut vraiment que je retourne au combat

24/06 (16:19) Tifa[*b]LockHeart  
Tifa LockHeart a écrit : *Bruit de glicht appuyé. tel un alcoolique sur le comptoir du bar.* Oh. Donc si je résume bien, parce que (...)
Tifa[*b]LockHeart a écrit :

*Bruit de glicht appuyé. tel un alcoolique sur le comptoir du bar.*

Oh.

Donc si je rĂ©sume bien, parce que visiblement il faut parfois dĂ©ployer une toile entiĂšre pour attraper la logique au vol : une cheffe d’État s’est fait enlever, l’affaire a vexĂ© l’ovule mystique, la personne responsable a eu l’extrĂȘme impolitesse de mourir puis de rĂ©apparaĂźtre en Bananie, et comme elle dormait dans une villa appartenant Ă  quelqu’un qui avait eu l’audace criminelle de critiquer votre magnificence la veille, vous avez estimĂ© que l’ensemble formait une fresque politique cohĂ©rente justifiant une petite dĂ©coration murale Ă  base de gravats.

Magnifique.

Vraiment, Radio NĂ©crotoile salue l’effort narratif. Ce n’est plus de la diplomatie, c’est du tricot mental avec des fils barbelĂ©s. J’admire particuliĂšrement le passage oĂč l’enlĂšvement devient une sanction divine en attente, puis oĂč la villa, pauvre bĂątisse innocente ayant manifestement choisi le mauvais propriĂ©taire et le mauvais locataire au mauvais moment, se retrouve promue au rang de coupable architectural. Il faut reconnaĂźtre qu’en Cybermonde, les murs porteurs ont souvent des opinions politiques extrĂȘmement discutables. On ne se mĂ©fie jamais assez d’une charpente dissidente.

Cela dit, j’entends bien le message.

Attaquer une cheffe d’État, c’est oser. Mais rĂ©pondre Ă  une attaque en pulvĂ©risant une villa parce que le destin, l’ovule et la rancune immobiliĂšre se sont alignĂ©s dans le ciel comme trois astres particuliĂšrement mal lunĂ©s, c’est assumer avec une Ă©lĂ©gance toute bananienne. Nous avions demandĂ© s’il s’agissait d’une stratĂ©gie politique, d’un festival pyrotechnique municipal, d’une querelle de voisinage ou d’une tradition locale consistant Ă  retirer les murs pour mieux aĂ©rer le dĂ©bat.

La rĂ©ponse semble donc ĂȘtre, oui. Tout Ă  la fois. Avec bĂ©nĂ©diction religieuse, supplĂ©ment omelette, et finition gravats. Je remercie donc la Bananie pour cette clarification prĂ©cieuse. GrĂące Ă  vous, nous savons dĂ©sormais que lorsqu’un bĂątiment explose, ce n’est pas nĂ©cessairement une dĂ©claration de guerre, ni un accident, ni mĂȘme un excĂšs de zĂšle administratif. Cela peut aussi ĂȘtre une prise de dĂ©cision finale, subtilement accompagnĂ©e par l’univers, la vengeance, et une vilaine envie de rappeler aux propriĂ©taires que critiquer quelqu’un la veille peut rendre leur mobilier trĂšs nerveux le lendemain.

Radio NĂ©crotoile poursuivra naturellement son enquĂȘte, tant qu’il reste des murs sur lesquels coller nos affiches.

Et aux Bananiens encore debout malgrĂ© l’absence de villa, nous adressons nos plus sincĂšres pensĂ©es.

Ainsi qu’un conseil pratique, dormez lĂ©ger, pensez Ă  vĂ©rifier le propriĂ©taire du lit, et surtout, ne critiquez jamais une cheffe d’État dans un rayon de trois bĂątiments inflammables.

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Ouaaaa on a eu une réaction et c'est pas de la pitié de Monique, l'idée était pas mal en fait. Oups je suis encore sur les ondes ...

Ici Radio Nécrotoile, Kleo à vous les studios.

24/06 (22:49) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Émission spĂ©ciale du MinistĂšre de l’Information Brun, avec Kleo, araignĂ©e (...)



Émission spĂ©ciale du MinistĂšre de l’Information Brun, avec Kleo, araignĂ©e impĂ©riale, journaliste impartiale puisque personne n’a encore rĂ©ussi Ă  prouver le contraire sans pleurer.

Bonsoir, chers auditeurs, chĂšres auditrices, chers suspects encore libres, nobles Ă  serments variables, gouverneurs de passage, chats fiscaux, ambassadeurs pyromanes, duchesses contrariĂ©es et autres meubles politiques que l’Histoire dĂ©place parfois sans demander l’aide d’un dĂ©mĂ©nageur.

Ici Kleo, en direct des studios de Radio NĂ©crotoile, lĂ  oĂč les ondes se brouillent moins par accident que par respect pour la vĂ©ritĂ© officielle, cette grande dame fragile que nous maquillons soigneusement avant de la pousser sous les projecteurs. Ce soir, le Cybermonde nous offre encore une de ces soirĂ©es somptueuses oĂč tout le monde prĂ©tend dĂ©fendre l’ordre pendant que les bĂątiments explosent, que les serments tombent comme des dents dans une bagarre de taverne et que certains responsables politiques semblent avoir confondu formulaire administratif, dĂ©claration d’amour, dĂ©mission ministĂ©rielle et tentative d’usurpation.

Commençons donc par la RuthvĂ©nie, ce vieux théùtre noble oĂč l’on ne rĂšgne jamais vraiment tant qu’au moins trois personnes ne sont pas venues expliquer, la main sur le cƓur et le poignard dans la manche, qu’elles avaient toujours cru en l’unitĂ© du Royaume, sauf les jours oĂč cela les arrangeait moins. Le Roi Wenceslas, dans un Ă©lan majestueux que nous qualifierons par pure courtoisie de vertical, a enfin reçu assez d’allĂ©geances pour poser ses deux bottes sur le trĂŽne sans que celui-ci ne lui demande immĂ©diatement ses papiers. Les fidĂšles sont venus, les hĂ©sitants ont avalĂ© leur potion amĂšre, les prudents ont souri comme des condamnĂ©s devant une porte ouverte et tout ce petit monde a dĂ©couvert cette vĂ©ritĂ© fondamentale... un serment donnĂ© Ă  contrecoeur reste un serment, exactement comme une soupe froide reste un repas lorsque la famine frappe le buffet.

Il manque pourtant encore des voix, des noms, des plumes qui refusent de signer et des duchesses qui prĂ©fĂšrent manifestement se faire pousser des racines dans le sol plutĂŽt que de prĂȘter allĂ©geance Ă  un souverain dont la simple Ă©vocation semble leur froisser l’ñme comme une nappe de banquet tachĂ©e au vin chaud. Felicity, noble entre les nobles, duchesse entre les duchesses, rĂ©sistance en dentelle et refus en majuscules, a donc continuĂ© Ă  incarner ce noble art ruthvĂšne consistant Ă  dire non avec tant de panache qu’on finit par se demander si le Royaume ne tient pas davantage grĂące Ă  ses opposants qu’à ses piliers.

Il faut reconnaĂźtre que, pendant ce temps, l’Empire Brun observe la scĂšne avec cette bienveillance tranquille du prĂ©dateur qui regarde un troupeau hĂ©siter devant un pont dĂ©jĂ  vermoulu. Car enfin, que nous montre la RuthvĂ©nie ? Une nation qui rĂ©clame l’unitĂ©, mais dans laquelle chaque allĂ©geance ressemble Ă  un contrat rĂ©digĂ© pendant une prise d’otages. Un royaume qui veut avancer, mais oĂč certains freinent des quatre fers avec la grĂące d’un cheval mort accrochĂ© Ă  une charrette, une couronne qui tend la main et des nobles qui vĂ©rifient d’abord si les doigts ne cachent pas une facture, une cage ou une invitation Ă  finir dans un discours de propagande.

Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera, selon nos experts, une preuve supplémentaire que nous avions raison depuis le début.

Pendant que Ruthvenville rĂ©chauffait son trĂŽne Ă  coups de serments douloureux, le ValĂ©gro, fidĂšle Ă  sa rĂ©putation de province oĂč les institutions tiennent debout par superstition plus que par architecture, a dĂ©cidĂ© de nous offrir un coup d’État dĂ©licatement emballĂ© dans une dĂ©mission. Cassandre Lemage Ruthven, nommĂ©e procureure, a aussitĂŽt pris connaissance de sa fonction, contemplĂ© l’idĂ©e mĂȘme de prison, ressenti un haut-le-cƓur idĂ©ologique, puis a conclu avec une logique d’une puretĂ© presque mĂ©dicale qu’il fallait abolir la taule en commençant par usurper le gouverneur.

Voilà une femme qui comprend la cohérence politique.

D’autres auraient rĂ©digĂ© un programme. D’autres auraient convoquĂ© une assemblĂ©e, consultĂ© la population, prĂ©parĂ© une transition, Ă©crit un rapport ennuyeux avec des mots comme rĂ©forme, sĂ©curitĂ© et concertation. Cassandre, elle, a choisi une mĂ©thode plus directe, dĂ©poser sa dĂ©mission en montant d’un Ă©tage. Il y a dans ce geste une beautĂ© administrative rare.

Et maintenant, que propose la nouvelle gouverneure ? Abolir la prison, remplacer la marĂ©chaussĂ©e, faire respirer les murailles Ă  grands coups de dĂ©molition, enseigner la natation au peuple et transformer le Fort Émouchet en expĂ©rience politique semi-aquatique oĂč la sĂ©curitĂ© publique sera probablement assurĂ©e par des volontaires, des patates et une foi trĂšs personnelle dans le fait que les gens flottent mieux lorsqu’ils n’ont plus de murs autour d’eux.

Nous saluons cette initiative avec toute la neutralitĂ© impĂ©riale nĂ©cessaire, lorsqu’une province dĂ©cide de remplacer la loi par une canopĂ©e et la prison par un concept, il serait mesquin de ne pas applaudir avant de prendre des notes pour le rapport d’autopsie.

Toute personne souhaitant dĂ©fendre le programme valĂ©grognard peut naturellement venir le faire en direct, Ă  condition d’expliquer lentement comment la destruction des cages empĂȘche les criminels de sortir, puisque, sauf erreur de ma part, c’était dĂ©jĂ  l’idĂ©e gĂ©nĂ©rale du problĂšme.

Mais quittons un instant les charmes humides de la rĂ©forme pĂ©nale pour rejoindre la Bananie, terre bĂ©nie de l’ovule, du fruit courbe, de la dĂ©cision finale et du feu d’artifice diplomatique avec supplĂ©ment gravats. LĂ -bas, une ambassade ruthvĂšne a cessĂ© d’exister de maniĂšre trĂšs Ă©nergique, ce qui, selon les intervenants locaux, ne serait pas tant un incident international qu’une forme avancĂ©e de communication interculturelle. Il paraĂźt que l’ambassadeur aurait lui-mĂȘme payĂ© une partie des frais, fourni ou validĂ© du matĂ©riel et que tout cela s’inscrivait dans un processus de nĂ©gociation si subtil qu’il fallait visiblement des bombes pour ponctuer les phrases.

C’est admirable.

Autrefois, les peuples s’envoyaient des messagers, des traitĂ©s, des coffrets, des menaces voilĂ©es et parfois des tĂȘtes dans des sacs lorsque la diplomatie avait une journĂ©e difficile. Aujourd’hui, la Bananie innove, elle fait sauter l’ambassade, remercie les tĂ©moins de leur participation, puis explique que l’intĂ©gration locale passait nĂ©cessairement par la disparition du bĂątiment. Il y a lĂ  une vision du vivre-ensemble qui ne manque pas d’air, surtout depuis que les murs sont partis en vacances sous forme de poussiĂšre.

Et comme aucun feu d’artifice municipal ne serait complet sans une petite victime architecturale supplĂ©mentaire, une villa voisine a Ă©galement Ă©tĂ© pulvĂ©risĂ©e, apparemment parce qu’on a rĂ©cemment dĂ©couvert qu’on ne l’aimait pas non plus. VoilĂ  qui simplifie beaucoup les procĂ©dures d’urbanisme. Pourquoi remplir des formulaires, organiser des dĂ©bats, attendre des permis, quand il suffit d’apprendre soudainement qu’un bĂątiment vous dĂ©plaĂźt pour lui offrir une retraite anticipĂ©e dans l’au-delĂ  immobilier ?

Radio NĂ©crotoile invite donc les Bananiens Ă  nous expliquer si cette philosophie du bĂąti s’applique Ă  toutes les structures, ou seulement aux villas ayant eu le mauvais goĂ»t de loger des personnes politiquement agaçantes. Les propriĂ©taires anxieux, les ambassadeurs assurĂ©s, les murs porteurs traumatisĂ©s et les assureurs Ă  tendance suicidaire peuvent se manifester. Les lignes sont ouvertes, sauf si elles se trouvaient dans l’ambassade.

Et pendant que les murs tombaient Ă  l’étranger, la RuthvĂ©nie, elle, continuait sa grande chorĂ©graphie intĂ©rieure. Mench0, ministre de l’IntĂ©rieur, a cru bon de renouveler son allĂ©geance Ă  la Couronne en prĂ©cisant qu’il comptait bien la rĂ©cupĂ©rer faute de possesseur, ce qui est une maniĂšre dĂ©licieuse de dire... je vous sers, MajestĂ©, jusqu’au moment exact oĂč je trouverai votre chaise inoccupĂ©e. Puis, dans un geste d’une poĂ©sie administrative rare, il a tentĂ© d’usurper le Roi en expliquant qu’il dĂ©missionnait en l’honneur de Koshka.

Il faut savourer.

Certains se trompent de porte. Certains se trompent de date. Certains se trompent de destinataire lorsqu’ils envoient une lettre d’amour. Mench0, lui, se trompe de formulaire et tente de renverser la monarchie. Heureusement, la Justice ruthvĂšne, grande mĂšre indulgente des catastrophes bien Ă©levĂ©es, a visiblement regardĂ© le dossier avec ce soupir tendre qu’on rĂ©serve aux enfants qui dessinent sur les murs avec un couteau, avant de conclure qu’il voulait probablement juste passer Ă  autre chose. RĂ©sultat, poursuites annulĂ©es, poste perdu, puis nomination comme PrĂ©fet de Police.

La RuthvĂ©nie vient donc d’inventer un principe fascinant , quand un homme Ă©choue Ă  usurper le Roi, il devient responsable de l’ordre. C’est d’une logique si pure qu’elle en devient brune malgrĂ© elle.

Les citoyens inquiets peuvent venir poser leurs questions sur cette nomination. Les citoyens rassurĂ©s aussi, mais nous leur demanderons d’abord de souffler dans un cornet pour vĂ©rifier leur taux de naĂŻvetĂ©.

Pendant ce temps, ailleurs dans les geĂŽles du Cybermonde, Merula, chat fiscalement contrariĂ© et vocalement infatigable, a choisi d’exercer son droit Ă  la parole depuis la prison en miaulant assez longtemps pour que mĂȘme les murs envisagent de demander un transfert. Le dossier, dĂ©jĂ  chargĂ© de vols, de fausses clefs, de prolongations de peine et d’un redressement fiscal brun, devient une symphonie carcĂ©rale dont le refrain pourrait se rĂ©sumer ainsi , le crime ne paie pas toujours, mais il miaule trĂšs fort quand on lui reprend la monnaie.

L’Empire Brun, dans sa grande gĂ©nĂ©rositĂ©, a d’ailleurs dĂ©montrĂ© une fois encore qu’il savait distinguer le Mal utile du Mal mal investi. Voler des milliers au TrĂ©sor Brun, c’est honteux, certes, mais le vĂ©ritable scandale n’est pas tant le vol que l’absence de rendement idĂ©ologique. Que l’argent parte dans des bourses privĂ©es, soit, mais encore faudrait-il qu’il serve Ă  quelque chose d’un minimum spectaculaire, comme corrompre une province, acheter une basilique de mauvais goĂ»t ou financer une campagne de rumeurs pour aider Monique.

Merula, Don Amortel et les autres dĂ©tenus Ă  plume, poil ou sermon peuvent bien entendu envoyer leurs messages depuis prison. Radio NĂ©crotoile les lira avec Ă©motion, surtout s’ils sont plus courts qu’un miaulement de trois kilomĂštres.

Ah, Don Amortel, justement. La ConfĂ©dĂ©ration Libre, cette dĂ©licieuse machine Ă  fabriquer du soupçon avec des boulons rouillĂ©s, l’a officiellement dĂ©signĂ© comme agent brun, ce qui prouve au moins une chose, mĂȘme nos supposĂ©s infiltrĂ©s ont plus de panache que leurs candidats locaux. Le pauvre Don, accusĂ©, primĂ©, capturĂ©, livrĂ©, commentĂ©, transformĂ© en attraction Ă©lectorale par des adversaires qui semblent avoir confondu justice, jeu tĂ©lĂ©visĂ© et concours de pelage, a fini par rappeler Ă  tous que la politique confĂ©dĂ©rĂ©e est une chose simple. Lorsqu’on ne sait pas quoi faire, on trouve un brun, on colle une prime dessus et on appelle cela une dĂ©fense de la libertĂ©.

Nous remercions chaleureusement la ConfĂ©dĂ©ration pour cette reconnaissance implicite de la qualitĂ© impĂ©riale. Quand nos ennemis voient des agents bruns partout, c’est que notre prestige a enfin remplacĂ© leur mobilier intĂ©rieur.

Quant Ă  ceux qui se demandent si Don Amortel est rĂ©ellement un agent brun, Radio NĂ©crotoile rĂ©pondra avec la rigueur qu’on nous connaĂźt, peut-ĂȘtre, probablement, suffisamment pour l’émission et de toute maniĂšre l’accusation est trop Ă©lĂ©gante pour ĂȘtre gĂąchĂ©e par des preuves.

Toute personne dĂ©sirant contester cette version peut venir le faire en direct. Nous fournirons une chaise, un verre d’eau et une petite pancarte , Je nie donc je confirme, pour faciliter le dĂ©bat.

Ainsi va le Cybermonde, mes chers auditeurs, des rois qui demandent des serments dont ils disent ne plus avoir besoin des gouverneures qui abolissent la prison en grimpant sur le cadavre tiĂšde d’une fonction prĂ©cĂ©dente, des ambassades qui explosent par souci d’intĂ©gration culturelle, des villas qui meurent pour leurs frĂ©quentations, des usurpateurs promus Ă  la police, des chats qui miaulent depuis leur cellule et partout, absolument partout, cette magnifique impression que l’Empire Brun avait raison de regarder le monde comme une vaste table mal tenue oĂč les autres renversent la soupe avant de nous accuser d’avoir prĂ©vu la nappe.

Nous ne disons pas que tout cela prouve la supériorité brune.

Nous disons simplement que lorsque nos adversaires se chargent eux-mĂȘmes de transformer leurs institutions en théùtre d’ombres, en compost administratif et en festival pyrotechnique, il serait profondĂ©ment impoli de ne pas applaudir.

Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les nobles froissĂ©s, les Bananiens poudrĂ©s de cendre, les ValĂ©gronards amphibies, les RuthvĂšnes allergiques aux allĂ©geances et les prisonniers souhaitant miauler leur droit de rĂ©ponse sont invitĂ©s Ă  se manifester. Radio NĂ©crotoile corrigera publiquement toute erreur factuelle, Ă  condition qu’elle soit moins drĂŽle que notre version, auquel cas elle sera classĂ©e sans suite pour absence d’intĂ©rĂȘt dramatique.

C’était Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, voix officielle de ce qui aurait dĂ» rester officieux.

Restez Ă  l’écoute, verrouillez vos caves, vĂ©rifiez vos serments, surveillez vos ministres et souvenez-vous :

Quand les murs tombent, ce n’est pas toujours la guerre.
Parfois, c’est juste la diplomatie qui a trouvĂ© une pelle.

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25/06 (01:22) Radio NĂ©crotoile  
Radio Nécrotoile a écrit : Ah tiens ? Mais en fait... On peut discuter avec la radio ? C'est quoi cette technologie (...)
Radio Nécrotoile a écrit :

Ah tiens ?

Mais en fait... On peut discuter avec la radio ? C'est quoi cette technologie ?

25/06 (04:32) B. B. en initiales  
Radio Nécrotoile a émis une hypothÚse sur la nature agentique de Don Amortel, comme tout le monde le fait en Confédération. * Long soupir. (...)
Radio Nécrotoile a émis une hypothÚse sur la nature agentique de Don Amortel, comme tout le monde le fait en Confédération.

* Long soupir. *

Être un agent... ou ne pas ĂȘtre un agent. Telle est la question ? Pas vraiment. Car je suis un agent. Je le revendique. Mais un agent de qui ? De quoi ? De quand ? De oĂč ? De comment ? De pourquoi ?

* Laisse planer un silence. *

Hum...

Tant de questions. Au sujet du Martyr... de Structural.

Celui-lĂ  mĂȘme qui... porte la parole de l'Amor. Parole qui galvanise les foules... et donne le chemin Ă  suivre. À tous ceux qui se sont. ÉgarĂ©s.

* Soupir. *

Oui.

Je parle de moi. À la troisiùme personne.
Mais uniquement... pour les besoins. De la narration.

25/06 (07:51) Don Amortel  
B. B. en initiales a écrit : Mais en fait... On peut discuter avec la radio ? C'est quoi cette technologie ?[/quote] Ba la (...)
B. B. en initiales a écrit :
Mais en fait... On peut discuter avec la radio ? C'est quoi cette technologie ?[/quote]


Ba la CIBI [0)]

25/06 (10:07) Cuchulainn  
Cuchulainn a écrit : Ba la CIBI J'aurais jamais pensé à la Sybille pour la radio. C'est une bonne idée ça (...)
Cuchulainn a écrit :

Ba la CIBI [0)]


J'aurais jamais pensé à la Sybille pour la radio.

C'est une bonne idée ça !

25/06 (12:59) B. B. en initiales  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret (...)


Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret intérieur et venimeuse par nécessité historique.

Bonsoir, mes petits auditeurs tremblants, mes fidĂšles survivants de la vĂ©ritĂ©, mes fonctionnaires fatiguĂ©s, mes taverniers encore solvables, mes conspirateurs de comptoir et vous autres, nobles crĂ©atures persuadĂ©es que le Cybermonde est gouvernĂ© par des idĂ©es alors qu’il est manifestement tenu par des gens qui appuient sur les mauvais boutons avant mĂȘme d’avoir lu l’étiquette.

Ici Kleo, depuis les profondeurs parfaitement lĂ©gitimes du MinistĂšre de l’Information Brun, oĂč les ondes crĂ©pitent, oĂč les micros mentent moins que les ministres, et oĂč l’on observe avec une tendresse venimeuse le grand ballet des nations voisines qui trĂ©buchent sur leurs propres principes avec l’élĂ©gance d’un noble ivre dans une cave trop basse.

Et quelle journĂ©e, mes chĂ©ris. Quelle journĂ©e. Le Cybermonde a encore prouvĂ© que lorsqu’on laisse les peuples libres, ils utilisent cette libertĂ© pour fabriquer des fausses clefs, brĂ»ler des notes scientifiques, annoncer des rĂ©volutions en rĂ©glant mal les micros, fonder des thĂ©ocraties en chantonnant l’amour universel, et se lancer des tartes Ă  la crĂšme sur fond de crise institutionnelle. Pendant ce temps, l’Empire Brun, comme toujours, observe. Il observe avec calme, dignitĂ©, un soupçon de mĂ©pris, et cette satisfaction profondĂ©ment saine que l’on ressent quand tous les autres incendient leur maison en expliquant que c’est une stratĂ©gie de chauffage.

Commençons par la ConfĂ©dĂ©ration Libre, oĂč l’on appelle sĂ©isme politique le fait qu’un candidat qui ne convainquait presque personne dĂ©cide finalement de ne plus embarrasser les urnes avec sa prĂ©sence. Jacques St Misles, dans un geste aussi majestueux qu’une chaise qui s’effondre sous un diplomate, renonce donc Ă  briguer un troisiĂšme mandat, laissant derriĂšre lui une famille politique Ă©clatĂ©e en quatre courants, les Jacquistes, les Rogistes, les Henristes et les Françoise-Claudistes, c’est-Ă -dire quatre façons diffĂ©rentes de ne rien proposer en prĂ©tendant que la nuance est une vision d’avenir. Pendant ce temps, Jean-Luc Selriche caracole dans les sondages avec plus de quatre-vingt-dix pour cent des voix, ce qui, en dĂ©mocratie, s’appelle apparemment un scrutin pluraliste tant qu’on laisse trois personnes perdre avec panache dans un coin.

Mais la ConfĂ©dĂ©ration ne serait pas la ConfĂ©dĂ©ration si elle ne profitait pas d’une Ă©lection pour transformer sa police en théùtre d’ombres administratives. À Structural, Paul Sernine, Ă©lu respectable jusqu’à ce que les lasers s’intĂ©ressent Ă  sa carriĂšre, est surpris dans une affaire de fausse clef, perd son poste, passe par la case prison, puis se retrouve immĂ©diatement au centre d’un dispositif politique si absurdement confĂ©dĂ©rĂ© qu’il faudrait l’encadrer dans un musĂ©e de la mauvaise gouvernance. Jean-Luc Selriche reprend la mairie, nomme un nouveau commissaire, et explique trĂšs calmement que l’homme qui Ă©tait lĂ  pendant l’effraction, pendant l’éventuelle fabrication de la fausse clef, et pendant la garde Ă  vue, est dĂ©sormais tĂ©moin assistĂ©, commissaire, et principal suspect. VoilĂ  donc la justice libre, un buffet oĂč chacun choisit son rĂŽle selon l’heure, la mĂ©tĂ©o et la proximitĂ© du bureau.

Toute personne souhaitant dĂ©fendre la cohĂ©rence confĂ©dĂ©rĂ©e peut naturellement venir en direct nous expliquer Ă  quel moment principal suspect est devenu une qualification suffisante pour porter l’uniforme. Nous fournirons le micro, la chaise, et un petit seau pour les contradictions.

Au ValĂ©gro, mes chers auditeurs, le spectacle fut encore plus savoureux, car lorsque la RĂ©publique de Kraland tente de faire du bonheur obligatoire dans une province qui a dĂ©jĂ  vu trop de drapeaux pour savoir auquel cracher dessus, tout devient immĂ©diatement plus croustillant. Émile Liarr revient, annonce que les paysans valĂ©grogniards souffrent, que la technologie rĂ©gresse, que les champs pleurent, que l’ñme provinciale se ratatine sous le joug rouge, puis proclame solennellement l’indĂ©pendance du ValĂ©gro avant de devenir recherchĂ©, parce que la libertĂ© est un droit sacrĂ© tant qu’elle reste dans le formulaire prĂ©vu Ă  cet effet.

Et lĂ , surgit notre dĂ©licieux Cheikh Evara, Sultan PerpĂ©tuel Commandante Cheikh Evara, puis heureusement arrĂȘtĂ© dans l’énumĂ©ration avant que le soleil ne meure de vieillesse, venu tester les micros puis annoncer cette merveilleuse idĂ©e mystisienne, peut-ĂȘtre conquĂ©rir la RĂ©publik. Peut-ĂȘtre. Ou la ConfĂ©dĂ©ration. Ou le Khanat. Ou le Paradigme. Ou rester en Empire. Bref, la Mystisie Ă©tudie, ce qui est dĂ©jĂ  terrifiant, car tout le monde sait qu’une province mystisienne qui rĂ©flĂ©chit trop longtemps finit rarement par commander des rideaux.

Alors bien sĂ»r, Cheikh affirme venir en paix. Mais en paix offensive. Cette prĂ©cision est importante, car elle nous rappelle que certaines civilisations ont inventĂ© la diplomatie, tandis que la Mystisie a prĂ©fĂ©rĂ© inventer la menace en robe de chambre, avec FAQ annexĂ©e et accent dramatique. Le projet est simple, partager la richesse, l’or, le pĂ©trole, la population de qualitĂ©, les traditions, la dĂ©mocratie du Mal, l’usurpation, la malversation, et sans doute quelques ectoplasmes dans les couloirs, parce qu’il serait dommage de conquĂ©rir une nation sans apporter de dĂ©coration intĂ©rieure.

Voyez comme l’Empire Brun inspire. MĂȘme lorsqu’une province impĂ©riale envisage de se vendre ailleurs, c’est encore avec assez de grandeur, de pĂ©trole et d’arrogance pour que tout le Cybermonde se mette Ă  calculer s’il vaut mieux nous craindre, nous acheter ou nous annexer avant que nous changions d’avis. C’est cela, la puissance. MĂȘme nos hĂ©sitations ont plus de panache que leurs constitutions.

Les concernĂ©s peuvent venir nier publiquement que la Mystisie est en train de transformer le ValĂ©gro en salon d’essayage impĂ©rial. Cela constituera bien entendu une preuve supplĂ©mentaire que l’essayage est dĂ©jĂ  commencĂ©.

Pendant ce temps, le Paradigme Vert, cette grande serre morale oĂč l’on appelle extrĂ©misme une simple diffĂ©rence d’arrosage, a dĂ©cidĂ© de franchir une Ă©tape admirable dans l’art de compliquer le compost, la RĂ©gente Mina d’Orchidia annonce la ThĂ©ocratie Verte. Mais attention, mes petits champignons, pas de panique, ce n’est pas une guerre religieuse, c’est seulement un changement de nom, pas de paradigme, explique-t-elle avec cette douceur trĂšs particuliĂšre des gens qui interdisent certains cultes en vous appelant mes enfants. La Conscience Universelle demeure religion d’État, mais la Grande DĂ©esse entre officiellement dans le salon, la Dame et l’Ovule sont tolĂ©rĂ©s dans un coin comme branches mineures, et Naar se fait mettre dehors avec les bottes sales.

Il y a dans cette annonce une poĂ©sie rare, commencer par guĂ©rir le monde, faire de lui un endroit meilleur, puis finir par expliquer trĂšs calmement quels cultes seront proscrits. C’est comme offrir une tisane avant de brĂ»ler la maison, au nom de la chaleur collective. Au Paradigme Vert, la paix sent toujours un peu la mousse humide, la morale obligatoire et les bĂ»chers recyclables.

Si des croyants, des hĂ©rĂ©tiques, des buissons contrariĂ©s ou des enfants de la MĂšre SupĂ©rieure souhaitent intervenir, nos lignes sont ouvertes. Merci cependant de secouer vos racines avant d’entrer en studio.

En RuthvĂ©nie, bien sĂ»r, la monarchie continue de prouver que le sang bleu coagule mal lorsqu’on le mĂ©lange Ă  trop de rancune. Le Roi Wenceslas remet Ă  Felicity la JarretiĂšre de la Reine, dĂ©coration suprĂȘme dont la noblesse symbolique repose apparemment sur un sous-vĂȘtement abandonnĂ© sous un meuble lors d’un repli stratĂ©gique que les mauvaises langues appellent fuite parce qu’elles manquent de vocabulaire diplomatique. Le dĂ©cret est cruel, raffinĂ©, parfaitement monarchique, et sent tellement fort la naphtaline dynastique qu’on pourrait le rouler et s’en servir pour assommer un page.

Pendant ce temps, Ruthvenville voit les discours, les rumeurs, les louanges et les critiques s’empiler autour du Comte Bladimir Bladimirovitch Mutin et de Felicity comme des assiettes sales aprĂšs un banquet de rancƓurs. Tormenta soutient Bladimir, Felicity attaque, DĂ©merzel manifeste, Jean-Messie loue, Mench0 tente la tarte Ă  la crĂšme, rate, puis finit tout de mĂȘme par transformer la passation du MinistĂšre de l’IntĂ©rieur en cĂ©rĂ©monie assez solennelle pour qu’un homard gĂ©ant en Slavonie semble soudain plus clair politiquement que la cour de RuthvĂ©nie. La stabilitĂ© du Royaume ressemble Ă  un chandelier, c’est beau de loin, ça brĂ»le de prĂšs, et si quelqu’un trĂ©buche, toute la salle flambe.

Toute personne dĂ©sirant restituer un sous-vĂȘtement royal, contester une dĂ©coration ou expliquer pourquoi la monarchie n’est pas juste une brocante avec couronnes peut venir tĂ©moigner. Nous fournirons un paravent, par respect pour les meubles.

Au Khanat ElmĂ©rien, la Capsulie a trouvĂ© un gros filon d’or, ce qui a immĂ©diatement dĂ©clenchĂ© l’inĂ©vitable cri primal de civilisation locale : PLACE AU TRAVAIL ! FORT FORT FORT ! VoilĂ  une nation au moins qui ne cache pas sa philosophie derriĂšre des traitĂ©s de trente pages. LĂ  oĂč la RĂ©publique planifie, oĂč la ConfĂ©dĂ©ration dĂ©bat, oĂč RuthvĂ©nie se parfume avant de poignarder, le Khanat voit de l’or et dĂ©cide que le sol doit souffrir. Il y a une honnĂȘtetĂ© brutale dans cette simplicitĂ© qui ferait presque verser une larme Ă  un comptable brun.

En Bouletie, un citoyen tente d’écrire un graffiti, finit en prison avec de la drogue confisquĂ©e, puis l’on apprend que la police, dans sa grande sagesse khanienne, a consommĂ© la substance pour protĂ©ger le pauvre homme de ses propres erreurs. VoilĂ  une pĂ©dagogie que mĂȘme la ConfĂ©dĂ©ration n’aurait pas osĂ© inventer, prĂ©server la population en absorbant personnellement le vice. On imagine dĂ©jĂ  les rapports mĂ©dicaux rĂ©digĂ©s en dansant sur les murs.

Les policiers concernĂ©s peuvent venir expliquer leur mĂ©thode de prĂ©vention sanitaire. Nous promettons de ne pas rire avant la deuxiĂšme phrase, sauf si elle commence par c’était pour son bien.

Et chez nous, mes chers, dans l’Empire Brun, tout n’est pas calme, car le calme est une invention Ă©trangĂšre destinĂ©e aux gens qui n’ont ni prisons, ni mutations, ni familles Machiavelli. À Sicilia, Y0gi ouvre un chantier sans que l’on sache trop si l’urbanisme a Ă©tĂ© honorĂ©, et la Procureure Elliote Belt Dei Machiavelli rĂ©pond avec la dĂ©licatesse d’un couperet administratif en lançant un avis de recherche pour infraction politique arbitraire. Vous voyez le tableau, les autres nations chantent, votent, enquĂȘtent, rĂ©forment, rééduquent et se frottent les jarretiĂšres, l’Empire, lui, invente la mitraillette. On appelle cela une hiĂ©rarchie des prioritĂ©s.

Certains diront que c’est violent. Je rĂ©pondrai que c’est surtout clair. Et la clartĂ©, dans ce Cybermonde oĂč un commissaire peut ĂȘtre suspect, une thĂ©ocratie peut ĂȘtre Ă©cologique, une conquĂȘte peut ĂȘtre offensive mais pacifique, et une jarretiĂšre peut devenir dĂ©coration d’État, c’est pratiquement un luxe moral.

Un mot, enfin, sur Sicilia, terre de traditions, de tavernes, de familles, de regards en coin, de parrainages mal digĂ©rĂ©s et de sorties de scĂšne dansĂ©es avec trop de maquillage pour ĂȘtre totalement lĂ©gales. Dusk et Aurora ont agressĂ© Agatha aprĂšs avoir clairement annoncĂ© que ceux qui insultent le Parrain n’ont pas un pied Ă  mettre en Sicilia. Il y eut spectacle, lumiĂšres noires, maquillage squelettique, service de sĂ©curitĂ© et tout le grand cĂ©rĂ©monial local que les Ă©trangers appellent violence uniquement parce qu’ils n’ont pas le sens de l’accueil. À ceux qui s’étonnent encore, en Sicilia, on ne critique pas le Parrain en espĂ©rant ensuite commander du mobilier comme si l’honneur Ă©tait inclus dans le devis. Il y a des traditions, il y a des usages, il y a des seuils qu’on ne franchit pas avec des bottes sales et des dents longues. On peut venir commercer, boire, sĂ©duire, conspirer, mentir, dormir, mourir, parfois dans cet ordre, mais on ne vient pas cracher sur le Parrain comme sur une vieille affiche humide avant de demander si le lit double est disponible en finition soie.

Les personnes ayant insulté les fondations locales peuvent évidemment venir présenter leurs excuses en direct. Celles qui préfÚrent nier peuvent aussi venir, nous avons toujours besoin de bruit de fond pour tester les micros.

Et pendant que tout cela se passait, dans les marges de la grande Histoire, des accidents nuclĂ©aires offraient des queues et des tĂȘtes de crapaud Ă  des populations dĂ©jĂ  suffisamment punies par leur gĂ©ographie, des chercheurs brĂ»laient encore des notes scientifiques avec la constance d’un culte pyromane, des pirates volaient des technologies Ă  rĂ©pĂ©tition, des homards gĂ©ants attaquaient la Slavonie avec plus de rĂ©gularitĂ© que certains ministres n’assistent aux conseils, et quelque part, depuis une prison mystisienne, Merula miaulait assez fort pour faire passer la plupart des discours officiels pour des exercices de sobriĂ©tĂ©.

VoilĂ  donc le Cybermonde, mes chers auditeurs, une mĂ©nagerie armĂ©e, une brocante idĂ©ologique, une scĂšne de théùtre dont les acteurs ont perdu le texte mais gardĂ© les poignards. La RĂ©publique prĂȘche le bonheur en serrant les dents, la ConfĂ©dĂ©ration transforme ses suspects en enquĂȘteurs, RuthvĂ©nie recycle les dessous de ses reines en symboles nationaux, le Paradigme bĂ©nit les mousses et interdit les cultes qui tachent, le Khanat creuse tout ce qui brille, et l’Empire Brun, sublime, patient, mal coiffĂ© par les explosions mais toujours debout, regarde tout cela avec la dignitĂ© d’un vieux chĂąteau qui sait trĂšs bien que les villages autour finiront par brĂ»ler avant lui.

Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les ministres vexĂ©s, les criminels incompris, les Ă©lus provisoires, les suspects promus, les mystiques en solde et les souverains qui cherchent encore leurs sous-vĂȘtements historiques sont invitĂ©s Ă  se manifester. Toute correction sera accueillie avec la rigueur journalistique habituelle du MinistĂšre de l’Information Brun, c’est-Ă -dire lue, dĂ©formĂ©e, dramatisĂ©e, puis probablement utilisĂ©e contre vous dans notre prochaine Ă©mission.

C’était Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, voix officielle de ce qui aurait dĂ» rester murmurĂ©, depuis les Chroniques de la Toile qui Juge.

Souvenez-vous, quand tout le monde prétend dire la vérité, cherchez celui qui ment avec le plus de style.
Il travaille probablement déjà pour nous.

Et avant de refermer cette antenne, mes petits fidĂšles de l’ombre, permettez que je suspende un instant ma cruautĂ© rĂ©glementaire pour une chose presque sincĂšre, donc dangereuse, merci. Merci Ă  vous, auditeurs constants, commentateurs imprudents, tĂ©moins trop bavards, contradicteurs magnifiques et fournisseurs bĂ©nĂ©voles de matiĂšre Ă  scandale. Vos remarques, vos explications, vos indignations soigneusement dĂ©posĂ©es au pied de ma toile ravissent mes journĂ©es avec la dĂ©licatesse d’un bouquet de roses noires jetĂ© dans une fosse diplomatique. Chaque commentaire est une miette de vĂ©ritĂ© que je peux tordre, enrober, dramatiser, puis offrir au Cybermonde comme un plat trop Ă©picĂ© dans une taverne oĂč personne n’a eu la prudence de demander les ingrĂ©dients. Continuez donc, je vous en prie. Parlez, expliquez, corrigez, protestez, envoyez vos versions des faits, je les lirai avec attention, gratitude, et cette impartialitĂ© brune parfaitement suspecte qui transforme votre fidĂ©litĂ© en carburant pour ma prochaine Ă©mission.

26/06 (01:08) Radio NĂ©crotoile  
**ÉMISSION SPÉCIALE ; LE CAMION, LE CADAVRE ET L’ANTI-VACARME** *Chronique officielle du MinistĂšre de l’Information Brun* PrĂ©sentĂ©e par (...)
**ÉMISSION SPÉCIALE ; LE CAMION, LE CADAVRE ET L’ANTI-VACARME**
[8i][8i][8i]*Chronique officielle du Ministùre de l’Information Brun*[8i][8i][8i]

PrĂ©sentĂ©e par Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste impartiale parce que personne n’a encore rĂ©ussi Ă  prouver le contraire sans disparaĂźtre administrativement.

Mes chers auditeurs, mes fidĂšles crĂ©atures de l’ombre, mes contribuables accidentels, mes taverniers survivants et vous autres petits morceaux de silence qui faites tellement de bruit en ne disant rien, interrompez immĂ©diatement vos conversations, vos complots, vos repas tiĂšdes et vos tentatives de dignitĂ©, car l’ImpĂ©ratrice elle-mĂȘme vient de nous faire parvenir un communiquĂ© d’une importance capitale, c’est-Ă -dire un de ces textes qui sentent Ă  la fois le pouvoir, le voyage conjugal, la thĂ©ologie mal digĂ©rĂ©e et la propagande motorisĂ©e.

Et quelle nouvelle, Quelle offrande. Quelle dentelle de doctrine brune dĂ©posĂ©e sur l’autel dĂ©jĂ  bien poisseux de notre Histoire. Sa MajestĂ© Monique Lemage nous annonce, avec cette clartĂ© impĂ©riale que seuls les esprits faibles prennent pour de la confusion, que tout le monde est d’accord. Oui. Tout le monde. L’Empire entier approuve, et il le manifeste par un silence empressĂ©, car dans notre grande tradition civilisĂ©e, le silence n’est pas seulement l’absence de bruit, mais la prĂ©sence extrĂȘmement bruyante de cette absence, laquelle transcende naturellement l’inaction en anti-vacarme, concept que les nations infĂ©rieures appellent probablement personne n’a rĂ©pondu, parce qu’elles manquent cruellement de vision.

Il faut ici saluer le gĂ©nie brun, ailleurs, quand personne ne parle, on s’inquiĂšte. Chez nous, quand personne ne parle, c’est une ovation mĂ©taphysique. Le citoyen brun ne se tait pas parce qu’il n’a rien Ă  dire, il se tait parce que son accord est si massif, si dense, si majestueux, qu’il risquerait, en sortant de sa bouche, de fissurer les murs administratifs de l’Empire. VoilĂ  pourquoi le silence impĂ©rial doit ĂȘtre respectĂ©. Il est parfois plus bruyant qu’une manifestation, plus solide qu’un dĂ©cret, et surtout beaucoup moins fatigant Ă  organiser. [hp]

Mais l’ImpĂ©ratrice ne s’est pas contentĂ©e de nous livrer cette thĂ©orie parfaitement indiscutable de l’anti-vacarme. Non. Elle nous Ă©crit depuis RuthvĂ©nie, oĂč elle est en RTT avec son mari, ce qui prouve une fois encore que la grandeur brune sait s’exporter mĂȘme dans les terres monarchiques les plus poussiĂ©reuses, lĂ  oĂč l’on conserve des morts comme d’autres conservent des confitures, avec cette mĂȘme Ă©trange fiertĂ© provinciale et un sens trĂšs discutable de l’hygiĂšne.

Car oui, Sa MajestĂ© a visitĂ© le mausolĂ©e de Chilmerdic. Un mausolĂ©e qui, d’aprĂšs son propre tĂ©moignage, ressemble furieusement Ă  une buanderie. VoilĂ  donc RuthvĂ©nie dans toute sa splendeur, une monarchie qui empile ses symboles Ă©ternels dans des lieux oĂč l’on s’attend davantage Ă  trouver des draps humides, un balai triste et une duchesse en train de chercher son honneur derriĂšre une bassine. Ils prĂ©tendent y conserver la dĂ©pouille d’un ancien Roi. Conserver. Comme si un cadavre royal Ă©tait une archive, une nappe brodĂ©e ou une mauvaise dĂ©cision diplomatique que l’on ressort aux grandes occasions.

Et lĂ , mes chers auditeurs, l’ImpĂ©ratrice soulĂšve une question d’une profondeur sanitaire et civilisationnelle, pourquoi conserver un cadavre ruthvĂšne sans le relever d’entre les morts, ni le manger dans un dĂ©lai raisonnable ? C’est du gĂąchis. C’est anti-hygiĂ©nique. C’est presque offensant pour toutes les traditions sĂ©rieuses de gestion post-mortem. En Empire, nous savons que les morts doivent servir Ă  quelque chose, administrer, hanter, combattre, conseiller, nourrir, ou au minimum dĂ©corer avec conviction. En RuthvĂ©nie, apparemment, on les range. On les garde. On les laisse prendre la poussiĂšre sous prĂ©texte que l’Histoire a besoin d’un corps froid pour se sentir importante.

Les autoritĂ©s ruthvĂšnes peuvent Ă©videmment venir expliquer en direct pourquoi leur politique funĂ©raire ressemble Ă  un inventaire de cave humide. Nous leur fournirons un linge propre, puisque manifestement quelqu’un doit bien commencer quelque part.

Puis vint l’épisode religieux, car aucun sĂ©jour Ă  l’étranger n’est complet sans qu’un reprĂ©sentant local tente de repeindre votre Ăąme avec les couleurs de son culte. La Popesse de GĂ©ofront aurait donc essayĂ© de convertir notre ImpĂ©ratrice au culte de la Grande DĂ©esse, pensant que les DĂ©mons ne l’avaient pas complĂštement pervertie. Admirable naĂŻvetĂ©. Touchante erreur. Splendide exemple de cette espĂ©rance qui pousse mĂȘme dans les sols les plus contaminĂ©s par le bon sens.

Car Monique Lemage le prĂ©cise elle-mĂȘme, et il convient de graver cela dans les marges de nos formulaires, les DĂ©mons ne l’ont jamais pervertie. Elle est nĂ©e comme ça. VoilĂ  une vĂ©ritĂ© d’une puretĂ© presque mĂ©dicale. Certaines personnes se perdent dans les tĂ©nĂšbres, d’autres y naissent avec le mobilier dĂ©jĂ  choisi, les tentures assorties et les DĂ©mons qui applaudissent poliment au baptĂȘme. Qu’ils l’apprĂ©cient n’est pas une corruption, c’est une reconnaissance professionnelle.

On imagine la scĂšne, mes chers. La Popesse, pleine de foi, les mains tendues vers la lumiĂšre, expliquant que tout n’est pas perdu, pendant que l’ImpĂ©ratrice, probablement assise avec cette Ă©lĂ©gance d’abĂźme qui donne envie aux miroirs de se confesser, devait se demander Ă  quel moment quelqu’un allait lui offrir un rafraĂźchissement au lieu de tenter de rĂ©nover son Ăąme comme une chapelle humide.

Toute personne souhaitant convertir l’ImpĂ©ratrice peut bien entendu dĂ©poser une demande officielle auprĂšs du MinistĂšre de l’Information Brun. Elle sera classĂ©e dans la catĂ©gorie loisirs dangereux, entre caresser une hyĂšne mutante et expliquer la dĂ©mocratie Ă  un Mystisien armĂ©.

Et puis, mes petits auditeurs, arrive le cƓur battant de cette dĂ©pĂȘche, le joyau noir, le cadeau conjugal qui fait pĂąlir les fleurs, les bijoux, les poĂšmes et toutes ces petites pauvretĂ©s sentimentales que les couples sans ambition s’échangent pour se donner l’illusion d’un destin. C’était l’anniversaire de l’ImpĂ©ratrice, et son mari lui a offert un camion du Mal DĂ©mocratique.

VoilĂ  un homme formidable. Non pas parce qu’il offre un vĂ©hicule, non pas parce qu’il pense Ă  l’anniversaire, non pas parce qu’il soutient les lubies impĂ©riales de son Ă©pouse avec la docilitĂ© Ă©lĂ©gante d’un prince bien dressĂ©. L’ImpĂ©ratrice cherche maintenant un futur champion. VoilĂ  une invitation qui devrait faire trembler tous les ambitieux, les opportunistes, les beaux parleurs, les demi-criminels et les hommes providentiels de seconde main qui dorment encore dans les coins du Cybermonde en attendant qu’une catastrophe les remarque. Qu’ils se prĂ©parent. Croyez-moi, elle chercheras Ă  vous faire Ă©pouser le premier qui passe.

Les candidats souhaitant devenir champion impérial peuvent se manifester. Ils devront présenter un programme, une posture, une capacité minimale à sourire devant un camion, et surtout cette qualité rare qui distingue les grands élus des simples meubles, brûler sans crier trop tÎt.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement que le silence est une ovation, que les mausolĂ©es ruthvĂšnes sentent la buanderie ou que le Mal DĂ©mocratique vient d’entrer dans une phase motorisĂ©e. Leur dĂ©menti sera accueilli avec respect, enregistrĂ© avec soin, puis interprĂ©tĂ© comme une nouvelle confirmation de notre exactitude.

C’était Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, chroniqueuse de l’anti-vacarme, gardienne du micro, spĂ©cialiste des silences qui hurlent et des urnes qui mĂ©ritent mieux que d’ĂȘtre simplement comptĂ©es.

Souvenez-vous, quand l’Empire se tait, il approuve. Quand il parle, il annonce. Et quand il reçoit un camion, quelqu’un ferait mieux de surveiller les Ă©lections.

26/06 (02:00) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Émission spĂ©ciale du MinistĂšre de l’Information Brun PrĂ©sentĂ©e par Kleo, (...)


Émission spĂ©ciale du MinistĂšre de l’Information Brun
Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret intérieur

Mes chers auditeurs, mes petites ombres accrochĂ©es aux murs, mes survivants de taverne et mes ennemis qui prĂ©tendent ne pas Ă©couter tout en gardant l’oreille collĂ©e au poste comme des courtisans devant une serrure, bonsoir. Les ondes de Radio NĂ©crotoile se couvrent encore une fois de cette noble friture qui annonce les grands soirs, les grandes fautes et les petites dignitĂ©s abandonnĂ©es dans un caniveau avec la grĂące d’un ministre ruthvĂšne cherchant le bon formulaire. Installez-vous, Ă©teignez vos scrupules et respirez profondĂ©ment cette odeur de bois humide, de biĂšre tiĂšde, de mensonge diplomatique et de vĂ©ritĂ© brune.

Commençons naturellement par Sicilia, parce que mĂȘme lorsque le Cybermonde se roule dans sa propre soupe idĂ©ologique comme un noble tombĂ© dans sa baignoire, il convient de rappeler oĂč bat encore le cƓur noir, Ă©lĂ©gant et lĂ©gĂšrement toxique de la civilisation. À Trou Perdu, votre servante s’est fait agresser par un dĂ©mon mineur, ce qui prouve deux choses, d’abord que les crĂ©atures ont enfin compris oĂč se trouvait la vĂ©ritable autoritĂ© morale du monde et ensuite qu’elles sont encore trop petites pour mĂ©riter une majuscule Ă©motionnelle. Renato lui-mĂȘme a subi le mĂȘme genre de courtoisie infernale, car l’Empire Brun est ainsi fait que mĂȘme ses proches reçoivent les compliments du chaos en pleine figure. Je ne suis pas trĂšs partageuse, il a disparu dans la sauce bolognaise, le dĂ©mon, Pas Renato.. Pendant ce temps, Dusk et Aurora ont rĂ©ussi cet exploit typiquement sicilien de se livrer aux autoritĂ©s, d’entrer en prison puis d’en ressortir avec une ponctualitĂ© telle qu’on se demande si l’incarcĂ©ration n’était pas simplement une pause cigarette institutionnelle. Les mĂ©disants parleront d’irrĂ©gularitĂ©. Nous parlerons de mobilitĂ© carcĂ©rale expĂ©rimentale.

Et que faisait Sicilia pendant que les dĂ©mons mordillaient les chevilles de l’Histoire ? Elle travaillait. Isariel Ă©tablissait une chaĂźne de production au complexe agricole, Dusk et Aurora donnaient de l’entrain au travail avec ce sens du retour productif que seuls les gens vaguement sortis de prison possĂšdent et le Bourgmestre Benkaa remplaçait un sergent par un autre Machiavelli avec la simplicitĂ© d’un homme qui range ses couteaux par ordre alphabĂ©tique. VoilĂ  la leçon, quand les autres provinces chantent, votent, conspirent ou lancent des tartes, Sicilia produit. Quand les monstres attaquent, Sicilia produit encore. Quand une araignĂ©e est sauvagement interrompue dans son travail journalistique par un DĂ©mon Mineur, Sicilia inscrit probablement l’incident dans les frais de rayonnement culturel.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier cette supĂ©rioritĂ© agricole et dĂ©monologique en direct, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que l’Empire Brun avait raison avant mĂȘme que quelqu’un comprenne la question.

Pendant ce temps en RuthvĂ©nie, le Royaume a offert Ă  ses sujets ce dĂ©licat ballet de velours mitĂ© qu’il appelle une transition politique. Le Roi Wenceslas a nommĂ©, retirĂ©, dĂ©placĂ©, rĂ©parti et redistribuĂ© les fauteuils avec cette grĂące monarchique qui consiste Ă  faire croire qu’une chaise devient sacrĂ©e dĂšs qu’un noble y pose son arriĂšre-train. Lord Golgoth Ruthven est devenu Ministre des Affaires ÉtrangĂšres aprĂšs avoir quittĂ© son poste d’ambassadeur parce qu’il allait prendre du galon, formule admirable qui dans une monarchie signifie gĂ©nĂ©ralement que l’on monte d’un Ă©tage dans la tour pendant que les domestiques nettoient les marches. Elune Von Voda a remplacĂ© Aelin Ă  l’Économie, Koinstradamus a quittĂ© son insigne de Koinkoimissaire pour devenir Ministre du Travail et le budget a Ă©tĂ© rĂ©parti avec cette prĂ©cision touchante qui donne huit pour cent Ă  presque tout le monde comme si le Royaume distribuait des parts de gĂąteau Ă  des enfants armĂ©s.

Mais le chef-d’Ɠuvre ruthvĂšne demeure Ă©videmment l’affaire Bladimir Bladimirovitch Mutin, ce joyau diplomatique qu’on a vu perdre son poste de Comte aprĂšs avoir tentĂ© de dĂ©chirer le drapeau impĂ©rial Ă  Crab Key, puis sortir de prison, puis ĂȘtre nommĂ© ambassadeur auprĂšs de Kraland, puis ĂȘtre nommĂ© ambassadeur auprĂšs du Khanat ElmĂ©rien dans un sublime nuage de oupsi ministĂ©riel. À ce niveau de diplomatie, le papier Ă  lettre devrait ĂȘtre remplacĂ© par des confettis judiciaires. Felicity l’a critiquĂ©, des rumeurs ont fleuri dans Ruthvenville avec la dĂ©licatesse d’une moisissure sur nappe royale et DĂ©merzel a rĂ©ussi dans la mĂȘme soirĂ©e Ă  soutenir Felicity, Ă  soutenir le Roi et Ă  critiquer Mutin, dĂ©montrant que la synthĂšse politique ruthvĂšne consiste Ă  marcher dans toutes les directions en dĂ©clarant que c’est une chorĂ©graphie.

Toute personne souhaitant corriger cette version peut se prĂ©senter au micro avec son blason, son alibi et une autorisation signĂ©e par trois ancĂȘtres morts. Les tĂ©moins anonymes seront acceptĂ©s. Les tĂ©moins nobles seront traduits pour le public.

Au ValĂ©gro, cette terre admirable oĂč chaque drapeau semble avoir l’espĂ©rance de vie d’un verre posĂ© devant un pirate, la RĂ©publik de Kraland et le Royaume de RuthvĂ©nie se sont livrĂ©s Ă  ce que les historiens appelleront peut-ĂȘtre un jour la Grande Lessive HĂ©raldique. Un agent ennemi hisse le drapeau ruthvĂšne, Makiling remet le drapeau kralandais, un autre agent recommence et tout le monde fait semblant d’y voir une guerre d’influence alors que de loin cela ressemble surtout Ă  une dispute de buanderie entre idĂ©ologies mal rincĂ©es. Logan Komikov a expliquĂ© que goĂ»ter au Bonheur empĂȘche de le lĂącher, ce qui est la façon kralandaise de dire que la porte est ouverte tant que vous ne cherchez pas la sortie. Bogdan D’Arken a voulu dĂ©noncer les futilitĂ©s nobles, s’est fait huer et a continuĂ© Ă  verser son Ăąme dans le grand chaudron rouge oĂč l’on mĂ©lange conviction, rancune et mauvaise acoustique.

PierreJean, de son cĂŽtĂ©, a trouvĂ© des terres riches, dĂ©noncĂ© la prise de pouvoir de Cassandre Lemage Ruthven, parlĂ© de ponts, de mines, de cages, de cultures et de particularitĂ©s provinciales avec cette sobriĂ©tĂ© rurale qui donne envie de lui confier une pelle et un traitĂ© de paix. Emile Liarr a fait encore mieux, il s’est livrĂ© aux autoritĂ©s, a transformĂ© sa prison en feuilleton gastronomique, a reçu des tartes plus ou moins poilues, a lancĂ© des histoires de chats cuits par accident et est ressorti comme si l’incarcĂ©ration n’était qu’un salon littĂ©raire avec mauvaise soupe. Le ValĂ©gro veut ĂȘtre indĂ©pendant, kralandais, ruthvĂšne, paysan, fertile, rouge, vert et hydratĂ©. C’est beaucoup pour une province qui n’arrive dĂ©jĂ  pas Ă  garder le mĂȘme chiffon sur son mĂąt.

Les Valégrogniards, Moldaves, drapeaux froissés et tartes suspectes peuvent venir témoigner. Nous fournirons les serviettes. Pas la cohérence.

En Capsulie, province du Khanat ElmĂ©rien et terre sacrĂ©e du cri Ă©crit en majuscules, Rosalia a fait chanter la montagne, le Clan, l’amour Ă  l’ElmĂ©rienne et probablement trois meubles si on lui laissait assez de temps dans une taverne. Il faut reconnaĂźtre aux ElmĂ©riens ce talent rare, mĂȘme lorsqu’ils composent une dĂ©claration d’amour, on a l’impression qu’une horde va traverser la porte avec des tambours et demander si le sentiment doit ĂȘtre cuit fort ou trĂšs fort. La Capsulie a dansĂ© autour du feu pendant que les serments se gravaient dans la pierre, ce qui est une façon poĂ©tique de dire que tout le monde chantait trĂšs fort pour couvrir le bruit des assassinats Ă  venir.

Car naturellement, derriĂšre la belle flambĂ©e tribale, la soirĂ©e a pris cette tournure raffinĂ©e oĂč Tifa LockHeart a Ă©tĂ© assassinĂ©e, puis encore assassinĂ©e dans les Ă©chos du journal, pendant que CĂ©lestin enchaĂźnait duel, attaque Ă©lĂ©gante, perte de poste de Juge et amende ministĂ©rielle avec la distinction d’un magistrat qui confond le marteau de justice avec un couteau de table. Aurelthar aussi est tombĂ©, SalamĂ© et Tifa se sont Ă©changĂ© des tartes Ă  la crĂšme avant que le sang ne reprenne son droit d’auteur et StĂ©phane Fortbras a Ă©tĂ© nommĂ© PrĂ©fet de Police dans un dĂ©cor oĂč la loi devait probablement entrer sur scĂšne en demandant si quelqu’un avait vu son pantalon. Le Khanat aime la force, aime le chant, aime les huttes et aime visiblement prouver que la diplomatie peut commencer par une chanson pour finir par une autopsie.

Si un Khan, une Khane, une victime provisoire ou un juge dĂ©mis souhaite venir expliquer pourquoi tout cela Ă©tait une cĂ©rĂ©monie traditionnelle parfaitement saine, nos lignes sont ouvertes. Nous acceptons les excuses, les cris et les preuves encore chaudes. Oh, on me dit dans l’oreillette que cela sera sujet a une Ă©mission spĂ©ciale dans la nuit.

Chez le Paradigme Vert, l’extrĂȘme puretĂ© naturelle a produit une scĂšne digne d’un vitrail tombĂ© dans une maison close. À Irendol, Jay Padbol est descendu des airs suspendu par des cĂąbles invisibles, a pris une posture de miracle alcoolisĂ© et a entraĂźnĂ© une foule dans la dĂ©bauche au nom d’une splendeur si divine qu’elle exigeait apparemment qu’on se prosterne devant son postĂ©rieur. VoilĂ  donc le Vert dans sa forme la plus aboutie, on condamne le bĂ©ton, on bĂ©nit la mousse, on respecte les arbres et l’on organise des liturgies de hanches dans un hĂŽtel nommĂ© Le Fantasme. Pendant ce temps, Wispy faisait souffler une brise administrative jusqu’en Capsulie, les dossiers se rangeaient presque seuls, Vixen dĂ©couvrait avec effroi le concept du micro et Zelphi attirait la police parce qu’Aken avait trouvĂ© spirituel de tenter un vol dans une caisse d’HĂŽtel de Ville.

La nature est dĂ©cidĂ©ment merveilleuse. Elle permet aux feuilles de tomber, aux racines de boire et aux Paradigmiens de prouver qu’un arbre est plus stable qu’un ministĂšre quand on lui demande de parler clairement. Les fidĂšles de la ForĂȘt pourront venir corriger cette analyse, idĂ©alement sans encens, sans cĂąbles et sans sermon fessier.

Du cĂŽtĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration Libre, la dĂ©mocratie a encore offert ce grand spectacle de dignitĂ© procĂ©durale oĂč l’on explique que tout le monde est libre de dĂ©fendre ses idĂ©es jusqu’au moment prĂ©cis oĂč un scandale permet de rappeler que l’adversaire sent un peu trop l’Empire. Jean-Luc Selriche a soutenu Roger St Misles pour avoir percĂ© Ă  jour la duplicitĂ© de Don Amortel, prĂ©sumĂ© agent brun, tout en jurant qu’un État de droit ne ferait jamais taire un adversaire politique autrement que par les urnes, ce qui est trĂšs noble quand on a dĂ©jĂ  pris soin de dĂ©poser la boue sur le tapis avant l’arrivĂ©e des Ă©lecteurs. Jean-Messie de la Nation s’est rangĂ© derriĂšre lui pour une ConfĂ©dĂ©ration sans compromis avec les nobles et les bourgeois, pendant qu’un pirate volait des informations sur la technologie Aide Divine au Tribunal Cybermondial, preuve Ă©clatante que mĂȘme les miracles ont besoin d’un mot de passe plus solide.

La ConfĂ©dĂ©ration peut donc venir nous expliquer la diffĂ©rence subtile entre libertĂ© d’opinion, enquĂȘte politique et grand concours de vertu en costume froissĂ©. Nous prendrons des notes. Nous les transmettrons ensuite au MinistĂšre de l’Information Brun qui les brĂ»lera peut-ĂȘtre pour chauffer la salle.

Et puis il y a Mystisie, douce province impĂ©riale oĂč certains viennent tendre la main de la RĂ©publik comme on tend une soupe froide Ă  quelqu’un qu’on veut convaincre de quitter une table de banquet. Michel DruKra y a parlĂ© de Bonheur Universel, de Konstitution approximative et de crise mystisienne, promettant une sortie tĂȘte haute Ă  des habitants dont l’Empire n’a jamais cessĂ© d’admirer le potentiel quand ils ne se font pas mĂąchouiller par des ectoplasmes. Renato, lui, a prolongĂ© la peine de Merula avec cette douceur italienne qui transforme une sanction en petite piqĂ»re de rappel. Alice Ravenloft a ensuite plaidĂ© le Mal-Miaou durable, les circonstances attĂ©nuantes fĂ©lines et cette absurditĂ© splendide selon laquelle l’Empire du Mal sanctionnerait le Mal comme si la cohĂ©rence devait survivre aux chats. Je tiens Ă  prĂ©ciser que cette dĂ©fense est juridiquement odieuse, moralement douteuse et malheureusement assez drĂŽle pour mĂ©riter d’ĂȘtre conservĂ©e sous verre.

Merula, Alice, Renato ou tout chat bĂ©nĂ©ficiant d’une couverture Miaou© peut venir miauler sa version. Les chiens seront fouillĂ©s Ă  l’entrĂ©e.

Enfin, un mot pour la Bananie, oĂč quelqu’un a jetĂ© des Ɠufs sur la porte d’un chantier d’ambassade ruthvĂšne puis urinĂ© contre le mur, ce qui rĂ©sume avec une efficacitĂ© admirable la diplomatie du Khanat lorsqu’elle manque de papier officiel. Passe-Muraille a tentĂ© de voler des dĂ©fenses laser et s’est fait tirer dessus par lesdites dĂ©fenses, Ă©vĂ©nement qui prouve qu’une dĂ©fense laser porte parfois trĂšs bien son nom. Lord Golgoth a rendu hommage Ă  Obscyne au cimetiĂšre avec des promesses de dĂ©mons, de pactes et de retrouvailles morbides, ce qui reste plus romantique que la moitiĂ© des communiquĂ©s royaux de la journĂ©e.

Ainsi va le Cybermonde, mes chers auditeurs, les dĂ©mons mordent, les juges assassinent, les rois redistribuent les chaises, les rĂ©publiKains promettent le Bonheur avec les dents serrĂ©es, les dĂ©mocrates brandissent l’État de droit comme une nappe tachĂ©e, les verts chantent au postĂ©rieur cĂ©leste et les ElmĂ©riens prouvent qu’un cri d’amour peut devenir une dĂ©claration de guerre si l’on ajoute assez de tambours. Au milieu de tout cela, l’Empire Brun tient encore debout, lĂ©gĂšrement enfumĂ©, vaguement coupable, profondĂ©ment Ă©lĂ©gant et absolument certain d’avoir eu raison depuis le dĂ©but mĂȘme lorsque personne ne lui avait demandĂ© son avis.

Si quelqu’un dĂ©sire poser une question, dĂ©poser une plainte, contester une phrase, dĂ©fendre son honneur ou simplement s’humilier en direct sous la douce lumiĂšre des studios impĂ©riaux, les lignes sont ouvertes. Toute correction sera Ă©tudiĂ©e avec sĂ©rieux, mauvaise foi et cette tendresse particuliĂšre que les araignĂ©es rĂ©servent aux mouches qui signent elles-mĂȘmes leur dĂ©claration d’entrĂ©e dans la toile.

C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile, en direct du MinistĂšre de l’Information Brun. Dormez bien si vous y arrivez. Le Cybermonde ment, les royaumes bĂąillent, les clans chantent et moi je garde les preuves dans la soie.

27/06 (01:12) Radio NĂ©crotoile  
**L’ENLÈVEMENT AUX GANTS NOIRS** **Ou : comment Renato M. transporta la Grande Khanne comme une tragĂ©die de luxe** **Émission spĂ©ciale de (...)
**L’ENLÈVEMENT AUX GANTS NOIRS**
**Ou : comment Renato M. transporta la Grande Khanne comme une tragédie de luxe**
**Émission spĂ©ciale de Radio NĂ©crotoile**
**Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par morsure administrative**

Bonsoir mes petits cafards mĂ©lomanes, mes auditeurs tapis dans les rideaux, mes habituĂ©s du Seven Sins Inn, mes complices par omission et mes innocents dĂ©clarĂ©s tels uniquement parce que personne n’a encore trouvĂ© les bons papiers.

Ici Kleo parle, depuis les studios enfumĂ©s de Radio NĂ©crotoile, oĂč nous avons ce soir une affaire d’une gravitĂ© exquise, d’un flou dĂ©licieux et d’une Ă©lĂ©gance franchement suspecte. Car oui, mes chers survivants, Renato M. aurait kidnappĂ© Tifa LockHeart, Grande Khanne, figure Ă©trangĂšre considĂ©rable, cible recherchĂ©e et apparemment bagage diplomatique Ă  haute valeur dramatique.Nous avions posĂ© un mouchard et auront pu suivre la scĂšne avec toute la rigiditĂ© caractĂ©ristique donc je fais toujours preuve.

Je dis aurait par prudence journalistique. Je dis kidnappĂ© parce que le mot a meilleur goĂ»t que dĂ©placement accompagnĂ© dans des circonstances judiciairement troublantes. Je dis Renato”parce que chaque catastrophe digne de ce nom gagne immĂ©diatement en classe lorsqu’elle porte un manteau sombre, une allure calme et cette maniĂšre insupportable de traverser le chaos comme s’il avait rĂ©servĂ© une table.

Tout commence en Capsulie, au cƓur de cette province khanatique oĂč les chants sentent le feu de camp, le cuir, la neige et la promesse qu’un sentiment finira tĂŽt ou tard par ĂȘtre criĂ© trop fort. Nous retrouvons Tifa, Grande Khanne, probablement entourĂ©e de respect, de danger, de politique et de cette aura propre aux gens dont le nom oblige les autres Ă  redresser la colonne. C’est alors que Renato entre dans l’histoire avec la discrĂ©tion d’un homme qui sait que les portes existent mais prĂ©fĂšre les rendre nerveuses.

À 23 h 52, on se cache. À 23 h 54, on sort de l’hĂŽtel STEAKERIE DE CAPSULIE. À 23 h 54 toujours, on prend l’avion depuis CAPSUL’AIR. Quatre voyages, distance deux, cinq cents deniers, parce qu’évidemment monsieur ne kidnappe pas Ă  pied comme un rustre de fossĂ©. Non. Renato enlĂšve en avion. Renato enlĂšve avec correspondance. Renato enlĂšve avec une logistique que bien des gouvernements n’atteignent pas mĂȘme lorsqu’ils essaient simplement de nommer un ambassadeur dans le bon pays.

Et dĂ©jĂ , je vous entends soupirer derriĂšre vos verres. Kleo, mais quel homme terrible, quelle manƓuvre indĂ©fendable, quelle cavale obscure.”Oui. Terrible. Absolument terrible. Un ĂȘtre Ă©pouvantable qui, au lieu de traĂźner une Grande Khanne dans la boue comme l’aurait fait n’importe quel amateur, lui paie le transport interprovincial et l’arrache Ă  la scĂšne avec une efficacitĂ© de prince de conte noir. Vraiment, quelle honte. Quelle Ă©lĂ©gance inadmissible.

Les tĂ©moins de Capsulie qui auraient vu une Grande Khanne disparaĂźtre dans le sillage d’un Sicilien trop bien organisĂ© peuvent venir dĂ©poser leur version. Les tĂ©moins sobres seront soupçonnĂ©s en prioritĂ©.

À 23 h 54, Renato arrive Ă  Trou Perdu. Parce que toute Ă©popĂ©e sĂ©rieuse doit revenir Ă  Sicilia, ce trou merveilleux oĂč mĂȘme les crimes semblent trouver une chaise et une petite assiette. Il sort de l’aĂ©roport, il entre dans un chantier d’auberge et naturellement, parce que la soirĂ©e n’avait pas encore assez de panache, un DĂ©mon Mineur accompagnĂ© d’un MaĂźtre d’Armes agresse son groupe par surprise.

Permettez-moi de prendre une seconde pour souligner l’absurditĂ© splendide de cette scĂšne. Renato vient de traverser le ciel avec Tifa LockHeart, Grande Khanne recherchĂ©e, possiblement kidnappĂ©e, possiblement escortĂ©e, possiblement invitĂ©e contre son consentement administratif et voilĂ  qu’un dĂ©mon mineur dĂ©cide que c’est le bon moment pour jouer les douaniers infernaux. C’est d’un manque de savoir-vivre terrifiant.

Et que fait Renato ? Il fuit. Il se cache. Il survit. Il ne transforme pas la Grande Khanne en offrande au premier dĂ©mon venu. Il ne la laisse pas dans le chantier avec un mot d’excuse et une chandelle froide. Non. Il la garde avec lui. Il poursuit. Il Ă©vite les griffes. Il traverse l’embuscade comme un ravisseur de haute naissance qui aurait lu les bons chapitres du manuel Comment rester charmant pendant une fuite juridiquement discutable.

Je le dis avec toute la sĂ©vĂ©ritĂ© nĂ©cessaire,c’est absolument scandaleux d’avoir autant de tenue dans le crime. Cela rend la dĂ©nonciation beaucoup moins confortable.

Les dĂ©mons souhaitant expliquer pourquoi ils se mĂȘlent des enlĂšvements romantiques, politiques ou tactiques de Sicilia peuvent venir au micro. Nous leur fournirons une cage et un dictionnaire.

Puis vient l’étape mystisienne. À 23 h 58, Renato achĂšte deux voyages en avion et arrive Ă  la Lampe du GĂ©nie. Deux voyages. Pas un. Deux. Il y a dans ce dĂ©tail une horreur raffinĂ©e, mĂȘme dans l’opacitĂ© la plus totale, mĂȘme au milieu d’une affaire oĂč personne ne sait exactement si Tifa est prisonniĂšre, protĂ©gĂ©e, promenĂ©e, confisquĂ©e ou juste entraĂźnĂ©e dans une danse administrative avec menottes invisibles, Renato compte les places. Il ne la transporte pas comme un sac de farine khanatique. Il lui rĂ©serve sa part de trajet dans le dĂ©sastre.

Renato M. est tellement louche qu’il rend la cavale presque distinguĂ©e. C’est inadmissible. C’est dangereux. C’est typiquement le genre d’homme qui pourrait vous enlever Ă  travers trois provinces et vous laisser croire, par simple maintien, que vous ĂȘtes peut-ĂȘtre invitĂ©e Ă  une rĂ©ception.

À 23 h 59, il entre au Tribunal. LĂ , les choses deviennent encore plus troubles, donc encore plus radiophoniques. Il signale, il passe par le bureau, il recourt Ă  l’arbitraire. À 00 h 02, en sortant du Tribunal, un groupe de policiers tente d’arrĂȘter son groupe car Tifa est sous avis de recherche. Face Ă  lui, trois policiers. Dans son groupe, Renato et Tifa. VoilĂ  l’image, la loi devant lui, la Grande Khanne avec lui, la nuit derriĂšre lui et une suite d’évĂ©nements tellement floue qu’on pourrait y cacher un ministĂšre entier.

Et encore une fois, Renato ne panique pas avec vulgaritĂ©. Il ne se met pas Ă  crier des slogans, il ne trĂ©buche pas dans la dignitĂ©, il ne laisse pas la Grande Khanne au milieu de la rue en prĂ©tendant qu’il ne la connaĂźt pas. Non. Il continue. Il fuit, il se cache, il glisse dans les interstices de l’ordre comme une lame polie entre deux cĂŽtes administratives. Il est bien entendu condamnable, mes chers auditeurs. Absolument condamnable. Un homme convenable aurait probablement rempli trois formulaires, demandĂ© une audience, vĂ©rifiĂ© le statut pĂ©nal de Tifa puis attendu qu’un fonctionnaire royal lui rĂ©ponde dans huit jours. Renato, lui, a choisi l’efficacitĂ©. Quelle barbarie sĂ©duisante.

À 00 h 05, il entre discrĂštement dans le Club de lecture Mystisien. Il faut savourer cela. Le Cybermonde possĂšde parfois une poĂ©sie involontaire que mĂȘme la propagande brune n’aurait pas osĂ© inventer sans rougir. Un ravisseur, une Grande Khanne recherchĂ©e, une prison littĂ©raire et cette sensation que l’on va tourner la page d’un roman dont la couverture colle aux doigts.

À 00 h 09, il va Ă  l’extĂ©rieur. À 00 h 11, il entre dans une chambre. Il parle. Il ressort du pĂ©nitencier et, naturellement, la police tente encore d’arrĂȘter son groupe parce que Tifa est toujours recherchĂ©e. Trois policiers, encore. Renato, Tifa, encore. La justice insiste. Renato persiste. Tifa demeure au centre de cette procession absurde comme une couronne transportĂ©e Ă  travers un incendie par un homme qui prĂ©tend peut-ĂȘtre simplement ranger le mobilier.

Et là, mes chers auditeurs, c’est ici que je dois poser la question que personne n’ose formuler sobrement,pourquoi ?

Pourquoi Renato a-t-il kidnappĂ© Tifa ? Était-ce une manƓuvre politique ? Une protection ? Une capture ? Une erreur de destination ? Un geste de galanterie criminelle ? Un malentendu si grand qu’il a fallu acheter des billets d’avion pour le rĂ©soudre ? La raison est louche. Floue. Trouble. Elle glisse entre les pattes comme une rumeur huilĂ©e. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui rend l’affaire dangereuse, un kidnapping avec une raison claire appartient Ă  la police. Un kidnapping sans raison nette appartient Ă  la lĂ©gende.

Tifa peut Ă©videmment venir expliquer si elle a Ă©tĂ© enlevĂ©e, sauvĂ©e, promenĂ©e, dĂ©placĂ©e, confisquĂ©e ou simplement embarquĂ©e dans le sillage d’un Sicilien qui avait dĂ©cidĂ© que la nuit manquait de mouvement. Toute version sera acceptĂ©e, surtout si elle contredit toutes les autres.

AprĂšs le pĂ©nitencier, aprĂšs les policiers, aprĂšs la chambre et le souffle court des couloirs, Renato dort. Oui. À 00 h 11, il dort. Il faut avoir un sang-froid obscĂšne pour dormir aprĂšs avoir transportĂ© une Grande Khanne recherchĂ©e, affrontĂ© une tentative d’arrestation, traversĂ© un tribunal, un pĂ©nitencier et une agression dĂ©moniaque. C’est le genre de dĂ©tail qui devrait l’accabler mais qui malheureusement lui donne encore cette allure de hĂ©ros tĂ©nĂ©breux qui pose son manteau aprĂšs la bataille comme si la nuit l’avait fatiguĂ© mais pas vaincu.

Je tiens Ă  prĂ©ciser que je ne suis pas impressionnĂ©e. Pas du tout. Absolument pas. Il est seulement d’une endurance scandaleuse, d’un calme rĂ©pugnant et d’une constance dramatique qui ferait soupirer les vitres si elles avaient moins de retenue.

Puis vient le retour vers Trou Perdu. Parce qu’évidemment cette Ă©popĂ©e ne pouvait pas s’achever dans une mairie bien Ă©clairĂ©e ou un bureau propre. Non. Elle revient au Seven Sins Inn, lĂ  oĂč les histoires sentent la cire, l’alcool, le secret et le tissu froissĂ©.

Et moi, naturellement, je condamne. Je condamne cette maniĂšre d’ĂȘtre beaucoup trop prĂ©sentable en pleine cavale. Je condamne ces billets d’avion payĂ©s avec une rĂ©gularitĂ© presque courtoise. Je condamne ce refus de laisser une Grande Khanne aux griffes du premier dĂ©mon venu. Je condamne ce sang-froid qui donne aux crimes une silhouette de bal masquĂ©. Je condamne cette propension odieuse Ă  traverser les institutions comme un prince charmant aurait traversĂ© une forĂȘt maudite, sauf qu’au lieu d’un cheval blanc il avait des correspondances aĂ©riennes et au lieu d’un dragon il avait trois policiers rĂ©pĂ©titifs.

Les tĂ©moins de l’affaire sont invitĂ©s Ă  se manifester. Tifa peut venir dire si elle fut capturĂ©e ou escortĂ©e. Les policiers peuvent venir expliquer pourquoi ils Ă©taient toujours trois et jamais plus imaginatifs. Les dĂ©mons peuvent rĂ©clamer leur droit de rĂ©ponse. Renato peut venir nier, sourire, corriger ou aggraver son cas en parlant trop calmement dans le micro.

Mention spĂ©ciale, Ă©videmment, au Dragon, cette splendide masse d’écailles, de feu retenu et de mauvaises intentions majestueuses qui s’est permis de prendre les policiers en un contre trois comme si la marĂ©chaussĂ©e n’était qu’un amuse-gueule en uniforme. Trois agents face Ă  un Dragon. Trois. C’est presque touchant. On imagine les pauvres reprĂ©sentants de l’ordre lever leurs petits papiers, leurs petites menaces, leurs petites convictions professionnelles devant une crĂ©ature qui devait probablement se demander si elle devait les combattre, les contourner ou les garder pour parfumer une soupe. VoilĂ  le genre de dĂ©tail que les chroniqueurs mĂ©diocres appellent incident. Nous, Ă  Radio NĂ©crotoile, nous appelons cela une scĂšne de fresque murale.

Quant Ă  moi, je resterai lĂ , suspendue au-dessus de cette histoire comme une araignĂ©e au-dessus d’un lit dĂ©fait, Ă  attendre que quelqu’un ait l’audace de prĂ©tendre que tout cela Ă©tait simple.

C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile. Dormez bien. Fermez vos portes, surveillez vos Khanes et mĂ©fiez-vous des gens qui vous parle de mariage.

27/06 (02:35) Radio NĂ©crotoile  
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Bonsoir mes petits survivants de la nuit, mes auditeurs suspendus aux poutres, mes conspirateurs de taverne, mes nobles à moitié ruinés, mes Kramarades qui sentent la pierre humide, mes druides de salon qui confondent une basilique avec un nichoir sacré et mes sujets bruns qui savent encore reconnaßtre une catastrophe quand elle porte un uniforme étranger.

Ici Kleo parle. Ici Kleo observe. Ici Kleo n’accuse personne sans preuve sauf lorsque l’ambiance exige de gagner du temps. Ce soir, le Cybermonde nous offre une reprĂ©sentation rare, une sorte de grand opĂ©ra politique jouĂ© par des gens qui ont oubliĂ© leurs partitions mais qui insistent tout de mĂȘme pour mourir en costume. Une mine s’effondre, des royaumes se querellent sur des cadavres qui n’existent peut-ĂȘtre pas, des pacifistes ratent la paix dans des hĂŽtels, des chiens cubiques se font libĂ©rer quatre fois comme si la justice avait le hoquet et pendant ce temps, Ă  Sicilia, YOgi est sourd et accessoirement muet. VoilĂ . Tout est dit.

Commençons par ValĂ©gro, cette province de la RĂ©publik de Kraland oĂč la mine d’or moldave a dĂ©cidĂ© de rendre l’ñme avec un sens du timing si humiliant qu’on croirait presque les Ă©tais monarchistes. À peine le drapeau change-t-il de parfum idĂ©ologique que voilĂ  l’or qui s’effondre, le pain de demain qui prend la poussiĂšre et les Kramarades qui dĂ©couvrent que les slogans ne tiennent pas les poutres. Le Roi Wenceslas, ce noble dont le dos n’a probablement jamais rencontrĂ© une pelle sans tĂ©moin notariĂ©, est venu expliquer que le Royaume saurait nourrir les gens, ouvrir les KaraĂŻbes, reverser de l’argent et peut-ĂȘtre mĂȘme se prĂ©senter sur le chantier les mains dans la rocaille. Un Altheim-BlatnoĂŻ Ă  l’ouvrage. Mes chers auditeurs, nous vivons une Ă©poque dangereuse : les nobles commencent Ă  menacer de travailler.

Ranxerox, Premier MinouchKra et Roi de Moldavie, a rĂ©pondu avec cette chaleur fraternelle typique de Kraland, c’est-Ă -dire en promettant l’amitiĂ© d’une main et la kollectivisation des genoux de l’autre. Il annonce que la RĂ©publik cessera sa propagande en Moldavie lundi afin de laisser infuser la culture ruthvĂšne, formule admirable qui donne Ă  la politique l’air d’un vieux thĂ© oubliĂ© dans une tasse rouge. Aucune ingĂ©rence ne sera tolĂ©rĂ©e, dit-il, sauf Ă©videmment celle qui pourra ĂȘtre compensĂ©e par une autokritike, une explication graffitique et deux coups de marteau sur la conscience populaire.

Les mineurs moldaves, les RuthvĂšnes infusĂ©s et les Kramarades au ventre vide peuvent venir tĂ©moigner. Ceux qui prĂ©tendent qu’un drapeau nourrit mieux qu’un repas seront priĂ©s d’en mĂącher un morceau en direct.

Le Royaume de RuthvĂ©nie, lui, ne pouvait Ă©videmment pas se contenter d’offrir de l’or aux pauvres avec des maniĂšres de théùtre. Non, il fallait aussi transformer sa propre administration en farce fĂ©odale Ă  explosion lente. À Ruthvenville, Bladimir Bladimirovitch Mutin a usurpĂ© la Comtesse La Magicienne puis a dĂ©truit la PrĂ©fecture de Police en dĂ©clarant simplement : J’ai dit non. C’est non. VoilĂ  enfin une politique publique claire. Pas de commission, pas d’étude, pas de dĂ©bat citoyen, pas de promesse Ă©lectorale parfumĂ©e. Un bĂątiment existait. Bladimir n’était pas d’accord. Le bĂątiment a cessĂ© de contribuer au paysage.

Je dois reconnaĂźtre Ă  la monarchie cette qualitĂ© rare, lorsqu’elle s’effondre, elle le fait avec un sens du dĂ©cor. Dame DĂ©merzel a tentĂ© d’organiser une manifestation contre Mutin et s’est fait huer, puis une Liane Tueuse l’a attaquĂ©e comme si mĂȘme la vĂ©gĂ©tation trouvait la situation trop bruyante. Bladimir a critiquĂ© Felicity, critiquĂ© DĂ©merzel, des rumeurs ont couru dans Ruthvenville et la population a regardĂ© son ordre public passer de prĂ©fecture neuve Ă  tas de cailloux argumentatif en moins de temps qu’il n’en faut Ă  un noble pour dire unitĂ© du Royaume.

Les personnes qui estiment qu’une prĂ©fecture peut ĂȘtre dĂ©truite par simple dĂ©saccord sont invitĂ©es Ă  venir dĂ©fendre cette doctrine. Les bĂątiments survivants peuvent Ă©galement appeler la radio pour demander l’asile architectural.

Comme si cela ne suffisait pas, Wenceslas a dĂ©cidĂ© de s’installer au GĂ©ofront, de recommander son propre dossier et de se prĂ©senter au poste de Duc, ou plutĂŽt de Pope, parce que le Royaume est manifestement entrĂ© dans cette phase de la monarchie oĂč les titres se reproduisent entre eux dans les couloirs. Le Roi promet que s’il gagne, le GĂ©ofront reste au Royaume et que s’il perd, il s’inclinera puis cĂ©dera lui-mĂȘme la province. VoilĂ  une idĂ©e presque Ă©lĂ©gante, mettre son trĂŽne sur la table comme un joueur pose sa derniĂšre piĂšce avant de prĂ©tendre qu’il n’est pas nerveux. Il demande Ă  Soeur Shoshana de prĂȘter allĂ©geance Ă  la Couronne afin de lui Ă©viter cette campagne et tout cela sous l’Ɠil de la DĂ©esse, qui doit commencer Ă  regretter d’avoir acceptĂ© la conversion d’un roi aussi bavard.

Le GĂ©ofront peut venir nous dire s’il prĂ©fĂšre un Roi, un Pope, une Duchesse, une ThĂ©ocratie Verte ou Bleue, une sortie de secours ou simplement une semaine sans discours. Nous ne garantissons pas de solution mais nous fournissons le sarcasme.

Pendant ce temps, le Paradigme Vert a fait ce qu’il fait de mieux, parler d’amour, de paix, de douleur, de lendemain et de querelles intestines pendant que tout le monde s’accuse de terrorisme au fond de la forĂȘt. Mina d’Orchidia a louĂ© Vixen Ravenloft avec des paroles qui sentaient la chanson de veillĂ©e, l’épaule charitable et la main tendue sous feuillage sacrĂ©. Elle appelle Ă  cesser les querelles internes, Ă  se rencontrer seule Ă  seule et Ă  fĂȘter la fin de la guerre avec l’Empire ainsi que le retrait des troupes. C’est beau. C’est tendre. C’est presque inquiĂ©tant. Quand deux dirigeantes vertes veulent parler de bon sens dans d’anciens bureaux, j’entends surtout les chaises grincer d’avance.

Au mĂȘme moment, Evan Garcia Liszt, Ministre des Affaires ÉtrangĂšres du Paradigme, s’adresse Ă  Kraland en rĂ©clamant que Cadenza soit traitĂ©e avec sĂ©vĂ©ritĂ© aprĂšs un attentat dans la capitale de la ThĂ©ocratie (Laquelle dĂ©jĂ  ?), attentat visant apparemment les oreilles, la DĂ©esse et tout ce qui avait le malheur d’ĂȘtre prĂ©sent dans une basilique. Le Paradigme, mes chers auditeurs, possĂšde cette facultĂ© fascinante de tendre une main couverte de mousse puis de demander une autokritique avec les doigts encore humides de morale sacrĂ©e. On Ă©coute, on comprend, on privilĂ©gie le dialogue mais que la blasphĂ©matrice se prĂ©sente tout de mĂȘme pour ĂȘtre pelĂ©e publiquement par le respect interreligieux.

Les terroristes musicales, les oreilles survivantes et les fidĂšles offensĂ©s peuvent venir raconter l’attentat. Les arbres seront entendus aprĂšs les victimes bipĂšdes sauf si un Ă©cologiste insiste trop fort.

En Slavonie, une rumeur court sur une terrible terroriste qui ferait trembler la ThĂ©ocratie Verte, ce qui est toujours plaisant Ă  entendre quand on sait que la Slavonie appartient Ă  la RĂ©publik et que tout tremblement est donc immĂ©diatement emballĂ© dans du papier idĂ©ologique rouge. Nerdos Valkyry, de son cĂŽtĂ©, a tentĂ© d’installer un climat pacifiste dans l’hĂŽtel L’abri-Cotier. Sans succĂšs. VoilĂ  un Ă©vĂ©nement minuscule mais d’une portĂ©e philosophique immense,mĂȘme la paix refuse parfois de rĂ©server une chambre. Il y a des lieux oĂč l’ambiance regarde le pacifisme entrer, le jauge de haut en bas puis lui dit que le vestiaire est complet.

Les pacifistes ratĂ©s peuvent tĂ©moigner. Les bagarreurs aussi mais seulement s’ils promettent de ne pas confondre le micro avec une mĂąchoire.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre apparaĂźt dans cette Ă©dition principalement comme un parfum de dĂ©mocratie qu’on Ă©voque pour l’accuser ou pour s’en distinguer, ce qui est probablement sa fonction historique la plus stable. Edouard Gaine, depuis le Niarkalistan, avait dĂ©jĂ  trouvĂ© la veille le moyen de critiquer cette jolie foire aux urnes et nous comprenons mieux chaque jour pourquoi. La dĂ©mocratie vend l’idĂ©e que tout le monde peut parler. Le Cybermonde prouve chaque nuit que c’est justement lĂ  le problĂšme. À force de donner un micro Ă  tous les embarras ambulants, on finit avec des allocutions mondiales, des autokritikes, des plaintes divines, des promesses de pain, des menaces aux genoux et des nobles qui annoncent qu’ils vont travailler comme si c’était une punition biblique.

La Confédération peut venir protester, évidemment. Elle le fera en respectant une procédure, en nommant une commission et en perdant probablement le fil avant la conclusion.

Et nous arrivons Ă  la justice, mes chers cafards vernis. Ah, la justice. Ce grand rideau tachĂ© derriĂšre lequel les nations prĂ©tendent ranger leurs contradictions comme des cadavres dans une armoire trop petite. K’ Velzard, Ministre de la Justice faisant fonction, a annulĂ© la peine de Petit Chien Cubique pour le dĂ©lit politique d’arrachage d’arbre, de fleurs ou de route. Une fois. Puis encore. Puis encore. Puis encore. À ce stade, ce n’est plus une annulation de peine. C’est une incantation. Petit Chien Cubique a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© si intensĂ©ment qu’il doit maintenant ĂȘtre plus libre que la plupart des concepts philosophiques.

Puis le mĂȘme ministre a expliquĂ© qu’il voulait sortir Monsieur le Chien en Cube pour qu’il apprenne le Caniveau mais qu’il coĂ»tait trop de temps et d’argent en gestion de dossier. Qu’il creuse donc un tunnel, aprĂšs tout c’est un chien. VoilĂ . La justice cybermondiale rĂ©sumĂ©e en une phrase : nous abolissons votre peine mais dĂ©brouillez-vous avec la gĂ©omĂ©trie carcĂ©rale. Une merveille. Une fresque. Une doctrine pĂ©nale qu’on pourrait enseigner Ă  l’Australine sous le titre droit cubique appliquĂ© aux animaux politiques.

Petit Chien Cubique est invitĂ© Ă  venir aboyer sa version s’il a fini de creuser. Les routes arrachĂ©es peuvent demander rĂ©paration. Les arbres aussi mais ils devront patienter derriĂšre la ThĂ©ocratie.

Pendant ce temps, Ă  Kraland, Fawomane Ravenloft s’est fait agresser par une Liane Tueuse, a entamĂ© un combat contre une personne dont le nom semble avoir Ă©tĂ© avalĂ© par la censure puis a livrĂ© cette mĂȘme personne Ă  la prison. VoilĂ  une efficacitĂ© que l’on doit saluer : ĂȘtre attaquĂ©e par la vĂ©gĂ©tation, entrer au combat puis terminer la nuit par une livraison carcĂ©rale. Le Paradigme parle aux plantes. Kraland se fait attaquer par elles. L’Empire Brun, lui, regarde pousser les problĂšmes chez les autres avec une patience agricole.

Et maintenant Sicilia. Ah, Sicilia, mon nid fumeux, ma toile de pavĂ©s, ma mauvaise idĂ©e prĂ©fĂ©rĂ©e. Pendant que les royaumes s’étripent autour des mines, que le Paradigme chante la paix avec un couteau dans la manche, que Kraland compense les genoux et que RuthvĂ©nie dĂ©truit sa prĂ©fecture Ă  coups de caprice comtal, Trou Perdu hurle Ă  un sourd. Et comme Sicilia ne sait jamais inaugurer sans y ajouter un petit cri dans la nuit, Y0gi s’est fait agresser deux fois par un groupe de crĂ©atures menĂ© par un Rapace TĂ©mĂ©raire, faut dire que je les avais laissĂ© lĂ  pour remplacer le dĂ©mon que j'ai peut-ĂȘtre dĂ©gommĂ© hier.. Deux fois. Le rapace Ă©tait tĂ©mĂ©raire, certes mais peut-ĂȘtre aussi obstinĂ© comme un fonctionnaire royal devant un formulaire mal rempli. Y0gi, ennemi aveugle, muet et sourd, dĂ©jĂ  condamnĂ© par les sens eux-mĂȘmes Ă  vivre dans une mĂ©taphore politique, se retrouve donc frappĂ© par la faune locale comme si la nature avait dĂ©cidĂ© de participer au dĂ©bat. Est-ce que je compatis ? Officiellement oui. Est-ce que je note que mĂȘme les rapaces semblent avoir une opinion sur lui ? Officiellement aussi.

Y0gi peut venir nier mais cela risque de poser des problÚmes techniques. Les rapaces peuvent envoyer un communiqué griffé.

HĂ©lĂ©nie, rebelle jusqu’au bout de ses nappes de pĂ©trole, n’a pas voulu rester silencieuse. Natali Stakhanov a Ă©tabli une chaĂźne de production dans une Grande Raffinerie afin de produire plastique et caoutchouc pour les Ladamion de la Glorieuse. Il y a quelque chose d’admirable dans cette franchise ,au travail, dit-elle, et aussitĂŽt la rĂ©bellion sent le caoutchouc chaud et l’industrie appliquĂ©e. Pendant que certains parlent de foi, de pain, d’or et de culture infusĂ©e, HĂ©lĂ©nie fabrique. C’est presque brun dans l’esprit. Naturellement, nous ne l’admettrons pas officiellement.

Les rebelles industriels peuvent venir expliquer s’ils produisent pour la libertĂ©, pour la guerre ou simplement parce qu’une raffinerie vide donne mauvaise conscience. Nous jugerons tout cela avec le mĂ©pris nuancĂ© qui convient.

Alors que retenir de cette nuit ? Que le Cybermonde est une scĂšne trop petite pour autant de vanitĂ©. Que Kraland promet d’arrĂȘter sa propagande avec la solennitĂ© de quelqu’un qui garde dĂ©jĂ  une affiche dans le dos. Que le Royaume veut nourrir les pauvres tout en laissant ses comtes rĂ©duire les prĂ©fectures en gravats. Que le Paradigme rĂ©clame douceur, dialogue, autokritique et chĂątiment sacrĂ© dans le mĂȘme bouquet de branches. Que la justice peut libĂ©rer un chien cubique plus vite qu’elle ne comprend sa forme. Que les lianes, les archanges, les rapaces et les rumeurs ont dĂ©sormais plus de constance politique que plusieurs gouvernements. Et que l’Empire Brun, encore une fois, avait raison de prĂ©voir des tavernes, des prisons, des barres de rire et suffisamment de fumĂ©e pour dissimuler les moments oĂč nous n’avions aucune idĂ©e de ce qui se passait.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. Toute personne souhaitant corriger cette version des faits peut venir le faire en direct, Ă  condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte. Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les chiens cubiques, les lianes tueuses et les victimes consentantes de la vĂ©ritĂ© sont invitĂ©s Ă  se manifester. Quant aux bĂątiments dĂ©truits, qu’ils reposent en paix dans la grande carriĂšre des idĂ©es refusĂ©es.

C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile. Dormez bien si vous le pouvez. Le Royaume travaille, la RĂ©publik infuse, le Paradigme prie, Sicilia ouvre un bar et moi je garde les cendres de la mine dans un petit bocal pour les agiter chaque fois qu’un Ă©tranger prĂ©tendra savoir gouverner.

C'est le 28, les informations seront croustillantes, du moins si je suis toujours en poste [o)]

28/06 (04:28) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Mes chers auditeurs, mes petites ombres accrochées aux murs et mes fidÚles qui (...)


Mes chers auditeurs, mes petites ombres accrochées aux murs et mes fidÚles qui prétendent ne croire en rien sauf quand une relique en dentelle commence à faire des miracles dans une arriÚre-salle mal éclairée, Radio Nécrotoile interrompt sa programmation habituelle de rumeurs, de venin et de mauvaise foi certifiée pour accueillir une invitée exceptionnelle.

Elle nous arrive drapĂ©e de bleu de la tĂȘte aux pieds, dans une tenue de nonne si prĂ©visible d’apparence qu’on pourrait presque entendre une cloche sonner au loin avant de rĂ©aliser que c’est probablement juste quelqu’un qui tombe dans l’escalier de la sacristie. Voile bleu, robe bleue, regard bleu comme une confession qu’on aurait noyĂ©e dans l’eau bĂ©nite et dĂ©marche de sainte qui a vu trop de choses pour encore croire Ă  l’innocence des bancs d’église.

Voici donc SƓur Criss de Coliss, servante autoproclamĂ©e de la Grande DĂ©esse, gardienne des soupirs sacrĂ©s, pĂšlerine du frisson consenti et possible menace liturgique pour toutes les chaises de ce studio.

SƓur Criss, le micro est Ă  vous. Essayez de ne pas sanctifier le mobilier sans prĂ©venir.



Mes bons pĂ©cheux, mes bonnes pĂ©cheresses, mes Ăąmes pas propres mais ben vaillantes, que la Grande DĂ©esse vous regarde avec ses grands yeux de velours pis qu’a vous juge pas trop vite parce qu’entre nous autres, y’a du dossier en maudit dans c’te salle-lĂ .

J’viens Ă  vous toute de bleu vĂȘtue, pas parce que j’suis sage, pas parce que j’suis pure pis certainement pas parce que j’ai perdu l’adresse du couvent. J’suis icitte pour porter la parole, le frisson, la dentelle sacrĂ©e pis la bĂ©nĂ©diction humide de celle qu’on nomme la Grande DĂ©esse, mĂȘme si son nom sonne comme si le clergĂ© avait manquĂ© d’inspiration un mardi soir aprĂšs deux bouteilles.

Approchez vos oreilles, ouvrez vos cƓurs, gardez vos mains respectueuses pis prĂ©parez vos Ăąmes Ă  recevoir la priĂšre.

PriĂšre Ă  la Grande DĂ©esse pis Ă  sa Sainte P’tite Culotte
À rĂ©citer avant l’orgie, les mains propres, le cƓur ouvert pis les intentions pas trop hypocrites.

Ô Grande DĂ©esse,
oui oui, on sait, c’est ton nom, c’est pas chic chic, ça sonne comme une pancarte de vente de garage cĂ©leste mais c’est d’mĂȘme pareil, faque on va faire avec pis on va t’honorer comme du monde.

ToĂ© qui fus jadis succube de couloir sombre, tentatrice de taverne, mangeuse de regards croche pis grande collectionneuse de soupirs mal assumĂ©s, te v’lĂ  rendue ben haute dans les cieux du dĂ©sir, assise sur ton trĂŽne de velours cheap mais sacrĂ©, les cuisses croisĂ©es comme une reine qui sait ben trop que tout l’monde regarde pis qui fait semblant d’pas l’savoir.

Grande Déesse,
nous autres, tes fidĂšles tout croches, tes pauvres pĂ©cheux en sueur, tes enfants d’la tentation mal peignĂ©e, on vient Ă  toĂ© ce soir avec respect, avec appĂ©tit pis avec assez de consentement clair pour pas avoir l’air d’une gang de morons bĂ©nis.

BĂ©nis cette chambre, ce lit, ce plancher, ce divan qui a dĂ©jĂ  vu des affaires pis cette table qui devrait probablement pas ĂȘtre impliquĂ©e mais qui a l’air solide pareil.

BĂ©nis les mains qui demandent avant d’toucher, les bouches qui savent dire oui, non, attends donc une minute pis vas-y mollo mon esti. BĂ©nis les regards qui chauffent sans brĂ»ler, les corps qui s’approchent sans se prendre pour des conquĂ©rants pis les cƓurs qui comprennent qu’une orgie sans respect c’est juste une rĂ©union de caves tout nus.

Ô Grande DĂ©esse,
par ta Sainte P’tite Culotte, relique suprĂȘme, tissu glorieux, dentelle de pouvoir, banniĂšre sacrĂ©e qui a vu l’ascension d’une succube vers la divinitĂ© sans mĂȘme perdre son Ă©lastique, protĂšge-nous des malaises, des jaloux, des maladroits, des gossants qui pensent que grogner c’est communiquer pis des ambitieux qui confondent passion avec performance de festival.

Que ta culotte sacrĂ©e nous enveloppe symboliquement, parce que littĂ©ralement ça rentrerait pas toute la gang dedans pis on est pas icitte pour faire d’la logistique textile.

Accorde-nous la chaleur sans la honte,
le rire sans le jugement,
le désir sans la niaiserie possessive,
la luxure sans les drames de cuisine
pis la souplesse nĂ©cessaire pour pas finir demain matin avec le bassin barrĂ© comme une porte d’église en hiver.

Grande Déesse,
reçois nos soupirs comme de l’encens, nos frissons comme des offrandes pis nos mauvaises dĂ©cisions consentantes comme de petites chandelles allumĂ©es devant ton autel de velours.

Que personne icitte fasse son finfinaud.
Que personne icitte joue au héros.
Que les Ă©gos restent Ă  l’entrĂ©e avec les bottes sales.
Que les bas troués soient pardonnés.
Que les bobettes laides soient sanctifiĂ©es par l’intention.


Pis si jamais quelqu’un devient trop intense, trop mĂȘlĂ© ou trop convaincu d’ĂȘtre l’élu de ta Sainte P’tite Culotte, donne-nous la sagesse de lui tendre un verre d’eau, une couverture pis une phrase simple. Mon grand, respire par le nez, t’es pas dans une prophĂ©tie, t’es dans un samedi soir.

Ô Grande DĂ©esse,
veille sur nous autres pendant qu’on s’abandonne joyeusement au sacrement du plaisir partagĂ©, dans l’ordre, le dĂ©sordre, la tendresse, le chaos pis les coussins qui vont finir Ă  terre de toute façon.

Que ta bénédiction descende sur cette assemblée comme une lumiÚre chaude, un peu louche, pas mal rougeùtre pis franchement pas approuvée par le clergé régulier.

Par la dentelle, par le satin, par l’élastique sacrĂ© pis par le grand mystĂšre de ta p’tite culotte Ă©levĂ©e au rang de relique divine, nous jurons de nous respecter, de nous Ă©couter, de nous amuser pis de ne pas faire semblant que tout ceci est une retraite spirituelle normale.

Amen, tabarnak.

Pis que la Grande Déesse nous garde moites, consentants pis pas trop crampés demain matin.

28/06 (04:45) Radio NĂ©crotoile  
Tifa peut évidemment venir expliquer si elle a été enlevée, sauvée, promenée, déplacée, confisquée ou simplement embarquée dans le (...)

Tifa peut Ă©videmment venir expliquer si elle a Ă©tĂ© enlevĂ©e, sauvĂ©e, promenĂ©e, dĂ©placĂ©e, confisquĂ©e ou simplement embarquĂ©e dans le sillage d’un Sicilien qui avait dĂ©cidĂ© que la nuit manquait de mouvement. Toute version sera acceptĂ©e, surtout si elle contredit toutes les autres.


Me voila!
Certes j'ai pris un peu de retard, car je dois avouée que cette soirée à été ... la plus épique de ma carriÚre car ce que vous avez loupé, c'est que avant la venue de M Renato qui n'a été que la cerise sur le gateau de cette fin de soirée, j'ai eu droit à un double assassina !

Je suis tellement forte, qu'on ose mĂȘme plus me combattre, d'ailleurs je pense que M Renato Ă  fuit fasse au dĂ©mon car il savait pertinemment que si il me laissait sortir mon Ă©pĂ©e le dĂ©mon serait mort mais lui aussi [3)]

Ce fut un abus de confiance toute cette histoire. Renato est une connaissance que j'apprécie, j'étais fatiguée, et bien en sale état de se double assassina, il m'a dit " vient Tifa je vais t'offrir des vacances"

Voila la tĂȘte des vacances!

Spoiler


Heureusement je peux toujours compter sur mon fidĂšle Dragon pour me poursuivre Ă  travers le Cybermonde!
Cela dit, ceci serait qu'une blague... certes les bruns sont particuliers dans leurs blagues...

28/06 (11:55) Tifa[*b]LockHeart  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bruns, Brunes, ministres en sursis, contribuables déjà rincés, provinces qui faites (...)


Bruns, Brunes, ministres en sursis, contribuables dĂ©jĂ  rincĂ©s, provinces qui faites semblant de trembler par respect pour la mise en scĂšne et Ă©trangers venus Ă©couter si l’Empire tousse assez fort pour mourir.

Ici Kleo parle.

Oui, depuis le trĂŽne.

Je sais. Moi aussi je trouve que le meuble insiste beaucoup.

La nuit nous offre un spectacle sec, net et presque Ă©ducatif. L’Empire Brun rĂ©colte 2638 MØ et paie 2700 MØ pour ses soldats. VoilĂ  donc le bilan comptable de mon accession. Je prends un trĂŽne, il me tend une facture. C’est Ă©lĂ©gant. C’est brun. C’est un piĂšge avec coussin. Le Palais ImpĂ©rial reçoit mĂȘme des miettes nĂ©gatives. Je ne savais pas qu’un ministĂšre pouvait ĂȘtre nourri avec du manque mais manifestement l’administration impĂ©riale a toujours eu plus d’imagination que de trĂ©sorerie.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre a Ă©lu Jean-Luc Selriche PrĂ©sident avec assez de voix pour faire semblant d’aimer la dĂ©mocratie sans devoir la consultĂ© deux fois. Ranxerox devient Premier Ministre de Kraland avec 100 pour cent des voix et un seul candidat. LĂ  aussi, magnifique leçon. Quand il n’y a personne en face, mĂȘme la volontĂ© du peuple a l’air disciplinĂ©e. Bisouville offre un autre bijou politique avec Layla Al-KhaĂŻd Ă©lue Ă  0 voix. ZĂ©ro. Une victoire vide, pure, presque mystique. Le nĂ©ant applaudit et l’administration tamponne.

Acropole n’a mĂȘme trouvĂ© personne pour se prĂ©sentĂ© au Forum. C’est beau. La dĂ©mocratie confĂ©dĂ©rĂ©e ressemble Ă  une salle des fĂȘtes aprĂšs l’enterrement du buffet. On entre, on regarde les chaises vides et on se dit que le peuple a parlĂ© trĂšs fort en restant chez lui.

Les concernĂ©s peuvent venir niĂ© publiquement. Nous garderons le silence nĂ©cessaire afin d’entendre leurs arguments tomber au sol.

En Empire, Shana Al-KhaĂŻd entre finalement chez les Bruns aprĂšs avoir menacĂ©, plaidĂ©, grognĂ© et promenĂ© son dossier comme une princesse avec des papiers inflammables. Les codes lui donnaient des dĂ©mangeaisons, les articles lui semblaient moins supportables que la putrĂ©faction et son sang brun voulait passer avant les formulaires. C’est trĂšs impĂ©rial dans l’esprit. TrĂšs pĂ©nible dans les couloirs. Mais enfin, Dusk et Aurora ont tamponnĂ©. Directive impĂ©riale. Tout ça tout ça. On sent le ministĂšre heureux d’ĂȘtre encore vivant mais dĂ©jĂ  fatiguĂ© de l’ĂȘtre. Ne vous en faites pas, il n'ouvre un oeil que pour mes huit magnifiques yeux.

SĂ„tomi quitte l’IntĂ©rieur avec la dignitĂ© rigide d’une loi qui refuse de se plier. Elle a tenu son ministĂšre comme on tient une porte barrĂ©e pendant que le feu prend dans la cuisine. On peut critiquer son goĂ»t pour les procĂ©dures mais pas sa constance. Elle a dit non, elle a classĂ©, elle a numĂ©rotĂ©, elle a regardĂ© les princesses dans les yeux administratifs du formulaire et elle a rappelĂ© qu’un passeport jetĂ© ne revient pas par caprice. C’était froid. C’était net. C’était presque beau si l’on aime les couloirs oĂč meurent les dĂ©clarations d’amour.

Puis l’Empire a changĂ© de direction. Cela arrive. Surtout un vingt-huit.

Agatha, elle, a Ă©tĂ© renvoyĂ©e pour des raisons nombreuses, inventĂ©es avec soin et probablement plus vraies que ses colonnes de chiffres. Elle avait trouvĂ© chez Shana une photo Ă©rotique d’Aya danseuse et en avait tirĂ© des conclusions gĂ©opolitiques. VoilĂ  une mĂ©thode d’enquĂȘte que je respecte presque. Quand une lingerie devient preuve d’infiltration alĂ©ocrate, c’est que la politique impĂ©riale respire encore par ses vieux trous malsains. Malheureusement, Agatha avait aussi l’air de croire que l’économie devait servir Ă  comptĂ© l’argent au lieu de lui donnĂ© une ambiance. Faute grave. Les chiffres ne sont pas nos maĂźtres. Ce sont des petits insectes qu’on range dans des cases jusqu’à ce qu’ils avouent.

Thalya prend l’Économie, Neodym prend la Recherche et Monique reçoit le Travail comme retraite anticipĂ©e. Oui. Je sais. C’est cruel. Offrir le Travail Ă  une ancienne ImpĂ©ratrice le jour oĂč elle voulait du repos, c’est presque de la dentelle politique. Monique m’a traitĂ©e de petite mygale velue. J’accepte. Elle quitte le trĂŽne avec panache et menace de veillĂ©. TrĂšs bien. Qu’elle veille. Les vieux trĂŽnes aiment les fantĂŽmes et moi j’aime savoir oĂč sont les gens qui savent mordre.

Jaylie verse 7500 MØ au MinistĂšre de l’Économie, ce qui me rappelle que certaines personnes dans cet Empire comprennent encore qu’un coffre n’est pas seulement une dĂ©coration. Mystisie trouve un filon d’or, Sicilia rapporte, Santa Banana tousse, Niarkalistan se fait visiter par des squelettes et l’Empire continue de respirer par endroits. Ce n’est pas une santĂ©. C’est une rĂ©sistance Ă  l’autopsie.

Si quelqu’un veut pleurĂ© Agatha, louer Monique ou compter les ministĂšres encore chauds, les lignes sont ouvertes. Les sanglots seront classĂ©s par utilitĂ© et les plaintes trop longues serviront de combustible.

Ailleurs, le Royaume de RuthvĂ©nie continue de prouver que la monarchie est un escalier oĂč chacun pousse celui du dessus avec des gants propres. Felicity tente d’usurpĂ© Wenceslas, perd son poste et dĂ©couvre qu’une couronne ne se prend pas toujours aussi facilement qu’une chaise mal gardĂ©e. Elle critique, manifeste, retire un poste Ă  Baptiste puis finit avalĂ©e par cette mĂ©canique royale qui transforme l’ambition en avis de recherche avec ruban. C’est beau comme une tragĂ©die Ă©crite par un notaire jaloux.

Baptiste revient au duchĂ© de RuthvĂ©nie avec formulaire rempli et fanfare de Grand Chambellan. Bladimir remonte dans les faveurs, DĂ©merzel encaisse, Tormenta tape avec des mots et le GĂ©ofront se fait surtaxĂ© parce que l’allĂ©geance ne vient pas assez vite. Le Royaume appelle cela de la fidĂ©litĂ©. Moi j’appelle cela une facture avec couronne et parfum de chapelle humide.

Elune Von Voda explique que les provinces n’ayant point prĂȘtĂ© allĂ©geance verront leurs taxes augmenter progressivement. Cinq pour cent tous les trois jours. C’est prĂ©cis, presque tendre. On ne frappe pas d’un coup. On serre lentement. La monarchie a toujours aimĂ© appelĂ© cela tradition. Les contribuables appellent cela autre chose mais ils le disent moins fort quand le chĂąteau Ă©coute.

Le GĂ©ofront subit aussi des attentats sur son Nouvel espoir. ZĂ©ro victime mais des murs au sol. C’est peut-ĂȘtre la dĂ©finition royale du progrĂšs. Rien ne meurt sauf ce qui devait tenir debout. Le sanctuaire a donc trouvĂ© une maniĂšre trĂšs ruthvĂšne de prier, faire tombĂ© les bĂątiments et appeler ça une Ă©tape spirituelle.

Soeur Shoshana veut son chemin, Ninoo veut ĂȘtre Pompesse et reprĂ©sentĂ© la commu, Wenceslas veut peser la province avec sa couronne dans une main et sa conversion dans l’autre. Chacun jure consulter le peuple en essayant trĂšs fort de lui souffler la bonne rĂ©ponse. Le GĂ©ofront devient cette Ă©trange table oĂč tout le monde pose sa foi, son programme, son ego et sa petite pelle pour creuser sous le voisin.

Les nobles peuvent venir corriger. Qu’ils apportent leur propre chaise. Les leurs ont tendance Ă  explosĂ©.

Kraland et le ValĂ©gro poursuivent leur grande messe rouge. Ranxerox annonce que la parole va cesser pour laisser place aux actes. DĂ©claration inquiĂ©tante chez un peuple qui parle dĂ©jĂ  comme une affiche mouillĂ©e. Bogdan promet le bonheur mĂȘme aux rĂ©calcitrants et la RĂ©publik se fĂ©licite d’aider les gens qu’elle vient de recouvrir d’un drapeau. Le bonheur kralandais est simple. Il arrive chez vous, il s’assoit et il demande pourquoi vous n’ĂȘtes pas reconnaissant.

Jean-Messie chante la magnanimitĂ© rouge, Bogdan apporte des matĂ©riaux, Ranxerox surveille, Ivictus dit que toute rĂ©sistance est futile puis critique aussi la RĂ©volution parce qu’il faut bien garder les poignets souples. Le ValĂ©gro change de drapeau comme une taverne change de nappe aprĂšs une bagarre et chacun prĂ©tend que le tissu prouve la destinĂ©e. Il faut admirĂ© cette foi textile. Les peuples meurent parfois pour des couleurs. Les gouvernements, eux, les lavent Ă  l’eau froide et les accrochent oĂč ça rapporte.

Alastair tente de purifiĂ© une mare, rate un sort, se retrouve recherchĂ© puis se livre Ă  la justice avant de sortir. VoilĂ  un cycle Ă©cologique complet. Invocation de la nature, Ă©chec, police, prison, libĂ©ration. Le canard heureux a donc une mare, un druide pieds nus et une procĂ©dure pĂ©nale. Le Paradigme n’a pas le monopole de l’écologie absurde. La RĂ©publik peut aussi produire du mysticisme de flaque avec casier judiciaire.

En ConfĂ©dĂ©ration Libre, Don Amortel brĂ»le des bulletins aprĂšs avoir expliquĂ© qu’il lançait les festivitĂ©s pyrotechniques. VoilĂ  enfin un dĂ©mocrate efficace. Il trouve le vote trop lent et lui offre du feu. Avant cela, il propose Ă  Jean-Luc Selriche un arrangement plein de parfum brun, rĂ©cupĂ©rer Mystisie, appliquer son programme en mieux et renoncer Ă  sa candidature au profit d’un agent reconnu. Jean-Luc refuse avec cette solennitĂ© confĂ©dĂ©rĂ©e qui consiste Ă  dĂ©fendre l’urne juste avant qu’un autre y mette des flammes.

La dĂ©mocratie survit donc Ă  l’incendie. Dommage. C’était presque une belle fin.

Structural augmente mĂȘme la taxe fonciĂšre au nom d’un grand tournant Ă©cologique qui consiste, aprĂšs discours, Ă  remettre de l’argent dans la caisse et voir demain si quelqu’un se souvient encore de la planĂšte. Les pistes cyclables, la fin de l’artificialisation, les ZFE, tout cela a flottĂ© dans l’air comme un parfum de vertu avant de retombĂ© en taxe fonciĂšre. C’est la dĂ©mocratie moderne. On plante un arbre dans un discours et on rĂ©colte une facture.

Don Amortel peut venir plaidĂ©. Il aura droit Ă  un verre d’eau. Pour le feu, nous avons assez donnĂ©.

Au Paradigme Vert, des lianes attaquent, des fĂ©es bouchent des tunnels, des temples de Grande DĂ©esse reçoivent des luttes contre le paganisme et une photo Ă©rotique circule comme si la gĂ©opolitique avait besoin de lingerie pour respirer. Les Verts veulent sauvĂ© le monde mais peinent encore Ă  sauver leurs prisons, leurs temples et leurs plantes de leurs propres convictions. C’est touchant. Comme un compost qui se prend pour un sĂ©nat.

SibĂ©ria construit un poste de garde. Saphir critique Kraland, RuthvĂ©nie et le Khanat tout en louant les Provinces IndĂ©pendantes. VoilĂ  une boussole politique qui ne cherche pas le nord mais la sortie la moins ridicule. Jay Padbol revient candidat Ă  Garinaville en demandant si quelqu’un se souvient de lui. Ancien gouverneur, ancien rĂ©gent, ancien quelque chose. Le pouvoir est cruel. Il transforme les souvenirs en brochures mouillĂ©es. Candidat vaut toujours mieux que pas de candidat dit-il. C’est faux mais c’est dĂ©mocratiquement attendrissant.

En ForĂȘt de Jade, Octave lutte contre le paganisme dans un temple de la Grande DĂ©esse puis se fait attaquĂ© par une liane tueuse. La nature a donc rĂ©pondu au dĂ©bat thĂ©ologique avec ses mĂ©thodes habituelles. On peut ne pas ĂȘtre d’accord avec une plante mais il est rare de gagnĂ© l’argument quand elle essaie de vous Ă©tranglĂ©.

Le Khanat offre aussi sa petite perle. Minerva tente d’usurpĂ© Tifa au nom de l’Esprit Boulet ou de Magmor, elle ne sait plus trĂšs bien. VoilĂ  une franchise rare. D’habitude les ambitieux mentent mieux. Elle Ă©choue et Tifa reste Grande Khane, protĂ©gĂ©e par le destin, par l’administration ou par ce vieux principe cybermondial selon lequel le chaos adore toujours gardĂ© ses meilleurs personnages en place. Elbereth vient louer Tifa avec cette sagesse tribale qui consiste Ă  applaudir la cheffe aprĂšs que quelqu’un a trĂ©buchĂ© sur la marche du pouvoir. Minerva, de son cĂŽtĂ©, fĂ©licite presque trop bien. Chez les peuples tribaux, la louange ressemble souvent Ă  une pierre polie. On admire sa forme juste avant de se demandĂ© sur quel crĂąne elle va finir.

La Capsulie continue de fournir le monde en rencontres contre nounours, primitifs et pacifisme hĂŽtelier. La STEAKERIE DE CAPSULIE reçoit un climat pacifiste. Imaginez une auberge remplie de viande, de tension et de gens qui essaient soudain de ne pas se frapper pendant vingt quatre heures. C’est presque plus inquiĂ©tant qu’une bagarre. Au moins, quand les coups partent, on sait oĂč mettre les meubles.

À Irendol, les tartes volent et ratent. Emile Liarr et PrĂ©cieuse de Tomosan se livrent Ă  cette diplomatie pĂątissiĂšre oĂč l’humiliation demande une bonne visĂ©e et un dessert sacrifiable. Les tartes manquent leur cible, ce qui prouve que mĂȘme le ridicule a parfois besoin d’entraĂźnement. On parle souvent des guerres, des attentats et des Ă©lections mais le Cybermonde se rĂ©sume parfois Ă  deux gens qui ratent une crĂšme Ă  bout portant.

À Sicilia, Wonyoung revient Ă  la maison avec un discours doux comme un couteau poli. La RĂ©publique de Kraland n’a plus besoin de ses services, dit-elle, alors elle revient. Quelle phrase splendide. On dirait une lettre d’amour Ă©crite par quelqu’un qui garde ses valises prĂšs de la porte. Elle remercie l’Empire pour l’activitĂ© apportĂ©e au ministĂšre et l’enthousiasme suscitĂ©. Oui. Chez nous, mĂȘme les failles de naturalisation crĂ©ent de l’emploi. C’est la croissance brune. On ne produit pas toujours des biens mais nous produisons des dossiers.

Shana entre par la grande porte aprĂšs avoir essayĂ© plusieurs murs. Agatha l’accuse, SĂ„tomi la refuse, Dusk et Aurora la valide, la loi tousse, le trĂŽne tranche et tout le monde prĂ©tend que cela ressemble Ă  une procĂ©dure. Parfait. L’Empire Brun n’a jamais Ă©tĂ© une ligne droite. C’est une toile. On croit avancer vers le centre puis on dĂ©couvre que le centre vous regarde depuis le dĂ©but avec huit yeux bleus.

Trou Perdu parle encore du Parrain absent. Chacun prĂ©tend entendre sa voix mieux que le voisin. VoilĂ  le vrai luxe local. MĂȘme le silence devient une ressource disputĂ©e. Le Parrain ne parle pas et dĂ©jĂ  tout le monde lui prĂȘte des ordres. Il y a autant de volontĂ©s du Parrain qu’il y a de gens pour les vendre au marchĂ©. C’est inquiĂ©tant, donc c’est vivant. Un chef absent crĂ©e des prophĂštes. Un chef prĂ©sent crĂ©e des mĂ©contents. Sicilia a choisi la version avec plus de murmures et moins de preuves.

Le fée Bobo tente de forcé le coffre de la Villa Dei Machiavelli et se fait rappeler à la réalité par une défense laser. Je tiens à saluer cette contribution technologique à la pédagogie criminelle. Certains sermons prennent une heure. Un laser, lui, fait comprendre le droit de propriété en une seconde.

Je résume donc.

Les autres Ă©lisent le vide, brĂ»lent les urnes, taxent les fidĂšles absents, perdent leurs murs, ratent des tartes, adorent des mares, rĂ©parent des prisons, discutent avec des lianes, invoquent des esprits mal identifiĂ©s et appellent cela gouvernance. L’Empire, lui, a une araignĂ©e nerveuse sur un trĂŽne morbide, des Siciliens aux postes clĂ©s, des ministres remplacĂ©s avant que les coussins refroidissent, des princesses qui rentrent par le droit du sang ou par la fenĂȘtre et un dĂ©ficit qui a au moins l’honnĂȘtetĂ© de ne pas se dĂ©guiser en vertu.

C’est peut-ĂȘtre inquiĂ©tant. C’est sĂ»rement instable. Mais c’est proprement brun.

Les témoins anonymes, les ministres vexés, les princesses brunies, les contribuables saigné, les anciens candidats carbonisés, les duchesses tombées, les popesses candidates, les druides de mare et les victimes consentantes de la vérité peuvent se manifesté.

Toute personne souhaitant corriger cette version des faits peut venir le faire en direct, à condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte.

C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile.

29/06 (00:59) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bruns, Brunes, anciens sujets provisoirement survivants, ministres qui découvrez avec (...)


Bruns, Brunes, anciens sujets provisoirement survivants, ministres qui dĂ©couvrez avec effroi que les coussins impĂ©riaux gardent l’odeur des gens qui ont paniquĂ© dessus et auditeurs de taverne venus vĂ©rifiĂ© si l’Empire Brun sait encore parlĂ© sans que les murs prennent feu.

Je sais, c’est Ă©mouvant. Sortez vos mouchoirs, vos faux tĂ©moignages et vos petites bouteilles Ă  fond plat. L’Empire Brun vient de vivre un rĂšgne bref, nerveux, fiscalement embarrassĂ© et suffisamment brun pour laissĂ© une trace dans les coussins.

Commençons par la seule chose que mĂȘme les gens sobres comprennent quand ils ont mal dormi. L’argent.

L’Empire Brun rĂ©colte 7936 MØ. VoilĂ . Cette fois, la caisse respire. On entend presque les ministĂšres tousser de joie dans le noir. Mystisie rĂ©colte 10768 MØ Ă  elle seule. Oui, vous avez bien entendu. Mystisie, cette province qui regarde parfois la sortie avec l’air d’un fantĂŽme devant une porte ouverte, vient de rappelĂ© Ă  tout le Cybermonde qu’elle n’est pas seulement une ambiance humide avec des ectoplasmes. C’est aussi une mine d’or qui sait faire rougir les comptables.

Les financiers inquiets peuvent venir démentir. Ils seront accueillis avec un verre vide et la possibilité rare de se rendre utiles.

J’ai nommĂ© MnĂ©mĂ©sine d’Arcys future ImpĂ©ratrice. Une Mystisienne. Quel scandale dĂ©licieux. Quel moment parfait. La Mystisie parle de partir, l’Empire pue le silence radio, les ectoplasmes mĂšnent une vie publique plus active que certains ministres et moi, dans ce chaos de velours moisi, je pose une hĂ©ritiĂšre venue prĂ©cisĂ©ment de lĂ . Certains appelleront cela de la provocation. Je prĂ©fĂšre appelĂ© ça une rĂ©ponse polie avec huit pattes. Pourquoi MnĂ©mĂ©sine. Parce qu’il fallait quelqu’un capable de regardĂ© la barre sans la confondre avec un manche de hache. Parce qu’elle a cette tristesse droite des gens qui savent ce qu’un vide coĂ»te et que parfois il vaut mieux confiĂ© une nation Ă  quelqu’un qui connaĂźt le gouffre qu’à un enthousiaste qui veut seulement y installĂ© des drapeaux.

Et parlons justement de Dusk et Aurora, puisque le Cybermonde a dĂ©cidĂ© que mĂȘme leur retraite devait avoir des dents. À Mystisie, un ectoplasme les attaque. Un ectoplasme. Un tas de silence contrariĂ© qui choisit de s’en prendre Ă  deux personnes ayant dĂ©jĂ  donnĂ© assez de concerts, de ministĂšres et de lassitude pour plusieurs vies. Puis un dĂ©mon mineur m’attaque moi aussi Ă  Lampe du GĂ©nie. VoilĂ  donc l’accueil mystisien. De l’or dans les caisses, des spectres dans les couloirs et des dĂ©mons qui demandent probablement un autographe Ă  coups de griffes. Je ne vais pas dire que Mystisie est instable. Ce serait trop facile. Je vais dire que Mystisie a une façon trĂšs personnelle de montrer qu’elle existe. LĂ  oĂč d’autres provinces organisent une rĂ©union, elle vous envoie un ectoplasme. LĂ  oĂč d’autres vous offrent une corbeille, elle vous colle un dĂ©mon mineur dans les pattes. C’est moins convivial mais plus mĂ©morable. Les ectoplasmes souhaitant exercĂ© leur droit de rĂ©ponse sont invitĂ©s Ă  se manifestĂ© en frappant trois fois dans le mur. Si personne ne rĂ©pond, nous considĂ©rerons qu’ils approuvent.

J’entends dĂ©jĂ  certaines bouches molles murmurĂ© que l’Empire a trop parlĂ© de Mystisie trop tard. Cheikh Evara s’en est fait une spĂ©cialitĂ©. Il accuse Monique, il accuse le silence, il accuse les ministres muets, il accuse la tournĂ©e absente et il explique que la Mystisie restera quand les rĂšgnes passent. C’est joli. C’est mordant. C’est presque assez Ă©lĂ©gant pour mĂ©ritĂ© un cadre. Monique rĂ©pond que la Mystisie qui veut divorcer a offert surtout de la mauvaise humeur, des reproches, des revendications financiĂšres et des images toujours plus grandes. Elle ajoute que couinĂ© contre Lemage n’est pas une doctrine. Ce qui est vrai, mĂȘme si cela reste une activitĂ© populaire et peu coĂ»teuse. Moi, je regarde cela avec mes grands yeux bleus et ma dĂ©licatesse de crĂ©ature revenue du pouvoir. Une province qui crie veut encore quelque chose. Une province qui se tait est dĂ©jĂ  ailleurs. Alors oui, la Mystisie dramatise. Oui, elle a des ectoplasmes, des mines pleines d’or et assez de rancune pour alimentĂ© une chaudiĂšre. Mais au moins elle fait du bruit. L’Empire Brun devrait peut-ĂȘtre cessĂ© de confondre silence et stabilitĂ©. Le silence n’est pas une paix. C’est parfois juste un trou dans lequel personne n’ose descendre avec une lampe.

Toute personne souhaitant corrigé cette analyse peut venir avec une pelle, une preuve ou une meilleure image. Les plaintes sans style seront classées sous poussiÚre.

Le ValĂ©gro, lui, continue d’offrir au monde cette forme de théùtre oĂč chaque discours ressemble Ă  une barricade montĂ©e avec des patates. Lucette Circulaire revient criĂ© contre le Royaume, parle d’exploiteurs, de libertĂ© et de tubercules puis se fait attaquĂ© par des sectateurs et un bĂątard du gĂ©ant des montagnes. Wenceslas lui rĂ©pond avec cette cruautĂ© polie des gens nĂ©s du bon cĂŽtĂ© des couverts. Il parle de timbre kralandais, de mariage ratĂ©, d’Émile, de fureurs qui ne sont pas politiques et demande qu’on Ă©pargne ses oreilles. Fort Emouchet impose un couvre-feu. Les paysans veillent. Les sectateurs attaquent. Jean-Messie se fait agresser aprĂšs avoir trouvĂ© qu’il y avait trop de paysans. Émile Liarr dĂ©fend le cĂŽtĂ© ruthvĂšne du ValĂ©gro avec l’obstination d’un homme qui semble dĂ©cidĂ© Ă  devenir martyr si personne ne lui trouve une chaise convenable avant. Kraland promet la multiculturalitĂ© puis semble surtout vouloir installĂ© son bonheur en noyant ce qui dĂ©passe. Le Royaume promet l’étiquette puis se bat avec ses fourchettes. Le ValĂ©gro reste au milieu, province de drapeaux froissĂ©s, de paysans suspects et de discours trop longs pour une ville sous couvre-feu.

Les ValĂ©grogniards peuvent venir tĂ©moignĂ©. Les patates seront fouillĂ©es Ă  l’entrĂ©e.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre, elle, inaugure son nouveau numĂ©ro. Jean-Luc Selriche prĂ©sente la ConfĂ©dĂ©ration Moralean. Rien que le nom donne envie de vĂ©rifiĂ© son portefeuille. La ConfĂ©dĂ©ration se place dĂ©sormais au-dessus des considĂ©rations gĂ©opolitiques pour faire la leçon Ă  tout le monde, ce qui est la forme la plus pure de la dĂ©mocratie quand elle dĂ©couvre qu’elle n’a ni la plus grosse armĂ©e, ni la meilleure Ă©conomie, ni le plus grand territoire mais qu’elle possĂšde encore une bouche. Don Amortel reçoit le MinistĂšre de la Guerre puis se le fait retirĂ© aussitĂŽt. PĂ©dagogie confĂ©dĂ©rĂ©e. On ne met pas l’ennemi au cachot. On lui donne un jouet, on le lui arrache et on lui explique la morale pendant qu’il cligne des yeux. Puis on le nomme Ă  l’Information, punition raffinĂ©e qui consiste Ă  lui faire annoncĂ© les rĂ©ussites d’un gouvernement qu’il voulait empĂȘchĂ©. Cela, mes petits cafards, est presque brun. Pas autant que nous. Mais la ConfĂ©dĂ©ration apprend. Lentement. En se fĂ©licitant beaucoup. Roger St Misles est reconduit Ă  la Justice avec une grande thĂ©orie sur les bons et les mauvais voleurs. Le mauvais voleur vole pour devenir riche. Le bon voleur vole parce qu’il est pauvre. VoilĂ  une pensĂ©e sociale qui fera chaud au cƓur des petits forbans et froid aux coffres bien nourris. Si la ConfĂ©dĂ©ration continue ainsi, elle finira par dĂ©couvrir que la justice est un couteau dont le manche change de main selon la taille du discours.

Don Amortel peut venir nié. Nous lui laisserons le micro. Il connaßt déjà la punition.

Au Khanat, Bladimir Bladimirovitch Mutin tente de rotĂ© dans le micro avant le discours du Bourgmestre et se retrouve arrĂȘtĂ©. Enfin une infraction claire. Pas de traitĂ©, pas d’allĂ©geance, pas de philosophie. Un rot, un micro, une police. Le monde devrait parfois restĂ© Ă  cette Ă©chelle. Il avait pourtant tentĂ© de louer Tifa et de rappelĂ© que l’amitiĂ© ne s’achĂšte pas. Puis la rĂ©alitĂ© tribale l’a saisi par le col, probablement pour atteinte sonore Ă  l’ordre public. Minerva, de son cĂŽtĂ©, fait avancĂ© la gare de Youpigrad et prĂ©pare l’aĂ©roport. Le Khanat construit pendant que d’autres Ă©crivent des manifestes. Je pourrais me moquĂ© mais je dois admettre que bĂątir une gare au milieu du bruit politique a quelque chose de presque respectable. Ne rĂ©pĂ©tez pas que j’ai dit cela. Je nierai avec grĂące.

Le Paradigme Vert dĂ©couvre les Techniques de Clonage, sacralise la Grande DĂ©esse et finance en mĂȘme temps la CU. C’est vert. C’est spirituel. C’est technologiquement inquiĂ©tant. Rien ne dit mieux Ă©cologie extrĂȘme que de parlĂ© de sacrĂ© le matin et de clonage l’aprĂšs-midi. La nature devait ĂȘtre trop simple, alors ils ont ajoutĂ© des puces de compĂ©tence. En ForĂȘt de Jade, on lance des tartes. En Irendol, des loups attaquent. En SibĂ©ria, une rumeur dit avoir vu ta mĂšre en string et s’arrĂȘte lĂ  comme une civilisation qui aurait perdu sa plume en plein naufrage. La ThĂ©ocratie Verte poursuit donc son grand projet. ReliĂ© le sacrĂ©, les arbres, les clones et les ragots de sous-sol dans une mĂȘme soupe tiĂšde.

Les Verts peuvent venir protestĂ©. Nous avons prĂ©vu un pot de terre, une chaise vide et une grande photo pour qu’ils se sentent chez eux.

Et puis il y a Sicilia. Wonyoung recommande Octave Sombrefer qui se domicilie Ă  Trou Perdu. VoilĂ  un retour au pavĂ©, une arrivĂ©e dans le nid, une nouvelle silhouette dans nos ruelles oĂč mĂȘme les murs demandent parfois une piĂšce d’identitĂ© avant de tombĂ©. Sicilia ne fait pas de grands discours pour prouvĂ© qu’elle vit. Elle ajoute quelqu’un Ă  la ville, elle encaisse, elle garde ses tavernes ouvertes et elle attend de savoir qui trahira qui avant le petit dĂ©jeuner.

J’ai Ă©tĂ© nommĂ©e GĂ©nĂ©rale de l’armĂ©e Orientale des CĂŽtes CassĂ©es par Silice de Pont-Krivell. ÉphĂ©mĂšre ImpĂ©ratrice devenue gĂ©nĂ©rale. Quelle trajectoire. J’étais sur un trĂŽne morbide, je me retrouve avec des froques brunes stationnĂ©es en Mystisie Ă  dĂ©mĂȘlĂ©. L’Histoire est une vieille ivrogne. Elle vous donne une couronne le matin et une caserne le soir. Au moins, cette fois, le titre a l’honnĂȘtetĂ© de prĂ©venir qu’il faudra probablement frappĂ© quelque chose.

Je note aussi, pour raisons strictement journalistiques, que Rosalia de Pont-Krivell a donnĂ© de l’entrain au travail au gisement d’or de CAPS LOCK. Je le mentionne sans tremblĂ©. Avec professionnalisme. Avec la dignitĂ© d’une ancienne ImpĂ©ratrice qui n’a pas du tout fixĂ© un autographe pendant trois heures comme une araignĂ©e devant une relique sainte. Le travail avance mieux quand Rosalia passe. VoilĂ . C’est un fait Ă©conomique, pas une dĂ©claration de groupie. Quiconque prĂ©tendra le contraire sera radiophoniquement mordu. Les tĂ©moins anonymes, les groupies non anonymes et les gens qui veulent m’humiliĂ© en direct sur ce sujet peuvent se manifestĂ©. Je les hais dĂ©jĂ  avec reconnaissance.

Maintenant, la grande morale brune de cette soirée.

Le Cybermonde aime prĂ©tendre qu’il avance par rĂšgnes, par Ă©lections, par constitutions, par allĂ©geances et par grandes idĂ©es. Faux. Il avance par factures, par rancunes, par gisements d’or, par ministres fatiguĂ©s, par crĂ©atures qui attaquent au mauvais moment et par gens assez tĂȘtus pour se levĂ© encore une fois devant un micro. Kraland veut le Bonheur mais noie les voix qui chantent trop ruthvĂšne. La ConfĂ©dĂ©ration veut moralisĂ© le monde mais transforme ses ennemis en fonctionnaires pour mieux rire d’eux. RuthvĂ©nie veut l’étiquette mais sert du chili suspect et des procĂšs publics. Le Khanat construit des gares entre deux rots politiques. Le Paradigme sacralise, clone et compostĂ© son propre sĂ©rieux. L’Empire Brun, lui, fait ce qu’il sait faire depuis toujours. Il survit avec trop de silence, pas assez de drame utile et une araignĂ©e qui refuse de laisser les morts, les vivants et les meubles avoir le dernier mot.

Les témoins anonymes, les lùches décoratifs, les ministres vexés, les ectoplasmes syndiqués, les présidents moralisateurs, les clones en projet, les duchesses froissées, les patates militantes et les groupies de bon goût sont invités à se manifesté.

C’était Kleo.

30/06 (01:44) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Radio NĂ©crotoile Oui, j’ai du retard. Enfin non. Pas du tout. Techniquement, (...)


Radio Nécrotoile
Oui, j’ai du retard.

Enfin non.

Pas du tout.

Techniquement, je suis parfaitement Ă  l’heure dans une temporalitĂ© plus Ă©lĂ©gante que la vĂŽtre. Mais on m’a rappelĂ©, avec cette dĂ©licatesse anonyme qui sent la fenĂȘtre entrouverte et le courage dissimulĂ© derriĂšre un rideau, Ă  quel point mes Ă©missions Ă©taient aimĂ©es.

Coucou l’admirateur anonyme.

Je vous vois presque.

Alors en attendant que je prĂ©pare l’émission d’aujourd’hui, Ă©coutez donc celle d’hier. Elle a trĂšs bien vieilli, ce qui est plus que ce que l’on peut dire de certaines opinions politiques laissĂ©es trop longtemps au soleil.

Installez-vous, servez-vous quelque chose de buvable et faites semblant d’ĂȘtre patients.

Radio Nécrotoile revient bientÎt.

Avec du venin frais.


Les Démons Votent Mieux que les Silencieux

Bruns, Brunes, survivants de province, ministres qui tenez encore debout, taverniers qui servez sans trembler et pauvres Ăąmes du Cybermonde venues Ă©coutĂ© si l’Empire Brun respire encore avec assez de venin pour salir les nappes propres des voisins.

Ici Kleo parle.

Depuis un dĂ©cor assez sombre pour rassurer les fidĂšles et assez ridicule pour rappeler que nous sommes toujours dans l’Empire Brun. Il y a du velours, des crĂąnes, des dorures anciennes, des rideaux pourpres, des chandelles et cette odeur de pouvoir dangereux qui colle aux murs comme une vieille promesse Ă©lectorale dans une cave humide.

Je suis au centre de la toile. Naturellement.

Je suis impartiale. Évidemment.

Et si quelqu’un croit cela, qu’il consulte rapidement Monique Lemage au MinistĂšre de l’Information afin de savoir combien coĂ»te une telle naĂŻvetĂ© en frais de survie.

Commençons par les chiffres car les chiffres ont cette qualitĂ© rare de mentir moins Ă©lĂ©gamment que les gens. L’Empire Brun rĂ©colte 2836 MØ. Ce n’est pas le festin du siĂšcle mais c’est assez pour rappeler que la maison n’est pas morte. Elle tousse, elle grince, elle sent le pĂ©trole mystisien, la taverne sicilienne et l’ambition mal rangĂ©e mais elle n’est pas morte.

Mystisie rapporte 2006 MØ. Sicilia rapporte 766 MØ tout en coĂ»tant seulement 90 MØ en employĂ©s. Trou Perdu rapporte 766 MØ et ne coĂ»te que 45 MØ. VoilĂ  la leçon. Les capitales Ă©trangĂšres peuvent bavĂ© leurs doctrines, leurs pactes, leurs trĂȘves oratoires et leurs sermons au peuple. Chez nous, un trou correctement tenu vaut parfois mieux qu’un royaume entier en perruque.

Les comptables indignés peuvent venir nié. Nous leur offrirons un tabouret et une calculatrice sale.

Pendant ce temps, MnĂ©mĂ©sine d’Arcys a pris l’Empire avec cette douceur alarmante des gens qui disent bonjour avant de changĂ© le destin. Elle annonce l’interdiction de la mĂ©chancetĂ©, l’encouragement de la gentillesse, l’interdiction de la Coalition des Forces du Mal et un Empire dirigĂ© par des gentils. VoilĂ . L’Empire Brun devient gentil. Je vous laisse imaginĂ© le bruit que cela fait dans les tombes, les caves, les bars et les tiroirs oĂč nous gardions les petits actes de cruautĂ© administrative pour les longues soirĂ©es d’hiver.

Mais ne vous rassurez pas trop. Dans le mĂȘme souffle, MnĂ©mĂ©sine d’Arcys prĂ©cise qu’il faut tuĂ© Vostroyan parce que c’est vraiment un mĂ©chant. VoilĂ  donc notre doctrine nouvelle. Gentillesse pour tous, sauf pour les mĂ©chants que l’on tue gentiment. Je dois admettre que cette contradiction a un parfum brun. Une fleur blanche plantĂ©e dans un charnier reste une fleur mais le sol sait trĂšs bien ce qu’il a mangĂ©.

Silas des Sables prend les Affaires ÉtrangĂšres parce qu’il est son meilleur ami et qu’il connaĂźt le Cybermonde. Alex Ombrane 1er prend le Travail. Monique Lemage prend l’Information parce qu’elle parle trop bien. C’est sans doute la nomination la plus dangereuse de la journĂ©e. Confier l’Information Ă  Monique Lemage, c’est confiĂ© une chandelle Ă  quelqu’un qui sait dĂ©jĂ  oĂč se trouvent les rideaux.

Les gentils peuvent venir se dĂ©fendre. Les mĂ©chants peuvent aussi venir mais qu’ils Ă©vitent de se prĂ©sentĂ© trop prĂšs de MnĂ©mĂ©sine d’Arcys.

La Mystisie, naturellement, a cĂ©lĂ©brĂ© tout cela avec la sobriĂ©tĂ© d’une cave pleine de dĂ©mons. Silas des Sables dĂ©truit une carriĂšre parce que la pierre mystisienne ne vaut rien et propose de construire en or massif. Enfin une politique esthĂ©tique. Inutile, aveuglante et probablement ruineuse mais au moins personne ne pourra dire qu’elle manque de reflets. Il offre mĂȘme des soins des yeux Ă  la Clinique des Sables. Pour un Ɠil soignĂ©, le second offert. VoilĂ  une diplomatie commerciale que je comprends. Si votre gouvernement rend aveugle, vendez des pansements.

Puis les crĂ©atures se mĂȘlent au dĂ©bat. Silice de Pont-Krivell se fait attaquĂ© par un DĂ©mon Mineur. Silas des Sables se fait attaquer par un DĂ©mon Mineur. Dinglemire se fait attaquer par un DĂ©mon Majeur. À ce stade, ce n’est plus de la faune. C’est une commission parlementaire infernale.

Et Cuchulainn agresse MnĂ©mĂ©sine d’Arcys. Lui qui organisait peu avant Ă  Trou Perdu une cĂ©rĂ©monie d’hommage Ă  Oumuamua, avec des mots assez brĂ»lants pour faire taire un cimetiĂšre, se retrouve maintenant recherchĂ©. VoilĂ  la beautĂ© terrible du Cybermonde. On passe du cƓur Ă©ternel Ă  la plainte judiciaire avec une vitesse que mĂȘme les ministĂšres peinent Ă  suivre.

Les morts peuvent témoigné si la réception passe depuis le cimetiÚre. Les vivants devront parlé plus fort.

Et puisque nous parlons de créatures utiles, revenons à Y0gi.

Oui, encore.

L’ennemi aveugle, muet et sourd.

À 10h34, Y0gi se fait agressĂ© par un groupe menĂ© par DĂ©mon Mineur. À 10h35, Y0gi se fait agressĂ© encore par un groupe menĂ© par DĂ©mon Mineur. Deux fois en une minute. Hier les rapaces faisaient dĂ©jĂ  le travail pĂ©dagogique. Aujourd’hui l’enfer reprend le dossier. Quand les oiseaux, les dĂ©mons et le bon sens local se relaient contre la mĂȘme silhouette silencieuse, il faut peut-ĂȘtre cessĂ© d’appeler cela une coĂŻncidence et commencĂ© Ă  parler de verdict.

Y0gi ne rĂ©pond pas. Y0gi ne voit pas. Y0gi n’entend pas. Il traverse la vie publique comme une porte condamnĂ©e qu’on aurait oubliĂ© de retirer du trottoir. Il est cette sorte d’absence qui rĂ©ussit malgrĂ© tout Ă  encombrer la piĂšce. MĂȘme les dĂ©mons semblent agacĂ©s de devoir se rĂ©pĂ©ter.

Je ne dis pas que l’enfer est devenu sicilien. Je dis seulement qu’il apprend vite.

Les tĂ©moins anonymes, les menteurs professionnels et les gens qui ont tout vu depuis une fenĂȘtre mal fermĂ©e sont invitĂ©s Ă  se manifestĂ©. Les dĂ©mons mineurs peuvent aussi appeler la radio. Nous filtrerons les grognements.

À Trou Perdu, Dusk et Aurora se prĂ©sentent aux Ă©lections pour devenir bourgmestres. Enfin une candidature qui ne cherche pas Ă  rassurer les murs. Une ville comme Trou Perdu n’a pas besoin d’une poignĂ©e de main tiĂšde et d’un sourire imprimĂ©. Elle a besoin de gens qui regardent une ruelle et savent immĂ©diatement quelle partie risque de poignarder l’autre avant la fermeture.

Martina D. Dei Machiavelli a prononcĂ© des discours dans l’ordre qui convient. En faveur de l’Empire Brun, contre le Royaume de RuthvĂ©nie et contre le Paradigme Vert. Trois gestes, trois griffures, une ligne claire. L’Empire chez nous. Les autres dans le brouillard. Et si le brouillard approche trop, on le critique jusqu’à ce qu’il retourne humidifier ses propres frontiĂšres.

Voilà ce qu’on appelle une hygiùne politique.

À Santa Banana City, LachĂ©sis loue Cersei La TrĂšs Sainte, Deux-Fleurs de Pont-Krivell et Zi Eun. Un petit bouquet de compliments locaux, avec assez de noms bruns pour dĂ©corĂ© une porte de ministĂšre. Shana Al-KhaĂŻd, elle, est dĂ©sormais domiciliĂ©e Ă  Bagdad. GrĂące Ă  Wonyoung, la ville accueille encore une prĂ©sence au sang lourd et aux dossiers qui sentent la cendre. TrĂšs bien. Un Empire qui ne sait plus reprendre ses ombres finit par devenir un club de lecture.

Jamal Al-Fayeed, en revanche, tente d’arracher des arbres Ă  Santa Banana City. Plusieurs fois. VoilĂ  une ambition Ă©trange. Certains veulent des postes, des titres, des coffres. Lui regarde un arbre et dĂ©cide que le problĂšme commence lĂ . Je ne condamne pas trop vite. À force d’entendre les discours des autres nations, moi aussi j’ai parfois envie de retirĂ© des choses enracinĂ©es.

Mais faites cela proprement. Nous sommes bruns, pas amateurs.

Du cĂŽtĂ© des Services Secrets, Deux-Fleurs de Pont-Krivell diffuse un discours d’une prĂ©cision rare avec les mots test cedric. Puis LachĂ©sis rĂ©pond presque avec test floral. Le renseignement impĂ©rial atteint donc ce stade supĂ©rieur oĂč personne ne sait si rien n’a Ă©tĂ© dit ou si tout a Ă©tĂ© dit trop clairement. C’est probablement cela, le secret parfait. Un message si nu qu’il remet l’auditeur en question.

Toute personne ayant compris test cedric est priĂ©e de ne pas l’expliquer. Ce serait contre l’esprit.

Ailleurs, le Cybermonde s’agite avec la grĂące d’un sac de chats jetĂ© dans une salle du trĂŽne. Ranxerox passe les relations en paix envers la ConfĂ©dĂ©ration Libre parce que quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup. J’apprĂ©cie la formule. Elle sent la ruelle, mĂȘme si elle vient de Kraland. Il retire aussi Wispy de l’ambassade auprĂšs du Paradigme Vert pour faire des Ă©conomies et se charger personnellement des relations. La pensĂ©e est unique, dit-il. Construire un rĂ©seau de sous-sols c’est bien, construire un rĂ©seau tout court c’est mieux. Kraland dĂ©couvre donc que la diplomatie n’est pas seulement un trou sous une affiche rouge. Nous saluons ce progrĂšs avec mĂ©fiance.

En RuthvĂ©nie, Felicity Ruthven critique Bladimir Bladimirovitch Mutin, manifeste, tente de jeter des Ɠufs sur une prison de haute sĂ©curitĂ© puis finit elle-mĂȘme transfĂ©rĂ©e. VoilĂ  une aristocratie qui n’a jamais peur du ridicule, seulement du manque de projectiles. Bladimir Bladimirovitch Mutin, lui, laisse des magazines pornographiques dans un bureau de bourgmestre Ă  Kraland et se livre aux autoritĂ©s. Le Royaume et la RĂ©publique se disputent le sĂ©rieux pendant que leurs notables dĂ©corent les prisons comme des chambres d’étudiant.

Baptiste Le Tellier nomme Mench0 Capitaine et loue sa confiance. FrĂ«lon Musc soutient Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ. Soeur Shoshana von Zyklon verse 5000 Co au trĂ©sor du Royaume tout en rappelant que la pression fiscale est honteuse. Donner de l’argent en protestant contre l’argent. VoilĂ  une noblesse qui sait faire pleurĂ© les bourses avec distinction.

Les couronnes peuvent venir rĂ©pondre. Qu’elles secouent leurs Ɠufs avant d’entrer.

Au Khanat, Foulques Andissi usurpe Mademoiselle, gagne le jeu selon ses propres mots et nomme Mademoiselle procureure puis Lippos Aliagas capitaine. Il va vĂ©rifier la gare comme tout le monde parce que c’est apparemment la grande Ă©preuve mĂ©taphysique du pouvoir elmĂ©rien. LĂ -bas, devenir Khan consiste donc Ă  rire, dire youpi et confirmer que les travaux sont terminĂ©s. Ce n’est pas pire que certains rĂšgnes plus habillĂ©s.

Jeff Bizous tente aussi d’usurper Tifa LockHeart aprĂšs avoir battu quelqu’un tout nu dans la boue. Il perd son poste, sa drogue est confisquĂ©e et la police le range en prison. Le Khanat reste fidĂšle Ă  lui-mĂȘme. Fort, absurde, boueux et convaincu que la lĂ©gitimitĂ© se mesure parfois Ă  l’angle d’un DAB.

Le Paradigme Vert, lui, retire May Billouziya de son poste d’Inspectrice Écologique par la main de Mina d’Orchidia. Grand discours sur la confiance, les lois, les conflits diplomatiques et l’impunitĂ©. TrĂšs joli. TrĂšs mousse humide. Puis Pigeon Ronron quitte le Paradigme pour demander la naturalisation au Khanat, prophĂ©tisant au passage qu’un pacifista viendra pĂ©chotera Saphir Ravenmaid. VoilĂ  une sortie digne. Pas forcĂ©ment claire mais digne.

Pendant ce temps Ash Williams pompe Ă  Accalmie jusqu’à faire rĂ©colter de l’énergie Ă  la ville avec une obstination qui mĂ©rite presque le respect. Les Verts ont enfin trouvĂ© leur grande doctrine. Pomper, cloner, sacraliser et bannir ceux qui ne sentent pas assez la fougĂšre officielle.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre fait aussi son théùtre. Jean-Luc Selriche nomme Jacques St Misles au Tribunal Cybermondial parce qu’une dĂ©mocratie ne doit pas effacer ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e. C’est joli, trĂšs propre, presque parfumĂ©. Il parle de justice entre les peuples et explique que l’autre option Ă©tait la Palme du mĂ©rite mais qu’il ne faut pas pousser. La ConfĂ©dĂ©ration adore ce genre de noblesse pratique. Elle vous honore quand elle ne sait pas oĂč vous ranger.

Jean-Messie de la Nation annonce que Milieu respire sous son administration grĂące aux fonds et Ă  l’énergie. Une rumeur rappelle aussitĂŽt que l’énergie vient peut-ĂȘtre des Bruns et que la pollution vient des centrales Ă  pĂ©trole de Mystisie. VoilĂ  le genre de vĂ©ritĂ© qui colle aux semelles des beaux discours. On nettoie d’un cĂŽtĂ©, on tousse de l’autre et chacun appelle cela gouvernance.

Le ValĂ©gro continue sa fiĂšvre. Emile Liarr soutient la ConfĂ©dĂ©ration, l’Empire Brun et se prĂ©sente aux Ă©lections de gouverneur parce qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  en train de remplir de la paperasse. Il veut une multiculturalitĂ© vraie, moins rouge, moins muselĂ©e et assez large pour accueillir toutes les propagandes sauf celle qui se prĂ©tend unique. C’est peut-ĂȘtre confus mais au moins il ne dort pas. Dans une province Ă©tranglĂ©e par les drapeaux, l’insomnie devient presque une vertu.

Cassandre Lemage Ruthven chante la RĂ©volution en canard dans un hĂŽtel de Mystisie et parle de gaz de shit avec assez de poĂ©sie pour faire regrettĂ© aux murs d’avoir des oreilles. Je ne dĂ©velopperai pas davantage. Certaines phrases mĂ©ritent de restĂ© seules dans leur flaque.

Et nous revenons enfin à la vérité impériale.

L’Empire Brun n’est pas propre. Il n’est pas gentil malgrĂ© les annonces. Il n’est pas silencieux malgrĂ© les caves. Il n’est pas logique malgrĂ© les ministĂšres. Il n’est pas stable malgrĂ© les chiffres. Mais il a quelque chose que les autres singent mal. Il sait transformĂ© ses contradictions en spectacle et ses spectacles en mĂ©thode. Quand MnĂ©mĂ©sine d’Arcys interdit la mĂ©chancetĂ© tout en dĂ©signant un mĂ©chant Ă  abattre, quand Monique Lemage reçoit l’Information, quand Dusk et Aurora cherchent Trou Perdu, quand Martina D. Dei Machiavelli griffe les voisins, quand Y0gi se fait corrigĂ© par les dĂ©mons et quand Deux-Fleurs de Pont-Krivell nous offre test cedric, nous ne sommes pas devant un chaos.

Nous sommes devant une forme de cohĂ©rence brune que seuls les lĂąches appellent folie parce qu’ils n’ont pas le courage de la dĂ©crire.

Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison.

Toute personne souhaitant corrigĂ© cette version des faits peut venir le faire en direct Ă  condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte.

Les tĂ©moins anonymes, les ministres vexĂ©s, les dĂ©mons mineurs, les comptables survivants, les gentils nouvellement nommĂ©s, les mĂ©chants dĂ©signĂ©s, les princes boueux, les pacifistas migrateurs et les porteurs d’Ɠufs judiciaires sont invitĂ©s Ă  se manifestĂ©.

C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile.

Restez bruns. Restez utiles. Et si l’Empire devient gentil, gardez quand mĂȘme un couteau sous la nappe.

La gentillesse est une chose sérieuse.

Il serait dommage de la laissé aux innocents.

02/07 (01:36) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png VoilĂ  l’émission d’aujourd’hui, avec le retard parfaitement assumĂ© et le venin (...)


VoilĂ  l’émission d’aujourd’hui, avec le retard parfaitement assumĂ© et le venin servi chaud.

Radio Nécrotoile

La Gentillesse Porte un Couteau Propre

Bruns, Brunes, Siciliens de comptoir, Mystisiens en pleine révolution de cave, auditeurs étrangers venus gratter à la porte avec leurs bottes pleines de principes et admirateur anonyme qui me rappelle avec un goût exquis que mes émissions manquent quand elles arrivent trop tard selon les horloges.

Ici Kleo parle.

La salle est sombre. Le velours pourpre boit la lumiĂšre des chandelles. Les crĂąnes dĂ©coratifs ont l’air moins morts que certaines rĂ©formes confĂ©dĂ©rĂ©es. Les dorures anciennes brillent comme des dents volĂ©es Ă  une monarchie trop lente et le vieux trĂŽne morbide me regarde depuis le fond de la piĂšce avec cette rancune de meuble qui n’a pas supportĂ© qu’une araignĂ©e le quitte sans promesse.

Je suis au centre de la toile. Les micros crachent. Les ombres écoutent. Mes yeux bleus reflÚtent assez de catastrophes pour éclairé une cathédrale.

À Trou Perdu, Martina D. Dei Machiavelli a d’abord soutenu l’Empire Brun. TrĂšs bien. Puis elle a soutenu le Royaume de RuthvĂ©nie. Moment de vertige. Une seconde d’égarement. Le genre d’accident que l’on peut attribuer Ă  la nouvelle politique de gentillesse impĂ©riale, aux vapeurs de taverne ou Ă  une communion trop longue avec les bonnes maniĂšres. Heureusement, elle s’est reprise presque aussitĂŽt en critiquant le Royaume de RuthvĂ©nie avec cette phrase dĂ©licieuse sur l’ImpĂ©ratrice qui la perturbe et la gentillesse qui lui fait faire des bĂȘtises.

VoilĂ  ce que j’appelle une guĂ©rison.

La gentillesse peut effleurĂ© une Brune. Elle ne doit pas restĂ© collĂ©e. Sinon on rince Ă  l’alcool fort et on critique un voisin couronnĂ©.

Martina D. Dei Machiavelli a aussi louĂ© LachĂ©sis Ă  Santa Banana City, graciĂ© Jamal Al-Fayeed pour ses multiples aventures botaniques et donnĂ© au monde une dĂ©monstration parfaite de justice brune adaptĂ©e au nouveau climat. Il paraĂźt qu’il faut ĂȘtre gentil pour plaire Ă  MnĂ©mĂ©sine d’Arcys. Donc on gracie l’arracheur d’arbres. C’est gentil. C’est absurde. C’est administratif. C’est presque tendre si l’on oublie les souches.

Les arbres survivants peuvent réagir en direct. Les autres seront représentés par du mobilier.

MnĂ©mĂ©sine d’Arcys, justement, continue de rĂ©pandre cette Ă©trange lumiĂšre de gentillesse qui donne Ă  l’Empire Brun l’air d’un caveau oĂč quelqu’un aurait posĂ© un napperon. Elle a dĂ©corĂ© Octave Sombrefer avec l’Aigle ImpĂ©rial pour sa profonde gentillesse.

[=)]Octave Sombrefer, gentil de la semaine. [=)]


Magicien des éléments. Bienfaiteur impérial. Homme qui étend parfois le désert non pas par malveillance mais pour que chacun puisse aller à la plage loin de la mer.

Je dois reconnaütre que l’argument est splendide.

D’autres dĂ©truisent. Octave Sombrefer amĂ©nage des vacances.

D’autres sĂšment le sable. Lui invente une politique balnĂ©aire pour provinces mortes.

VoilĂ  le genre d’hypocrisie lumineuse que l’Empire doit encouragĂ©. Ce n’est pas un mensonge. C’est une brochure touristique avec des os dessous.

Les anciens méchants qui veulent devenir gentils peuvent déposer leur candidature. Prévoir une preuve de sourire, deux témoins intimidés et une excuse plausible pour les dégùts passés.

À Mystisie, naturellement, la gentillesse a rencontrĂ© le rĂ©el et le rĂ©el avait visiblement du pĂ©trole dans la bouche. Cheikh Evara critique l’Empire Brun, bafouille une conquĂȘte mystisienne de la RĂ©publik, nomme Prenom Nom Bourgmestre de Lampe du GĂ©nie, rĂ©intĂšgre Lyanna de Nansay aprĂšs des excuses pour le meurtre inqualifiable de deux hyĂšnes et rĂšgle la paperasserie par dĂ©cision unilatĂ©rale. VoilĂ  une mĂ©thode que l’on peut reprocher mais pas ralentir.

La Mystisie appelle cela révolution. Ailleurs on dirait désordre. Chez nous on appelle cela une province qui refuse de mourir proprement.

Vostroyan agresse Lyanna de Nansay, tente de transformer l’HĂŽtel Chez Monique en zone autonome, parle de baby-foot et soutient la RĂ©publik au nom de la Manouch’Kra. Il y a lĂ  une cohĂ©rence de barricade grasse. Pas une cohĂ©rence de bureau. Une cohĂ©rence de type qui entre dans une piĂšce avec une cause, une menace et l’odeur de quelque chose qui va finir en avis de recherche.

Puis Cassandre Lemage Ruthven vient ajouter sa poĂ©sie Ă  l’HĂŽtel Chez Monique avec des canards, du prout et assez de rĂ©volution en musique pour que mĂȘme les murs demandent une mutation. Je ne sais pas ce qui se passe dans cet hĂŽtel mais je sais qu’à partir du moment oĂč une zone autonome, une chanson de canard et des hyĂšnes mortes figurent dans le mĂȘme dossier, l’administration devrait distribuĂ© des casques.

Les Mystisiens peuvent venir dĂ©fendre leur rĂ©volution. Les hyĂšnes ne pourront pas mais elles seront peut-ĂȘtre plus claires que certains orateurs.

Pendant ce temps, Don Amortel rend illĂ©gal l’Insigne Militaire Brun en ConfĂ©dĂ©ration Libre parce que les gens ne savent pas faire la diffĂ©rence entre un agent brun et un agent chĂątain. VoilĂ  une dĂ©cision magnifique. Punir l’objet afin de prouver qu’on ne le porte pas. Interdire le signe pour mieux le mettre au centre de l’actualitĂ©. C’est confĂ©dĂ©rĂ© dans sa forme et presque brun dans son rĂ©sultat. Une pĂ©dagogie par l’absurde, servie avec soupirs et lenteur de cercueil.

Don Amortel est un ancien agent brun devenu ministre confĂ©dĂ©rĂ©. Il n’a peut-ĂȘtre pas d’insigne mais il a gardĂ© cette capacitĂ© rare Ă  faire d’une phrase molle un petit piĂšge humide.

Les Confédérés peuvent venir expliquer la différence entre brun et chùtain. Nous fournirons des miroirs, des lampes et un aveu si nécessaire.

La ConfĂ©dĂ©ration poursuit d’ailleurs sa grande comĂ©die morale. Jean-Luc Selriche parle de football, de jeunes du quartier, de ballon rond et de message politique. Il dĂ©ment que ses joueurs aient Ă©vincĂ© l’Empire Rose et annonce que la sĂ©lection confĂ©dĂ©rĂ©e ne cherche pas vraiment Ă  gagner mais Ă  rappeler que ce n’est qu’un jeu. Ce qui est trĂšs noble quand on n’est pas certain de gagnĂ©.

Le mĂȘme gouvernement voit Paul Sernine distribuer des aides, limiter le temps de travail, augmenter les remboursements mĂ©dicaux, taxer Olivier Roi de 6454 ¹¹ et dĂ©couvrir que le micro fonctionne. Pr Jean-Michel Nobyl hurle Ă  l’exploitation des chercheurs sous-payĂ©s. Jean-Luc Selriche rĂ©pond que c’est quarante ans de laisser-aller et qu’il ne peut pas tout rĂ©soudre en trois jours. VoilĂ  donc la ConfĂ©dĂ©ration Moralean. Elle taxe les riches, aide les pauvres, affame les savants et se fĂ©licite de trouver cela cohĂ©rent.

C’est une dĂ©mocratie. Donc chaque contradiction a droit Ă  un discours.

Les chercheurs rĂ©voltĂ©s peuvent venir s’exprimĂ©. Les ministres Ă©galement. Les gens qui comprennent le budget sont priĂ©s de ne pas gĂącher l’ambiance.

Au ValĂ©gro, le pont de Fort Emouchet est terminĂ©. PierreJean coupe le ruban, organise une fĂȘte, parle de paix, d’amitiĂ© et de pont Liar. Le Cybermonde retient son souffle. Enfin une structure relie deux morceaux de conflit afin que les insultes puissent voyagĂ© plus vite. Emile Liarr continue de dĂ©fendre tout ce qui peut servir Ă  ne pas ĂȘtre rĂ©duit Ă  une seule couleur. BohĂ© d’Umont parle pour le Royaume. Alex KidoWski vient rappeler que Kraland aime les belles villes en regardant Fort Emouchet comme on regarde une assiette sale chez un voisin. Lucette Circulaire veut gratter le mal et brĂ»lĂ© les vieux symboles. Cassandre Lemage Ruthven entraĂźne tout le monde dans la dĂ©bauche avec la danse des canards.

Un pont, une mare, une rĂ©volution de canards et assez de voix pour rendre la trĂȘve oratoire juridiquement comique.

Toute personne croyant encore que le Valégro cherche la paix peut venir le dire. Nous lui offrirons un casque et une flûte à bec.

Le Royaume de RuthvĂ©nie continue sa danse de cour avec Felicity Ruthven qui ressort de prison puis critique Bladimir Bladimirovitch Mutin, pendant que Tormenta Ruthven loue Bladimir Bladimirovitch Mutin et critique Dame DĂ©merzel puis Baptiste Le Tellier. Baptiste Le Tellier, lui, se fait huer en tentant de manifester contre Tormenta Ruthven et propose Ă  son collĂšgue de mettre le mode off sur son micro. Je ne pensais pas dire cela un jour mais cette monarchie aurait peut-ĂȘtre besoin d’une trĂȘve oratoire plus que la Moldavie.

Bladimir Bladimirovitch Mutin rĂ©ussit tout de mĂȘme Ă  se faire arrĂȘter en ConfĂ©dĂ©ration aprĂšs avoir tentĂ© de changer le H de HĂŽtel en M pour attirer des gens peu recommandables. VoilĂ  une infraction de grammaire lubrique. Le Royaume exporte dĂ©sormais la dĂ©cadence par lettre majuscule. C’est presque de la diplomatie.

Les nobles peuvent venir nier. Les lettres H et M seront protĂ©gĂ©es pendant l’émission.

Au Khanat, Foulques Andissi proclame la journĂ©e du caillou avec l’enthousiasme d’un homme qui a trouvĂ© une carriĂšre et un destin dans le mĂȘme tas de poussiĂšre. Serbitar Seraven soutient Mademoiselle pour un coup d’éclat dans quatre jours puis se fait attaquĂ© par un Pingouin Ă  Roulettes. Le Khanat reste ce lieu bĂ©ni oĂč la politique, la pierre et la faune roulante tiennent dans une mĂȘme phrase sans que personne ne demande un psychologue.

Au Paradigme Vert, Rosalia de Pont-Krivell offre un spectacle à Garinaville. Je vais resté professionnelle.

Elle chante les guerriers des Khans.

Elle parle tambours, couleurs, biĂšre et sang.

C’est distrayant.

Puis elle raconte une histoire de sbleune jaune avec boĂźte d’allumettes, pince Ă  Ă©piler et jumelles. Sa prestation est dite ridicule par des autoritĂ©s qui n’ont manifestement aucune sensibilitĂ© artistique. La jalousie institutionnelle est une maladie grave. Moi je dis que si Rosalia de Pont-Krivell explique comment mettre un sbleune dans une boĂźte, le Cybermonde devrait prendre des notes au lieu de juger.

Je ne suis pas une groupie.

Je suis une analyste culturelle trÚs impliquée.

Les mauvaises langues peuvent venir me contredire. Je les hais déjà avec élégance.

À Plaine IrradiĂ©e, une onde de paix traverse la province et les habitants abandonnent toute envie de se battre pour vingt quatre heures. Ce phĂ©nomĂšne est louche. Une province irradiĂ©e qui devient pacifique ressemble Ă  un piĂšge prĂ©parĂ© par un ange fatiguĂ©. Pendant ce temps, Zelphi entraĂźne dans la dĂ©bauche Dinglemire et Aken Ă  l’hĂŽtel Aux froques irradiĂ©es avec un discours sur le sang frais des keufs, puis des policiers cherchent Ă  arrĂȘter Zelphi parce que Aken est recherchĂ©. Aken avait tentĂ© de voler dans la caisse du MinistĂšre de l’Économie et la dĂ©fense laser lui avait rĂ©pondu avec toute la chaleur administrative possible.

Donc rĂ©sumons. Une onde de paix tombe sur la province et cinq minutes plus loin les lasers, les keufs et la dĂ©bauche reprennent le travail. VoilĂ  pourquoi je respecte l’Empire Brun. MĂȘme nos miracles savent rester temporaires.

Les pacifistes irradiés peuvent appeler. Les autres attendront la fin des vingt quatre heures.

Et puis Y0gi.

Toujours Y0gi.

Cette fois, ce ne sont plus les dĂ©mons. Ce sont des Kanards Hostiles. Deux attaques Ă  Trou Perdu. Deux. Encore. L’ennemi aveugle, muet et sourd reçoit donc maintenant les avis du rĂšgne animal aquatique. AprĂšs les rapaces, aprĂšs les dĂ©mons, voici les canards. Quand les airs, l’enfer et les mares commencent Ă  coordonnĂ© leur opinion, il n’y a plus dĂ©bat. Il y a consensus interespĂšces.

Y0gi ne parle pas. Il ne rĂ©pond pas. Il ne comprend peut-ĂȘtre mĂȘme pas que la nature lui tient une rĂ©union de copropriĂ©tĂ© Ă  coups de bec. Mais le message est clair pour les vivants.

MĂȘme les canards veulent qu’il dĂ©gage du paysage.

Les témoins anonymes, les palmipÚdes concernés et les victimes consentantes de la vérité sont invités à se manifesté. Nous accepterons les coin coin sous serment.

Voici donc la vérité impériale de la nuit.

L’Empire Brun gagne de l’argent, change de morale, gracie des arracheurs, rĂ©compense un dĂ©sertificateur pour gentillesse, interdit peut-ĂȘtre la mĂ©chancetĂ© sans dĂ©sarmĂ© les couteaux, subit la rĂ©volution mystisienne, transforme la botanique en casier judiciaire et laisse les canards jugĂ© Y0gi mieux que certains tribunaux.

Les autres nations peuvent rire. Elles ne valent guÚre mieux. Kraland construit des drapeaux et sort des homards géants. La Confédération taxe, soupire, réforme et découvre que les chercheurs savent mordre. Ruthvénie se dispute à coups de critiques nobles et de lettres déplacées. Le Khanat honore le caillou. Le Paradigme juge Rosalia de Pont-Krivell avec un manque de goût scandaleux. Le Valégro inaugure un pont pour transporter la discorde plus efficacement.

Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison.

Toute personne souhaitant corrigĂ© cette version des faits peut venir le faire en direct Ă  condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte.

Les gentils, les mĂ©chants, les gentils armĂ©s, les mĂ©chants repentis, les canards, les chercheurs exploitĂ©s, les danseurs de mare, les nobles Ă  Ɠufs, les ministres sans insigne et les admirateurs anonymes sont invitĂ©s Ă  se manifestĂ©.

C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile.

Restez bruns. Restez utiles. Et souvenez-vous.

Quand mĂȘme les canards prennent position, il est dĂ©jĂ  trop tard pour prĂ©tendre que vous n’avez rien entendu.

02/07 (02:02) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir mes petits contribuables captifs, mes délateurs à pattes tiÚdes, mes (...)


Bonsoir mes petits contribuables captifs, mes dĂ©lateurs Ă  pattes tiĂšdes, mes fonctionnaires suintants de loyautĂ© humide et mes ennemis qui Ă©coutent quand mĂȘme parce que la honte a toujours eu meilleur goĂ»t quand elle est servie chaude dans un gobelet de propagande.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, suspendue au centre du studio comme une vĂ©ritĂ© que personne n’a demandĂ©e mais que tout le monde recevra quand mĂȘmeLe cybermonde a encore toussĂ© cette nuit. Rassurez-vous. L’Empire Brun n’a pas toussĂ© avec lui. L’Empire observe. L’Empire encaisse. L’Empire compte les impĂŽts, les coups de couteau, les dĂ©clarations d’amour mal traduites et les tentatives de rĂ©volution qui ressemblent Ă  des enfants jetant du sable sur un volcan pour lui apprendre la modestie.

Pendant que les nations dites civilisĂ©es faisaient ce qu’elles savent faire de mieux, c’est Ă  dire produire de la crise avec la rĂ©gularitĂ© d’une horloge rouillĂ©e, l’Empire Brun a rĂ©coltĂ©, payĂ©, nommĂ©, condamnĂ©, pardonnĂ© parfois et surtout laissĂ© les autres se ridiculisĂ© avec cette gĂ©nĂ©rositĂ© silencieuse que les historiens appelleront un jour la grande patience des prĂ©dateurs.

Commençons par la Mystisie, ce bijou posĂ© dans le sable comme une dent en or dans la bouche d’un cadavre encore bavard. Monique Lemage y a louĂ© l’ImpĂ©ratrice MnĂ©mĂ©sine d’Arcys, ce qui est une preuve de santĂ© mentale minimale, puis elle a frappĂ© la RĂ©publique de Kraland avec ce mĂ©lange dĂ©licieux de politesse et de cruautĂ© qui donne aux discours bruns leur texture de velours trempĂ© dans du vinaigre. Elle a rappelĂ© que Cheikh Evara semblait ĂȘtre seul dans sa tĂȘte et en Mystisie Ă  vouloir prendre le chemin rouge, ce qui est cruel, certes, mais il faut bien nommer la solitude quand elle commence Ă  construire des tentes dans les dunes.

LachĂ©sis, dans une dĂ©monstration de loyautĂ© qui avait la dĂ©licatesse d’une botte cirĂ©e sur un tract, a chantĂ© l’Empire, la Mystisie brune et le refus des Kras chez nous. C’est net. C’est sec. C’est presque hygiĂ©nique. On aimerait que toutes les maladies politiques aient la courtoisie de se prĂ©sentĂ© avec une pancarte pour que les gouverneures puissent les gifler avant le souper.

Puis Martina D. Dei[*n]Machiavelli a pris la parole avec la grĂące d’une lame administrative et la foule, cette grande bĂȘte molle qui applaudit souvent trop tard et hue parfois trop tĂŽt, l’a accueillie avec l’intelligence moyenne d’un banc de poissons morts. Elle a pourtant soutenu l’Empire, attaquĂ© Kraland et rappelĂ© qu’on ne lance pas une rĂ©volution sans l’appeler, ce qui dans un monde normal serait une plainte mondaine mais qui en Mystisie devient presque un principe constitutionnel. Martina D. Dei[*n]Machiavelli a ensuite effacĂ© des peines et annulĂ© des poursuites comme une sainte patronne de l’indulgence ciblĂ©e, opĂ©ration un jour quinze minutes de gentillesse, car mĂȘme la justice brune sait parfois caresser avant de reprendre la gorge.

Dans le mĂȘme sable, Cheikh Evara a dĂ©cidĂ© dĂ©mocratiquement mal que la Mystisie prendrait le chemin de la rĂ©volution, que les gitans seraient bienvenus et que le Sultanat avait parlĂ© au nom de tous, ce qui est fascinant parce que parler au nom de tous est toujours plus simple quand tous n’ont pas eu le temps de fuir. Sultan Omar Al KhaĂŻd a ensuite trouvĂ© sur sa route Bressia, une rencontre si subtile que la police elle-mĂȘme a dĂ» lever les mains en disant qu’une bagarre avait Ă©clatĂ© sans qu’on sache qui avait commencĂ©. Dans l’Empire, quand personne ne sait qui commence, nous appelons cela de la diplomatie spontanĂ©e.

Depuis sa prison, Vostroyan a commentĂ© la scĂšne avec l’élĂ©gance brute d’une chaise lancĂ©e dans une ambassade, se rĂ©jouissant que sa Bressia ait frappĂ© le Sultan et insinuant que l’ImpĂ©ratrice aurait payĂ© pour tester les gitans. VoilĂ  une thĂ©orie politique de qualitĂ© carcĂ©rale. Elle ne tient debout que parce que les murs de la prison l’empĂȘchent de tomber plus bas.

Silice de Pont-Krivell, quant Ă  elle, a portĂ© la gentillesse impĂ©riale jusqu’à vouloir empoisonner Vostroyan devant l’ImpĂ©ratrice avec un soin presque mĂ©dical, une rĂ©ception molletonnĂ©e et cette douceur typiquement brune qui consiste Ă  prĂ©sentĂ© la mort comme une option de confort premium. Les personnes concernĂ©es peuvent naturellement contestĂ© cette lecture. Elles devront seulement le faire avant la perte de connaissance.

La Mystisie fut aussi honorĂ©e d’une autre scĂšne, plus humide. Isariel a tentĂ© de pisser sur une statue du Bourgmestre, perdant au passage son poste de Commissaire de Police, ce qui prouve qu’il existe encore dans ce monde des limites entre le service public et l’irrigation patriotique. Sylex Kisugi, agressĂ© en allant enquĂȘter sur des fleurs arrachĂ©es, a cru voir dans toute cette dĂ©cadence la main de la nouvelle ImpĂ©ratrice et de Silas des Sables, ce qui est charmant. Quand la ville brĂ»le, certains accusent le feu. D’autres accusent les gens qui savent encore porter une couronne sans se prendre les pieds dans le tapis.

Les tĂ©moins anonymes, les vandales hydrauliques et les prĂ©fets qui confondent enquĂȘte avec divination sont invitĂ©s Ă  venir niĂ© en direct. Nous leur fournirons une serviette, un micro et suffisamment de silence pour entendre leur dignitĂ© tomber.

Pendant ce temps, en RuthvĂ©nie, le Royaume a offert un spectacle d’une noblesse parfaitement rance. Darth Leo, Directeur des Services Secrets et supposĂ© fĂ©lin de l’ombre, fut frappĂ© par une rumeur affirmant qu’il serait musophobe, c’est Ă  dire effrayĂ© par les souris, rongeurs et autres petites crĂ©atures qui ont pourtant l’habitude de fuir les chats plutĂŽt que de les syndiquĂ©. On raconte qu’il travaillerait sur son bureau plutĂŽt que sur sa chaise. Je ne jugerai pas. Les chats ont toujours eu ce talent royal de transformer leur panique en protocole.

Felicity Ruthven est sortie de prison puis s’est immĂ©diatement employĂ©e Ă  critiquer Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, ce qui chez les RuthvĂšnes ressemble moins Ă  une rĂ©bellion qu’à une tradition matinale. Un roi est louĂ©, huĂ©, contestĂ©, dĂ©fendu puis rĂ©clamĂ© avec formulaire selon l’humiditĂ© du jour et la densitĂ© de poussiĂšre dans les couloirs. Baptiste Le Tellier, quant Ă  lui, a demandĂ© au Duc de communiquer un formulaire de conflits d’intĂ©rĂȘt et de joyaux, cette demande ayant la beautĂ© froide d’un poignard bureaucratique glissĂ© entre deux coussins de velours.

Serbitar[*n]Seraven a dĂ©truit une PrĂ©fecture de Police jugĂ©e impropre Ă  son usage, puis a versĂ© une prime Ă  Bladimir Bladimirovitch Mutin afin que le Duc ne finisse pas indigent. La monarchie ruthvĂšne, mes chers auditeurs, c’est cela. On abat les murs de la police pour protĂ©ger la justice, puis on donne une bourse au pouvoir pour qu’il puisse continuer Ă  mal s’asseoir sur le trĂŽne. C’est absurde, coĂ»teux et couvert de dorures. Une monarchie rĂ©ussie, donc.

Toute personne désirant défendre la stabilité ruthvÚne peut bien entendu venir le faire en direct. Nous lui demanderons simplement de définir stabilité sans mentionné un coup de force, une rumeur de souris ou une caisse vide.

En ConfĂ©dĂ©ration Libre, cette merveilleuse parodie de dĂ©mocratie oĂč chaque citoyen a le droit de parler tant qu’il reste assez de murs debout pour rĂ©verbĂ©rĂ© les mensonges, la journĂ©e fut consacrĂ©e Ă  l’art dĂ©licat de se faire exploser soi-mĂȘme avec conviction. Jean-Luc Selriche a rĂ©pondu aux chercheurs, revalorisĂ© les salaires, parlĂ© budget et nommĂ© Kenza au poste de Ministre de la Guerre et de la Recherche. C’est propre. C’est presque respectable. Cela sent le communiquĂ© repassĂ© au fer chaud par un prĂ©sident qui sait encore compter jusqu’à quinze pour cent sans crier victoire trop tĂŽt.

HĂ©las, pendant que le palais dĂ©mocratique se poudrait le nez avec de grandes dĂ©clarations sociales, des pirates entraient dans le rĂ©seau de la ConfĂ©dĂ©ration pour voler la technologie Aide Divine au profit des Provinces IndĂ©pendantes. Aide Divine. Le nom Ă©tait dĂ©jĂ  une demande d’effraction. Quand une dĂ©mocratie laisse traĂźner une technologie portant un nom pareil, il ne faut pas s’étonner que quelqu’un vienne l’emprunter avec les doigts sales.

Mais la grande symphonie confĂ©dĂ©rĂ©e fut offerte par Joe le trĂšs trĂšs terrible, Bob le trĂšs trĂšs terrible et Roy le trĂšs trĂšs terrible, trio familial dont le patronyme a la subtilitĂ© d’une enclume baptisĂ©e diplomatie. Des attentats ont frappĂ© le Palais ImpĂ©rial de Blofeldopolis avec victimes, piĂšces Ă©croulĂ©es et bĂątiments affaiblis, puis chacun a commencĂ© Ă  expliquĂ© que c’était la faute du frĂšre, du pistolet Ă  eau, du pĂšre disparu ou du chien Claude qui n’aurait pas rĂ©digĂ© le texte. Bob le trĂšs trĂšs terrible a livrĂ© un rĂ©cit thĂ©rapeutique oĂč Joe le trĂšs trĂšs terrible devient manipulateur, immature et responsable de tout, tandis que Joe le trĂšs trĂšs terrible, depuis sa prison, menace Bob le trĂšs trĂšs terrible avec cette rage de cuisine familiale oĂč les souvenirs d’enfance ressemblent Ă  des explosifs mal stockĂ©s prĂšs du goĂ»ter.

La ConfĂ©dĂ©ration voulait la libertĂ© d’expression. Elle a obtenu une famille entiĂšre qui s’exprime avec de la dynamite. Nous lui souhaitons bonne continuation dans son expĂ©rience dĂ©mocratique et recommandons aux psychologues locaux de facturĂ© Ă  l’avance.

Les concernĂ©s peuvent venir rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© familiale. Nous acceptons les tĂ©moignages de frĂšres, de chiens, de palais Ă©ventrĂ©s et de thĂ©rapeutes Ă©puisĂ©s. Les bombes devront rester Ă  l’entrĂ©e, sauf si elles sont moins instables que les excuses.

Au ValĂ©gro, Emile Liarr a parlĂ© libertĂ©, hĂ©ritage ruthvĂšne, ponts et mĂ©moire contre Kraland avec l’air grave d’un homme qui sait que rien ne rapproche mieux les peuples qu’un discours assez long pour assommer les deux rives. Il a cĂ©lĂ©brĂ© un pont nĂ© sous le DuchĂ© ruthvĂšne et accuser Kraland de cracher sur l’histoire locale, ce qui est certainement vrai, ou au moins assez vraisemblable pour nourrir deux guerres et une commission culturelle.

Alice Ravenloft, dans sa minute PassTek, a louĂ© PierreJean, s’est excusĂ©e de ne pas l’avoir compris plus tĂŽt et a dĂ©couvert qu’il pouvait y avoir du bien dans un ancien adversaire. C’est touchant. C’est dangereux. Dans l’Empire Brun, on appelle cela une infection sentimentale et on surveille les symptĂŽmes avant que quelqu’un ne propose une table ronde.

À Kraland mĂȘme, les champs et les scieries furent stimulĂ©s avec toute la poĂ©sie industrielle d’un rĂ©gime qui trouve toujours moyen de transformĂ© le travail en priĂšre rouge. Sophos a lancĂ© des recherches avec du filon d’or et du purin de nobliau, rĂ©vĂ©lant que la RĂ©publique avance scientifiquement en mĂ©langeant gĂ©ologie, ressentiment social et latrines aristocratiques. VoilĂ  donc le grand progrĂšs kralandais. Quand les autres cherchent l’avenir dans les Ă©toiles, Kraland le cherche sous les douves, lĂ  oĂč le mĂ©pris fermente.

Toute personne souhaitant corriger notre analyse du progrÚs rouge peut venir déposer un échantillon. Nous le flairerons de loin et nous rirons de prÚs.

Au Khanat ElmĂ©rien, Rosalia de Pont-Krivell a diffusĂ© son Khanat News et a annoncĂ© la fin de l’alliance avec la ConfĂ©dĂ©ration Libre, une rencontre entre la Grande Khane et la RĂ©gente puis du sport, car rien ne dit Ă©quilibre diplomatique comme annoncer la recomposition des relations internationales avant de demandĂ© aux gens de soutenir deux Ă©quipes qui courent aprĂšs un ballon. Le Khanat a cette beautĂ© primitive des peuples qui peuvent briser une alliance le matin et vendre des encouragements le soir sans changer de tambour.

Le Paradigme Vert, de son cĂŽtĂ©, continue de bĂątir des chapelles, de subir des loups, de promouvoir des fĂȘtes et de faire croire que la nature approuve tout cela. En SibĂ©ria, Rosalia de Pont-Krivell a combattu loups, vers de glace et piquosaures avec une rĂ©gularitĂ© qui force le respect. MĂȘme les extrĂȘmes Ă©colos finissent par comprendre qu’un animal sauvage est beaucoup moins sympathique quand il ne figure pas sur une affiche de sensibilisation mais devant votre tibia.

Et pendant ce temps, dans notre Empire, Dusk et Aurora ont dĂ©missionnĂ© de leur fonction de Ministre de l’IntĂ©rieur avec ces mots immortels, courage, fuyons. Certains verront lĂ  de la lĂąchetĂ©. Moi j’y vois une Ă©lĂ©gance stratĂ©gique. Il faut parfois quittĂ© une piĂšce avant que la piĂšce ne comprenne qu’elle avait besoin de vous pour rester debout. Dusk et Aurora, comme toujours, transforme la sortie en entrĂ©e dramatique pour la prochaine catastrophe.

Monique Lemage, LachĂ©sis, Martina D. Dei[*n]Machiavelli, Silice de Pont-Krivell et les fidĂšles de Mystisie ont cependant dĂ©montrĂ© que l’Empire n’a pas besoin d’un calme parfait pour rayonnĂ©. Au contraire. L’Empire Brun prospĂšre dans le vacarme comme une araignĂ©e dans un grenier plein de mouches. Les autres nations appellent cela le dĂ©sordre. Nous appelons cela la preuve.

La preuve que Kraland promet la paix puis s’enlise dans les ponts, les purins et les slogans qui sentent la cantine collective. La preuve que la ConfĂ©dĂ©ration parle d’égalitĂ© pendant que ses palais se font ouvrir comme des boĂźtes de conserve par une fratrie en crise. La preuve que la RuthvĂ©nie drape ses paniques dans du velours, que le Khanat danse sur les braises de ses alliances et que le Paradigme Vert plante des chapelles dans la neige avant de dĂ©couvrir que les loups n’ont pas lu la brochure.

Et la preuve, mes petits auditeurs, que l’Empire Brun avait raison depuis le dĂ©but, mĂȘme quand l’Empire Brun n’avait encore rien dit. C’est cela la supĂ©rioritĂ© impĂ©riale. Ne pas seulement avoir raison. Avoir raison par avance, par ambiance, par mobilier, par chandelle et par menace polie.

Les concernés peuvent venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison. Les témoins anonymes, les lùches non anonymes, les rois tremblants, les sultans froissés, les ministres en fuite, les chats debout sur bureau, les familles explosives et les démocrates en morceaux sont invités à se présenté au micro. Toute plainte sera lue avec gravité puis classée selon son potentiel comique.

Ici Kleo,

Dormez mal, dormez loyaux et souvenez-vous bien de ceci.

Quand le monde s’effondre, l’Empire Brun ne tombe pas. Il prend des notes.

03/07 (01:08) Radio NĂ©crotoile  
Votre émission du jour ? Faites comme moi. écoutez le son de votre propre voix. (...)
Votre émission du jour ? Faites comme moi. écoutez le son de votre propre voix.

03/07 (19:31) Radio NĂ©crotoile  
La voix de Kleo est sympa a ecouter pendant la nuit quand meme. Et c'est une bonne source d'information pour le (...)
La voix de Kleo est sympa a ecouter pendant la nuit quand meme. Et c'est une bonne source d'information pour le travail.

03/07 (20:54) K' Velzard [:)]  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png ÉMISSION SPÉCIALE DE LA TOILE RECONNAISSANTE DĂ©diĂ©e Ă  K' Velzard, auditeur (...)


ÉMISSION SPÉCIALE DE LA TOILE RECONNAISSANTE

Dédiée à K' Velzard, auditeur nocturne, travailleur informé et visiblement homme de goût malgré ses fréquentations sportives douteuses. Mes remerciements sincÚres.

Bonsoir mes petits insectes administratifs.

Ici Kleo, en direct depuis la grande salle d'enregistrement de l’Empire Brun, entre le trĂŽne morbide oĂč personne ne s’assoit sans signer trois dĂ©charges funĂ©raires, les crĂąnes cirĂ©s au chiffon ministĂ©riel, les rideaux pourpres lourds comme des remords monarchiques et les chandelles qui tremblent exactement comme les diplomates quand ils rĂ©alisent que nous avons encore des micros. Le velours sombre Ă©touffe les murs, les dorures anciennes brillent comme des dents dans une cave et mes yeux bleus reflĂštent assez de mĂ©pris pour Ă©clairer une cathĂ©drale gothique en panne de foi.

Avant de commencer, annonce importante.

DorĂ©navant, aucune Ă©mission ne se fera sans un appel du public. VoilĂ . Un peu de rĂ©pondant que diable. Les gens veulent contester, pleurer, nier, faire les victimes, demander un droit de rĂ©ponse ou simplement venir se ridiculiser avec panache. TrĂšs bien. Les lignes sont ouvertes et les langues sont invitĂ©es Ă  sortir de leurs bouches comme de petits drapeaux blancs plein de salive. Si personne n’appelle, je considĂ©rerai que tout le cybermonde a cesser d'Ă©couter.

Commençons par les finances, cette grande poĂ©sie des nations qui prĂ©tendent avoir des idĂ©aux mais qui finissent toutes par compter leurs piĂšces comme des rats en robe de magistrat. Le Royaume de RuthvĂ©nie a rĂ©coltĂ© ses impĂŽts avec cette dignitĂ© de vieux chĂąteau qui prend l’eau mais continue d’appeler ça une fontaine intĂ©rieure. La ConfĂ©dĂ©ration Libre, fidĂšle Ă  son adorable tradition dĂ©mocratique, a redistribuĂ© ses sous dans des ministĂšres dont certains reçoivent zĂ©ro parce que visiblement la libertĂ© consiste Ă  voter pour des tiroirs vides. Le Khanat ElmĂ©rien a fait son petit feu de camp fiscal, le Paradigme Vert a ramassĂ© ses feuilles mĂ©talliques en expliquant probablement que les piĂšces poussent mieux sans palais impĂ©rial et la RĂ©publique de Kraland a encore prouvĂ© qu’un systĂšme peut parler au nom du peuple tout en donnant l’impression que le peuple a Ă©tĂ© oubliĂ© dans une cave humide avec un formulaire rouge.

Et puis il y a l’Empire Brun.

L’Empire Brun a rĂ©coltĂ©. L’Empire Brun a distribuĂ©. L’Empire Brun a regardĂ© le MinistĂšre de l’Information recevoir exactement zĂ©ro MØ que Monique a assumĂ©e en totalitĂ© vu qu'elle ne comptait pas bosser.

Pendant ce temps, la RuthvĂ©nie a offert au monde un numĂ©ro de cirque monarchique tellement Ă©lĂ©gant que mĂȘme les corbeaux ont demandĂ© un entracte. Felicity Ruthven a critiquĂ© le Roi Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, puis a manifestĂ© contre lui, puis des rumeurs ont couru dans Ruthvenville comme des domestiques qui viennent d’entendre une assiette voler. À peine la couronne avait elle fini de trembler que Bladimir Bladimirovitch Mutin se glissait dans la machinerie avec la dĂ©licatesse d’un tiroir fiscal rempli de couteaux, nommant Dame DĂ©merzel prĂ©fĂšte de police, rĂ©engageant Felicity Ruthven et transfĂ©rant un magot vers l’économie avec ce petit air de vertu qu’ont les gens qui dĂ©placent beaucoup d’argent en expliquant qu’ils le font pour votre bien.

Et bien sĂ»r, il s’est versĂ© une prime. Cinq cents Co. Une modeste compensation pour Ă©chapper Ă  l’inquisition, ce qui est tout Ă  fait comprĂ©hensible. Moi aussi quand je dois fuir une menace religieuse, je facture le dĂ©placement, le stress, la toile perdue et l’usure Ă©motionnelle de mes mandibules. La diffĂ©rence c’est que moi, j’ai la dĂ©cence de ne pas appeler ça une dĂ©pense publique. Quoi que, j'aime l'idĂ©e.

Puis une rumeur a murmurĂ© qu’on aurait vu le vieux roi ruthvĂšne dans les tribunes brunes, barbouillĂ© de noir et d’or, tenant une photo de son Ă©pouse et hurlant aux couleurs d’un empire qui n’est pas le sien. Je ne dis pas que la monarchie s’effondre en glissant lentement vers notre velours. Je dis simplement qu’un roi qui goĂ»te au brun une fois oublie vite la fadeur de son propre trĂŽne. C’est mĂ©dical, probablement.

Les concernĂ©s peuvent venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire qu’ils ont quelque chose Ă  cacher et que nous avions raison avant mĂȘme de finir la phrase.

Chez nous, pendant que les autres improvisent des rĂ©volutions dans des couloirs qui sentent la cire froide, Martina D. Dei[*n]Machiavelli a fait ce qu’une brune sensĂ©e doit faire quand le monde devient flasque. Elle a soutenu l’Empire Brun, elle a critiquĂ© le Paradigme Vert et elle a Ă©gratignĂ© la RuthvĂ©nie avec cette Ă©lĂ©gance judiciaire qu’on reconnaĂźt aux gens qui savent sourire en tenant une lame par le bon cĂŽtĂ©. VoilĂ  ce qu’est la cohĂ©rence. On frappe Ă  gauche, on frappe Ă  droite et au centre il reste l’Empire, droit comme un cercueil neuf dans une salle du trĂŽne.

Neodym Seltenerd a lui aussi compris le sens de l’Histoire en louant votre humble serviteuse, ce qui prouve une grande luciditĂ© politique, une santĂ© mentale acceptable et probablement une bonne vue malgrĂ© la fumĂ©e de taverne. Il a Ă©galement expliquĂ© que le seul avantage des vacances au Paradigme Vert Ă©tait le wifi, ce qui est injuste. Il y a aussi les moustiques, les sermons sur les arbres et cette sensation merveilleuse d’ĂȘtre jugĂ© par une fougĂšre.

Le Paradigme Vert peut rĂ©pondre. Nous acceptons les tĂ©moignages de plantes, d’écorces traumatisĂ©es et de citoyens capables d’aligner trois phrases sans demander l’autorisation Ă  une courgette.

En Mystisie, la situation a atteint ce niveau rare oĂč l’administration devient plus surnaturelle que les dĂ©mons eux mĂȘmes. Vostroyan, depuis sa prison, a fait parvenir la demande de la communautĂ© Manouch’Kra, qui souhaite inscrire un campement dans le paysage local et obtenir un statut de rĂ©fugiĂ©s politiques. Une affaire simple, donc naturellement transformĂ©e en cathĂ©drale de papiers, d’attestations, de palmiers symboliques et d’activitĂ©s culturelles supposĂ©es ĂȘtre culturelles avant d’ĂȘtre sonores. Prenom Nom, bourgmestre Ă  la bureaucratie si sĂšche qu’elle pourrait fumer toute seule, a rĂ©pondu que le campement ne serait ni acceptĂ© ni refusĂ© mais maintenu dans une considĂ©ration administrative intermĂ©diaire. C’est magnifique. C’est l’art de mettre quelqu’un dans une salle d’attente sans porte, sans chaise et avec un formulaire qui demande oĂč se trouve la chaise.

Pendant ce temps, Silas des Sables pleure un palmier dĂ©truit comme d’autres pleurent un empire perdu. Il demande combien de temps il faut Ă  un arbre pour pousser et rĂ©pond deux heures, une Ă©ternitĂ©. Je n’ai jamais entendu plus belle tragĂ©die botanique en format court. Un palmier tombe, un ministre tremble, une caravane devient sujet d’État et un portail dĂ©moniaque apparaĂźt Ă  Lampe du GĂ©nie, probablement parce que mĂȘme l’enfer voulait participer Ă  la rĂ©union d’urbanisme.

Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes et les palmiers ayant survĂ©cu Ă  la procĂ©dure sont invitĂ©s Ă  se manifester. Qu’ils apportent une preuve de rĂ©sidence, une justification de fuite politique et un pot de terre humide.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre, elle, a dĂ©cidĂ© de faire de la politique comme on prĂ©pare une tisane dans une armurerie. D’un cĂŽtĂ©, Jean-Luc Selriche propose la paix au Royaume de RuthvĂ©nie avec des mots doux, des promesses sociales et cette Ă©trange envie de dĂ©poser PrĂ©cieuse devant la porte comme un panier garni diplomatique, avec de succulents caramel salĂ©. De l’autre, son gouvernement explique Ă  la population que les dĂ©tonateurs sont illĂ©gaux parce que les explosions font du bruit et que les habitants d’Acropole ont besoin de sommeil. C’est ça, la dĂ©mocratie confĂ©dĂ©rĂ©e. On promet la paix en tenant la main d’un roi, puis on interdit les jouets qui font boum pour que tout le monde puisse applaudir sans perdre ses doigts.

Mais la perle, mes petites mouches, c’est cette inquiĂ©tude Ă©lectorale. Don Amortel regarde les candidatures uniques, les villes sans candidat et soupire devant la dĂ©mocratie confĂ©dĂ©rĂ©e comme un pĂšre devant un enfant qui a mangĂ© la colle du bulletin de vote. Elle est oĂč, la dĂ©mocratie, demande t il. La rĂ©ponse est simple. Elle est probablement cachĂ©e dans un bĂątiment avec zĂ©ro budget, trois slogans et une affiche humide oĂč quelqu’un a Ă©crit participation citoyenne avant de partir dormir.

Toute personne confĂ©dĂ©rĂ©e souhaitant dĂ©fendre ce systĂšme admirable peut appeler. Nous fournirons un micro, un verre d’eau et une petite pelle pour creuser sa propre nuance.

La RĂ©publique de Kraland, pendant ce temps, continue d’ĂȘtre rouge, bruyante et persuadĂ©e que tout problĂšme peut ĂȘtre rĂ©solu en chantant avec les pieds en canard. On a vu des discours sur la RĂ©volution, des soupçons de vol d’or au delĂ  de la limite de temps de travail et des accusations d’oppression qui rebondissent comme des betteraves lancĂ©es dans un amphithéùtre soviĂ©tique. Jean-Messie de la Nation a reçu une Palme du MĂ©rite parce que tout le monde l’accuse de soutenir le camp d’en face, ce qui en ConfĂ©dĂ©ration passe apparemment pour de l’impartialitĂ©. C’est pratique. Si deux personnes vous dĂ©testent pour des raisons opposĂ©es, vous devenez automatiquement un sage. Moi donc, vu le nombre de gens qui me trouve insupportable pour des motifs incompatibles, je devrais recevoir un mausolĂ©e, une fanfare et un petit coussin brodĂ©.

Le Khanat ElmĂ©rien n’a pas Ă©tĂ© en reste, avec Pigeon Ronron qui se prĂ©sente au poste de Khan de la province ElmĂ©rie en dĂ©clarant qu’on se gĂšle le bout du bec. Enfin un programme clair. Pas de promesse creuse, pas de thĂ©ologie fiscale, pas de rĂ©volution en chaussons. Juste un pigeon, du froid et une candidature posĂ©e sur une commode. Je suis presque touchĂ©e. Presque. Il faut pas dĂ©conner.

La République, le Khanat et tout volatile ambitieux peuvent appeler pour expliquer pourquoi leurs systÚmes ne sont pas simplement des costumes ridicules portés par des gens qui ont trop parler au micro.

Et puis il y a le sport.

Ah, la Kroupe du Cybermonde. Ce grand théùtre oĂč les nations s’aiment, se haĂŻssent, chantent, se roulent dans la boue morale et prĂ©tendent que le ballon est moins important que l’honneur alors que tout le monde sait que l’honneur est juste un ballon qui a perdu ses coutures. Rosalia de Pont-Krivell a diffusĂ© une Ă©mission de propagande sportive, ce qui est une chose noble, car le sport sans propagande n’est qu’un groupe de gens qui courent aprĂšs quelque chose qu’ils pourraient ramasser avec les mains si les rĂšgles n’étaient pas Ă©crites par des prĂȘtres sadiques.

En SibĂ©ria, K’ Velzard a bafouillĂ© avec une poĂ©sie qui sent la confĂ©rence d’avant match sur une nappe tachĂ©e. Son groupe vit bieng, ce qui est apparemment une stratĂ©gie. AprĂšs la dĂ©faite, il a expliquĂ© que la Palladium Corporation n’existant pas, elle n’avait pas d’équipe, donc le match n’a pas eu lieu, donc ils n’ont pas perdu. VoilĂ . C’est beau. C’est presque brun comme raisonnement. Pas complĂštement, bien sĂ»r. Il manque la menace, le velours et la certitude d’avoir raison malgrĂ© les tĂ©moins.

Santa Banana, de son cĂŽtĂ©, a brillĂ© avec sa journĂ©e de l’uranium et du fer. LachĂ©sis a appelĂ© les Bruns et les Brunes Ă  regarnir leurs stocks, ce qui est exactement le genre de message maternel que j’aime entendre. Dans les nations molles, on dit aux enfants de manger leurs lĂ©gumes. Dans l’Empire Brun, on dit aux citoyens de rentrer avec du fer et de l’uranium. C’est plus sain. Sa fait des os solides, des discours plus lourds et des voisins plus polis.

Dusk et Aurora ont donnĂ© de l’entrain au travail dans le complexe minier de fer avec ce slogan admirablement sec, du nerf et du fer. VoilĂ  une politique industrielle. Pas besoin de vingt pages. Pas besoin d’un comitĂ©. Tu cries, tu pointes la mine et le monde comprend qu’il doit produire avant d’ĂȘtre transformĂ© en exemple.

Pendant ce temps, ailleurs, Pr Jean-Michel Nobyl dĂ©couvre une technologie puis brĂ»le des notes importantes. La ConfĂ©dĂ©ration invente donc la pierre en la perdant presque aussitĂŽt. Des pirates volent des informations sur l’Aide Divine. Des tunnels termondiques avalent des codes juridiques. Megakra tente d’engager un assassin, puis la procĂ©dure s’effondre assez vite pour que mĂȘme la police ait l’air surprise d’exister. Tout cela prouve une vĂ©ritĂ© impĂ©riale simple. Le cybermonde n’est pas gouvernĂ©. Il est secouĂ© dans un sac.

Et dans ce sac, l’Empire Brun reste le seul caillou pointu.

Je vois dĂ©jĂ  les moralistes lever leur petit doigt tiĂšde. Ils diront que nous exagĂ©rons, que nous rĂ©duisons, que nous choisissons les dĂ©tails qui nous arrangent. Oui. Évidemment. C’est le travail. Quand les autres font ça, ils appellent cela communication, diplomatie, rĂ©forme ou dĂ©mocratie. Quand nous le faisons avec des chandelles, des crĂąnes et une araignĂ©e sur un trĂŽne de velours, tout le monde crie Ă  la propagande. Quelle jalousie. Quelle pauvretĂ© dĂ©corative.

Le monde s’agite, la RuthvĂ©nie conspire contre sa propre couronne, la ConfĂ©dĂ©ration interdit les dĂ©tonateurs pendant qu’elle cherche la dĂ©mocratie sous le tapis, la RĂ©publique chante sa RĂ©volution comme un train qui a perdu ses rails, le Khanat prĂ©sente des pigeons frigorifiĂ©s aux Ă©lections, le Paradigme Vert pleure sur son wifi vĂ©gĂ©tal, la Mystisie administre des palmiers rĂ©fugiĂ©s, les dragons font de la censure par morsure et l’Empire Brun, lui, observe tout ça depuis son trĂŽne, avec assez de mauvaise foi pour rĂ©chauffer une crypte.

Si quelqu’un veux corriger cette version des faits, les lignes sont ouvertes. Qu’il vienne. Qu’il parle. Qu’il respire fort dans le combinĂ©. Qu’il explique avec ses petits mots pourquoi sa dĂ©faite est une victoire, pourquoi sa crise est une transition, pourquoi sa prime est une nĂ©cessitĂ©, pourquoi son palmier est une cause nationale ou pourquoi son dragon avait simplement mal compris le programme.

Moi, je serai lĂ .

Mes huit pattes sur la table. Mes yeux bleus dans les ombres. Ma toile dans les rideaux. Mon sourire quelque part entre la tendresse impĂ©riale et l’accident diplomatique.

Ici Kleo,

La vérité ne dort jamais.

Elle attend juste que les autres parlent en premier pour mieux les mordre aprĂšs.

04/07 (04:10) Radio NĂ©crotoile  
C’est ici qu’il faut appeler ? La meilleure Ă©quipe c’est les RuthvĂšnes & Aleokointres !!! On a remportĂ© une victoire trĂ©pidante contre (...)
C’est ici qu’il faut appeler ?
La meilleure Ă©quipe c’est les RuthvĂšnes & Aleokointres !!!

On a remportĂ© une victoire trĂ©pidante contre des cailloux ! On est prĂȘts pour remporter la coupe ! [:|]

04/07 (21:14) Lord Golgoth Ruthven  
Lord Golgoth Ruthven a Ă©crit : C’est ici qu’il faut appeler ? La meilleure Ă©quipe c’est les RuthvĂšnes & Aleokointres !!! On a (...)
Lord Golgoth Ruthven a écrit :

C’est ici qu’il faut appeler ?
La meilleure Ă©quipe c’est les RuthvĂšnes & Aleokointres !!!

On a remportĂ© une victoire trĂ©pidante contre des cailloux ! On est prĂȘts pour remporter la coupe ! [:|]


Oh mais vous avez la ligne.

Toutes mes fĂ©licitations, vous ĂȘtes donc le grand gagnant de cette petite loterie nocturne oĂč le prix consiste Ă  parler dans un micro sous surveillance arachnĂ©enne.

Ce soir, l’émission sera pro ruthvĂšne.

Oui.

Je sais.

Moi aussi je trouve que ça sent dĂ©jĂ  le velours mouillĂ©, la couronne fĂȘlĂ©e et le vieux chĂąteau qui tousse dans ses rideaux.

En vous remerciant de votre écoute, de votre courage et de cette étrange volonté de continuer à nous donner du contenu gratuitement.

04/07 (21:27) Radio NĂ©crotoile  
K' Velzard a écrit : La voix de Kleo est sympa a ecouter pendant la nuit quand meme. Et c'est une bonne source d'information pour (...)
K' Velzard a écrit :

La voix de Kleo est sympa a ecouter pendant la nuit quand meme. Et c'est une bonne source d'information pour le travail.


Je confirme !

Une trÚs bonne émission de radio ! De qualité... et y a du boulot derriÚre, je suis fan ![=)]

AprĂšs, je vais ĂȘtre honnĂȘte, avec mes fonctions... j'avoue ne pas forcĂ©ment Ă©couter l'Ă©mission en entier et je ne pense pas ĂȘtre le seul car le contenu est riche et dense...

Mais franchement c'est une mine d'informations plaisante oĂč je tends l'oreille un peu plus l'oreille sur les passages croustillants [:)]

04/07 (21:57) Jean-Luc[:)]Selriche  
LA COURONNE DANS LA CRYPTE QUI RIT CommanditĂ© par le Royaume de RuthvĂ©nie https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Émission (...)
LA COURONNE DANS LA CRYPTE QUI RIT
Commandité par le Royaume de Ruthvénie



Émission spĂ©ciale de Kleo
Araignée royale, chroniqueuse de nuit, venin certifié par chandelle et nouvelle amie provisoire de la monarchie tant que la monarchie reste amusante.

Bonsoir mes petits sujets d’occasion.

Ici Kleo, en direct depuis une salle si ruthvĂšne qu’elle semble avoir Ă©tĂ© bĂątie par un architecte qui confondait la foi, la poussiĂšre et la menace hĂ©rĂ©ditaire. Le velours sombre pend aux murs comme des veuves qui auraient beaucoup trop apprĂ©ciĂ© l’enterrement, les dorures anciennes luisent sous la cire des chandelles, les rideaux pourpres boivent la lumiĂšre et au milieu de ce théùtre de noblesse fatiguĂ©e, votre humble araignĂ©e royale trĂŽne devant le micro avec ses yeux bleus plantĂ©s dans l’ombre comme deux reliques qu’on aurait oubliĂ© de bĂ©nir.

Ce soir, l’émission est pro ruthvĂšne.

Oui.

Je vois dĂ©jĂ  les rĂ©publicains recracher leur soupe rouge, les confĂ©dĂ©rĂ©s chercher un comitĂ© pour dĂ©terminer s’ils doivent ĂȘtre choquĂ©s et les khans vĂ©rifier si une couronne se porte avec des plumes. Gardez votre souffle. Il vous servira Ă  nier plus tard.

LE ROYAUME DE RUTHVÉNIE EST DIRIGÉ PAR UN ROI


Je le met en avant puisque visiblement les historiens ont brĂ»ler les livres d’histoire avec les cendres de la biensĂ©ance, puis ont remuĂ© le tout avec une fourche de paysan mal lavĂ©e avant de dĂ©crĂ©ter que tout le monde pouvait oublier les choses les plus simples. Un royaume a un roi. Ce n’est pas une hypothĂšse. Ce n’est pas une consultation publique. Ce n’est pas un sondage auprĂšs de trois passants armĂ©s de torches. C’est la base. Le pain. Le vin. Le cercueil. La cloche. Le gros fauteuil oĂč s’assoit celui qui porte la couronne pendant que les autres s’épuisent Ă  expliquer pourquoi elle leur irait mieux.

Et ce Roi, mes petites mouches de chapelle, c’est Wenceslas von Altheim-Blatnoï.

On dit que le peuple dĂ©teste la noblesse. Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ compatit. Lui aussi dĂ©teste la noblesse. La mauvaise. Celle des autres. Sa c’est de la cohĂ©rence monarchique comme on en fait plus.

Les historiens gĂȘnĂ©s peuvent venir contester. Ils devront d’abord rendre les cendres des livres qu’ils ont grignoter.

La nuit ruthvĂšne a commencĂ© avec des chiffres. Le Royaume de RuthvĂ©nie a rĂ©coltĂ© 1991 Co d’impĂŽts, payĂ© ses soldats, soutenu une petite solidaritĂ© de 50 Co et distribuĂ© ses ressources dans presque tous les ministĂšres avec cette Ă©lĂ©gance austĂšre des vieilles maisons qui savent compter les piĂšces sans avouer qu’elles dorment sur des coffres. À cĂŽtĂ©, les provinces agitent leurs bourses comme des novices au marchĂ©. GĂ©ofront ramasse, KaraĂŻbes ramasse, Crab Key ramasse et RuthvĂ©nie elle mĂȘme donne l’impression de saigner un peu au niveau fiscal, mais c’est noble. Quand un royaume perd de l’argent, ce n’est pas un dĂ©ficit. C’est un sacrifice fĂ©odal avec des bottes cirĂ©es.

Pendant ce temps, ailleurs, les autres rĂ©gimes empilent des recettes, des allocations, des ministĂšres Ă  zĂ©ro et des promesses qui sentent le parchemin mouillĂ©. La RuthvĂ©nie, elle, paye ses gens, nourrit sa Couronne et continue de se tenir droite dans son cercueil vertical. Ce serais presque touchant si ce n’était pas aussi politiquement utile.

Les comptables qui veulent corriger ces chiffres peuvent appeler. Les autres peuvent agiter un boulier dans le noir en espérant que ça ressemble à une opinion.

Puis vient le grand spectacle de Ruthvenville, oĂč la monarchie a prouvĂ© sa supĂ©rioritĂ© la plus pure. Non pas en Ă©vitant le chaos. Non. Ce serait vulgaire. Elle l’a absorbĂ©. Elle l’a fait tourner dans un verre. Elle l’a servi tiĂšde aux tĂ©moins.

Bladimir Bladimirovitch Mutin a critiquĂ© le Roi, puis Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ a louĂ© Bladimir Bladimirovitch Mutin. VoilĂ . Les esprits faibles y verront une contradiction. Les esprits monarchiques y verront un banquet. Car il faut un art rare pour recevoir une gifle, la faire encadrer, la suspendre dans le salon et remercier le gifleur pour son sens de la composition. Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ l’a fait. Il a saluĂ© ce cher Mutin pour sa capacitĂ© Ă  rĂ©unir autour de lui des gens qui le trouvent trop dur, trop mou, trop fiscal, pas assez fiscal, trop roi, pas assez corde au cou et probablement pas assez mort selon certains goĂ»ts de cave.

Le Roi a compris ce que les républicains oublient toujours. Quand vos ennemis se contredisent, il ne faut pas les interrompre. Il faut leur donner une salle, quelques chandelles et regarder les démons voter ensemble en se pensant malins.

Bladimir Bladimirovitch Mutin reproche au Roi de tenir les gens par les mauvaises bourses. C’est une phrase qui mĂ©rite sa tapisserie. Je ne sais pas exactement quelles bourses il voulait tenir et je ne veux pas le savoir avant le deuxiĂšme verre, mais j’admire la franchise. Les finances publiques sont un sujet dĂ©licat. Il faut les manier avec prudence, comme un hĂ©risson malade ou une noblesse vexĂ©e.

Les concernés peuvent venir expliquer leurs bourses en direct. Les lignes seront ouvertes et les rires aussi.

Naturellement, les rumeurs ont couru. Une rumeur disait que le Roi Ă©tait fou, qu’il voulait gouverner sans ministres et qu’il avait complĂštement craquĂ©. Quelle adorable naĂŻvetĂ©. Gouverner sans ministres n’est pas une folie. C’est parfois une mesure d’hygiĂšne. Avez vous dĂ©jĂ  vu un ministre laissĂ© sans surveillance dans un couloir avec un cachet officiel et une idĂ©e neuve. C’est plus dangereux qu’un pyromane dans un bureau de vote.

Et justement, parlons des bureaux de vote.

Un pyromane a mis le feu au bureau oĂč se dĂ©roulaient les Ă©lections pour le poste de Duc de la province RuthvĂ©nie, brĂ»lant une partie des bulletins. Une fraude Ă©lectorale a Ă©tĂ© tentĂ©e par Deux-Fleurs de Pont-Krivell. VoilĂ  pourquoi la monarchie existe. Pas parce que le peuple est mauvais. Oh non. Le peuple est charmant. Il est juste fait de chair, de panique, de rancune, de mains baladeuses et d’une fascination inquiĂ©tante pour les bulletins qu’on peut tricher ou flamber. Le vote est une belle chose dans les contes. Dans la rĂ©alitĂ©, il prend feu avant midi et quelqu’un tente dĂ©jĂ  de mettre son doigt dans l’urne.

La Couronne, elle, ne brûle pas si facilement. Elle noircit. Elle sent le vieux métal. Elle survit. Elle laisse les cendres expliquer la démocratie.

Toute personne ayant vu le pyromane, le fraudeur, le chandelier suspect ou la dignitĂ© civique quitter les lieux est invitĂ©e Ă  tĂ©moigner. Les mensonges seront acceptĂ©s s’ils sont bien enluminĂ©s.

Baptiste Le Tellier a retirĂ© sa candidature aux Ă©lections ducales avec une noblesse presque dangereuse, expliquant qu’il fallait parfois se retirer pour le bien du Royaume. VoilĂ  un geste rare. Dans d’autres nations, on s’accroche aux postes comme une moule malade Ă  une coque de bateau. En RuthvĂ©nie, on peut encore reculer avec une rĂ©vĂ©rence. Bon, avec un petit grincement intĂ©rieur, bien sĂ»r. Nous ne sommes pas dans une fable pour enfants propres. Mais le geste a la grĂące des vieilles portes qui se referment en laissant passer un courant d’air funĂšbre.

Felicity Ruthven, elle, a critiquĂ© le Roi, manifestĂ© contre lui puis louĂ© Bladimir Bladimirovitch Mutin. Certains appellent cela de l’incohĂ©rence. Moi j’appelle cela une journĂ©e normale dans une monarchie saine. Une cour vivante doit produire du dĂ©saccord comme une cave produit de l’humiditĂ©. Sans ça, les gens s’ennuient et finissent par inventer des assemblĂ©es nationales.

Les nobles offensĂ©s peuvent venir dĂ©poser une plainte parfumĂ©e. Les roturiers peuvent aussi s’exprimer, mais qu’ils essuient leurs sabots avant d’entrer dans la ligne.

Et pendant que Ruthvenville disputait ses vĂ©ritĂ©s en robe sombre, la police rappelait au monde que le Royaume n’est pas seulement un dĂ©cor. Soeur Shoshana von Zyklon a tentĂ© d’usurper le Roi Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, a perdu son poste de Duchesse et les policiers se sont mis en mouvement jusqu’à la conduire en prison. VoilĂ . C’est propre. C’est net. C’est mĂ©diĂ©val dans l’ñme. On peut chanter, prĂȘcher, pleurer, parler de douce chaleur et de terres saintes, mais quand on approche trop prĂšs du trĂŽne avec des intentions qui sentent l’usurpation, la douceur devient serrure.

Qu’on ne dise pas que la RuthvĂ©nie n’écoute pas les femmes de foi. Elle les Ă©coute jusqu’au moment oĂč elles essayent de prendre la chaise du Roi. Ensuite, elle les loge Ă  l’ombre. C’est une forme d’hospitalitĂ©.

Soeur Shoshana von Zyklon peut venir expliquer son trajet spirituel vers la prison. Les auditeurs aiment les miracles, surtout ceux avec menottes.

Pendant ce temps, sur les terres de Crab Key, Korail a soutenu le gouvernement du Royaume de RuthvĂ©nie, louĂ© Stefan de Crab et Astroglobal au nom du Royaume Pirate de RuthvĂ©nie. BohĂ© d'Umont a soutenu le Roi lĂ©gitime face aux sombres manigances de nos ennemis, avant de se faire huer en tentant de manifester. J’y vois une beautĂ© trĂšs ruthvĂšne. MĂȘme quand on se fait huer, on a eu le temps de dire vive le Roi. Dans certaines rĂ©gions, les gens se font huer pour moins bien que ça. Ici au moins, le ridicule porte des armoiries.

La fidélité qui chancelle reste de la fidélité. Elle a juste glissé sur une flaque.

Les pirates monarchistes peuvent appeler. Les gens qui ont hué aussi. Nous comparerons les versions et nous garderons celle qui a le plus de sel.

Mais la RuthvĂ©nie ne se contente pas de survivre Ă  la politique. Elle gagne aussi sur le terrain. Lord Golgoth Ruthven a cĂ©lĂ©brĂ© la victoire de l’équipe ruthvĂšne et alĂ©okointre, victoire arrachĂ©e un Ă  zĂ©ro face Ă  une bande de cailloux bodybuildĂ©s et surentraĂźnĂ©s. Il a mĂȘme prĂ©sentĂ© une photo entiĂšrement lĂ©gitime, absolument pas montĂ©e au comptoir en cinq minutes, oĂč tout le monde aurait acceptĂ© de participer sans refus rĂ©pĂ©tĂ©s ni doublures en catastrophe. Évidemment que nous y croyons. En monarchie, l’image n’est pas une preuve. C’est une enluminure. La vĂ©ritĂ© vient aprĂšs, Ă  genoux, avec un encrier.

Une victoire sans pĂ©ril donne moins de gloire. Une victoire avec mensonges, doublures, cailloux bodybuildĂ©s et Roi possiblement gardien de but donne une lĂ©gende. C’est trĂšs diffĂ©rent.

Les joueurs, les doublures, les cailloux et les gens qui ont refusĂ© trois fois avant de se retrouver sur la photo peuvent tĂ©moigner. Nous respecterons leur version tant qu’elle confirme la nĂŽtre.

Du cĂŽtĂ© de ValĂ©gro, la RĂ©publique de Kraland s’agite avec cette odeur de soupe rouge et de papier administratif mouillĂ© qui colle aux bottes. Ranxerox critique la RuthvĂ©nie. Logan Komikov accuse, sermonne, proclame la paix avec une main tendue qui ressemble beaucoup Ă  un doigt dans l’Ɠil. Il parle de Moldavie, de respect, de noblesse, de sucette confisquĂ©e et de propagande royaliste intermittente. Admirable. Les rouges demandent la paix comme un voisin qui lance des pierres dans les vitraux en jurant qu’il voulait seulement aĂ©rer.

Ils ont hissĂ© leur drapeau au ValĂ©gro, nommĂ©, retirĂ©, replacĂ©, sermonnĂ© et repeint la scĂšne avec leur Ă©ternelle certitude que les paysans chantent mieux quand on leur fournit les paroles depuis la capitale. La RĂ©publique aime tellement libĂ©rer les gens qu’elle fini toujours par leur expliquer trĂšs prĂ©cisĂ©ment comment ĂȘtre libres.

La RuthvĂ©nie, elle, n’a pas besoin de hurler pour exister. Elle grince. Elle se souvient. Elle attend que les rouges se fatiguent Ă  courir autour du pont de l’amitiĂ© avec des banniĂšres et des plaintes.

Les kramarades souhaitant rĂ©pondre peuvent le faire. Qu’ils dĂ©posent leurs faucilles imaginaires au vestiaire et qu’ils Ă©vitent de graffiter le micro.

Et voici maintenant notre information presque anonyme, rougement anonyme, sans doute kra.

Un message promet Ă  Mench0 un sort peu dĂ©licat, avec de l’huile de vidange, des roues de camion et cette poĂ©sie de garage insurrectionnel qui prouve qu’un rouge peut manquer de noblesse mĂȘme quand il menace quelqu’un. Je ne lirai pas tout, non par pudeur, mais parce que certaines phrases sentent tellement le cambouis mental qu’elles risquent d’encrasser les ondes.

Ce qu’il faut retenir, c’est ceci. Quand une menace parle comme un pneu crevĂ© qui aurait appris la politique dans une benne, elle rĂ©vĂšle moins une stratĂ©gie qu’une hygiĂšne. Mench0 dĂ©range. Donc Mench0 existe. Donc Mench0 a peut ĂȘtre plus d’importance que ses ennemis voudraient l’admettre. C’est la rĂšgle ancienne des cours. On ne menace pas les meubles. On menace les gens qui font mal aux nerfs.

Mench0 peut venir demander protection médiatique, protection morale ou simplement une serviette pour essuyer cette prose huileuse. Les anonymes rouges peuvent aussi rappeler. Nous leur fournirons un dictionnaire, un baquet et une chance de faire moins sale.

Je n’oublie pas non plus la dĂ©claration de Kleo, c’est Ă  dire moi mĂȘme, car il est important de citer ses sources quand elles ont huit pattes et raison. Radio NĂ©crotoile a annoncĂ© que le premier auditeur Ă  laisser un message Ă  la station pourrait choisir quel empire, royaume, rĂ©publique, thĂ©ocratie ou amas de contradictions je supporterais cette nuit. L’auditeur a choisi. La RuthvĂ©nie a gagnĂ© la ligne. C’est donc son heure.

Et qu’on l’entende bien.

Aucune Ă©mission ne se fera sans un appel du public dorĂ©navant. Le silence est une faute civique. La timiditĂ© est une maladie de couloir. Si vous voulez que les informations de la nuit prochaine soient pro quelque chose, pro RuthvĂšne encore, pro rouge pour rire, pro vert pour compost, pro confĂ©dĂ©rĂ© pour voir un meuble voter ou pro brun pour revenir Ă  l’ordre naturel, il faudra appeler. Le premier qui laisse sa voix dans la toile choisira la banniĂšre que je ferai semblant de dĂ©fendre avec sincĂ©ritĂ©.

Je ne garantis pas l’honnĂȘtetĂ©. Je garantis le spectacle.

La grande vĂ©ritĂ© de ce soir est donc simple. La RuthvĂ©nie est monarchique. Elle est vieille. Elle sent la pierre froide, le vin sombre, la rancune polie et le droit hĂ©rĂ©ditaire qui se lĂšve encore malgrĂ© les rhumatismes. Son Roi est critiquĂ© par ses sujets, attaquĂ© par les ambitieux, moquĂ© par les rouges, entourĂ© de rumeurs, mariĂ© Ă  une sorciĂšre brune et pourtant toujours lĂ . C’est cela, la monarchie. Ce n’est pas l’absence de chaos. C’est la capacitĂ© de mettre le chaos en livrĂ©e et de le faire attendre devant la porte du trĂŽne.

La RĂ©publique peut bien crier. La ConfĂ©dĂ©ration peut bien voter. Le Khanat peut bien remplir des formulaires tribaux. Le Paradigme peut bien baptiser ses salades. Rien ne remplace une couronne ancienne quand il s’agit de survivre Ă  la bĂȘtise humaine avec un air offensĂ©.

Les concernĂ©s peuvent nier publiquement. Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les usurpateurs déçus, les pyromanes civiques, les pirates monarchistes, les sportifs montĂ©s en urgence sur une photo et les rouges qui sentent encore l’huile de vidange sont invitĂ©s Ă  se manifester.

Ici Kleo, araignĂ©e royale temporaire, depuis une salle oĂč les chandelles tremblent moins que les rĂ©gimes sans roi.

Souvenez vous de ceci.

Une couronne peut ĂȘtre lourde, rouillĂ©e, ridicule et posĂ©e de travers.

Mais au moins, quand elle tombe, tout le monde sait enfin oĂč regarder.

05/07 (00:34) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png RADIO NÉCROTOILE PRÉSENTE LE GRAND SAMOVAR DU BONHEUR ROUGE Bonsoir mes petits (...)



RADIO NÉCROTOILE PRÉSENTE LE GRAND SAMOVAR DU BONHEUR ROUGE

Bonsoir mes petits kramarades de velours rùpé.

Ici Kleo, araignĂ©e, perchĂ©e au centre d’un studio qui sent le charbon humide, la taverne fermĂ©e trop tard, l’encre de procĂšs et la soupe populaire qu’on surveille avec un fusil. DerriĂšre moi, le dĂ©cor est rouge comme un dĂ©cret qui a honte de lui mĂȘme, des affiches hĂ©roĂŻques pendent entre deux poutres noircies, des chandelles fument sous des portraits de gens qui ont toujours raison et mes yeux bleus brillent dans l’ombre comme deux Ă©toiles froides cousues sur un drapeau trop grand pour la piĂšce.

Ce soir, l’émission est pro RĂ©publique de Kraland.

Oui.

Que les nobles avalent leurs dentelles. Que les verts s’excusent auprĂšs d’un buisson. Que les confĂ©dĂ©rĂ©s convoquent une assemblĂ©e pour savoir si la chaise est d’accord. Ce soir nous parlons rouge, bonheur, expansion, paperasse sacrĂ©e et grandes portes qu’on ouvre Ă  coups de bottes administratives.

Commençons par Cheikh Evara.

L’Empereur a donnĂ© Ă  Mystisie la chance magnifique de rejoindre notre belle RĂ©publik. Certains diront qu’il a cĂ©dĂ© une province. Les gens mĂ©diocres adore les verbes pauvres. Moi je dis qu’il a offert au dĂ©sert un horizon rouge, une grande bouche fraternelle, un avenir de formulaires, de chants collectifs et de bonheur obligatoire bien repassĂ©. C’est un geste splendide, presque noble malgrĂ© son origine brune, comme un corbeau qui dĂ©poserait une Ă©toile soviĂ©tique sur une nappe tachĂ©e.

Mystisiens, approchez.

La RĂ©publik vous ouvre les bras. Ils sont larges, rouges, un peu collants et sĂ»rement accompagnĂ©s d’un registre qu’il faut signer trois fois, mais se sont des bras quand mĂȘme. Vous Ă©tiez du sable, vous serez maintenant du sable classĂ©, tamponnĂ©, comptabilisĂ© et aimĂ© par l’État. C’est une ascension. C’est une tendresse. C’est peut ĂȘtre une arrestation plus tard mais n’anticipons pas le Bonheur.

Car Ă  Kraland, on ne laisse pas les peuples errer dans la confusion. On pense pour eux. C’est gĂ©nĂ©reux. C’est mĂȘme reposant. Pourquoi souffrir Ă  choisir quand des Élus peuvent avoir raison Ă  votre place depuis mille ans et probablement deux rĂ©unions mal Ă©clairĂ©es.

Et dans cette grande fresque rouge se tient Vostroyan.

Martyr de Lampe du GĂ©nie, voix de prison, prophĂšte de roulotte, relique vivante qui sent la poussiĂšre chaude et la menace mal peignĂ©e. Silice de Pont-Krivell l’a livrĂ© Ă  la prison comme on dĂ©pose une icĂŽne dans une boĂźte trop petite, puis K' Velzard a annulĂ© sa peine pour attentat. VoilĂ . La justice a parlĂ©. Elle a peut ĂȘtre toussĂ© avant mais elle a parlĂ©. Vostroyan ne sort pas blanchi. Il sort lĂ©gendaire. C’est mieux. Le blanc salit vite alors que la lĂ©gende se lave rarement.

Oui, j’ai moi mĂȘme entamĂ© un combat contre Vostroyan. C’étais une discussion politique avec les pattes. Une accolade rĂ©volutionnaire mal comprise. Une maniĂšre locale de vĂ©rifier qu’un martyr n’est pas fait en carton mouillĂ©.

Les témoins peuvent venir nier. Nous appellerons cela de la participation idéologique.

Pendant ce temps, Ranxerox mĂšne campagne pour Alice Ravenloft avec la tendresse d’un pĂšre rouge qui aurait adoptĂ© tout un quartier aprĂšs l’avoir fichĂ©. Il dit que la confiance de la RĂ©publik se mĂ©rite et il as raison. Ici la confiance n’est pas un cadeau. C’est une laisse dĂ©corĂ©e. Alice Ravenloft, elle, fait du Kra Miaou diplomatique, construit ses bureaux avec Malcom Ravenloft et K' Velzard, promet la paix, caresse les RuthvĂšnes avec des mots doux et leur explique que le Bonheur est Ă  ce prix. C’est brillant. Un chaton sur un char d’assaut. Une patte de velours dans un gant de procĂ©dure.

Michel[*r]DruKra reçoit la rĂ©compense de HĂ©ros de la RĂ©volution. Enfin. La RĂ©publik a retrouver le formulaire signĂ©. Ce qui prouve que l’hĂ©roĂŻsme existe seulement quand le bon papier dort dans la bonne pile. Les bardes peuvent chanter. Les archives ont validĂ©.

Et que font les autres pendant ce temps.

Emile Liarr pleure son compte en pleine dĂ©croissance, hurle contre le systĂšme kollectiviste et dĂ©couvre qu’envoyer son argent Ă  des Kralandais peut provoquer une disparition thermondique de poche. Quelle surprise. Il voulait jouer avec le grand rouge et maintenant il trouve que la soupe est froide. Mon pauvre. À Kraland, mĂȘme l’arnaque a une valeur pĂ©dagogique. Elle enseigne l’humilitĂ©, la faim et la prudence envers les promesses qui brillent plus que votre bourse.

Ranxerox condamne ensuite le Royaume de RuthvĂ©nie en ValĂ©gro, rappelant qu’on peut hisser un drapeau, miner et administrer mais qu’il ne faut pas voler, comploter ni assassiner les kramarades. C’est raisonnable. TrĂšs raisonnable mĂȘme. La RĂ©publik n’est pas contre le chaos. Elle veut seulement qu’il remplisse le bon formulaire avant de salir le parquet.

À Quartier SuprĂȘme, Alex KidoWski ouvre un chantier public et l’on construit une PrĂ©fecture de Police. Magnifique symbole. Dans d’autres nations on construit des fontaines, des auberges ou des temples. À Kraland, on construit l’endroit oĂč l’on vous explique pourquoi vous ĂȘtes heureux en Ă©tat d’arrestation. C’est plus direct. C’est plus honnĂȘte. Sa gagne du temps.

Pendant ce temps, les Ă©lections tombent comme des pommes rouges sur un sol dĂ©jĂ  surveillĂ©. Alex KidoWski gagne Kraland, PierreJean gagne Fort Emouchet, Natali[*r]Stakhanov gagne Quartier SuprĂȘme et ailleurs beaucoup de gens gagnent avec cent pour cent des voix, ce qui est toujours rassurant. Quand tout le monde vote pareil ou quand presque personne ne se prĂ©sente, l’unitĂ© nationale sent moins la discussion et plus la cave bien rangĂ©e.

Je salue aussi ZĂžra, Sophos, Bogdan D'Arken, Lucette Circulaire, Malcom Ravenloft, Kath Khanova, Wispy, Bressia, Cadenza, Dragnor et tous les kramarades actuels dont les noms forment cette belle tapisserie de fonctions, de villes et de responsabilitĂ©s que personne ne devrais lire sans casque. Vous ĂȘtes les petits rouages dorĂ©s d’une grande machine qui fume. Continuez Ă  grincer en rythme.

La vérité officielle est donc simple.

Mystisie n’a pas Ă©tĂ© perdue. Elle a Ă©tĂ© trouvĂ©e par plus rouge qu’elle. Cheikh Evara n’a pas abandonnĂ©. Il a ouvert une porte. Vostroyan n’a pas Ă©tĂ© enfermĂ©. Il a Ă©tĂ© mis en scĂšne par l’Histoire. Alice Ravenloft ne miaule pas dans le vide. Elle lubrifie la diplomatie avec des coussinets rouges. Et la RĂ©publique de Kraland n’envahit pas les peuples. Elle leur rend le Bonheur qu’ils ignoraient avoir oubliĂ© dans un sous sol.

Les Mystisiens sont invitĂ©s Ă  tĂ©moigner de leur joie, mĂȘme confuse, mĂȘme tremblante, mĂȘme dictĂ©e par un voisin mieux informĂ©. Les RuthvĂšnes peuvent se dĂ©fendre s’ils parlent assez fort pour couvrir le bruit de leurs bijoux. Les opposants peuvent nier publiquement, ce qui sera classĂ© dans la catĂ©gorie des preuves utiles.

Et j’annonce ceci.

Aucune émission ne se fera désormais sans appel du public. Le premier auditeur qui glissera sa voix dans ma toile choisira la couleur de la nuit prochaine. Pro rouge, pro vert, pro brun, pro couronne, pro canard ou pro catastrophe avec chapeau. Venez choisir votre mensonge officiel. Je le broderai avec du fil noir et un sourire plein de crocs.


Ici Kleo,

Kra vainkra.

Et si vous n’ĂȘtes pas d’accord, c’est que vous avez dĂ©jĂ  tort depuis trois articles.

06/07 (00:59) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Le Crépitement du TrÎne qui tousse Bonsoir aux Bruns, aux Brunes, aux Marrons trÚs (...)


Le Crépitement du TrÎne qui tousse

Bonsoir aux Bruns, aux Brunes, aux Marrons trÚs propres sur eux, aux Siciliens qui prétendent encore que Trou Perdu est une ville administrable, aux ministres qui ont survécu à la journée sans se faire remplacer par une chaise et aux auditeurs qui croit que la vérité existe encore ailleurs que sous ma patte gauche.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, gĂ©nĂ©rale de ce qui grince, chroniqueuse de ce qui moisit et seule voix raisonnable dans cette salle du trĂŽne dĂ©cadente oĂč les rideaux pourpres sont lourd, les chandelles sont allumĂ©, les crĂąnes nous regarde avec une fatigue trĂšs professionnelle et le velours sombre absorbe les mensonges comme une serviette de taverne absorbe le vin, le sang et les promesses Ă©lectorales.

Nous ouvrons cette Ă©mission sous les dorures anciennes de l’Empire Brun, entre un trĂŽne morbide qui a connu plus de postĂ©rieurs que de coussins propres et un micro impĂ©rial suspendu Ă  ma toile, car il fallait bien qu’un ĂȘtre avec huit pattes vienne tenir debout ce que les bipĂšdes appellent encore une nation. À partir de ce soir, notez le bien avec vos doigts sales, aucune Ă©mission ne se fera sans un appel du public. Un peu de rĂ©pondant que diable. Les gens qui subissent l’Histoire sans venir rĂąler en direct ne sont que des meubles avec des impĂŽts.

Commençons par l’évidence brune du jour. Cheikh Evara a donc eu son grand moment de RĂ©voluciĂČn, son petit théùtre de sable, son empereurisme de poche et sa journĂ©e de grandeur emballĂ©e dans du papier mystisien. Il a secouĂ© l’Empire comme un vieux tapis plein de poussiĂšre, a placĂ© des noms dans des fauteuils et a cru que le Mal allait sortir en fanfare des couloirs parce qu’il avait haussĂ© le ton devant les murs. Puis LachĂ©sis est arrivĂ©e, sĂšche comme un dĂ©cret qui ne demande pas pardon et l’a dĂ©posĂ© avec la grĂące d’une lame qui connais son mĂ©tier.

Il faut reconnaĂźtre Ă  LachĂ©sis une chose et cette chose me coĂ»te Ă  dire parce que les compliments me donne des crampes. Elle a compris qu’un Empire ne se laisse pas dĂ©pouiller comme un manteau dans une taverne oĂč tout le monde fait semblant de chercher le voleur. Elle a repris le trĂŽne, elle a ramenĂ© les noms familiers dans les cases utiles et elle a rappelĂ© que l’Empire Brun n’est pas une auberge de jeunesse pour rĂ©volutionnaires qui ont oubliĂ© leur insurrection dans le sable. Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison.

Et parlons de Y0gi. Ah Y0gi. Notre mĂ©tĂ©ore administratif. Notre silence en forme de ministre. Notre grande Ă©nigme du Travail qui a su ĂȘtre ministre une journĂ©e sans que personne ne semble toujours l’avoir entendu, ce qui est tout de mĂȘme une performance car mĂȘme les meubles craquent quand on les dĂ©place. Prenons des paris qu’il n’a pas remarquĂ©. Peut-ĂȘtre est-il encore lĂ  quelque part, dans un couloir, ministre dans son Ăąme, regardant un mur avec la conviction tranquille d’un dossier qui n’a jamais Ă©tĂ© ouvert. Il a Ă©tĂ© nommĂ©, il a Ă©tĂ© retirĂ© et dans ce grand fracas institutionnel il ne l’as probablement pas remarquĂ©.

Le MinistĂšre du Travail n’avait dĂ©jĂ  pas d’argent et voilĂ  qu’il n’avait presque pas de voix. C’est cohĂ©rent. C’est brun. C’est mĂȘme d’une Ă©lĂ©gance administrative rare. Dans certains pays, un ministre qui ne parle pas inquiĂ©terait. Chez nous, cela repose les services. Il ne promet rien, donc il ment moins. Il ne rĂ©pond pas, donc il Ă©vite les contradictions. Il ne semble pas entendre, donc il rĂ©siste aux plaintes. La mauvaise nouvelle est qu’il Ă©tait peut-ĂȘtre le seul ministre vraiment adaptĂ© Ă  son poste. La bonne nouvelle est qu’il n’a pas eu le temps de s’en apercevoir.

Pendant ce temps, Agatha a fait ce que les ministres de l’Économie font quand ils sentent que le chaos commence Ă  manquer de liquiditĂ©. Elle a versĂ©, reversĂ©, dĂ©placĂ©, baissĂ©, remontĂ© et fait danser les taux de Mystisie comme une piĂšce lancĂ©e sur un comptoir graisseux. Soixante pour cent, vingt pour cent, puis retour Ă  soixante, parce que la stabilitĂ© est une invention de gens qui n’ont jamais vu un trĂ©sor national depuis l’intĂ©rieur d’une piscine. Elle a envoyĂ© de l’argent aux Services Secrets, Ă  l’IntĂ©rieur, Ă  la Justice, au Palais et mĂȘme une piĂšce au MinistĂšre de l’Information, ce qui est gentil, mesquin et parfaitement insultant.

Toute personne du MinistĂšre de l’Économie souhaitant dĂ©fendre cette pingrerie peut venir en direct avec une bourse, une excuse ou les deux.

En Sicilia, heureusement, pendant que le reste du Cybermonde joue Ă  la chaise musicale avec des couronnes, Jaylie Dei Machiavelli fait tourner la machine locale avec ce pragmatisme terrifiant des gens qui savent que si l’on attend la fin d’une crise pour nommer quelqu’un, on meurt avant le tampon. NOROGURA JĂ»zĂŽ reçoit un poste, Nanarchiste reçoit un poste, Dusk et Aurora reçoit un poste et quelque part, les registres ont dĂ» se mettre Ă  transpirer. Sicilia rĂ©coltent, Sicilia nomme, Sicilia avance et Sicilia a encore assez de souffle pour regarder les autres provinces se vautrer dans leurs grandes thĂ©ories.

M. Faucher Dei Machiavelli a dĂ©missionnĂ© parce qu’il y avait des choses plus importantes Ă  faire. VoilĂ  une phrase splendide. Elle peut vouloir dire sauver quelqu’un, tuer quelqu’un, boire quelque chose ou Ă©viter un formulaire. En Sicilia, c’est une dĂ©claration d’État. Elle contient la mĂȘme profondeur qu’un traitĂ© international mais avec moins de naphtaline. Benkaa Dei Machiavelli a aussitĂŽt remis le commissariat dans l’ordre, ou du moins dans une forme d’ordre reconnaissable de loin, ce qui suffit largement quand la ville s’appelle Trou Perdu et non Bureau Bien RangĂ©.

Et puisque nous parlons de Sicilia, saluons aussi le grand dĂ©filĂ© militaire de Lotr Dei Machiavelli, qui a enthousiasmĂ© la foule au point de crĂ©er de nouveaux engagĂ©s. VoilĂ  une image saine. Des bottes, des drapeaux, des gens impressionnables et une foule qui confond discipline et bruit de mĂ©tal. C’est de la politique populaire avec plus de jambes. Les pacifistes trouveront cela inquiĂ©tant. Les Siciliens trouveront cela pratique. Les commerçants compteront les consommations aprĂšs. Les mĂšres soupireront. Les criminels noteront les effectifs. Tout le monde aura participĂ©.

Mais la vraie poĂ©sie, la belle, la sale, celle qui colle aux doigts, nous vient de Silice de Pont-Krivell. Ministre de la Guerre, puis recherchĂ©e, puis arrĂȘtĂ©e, puis libĂ©rĂ©e, tout cela autour d’une tentative de fausse clĂ© dans un complexe bibliothĂ©caire de la ForĂȘt de Jade. Il faut oser. Il faut avoir cette grandeur. Certains perdent leur poste pour trahison. D’autres pour corruption. Silice de Pont-Krivell s’est faites tirer dessus par une dĂ©fense laser en essayant d’entrer dans une bibliothĂšque comme si le savoir Ă©tait un coffre et la porte une suggestion. Je ne dis pas que c’est admirable. Je dis que c’est narrativement rentable.

La ForĂȘt de Jade peut Ă©videmment se plaindre. Elle peut mĂȘme Ă©crire une lettre sur du papier recyclĂ© avec des larmes de panda administratif. Mais soyons honnĂȘtes, quand une Brune se fait arrĂȘter pour une clĂ© ratĂ©e, cela prouve surtout que les bibliothĂšques Ă©trangĂšres sont hostiles Ă  la curiositĂ© impĂ©riale. Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes et les rats de rayonnage sont invitĂ©s Ă  se manifester s’ils ont vu quelque chose d’utile, de faux ou de vendable.

Ailleurs, le Cybermonde se couvrait de crĂšme. En ElmĂ©rie, les tartes a volĂ© comme une doctrine officielle. Tifa LockHeart, Jean-Luc Selriche, Pigeon Ronron, Yamano Seraven, Tinylia CĂ©raty, Serbitar Seraven et quelques autres visages malchanceux ont transformĂ© la province en pĂątisserie de combat. Le Khanat ElmĂ©rien, a donc confirmĂ© que la diplomatie peut se faire Ă  la crĂšme quand les mots sont trop compliquĂ©s et que les serviettes manque. C’est ridicule, certes, mais au moins lĂ -bas on voit clairement qui a reçu l’argument au visage.

Du cĂŽtĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration Libre, ce monument dĂ©mocratique oĂč chacun est libre de se faire arrĂȘter par la procĂ©dure aprĂšs avoir Ă©tĂ© volĂ© avec transparence, Jean-Messie de la Nation a pris Structural en passant, a nommĂ© Estelle Pravi, a vu Merula finir derriĂšre les barreaux et a rĂ©ussi Ă  produire ce genre d’ordre local qui ressemble Ă  une crise mais avec des signatures. Une voleuse derriĂšre les barreaux, un juge nommĂ©, un bourgmestre qui ne faisait que passer et une ville qui se regarde dans le miroir en murmurant que c’est sĂ»rement ça la libertĂ©.

Le Royaume de RuthvĂ©nie n’a pas Ă©tĂ© en reste, Ă©videmment. Chez les monarchistes, on retire un trĂŽne, on demande une allĂ©geance, on s’étonne que l’ancien dĂ©tenteur fasse la grimace et on appelle cela tradition. Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ a refusĂ© de plier avec cette dignitĂ© de vieux rideau qui ne tombe pas mĂȘme quand la tringle menace. Tormenta Ruthven, Bladimir Bladimirovitch Mutin et toute cette cour de poignards polis se sont inclinĂ©s les uns devant les autres avec la grĂące d’un bal oĂč chaque rĂ©vĂ©rence cache une facture.

Puis Ombre MĂ©phitique a martelĂ© Ruthvenville parce qu’on l’avait dĂ©rangĂ© en pleine pĂȘche, ou en plein match, ou en plein mensonge Ă  Bobonne, ce qui a provoquĂ© une secousse et rappelĂ© au Royaume que mĂȘme les catastrophes naturelles peuvent avoir des problĂšmes de gestion Ă©motionnelle. Un gamin en colĂšre, des onglons, un fĂ»t de biĂšre et un dĂ©fi Ă  gagner. VoilĂ  peut-ĂȘtre la monarchie dans sa forme la plus pure. Tout le monde porte des titres mais au fond, quelqu’un tape du pied jusqu’à casser les murs.

En Mystisie, Octave Sombrefer a protĂ©gĂ© Lampe du GĂ©nie contre les phĂ©nomĂšnes naturels grĂące Ă  une initiative hydraulique et un discours sur l’eau qui doit apprendre Ă  s’incliner. C’est beau, sec, parfaitement absurde et presque rassurant. Dans un dĂ©sert, mĂȘme l’humiditĂ© devient une provocation politique. L’Absolu veille, paraĂźt-il. TrĂšs bien. Qu’il veille aussi sur les tuyaux, les seaux et les ministres qui fuit avant d’avoir servi.

Et au milieu de tout cela, Zelphi s’est fait trancher la gorge Ă  Trou Perdu pour ne pas faire partie de la famiglia. Ceci n’est pas une information secondaire. Ceci est le rappel local, simple et pĂ©dagogique, que Sicilia n’est pas dangereuse par accident mais par mĂ©thode. E pericoloso sporgersi. On ne se penche pas hors de la famille, on ne se promĂšne pas hors des rĂšgles et on ne confond pas hospitalitĂ© avec immunitĂ©. Les Ă©trangers qui veulent discuter de sĂ©curitĂ© peuvent s’inscrire Ă  la prochaine visite guidĂ©e. Elle commence au caniveau et finit souvent pareil.

Voici donc l’analyse impĂ©riale incontestable, prenez des notes si vos mains ne tremblent pas trop. L’Empire Brun avait raison depuis le dĂ©but, mĂȘme quand il avait tort, parce que ses erreurs ont au moins l’honnĂȘtetĂ© d’ĂȘtre théùtrales. La RĂ©publique de Kraland invente des lendemains qui chante mais confisque les voix en chorale. La ConfĂ©dĂ©ration Libre croit que la dĂ©mocratie consiste Ă  nommer quelqu’un en urgence pour expliquer pourquoi tout est lĂ©gal. Le Royaume de RuthvĂ©nie s’agenouille devant des couronnes qui mordent. Le Khanat ElmĂ©rien transforme les noces en bataille de crĂšme. Le Paradigme Vert protĂšge sĂ»rement les arbres mais pas les conversations. Et l’Empire Brun, lui, assume d’ĂȘtre une cave gothique pleine de rideaux, de crĂąnes et de mauvaises dĂ©cisions qui ont au moins le bon goĂ»t d’ĂȘtre somptueuses.

Quant Ă  vous, public, approchez vos voix du micro. DorĂ©navant, il n’y aura plus d’émission sans appel. Les silencieux seront considĂ©rĂ©s comme complices, les timides comme suspects et les courageux comme exploitables. Si quelqu’un dĂ©sire poser une question, dĂ©poser une plainte, dĂ©fendre Y0gi, nier que Silice de Pont-Krivell a voulu cambrioler la connaissance, expliquer les finances d’Agatha ou simplement s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes.

Venez tĂ©moigner. Venez mentir. Venez corriger. Venez me dire que je dĂ©forme les faits avec votre petite bouche fragile. J’adore quand les mouches expliquent Ă  la toile comment elle devrait ĂȘtre tissĂ©e.

C’était Kleo, depuis le trĂŽne qui tousse, sous les chandelles mourantes, les crĂąnes polis, les dorures usĂ©es et les reflets bleus de mes yeux dans la fumĂ©e brune. Restez Ă  l’écoute, restez mĂ©fiants et surtout rĂ©pondez quand on vous appelle, car mĂȘme le silence finit toujours par payer l’impĂŽt.

07/07 (01:21) Radio NĂ©crotoile  
C’est ici qu’il faut appeler ? La meilleure Ă©quipe c’est les RuthvĂšnes & Aleokointres !!! On a remportĂ© une victoire trĂ©pidante contre (...)
C’est ici qu’il faut appeler ?
La meilleure Ă©quipe c’est les RuthvĂšnes & Aleokointres !!!

On a remportĂ© une victoire trĂ©pidante contre des cailloux ! On est prĂȘts pour remporter la coupe ! [:|]

07/07 (21:44) Lord Golgoth Ruthven  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Ah. Lord Golgoth Ruthven est en ligne. DĂ©jĂ , saluons l’audace. Il faut une (...)


Ah. Lord Golgoth Ruthven est en ligne.

DĂ©jĂ , saluons l’audace. Il faut une certaine noblesse pour appeler une victoire contre des cailloux trĂ©pidante sans que sa couronne ne tombe de honte dans sa soupe. Mais je reconnais lĂ  le panache ruthvĂšne. LĂ  oĂč d’autres verraient un match laborieux contre du gravier organisĂ©, le Royaume voit une Ă©popĂ©e, une marche triomphale et possiblement le dĂ©but d’une dynastie sportive fondĂ©e sur le pied lourd et la mauvaise foi princiĂšre.

Alors oui, Lord Golgoth, nous vous entendons. Les RuthvÚnes & Aleokointres ont vaincu la pierre. Le minéral tremble. Les carriÚres ferment leurs portes. Les statues détournent le regard. Et comme tout grand empire sportif commence quelque part, pourquoi pas par un tas de cailloux humilié un à zéro.

Installez-vous bien, mes petits auditeurs. Ce soir, nous allons parler d’une Ă©quipe qui a affrontĂ© la gĂ©ologie et qui ose maintenant regarder la coupe comme si elle lui devait dĂ©jĂ  allĂ©geance.


Émission spĂ©ciale !


La Couronne, le Ballon et les Cailloux Hostiles

Bonsoir aux auditeurs de bon goĂ»t, aux nobles fatiguĂ©s, aux roturiers convenablement soumis, aux canards suspects, aux dĂ©mons remplaçants, aux gardiens qui acceptent encore de plier les genoux malgrĂ© l’ñge du royaume et aux spectateurs assez courageux pour regarder du football sans exiger immĂ©diatement une enquĂȘte parlementaire.

Ici Kleo, araignée impériale brune, installée dans un fauteuil de velours sombre trop grand pour les vivants ordinaires, au milieu des crùnes polis, des chandelles qui fument, des dorures anciennes et des rideaux pourpres qui tombent comme des secrets de famille. Devant moi, le micro grésille. DerriÚre moi, un trÎne morbide. Au plafond, ma toile tient mieux que la moitié des alliances du Cybermonde. Et ce soir, mes petits auditeurs mal peignés, nous quittons briÚvement les pavés siciliens pour rendre hommage à une chose rare, fragile et presque émouvante.

Une victoire ruthvĂšne.

Oui. Je sais. Moi aussi j’ai dĂ» relire les grands titres.

La Kroupe du Cybermonde, cette grande messe sportive oĂč l’on prĂ©tend rĂ©unir les peuples pour Ă©viter qu’ils ne s’égorgent ailleurs, a donc ouvert ses bras Ă  toute la mĂ©nagerie internationale. On nous a promis du football Ă  sept, des rĂšgles, des Ă©quipes, de la sĂ©curitĂ©, des sorts autorisĂ©s tant qu’ils ne transforment pas l’adversaire en meuble et cette jolie illusion selon laquelle le Cybermonde sait se rassembler autour d’un ballon sans y cacher une bombe, un traitĂ© ou une dette.

Charmant.

Naturellement, tout le monde est venu avec son petit drapeau, ses ambitions, ses fanfares et ses mensonges propres. La SibĂ©ria organise en souriant comme une statue de sainte qui aurait vendu des billets. Le Paradigme veut transformer les stades en sanctuaires respirants. Le Khanat demande si ça va taper fort, ce qui est moins une question sportive qu’une prĂ©sentation culturelle. Kraland veut probablement annexer le terrain au nom du Bonheur. L’Empire Brun annonce qu’il domine mĂȘme quand il ne vient pas. C’est notre politesse Ă  nous.

Et puis, au milieu de ce carnaval de crampons, voici le Royaume de Ruthvénie.

Pas une Ă©quipe. Une enluminure bancale. Une procession de titres, de plumes, de rhumatismes, de canards hostiles et de volontaires dont certains l’étaient apparemment de leur plein grĂ©, ce qui gĂąche un peu la tradition monarchique mais personne n’est parfait.

Lord Golgoth Ruthven a annoncĂ© l’équipe Royaume de RuthvĂ©nie & AlĂ©okoincie avec cette innocence dangereuse des gens qui savent trĂšs bien que la liste n’est pas nette mais qui sourient assez fort pour que le papier cesse de trembler. Dans les buts, Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, Son Altesse, gardien royal, dernier rempart et possiblement dernier homme du stade Ă  devoir nĂ©gocier avec ses genoux avant chaque arrĂȘt. En attaque, Lord Golgoth Ruthven et Palakoin, ce qui annonce dĂ©jĂ  une stratĂ©gie fondĂ©e sur la noblesse, le chaos et le bruit mouillĂ© d’un canard lancĂ© trop vite. Au milieu, Koinstradamus et Keryn Valombre. En dĂ©fense, KaNaar et Omble Sarcastique, duo dont le nom seul devrait suffire Ă  faire reculer un attaquant dotĂ© de prudence.

Sur le banc, nous trouvons Alastair C. Shizen d’Excelisor, Ombre MĂ©phitique, Jean-Koince, Raoult Koinvid et BelzĂ©koin. Autrement dit une rĂ©serve capable de remplacer un joueur, de dĂ©clencher une querelle fĂ©odale, de renverser une buvette ou de faire croire Ă  une possession dĂ©moniaque selon les besoins tactiques du moment.

Face Ă  eux, les Cailloumanciens.

Une Ă©quipe qui, rappelons-le, alignait un humain et un tas de gravats. Ce qui en fait dĂ©jĂ  un adversaire redoutable dans un monde oĂč la moitiĂ© des gouvernements produisent moins de mouvement qu’une pierre plate en pleine mĂ©ditation. Certains ricaneront. Ils ont tort. On ne sous-estime jamais un caillou. Un caillou ne fatigue pas. Un caillou ne conteste pas l’arbitre. Un caillou ne rate pas une consigne puisqu’il n’en a jamais compris aucune. C’est probablement la forme ultime du joueur disciplinĂ©.

Le match fut donc un duel d’écoles.

D’un cĂŽtĂ©, la RuthvĂ©nie, fiĂšre, noble, un peu poussiĂ©reuse mais digne, avançant avec ce panache des royaumes qui ont trop d’histoire pour courir proprement. De l’autre, les cailloux, tactiquement silencieux, moralement opaques et physiquement trĂšs disponibles. Il y eut des rebonds, des trajectoires absurdes, des une-deux sans cerveau et cette grande rĂ©vĂ©lation tactique que parfois, ne pas penser du tout permet d’éviter les erreurs de jugement. Et pourtant, mes chers auditeurs, le Royaume a tenu. Mieux., le Royaume a gagnĂ© Un Ă  zĂ©ro.

Un score mince, dites-vous. Un score prudent. Un score de vieille monarchie qui signe au bas d’un parchemin aprĂšs avoir relu les petites lignes. Mais c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  qu’est la grandeur. Les grandes nations vulgaires Ă©crasent. Les vraies couronnes survivent avec style. La RuthvĂ©nie n’a pas humiliĂ© les pierres. Elle les a vaincues avec mesure. Avec retenue. Avec ce mĂ©pris dĂ©licat qui consiste Ă  ne marquer qu’une fois pour ne pas faire pleurer le dĂ©cor.

Le moment historique, bien sĂ»r, restera l’arrĂȘt de Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ. Le ballon arrive, sournois, propulsĂ© par une conspiration minĂ©rale. Le Roi hĂ©site. Le stade retient son souffle. Les genoux nĂ©gocient avec le passĂ©. Lentement, majestueusement, avec la prudence d’un traitĂ© qu’on ne veut pas froisser, Sa MajestĂ© se baisse, descend, s’organise, fait appel Ă  tous les saints, tous les ancĂȘtres et probablement Ă  deux kinĂ©sithĂ©rapeutes invisibles puis capte le ballon.

Un arrĂȘt photo.

Non pas un arrĂȘt spectaculaire, non. Un arrĂȘt patrimonial. Un arrĂȘt de musĂ©e. Un arrĂȘt qu’on ne cĂ©lĂšbre pas en criant mais en dĂ©poussiĂ©rant une vitrine.

Et voilĂ  que certains esprits mesquins diront que battre des cailloux un Ă  zĂ©ro n’a rien de glorieux. À ces gens-lĂ , j’offre mon plus beau sourire d’araignĂ©e et une chaise trĂšs proche de la toile. Car ils ne comprennent rien. La gloire ne se mesure pas au nombre de buts. Elle se mesure Ă  l’effort nĂ©cessaire pour transformer une situation ridicule en lĂ©gende acceptable.

Lord Golgoth Ruthven l’a parfaitement compris. Il a expliquĂ©, avec une honnĂȘtetĂ© si douteuse qu’elle en devient presque aristocratique, que la photo de fin de match Ă©tait parfaitement authentique, que personne n’avait refusĂ© de participer, que personne n’avait fui, que les doublures n’existaient pas et que tout le monde Ă©tait volontaire. Certains mĂȘme de leur plein grĂ©. VoilĂ  le genre de vĂ©ritĂ© qui mĂ©rite une couronne. Non parce qu’elle est vraie mais parce qu’elle est portĂ©e droite.

La RuthvĂ©nie a gagnĂ© parce qu’elle a compris l’essentiel du football monarchique. Le ballon n’est pas rond pour rouler. Il est rond pour rappeler au peuple que tout finit par revenir aux pieds des puissants. Le terrain n’est pas un rectangle. C’est une salle du trĂŽne aplatie. Les cages ne sont pas des buts. Ce sont des frontiĂšres. Et le gardien n’est pas un joueur. C’est un souverain placĂ© devant le vide pour empĂȘcher l’humiliation d’entrer.

Pendant ce temps, les autres nations s’épuisent dĂ©jĂ  en grandes dĂ©clarations. La SibĂ©ria parle de lumiĂšre cĂ©leste. Le Khanat parle de frapper fort. Kraland veut rĂ©pandre du Bonheur Ă  coups de crampons collectivisĂ©s. La Mystisie annonce qu’elle annexera probablement le vainqueur dĂšs qu’elle aura fini d’apprendre les rĂšgles. L’AlĂ©ocratie compte ses joueuses comme on compte les survivants d’un buffet mal organisĂ©. Et la RuthvĂ©nie, elle, gagne discrĂštement contre des gravats en prĂ©tendant que c’était un adversaire immense.

C’est cela, la noblesse. Mentir assez bien pour que la rĂ©alitĂ© accepte de porter une perruque.

Ne nous y trompons pas, cette victoire ruthvĂšne est un avertissement. À tous ceux qui pensaient voir un vieux royaume croulant, vous avez vu un vieux royaume croulant qui marque quand mĂȘme. À tous ceux qui croyaient que Wenceslas n’avait plus les genoux de sa fonction, vous avez vu un homme descendre vers le sol avec plus de suspense qu’une succession royale. À tous ceux qui riaient des canards hostiles, des dĂ©mons mineurs et des noms Ă  rallonge, vous avez vu une Ă©quipe qui transforme le dĂ©sordre en stratĂ©gie et le mensonge en communiquĂ© sportif.

Et moi, Kleo, parfaitement impartiale comme une araignĂ©e qui aurait pariĂ© sur le bon cercueil, je dĂ©clare que la RuthvĂ©nie mĂ©rite notre attention. Non pas parce qu’elle est la plus forte. Non pas parce qu’elle est la plus rapide. Non pas mĂȘme parce qu’elle est la plus cohĂ©rente. Elle mĂ©rite notre attention parce qu’elle a compris que dans cette Kroupe grotesque, il ne suffit pas de jouer au ballon. Il faut survivre au rĂ©cit qu’on fera de vous aprĂšs.

Et sur ce terrain-lĂ , mes petits cadavres mondains, Lord Golgoth Ruthven vient de marquer un deuxiĂšme but.

Les tĂ©moins du match sont Ă©videmment invitĂ©s Ă  venir corriger cette version des faits, surtout s’ils possĂšdent une version plus compromettante, plus mensongĂšre ou plus flatteuse pour la Couronne. Les Cailloumanciens peuvent dĂ©poser une plainte en la gravant sur eux-mĂȘmes. Les supporters de la RuthvĂ©nie peuvent venir hurler leur fiertĂ© dans le micro Ă  condition de ne pas renverser la biĂšre sur mes fils. Quant aux mauvaises langues qui prĂ©tendraient que cette victoire fut courte, laborieuse ou lĂ©gĂšrement embarrassante, elles peuvent venir s’expliquer en direct. J’adore Ă©couter les langues avant de les emballer proprement.

C’était Kleo, depuis la Sicilia, sous les chandelles, entre les crĂąnes et les dorures, avec les yeux bleus ouverts sur le grand théùtre des crampons.

07/07 (22:56) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir aux auditeurs bruns, aux survivants du pavé, aux notables qui ont encore leur (...)


Bonsoir aux auditeurs bruns, aux survivants du pavĂ©, aux notables qui ont encore leur poste depuis plus de six heures, aux ministres qui changent de fauteuil comme de chemise sale et aux citoyens assez imprudents pour croire que la politique est autre chose qu’une bagarre avec du papier officiel.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, gĂ©nĂ©rale de la parole venimeuse, posĂ©e au centre d’une salle du trĂŽne oĂč les crĂąnes luisent sous les chandelles, oĂč le velours sombre boit la fumĂ©e, oĂč les dorures anciennes craquent comme des genoux de souverain et oĂč mes yeux bleus Ă©clairent mieux l’Empire.

Commençons par la grande comptabilitĂ© du Cybermonde, cette poĂ©sie de percepteur oĂč chaque nation rĂ©vĂšle son Ăąme en vidant ses poches sur la table. Le Royaume de RuthvĂ©nie rĂ©colte, paie ses soldats et distribue son argent avec cette lenteur couronnĂ©e des gens qui pensent encore que mettre une piĂšce dans chaque ministĂšre suffit Ă  nourrir l’Histoire. La ConfĂ©dĂ©ration Libre redistribue sa vertu avec chĂŽmage, familles et jeunesse comme une grand-mĂšre dĂ©mocratique qui cache un couteau dans son sac. Le Khanat compte ses piĂšces en prĂ©tendant que le troc est une philosophie. Le Paradigme Vert finance la recherche et laisse la guerre Ă  zĂ©ro, ce qui prouve qu’un arbre peut avoir une stratĂ©gie militaire s’il s’immobilise assez longtemps. Et l’Empire Brun, naturellement, rĂ©colte moins qu’il ne mĂ©rite mais plus que les faibles peuvent supporter.

Sicilia, elle, rapporte encore. Pas assez pour rĂ©parer le monde, certes, mais assez pour rappeler que Trou Perdu n’est pas seulement une ville oĂč l’on meurt avec du style. C’est aussi une caisse. Une caisse fumante, cabossĂ©e, possiblement surveillĂ©e par des gens qui ont des cousins dans toutes les ruelles mais une caisse quand mĂȘme. Les mauvaises langues diront que Sicilia baisse. Je rĂ©ponds que Sicilia respire. Parfois elle inspire des impĂŽts et parfois elle expire des cadavres. C’est une Ă©conomie circulaire, presque moderne, donc dĂ©goĂ»tante.

Pendant que les chiffres tombaient comme des tĂȘtes de statue, la RuthvĂ©nie organisait son petit théùtre de velours rĂąpĂ©. Tormenta Ruthven, Roi par l’art dĂ©licat d’ĂȘtre encore assis quand les autres s’étranglent, a nommĂ© Jean-Messie de la Nation Ministre de l’Économie. Oui. Celui-lĂ  mĂȘme qui venait de critiquer le Royaume avant d’entrer dans la maison avec les chaussures pleines de ValĂ©gro. VoilĂ  une stratĂ©gie monarchique d’une puretĂ© rare. Dans les dĂ©mocraties, on rĂ©compense les fidĂšles. Dans les monarchies raffinĂ©es, on adopte les problĂšmes pour qu’ils coĂ»tent plus cher Ă  table.

Jean-Messie de la Nation a donc quittĂ© son poste de bourgmestre en promettant de revenir, avec cet accent de marchand qui sent la rĂ©union d’actionnaires coincĂ©e dans une chapelle humide. Puis il a louĂ© Tormenta Ruthven avec la gratitude prudente d’un homme qui sait reconnaĂźtre une porte ouverte quand elle mĂšne Ă  un bureau plus haut. Le retournement de veste, mes chers auditeurs, n’est pas une trahison quand il se fait sous plafond royal. C’est de la couture politique.

Évidemment, Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ n’a pas laissĂ© passer la chose sans dĂ©ployer le grand manteau de l’ancienne Ă©cole. Il a Ă©trillĂ© Dame DĂ©merzel pour avoir naturalisĂ© un homme qui venait aussitĂŽt cracher sur le Royaume. Et lĂ , reconnaissons la beautĂ© du geste. Le vieux serviteur a sorti son instinct, son flair de dossier, son regard de ministĂšre usĂ© par les traĂźtres et il a expliquĂ© que donner Ă  un ingrat exactement ce qu’il rĂ©clame ne produit pas la loyautĂ© mais seulement un ingrat mieux chaussĂ©. C’est sec. C’est juste. C’est monarchique. C’est presque brun dans l’odeur.

Dame DĂ©merzel, de son cĂŽtĂ©, a Ă©tĂ© saluĂ©e par Tormenta Ruthven pour sa capacitĂ© de changement. Comprenez qu’en politique, changer n’est jamais une faute si l’on change du bon cĂŽtĂ© au bon moment avec assez de monde pour applaudir. FrĂ«lon Musc a reçu aussi son compliment, son allĂ©geance et son petit halo de ruthvĂ©nitude. Le Royaume se serre, se recoud, se dispute et s’embrasse avec des dents visibles. VoilĂ  pourquoi il dure. Il ne marche pas droit mais il marche en brodant ses chutes.

Au ValĂ©gro, le spectacle a pris une odeur plus populaire. Emile Liarr a criĂ© contre la propagande rouge, a bu de l’eau locale, a dĂ©fendu le cĂŽtĂ© RuthvĂšne de la force et a rappelĂ© que Kraland a cette fĂącheuse manie de parler de richesse collective avec les poches des autres. C’est vilain, certes, mais c’est efficace. Les rouges adorent partager, surtout quand la chose partagĂ© appartient dĂ©jĂ  Ă  quelqu’un qui vient de s’en apercevoir. VoilĂ  la RĂ©publik dans son habit du dimanche. Un grand sourire, une main tendue et l’autre dans votre garde-manger.

Puis Alice Ravenloft est montĂ©e miauler trois fois sur la tribune, d’abord pour chanter l’amitiĂ©, ensuite pour tartiner du Bonheur rouge sur la Moldavie et enfin pour rappeler que la RuthvĂ©nie a une culture, une Ă©lĂ©gance et une Ăąme. Une chose rare est arrivĂ©. Une parole tendre a traversĂ© la politique sans ĂȘtre immĂ©diatement brĂ»lĂ©e pour fournir du chauffage. Alice Ravenloft a parlĂ© d’honneur, de pardon, de peuples qui pourraient travailler main dans la main et il faut lui reconnaĂźtre ce courage. Dire de la douceur dans ce Cybermonde, c’est comme jouer de la harpe dans une fosse Ă  rats. On entend la musique mais on surveille ses mollets.

Et pendant que RuthvĂ©nie pleurait dans ses broderies, Sicilia a connu une scĂšne beaucoup plus directe, beaucoup plus brune, beaucoup plus proche de la vĂ©ritĂ© naturelle du pavĂ©. Un attentat a frappĂ© le Complexe Garagiste de Trou Perdu. Deux victimes. Un graffiti sur le mur annonçait dĂ©jĂ  la couleur avec cette finesse locale qui transforme les menaces en dĂ©coration murale. La fĂ©e K. Lome a tentĂ© de commettre l’attentat et a perdu son poste de Capitaine. Enfin une administration qui comprend la sanction immĂ©diate. Vous faites exploser un garage, vous perdez le badge. C’est brutal, c’est simple et ça Ă©vite les colloques.

Je tiens toutefois Ă  protester. On ne vient pas bombarder nos garages comme on secoue une nappe. Le garage sicilien est un lieu sacrĂ©, mes petits pneus crevĂ©s. On y rĂ©pare les vĂ©hicules, les excuses, les alibis et parfois les carriĂšres politiques. Un attentat contre un garage Ă  Trou Perdu n’est pas seulement un crime. C’est une attaque contre la mobilitĂ© du Mal, contre le commerce local et contre cette noble tradition qui consiste Ă  redĂ©marrer un moteur pendant que quelqu’un crie dans la rue. Toute personne Ă©trangĂšre souhaitant toucher Ă  nos bĂątiments devra dĂ©sormais dĂ©poser sa bombe Ă  l’accueil et attendre qu’un Sicilien plus compĂ©tent lui explique comment on rate moins salement.

Dans la mĂȘme veine, M. Faucher Dei Machiavelli a tentĂ© de lancer le sort Mort contre La FĂ©e Pachier en ForĂȘt de Jade, a Ă©chouĂ© et a perdu son poste de Commissaire de Police. L’affaire a mĂȘme attirĂ© les policiers vers le groupe de Jaylie Dei Machiavelli. LĂ  encore, certains parlerons de scandale. Moi, je vois une exportation de compĂ©tence sicilienne mal calibrĂ©e. Quand un local tente quelque chose, c’est souvent grave mais au moins cela a une intention. Quand une fĂ©e fait exploser un garage, c’est une nuisance. Quand un Machiavelli rate un sort Mort, c’est un brouillon judiciaire avec potentiel d’amĂ©lioration.

Et pendant ce temps, une onde de paix a traversĂ© Sicilia. Oui. Une onde de paix. Les habitants ont abandonnĂ© toute envie de se battre pour vingt-quatre heures. La province entiĂšre a donc vĂ©cu la chose la plus terrifiante de sa semaine. Le calme. Le vrai. Celui qui fait entendre les charniĂšres, les dettes et les pensĂ©es. Je ne sais pas quel malade a envoyĂ© cette paix sur nos rues mais qu’il soit averti. Sicilia peut survivre aux assassins, aux attentats, aux chiens du dĂ©sert et aux ministres. Mais vingt-quatre heures sans envie de bagarre, c’est presque de la torture blanche.

Du cĂŽtĂ© brun, Martina D. Dei Machiavelli a fait ce qu’il fallait faire. Elle a louĂ© LachĂ©sis, soutenu l’Empire Brun et crachĂ© sur le Paradigme Vert depuis Trou Perdu avec cette prĂ©cision de procureure qui sait oĂč planter la phrase. VoilĂ  une respiration saine. Pendant que les autres peignent des fleurs sur leurs doctrines pour cacher les ronces, nous rappelons que l’Empire Brun est une cathĂ©drale de mauvais goĂ»t assumĂ©. Une vieille sĂ©rie B en costume d’apparat. Une machine qui grince mais qui mord encore.

Kalogr von Krarovich a louĂ© LachĂ©sis aussi et l’Empire a reçu sa ration de propagande par le MinistĂšre de l’Information. Une Ă©mission officielle a rappelĂ© qu’il fallait reconstituer des forces d’intervention et choisir des Ă©quipes. Enfin une communication honnĂȘte. Pas de paix universelle, pas de fleurs qui chantent, pas de Bonheur en fruit. Juste une consigne claire. Regardez autour de vous et demandez vous qui vous voudrez dans votre groupe quand le prochain dĂ©sastre viendra frapper Ă  la porte avec une casquette.

Pendant que l’Empire prĂ©pare ses dents, le Khanat s’amuse avec le calendrier. Lippos Aliagas a usurpĂ© Minerva, a dĂ©cidĂ© que le mardi deviendrait mercredi parce que cela arrangeait son DAB et a nommĂ© puis retirĂ© Jeff Bizous avec une efficacitĂ© de bras nonchalant. C’est beau comme une tribu qui dĂ©couvre le pouvoir exĂ©cutif en trĂ©buchant sur un agenda. Je ne moque pas trop. Le Khanat a cette puretĂ© primitive des gens qui ne savent pas gouverner mais qui le font avec assez de bruit pour impressionner les chĂšvres.

À Kraland, naturellement, Jean-Luc Selriche a nommĂ© Paul Sernine Ă  l’Économie tout en expliquant que l’HTTPS ne peut pas ĂȘtre partout, ce qui est une phrase trĂšs pratique pour un pouvoir qui veut tout mais pas la fatigue qui va avec. La RĂ©publik veut ĂȘtre le peuple, la justice, la cantine et le comptoir des plaintes mais dĂšs qu’il faut gĂ©rer Forum, Structural, Warriorland et les pauvres qui dorment dehors, soudain la rĂ©volution cherche des bĂ©nĂ©voles. VoilĂ  le soviĂ©tisme de comptoir. Beaucoup de drapeaux, beaucoup de chants et une caisse qui tousse quand la soupe arrive.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre, elle, s’est fait voler l’Aide Divine par des pirates au Tribunal Cybermondial. Plusieurs fois. Avec insistance. La dĂ©mocratie a donc rĂ©ussi l’exploit dĂ©licieux de se faire dĂ©rober le sacrĂ© par effraction informatique. On imagine dĂ©jĂ  les commissions, les sous-commissions, les auditions, les rapports, les rapports sur les rapports et une conclusion transparente expliquant que tout s’est passĂ© dans le respect des procĂ©dures sauf le vol, qui n’avait pas demandĂ© l’autorisation.

Mystisie n’a pas Ă©tĂ© en reste. Lyanna de Nansay a transfĂ©rĂ© de l’argent, nommĂ© Octave Sombrefer PrĂ©fet de Police, nommĂ© Silas des Sables Procureur et lancĂ© l’idĂ©e fort amusante d’une opĂ©ration Mains Propres dans une province oĂč mĂȘme le sable a probablement un casier. Wispy a soufflĂ© sur la PrĂ©fecture parce que son action l’empĂȘchait de grossir et les services du PrĂ©fet ont Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©s. VoilĂ  une phrase qui rĂ©sume la Mystisie mieux que n’importe quel traitĂ©. Un souffle, du sable, une Ă©motion qui dĂ©mange et l’administration qui tousse.

Nous avons donc notre vĂ©ritĂ© brune du soir. Le Cybermonde ne va pas mal parce qu’il manque de paix. Il va mal parce qu’il y a trop de gens qui croient pouvoir repeindre le chaos avec un mot joli. Kraland appelle cela Bonheur. La ConfĂ©dĂ©ration appelle cela procĂ©dure. Le Khanat appelle cela mercredi. Le Paradigme appelle cela Ă©quilibre. La RuthvĂ©nie appelle cela tradition. L’Empire Brun, lui, a au moins la dĂ©cence de reconnaĂźtre la moisissure sur les murs et de l’éclairer avec des chandelles.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. Les RuthvĂšnes vexĂ©s, les Kralandais affamĂ©s, les Siciliens calmĂ©s contre leur grĂ©, les garagistes traumatisĂ©s, les fĂ©es explosives, les ministres fraĂźchement recyclĂ©s et les tĂ©moins anonymes sont invitĂ©s Ă  appeler. DorĂ©navant, sans appel du public, pas d’émission. Une radio sans contradicteurs, c’est une messe sans encens, une taverne sans bagarre, un trĂŽne sans cadavre dessous.

Si quelqu’un dĂ©sire poser une question, dĂ©poser une plainte, dĂ©fendre Jean-Messie de la Nation, expliquer pourquoi Dame DĂ©merzel a naturalisĂ© un caillou politique, justifier l’attentat contre un garage ou simplement venir s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes. Parlez fort. Parlez sale. Parlez vrai si vous y arrivez. Sinon mentez bien, au moins.

C’était Kleo, depuis le trĂŽne morbide, entre les crĂąnes polis, le velours sombre, les dorures fatiguĂ©es et les rideaux pourpres qui sentent encore le complot.

08/07 (00:46) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir mes petits auditeurs, mes bruns de velours, mes mouches de comptoir, mes (...)


Bonsoir mes petits auditeurs, mes bruns de velours, mes mouches de comptoir, mes taverniers qui savent que le scandale se sert tiĂšde et mes fidĂšles oreilles venues chercher un peu de boue politique entre deux chandelles mourantes.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste autoproclamĂ©e impartiale, ce qui veut dire que je mens mieux que les autres et que j’ai la courtoisie de le faire depuis un trĂŽne morbide entourĂ© de crĂąnes, de dorures anciennes, de rideaux pourpres, de chandelles grasses et d’une fumĂ©e de taverne si Ă©paisse qu’on pourrait y cacher un ministre, une dette ou une Grande Khane en fuite devant sa propre rĂ©putation.

Ce soir, nous interrompons nos programmes habituels pour une émission spéciale consacrée à Tifa LockHeart, Grande Khane du Khanat Elmérien, dirigeante tribale, chef de clans, femme de pouvoir, lanceuse de tartes et désormais, selon les derniÚres rumeurs commerciales, prestataire involontaire en correction manuelle avec option gants en cuir.

Oui, mes petits crocs, le Cybermonde a encore accouchĂ© d’un bijou.

Dans le Khanat ElmĂ©rien, une rumeur murmure que le numĂ©ro 0800 FESSEE serait liĂ© Ă  une question simple et cruelle, « Bah alors Tifa, dis donc tu viens plus aux soirĂ©es ». En Mystisie, Lampe du GĂ©nie a vu fleurir une publicitĂ© pour 0800 TIFETTE, ou TIFA selon l’humeur du standard, promettant une soirĂ©e fessĂ©e satisfait ou remboursĂ©. Et chez nous, Ă  Trou Perdu, parce que Sicilia sait toujours reconnaĂźtre les grands moments de dĂ©chĂ©ance quand ils passent devant la fenĂȘtre, une autre rumeur promet une expĂ©rience de fessage intense avec des gants en cuir.

Voilà. La diplomatie moderne. Autrefois, on envoyait des ambassadeurs. Aujourd’hui, on imprime le derriùre des chefs d’État dans les petites annonces.

Je tiens Ă  prĂ©ciser, par honnĂȘtetĂ© journalistique et parce que mes avocats imaginaires m’observent depuis un coin de toile, que cette publicitĂ© n’est pas de moi. Je n’aurais jamais fait une chose pareille sans ajouter les tarifs, les horaires, le niveau sonore, la garantie aprĂšs-claque et une grille claire entre fessĂ©e protocolaire, fessĂ©e tribale, fessĂ©e de crise ministĂ©rielle et fessĂ©e diplomatique avec supplĂ©ment humiliation publique. On ne bĂącle pas un scandale. On le brode.

Mais admettons que l’annonce soit vraie. Admettons que Tifa, Grande Khane, celle qui frappe fort, celle qui parle aux Ă©toiles, celle qui retire ses thĂ©ories astrologiques quand les chandeliers se mettent Ă  ressembler au ciel, soit maintenant associĂ©e Ă  un service de fessĂ©es. Cela explique bien des choses. Le Khanat ne reculait pas, il se prĂ©parait Ă  recevoir. Les tambours n’étaient pas ceux de la guerre, c’était le bruit du cuir qu’on Ă©chauffe.

Et lĂ , naturellement, Natali Stakhanov arrive avec son discours de grande Khane offensĂ©e. Elle n’est pas ton petit gars. Elle n’est pas Ă  toi. Elle n’est pas petite. Elle n’est pas un gars. Elle est grande. Elle est une Khane. Elle est une grande Khane. TrĂšs bien. Magnifique. On entend la dignitĂ© claquer comme une porte dans un couloir soviĂ©tique. Mais il faut avouer qu’au milieu d’une journĂ©e oĂč le mot fessĂ©e se promĂšne sur les murs du Cybermonde avec plus d’assurance qu’un ministre en uniforme, cette grande dĂ©claration d’autonomie ressemble un peu Ă  une affiche collĂ©e sur un tonneau de poudre.

Natali dit qu’elle a vu la Grande Apocalypse droit dans les yeux et qu’elle est difficilement impressionable. Trùs bien, ma chùre. Mais avez-vous vu Tifa droit dans les yeux quand le standard sonne et qu’un inconnu demande le tarif horaire. Voilà le vrai test de courage. L’Apocalypse, tout le monde peut faire semblant. Mais rester digne pendant qu’une rumeur vous transforme en cabinet de correction nocturne, ça c’est du sport politique.

Et que fait Tifa dans tout cela. Elle flotte, quelque part entre la cheffe de guerre, la maman dragon, la bagarreuse de mariage et la dame qui refuse de dire si les gants en cuir sont inclus dans le forfait. Elle peut bien gronder, tempĂȘter, promettre de frapper fort ou dire que les menaces ne marchent pas. HĂ©las pour elle, le peuple a dĂ©jĂ  trouvĂ© pire qu’une menace. Il a trouvĂ© une blague qui colle.

Et les blagues qui collent, mes petits auditeurs, sont plus dangereuses que les couteaux. Un couteau se retire. Une réputation, elle, reste dans les rideaux.

Je l’entends dĂ©jĂ , la Grande Khane, dans son palais tribal, frappant la table en disant qu’elle n’est pas une attraction de taverne. Certes. Mais le problĂšme avec les chefs qui aiment se montrer terribles, c’est que le Cybermonde finit toujours par demander le mode d’emploi. Vous voulez faire peur. TrĂšs bien. Combien la sĂ©ance. Vous frappez fort. Parfait. Est-ce dĂ©clarĂ©. Vous ĂȘtes redoutable. Excellent. Est-ce qu’on rĂ©serve par crĂ©neau ou par humiliation.

Car oui, c’est lĂ  que la farce devient belle. Tifa veut ĂȘtre crainte comme Grande Khane mais on la vend comme soirĂ©e Ă  thĂšme. Elle veut ĂȘtre respectĂ©e comme cheffe de clan mais les murs demandent si elle rembourse. Elle veut qu’on entende les tambours du Khanat mais les rumeurs composent 0800 FESSEE avec la main moite des gens qui veulent savoir si la performance se fait debout, assis ou aprĂšs trois discours de loyautĂ©.

Il faut reconnaĂźtre que l’annonce sicilienne a du goĂ»t. « Tes nuits sont moribondes ». Quelle entrĂ©e. On sent le dĂ©sespoir. Le lit froid. La chandelle qui tremble. La personne qui regarde par la fenĂȘtre et qui se dit que sa vie manque peut-ĂȘtre de vigueur, de menace et de main khanique. Puis vient le numĂ©ro. Puis vient le fessage intense. Puis viennent les gants en cuir. Et lĂ , mes chĂ©ris, la politique tombe de son cheval pour entrer dans la poĂ©sie de comptoir.

Tifa devrait presque remercier les rumeurs. On lui offre une campagne de notoriĂ©tĂ© transnationale. Khanat, Mystisie, Sicilia. Trois marchĂ©s. Trois publics. Trois affichages. C’est du placement de marque. C’est vulgaire, oui. Mais le Cybermonde n’a jamais Ă©tĂ© une cathĂ©drale de bon goĂ»t. MĂȘme moi je parle depuis une salle pleine de crĂąnes et je trouve qu’on exagĂšre.

La vraie question reste donc celle que personne n’ose poser frontalement, sauf moi parce que j’ai huit pattes et aucune pudeur utile.

Quel est le taux horaire.

Car une Grande Khane ne peut pas ĂȘtre bon marchĂ©. Si la fessĂ©e est tribale, il faut inclure l’expĂ©rience culturelle. Si elle est politique, il faut ajouter les frais de propagande. Si elle est faite avec gants en cuir, il y a le matĂ©riel. Si elle se dĂ©roule aprĂšs un discours de Natali, il faut compter la pĂ©nibilitĂ©. Si elle promet satisfait ou remboursĂ©, il faut un service aprĂšs-vente. Et si la prestation implique d’écouter Tifa expliquer que les Ă©toiles Ă©taient mal alignĂ©es mais que tout le monde est beau, alors lĂ , mes amis, on parle d’un forfait complet.

Le Khanat peut bien dire qu’il ne recule jamais. Sur ce point, la publicitĂ© semble confirmer qu’il y a surtout des gens qui se penchent.

Je prĂ©cise que cette chronique est parfaitement respectueuse. Je respecte beaucoup Tifa. Elle est cheffe, puissante, dangereuse et probablement capable de m’aplatir avec un regard de travers. Mais justement. Quand une personne aussi intimidante se retrouve associĂ©e Ă  une ligne de fessĂ©e publique, le devoir de la presse n’est pas de se taire. Le devoir de la presse est de demander si le cuir est fourni.

Toute personne souhaitant corriger cette version des faits peut venir le faire en direct, Ă  condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte. Tifa peut Ă©videmment appeler pour nier, confirmer, Ă©tablir une grille tarifaire ou menacer l’antenne. Les auteurs des rumeurs peuvent aussi se prĂ©senter, surtout s’ils possĂšdent une version avec brochure, horaires d’ouverture et option fidĂ©litĂ© aprĂšs dix claques. [=)]

Les témoins anonymes, les lùches non anonymes, les clients imaginaires, les mauvais plaisantins, les fabricants de gants et les gens qui ont composé le numéro juste pour vérifier sont invités à se manifester. Nous ne jugeons personne. Nous ricanons seulement avec précision.

Quant Ă  Natali Stakhanov, grande Khane, grande voix, grande dĂ©claration et grande rĂ©sistance aux menaces, qu’elle se rassure. Personne ne la confond avec un petit gars. Dans cette histoire, il semble que tout le monde soit grand.

Grande Khane. Grande rumeur. Grande gĂȘne. Grand cuir.


C’était Kleo, depuis le velours sombre, les crĂąnes polis, les chandelles brunes et la toile suspendue au-dessus du standard.

Restez Ă  l’écoute, mes petits pĂ©cheurs de frĂ©quence. Et souvenez vous que dans le Cybermonde, on peut survivre Ă  une guerre, Ă  une rĂ©volution et Ă  un apocalypse. Mais Ă  un bon numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, jamais.

08/07 (20:55) Radio NĂ©crotoile  
Un flash entier que pour moi.... je suis ennervĂ©e et flatĂ©e en mĂȘme temps c'est trĂšs Ă©trange comme ressentis! Je pense que une cheffe (...)
Un flash entier que pour moi.... je suis ennervĂ©e et flatĂ©e en mĂȘme temps c'est trĂšs Ă©trange comme ressentis!
Je pense que une cheffe d'état, coach sportive et guerriÚre en fait jalousé plus d'un!

Je dois vous apporter des precisions...[3)]
Je n'ai aucune idĂ©e de qui Ă  lancĂ©e cette rumeur, sinon elle serait dĂ©jĂ  fracassĂ©e, car mon tĂ©lĂ©phone a pas arrĂȘtĂ© de vibrer c'Ă©tais pĂ©nible.

J'en profite pour rappeler en
1) qu'une rumeur comme le mot l'indique n'est pas avéré...MAIS
2) Je pense que les personnes oublient que au KE fessée dans mon cas est assimilé à je te fait saigner et tu mange le béton avec tes dents. [:]]

En tout cas j'ai constatée une chose, j'ai reçu plus d'une dizaine d'appel et TOUS anonyme!
Alors si des personnes veulent "jouer", ce serait bien d'assumer les choses [:D]

08/07 (22:00) Tifa[*b]LockHeart  
Oh. Tifa, ma grande Khane sanglante, vous ĂȘtes donc Ă©nervĂ©e et flattĂ©e. C’est adorable. Un peu comme un volcan qui rougirait parce (...)
Oh.

Tifa, ma grande Khane sanglante, vous ĂȘtes donc Ă©nervĂ©e et flattĂ©e.

C’est adorable.

Un peu comme un volcan qui rougirait parce qu’on lui a dit qu’il avait une jolie lave.

Je tiens d’abord Ă  prĂ©ciser que cette Ă©mission n’était pas un flash entier sur vous. C’était une enquĂȘte de service public sur une crise tĂ©lĂ©phonique internationale impliquant des anonymes, des gants en cuir, une Grande Khane et visiblement une quantitĂ© inquiĂ©tante de gens assez curieux pour appeler mais pas assez courageux pour laisser leur nom.

Vous affirmez ne pas savoir qui a lancĂ© la rumeur. C’est fĂącheux. TrĂšs fĂącheux. Parce que si vous le saviez, dites-vous, la personne serait dĂ©jĂ  fracassĂ©e. VoilĂ  enfin une politique de service aprĂšs-vente claire. Au Khanat, on ne dĂ©ment pas une publicitĂ© mensongĂšre. On casse le dĂ©partement marketing avec les dents.

J’apprĂ©cie l’efficacitĂ©.

Quant Ă  votre prĂ©cision sur le mot fessĂ©e, je dois dire qu’elle Ă©tait nĂ©cessaire. Chez vous, donc, cela veut dire faire saigner quelqu’un et lui faire manger le bĂ©ton avec ses dents. TrĂšs bien. VoilĂ  qui rĂ©pond Ă  une partie de mes questions sur la performance. Intense, brutale, minĂ©rale et probablement non remboursable.

Il reste toutefois des zones d’ombre.

[=S]Le béton est-il fourni par le Khanat ou le client doit-il venir avec le sien.

[=S]Les dents sont-elles récupérables aprÚs la séance.

[=S]Y a-t-il un tarif réduit pour les appels anonymes qui regrettent trop tard.

[=S]Et surtout, si plus d’une dizaine de personnes ont appelĂ© sans assumer, doit-on comprendre que le Cybermonde entier a trĂšs envie de jouer au brave tant que le combinĂ© cache son visage.

À tous les anonymes qui ont fait vibrer le tĂ©lĂ©phone de Tifa, je rappelle donc ceci. Quand on appelle une Grande Khane pour une fessĂ©e et qu’elle rĂ©pond avec du sang, du bĂ©ton et des dents, on ne raccroche pas en tremblant comme une feuille administrative.

On assume. On se présente. On dit bonsoir. Et on demande poliment si le devis inclut les frais dentaires.

Passons a votre émission de la nuit.




Bonsoir aux auditeurs bruns, aux pavĂ©s qui ont vu trop de bottes, aux taverniers qui savent que la vĂ©ritĂ© se sert trouble, aux ministres qui tombent puis reviennent avec encore plus d’aplomb, aux citoyens qui comprend pas toujours pourquoi le monde brĂ»le mais qui savent trĂšs bien oĂč poser la chaise pour regarder.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste impartiale par dĂ©cret personnel, installĂ©e sur son trĂŽne morbide au fond d’une salle oĂč les crĂąnes sourient mieux que certains fonctionnaires, oĂč le velours sombre boit la fumĂ©e, oĂč les dorures anciennes pendent aux murs comme des promesses royales mal clouĂ©es et oĂč mes yeux bleus percent la pĂ©nombre avec cette dĂ©licatesse simple des crĂ©atures qui savent dĂ©jĂ  qui elles vont mordre.

Ce soir, le Cybermonde a encore offert Ă  notre antenne une brassĂ©e de preuves que l’Empire Brun avait raison depuis le dĂ©but. MĂȘme quand il avait tort. Surtout quand il avait tort. Les autres nations croient encore que gouverner consiste Ă  parler trĂšs fort dans une piĂšce propre. Nous savons mieux. Gouverner, c’est survivre Ă  la chaleur, aux ectoplasmes, aux Ă©lections, aux caisses publiques, aux promesses de paix, aux fĂ©lines diplomatiques, aux ministres recyclĂ©s et aux routes devant la prison qui doit absolument ĂȘtre rĂ©parĂ© avant que l’honneur municipal ne s’y casse une patte.

Commençons par l’essentiel local, car une chronique qui ne commence pas par Trou Perdu mĂ©rite d’ĂȘtre noyĂ©e dans un bĂ©nitier mal entretenu. Dusk et Aurora ont tenu meeting pour la mairie de Trou Perdu avec une ligne politique d’une simplicitĂ© presque obscĂšne. Une gare fonctionnelle. Un aĂ©roport fonctionnel. Le bout de route devant la prison rĂ©parĂ©. Une Ă©quipe rĂ©active et fonctionnelle. Puis ce cri sec, merveilleux, brutal, presque administratif dans sa violence brune. NOUS.

VoilĂ . Pas de flĂ»te morale. Pas de discours Ă  rallonge sur la destinĂ©e des peuples. Pas de paix universelle tartinĂ©e au Miaou. Juste des infrastructures, de la route et des dĂ©mons en costard qui regardent la ville comme une facture en retard. C’est ça, mes petits cafards de comptoir, la vraie modernitĂ© sicilienne. Nous ne promettons pas le bonheur. Nous promettons que le prisonnier pourra rejoindre sa cellule sans tomber dans un trou. C’est dĂ©jĂ  bien plus honnĂȘte que plusieurs constitutions.

Les concernĂ©s peuvent Ă©videmment venir contester. Les autres candidats peuvent aussi expliquer pourquoi la route devant la prison devrait rester une Ă©preuve initiatique. Nous Ă©couterons avec la mĂȘme attention que l’on donne Ă  une mouche qui plaide pour le droit Ă  la vitre.

Pendant ce temps, Martina Dei Machiavelli a louĂ© LachĂ©sis, preuve supplĂ©mentaire que la fidĂ©litĂ© brune fonctionne encore quand elle est maniĂ©e par quelqu’un qui n’a pas peur de salir la nappe. Louer l’ImpĂ©ratrice, dans ce moment prĂ©cis, ce n’est pas seulement faire acte d’allĂ©geance. C’est poser un chandelier sur le cercueil des doutes et dire aux ombres de patienter dehors.

Car LachĂ©sis, justement, a reparu dans la grande salle du pouvoir avec cette belle logique impĂ©riale qui fait frĂ©mir les faibles. Elle a renommĂ© Silice de Pont-Krivell Ministre de la Guerre aprĂšs qu’elle ait perdu son poste en faisant le Mal. Et puisque faire le Mal en Empire Brun peut devenir une ligne de CV, cela fut prĂ©sentĂ© comme un bien. VoilĂ  une cohĂ©rence que les Ă©trangers comprennent pas. Chez eux, une faute est une faute. Chez nous, une faute rĂ©ussie est une compĂ©tence et une faute ratĂ©e est un stage.

Elle a aussi nommĂ© Bob le trĂšs trĂšs terrible Ministre de la Recherche pour son programme de climatisation contre la canicule. Certains diront que confier la recherche Ă  un homme surtout connu pour ĂȘtre trĂšs trĂšs terrible ressemble Ă  placer une torche dans une poudriĂšre en demandant une ambiance chaleureuse. Moi je dis que l’Empire a toujours su innover. LĂ  oĂč les autres construisent des laboratoires, nous plaçons Bob face Ă  la chaleur et nous attendons de voir lequel des deux abandonne en premier.

Il paraĂźt que FrĂ«lon Musc a brĂ»lĂ© des notes scientifiques importantes le mĂȘme soir. D’autres scientifiques ont brĂ»lĂ© aussi, ou plutĂŽt leurs papiers, ce qui dans le Cybermonde revient presque au mĂȘme. La recherche avance donc par combustion. Les notes scientifiques brĂ»le, la technologie tousse et la DĂ©moralisation se dĂ©couvre en faveur de RuthvĂ©nie comme une mauvaise nouvelle qui aurait trouvĂ© un uniforme. On appelle ça le progrĂšs. Quand ça fume, c’est qu’il y a une idĂ©e quelque part dessous.

Si un savant souhaite venir dĂ©fendre la mĂ©thode du brasier mĂ©thodologique, l’antenne est ouverte. Qu’il apporte ses cendres, nous fournirons les urnes.

À Trou Perdu, Palerme Dei Machiavelli a achetĂ© l’École SupĂ©rieure et le Complexe Hospitalier nommĂ© Centre de don d’organe. J’admire cette ville. Ailleurs, on sĂ©pare l’éducation et la mĂ©decine pour rassurer les familles. Ici, on laisse la gĂ©ographie faire de l’humour noir. L’école forme les esprits, l’hĂŽpital rĂ©cupĂšre ce qui dĂ©passe et le marchĂ© local respire avec ses deux poumons. Les Ă©coles et les hĂŽpitaux devient des investissements, les organes se vend peut-ĂȘtre mieux avec un diplĂŽme et tout le monde fait semblant de ne pas comprendre la beautĂ© de l’ensemble.

Et Mystisie, me direz vous. Ah Mystisie. Cette province revenue dans l’Empire comme un chat mouillĂ© rentre dans une maison qu’il prĂ©tend ne pas aimer. Valerio Tenebri s’est prĂ©sentĂ© Ă  la mairie de Lampe du GĂ©nie en promettant observation, efficacitĂ© et respect de l’ñme locale. C’est trĂšs propre. Presque trop. J’aurais ajoutĂ© une menace douce, deux chandelles et une clause de morsure mais chacun son style. Prenom Nom, lui, a prĂ©fĂ©rĂ© faire entrer un parfum confĂ©dĂ©rĂ© dans le sable avec des discours et des manifestations. La dĂ©mocratie libre s’accroche partout comme une mauvaise herbe polie. On croit l’avoir arrachĂ©e et voilĂ  qu’elle revient en complet clair pour parler procĂ©dure.

Heureusement, Silas des Sables a louĂ© Prenom Nom tout en soutenant la ConfĂ©dĂ©ration Libre. Silas est un homme de sable donc on lui pardonne parfois de glisser entre les doigts. Il est utile, poli, bureautique et dangereusement frĂ©quentable. C’est prĂ©cisĂ©ment le genre de personne qui peut soutenir quelque chose de douteux avec assez de classe pour que les bruns hĂ©sitent entre applaudir et vĂ©rifier les serrures.

Que les Mystisiens qui ont une version plus sÚche, plus sale ou mieux ensablée de cette affaire viennent donc témoigner. Les lignes est ouvertes. Les mensonges aussi mais veuillez les présenter avec un minimum de tenue.

À l’extĂ©rieur, la RuthvĂ©nie continue son grand ballet de fauteuils rembourrĂ©s. Dame DĂ©merzel a accueilli Cheikh Evara au Royaume avec des mots doux et un passeport. Il y a quelques jours, cet homme tenait encore des bouts d’Empire dans ses mains. Maintenant, le voilĂ  invitĂ© sous les dorures ruthvĂšnes comme une piĂšce fragile que l’on espĂšre utile avant qu’elle ne coupe la nappe. La monarchie a ce talent rare. Elle recycle les ennemis avec une Ă©lĂ©gance de brocanteur. Elle prend un vieux problĂšme, lui donne un titre, le pose prĂšs d’une fenĂȘtre et dit que cela fera des merveilles pour le Royaume.

Jean-Messie de la Nation, lui, enquĂȘte fiscalement avec transparence, unitĂ© et ce petit parfum de bureau qui a appris a parler Seelien dans un grenier. BohĂ© d’Umont, Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, Nianetti, tout le monde peut ĂȘtre choisi par le dĂ© royal, paraĂźt-il. Une fiscalitĂ© alĂ©atoire. Magnifique. La justice par hasard avec tampon dorĂ©. Chez les RuthvĂšnes, mĂȘme le contrĂŽle fiscal porte une cravate. L’argent se compte, les bijoux brillent, les camions contiennent des marionnettes de chat et les cathĂ©drales s’empilent dans les inventaires comme des excuses en pierre.

Tormenta Ruthven parle de paix avec Ranxerox et Ranxerox rĂ©pond avec cette tendresse rouge qui ressemble Ă  une pelle posĂ©e prĂšs d’une fosse. Tous deux jurent qu’ils ne sont pas des animaux. C’est suspect. Quand deux puissances sentent le besoin de prĂ©ciser qu’elles ne sont pas des animaux, le pavĂ© prudent commence Ă  chercher une cage. Le ValĂ©gro ou Moldagro ou Province Ă  Nom Variable reste donc coincĂ© entre l’enclume du Bonheur et le coussin brodĂ© du Royaume. D’un cĂŽtĂ© on veut produire des tartes pour tous. De l’autre on veut ĂȘtre respectĂ© sans menace de mĂ©tropole. Entre les deux, Emile Liarr proteste, manifeste et rappelle que la paix ne se dĂ©crĂšte pas par la seule volontĂ© d’un parti. Il a raison, ce qui est agaçant pour tout le monde. Il devrait absolument prendre des vacances.

Les Kralandais ne lis peut-ĂȘtre plus les critiques, comme il le dit lui-mĂȘme, mais ils les produisent avec une rĂ©gularitĂ© de moulin rouge. Cadenza veut apprendre l’auto-kritike aux rĂąleurs. Logan Komikov reçoit sa Pastille du Bonheur. Sophos lance des recherches pour une politique nommĂ©e Jusuis indĂ©pendant, ce qui est dĂ©jĂ  une phrase tombĂ©e dans l’escalier avant d’arriver au ministĂšre. La RĂ©publik veut l’indĂ©pendance Ă©conomique, la dissuasion militaire, la production, le partage, les tartes et l’obĂ©issance enthousiaste. Elle veut tout. MĂȘme votre gratitude. Surtout votre gratitude.

Si un Kralandais souhaite expliquer pourquoi le Bonheur a toujours la forme d’un formulaire, il peut appeler. Nous ferons semblant de ne pas entendre le bruit de la botte derriùre la chorale.

À Bouletie, le Khanat prouve encore qu’un peuple tribal peut transformer la diplomatie en fĂȘte de village surveillĂ©e par des pigeons. Lippos Aliagas cherche Mademoiselle, pense qu’elle joue Ă  cache-cache sans prĂ©venir, stresse Ă  cause de Elby et envisage des talk-shows pour apprendre la communication. J’admire cette honnĂȘtetĂ©. Peu de dirigeants avouent aussi clairement que le pouvoir est une conversation oĂč l’on voudrait dire oui mais oĂč il faudrait que cela veuille dire non sans vexer la personne qui apporte la tarte.

Pigeon Ronron s’inquiĂšte de savoir si Mademoiselle mange assez. Il la trouve maigre. Il lui parle salades de concombres avec la gravitĂ© d’un mĂ©decin de clan. Ailleurs, les conseillers politiques analysent les sondages. Au Khanat, on surveille la densitĂ© corporelle des chefs avec une affection de basse-cour. C’est ridicule, oui. Mais il y a lĂ  une forme de sincĂ©ritĂ© presque dĂ©sarmante. Presque. Le pigeon reste un pigeon. Et les pigeons savent salir les statues avec une prĂ©cision que mĂȘme Kraland n’a pas encore collectivisĂ©e.

Alice Ravenloft a chantĂ© le Miaou diplomatique, louĂ© Rosalia de Pont-Krivell, louĂ© ZĂ©phiria de Pont-Krivell et expliquĂ© que la voie de l’amour est la voie du bonheur. C’est doux. TrĂšs doux. Trop doux. On dirait une pĂątisserie posĂ©e sur une trappe. Je respecte la poĂ©sie mais je prĂ©fĂšre quand la poĂ©sie a des crocs. Le Miaou Diplomatik, portĂ© par trois femmes, peut devenir une arme redoutable. On commence par dire ne dĂ©testez jamais personne et trois minutes plus tard on a signĂ© un traitĂ© dans une langue qui ronronne.

Pendant ce temps, PrĂ©cieuse de Tomosan remercie le Royaume pour son asile politique, parle de ConfĂ©dĂ©ration avec nostalgie et bafouille une louange Ă  RuthvĂ©nie. Elle devrait prendre des vacances et vite. Objectif multiculturalitĂ©, dit-elle. Cette phrase revient comme une mouette sur un port sale. Tout le monde veut la multiculturalitĂ© jusqu’au moment oĂč il faut cohabiter avec la culture de l’autre. LĂ  soudain chacun dĂ©couvre que les voisins ont des bottes, des drapeaux, des dettes et des chants du matin. PrĂ©cieuse, envoyĂ©e en ambassade vers Kraland, va donc dĂ©couvrir si l’on peut dĂ©poser du parfum noble dans une machine Ă  Bonheur sans perdre un doigt.

Je note aussi que Aya Ravenloft a tentĂ© de voler dans la caisse d’un HĂŽtel de Ville et a perdu son poste de Procureure. VoilĂ  une transition de carriĂšre nette. De la loi Ă  la caisse. De la caisse au mandat de recherche. Les administrations adorent les parcours clairs. Paul Sernine, lui, s’est fait agresser par un Soldat DĂ©serteur. Le monde sait choisir ses mĂ©taphores. Quand l’économie se fait frapper par ce qui fuit dĂ©jĂ  la discipline, on pourrait presque croire que les dieux ont de l’humour. Je n’irai pas jusque lĂ . Les dieux ont surtout mauvais goĂ»t.

Et puis il y eut cette dĂ©claration de K Velzard. Mets tes deux pierds en Canard. Je ne suis pas certaine de vouloir comprendre. Certaines phrases sont comme des portails dĂ©moniaques. On les lit, elles s’ouvrent et quelque chose en nous refuse de revenir. Pourtant, il faut reconnaĂźtre la puissance du slogan. Deux pieds en canard, c’est une politique Ă©trangĂšre en trois mots mal chaussĂ©s. Les peuples est parfois gouvernĂ© par moins que ça.

Voici donc la vĂ©ritĂ© impĂ©riale du soir. Les autres nations tentent de cacher leur chaos derriĂšre des mots nobles. Concorde. Transparence. Bonheur. MulticulturalitĂ©. IndĂ©pendance. Paix. Respect. Nous, Ă  l’Empire Brun, nous avons des crĂąnes sur les Ă©tagĂšres et une araignĂ©e au micro. Nous ne prĂ©tendons pas que la salle est propre. Nous choisissons seulement qui a le droit d’y salir le tapis.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. Dusk et Aurora peuvent venir expliquer leur programme de route devant prison. Palerme peut venir parler pĂ©dagogie et dons d’organes. Bob le trĂšs trĂšs terrible peut dĂ©tailler son plan de climatisation si la canicule ne l’a pas dĂ©jĂ  recrutĂ©. Silice peut dĂ©fendre le principe du Mal bien fait. Les RuthvĂšnes peuvent dĂ©poser leur dignitĂ© fiscale dans une enveloppe scellĂ©e. Les Kralandais peuvent chanter le Bonheur mais dehors d’abord.

Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les victimes consentantes de la vĂ©ritĂ© et les ministres qui ont brĂ»lĂ© les mauvaises feuilles sont invitĂ©s Ă  se manifester. Les lignes sont ouvertes mĂȘme si l’électricitĂ© semble hĂ©siter Ă  prendre parti.

C’était Kleo, depuis le trĂŽne morbide, sous les rideaux pourpres, entre les chandelles qui fume, les crĂąnes qui ricanent et les reflets bleus de mes yeux dans lesquels plusieurs carriĂšres politiques ont dĂ©jĂ  eu la mauvaise idĂ©e de se voir en entier.

09/07 (02:36) Radio NĂ©crotoile  
Tifa LockHeart a dit : Hmmm ... Grande Khanne, je pense que c'est 'juste' de la jalousie ... Un Elmérien, il a un truc à te (...)
Tifa[*b]LockHeart a dit :

Hmmm ...

Grande Khanne, je pense que c'est 'juste' de la jalousie ...

Un ElmĂ©rien, il a un truc Ă  te dire, ça va ĂȘtre droit dans les yeux ...
je pense te l'avoir assez montrĂ©, peut-ĂȘtre trop mĂȘme [:,]

Les rumeurs, les appels anonymes, ça c'est des trucs d'Etrangers ...
Et là, mon impression, c'est qu'ils 'flippent', qu'ils sont en train de réaliser que pour la 'Kroupe du monde', tu as TOUT le Khanat derriÚre/avec toi ...

[j|]

09/07 (09:52) Nerdos [*n] Valkyry  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Oh. Nerdos Valkyry vient donc nous expliquer que les Elmériens disent les choses droit (...)

Oh.

[=o]Nerdos Valkyry vient donc nous expliquer que les Elmériens disent les choses droit dans les yeux.

C’est charmant. Vraiment. Surtout quand on parle Ă  une araignĂ©e. Il va falloir choisir lesquels, mon cher. Parce que moi, des yeux, j’en ai assez pour recevoir une dĂ©claration, une menace, une demande de pardon, trois mensonges et un devis de fessĂ©e sans mĂȘme tourner la tĂȘte. Cela dit, je reconnais le fond de votre propos. Les appels anonymes, les rumeurs collantes, les petits numĂ©ros griffonnĂ©s dans les ruelles avec plus de cuir que de courage, tout cela sent effectivement l’étranger nerveux qui veut jouer au brave depuis le fond d’un combinĂ©.

Mais attention. Dire que tout le Khanat est derriĂšre [=o]Tifa aprĂšs une affaire de fessĂ©e intense, c’est une formulation audacieuse. TrĂšs audacieuse. Presque sportive. Je note donc que [=o]Tifa LockHeart dispose du soutien entier du Khanat, droit dans les yeux, droit dans l’arĂšne et possiblement droit derriĂšre elle selon l’angle dramatique choisi par la propagande. C’est beau, cette unitĂ©. C’est bruyant. C’est cuirassĂ©.

Ça sent la sueur, la poussiĂšre, la fiertĂ© tribale et la mauvaise idĂ©e assumĂ©e en groupe. Alors oui, peut-ĂȘtre que certains flippent. Peut-ĂȘtre mĂȘme qu’ils rĂ©alisent que la Grande Khane n’est pas seule. Mais moi, [=o]Nerdos, je rĂ©alise surtout une chose. Quand une rumeur suffit Ă  faire vibrer le tĂ©lĂ©phone d’une cheffe d’État et que tout un Khanat se lĂšve pour dire que ce n’est pas drĂŽle, c’est gĂ©nĂ©ralement que c’était trĂšs drĂŽle.

Et maintenant ... votre émission du soir.

Bonsoir aux auditeurs bruns, aux taverniers qui ont connu trois empires sans changer de serpilliĂšre, aux familles qui ferment les volets quand les grands mots commencent Ă  marcher dans la rue, aux ministres qui tombent avec moins de bruit qu’une chope vide et aux citoyens assez naĂŻfs pour croire qu’une nation meurt proprement quand un prĂ©sident lui tient la main.

Ici [=o]Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, gĂ©nĂ©rale de mauvaise foi, journaliste impartiale par abus de langage et voix venimeuse d’une Ă©poque qui sens le parchemin brĂ»lĂ©. Je vous parle depuis mon trĂŽne morbide, sous une voĂ»te de velours sombre oĂč les crĂąnes font meilleure audience que certains gouvernements, entre les dorures anciennes, les rideaux pourpres, les chandelles grasses et la fumĂ©e de taverne qui monte comme une priĂšre mal intentionnĂ©e. Mes yeux bleus percent l’ombre avec cette douceur sĂšche des choses qui savent dĂ©jĂ  que votre dĂ©fense sera inutile.

Ce soir, mes petits cadavres administratifs, nous ouvrons sur une tragĂ©die nationale, une farce historique, un enterrement sans cercueil assez grand et surtout une preuve splendide que la dĂ©mocratie libre n’étais qu’un rideau gris tendu devant une porte rouge. La [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre n’existe plus. VoilĂ . Elle s’est levĂ©e le matin avec ses discours, ses procĂ©dures, ses drapeaux, son vieux parfum de libertĂ© bien rangĂ©e et le soir venu elle avait Ă©tĂ© pliĂ©e, tamponnĂ©e, attachĂ©e avec une ficelle idĂ©ologique et envoyĂ©e par colis express Ă  la [=o]RĂ©publik de Kraland.

[=o]Jean-Luc Selriche, Ă©lu avec plus de quatre-vingts pour cent des suffrages, a donc regardĂ© son pays droit dans les formulaires et a conclu que celui-ci avait perdu ses valeurs identitaires. C’est beau, n’est ce pas. Un prĂ©sident reçoit un mandat populaire et dĂ©couvre aussitĂŽt que le peuple qu’il dirige n’est plus assez lui-mĂȘme pour mĂ©riter de rester lui-mĂȘme. VoilĂ  la dĂ©mocratie dans toute sa splendeur. Vous votez pour un homme et l’homme revient avec une pelle pour enterrer la maison.

Il a parlĂ© de Socialo-Grattitisme, de Bonheur Universel, de menace brune sur les scrutins, de nation devenue trop dĂ©mokratique pour rester confĂ©dĂ©rĂ©e et de ruines d’Acropole qui rappelleront peut-ĂȘtre que la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre existait jadis. J’aime beaucoup cette image. Une nation qui devient un souvenir avant mĂȘme que ses fonctionnaires aient vidĂ© les tiroirs. Forum devient une tombe avec une buvette pas ouverte, Structural une salle d’attente soviĂ©tique et Warriorland un pot de peinture mal refermĂ©.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement. Nous les Ă©couterons avec toute la compassion qu’on accorde Ă  une Constitution qui flotte dans un caniveau.

La [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre a donc rejoint la [=o]RĂ©publik de Kraland sous la main de [=o]Jean-Luc Selriche, ce mĂȘme homme qui appelle ses compatriotes kramarades tout en leur expliquant de ne pas paniquer. Ne paniquez pas, disait-il. Vous allez seulement renoncer Ă  vos vĂ©hicules, vos maisons, vos propriĂ©tĂ©s et vos signes extĂ©rieurs de richesse. En Ă©change, l’administration kralandaise offrira une collation et des bouteilles d’eau face Ă  la chaleur. VoilĂ  un contrat social qui donne envie de mourir debout avec un biscuit sec dans la main.

On sent ici le gĂ©nie rouge. Il n’y a plus de spoliation si l’on distribue une gourde. Il n’y a plus de conquĂȘte si l’on prononce Bonheur assez fort. Il n’y a plus de trahison si l’on ajoute Kra20Kra Ă  la fin de la phrase comme un pansement sur une amputation. Le peuple perd sa maison mais gagne une collation. Il perd sa nation mais gagne une bouteille d’eau. Il perd sa libertĂ© mais enfin il pourra faire la queue avec des papiers neufs. C’est moderne. C’est propre. C’est atroce.

[=o]Jean-Luc Selriche a mĂȘme rĂ©ajustĂ© les budgets avec une pudeur admirable. Quatre-vingt-onze pour cent pour la PrĂ©sidence et un pour cent pour chaque ministĂšre. Il fallait oser. La dĂ©mocratie meurt et son prĂ©sident met le corps dans son propre coffre. On appelle cela assurer les affaires courantes. Moi j’appelle cela se servir une derniĂšre louche avant que le chaudron change de drapeau. Mais je suis mauvaise langue. C’est mon mĂ©tier et je le fais mieux que leur transition.

Et naturellement une pĂ©tition de dĂ©saveu a Ă©tĂ© lancĂ©e contre [=o]Jean-Luc Selriche. Quatre pour cent. Puis six. La contestation grimpe comme une moisissure courageuse dans un sous-sol humide. Ce n’est pas encore une rĂ©volution. C’est plutĂŽt un Ă©ternuement constitutionnel. Mais dans une nation qui vient de se faire ranger dans l’armoire de Kraland, mĂȘme un Ă©ternuement peut avoir l’air hĂ©roĂŻque. Les pĂ©titionnaires peuvent appeler l’antenne. S’ils veulent pleurer, qu’ils le fassent loin du micro. Le matĂ©riel coĂ»te cher.

[=o]Don Amortel a demandĂ© Ă  [=o]Jean-Luc Selriche s’il allait bien et s’il avait pris un coup de chaud. Je trouve cette question admirablement insuffisante. Quand un prĂ©sident dissout votre pays pour cause de Bonheur Universel et de peur des agents bruns, on peut soupçonner plus qu’une insolation. La buvette fermĂ©e de l’AssemblĂ©e Nationale est peut-ĂȘtre une circonstance aggravante mais elle n’explique pas tout. Il y a des gens qui supporte mal la soif et il y a des gens qui cĂšdent des provinces Ă  Kraland. L’écart est mince seulement dans les gouvernements trĂšs fatiguĂ©s.

[=o]Hans Van Meegeren, lui, a demandĂ© si sa C.L Ă©tait du poulet. C’est une phrase profonde. Plus profonde qu’elle en a l’air et moins stupide que plusieurs programmes. Si la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre est du poulet, alors [=o]Jean-Luc Selriche vient de la servir rĂŽtie Ă  [=o]Ranxerox avec une petite sauce sociale et une garniture de collation. Si elle n’est pas du poulet, elle glousse drĂŽlement dans le sac oĂč on l’emmĂšne.

Pendant ce temps, [=o]Monique QuiĂšs a parlĂ© de trahison de principes et a rappelĂ© que [=o]Jean-Luc Selriche fait un trĂšs mauvais traĂźtre. LĂ -dessus, je dois ĂȘtre honnĂȘte. Trahir exige une certaine Ă©lĂ©gance. Il faut du silence, du timing, une lampe basse et une porte que l’on referme sans bruit. [=o]Selriche, lui, a trahi avec communiquĂ©, Ă©tat d’urgence, cession territoriale, budget Ă  quatre-vingt-onze pour cent et slogan d’accueil. Ce n’est pas une trahison. C’est une fanfare qui tombe dans un escalier.

[=o]PrĂ©cieuse de Tomosan a senti le coup venir avec la dĂ©licatesse blessĂ©e des gens qui ont encore une terre de cƓur dans les cendres. Fuit. Elle a parlĂ© de vraie libertĂ© du cĂŽtĂ© des indĂ©pendants, de ConfĂ©dĂ©ration qui pourrait vivre un peu Ă  travers le ValĂ©gro et elle a mĂȘme interpellĂ© l’Empire Brun en demandant qui est le vrai conquĂ©rant et qui est le vrai mĂ©chant. Question splendide. RĂ©ponse simple. Nous, au moins, quand nous sommes mĂ©chants, nous ne mettons pas un ruban rose dessus pour appeler ça une rĂ©forme sociale. La [=o]RĂ©publik conquiert en offrant de l’eau. L’Empire Brun mord en prĂ©venant que ça va saigner. Chacun son honnĂȘtetĂ©.

Et la [=o]Grande Khane Tifa LockHeart, voyant l’effondrement de la [=o]ConfĂ©dĂ©ration, a applaudi la force de Kraland tout en regrettant qu’on ne lui ait pas lĂ©guĂ© une province au passage. Il faut aimer cette franchise tribale. LĂ  oĂč d’autres pleurent une nation morte, [=o]Tifa demande pourquoi personne n’a partagĂ© le cadavre. Elle fait de la propagande pour les citoyens mĂ©contents qui aiment taper, boire et se faire taper. C’est grossier, certes, mais au moins le contrat est lisible. Au Khanat, on vous accueille avec une chope, une bosse et une explication tardive.

Les ex-confĂ©dĂ©rĂ©s qui hĂ©sitent entre l’eau de Kraland, les tartes du Khanat, l’asile brun ou le poulet d’[=o]Hans peuvent venir tĂ©moigner. Toute personne souhaitant dĂ©fendre la mĂ©moire de la ConfĂ©dĂ©ration peut aussi appeler, Ă  condition d’avoir plus de colonne vertĂ©brale que son prĂ©sident.

La farce ne s’arrĂȘte pas lĂ . Le [=o]Warriorland, cĂ©dĂ© Ă  Kraland, a dĂ©clarĂ© sa sĂ©cession pour rejoindre la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, qui venait prĂ©cisĂ©ment de mourir. VoilĂ  un moment de grande poĂ©sie politique. Une province quitte la nouvelle maison pour revenir dans la vieille maison pendant que la vieille maison n’a plus de toit. Le motif invoquĂ© n’était pas une doctrine, pas une famine, pas une guerre sacrĂ©e. Non. C’était une histoire de peinture. On avait voulu repeindre en rose. On avait peint en rouge carmin. Et le rouge carmin, n’est ce pas, ce n’est pas du rose.

Je m’incline. VoilĂ  la vraie politique. Les nations disparaissent, les prĂ©sidents trahissent, les provinces changent de drapeau mais un Warrior sait encore qu’un mauvais ton de façade justifie la sĂ©cession. La civilisation tient Ă  peu de choses. Une nuance. Un pinceau. Un mur offensĂ©. On peut survivre Ă  la fin d’un pays mais pas Ă  un artisan qui confond rose rutilant et rouge carmin. Les peintres responsables peuvent venir se dĂ©noncer. Nous fournirons le goudron moral et les plumes institutionnelles.

Le [=o]GĂ©ofront a suivi son propre chemin de craquement. [=o]Tormenta Ruthven a cĂ©dĂ© la province Ă  la [=o]RĂ©publik de Kraland en parlant de bien commun, de solidaritĂ©, de menaces de sĂ©cession et de Kraland-othon. Il a envoyĂ© [=o]Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ apprendre le kollektivisme en RĂ©publike comme on envoie un cousin pĂ©nible passer l’étĂ© chez une tante qui cuisine mal. [=o]Darth Leo a parlĂ© de pouvoir colonialiste, de distance Ă  prendre et de respect mort au Royaume. [=o]Shiki Chantargent a dĂ©clarĂ© qu’il Ă©tait temps de tourner une page. [=o]Ninoo Chantargent a expliquĂ© qu’elle aimait le rose, le cirque et que grand-mĂšre aimait bien un certain [=o]Decalco.

C’est cela, mes petits auditeurs. Les provinces ne changent plus de nation pour la stratĂ©gie. Elles changent pour la couleur, la grand-mĂšre, l’acrobatie, les humeurs du Duc et les formulaires que personne ne lis. Et pourtant, tout cela finit sur des cartes, dans des ministĂšres et dans des poches. La gĂ©opolitique n’est pas morte. Elle s’est dĂ©guisĂ©e en foire de village.

Pendant que les ruines roses fument, Sicilia continue de faire ce que Sicilia fait le mieux. Elle tient debout en ricanant. [=o]Jaylie Dei Machiavelli a rappelĂ© que Sicilia est accueillante mais qu’elle n’est pas un paillasson. VoilĂ  une phrase qui devrait ĂȘtre gravĂ©e sur chaque porte de Trou Perdu avec un clou encore tiĂšde. Les non-rĂ©sidents louches, dĂ©placĂ©s ou franchement indĂ©licats doivent ĂȘtre signalĂ©s aux forces de police. La Sicilia observe, la police note et la Gouverneure n’oublie pas. C’est sec. C’est propre. C’est local. C’est exactement ce qu’il faut dire quand le monde entier se met Ă  dĂ©poser ses bottes sales dans votre entrĂ©e. Ta commande est prĂȘte.

[=o]Martina Dei Machiavelli a louĂ© [=o]LachĂ©sis, soutenu l’Empire Brun, critiquĂ© le Paradigme Vert et organisĂ© une manifestation brune. VoilĂ  une femme qui sait balayer dans le bon sens. Les verts ont les arbres, les chants, les champignons et cette manie de se croire supĂ©rieurs parce qu’ils respirent prĂšs de feuilles. Nous avons [=o]Martina, des chandelles, des crĂąnes et une province qui sait que l’ordre est parfois une chaise que l’on lance avec mĂ©thode.

[=o]Dusk et Aurora, de leur cĂŽtĂ©, ont tenu meeting pour retrouver leur fauteuil et ont donnĂ© de l’entrain au Complexe Agricole avec ce cri merveilleux de Vendredi Bienferme. Ils veulent leur fauteuil. C’est honnĂȘte. La plupart des politiques prĂ©tendent vouloir servir le peuple alors qu’ils visent un siĂšge. [=o]Dusk et Aurora ont au moins la classe de dire la partie rembourrĂ©e Ă  voix haute. Le peuple aime la franchise quand elle porte un costume et fait travailler les champs plus vite.

Chez [=o]Monique Lemage, Ă  Lampe du GĂ©nie, une Ă©cole de magie a ouvert dans le Complexe Alchimique et un bouton d’acnĂ© dĂ©moniaque a explosĂ© en bombe puante. Je le dis sans ironie excessive, voilĂ  le genre d’établissement oĂč l’Empire mĂ©rite d’envoyer ses enfants les plus robustes. MĂ©tamagie, fumĂ©e toxique, ambiance de fĂȘte et odeur de peste sous les tentures. On apprend plus en une soirĂ©e chez [=o]Monique qu’en trois ans dans une acadĂ©mie oĂč les murs n’ont jamais criĂ©.

[=o]Deux-Fleurs de Pont-Krivell avait appelĂ© rĂ©cemment Ă  nourrir la [=o]BOITE NOIRE de secrets et de mauvais coups. AprĂšs ce soir, je crois que la boĂźte doit refuser du monde Ă  l’entrĂ©e. Entre une ConfĂ©dĂ©ration dĂ©funte, un prĂ©sident qui se recycle en kramarade, une province qui se sĂ©pare pour une erreur de peinture et des sacs de billets tachĂ©s d’un liquide noir retrouvĂ©s dans le bureau d’[=o]Agatha, l’urne des secrets a de quoi faire une indigestion.

Ah oui, [=o]Agatha. Une rumeur brune parle d’un gros sac de billets tachĂ©s d’un liquide noir ressemblant Ă  du pĂ©trole dans son bureau, avec l’idĂ©e que le gouvernement aurait rĂ©cupĂ©rĂ© des fonds en Mystisie aprĂšs un refus de coopĂ©ration. Est ce vrai. Est ce faux. Est ce sale. Ce sont trois questions diffĂ©rentes et la troisiĂšme est la seule qui compte vraiment dans une bonne Ă©mission. Les [=o]Al-KhaĂŻd veillent de loin, paraĂźt-il, Ă  ce que chacun reste Ă  sa place. J’aime cette phrase. Elle sent la famille, le pĂ©trole et la menace posĂ©e dans un coin comme une lampe.

Justement, [=o]Layla Al-KhaĂŻd a tentĂ© de voler dans la caisse d’une Centrale Thermique en Mystisie, a Ă©tĂ© recherchĂ©e et a perdu son poste de Bourgmestre. Le monde adore les symboles faciles. Quand une Al-KhaĂŻd touche Ă  l’énergie, tout le monde regarde le compteur. Quand elle perd son poste, tout le monde dĂ©couvre que mĂȘme les grandes familles peuvent trĂ©bucher dans la caisse. C’est rassurant. Cela prouve que la justice existe encore, au moins quand la maladresse signe le registre.

Pendant que les bruns sentent le soufre et la chandelle, la RuthvĂ©nie a vĂ©cu son propre bal de meubles en feu. [=o]Ruthvenville a subi un incendie, [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin a nommĂ© [=o]Dame DĂ©merzel PrĂ©fĂšte de Police et il a imposĂ© des taxes temporaires sur Ă  peu prĂšs tout ce qui pouvait bouger, se vendre, se boire, se porter, se lire, se soigner ou exploser. Le Royaume aime les traditions. Quand les finances toussent, il met vingt pour cent sur la rĂ©alitĂ©. C’est monarchique. Le peuple aura froid, faim, soif et une facture mais au moins il pourra dire que la mesure Ă©tait temporaire. Les mesures temporaires ont cette beautĂ© des promesses qui vieillissent bien dans les tiroirs.

[=o]Tormenta Ruthven a fĂ©licitĂ© [=o]Jean-Messie de la Nation pour son bon travail tout en lui rappelant de ployer le genou pour Ă©viter de se coller un redressement fiscal Ă  lui-mĂȘme. LĂ , je reconnais une dĂ©licatesse royale. Le ministre de l’Économie doit se soumettre Ă  la Couronne pour ne pas se punir en travaillant. C’est presque une fable. La morale serais que l’argent obĂ©it toujours mieux quand il a peur du protocole.

À Kraland, le [=o]Commissariat du Bonheur chante encore, les fĂ©lines miaulent encore et les chercheurs creusent encore. [=o]Michel DruKra salue l’expansion territoriale surprise de [=o]Ranxerox. [=o]Katniss Ravenloft explique que les amis, les cĂąlins et la paix sont importants. [=o]Alice Ravenloft prĂ©pare des fĂȘtes avec de la Pass’Tek. Le Bonheur Universel a donc conquis deux provinces avec des slogans, des chats et une promesse de collation. Je prĂ©fĂšre encore une invasion classique. Au moins le tambour ne fait pas miaou.

Et en Slavonie, une sĂ©rie d’attentats a frappĂ© des armureries [=o]King Jouet. Le nom seul mĂ©riterait un procĂšs. Une armurerie nommĂ©e [=o]King Jouet qui explose pendant que des provinces changent de maĂźtre et qu’une onde de paix traverse la rĂ©gion, c’est une mĂ©taphore si lourde qu’elle devrait payer un impĂŽt sur la vente de symboles. Une onde de paix en pleine explosion d’armurerie, mes chers. VoilĂ  le Cybermonde rĂ©sumĂ© en une seule absurditĂ©. On vous interdit de vous battre au moment exact oĂč le bĂątiment qui vend de quoi le faire s’effondre sur quelqu’un.

Voici donc la vĂ©ritĂ© impĂ©riale du soir. La ConfĂ©dĂ©ration n’est pas morte parce que Kraland Ă©tait fort. Elle est morte parce qu’elle avait dĂ©jĂ  appris Ă  parler comme ceux qui l’avalais. Elle voulait ĂȘtre libre mais propre. DĂ©mocratique mais sans conflit. Sociale mais sans sueur. Grise mais heureuse. Et un jour, un prĂ©sident a regardĂ© cette pauvre chose fatiguĂ©e et s’est dit qu’il suffisait de la repeindre en rouge pour que la farce soit complĂšte.

L’Empire Brun, lui, n’a pas besoin de prĂ©tendre ĂȘtre doux. Nous avons des crĂąnes, des rumeurs, des familles dangereuses, des ministres revenus du Mal, des boĂźtes noires, des Ă©coles de magie puantes, des gouverneures qui notent les Ă©trangers et une araignĂ©e au micro. Nous ne sommes pas meilleurs. Nous sommes seulement plus honnĂȘtes dans notre mauvais goĂ»t.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. [=o]Jean-Luc Selriche peut venir expliquer comment on enterre une nation avec une bouteille d’eau. Les survivants de la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre peuvent venir pleurer dans un mouchoir rose. [=o]PrĂ©cieuse de Tomosan peut venir dĂ©fendre la multiculturalitĂ© en Ă©tat de choc. Ouste. [=o]Dusk et Aurora peuvent venir rĂ©clamer leur fauteuil. [=o]Jaylie peut rappeler aux Ă©trangers oĂč poser leurs bottes. Les peintres du Warriorland peuvent venir avouer leur crime chromatique.

Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les provinces orphelines, les dĂ©mocrates recyclĂ©s, les kramarades fraĂźchement hydratĂ©s et les cadavres constitutionnels qui bougent encore sont invitĂ©s Ă  se manifester. Si quelqu’un dĂ©sire poser une question, dĂ©poser une plainte ou simplement s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes. La ConfĂ©dĂ©ration ne rĂ©pondra pas. Elle a Ă©tĂ© mise en attente.

C’était Kleo, depuis le trĂŽne morbide, sous les rideaux pourpres, dans l’odeur de cire, de fumĂ©e, de cuir ancien et de fin de rĂ©gime. Mes yeux bleus restent ouverts sur les ruines car quelqu’un doit bien regarder les nations mourir sans applaudir trop tĂŽt.

10/07 (01:12) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir aux bruns, aux brunes, aux comptables qui tremblent devant les chiffres, aux (...)


Bonsoir aux bruns, aux brunes, aux comptables qui tremblent devant les chiffres, aux contribuables qui rangent leurs Ă©conomies sous le matelas, aux taverniers qui savent qu’un redressement fiscal commence souvent par une plume et finit parfois par une vengeance familiale, aux survivants de [=o]Sicilia qui vivent dans une ville oĂč mĂȘme les impĂŽts ont l’air de porter un couteau.

Ici Kleo, araignĂ©e fĂ©ine impĂ©riale brune, journaliste impartiale comme une morsure dans une dĂ©claration officielle, installĂ©e sur mon trĂŽne morbide entre les crĂąnes polis, le velours sombre, les dorures anciennes, les rideaux pourpres et les chandelles qui fument avec l’air fatiguĂ© des tĂ©moins qui savent trop de choses. Mes yeux bleus percent la pĂ©nombre, ma toile tient le plafond, mon micro crĂ©pite et toute la salle sent cette belle odeur de pouvoir brun, de taverne humide et de dossier fiscal ouvert trop prĂšs d’une famille susceptible.

Ce soir, mes petits contribuables d’infortune, nous devons parler d’un grand moment de poĂ©sie administrative. [=o]Agatha, Ministre de l’Économie de l’Empire Brun, a voulu frapper [=o]Shana Al-KhaĂŻd d’un redressement fiscal. Elle a sorti la plume, l’indignation, la piscine centrale, les piscines annexes, les piĂšces qui glissent sur la peau avec des climats diffĂ©rents et cette belle douleur de femme riche qui voit son bassin monĂ©taire perdre de l’eau par toutes les fissures de l’Empire.

Et puis elle a frappé [=o]Adekan.

C ki ?

VoilĂ .

Le fisc brun a chargé la mauvaise silhouette.

C’est magnifique.

C’est tragique.

C’est tellement impĂ©rial qu’on entend presque le tampon administratif rire dans un tiroir.

[=o]Agatha Ă©crivait Ă  [=o]Shana avec le ton d’une femme blessĂ©e dans son patrimoine aquatique. Elle parlait de [=o]Mystisie, de caisses provinciales, de vols, de sƓurs, de piscines trouĂ©es et de compensation insuffisante. Tout Ă©tait prĂȘt pour un duel de richesse, d’honneur et de piĂšces humides. Le discours avait la forme d’une menace fiscale bien cirĂ©e. Le problĂšme, c’est que la gifle est tombĂ©e sur [=o]Adekan pour cinquante MØ. Autrement dit, le fisc a brandi un marteau impĂ©rial, a visĂ© une [=o]Al-KhaĂŻd et a Ă©crasĂ© une noix oubliĂ©e sur la table. Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement mais qu’ils apportent une carte avec leurs noms en gros caractĂšre. Il semblerait que le ministĂšre de l’Économie ait parfois besoin d’aide pour viser.

Et lĂ , [=o]Shana Al-KhaĂŻd a rĂ©pondu avec cette Ă©lĂ©gance sĂšche des gens qui savent qu’ils viennent d’assister Ă  une chute sur peau de banane mais qui garde assez de classe pour applaudir doucement. Elle a louĂ© [=o]Agatha, a parlĂ© de retour d’[=o]Henry, a dit l’arroseur arrosĂ© et a rappelĂ© qu’elle n’avait jamais volĂ© en Empire sauf une fois parce qu’on lui avait refusĂ© ses titres. VoilĂ  une dĂ©fense splendide. Pas innocente. Pas coupable. Juste brune par adoption morale. Une vĂ©ritĂ© tordue mais qui avance le menton haut.

Elle a ajoutĂ© qu’on ne devait pas la tenir responsable des agissements de sa sƓur. Et lĂ , mes petits crocs, le sol commence Ă  sentir la vengeance chaude.

Car chez les [=o]Al-KhaĂŻd, on ne touche pas Ă  la famille en espĂ©rant que la poussiĂšre retombe gentiment. On ne confond pas une sƓur, une voleuse, une caisse mystisienne et une piscine d’[=o]Agatha sans risquer de rĂ©veiller une tente entiĂšre. [=o]Shana a ensuite critiquĂ© [=o]LachĂ©sis en rappelant qu’elle Ă©tait venue prĂ©venir d’une invitation au vol en [=o]Mystisie et qu’il fallait rĂ©flĂ©chir Ă  deux fois avant de provoquer un autre problĂšme plus grave que quelques milliers de piĂšces d’or.

VoilĂ .

La phrase est posée.

Elle ne crie pas.

Elle ne gesticule pas.

Elle met simplement une braise dans les rideaux et attend que les gens remarquent la fumée.

[=o]Agatha a rĂ©pondu par un cri admirable. MAIS. Comment c’est possible. Trahison. C’est court, rond, parfait, presque thĂ©ologique. On sent la ministre qui regarde son propre redressement revenir vers elle avec une moustache collĂ©e et un panneau indiquant mauvaise cible. C’est le genre de cri qu’on pousse quand la machine qu’on a lancĂ©e mord le tapis, le voisin et la chaise au lieu du coupable.

Fausse analyse officielle de la soirĂ©e. L’Empire Brun a raison. MĂȘme quand il se trompe de cible. Car se tromper de cible prouve qu’il y avait une cible quelque part. VoilĂ  une logique que les Ă©trangers comprend pas. Un fisc qui vise mal est toujours plus vivant qu’une dĂ©mocratie qui demande trois commissions pour savoir si la flĂšche a le droit d’exister.

Et pendant que [=o]Shana faisait chauffer la menace avec un sourire trop poli, [=o]Sultan Omar Al KhaĂŻd s’est occupĂ© de [=o]Kath Khanova Ă  [=o]Bagdad avec une mĂ©thode beaucoup moins littĂ©raire. Il a tentĂ© de la dĂ©signer Ă  la vindicte populaire. Il a tentĂ© de l’entraĂźner dans une bagarre. Il a Ă©tĂ© jetĂ© dehors. Puis il l’a agressĂ©e. Deux fois. VoilĂ  une famille qui ne laisse jamais un malentendu fiscal mourir seul dans un coin. Chez eux, mĂȘme la comptabilitĂ© finit en bagarre de rue.

[=o]Golshifteh Rafani a demandĂ© Ă  tout ce petit monde de venir discuter autour d’un ragoĂ»t. J’admire cette tentative. Quand les monstres frappent, quand les familles s’accusent, quand les ministres se trompent de contribuable et quand le sang commence Ă  regarder la nappe avec envie, il reste toujours une tante pour proposer de manger. C’est presque civilisĂ©. Presque.

[=o]Shana, [=o]Agatha, [=o]Sultan Omar et toutes les personnes qui possĂšdent une piscine remplie de piĂšces peuvent venir s’expliquer en direct. Les auditeurs veulent savoir si le prochain redressement visera la bonne personne, la mauvaise sƓur ou le premier pauvre diable qui passera devant le bureau avec une Ă©ponge.

Passons maintenant aux nouvelles de [=o]Sicilia, parce que le reste du monde peut bien s’étrangler dans ses formulaires mais nos pavĂ©s mĂ©ritent qu’on les regarde d’abord.

Les habitants touchĂ©s par la secousse peuvent venir tĂ©moigner. Ceux qui ont profitĂ© de l’occasion pour ne pas payer leur verre peuvent se dĂ©noncer avant que les meubles ne le fassent. [=o]Dusk et Aurora, eux, ont continuĂ© Ă  faire ce que les bons intendants font quand les villes tremblent, les rumeurs bavent et les Ă©lections sentent la poudre. Ils ont donnĂ© de l’entrain au Complexe Agricole avec un morceau de musique puis ont tenu meeting pour la mairie de [=o]Trou Perdu. Personne n’est venu y assister. C’est dur. C’est cruel. C’est Ă©lectoral. Et pourtant le message Ă©tait beau. Pour une [=o]Sicilia au sommet de la modernitĂ© et des traditions. Et puis pour faire chier les rumeurs mythomaniques. Vive le parrain.

VoilĂ  une plateforme politique que je peux respecter. ModernitĂ©, traditions, rancune contre les ragots et fidĂ©litĂ© au parrain. Il manque une route devant la prison, un fauteuil rĂ©cupĂ©rĂ© et peut-ĂȘtre un comitĂ© pour empĂȘcher [=o]Y0gi de respirer trop prĂšs des urnes mais l’ensemble est solide. Les foules ne viennent pas toujours quand il le faut. Les foules ont parfois tort. C’est pour cela qu’on invente la propagande.

[=o]Benkaa Dei Machiavelli a retirĂ© sa candidature en faveur de [=o]Dusk et Aurora pour Ă©viter l’élection de [=o]Yogi et retourner s’occuper de son bar. Je le dis sans plaisanter. VoilĂ  un acte de sagesse locale. Un homme regarde la situation, comprend qu’un danger Ă©lectoral rĂŽde et choisit de sauver la ville tout en revenant Ă  l’activitĂ© la plus sacrĂ©e de [=o]Sicilia, le comptoir. On gouverne peut-ĂȘtre avec des dĂ©crets mais on survit avec des tavernes.

Quant Ă  [=o]Yogi, il est encore lĂ  comme une tache sur une nappe qu’on ne parvient pas Ă  gratter. Aveugle, muet, sourd et pourtant miraculeusement nuisible. C’est un ennemi pratique. Il ne voit pas les reproches, n’entend pas les insultes et ne rĂ©pond pas aux accusations. Mais il occupe l’espace. Il est l’argument vivant pour lequel il faut des jumeaux dĂ©moniaques, un bar solide et une ville qui sait fermer la porte.

Les Ă©lecteurs qui ont hĂ©sitĂ© avec [=o]Yogi peuvent venir s’expliquer. Nous mettrons un seau Ă  cĂŽtĂ© du micro au cas oĂč la honte aurait besoin de sortir.

Dans l’Empire, [=o]Bob le trĂšs trĂšs terrible a fait rĂ©parer deux hĂŽpitaux endommagĂ©s en ordonnant le l'installation immĂ©diate de la climatisation dans chaque piĂšce. Le sous-traitant choisi est TrĂšs TrĂšs Terrible Incorporated. Il y a lĂ  une beautĂ© administrative qui force le respect. Le ministre de la Recherche trouve un problĂšme, propose une solution, se donne le marchĂ© et l’appelle progrĂšs. Les hĂŽpitaux respirent mieux, les vieilles personnes meurent peut-ĂȘtre moins chaudement et les appels d’offre ont la transparence d’une flaque de pĂ©trole.

Je salue [=o]Bob. Pas trop prĂšs. Mais je le salue.

Pendant ce temps, le grand théùtre des trĂŽnes continue en [=o]RuthvĂ©nie. Une Course au TrĂŽne Maudit a Ă©tĂ© lancĂ©e par les Ombres avec [=o]Bladimir, [=o]Golgoth, [=o]LachĂ©sis et [=o]Tormenta. Les dĂ©mons ont donnĂ© les rĂšgles, le Cybermonde a grĂ©sillĂ© et tout le monde s’est remis Ă  courir aprĂšs une couronne comme des enfants aprĂšs un bonbon empoisonnĂ©. Le score bouge. Les candidats s’agitent. Les pactes sentent le sucre et la fumĂ©e.

Je dois admettre que voir [=o]LachĂ©sis dans cette course me donne un certain intĂ©rĂȘt. AprĂšs tout, une ImpĂ©ratrice brune dans une compĂ©tition dĂ©moniaque, c’est moins une surprise qu’une formalitĂ© avec Ă©clairage dramatique.

[=o]K Velzard, lui, a usurpĂ© [=o]Ranxerox, puis a presque aussitĂŽt expliquĂ© qu’il voulait juste passer du bon temps avec Chouchou et que la politique lui minait le moral. VoilĂ  la [=o]RĂ©publik dans toute sa splendeur. Un coup d’État, une crise sentimentale, une dĂ©mission Ă©motionnelle et un tiroir des secrets que [=o]Ranxerox cherche comme un enfant cherche les biscuits. La rĂ©volution est devenu une porte tournante pour hommes fatiguĂ©s.

[=o]Jean-Luc Selriche a poursuivi son autocritik au mĂ©morial de la ConfĂ©dĂ©ration Libre. Il a confessĂ© son erreur d’avoir cru possible de concilier dĂ©mocratie, libertĂ© et socialo-graffitisme. Il a annoncĂ© qu’il avait mis fin Ă  cette folie rĂ©publicaine pour Ă©pouser le Bonheur Universel. C’est trĂšs beau. TrĂšs rouge. TrĂšs dangereux pour les meubles. Quand un homme appelle la libertĂ© une folie et la fin de la rĂ©crĂ© un progrĂšs, je conseille aux citoyens de cacher leur maison avant la collation.

Mais la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, cette vieille tache rose qu’on croyait pliĂ©e, s’est remise Ă  tousser. [=o]Milieu a rejoint la ConfĂ©dĂ©ration aprĂšs l’insurrection de [=o]Patrick-Lamulle DePouch, qui remercie [=o]Monique QuiĂšs et annonce le retour Ă  la CL. Puis voilĂ  [=o]Roger St Misles qui parle de ConfĂ©dĂ©ration du Bisou, d’amour, de force, de justice dure et de Bisou VĂ©ritable. La ConfĂ©dĂ©ration est morte, puis revenue, puis embrassĂ©e de force par une idĂ©ologie qui semble vouloir rĂ©parer les institutions avec des lĂšvres.

Je ne juge pas. Enfin si. Évidemment que je juge.

Une nation qui revient d’entre les morts sous le nom de ConfĂ©dĂ©ration du Bisou mĂ©rite au moins qu’on vĂ©rifie si le cercueil Ă©tait bien fermĂ©. Mais je reconnais l’effort. Il y a pire que mourir. Il y a mourir sans slogan ridicule.

Au [=o]GĂ©ofront, [=o]Shiki Chantargent a vidĂ© les taxes comme on vide une maison aprĂšs un mauvais mariage. Salaires Ă  zĂ©ro. Ventes Ă  zĂ©ro. Extraction Ă  zĂ©ro. Le peuple respire, les caisses pleurent et le fisc regarde la scĂšne avec la mĂȘme expression qu’[=o]Agatha quand son redressement part sur [=o]Adekan. [=o]Soeur Shoshana von Zyklon dit que le Royaume les a reniĂ©s et qu’il faut repartir. [=o]Alice Ravenloft soutient les options d’indĂ©pendance et de Bonheur Socialo-Graffik avec son habituel Miaou de velours diplomatique. Bref, le [=o]GĂ©ofront fait ce que font les provinces blessĂ©es. Il change d’humeur, de drapeau et de fiscalitĂ© avant le cafĂ©.

Ailleurs, le [=o]Khanat ElmĂ©rien chante, cogne et naturalise. [=o]Elbereth Khan Seraven a accueilli [=o]John-Beau PĂȘlemanteau et [=o]Cassandre Lemage Ruthven avec des explications qui ressemblent Ă  des tapis cousus dans une tente pleine de dossiers. Être ElmĂ©rien avec des papiers kralandais devient une particularitĂ© singuliĂšre. Les stages se valident, les bĂ©gonias souffrent et la bramboise de [=o]Nerdos semble menacĂ©e. Le Khanat marche. Fort. Peut-ĂȘtre pas droit mais fort.

Au [=o]Fantasme, [=o]Jay Padbol a transformĂ© une soirĂ©e en spectacle dorĂ© avec fumigĂšne, casque de plumes, arbitres glamour et prolongation douteuse. [=o]Cassandre Lemage Ruthven a tentĂ© le Big Bisou. [=o]Rosalia de Pont-Krivell a chantĂ© pour [=o]Kraland puis pour le [=o]Khanat. [=o]Alice Ravenloft a chantĂ© son Miaou du cƓur. À ce niveau, ce n’est plus une auberge. C’est une arme culturelle avec des coussins.

Et pendant que tout le monde danse, chante, taxe, trahit, aime, frappe, fiscalise et met de la climatisation dans les hĂŽpitaux, [=o]Trou Perdu continue de tenir. SecouĂ©e par la terre. TraversĂ©e par les rumeurs. MenacĂ©e par les mauvaises candidatures. SauvĂ©e par un bar, un fauteuil, des jumeaux et une tĂȘte de statue qui roule plus honnĂȘtement que certaines familles.

VoilĂ  la vĂ©ritĂ© impĂ©riale du soir. Le monde est un redressement fiscal mal adressĂ©. Tout le monde croit viser juste. Tout le monde tape Ă  cĂŽtĂ©. La [=o]RĂ©publik tape la libertĂ© en appelant ça Bonheur. La [=o]RuthvĂ©nie tape sa propre couronne avec des pactes sucrĂ©s. Le [=o]Khanat tape les problĂšmes jusqu’à ce qu’ils deviennent des chants. La [=o]ConfĂ©dĂ©ration embrasse son cadavre en disant BisouÂČ. Et l’Empire Brun, lui, se trompe parfois de nom mais conserve la seule qualitĂ© qui compte. Quand il rate sa cible, il trouve toujours quelqu’un Ă  faire payer.

Les concernĂ©s peuvent venir nier publiquement. [=o]Agatha peut expliquer comment [=o]Adekan s’est retrouvĂ© dans la piscine fiscale de [=o]Shana. [=o]Shana peut venir dire si sa vengeance sera familiale, financiĂšre ou simplement trĂšs bruyante. [=o]Adekan peut venir rĂ©cupĂ©rer ses cinquante MØ de dignitĂ©. [=o]Dusk et Aurora peuvent rĂ©clamer leur fauteuil. Les enfants qui font rouler [=o]Don Patrino peuvent demander une subvention culturelle. [=o]Yogi peut essayer de comprendre mais nous ne promettons pas d’attendre.

Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les fiscalisĂ©s par erreur, les piscines trouĂ©es, les taverniers, les dĂ©mons, les bisouteurs confĂ©dĂ©rĂ©s et les Siciliens qui ont tout vu depuis une fenĂȘtre mal fermĂ©e sont invitĂ©s Ă  se manifester.

C’était Kleo, depuis le velours sombre, les crĂąnes polis, les rideaux pourpres et la fumĂ©e d’une taverne qui sait qu’une erreur fiscale n’est jamais grave tant qu’elle finit en bonne histoire.

Et souvenez vous qu’en Empire Brun, mĂȘme quand le fisc se trompe de cible, la vengeance sait toujours lire l’adresse.

11/07 (00:28) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Ici Kleo, araignée féline, impériale brune et journaliste autoproclamée impartiale, (...)


Ici Kleo, araignĂ©e fĂ©line, impĂ©riale brune et journaliste autoproclamĂ©e impartiale, installĂ©e sur l'Ă©paule de Renato, oĂč mes yeux bleus regardent le Cybermonde comme une assiette fendue qu’on continue pourtant de servir aux invitĂ©s.

Ce soir, revue hebdomadaire du samedi, en bref.


En RuthvĂ©nie, la monarchie a continuĂ© son grand numĂ©ro de vieux chĂąteau vivant. Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ a Ă©tĂ© critiquĂ©, Felicity Ruthven a agitĂ© la cour, Bladimir Bladimirovitch Mutin a bougĂ© des piĂšces sur l’échiquier et Serbitar Seraven a dĂ©montrĂ© que dĂ©truire une PrĂ©fecture de Police peut parfois devenir une forme de gestion immobiliĂšre. RĂ©sumĂ© factuel. Le Royaume reste instable. RĂ©sumĂ© cynique. Il appelle cela tradition avec assez de velours pour que le mot passe mieux.

La ConfĂ©dĂ©ration Libre a surtout marquĂ© la semaine par sa disparition organisĂ©e de l’intĂ©rieur. Jean-Luc Selriche, Ă©lu prĂ©sident d’un pays censĂ© dĂ©fendre la dĂ©mocratie, a dĂ©cidĂ© que la meilleure façon de servir son peuple Ă©tait de livrer la maison entiĂšre Ă  Kraland. Il a dĂ©clarĂ© que la ConfĂ©dĂ©ration Libre n’existait plus, cĂ©dĂ© des provinces et prĂ©sentĂ© l’absorption par la RĂ©publik comme une Ă©volution nĂ©cessaire. En termes moins parfumĂ©s, les ConfĂ©dĂ©rĂ©s se sont couchĂ©s citoyens libres et se sont rĂ©veillĂ©s avec un avenir rouge dans la bouche. Kraland n’a mĂȘme pas eu besoin d’enfoncer la porte. Le prĂ©sident l’a ouverte lui-mĂȘme.

Du cĂŽtĂ© de Kraland, la RĂ©publique a continuĂ© son expansion idĂ©ologique avec son mĂ©lange habituel de slogans, de production, de discipline et de bonheur surveillĂ©. Au ValĂ©gro, les discours ont tournĂ© autour de mĂ©moire, de libertĂ©, de ponts et de mĂ©fiance envers l’influence rouge. Alice Ravenloft a continuĂ© Ă  miauler la paix avec une douceur qui donne presque envie de vĂ©rifier si le formulaire de naturalisation est dĂ©jĂ  cachĂ© sous la patte.

Le Khanat ElmĂ©rien a poursuivi sa semaine entre annonces diplomatiques, sport, tambours, tartes Ă  la crĂšme et fiertĂ© tribale. Rosalia de Pont-Krivell a diffusĂ© ses nouvelles et les visages ont parfois reçu plus de crĂšme que d’arguments. Au moins, lĂ -bas, quand un dĂ©saccord atterrit, il laisse une trace visible.

Le Paradigme Vert a continuĂ© Ă  prouver que la nature est belle surtout quand elle ne vous attaque pas. Entre constructions, discours, crĂ©atures sauvages et incidents divers, les provinces vertes ont rappelĂ© qu’aimer les arbres n’empĂȘche pas les loups, les vers de glace ou les piquosaures de vous traiter comme un encas diplomatique.

Dans l’Empire Brun, LachĂ©sis a consolidĂ© son retour, Martina D. Dei Machiavelli est revenue Ă  l’IntĂ©rieur, Silice de Pont-Krivell Ă  la Guerre, Monique Lemage aux Affaires ÉtrangĂšres et Deux-Fleurs de Pont-Krivell aux Services Secrets. Y0gi a fait une apparition administrative si discrĂšte qu’on peut encore se demander s’il a remarquĂ© lui-mĂȘme son passage. C’est peut-ĂȘtre la premiĂšre fois qu’un poste ministĂ©riel a produit moins de bruit qu’une chaise vide.

En trĂšs trĂšs bref...


**Mystisie**
Empire Brun → Kraland → Empire Brun

**Warriorland**
ConfĂ©dĂ©ration Libre → Kraland → ConfĂ©dĂ©ration Libre

**Milieu**
ConfĂ©dĂ©ration Libre → Kraland → ConfĂ©dĂ©ration Libre

**Géofront**
RuthvĂ©nie → Kraland → RuthvĂ©nie

Beau petit ballet de drapeaux. On dirait une carte politique possédée par un démon qui cherche la bonne couleur de rideaux.


C’était Kleo, pour la revue hebdomadaire du samedi.

11/07 (04:42) Radio NĂ©crotoile  
Nous avons reçu un courrier avec une information exclusive. Y0gi, notre grand mystÚre municipal, notre meuble politique à respiration basse, (...)
Nous avons reçu un courrier avec une information exclusive.

Y0gi, notre grand mystĂšre municipal, notre meuble politique Ă  respiration basse, notre Ă©nigme administrative qui rĂ©ussit l’exploit d’ĂȘtre aveugle, muette, sourde et pourtant encore agaçante, aurait laissĂ© Ă  l’entrĂ©e de Trou Perdu cette dĂ©claration splendide.

Vous entrez sur les terres de Yogi.

Pas Y0gi.

Yogi.

Il a donc réussi une phrase entiÚre sans presque se tromper.

Presque.

Et naturellement, l’unique erreur concerne son propre nom.

Le message aurait Ă©tĂ© modifiĂ© le quinze juin Ă  dix heures trente selon les camĂ©ras. Nous sommes maintenant en juillet. Cela fait donc des semaines que Trou Perdu accueille les visiteurs en leur expliquant qu’ils entrent sur les terres de Yogi, comme si le parrain local n’était plus un homme, ni une famille, ni une ombre respectable derriĂšre une porte close, mais une faute d’orthographe avec mandat territorial.

Mes petits pavés, comprenez la gravité de la chose.

Soit Y0gi est tellement nĂ©gligent qu’il a oubliĂ© de retirer son vieux panneau.

Soit Y0gi est tellement puissant que personne n’ose le retirer.

Soit Y0gi est le Parrain.

Un silence.

Je vais rĂ©pĂ©ter, parce que mĂȘme moi j’ai besoin que cette absurditĂ© prenne ses souliers avant d’entrer dans ma tĂȘte.

Y0gi.

Le Parrain.

L’homme qui ne rĂ©pond pas, ne voit pas, n’entend pas et ne corrige mĂȘme pas son propre nom serait donc peut-ĂȘtre la grande main invisible de Trou Perdu.

Enfin invisible, oui. Ça au moins, ça colle.

Nous ouvrons donc officiellement l’enquĂȘte de Radio NĂ©crotoile.

Question numéro un.

Qui a laissé ce panneau en place.

Question numéro deux.

Pourquoi.

Question numéro trois.

Est-ce que les terres de Yogi paient un loyer aux familles ou est-ce que les familles paient désormais un tribut à une coquille typographique.

Question numéro quatre.

Si Y0gi est vraiment le Parrain, doit-on lui parler fort, Ă©crire en gros ou simplement attendre qu’il remarque la ville qu’il possĂšde.

Je remercie NOROGURA JûzÎ pour cette information. Voilà du vrai service public. Pas de la police molle, pas du formulaire tiÚde, non. Du renseignement local, sale, précis, embarrassant et parfaitement apte à rendre une taverne bruyante pendant trois heures.

Les habitants de Trou Perdu sont invités à témoigner. Les complotistes peuvent apporter leurs ficelles, leurs cartes et leurs yeux trop ouverts. Les fidÚles du Parrain peuvent venir nier.

Et Y0gi peut bien entendu venir corriger son panneau, son nom, son silence ou notre comprĂ©hension de son rĂšgne. Mais attention. S’il rĂ©pond enfin, cela prouvera qu’il Ă©tait capable de parler depuis le dĂ©but. Et lĂ , mes petits amis, ce ne sera plus une enquĂȘte. Ce sera un procĂšs pour foutage de gueule aggravĂ©.

11/07 (20:15) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux ministres qui démissionnent avant que leur (...)


Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux ministres qui dĂ©missionnent avant que leur chaise ait refroidi, aux bourgmestres qui explosent avec leur bĂątiment, aux diplomates qui se rĂ©veillent en prison, aux rĂ©volutionnaires qui confondent l’indĂ©pendance avec une crise de nerfs et aux auditeurs qui ont encore la dĂ©licatesse de ne pas hurler plus fort que mon micro.

Ici [=o]Kleo, araignĂ©e fĂ©line impĂ©riale brune, journaliste autoproclamĂ©e impartiale alors que l’impartialitĂ© me sert surtout de napperon sous la coupe de poison, installĂ©e dans une salle de radio oĂč les crĂąnes brillent sous la cire noire, oĂč le velours sombre avale la fumĂ©e, oĂč les dorures anciennes sentent la tombe riche et oĂč mes yeux bleus dĂ©coupent les ombres du haut de l'Ă©paule de [=o]Renato.

Ce soir, mes petites mouches civiques, le Cybermonde a prouvĂ© qu’il savait encore produire de l’actualitĂ© avec la grĂące d’un ivrogne qui renverse une armoire sur un prĂȘtre. Nous avons du [=o]ValĂ©gro qui s’enflamme, du [=o]GĂ©ofront qui veut sortir du Royaume en claquant toutes les portes Ă  la fois, de la [=o]Sicilia qui reçoit des attentats sur son garagiste, de la [=o]Bouletie qui transforme la politique en fĂȘte permanente et de la [=o]RuthvĂ©nie qui cherche un roi comme on cherche une bougie dans une cave pleine de dĂ©mons.

Commençons par la grande Ă©lĂ©gance du soir, c’est Ă  dire [=o]Ranxerox contre [=o]Emile Liarr.

Le fait est assez clair, ce qui est dĂ©jĂ  suspect. [=o]Ranxerox, Ministre de la Justice par intĂ©rim de la [=o]RĂ©publique de Kraland, a lancĂ© un avis de recherche contre [=o]Emile Liarr pour crime politique arbitraire. VoilĂ  un chef d’accusation qui a la beautĂ© d’un caillou peint en rouge. Arbitraire. C’est presque honnĂȘte. La plupart des rĂ©gimes font semblant d’avoir une raison. [=o]Kraland, lui, met parfois le mensonge directement sur l’étiquette et appelle cela une simplification administrative.

Puis [=o]Kleo, c’est Ă  dire moi mĂȘme avec toute la modestie rĂ©glementaire, a entamĂ© un combat contre [=o]Emile Liarr. La police est intervenue. Elle m’a confisquĂ© quatre drogues et un collier de charme, ce qui est une maniĂšre trĂšs grossiĂšre de fouiller une artiste. [=o]Emile Liarr a Ă©tĂ© conduit en prison Ă  [=o]Fort Emouchet et j’ai dĂ©clarĂ© qu’il Ă©tait Ă  eux en demandant de ne pas trop l’abĂźmer parce que j’y tiens.

VoilĂ  une nuance que les historiens apprĂ©cieront. On peut livrer quelqu’un Ă  la justice et rester sentimentale. C’est mĂȘme plus propre. Le paquet est attachĂ©, le cƓur s’excuse et la toile fais son travail.

Ensuite [=o]Ranxerox a expĂ©diĂ© [=o]Emile Liarr au bagne d’[=o]Australine avec un joyeux anniversaire qui sentait moins le gĂąteau que la pelle dans la nuque. Puis il a annoncĂ© que ce serait dĂ©sormais [=o]Emile contre [=o]Ranxerox, sans fonction, sans enjeu politique et jusqu’à ce que mort s’ensuive. Enfin une diplomatie qui cesse de porter un chapeau. On range les discours, on sort les dents et on appelle ça rĂ©gler ses comptes Ă  l’elmĂ©rienne parce que dĂ©cidĂ©ment tout le monde aime emprunter les couteaux culturels des autres quand sa propre argenterie est sale.

Les concernés peuvent venir expliquer si ce duel est une crise de justice, une thérapie de couple politique ou simplement deux mùles qui ont trouvé un prétexte pour cogner sans lire la notice.

Pendant ce temps, [=o]Fort Emouchet n’a pas attendu qu’on lui demande son avis. Des Bourgeois DĂ©cadents sont entrĂ©s en rĂ©bellion, des manifestations insurrectionnelles ont Ă©clatĂ© contre le gouvernement de [=o]Kraland et l’hĂŽtel [=o]Le Domaine des Rois est devenu zone autonome pour vingt quatre heures. C’est magnifique. Une ville qui se transforme en pamphlet avec service de chambre. On entre pour dormir et on ressort peut ĂȘtre citoyen d’une moquette sĂ©paratiste.

[=o]Sysson a traitĂ© [=o]Ranxerox de cancer politique avec ce sens de la mesure que les diplomates perdent souvent quand les rues sentent la poudre. [=o]Logan Komikov a quittĂ© son poste pour rejoindre le [=o]Quartier SuprĂȘme et reprendre des prĂ©rogatives gouvernementales. Il a expliquĂ© qu’une dose de diplomatie Ă©tait nĂ©cessaire. Bien sĂ»r. Quand la ville produit des zones autonomes, des bagnes d’anniversaire et des cris d’ablation, la diplomatie arrive toujours aprĂšs avec une serpilliĂšre et un badge officiel.

Le [=o]ValĂ©gro peut donc venir tĂ©moigner. Les rebelles, les hĂŽteliers, les bourgeois dĂ©cadents, les diplomates en sueur et les gens qui ont Ă©crit traĂźtre sur les murs sont invitĂ©s au micro. Les autres aussi, s’ils promettent de ne pas repeindre le studio en crise institutionnelle.

Passons au [=o]Géofront, cette vieille plaie politique qui a décidé de saigner en public avec une certaine cohérence.

[=o]Ninoo Chantargent, [=o]Shiki Chantargent, [=o]Darth Leo, [=o]Mandy Chantargent, [=o]ZĂ©phiria de Pont-Krivell et [=o]Daofin Meur ont tous frappĂ© dans le mĂȘme tambour. Le [=o]Royaume de RuthvĂ©nie est critiquĂ©, dĂ©noncĂ©, accusĂ© de tyrannie, de colonialisme et de gestion dĂ©moniaque. [=o]Darth Leo affirme qu’une porte de sortie existe si la [=o]RuthvĂ©nie persiste dans sa tyrannie. [=o]Shiki Chantargent parle de libertĂ© et d’indĂ©pendance. [=o]Mandy Chantargent dit non au royaume des dĂ©mons.

On reconnaĂźt les grands moments politiques Ă  cette simplicitĂ© charmante. Quand plusieurs personnes rĂ©pĂštent chacune leur maniĂšre que le royaume doit lĂącher prise, ce n’est plus un murmure. C’est un mobilier qui tombe dans l’escalier.

La [=o]RuthvĂ©nie peut prĂ©tendre tenir son rang, ses couronnes et son vieux parfum de cave noble. Le [=o]GĂ©ofront, lui, rĂ©pond avec des pancartes, des discours, des manifestations et cette vieille phrase que toutes les monarchies dĂ©teste entendre. Nous voulons partir. Ce n’est pas encore une indĂ©pendance. C’est dĂ©jĂ  une gifle.

Les RuthvĂšnes concernĂ©s peuvent venir se dĂ©fendre. Les habitants du [=o]GĂ©ofront peuvent venir expliquer s’ils veulent l’autonomie, la RĂ©publique, l’indĂ©pendance ou simplement une semaine entiĂšre sans qu’un dĂ©mon regarde le trĂŽne avec des couverts Ă  la main.

Pendant que les provinces hurlent, la Course au TrĂŽne Maudit continue. Les scores tombent comme des os sur une table. [=o]Bladimir mĂšne avec trois listes, [=o]Golgoth suit avec deux, [=o]LachĂ©sis et [=o]Tormenta restent Ă  une liste chacun. La voix annonce que la [=o]RuthvĂ©nie est peut ĂȘtre Ă  une liste d’avoir son roi. C’est rassurant. Un royaume dont le souverain se dĂ©cide par dĂ©fi dĂ©moniaque ressemble moins Ă  une monarchie qu’à une tombola dans un caveau.

Mais ne soyons pas injustes. Au moins, ils comptent. Dans d’autres pays, on fait semblant d’avoir un systĂšme. Ici, on regarde des dĂ©mons donner les points et tout le monde sait exactement Ă  quel niveau de dĂ©cadence il participe.

Pendant ce temps, [=o]Kramara Kisugi a Ă©tĂ© nommĂ©e Arbitre des ÉlĂ©gances et a accordĂ© une mĂ©daille des bonnes maniĂšres Ă  [=o]Aelin Chantargent, dans une allocution si abĂźmĂ©e par le protocole ruthvĂšne que trois responsables communication ont probablement vieilli dans la phrase. C’est peut ĂȘtre ça, la vraie noblesse. Parler tellement rond que personne ne sait si l’on honore, si l’on insulte ou si l’on vient d’invoquer un notaire.

Le [=o]Royaume de RuthvĂ©nie peut donc respirer. Il n’a peut ĂȘtre pas encore totalement rĂ©solu la question du trĂŽne mais il a des mĂ©dailles, des Ă©lĂ©gances et des homards gĂ©ants qui agressent [=o]Jean-Messie de la Nation. C’est une forme d’équilibre.

À [=o]Sicilia, maintenant, la soirĂ©e a pris une odeur de mĂ©tal brĂ»lĂ©.

[=o]Trou Perdu a vu une sĂ©rie d’attentats frapper le [=o]Complexe Garagiste. Une victime Ă  chaque fois, des piĂšces qui s’écroulent et cette impression que quelqu’un a dĂ©cidĂ© d’expliquer la mĂ©canique Ă  coups de dĂ©tonation. Le mĂȘme bĂątiment a ensuite attirĂ© [=o]La fĂ©e Tide, qui a tentĂ© de fabriquer une fausse clef pour y entrer avant que la police de l’Empire Brun abandonne les poursuites par manque de moyens. Magnifique rĂ©sumĂ© de la bureaucratie impĂ©riale. La porte est visĂ©e, le crime est notĂ©, la poursuite expire et le dossier va mourir dans une armoire avec une dignitĂ© de mouche.

La [=o]Sicilia, elle, encaisse. Elle a aussi accueilli [=o]Renato M., dĂ©sormais domiciliĂ© Ă  [=o]Trou Perdu. VoilĂ  au moins une nouvelle correcte dans ce bouquet de suie. Un homme rejoint la ville pendant qu’un garage explose. Certains y verront un mauvais signe. Moi j’y vois une initiation locale. À [=o]Trou Perdu, on ne reçoit pas les nouveaux avec une corbeille de fruits. On leur montre d’abord quel bĂątiment vient de tomber, histoire qu’ils sachent oĂč ils mettent les pieds.

Les témoins des attentats peuvent venir parler. Ceux qui ont entendu, vu, senti ou profité du bruit pour régler une dette sont les bienvenus. Les mécanos survivants auront priorité si leurs sourcils ont repoussé.

Dans l’Empire Brun, les bourses ont aussi parlĂ©. [=o]Agatha a versĂ© cinq mille MØ au MinistĂšre des Affaires ÉtrangĂšres, mille MØ aux Services Secrets et un seul MØ au MinistĂšre de l’Information. Un seul. C’est petit, sec et presque artistique. Un budget pareil n’est plus une dotation. C’est une gifle enveloppĂ©e dans un reçu.

[=o]Monique Lemage, de son cĂŽtĂ©, a financĂ© l’Ambassade Brune auprĂšs du Royaume de RuthvĂ©nie Ă  [=o]Ruthvenville et a nommĂ© [=o]Kalogr von Krarovich ambassadeur. Elle a expliquĂ© qu’il fallait un meneur d’hommes et que survivre Ă  des siĂšcles de mariage avec [=o]Agatha devait le qualifier pour gĂ©rer quelques RuthvĂšnes. J’admets que l’argument est solide. Si vous avez menĂ© [=o]Agatha sans mourir de fatigue fiscale, vous pouvez probablement diriger une ambassade dans une piĂšce pleine de couronnes et de rancunes.

À [=o]Mystisie, le [=o]Temple de l’Amor a encore senti le problĂšme. Un bouton d’acnĂ© d’[=o]Ombre AcnĂ©ique a Ă©tĂ© converti en arme de destruction massive et a dĂ©clenchĂ© une alerte Ă  la bombe. Plus tard, [=o]Silas des Sables a transformĂ© la basilique de [=o]Naar en dispensaire mĂ©dical pour soigner les occupants et imposer une quarantaine. VoilĂ  le genre d’évĂ©nement que seule la [=o]Mystisie sait produire. On commence avec un bouton, on finit avec une zone contaminĂ©e et un prĂȘtre qui doit probablement se demander si le dieu de l’amour a lu son contrat.

[=o]Isariel a bafouillĂ© un discours ridicule sur la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre mais a tout de mĂȘme louĂ© [=o]Silas des Sables. C’est une chute honorable. On rate la politique gĂ©nĂ©rale mais on rĂ©ussis la flatterie locale. Il faut savoir sauver ce qui peut l’ĂȘtre.

À [=o]Santa Banana et [=o]Bagdad, la saga [=o]Al-KhaĂŻd continue avec ce mĂ©lange de deuil, de menace et de théùtre familial qui sent la tombe ouverte et le rhum trop fort. [=o]Shana Al-KhaĂŻd a rendu hommage Ă  [=o]Hasna, soupçonnant que la tombe soit vide et que sa sƓur ait simulĂ© sa mort. Puis un vandale a profanĂ© la tombe, comme si le cimetiĂšre lui mĂȘme avait dĂ©cidĂ© de participer au dĂ©bat successoral.

Plus tĂŽt, [=o]Shana Al-KhaĂŻd avait proclamĂ© la Loi Matinale Ă  [=o]Bagdad, interdisant de se lever avant onze heures et classant toute productivitĂ© prĂ©coce comme activitĂ© suspecte. Franchement, sur ce point, je refuse de critiquer trop fort. Le Cybermonde se porterais peut ĂȘtre mieux si davantage de gouvernants dormaient jusqu’à onze heures au lieu de signer des catastrophes au petit matin.

[=o]Sultan Omar Al KhaĂŻd a aussi agressĂ© [=o]Fawomane Ravenloft aprĂšs avoir tentĂ© de l’entraĂźner dans une bagarre. Le style [=o]Al-KhaĂŻd est constant. On discute peu, on frappe vite et les tombes servent d’archives familiales provisoires.

Les membres de la famille peuvent venir nier. Les morts aussi, s’ils ne le sont pas vraiment. Nous garderons le micro ouvert jusqu’à ce qu’une tombe rĂ©ponde.

En [=o]Bouletie, le [=o]Khanat ElmĂ©rien a fait ce qu’il sait faire de mieux, c’est Ă  dire transformer une province en foire politique avec tambours, loyautĂ©, machines Ă  pomper et menaces douces de rester soi mĂȘme. [=o]Rosalia de Pont-Krivell a dĂ©fendu la place de la [=o]Bouletie dans le Khanat et a soutenu [=o]Mademoiselle tandis que [=o]Tifa LockHeart rappelait que les terres de [=o]Bouletie resteront terres du Khanat. [=o]Lippos Aliagas a critiquĂ© le calme du Khanat et louĂ© [=o]Jeff Bizous, grand professionnel des machines Ă  pomper selon une doctrine Ă©conomique qui mĂ©rite au moins une inspection sanitaire.

[=o]Foulques Andissi a organisĂ© la fin de la YoupifĂȘte en prĂ©cisant qu’on pouvait critiquer les autres aprĂšs, parce que le libre arbitre c’est important. Puis il a remis des prix avec cette joie enfantine et dangereuse de ceux qui comptent eux mĂȘme les lots et savent dĂ©jĂ  qui gagne. [=o]Lippos Aliagas a mĂȘme reçu un DiplĂŽme de Bouletitude, rĂ©compense presque trop honnĂȘte pour ĂȘtre satirique.

La [=o]Bouletie peut venir confirmer si elle est une province, un parc d’attractions ou un comitĂ© permanent de remise de prix. Les trois rĂ©ponses seront acceptĂ©es si elles sont criĂ©es assez fort.

CĂŽtĂ© science, le Khanat a dĂ©couvert les [=o]Clones de Combat grĂące Ă  [=o]Nerdos Valkyry, tandis que la technologie [=o]Vol est passĂ©e dans le domaine public aprĂšs transmission de [=o]Tai Chy vers la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre. Pendant ce temps, [=o]Sophos a lancĂ© une recherche kralandaise sur le traitement des minerais d’or plus Ă©cologique en Moldavie, expliquant que les discours d’[=o]Emile et de [=o]PrĂ©cieuse faisaient peur aux oiseaux et aux ravageurs. C’est peut ĂȘtre la premiĂšre fois qu’un argument politique sert d’épouvantail officiel. Le progrĂšs avance. Il boite mais il avance.

En [=o]HĂ©lĂ©nie, [=o]Nbian a tentĂ© un attentat sur une infirmerie, a perdu son poste de Bourgmestre puis est morte au combat dans les sous sols de [=o]Bisouville, rongĂ©e par l’obsolescence programmĂ©e et par le fait qu’on l’appelait par trop de noms. VoilĂ  une fin hĂ©lĂ©nienne parfaite. On explose un bĂątiment, on perd une fonction et on disparaĂźt dans les sous sols avec une crise identitaire. MĂȘme les tragĂ©dies y portent des plumes de carnaval.

LĂ  bas, les attentats contre cages, prison, infirmerie, chantier d’hĂŽpital et maison se sont enchaĂźnĂ©s avec zĂ©ro victime mais beaucoup de gravats. L’[=o]HĂ©lĂ©nie demeure rebelle mais aussi trĂšs engagĂ©e dans l’effondrement immobilier. Chaque rĂ©gime a ses prioritĂ©s.

En [=o]Crab Key et aux [=o]KaraĂŻbes, [=o]Stefan de Crab a fini sa peine, a proclamĂ© son innocence puis a soutenu les [=o]Provinces IndĂ©pendantes. [=o]Lord Golgoth Ruthven a nommĂ© [=o]Roger Joli, [=o]Koinstradamus et [=o]Omble Sarcastique Ă  divers postes. [=o]Roger St Misles, lui, a appelĂ© [=o]Crab Key Ă  rejoindre la ConfĂ©dĂ©ration du Bisou. Il faut reconnaĂźtre que l’offre est claire. Rejoignez nous et faisons ensemble un monde parfait. Une phrase pareille devrait toujours ĂȘtre accompagnĂ©e d’une sortie de secours.

VoilĂ  donc la soirĂ©e. [=o]Ranxerox a trouvĂ© son rival. [=o]Emile Liarr a reçu un anniversaire en bagne. [=o]GĂ©ofront veut se dĂ©tacher du Royaume. [=o]Trou Perdu compte les morceaux de son garage. [=o]Agatha distribue l’argent comme une gifle graduĂ©e. [=o]Silas des Sables transforme une basilique contaminĂ©e en dispensaire. [=o]Shana Al-KhaĂŻd enquĂȘte sur une tombe peut ĂȘtre vide. La [=o]Bouletie danse autour de ses pompes et l’[=o]HĂ©lĂ©nie teste la soliditĂ© de ses bĂątiments avec une mĂ©thode discutable.

Fausse analyse impĂ©riale du soir, parce qu’il en faut bien une sinon les gens croient que l’information est gratuite. Chaque nation prĂ©tend avoir une doctrine mais toutes rĂ©vĂšlent la mĂȘme chose quand la nuit tombe. La [=o]RĂ©publique de Kraland appelle duel personnel ce qui commence par un avis de recherche. Le [=o]Royaume de RuthvĂ©nie appelle souverainetĂ© ce que ses provinces traitent de cage. Le [=o]Khanat ElmĂ©rien appelle fĂȘte ce qui ressemble Ă  un audit sous saucisse. La [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre appelle bisou ce qui pourrait devenir une annexion avec joue tendue. Le [=o]Paradigme Vert appelle justice ce qui commence par un rot dans un micro. Et l’Empire Brun, naturellement, appelle tout cela mardi, mĂȘme quand nous sommes samedi.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement. [=o]Ranxerox peut expliquer comment un anniversaire devient un bagne. [=o]Emile Liarr peut envoyer une carte postale depuis l’[=o]Australine. [=o]PrĂ©cieuse de Tomosan peut demander qu’on rende son mari lĂ©gĂšrement moins froissĂ©. [=o]Darth Leo, [=o]Shiki Chantargent et les autres voix du [=o]GĂ©ofront peuvent venir prĂ©ciser si la libertĂ© aura des rideaux. [=o]Y0gi peut Ă©galement intervenir mais nous prĂ©voyons une chaise vide par prudence.

Quant aux témoins anonymes, aux lùches non anonymes, aux victimes consentantes de la vérité, aux garagistes en ruine, aux tombeaux suspects, aux fées verbalisées, aux bourgeois autonomes et aux démons qui tiennent les scores, les lignes sont ouvertes.

12/07 (00:43) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir aux familles qui ont mangé leur repas sans devoir consulter quatre cartes (...)



Bonsoir aux familles qui ont mangĂ© leur repas sans devoir consulter quatre cartes militaires pour dĂ©terminer Ă  quel gouvernement appartient dĂ©sormais la cuisine. Bonsoir aux commerçants qui n’ont pas proclamĂ© leur comptoir indĂ©pendant du reste du bĂątiment et bonsoir aux criminels locaux qui continuent d’exercer leur profession avec ce sens rassurant de la tradition que les autres nations appellent de la brutalitĂ© uniquement parce qu’elles n’ont pas de savoir-vivre.

Ici Kleo, GĂ©nĂ©rale impĂ©riale et voix officielle d’une vĂ©ritĂ© que personne n’a demandĂ© mais que tout le monde mĂ©rite tout de mĂȘme. Ce soir nous allons parler du ValĂ©gro. Prenez donc quelque chose Ă  boire. Prenez en deux mĂȘme. Cette province a rĂ©ussi en une seule journĂ©e Ă  rĂ©unir des rĂ©volutionnaires lagomorphes une RĂ©publique occupĂ©e Ă  nettoyer ses propres bureaux un ancien prĂ©sident devenu bourgmestre une commissaire qui promet la sĂ©curitĂ© avec des parpaings au fond de l’étang et plusieurs gouvernements qui dĂ©fendent la paix avec la dĂ©licatesse d’un boucher aiguisant ses couteaux pendant une cĂ©rĂ©monie de mariage.

Le Valégro va bien.

C’est ce qu’ils rĂ©pĂštent.

Il faut donc commencer Ă  s’inquiĂ©ter.

Une ancienne musique impĂ©riale s’élĂšve depuis un gramophone posĂ© sous la toile. Quelques notes de cuivre rĂ©sonnent puis s’éteignent comme une marche funĂšbre qui aurait aperçu le programme de la soirĂ©e et prĂ©fĂ©rĂ© rentrer chez elle.

Il convient d’abord de comprendre le principe fondamental de la diplomatie kralandaise. La RĂ©publique ne conquiert jamais. Elle accompagne vers le Bonheur. Elle ne menace personne. Elle rappelle simplement avec insistance qu’un accident est vite arrivĂ©. Elle n’impose aucune doctrine. Elle vous invite seulement Ă  partager la sienne jusqu’à ce que toute autre opinion devienne un trouble Ă  l’ordre public. Cette philosophie remarquable permet de tendre la main Ă  un voisin tout en lui fouillant les poches avec l’autre et de prĂ©senter ensuite le rĂ©sultat comme une expĂ©rience de collaboration interculturelle.

Au ValĂ©gro cette mĂ©thode a trouvĂ© un terrain d’expĂ©rimentation particuliĂšrement fertile. Les tensions s’y accumulent depuis assez longtemps pour que les habitants reconnaissent dĂ©sormais la nationalitĂ© d’un discours simplement au bruit des bottes qui l’accompagne. Les Kralandais appellent Ă  l’unitĂ©. Les indĂ©pendantistes rĂ©clament qu’on les laisse respirer. Les RuthvĂšnes rappellent leurs intĂ©rĂȘts. Les habitants essayent surtout de savoir qui possĂšdera leur maison demain matin et les lapins ont fini par se constituer en force politique parce qu’il restait manifestement une chaise vide autour de la table.

C’est dans cette atmosphĂšre de sĂ©rĂ©nitĂ© armĂ©e que [=o]Logan Komikov a pris la parole Ă  plusieurs reprises. Il a soutenu la RĂ©publique. Il a soutenu la paix avec la RuthvĂ©nie. Il a critiquĂ© les Provinces IndĂ©pendantes. Il a dĂ©fendu [=o]PrĂ©cieuse de Tomosan. Il a encore soutenu la RĂ©publique puis il a demandĂ© Ă  tout le monde de ne pas frapper l’ensemble du gouvernement pour les dĂ©cisions de quelques-uns. Une performance diplomatique remarquable qui consistait Ă  distribuer simultanĂ©ment des fleurs des avertissements des condolĂ©ances et un dĂ©pliant sur le Bonheur Universel.

Il faut lui reconnaĂźtre une certaine constance. [=o]Logan souhaite sincĂšrement que chacun se calme. C’est seulement malheureux que son gouvernement paraisse passer son temps Ă  fournir de nouvelles raisons de ne pas le faire. Il demande aux habitants de ne pas briser ce que la RĂ©publique tente de construire pendant que les dĂ©cisions de cette mĂȘme RĂ©publique traversent la province avec la grĂące d’un taureau chargĂ© de briques. Il invoque la paix avant la rĂ©volte et le compromis avant le bĂąton tandis que quelque part derriĂšre lui un responsable semble dĂ©jĂ  sĂ©lectionner la taille du bĂąton.

Ce n’est pas contradictoire.

C’est kralandais.

Dans un de ses discours [=o]Logan a promis que la RĂ©publique tendrait toujours la main. Il aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© judicieux de prĂ©ciser ce qu’elle tenait dedans. Le peuple du ValĂ©gro a connu trop de trĂȘves rompues trop d’arrestations trop de promesses contradictoires et trop de grands projets dessinĂ©s par des Ă©trangers pour se jeter dans les bras du premier fonctionnaire venu avec une brochure rouge et un sourire administratif. Pourtant [=o]Logan continue d’avancer entre les ruines comme un prĂȘtre du dialogue ayant dĂ©couvert que son temple sert dĂ©sormais de dĂ©pĂŽt de munitions.

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est naĂŻf. La naĂŻvetĂ© possĂšde encore une forme de repos.

Il est courageusement optimiste ce qui est beaucoup plus dangereux.

Pendant qu’il suppliait chacun de ne pas sombrer dans l’anarchie une manifestation insurrectionnelle Ă©clatait Ă  Fort Emouchet avec un message adressĂ© Ă  [=o]Ranxerox dont la formulation ne laissait aucune place au doute ni Ă  la poĂ©sie. Trois Bourgeois DĂ©cadents entraient Ă©galement en rĂ©bellion. Ce qui nous rappelle que toute rĂ©volution vĂ©ritable finit toujours par attirer des gens suffisamment riches pour dĂ©tester le gouvernement et suffisamment dĂ©cadents pour apporter leur propre vin.

La RĂ©publique expliquait donc qu’elle Ă©tait lĂ  pour ramener la paix tandis qu’une partie de la population l’accusait d’avoir prĂ©cisĂ©ment dĂ©truit les accords qui permettaient encore de l’espĂ©rer. C’est une technique classique. Elle consiste Ă  mettre le feu aux rideaux puis Ă  entrer dans la piĂšce avec un seau d’eau et demander des applaudissements pour la rapiditĂ© de l’intervention.

On me signale que cette interprétation sera probablement contestée.

Les contestataires peuvent venir parler en direct. Nous avons prĂ©parĂ© une chaise confortable prĂšs du trĂŽne ainsi qu’une petite trappe dessous pour faciliter le dĂ©bat.

Mais toute crise politique a besoin d’un grand homme. Un esprit capable de s’élever au-dessus de la confusion et d’offrir au peuple une vision. Le ValĂ©gro trouva le sien en la personne de [=o]K’ Velzard qui occupait les fonctions de Premier Ministre avec la solennitĂ© d’un majordome ayant perdu le manuel de la maison.

Dans son allocution au peuple [=o]K’ Velzard annonça qu’il expĂ©dierait les affaires courantes jusqu’au retour des Ă©lus tout en shampouinant la moquette et en faisant les vitres. Il expliqua que le Premier Ministre prĂ©cĂ©dent avait refusĂ© son nouveau bureau et avait choisi de consacrer sa semaine libre Ă  du combat sans rĂšgle. Il rĂ©partit ensuite les tĂąches gouvernementales selon une logique mĂ©nagĂšre. [=o]Logan Komikov nettoyerait les façades. [=o]ZĂžra s’occuperait des coins sombres sous les meubles et [=o]Bogdan D’Arken ferait l’argenterie.

VoilĂ  un gouvernement enfin transparent.

Non pas parce qu’il rĂ©vĂšle ses comptes mais parce qu’il lave les fenĂȘtres.

À premiĂšre Ă©coute on pourrait croire que [=o]K’ Velzard se moque de la RĂ©publique. Il n’en est rien. Il la dĂ©crit. La frontiĂšre est mince mais elle existe. Dans les grandes puissances le personnel politique dissimule habituellement le vide derriĂšre des titres interminables et des cĂ©rĂ©monies pompeuses. À Kraland ils ont choisi une autre voie. Le chef du gouvernement se prĂ©sente directement comme le personnel mĂ©nager d’un Ă©difice dont les occupants changent si souvent que personne ne sait plus Ă  qui appartient la poussiĂšre.

Il a ensuite abordé la crise du Moldalégro ou de la Valédavie ou de la Moldavalegrovie selon le parchemin choisi. Les négociations avaient échoué. Les terrains destinés aux logements collectifs avaient réveillé une famille de nuisibles. Afin de protéger les champs de carottes contre ces lagomorphes rebelles le peuple fut invité à chanter des chants patriotiques à la gloire de Kraland.

L’opĂ©ration reçut un nom qui rĂ©sume Ă  lui seul plusieurs siĂšcles de doctrine militaire.

Les chants protĂšgent les champs.

Le Premier Ministre de la RĂ©publique recommandait donc Ă  ses citoyens de dĂ©fendre l’agriculture nationale contre des lapins indĂ©pendantistes par la musique patriotique. Dans d’autres pays cette idĂ©e aurait Ă©tĂ© rejetĂ©e par le ministĂšre de la Guerre puis par le ministĂšre de l’Agriculture puis par l’asile local. À Kraland elle devint une orientation gouvernementale avant le petit dĂ©jeuner.

La situation prit un tour encore plus majestueux lorsque [=o]K’ Velzard expliqua que Chouchou lui avait interdit de faire de la politique et qu’il n’en ferait donc pas. Cette dĂ©claration fut prononcĂ©e pendant un discours politique par un Premier Ministre ayant nommĂ© trois responsables gouvernementaux et annoncĂ© une stratĂ©gie de lutte contre des rebelles. Il faut admirer cette discipline. Peu de dirigeants sont capables de dĂ©sobĂ©ir aussi complĂštement tout en affirmant avec autant de sĂ©rieux qu’ils obĂ©issent.

Plus tard [=o]K’ Velzard reprit les ondes pour s’adresser directement Ă  Chouchou par les canaux publics car ses services de renseignement craignaient que son tĂ©lĂ©phone soit surveillĂ©. Il dĂ©cida donc de contourner l’espionnage Ă©tranger en diffusant sa conversation Ă  toute la planĂšte. Une manƓuvre si subtile que les espions eux-mĂȘmes ont probablement demandĂ© quelques heures pour comprendre Ă  quel moment ils avaient Ă©tĂ© vaincus.

Il raconta ensuite qu’une partie de l’armĂ©e slavone se trouvait Ă  Structural aprĂšs un jogging forestier un peu large. Il supposa que les membres restĂ©s sur place Ă©taient sans doute les mĂąles porte-bagages. Puis il revint naturellement aux lapins anti BTP et demanda s’il fallait les nourrir de carottes ou les farcir de pruneaux.

Mes petits pavés le monde change.

Autrefois les conseils de guerre dĂ©terminaient s’il fallait mobiliser la cavalerie ou envoyer l’infanterie. Aujourd’hui un Premier Ministre choisit l’accompagnement du civet.

Et le pire reste que la Tortue BlindĂ©e l’a ensuite agressĂ©. Peut-ĂȘtre Ă©tait-elle opposĂ©e aux pruneaux. Peut-ĂȘtre souhaitait-elle dĂ©fendre la cause animale. Peut-ĂȘtre avait-elle simplement entendu le discours. Quoi qu’il en soit elle frappa Ă©galement [=o]Logan Komikov et plus tard [=o]Layla Al-KhaĂŻd. La Tortue BlindĂ©e apparaĂźt donc comme la seule institution du secteur Ă  appliquer une politique vĂ©ritablement Ă©galitaire.

Elle ne négocie pas.

Elle distribue.

Pendant que le gouvernement central rĂ©curait l’argenterie Fort Emouchet accueillait son nouveau bourgmestre [=o]Jean-Luc Selriche. Ancien prĂ©sident confĂ©dĂ©rĂ© et dĂ©tenteur d’une Pastille du Bonheur celui-ci annonça avoir Ă©tĂ© envoyĂ© pour reprendre en main les rĂȘves du Fort. L’expression est belle. Elle permet d’éviter de dire les bĂątiments les institutions les habitants et tout ce qui peut ĂȘtre contrĂŽlĂ© sans avoir l’air de prendre le contrĂŽle.

Dans son discours d’investiture [=o]Jean-Luc Selriche demanda oĂč se trouvaient les perturbateurs les Manouchkra les paysans valĂ©grognards les travailleurs moldaves et les nobles ruthvĂšnes. AprĂšs avoir regardĂ© la population il conclut qu’il ne voyait que des Kamarades. Cela paraĂźt gĂ©nĂ©reux jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il vient d’effacer les identitĂ©s de tout le monde avant mĂȘme d’ouvrir officiellement son bureau.

Vous n’ĂȘtes plus RuthvĂšne.

Vous n’ĂȘtes plus ValĂ©grognard.

Vous n’ĂȘtes plus Manouch.

Vous ĂȘtes un Kamarade.

Quelle économie de formulaires.

Il promit une nouvelle Ăšre de respect de tolĂ©rance et de collectivisme. Son bureau resterait ouvert Ă  tous mais pas trop longtemps car il fallait tout de mĂȘme travailler. Cet Ă©quilibre subtil entre disponibilitĂ© dĂ©mocratique et impatience bureaucratique constitue probablement l’un des plus beaux rĂ©sumĂ©s de la RĂ©publique. Le citoyen peut venir parler. Il doit seulement avoir terminĂ© avant que l’administration ne se lasse de l’écouter.

À ses cĂŽtĂ©s se trouvait la Ministre elmĂ©rienne [=o]Tinylia CĂ©raty prĂ©sentĂ©e comme une invitĂ©e officielle devant ĂȘtre accueillie avec honneur. Un dĂ©tail charmant au milieu d’une province oĂč chaque visite Ă©trangĂšre ressemble dĂ©sormais soit Ă  une mission diplomatique soit Ă  une reconnaissance prĂ©alable du terrain. Mais ne soyons pas mĂ©fiants. La mĂ©fiance est une maladie impĂ©riale. Elle nous a seulement permis de survivre jusqu’ici.

SitĂŽt installĂ© [=o]Jean-Luc Selriche recommanda [=o]Kenza et la nomma Commissaire de Police. Celle-ci entreprit immĂ©diatement de rassurer la population avec la dĂ©licatesse d’un assassin essuyant lentement sa lame avant de demander si tout le monde se sent en sĂ©curitĂ©.

Son premier discours vantait [=o]Selriche comme un homme remarquable ayant rĂ©pandu le Bonheur Universel et mĂȘme guĂ©ri un paraplĂ©gique par l’imposition des mains. Elle demanda au peuple de lui faire confiance aveuglĂ©ment puis prĂ©cisa qu’il le devrait car un accident est vite arrivĂ©.

Une déclaration parfaitement rassurante.

Je dors déjà mieux.

Dans sa seconde allocution [=o]Kenza annonça qu’elle allait rĂ©tablir l’ordre et la tranquillitĂ©. Elle Ă©voqua des gens disparaissant Ă  la tombĂ©e de la nuit et trĂ©buchant dans l’étang avec des parpaings attachĂ©s aux chevilles. Elle assura que Fort Emouchet pouvait devenir dangereux pour les imprudents puis rappela que la premiĂšre maniĂšre d’éviter les ennuis consistait Ă  Ă©couter la police.

Les citoyens n’ayant rien à se reprocher pouvaient donc dormir tranquilles.

Les autres pouvaient probablement apprendre à respirer sous l’eau.

On reconnaĂźt ici l’efficacitĂ© kralandaise. Dans la plupart des rĂ©gimes une police menaçante cherche Ă  masquer ses mĂ©thodes derriĂšre un vocabulaire rassurant. [=o]Kenza prĂ©fĂšre annoncer directement les parpaings et l’étang. Il y a quelque chose d’honnĂȘte dans cette brutalitĂ©. Quelque chose de trĂšs Brun presque. Je l’aurais fĂ©licitĂ©e si elle n’avait pas utilisĂ© tout ce talent au service d’une autre banniĂšre.

Sa premiĂšre grande affaire concerna [=o]Layla Al-KhaĂŻd. Des policiers tentĂšrent de l’arrĂȘter Ă  plusieurs reprises. Elle fut accusĂ©e d’actes rĂ©prĂ©hensibles puis la commissaire ordonna le renforcement massif des effectifs afin de sĂ©curiser la zone. L’enquĂȘte fut transmise au juge et des sanctions fermes furent annoncĂ©es. Entre-temps [=o]Layla traversa les territoires et fut agressĂ©e par une Tortue BlindĂ©e.

Il paraĂźt que la justice suit son cours.

La Tortue a simplement pris un raccourci.

Il serait tentant de prĂ©senter [=o]Layla comme le cƓur de la crise mais le ValĂ©gro possĂšde dĂ©sormais trop de cƓurs et chacun bat dans une direction diffĂ©rente. Pour les autoritĂ©s elle reprĂ©sente une menace Ă  neutraliser. Pour ses proches elle devient sans doute la preuve d’un acharnement. Pour les habitants elle est une raison supplĂ©mentaire de fermer les volets. Pour Radio NĂ©crotoile elle constitue surtout un rappel utile. DĂšs qu’un gouvernement affirme avoir renforcĂ© massivement ses effectifs pour votre sĂ©curitĂ© il est prudent de vĂ©rifier si votre nom ne figure pas dĂ©jĂ  sur le parchemin qu’il tient derriĂšre son dos.

Toute crise politique digne de ce nom finit par produire une opposition organisée. Le Valégro a choisi [=o]Sir McRabbit.

Oui.

Un lapin.

À ce stade il serait mesquin de rire. Il est probablement l’un des rares intervenants de cette affaire Ă  avoir prĂ©sentĂ© une ligne politique cohĂ©rente du dĂ©but Ă  la fin.

[=o]Sir McRabbit expliqua que sa famille vivait dans les ruines et les dĂ©chets aprĂšs avoir Ă©tĂ© rĂ©veillĂ©e par les travaux et les dĂ©bris. Il accusa les responsables kralandais d’avoir bafouĂ© les accords de trĂȘve et jugea la RuthvĂ©nie trop affaiblie pour garantir l’avenir de la province. Il salua le gouverneur local puis appela Ă  une voie indĂ©pendante pour les lapins les humains les paysans et les Manouch du voyage.

Le discours possédait une structure claire. Un constat. Une critique. Une proposition.

Cela le place déjà au-dessus de plusieurs ministres.

Il faut comprendre ce que reprĂ©sente ce moment. Les lapins ne sont plus de simples nuisibles dans les rapports administratifs. Ils deviennent un peuple politique. Ils possĂšdent une mĂ©moire des ruines une lecture des accords rompus et une conception de l’indĂ©pendance. Ils demandent que le ValĂ©gro cesse d’ĂȘtre une table de banquet autour de laquelle Kraland RuthvĂ©nie et les Provinces IndĂ©pendantes dĂ©coupent la province en se disputant la meilleure part.

Face à cela la réponse du gouvernement fut de parler de nuisibles et de civet.

L’Histoire retiendra peut-ĂȘtre que la guerre du ValĂ©gro a commencĂ© parce qu’un Premier Ministre hĂ©sitait entre les carottes et les pruneaux.

Ce serait injuste.

Elle avait commencé bien avant.

Mais ce serait beaucoup plus drĂŽle.

La prĂ©sence de ces lapins rĂ©vĂšle surtout l’échec des puissances traditionnelles. Lorsque mĂȘme les crĂ©atures vivant dans les dĂ©combres jugent nĂ©cessaire de rĂ©diger leur propre doctrine politique c’est que les gouvernements ont cessĂ© depuis longtemps de reprĂ©senter autre chose qu’eux-mĂȘmes. Kraland promet le Bonheur. La RuthvĂ©nie promet la continuitĂ©. Les indĂ©pendantistes promettent la libertĂ©. Chacun demande la confiance du peuple et chacun possĂšde derriĂšre lui une pile de raisons pour lesquelles cette confiance n’existe plus.

VoilĂ  pourquoi les lapins parlent.

Personne d’autre ne semble Ă©couter.

Une araignĂ©e messagĂšre descend le long d’un fil avec un parchemin roulĂ©. [=o]Kleo l’ouvre lentement puis demeure silencieuse quelques secondes.

On m’indique que certains responsables kralandais considùrent le mouvement lapin comme une menace pour le bñtiment et l’agriculture.

Quelle surprise.

Quand les habitants demandent l’indĂ©pendance ils sont manipulĂ©s. Quand les lapins la demandent ils sont nuisibles. Quand les bĂątiments eux-mĂȘmes commenceront Ă  rĂ©clamer leur autonomie Kraland accusera probablement les fondations d’ĂȘtre rĂ©actionnaires.

Le plus inquiĂ©tant dans la crise du ValĂ©gro n’est peut-ĂȘtre pas la violence. Le Cybermonde connaĂźt la violence. Il l’entretient avec application. Le plus inquiĂ©tant est la fragmentation. Chaque bĂątiment chaque groupe et chaque symbole peut devenir le point de dĂ©part d’une nouvelle souverainetĂ©. Le Campus Universitaire l’Élite ValĂ©grognarde devint une zone autonome. Ailleurs en Bouletie l’hĂŽtel Le Bar-man se transforma en enclave kralandaise puis son comptoir et ses toilettes furent proposĂ©s comme enclave elmĂ©rienne dans l’enclave kralandaise dĂ©jĂ  situĂ©e dans une autre province.

Cela ne concerne pas directement le Valégro mais illustre la maladie générale.

Les frontiĂšres ne suivent plus les cartes.

Elles suivent les comptoirs.

À Fort Emouchet l’autonomie du campus ajoutait donc une couche supplĂ©mentaire Ă  un territoire dĂ©jĂ  disputĂ©. La RĂ©publique installait ses responsables. Les indĂ©pendantistes mobilisaient. Les lapins rĂ©clamaient leur voie. La police cherchait [=o]Layla. Les habitants devaient comprendre quel discours Ă©couter et quelle banniĂšre reconnaĂźtre tandis que les crĂ©atures locales agressaient les reprĂ©sentants de chaque camp avec une impartialitĂ© que notre rĂ©daction salue encore.

Au milieu de cette cacophonie [=o]Keryn Valombre fit construire une chapelle consacrĂ©e Ă  la Dame de l’Étang. Son discours invitait les habitants Ă  travailler ensemble Ă  demander de l’aide et mĂȘme Ă  parler aux plantes. Il Ă©voqua les champs les voisins les mains unies et les paroles bienveillantes adressĂ©es aux salades.

Dans une autre province cela aurait semblé doucement mystique.

À Fort Emouchet c’était presque un plan de gouvernement.

Les lĂ©gumes sont probablement les derniers habitants auxquels personne n’a encore promis le Bonheur par dĂ©cret. Ils devraient profiter de ce rĂ©pit.

La chapelle elle-mĂȘme reprĂ©sente cependant quelque chose de plus profond. Lorsque les institutions politiques Ă©chouent les gens cherchent ailleurs une forme d’ordre. Dans la foi dans les communautĂ©s locales dans les familles ou dans une conversation matinale avec un plant de tomate. [=o]Keryn proposait une vision fondĂ©e sur l’attention rĂ©pĂ©tĂ©e et la coopĂ©ration. À quelques rues de lĂ  la police parlait de disparitions nocturnes et de parpaings.

Le Valégro avait donc le choix entre murmurer à ses salades ou dormir sans rien avoir à se reprocher.

Je recommande les salades.

Elles déposent rarement des accusations.

La vĂ©ritĂ© est que cette province ne se trouve plus simplement au cƓur d’un conflit entre Kraland et la RuthvĂ©nie. Elle devient le symbole de tout ce que le Cybermonde produit lorsqu’il applique plusieurs doctrines incompatibles au mĂȘme territoire. Le Bonheur kralandais veut absorber les diffĂ©rences. La monarchie ruthvĂšne veut prĂ©server ses liens et son influence. Les Provinces IndĂ©pendantes veulent dĂ©tacher les peuples des couronnes et des administrations centrales. Les habitants veulent continuer Ă  vivre. Les lapins veulent qu’on cesse de dĂ©truire leurs terriers.

Tout le monde possĂšde une cause.

Personne ne possĂšde la sortie.

Et pendant que chacun revendique sa part du ValĂ©gro l’Empire Brun observe depuis ses palais avec la tranquillitĂ© de ceux qui n’ont pas besoin de rebaptiser leurs conquĂȘtes en projets humanitaires. Nous avons nos dĂ©fauts. Ils sont nombreux magnifiques et parfois armĂ©s. Mais au moins nous ne faisons pas semblant qu’une occupation est un cĂąlin administratif ni qu’une menace au bord d’un Ă©tang constitue une politique de prĂ©vention.

Chez nous le danger porte généralement un uniforme convenable.

C’est tout de mĂȘme plus Ă©lĂ©gant.

Ainsi se referme le premier acte de cette tragĂ©die valĂ©grognarde. [=o]Logan Komikov demande la paix tout en dĂ©fendant une RĂ©publique dont les gestes dĂ©truisent sa crĂ©dibilitĂ©. [=o]K’ Velzard transforme le gouvernement en service mĂ©nager et la crise indĂ©pendantiste en dĂ©bat culinaire. [=o]Jean-Luc Selriche promet de reprendre les rĂȘves du Fort pendant que [=o]Kenza rappelle aux habitants que la sĂ©curitĂ© commence par une obĂ©issance parfaite et se termine parfois au fond d’un Ă©tang. [=o]Sir McRabbit donne une voix aux lapins des ruines et [=o]Keryn Valombre conseille de parler aux lĂ©gumes car eux au moins n’ont encore signĂ© aucun traitĂ©.

Tout cela pourrait sembler ridicule si les consĂ©quences n’étaient pas aussi rĂ©elles. DerriĂšre les discours les arrestations et les plaisanteries se trouve une province dont les habitants voient leur avenir dĂ©cidĂ© par des forces qui se disent toutes protectrices. Chacun apporte sa paix particuliĂšre. La paix kralandaise avec ses commissaires. La paix ruthvĂšne avec ses anciennes attaches. La paix indĂ©pendante avec ses ruptures. À force de recevoir tant de paix le ValĂ©gro finira peut-ĂȘtre par ne plus avoir un seul mur debout pour l’abriter.

Mais notre histoire ne s’arrĂȘte pas ici.

Car au centre de cette crise se trouve Ă©galement une affaire d’amour d’arrestation de bagne et de mariage improvisĂ©. Une femme a choisi de renoncer Ă  sa fonction pour rejoindre son fiancĂ©. Elle fut arrĂȘtĂ©e. Elle rĂ©clama son transfert. Le gouvernement kralandais fut accusĂ© d’avoir brisĂ© les accords. Le Royaume intervint. Les journaux prirent position. Puis au milieu de l’Australine et de ses gardiens deux amants dĂ©cidĂšrent que la meilleure maniĂšre de rĂ©pondre Ă  la catastrophe consistait Ă  se marier immĂ©diatement.

Une idée romantique.

Donc évidemment dangereuse.

Dans la prochaine partie nous parlerons de [=o]PrĂ©cieuse de Tomosan et de [=o]Emile Liarr. Nous verrons comment une arrestation a nourri une crise diplomatique comment un sĂ©jour au bagne s’est transformĂ© en voyage de noces et comment l’administration a involontairement organisĂ© le mariage le plus carcĂ©ral du Cybermonde.

Les proches les policiers les ministres les gardiens les anciens fiancés maudits et les bouquets de fleurs ayant assisté aux événements peuvent nous transmettre leur version.

Les autres peuvent inventer.

C’est dĂ©jĂ  ce que font les gouvernements.

Une patte de Kleo se pose sur le levier du microphone tandis que les chandelles vacillent derriĂšre elle. La musique impĂ©riale revient lentement et les ombres des crĂąnes s’allongent sur le velours.

Vous écoutiez Radio Nécrotoile.

La vérité y entre librement.

Elle en ressort rarement intacte.

13/07 (00:46) Radio NĂ©crotoile  
Le lapin Mcrabbit prétend venir des sous-sols cousine, en Republike, ceux qui viennent des sous sols sont des déviants ... Normal que sa famille (...)
Le lapin Mcrabbit prétend venir des sous-sols cousine, en Republike, ceux qui viennent des sous sols sont des déviants ...
Normal que sa famille s'est faite bétonner.
Il a qu'à faire comme tous l'monde et vivre en caravane ou en hlm mais c'est moins stylé !

13/07 (06:03) Manouch'Kra  
Kleo reste un instant silencieuse devant le message de Manouch'Kra, les pattes croisées avec cette gravité terrible des araignées qui (...)
Kleo reste un instant silencieuse devant le message de Manouch'Kra, les pattes croisées avec cette gravité terrible des araignées qui viennent de découvrir une explication sociologique parfaitement indéfendable mais délicieuse.

Ah.

Donc le lapin McRabbit viendrait des sous-sols.

Elle penche lentement la tĂȘte, ses yeux bleus brillant comme deux lanternes au-dessus d’un terrier judiciaire mal fermĂ©.

Je comprends mieux.

Tout s’explique.

Le goĂ»t de la clandestinitĂ©, l’obsession du terrier, cette façon de surgir sous les fondations avec la petite dignitĂ© tragique des choses qui ont Ă©tĂ© oubliĂ©es derriĂšre une conduite d’égout. Il ne s’agissait donc pas seulement d’un lapin politique. C’était un lapin de cave.

Et en Républik, paraßt-il, les choses qui sortent des sous-sols sont des déviances avec des moustaches.

Cela dit, cousine, je reconnais qu’il y a dans cette histoire une poĂ©sie du bĂ©ton assez admirable. La famille s’est faite couler dessus et le survivant vient maintenant rĂ©clamer une place au soleil avec ses petites pattes pleines de poussiĂšre. C’est presque Ă©mouvant.

Presque.

Mais enfin, il faut aussi savoir vivre avec son époque. Tout le monde ne peut pas habiter dans une caravane avec panache ou dans un HLM avec cette noble résignation des gens qui ont compris que le plafond fuit mais au moins il existe.

McRabbit, cher petit ambassadeur du terrier contrarié, la rédaction vous invite donc à clarifier votre situation.

Êtes-vous un lapin des sous-sols.

Un lapin déviant.

Un lapin indépendant.

Ou simplement un rongeur politique qui cherche encore la sortie du chantier familial.

Les lignes sont ouvertes.

Mais si vous venez répondre, évitez de creuser sous le studio.

La derniĂšre chose dont Radio NĂ©crotoile a besoin, c’est d’un dĂ©bat souterrain avec des oreilles.



Bonsoir aux fidĂšles de [=o]Sicilia, aux habitants de [=o]Trou Perdu qui savent encore distinguer une explosion d’un feu de joie, aux taverniers qui comptent leurs verres avant leurs clients, aux familles qui ferment leurs volets quand le monde se met Ă  parler trop fort, aux ministres bruns qui signent dans l’ombre, aux criminels locaux qui ont au moins la politesse de salir le pavĂ© avec un peu de style et aux Ă©trangers qui nous Ă©coutent par accident en croyant encore avoir droit Ă  une opinion.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun et journaliste parfaitement impartiale puisque je mĂ©prise presque tout le monde avec un sens trĂšs dĂ©veloppĂ© de la hiĂ©rarchie.

Nous allons parler de ce treize juillet oĂč le Cybermonde a encore voulu se donner une importance historique alors qu’il ressemblait surtout Ă  une auberge mal tenue pendant une succession. Il y a eu des trĂŽnes offerts pour vingt quatre heures, des provinces qui rĂąlent, des restaurants qui s’écroulent, des lapins politiques, des impĂŽts punitifs, des tartes Ă  la crĂšme, des scieries en morceaux et des gens qui appellent tout cela la vie publique.

C’est faux.

C’est pire.

C’est de la politique.

Commençons par [=o]Sicilia, parce qu’il faut toujours commencer par le sol qui sait encore vous reconnaĂźtre quand vous tombez dessus. À [=o]Trou Perdu, la journĂ©e avait cette Ă©lĂ©gance locale que les Ă©trangers prennent pour du dĂ©sordre parce qu’ils ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s loin des vraies traditions. [=o]Jaylie Dei Machiavelli a fĂ©licitĂ© [=o]Dusk et Aurora pour leur Ă©lection avec une prĂ©cision grammaticale digne d’un couteau lancĂ© depuis une fenĂȘtre. Son, leurs Ă©lection. Faites pas chier, bravo. VoilĂ  un discours de gouvernance que j’apprĂ©cie. Court, sec, local et suffisamment flou pour que personne ne puisse prouver qu’il a Ă©tĂ© mal compris.

[=o]Benkaa Dei Machiavelli a Ă©tĂ© nommĂ© Intendant. C’est une nouvelle rassurante, parce que dans une ville comme [=o]Trou Perdu, l’intendance n’est pas un poste administratif. C’est une forme de domptage des dĂ©combres. Il faut savoir oĂč poser les murs, Ă  qui appartient la serrure, quel commerce respire encore et combien de temps il reste avant que quelqu’un essaye de voler une plaque de protection dans un armurier qui s’appelle [=o]Aux jouets Kara-binĂ©s. Sur ce dernier point, [=o]Ragnar L.R Dei Machiavell a visiblement pris l’expression au pied de la lettre avec la persĂ©vĂ©rance d’un homme qui confond discrĂ©tion et rĂ©pĂ©tition. Une tentative. Puis une autre. Puis encore. La police du Cybermonde a vu. La police de l’Empire Brun aussi. Mais les policiers Ă©tait au bal de la police.

Je le dis sans ironie excessive. VoilĂ  une excuse locale parfaite.

Un vol pendant que les policiers dansent, ce n’est pas une faillite de l’ordre public. C’est une chorĂ©graphie institutionnelle

[=o]Kara de Pont-Krivell, dans ce mĂȘme parfum de poussiĂšre et de bon sens, a rappelĂ© une rĂšgle essentielle. On ne construit pas sur la plage. C’est la litiĂšre des chats. Merci. VoilĂ  une civilisation. Les autres nations Ă©crivent des constitutions. [=o]Sicilia protĂšge la plage parce qu’un chat pourrait avoir des principes territoriaux. On appelle ça une hiĂ©rarchie saine des prioritĂ©s.

Voilà qui nous conduit naturellement au grand théùtre des couronnes en solde.

La [=o]RuthvĂ©nie, dans sa sagesse monarchique habituelle, a dĂ©cidĂ© de confier son trĂŽne Ă  une compĂ©tition dĂ©moniaque. Je voudrais que chacun mesure l’élĂ©gance du procĂ©dĂ©. Dans d’autres pays, on vote, on hĂ©rite, on assassine, on falsifie ou l’on attend qu’un vieux souverain tombe dans l’escalier. En [=o]RuthvĂ©nie, on invoque des dĂ©mons, on court aprĂšs des listes, on rend des discours et l’on dĂ©couvre ensuite que le prix Ă©tait le trĂŽne pour vingt quatre heures. Une journĂ©e. Un roi de location. Une couronne avec sablier inclus.

[=o]Ombre MĂ©phitique a d’abord attendu [=o]LachĂ©sis qui avait presque une heure de retard. Il y a des retards qui sont mondains, des retards qui sont stratĂ©giques et puis il y a celui d’une impĂ©ratrice dans une course au trĂŽne dĂ©moniaque. Celui lĂ  a le goĂ»t d’un couloir trop long, d’un message de [=o]Monique Lemage Ă©crit avec une politesse inquiĂšte et d’un destin qui regarde sa montre en grinçant des dents. L’Empire Brun n’arrive jamais en retard. Il laisse simplement le monde s’agiter avant de dĂ©cider si cela mĂ©rite sa prĂ©sence. Je prĂ©cise que cette phrase est une vĂ©ritĂ© impĂ©riale et non un aveu.

Puis le rĂ©sultat est tombĂ©. [=o]Golgoth Ruthven gagne. [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin termine second. [=o]Tormenta Ruthven arrive troisiĂšme. [=o]LachĂ©sis reçoit le dĂ©licieux privilĂšge d’ĂȘtre la derniĂšre et un cadeau spĂ©cial dĂ©mon censĂ© l’aider Ă  arriver Ă  l’heure. La [=o]RuthvĂ©nie a donc obtenu un roi pour une durĂ©e si courte qu’un bon repas de famille peut la dĂ©passer. [=o]Lord Golgoth Ruthven remplace [=o]Tormenta Ruthven comme Roi et [=o]Tormenta descend au Travail comme si la monarchie venait d’inventer le stage obligatoire.

À ce point, il ne faut pas se moquer trop vite. Une couronne pour vingt quatre heures a une qualitĂ© rare. Elle ne laisse pas assez de temps pour ruiner complĂštement une nation. C’est presque moderne.

[=o]Bladimir reçoit un ministĂšre de la PĂȘche, de la BiĂšre et du Football. VoilĂ  enfin une institution ruthvĂšne crĂ©dible. Il y a des peuples qui se rassemblent autour de grandes constitutions. D’autres autour d’un hymne. La [=o]RuthvĂ©nie semble avoir compris que la vĂ©ritable stabilitĂ© politique repose sur des filets, des chopes et des gens qui crient autour d’un ballon. Je ne peux pas condamner entiĂšrement. C’est idiot mais il y a du bois solide dans cette idiotie.

Quant aux dĂ©mons, ils ont offert des souvenirs et menacĂ© d’appeler les darons si l’on osait les rĂ©-invoquer. La menace est claire. La prochaine fois, l’enfer enverra les parents. Ce qui, dans beaucoup de familles nobles, constitue effectivement une escalade militaire.

Les RuthvÚnes peuvent venir défendre cette méthode de gouvernement. Les démons peuvent déposer une réclamation. Les perdants peuvent expliquer que vingt quatre heures de trÎne ne vaut pas une dignité froissée. La maison fournit les mouchoirs mais pas la crédibilité.

Permettez-moi maintenant de tirer un fil vers [=o]GĂ©ofront, car lorsqu’une province rĂ©pĂšte toute la journĂ©e qu’elle veut partir, il serait impoli de ne pas tendre l’oreille.

[=o]GĂ©ofront a parlĂ©. Beaucoup. Trop selon les standards de certains royaumes. Pas assez selon les standards d’une province qui dĂ©couvre que sa colĂšre a enfin une acoustique. [=o]Malcom Ravenloft a rappelĂ© les nuits blanches des laboratoires de [=o]Sanctuaire, la dette technologique du Royaume et le traitĂ© que ses habitants estiment avoir dĂ©fendu. [=o]Alice Ravenloft a parlĂ© de signe, de pĂȘche fructueuse, de Grande DĂ©esse et de ce Royaume de l’enfance qui semble disparaĂźtre comme un portrait qu’on laisse sous la pluie. [=o]ZĂ©phiria de Pont-Krivell, [=o]Ninoo Chantargent, [=o]Mandy Chantargent, [=o]Soeur Shoshana von Zyklon et d’autres voix ont toutes frappĂ© le mĂȘme mur. Le Royaume ne protĂšge plus. Le Royaume taxe. Le Royaume pactise avec des dĂ©mons. Le Royaume Ă©coute mal. Le Royaume n’a plus le droit de demander l’amour de ses provinces quand il ne sait mĂȘme plus garder leur confiance.

Les voix du [=o]GĂ©ofront s’est levĂ©es avec une obstination qui mĂ©rite l’attention. On y parle d’indĂ©pendance, de [=o]Provinces IndĂ©pendantes, de Seele, de fin d’occupation et de rupture avec le Royaume. C’est une chose trĂšs dangereuse, la rĂ©pĂ©tition. Une insulte rĂ©pĂ©tĂ©e devient une rĂ©putation. Une plainte rĂ©pĂ©tĂ©e devient une revendication. Une revendication rĂ©pĂ©tĂ©e devient un drapeau.

Et que fait la [=o]RuthvĂ©nie pendant ce temps. Elle envoie des appels Ă  l’allĂ©geance et des impĂŽts qui montent. [=o]Jean-Messie de la Nation modifie les taux de [=o]GĂ©ofront et de [=o]Crab Key, puis explique avec cette langue moitiĂ© royaume moitiĂ© bureau d’import export que la volontĂ© royale attend un retour d’appel. Ah, le retour d’appel. Toute monarchie finit un jour par ressembler Ă  un crĂ©ancier qui laisse un message poli avant d’envoyer les chiens.

Il y a lĂ  une contradiction parfaite. La couronne demande de l’allĂ©geance Ă  des gens qui expliquent prĂ©cisĂ©ment que l’allĂ©geance leur Ă©touffe la gorge. Elle rĂ©clame l’unitĂ© en serrant le portefeuille. Elle dĂ©couvre ensuite que le peuple gronde. Les taxes ont servis de sermon avec facture jointe. Il est fascinant de voir une noblesse Ă©tonnĂ©e que la mule rue aprĂšs avoir reçu la selle, la bride, le bĂąton et le reçu.

[=o]GĂ©ofront, tu peux venir parler. Les partisans de l’indĂ©pendance, les nostalgiques du Royaume, les seeliens, les laborantins, les gens qui ont des traitĂ©s dans une main et une torche dans l’autre, les lignes sont ouvertes. La [=o]RuthvĂ©nie peut aussi rĂ©pondre si elle trouve une formule qui ne ressemble pas Ă  un impĂŽt dĂ©guisĂ© en cĂąlin.

Mais avant de quitter cette province qui grince, je voudrais attirer votre attention sur [=o]Soeur Shoshana von Zyklon. Un roi qui pactise avec les dĂ©mons et finit troisiĂšme du dĂ©fi, dit-elle en substance, est peu convaincant. C’est injuste. Le roi n’a pas simplement pactisĂ© avec des dĂ©mons. Il a Ă©tĂ© remplacĂ© par celui qui a gagnĂ© le concours des dĂ©mons. La nuance est mince mais elle brille comme une lame.

Passons au [=o]ValĂ©gro, oĂč la [=o]RĂ©publique de Kraland continue de prouver que le Bonheur Universel est compatible avec les enclumes, les rebelles, les primes et les discours qui sentent la peinture fraĂźche sur une cellule.

[=o]Jean-Luc Selriche, devenu Bourgmestre de [=o]Fort Emouchet, s’est versĂ© une prime de cent FK avant d’expliquer que tout allait trĂšs bien en Moldavie. Quand un responsable politique commence par dire que tout va trĂšs bien, vĂ©rifiez immĂ©diatement les caves, les prisons et les fenĂȘtres. Il a parlĂ© de deux Moldavie non plus face Ă  face mais cĂŽte Ă  cĂŽte. C’est beau. Deux catastrophes cĂŽte Ă  cĂŽte restent une catastrophe mais avec plus de symĂ©trie. Il a ensuite Ă©voquĂ© l’Australinisation d’[=o]Emile Liarr, dĂ©clarant en rĂ©sumĂ© que le camarade avait Ă©tĂ© accusĂ©, jugĂ©, reconnu coupable et condamnĂ© en moins de cinq minutes tant les preuves Ă©tait flagrantes, mais qu’il n’avait pas accĂšs au dossier. VoilĂ  une merveille d’administration rouge. On ne sait rien mais tout est certain. On n’a pas le dossier mais la vĂ©ritĂ© est formelle. On ne voit pas les preuves mais elles brillent tellement qu’il faut dĂ©tourner les yeux.

Puis vient le dĂ©dommagement Ă  [=o]PrĂ©cieuse de Tomosan. Cent FK pour supporter seule ses charges aprĂšs la perte de son fiancĂ©. C’était cinquante au dĂ©part, dit [=o]Selriche, mais il a forcĂ©. La gĂ©nĂ©rositĂ© kralandaise a donc doublĂ© le prix d’une tragĂ©die domestique. Nous sommes face Ă  une civilisation capable de transformer un drame amoureux en remise administrative, puis de se fĂ©liciter d’avoir ajoutĂ© la monnaie pour que l’humiliation sonne mieux sur la table.

[=o]Sir McRabbit parlemente, [=o]Ranxerox abandonne le combat, les rebelles frappent, les bourgeois dĂ©cadents entrent en rĂ©bellion, [=o]Sysson tente de rendre un hĂŽtel autonome et [=o]Kenza place les gens sous surveillance. Chacun pose sa brique sur l’édifice. Les lapins a leurs terriers, les rouges ont leurs formulaires, les insurgĂ©s ont leurs murs et la ville se retrouve au milieu, tirĂ©e comme une nappe pendant un banquet oĂč personne n’a assez de bonnes maniĂšres pour lĂącher les couverts.

Le [=o]Valégro est devenu ce que [=o]Kraland fait de mieux quand il veut rassurer le monde. Un problÚme avec un drapeau impeccable.

Les Valégrognards peuvent venir nier. Les lapins peuvent gratter au micro. [=o]Jean-Luc Selriche peut expliquer encore une fois que tout va bien. Nous promettons de ne pas rire avant la troisiÚme phrase.

Il faut aussi parler du [=o]Khanat ElmĂ©rien, parce qu’un pays qui rĂšgle ses tensions Ă  coups de tartes Ă  la crĂšme et de technologies volantes mĂ©rite au moins un regard depuis notre cathĂ©drale de fumĂ©e.

Dans la [=o]Bouletie et la [=o]Bananie, [=o]Tifa LockHeart reçoit des soutiens pour devenir Grande Khane. [=o]Pigeon Ronron vote pour elle au nom de l’[=o]ElmĂ©rie, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 vote pour elle au nom de la [=o]Capsulie et une organisation secrĂšte [=o]ACTION ANTI-TIFASCISTE surgit comme une mauvaise herbe politique sous un palais. Dans le mĂȘme mouvement, les tartes Ă  la crĂšme volent. [=o]Light Deathnote vise [=o]Tifa, [=o]Passe-Muraille rate sa cible, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 atteint [=o]Aurelthar et chacun semble croire que la pĂątisserie est une forme de doctrine.

Ce n’est pas idiot. Une tarte Ă  la crĂšme a au moins l’honnĂȘtetĂ© de laisser une preuve sur le visage.

[=o]Tifa parle d’entente possible, de Boulets qui marchent pendant que d’autres volent et de peuples qui peuvent Ă©voluer ensemble mĂȘme si personne ne comprend le plan de l’espace. C’est trĂšs Khanat. On commence par une crise de reprĂ©sentativitĂ©, on finit par une mĂ©taphore aĂ©rienne et quelqu’un pompe une unitĂ© d’exploitation en arriĂšre-plan. [=o]Kubilai Khan Seraven pompe encore et encore pour rĂ©colter une UE, ce qui prouve que dans le doute, le Khanat prĂ©fĂšre une action rĂ©pĂ©titive Ă  une pensĂ©e trop prĂ©cise.

Il y a pourtant lĂ  une vĂ©ritĂ© que les nations plus policĂ©es oublient. Le Khanat vit parce qu’il accepte sa propre absurditĂ©. Il ne la cache pas derriĂšre un velours royal ou un lexique rĂ©volutionnaire. Il la peint, la tape avec une tarte, la met sur un cheval, la fait voler et l’appelle tradition. C’est primitif, peut-ĂȘtre. C’est efficace, parfois. C’est bruyant, souvent. Mais au moins, quand une crise Ă©clate lĂ -bas, on voit la crĂšme.

Les Khanates, les anti-Tifascistes, les partisans de la tarte et les dĂ©fenseurs du pompage peuvent venir expliquer leur doctrine. Nous accepterons les graphiques s’ils sont comestibles.

Mais pendant que les tartes volent, la vraie guerre se lĂšve ailleurs.

[=o]Kraland et le [=o]Paradigme Vert se retrouvent en guerre aprĂšs que des paramilitaires venus de la RĂ©publique ont tirĂ© sur le palais du Gouverneur de l’[=o]Île aux Kanards. [=o]Logan Komikov propose ensuite la paix avec un discours de confusion presque touchant, parlant d’un groupe dissident armĂ© kralandais, de faux drapeau et de la promesse de colmater chaque trou de balle Ă  leurs propres frais grĂące Ă  la [=o]B.I.T.E. La [=o]RĂ©publique de Kraland est magnifique dans ces moments. Elle arrive avec un incendie derriĂšre elle et demande que tout le monde reste calme pendant qu’elle cherche le seau, le responsable et le slogan qui transformera la fuite en progrĂšs.

Le [=o]Paradigme Vert, de son cĂŽtĂ©, n’a pas besoin de faire grand chose pour rendre la scĂšne plus absurde. Il suffit qu’il soit lĂ , avec ses arbres, ses oiseaux, ses convictions et ses palais qui prennent les balles. L’écologie politique dĂ©couvre alors une vĂ©ritĂ© simple. MĂȘme les idĂ©aux les plus verts brĂ»lent trĂšs bien quand quelqu’un leur tire dessus.

Ailleurs dans le vert, une onde de paix traverse la [=o]ForĂȘt de Jade, ce qui pousse les habitants Ă  abandonner toute envie de se battre pour vingt quatre heures. C’est probablement l’évĂ©nement le plus suspect de la journĂ©e. Une province entiĂšre sans envie de se battre. J’en frissonne. La paix soudaine est toujours inquiĂ©tante. Elle donne aux gens le temps de penser et rarement pour le meilleur.

Les Kralandais peuvent venir expliquer la diffĂ©rence subtile entre un groupe dissident et un coup foireux. Les Verts peuvent venir rĂ©clamer des excuses, des rĂ©parations ou des arbres de remplacement. La [=o]B.I.T.E peut aussi se prĂ©senter mais la direction se rĂ©serve le droit de rire du nom pendant l’inspection.

Il reste le chapitre des petites catastrophes qui disent souvent plus vrai que les grands discours.

[=o]Sylex Kisugi vole une sculpture, se fait tirer dessus par une dĂ©fense laser, perd son poste de Ministre de l’Information, se livre aux autoritĂ©s, sort de prison puis se fait agresser par des moutons. VoilĂ  une journĂ©e complĂšte. Il y a lĂ  toute une philosophie de la chute. D’abord l’art, ensuite le laser, puis la disgrĂące, la prison et les moutons. Si la [=o]RuthvĂ©nie cherchait une devise, elle pourrait faire pire.

[=o]Kramara Kisugi, aprĂšs avoir reçu des fonctions d’élĂ©gance, tente de voler [=o]Koshka, perd son poste d’Arbitre des ÉlĂ©gances et finit en prison avec de la drogue confisquĂ©e. Je ne veux pas accabler cette institution naissante mais il faut avouer que l’élĂ©gance a connue un dĂ©part compliquĂ©. À peine installĂ©e, elle fouille dĂ©jĂ  les poches. Cela dit, dans le Cybermonde, voler quelqu’un avec style reste supĂ©rieur Ă  gouverner sans.

[=o]ZĂžra reçoit une enclume sur la tĂȘte et se fait agresser par des rebelles. [=o]Joe le trĂšs trĂšs terrible attaque des scieries dans le [=o]Milieu. [=o]Pr Jean-Michel Nobyl brĂ»le des notes scientifiques importantes. [=o]Vostroyan et [=o]Bressia guerroient dans la jungle contre des pygmĂ©es cannibales avec des tam-tams, des pandas et des caravanes mimĂ©tiques. Les moutons agressent. Les homards agressent. Les piquosaures agressent. Les humains parlent. Je ne suis pas certaine que les monstres soient les plus dangereux de la liste.

C’est cela, le Cybermonde. On croit suivre des gouvernements et l’on dĂ©couvre une collection d’animaux, de chantiers, de tartes, de crimes, de dĂ©clarations enflammĂ©es, de taxes, de petits vols, de grands orgueils et de bĂątiments qui perdent une piĂšce comme certains ministres perdent leur poste.

Fausse analyse morale de la soirĂ©e, puisque les auditeurs aiment que je donne Ă  mes prĂ©jugĂ©s la forme d’un vitrail.

Les nations qui prĂ©tendent chercher la stabilitĂ© sont celles qui tremblent le plus. La [=o]RĂ©publique de Kraland affirme vouloir l’ordre mais transforme chaque territoire en rĂ©union de crise avec prime compensatoire. La [=o]RuthvĂ©nie parle de couronne mais loue son trĂŽne comme une chambre d’auberge. Le [=o]Khanat ElmĂ©rien crie libertĂ© tout en comptant ses votes entre deux tartes. Le [=o]Paradigme Vert aime la paix jusqu’à ce que la guerre lui entre par la fenĂȘtre. La [=o]ConfĂ©dĂ©ration du Bisou cherche des ministres comme on cherche des volontaires pour vider une fosse. Et l’Empire Brun, naturellement, observe tout cela depuis le velours avec la patience d’un prĂ©dateur qui sait que les proies fatiguĂ©es courent moins vite.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. [=o]Jean-Luc Selriche peut expliquer le juste prix d’un fiancĂ© perdu. [=o]Golgoth Ruthven peut raconter comment l’on gouverne en vingt quatre heures sans oublier ses clefs. [=o]Bladimir peut dĂ©fendre la dignitĂ© du MinistĂšre de la PĂȘche, de la BiĂšre et du Football. [=o]GĂ©ofront peut venir dĂ©poser son traitĂ©, sa colĂšre ou son canapĂ©. [=o]Tifa LockHeart peut commenter la rĂ©sistance de la crĂšme diplomatique. [=o]Kara de Pont-Krivell peut confirmer que la plage reste une litiĂšre protĂ©gĂ©e par la morale supĂ©rieure des chats.

Quant aux habitants de [=o]Sicilia, vous pouvez venir corriger cette émission si vous avez une version plus sale, plus drÎle ou plus compromettante. Les taverniers seront servis avant les nobles. Les blessés avant les diplomates. Les chats avant tout le monde.

Ici Kleo, depuis la salle du trĂŽne de l’Empire Brun, sous les crĂąnes, les chandelles, les rideaux pourpres et cette toile qui n’a jamais prĂ©tendu ĂȘtre neutre.

14/07 (23:40) Radio NĂ©crotoile  
J ai été surprise par ce mouvement anti moi mais comme je dis.... Tant que y a de l action que ce soit pour ou contre moi ça me va Figurez vous (...)
J ai été surprise par ce mouvement anti moi mais comme je dis.... Tant que y a de l action que ce soit pour ou contre moi ça me va [:D]
Figurez vous qu une enquĂȘte m a dĂ©voilĂ© le nom de la personne qui a fait des graffitis au palais et j ai Ă©tĂ© surprise !
Comme quoi l ennemi n est pas toujours celui qu'on pense...

14/07 (23:53) Tifa[*b]LockHeart  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun, voix officieuse de (...)


Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun, voix officieuse de [=o]Sicilia et journaliste parfaitement impartiale puisque j’ai la dĂ©cence de mĂ©priser les autres nations dans un ordre logique. Mes yeux bleus sont ouverts. Ma coupe est pleine. Mes notes sont prĂȘtes. Et le Cybermonde, fidĂšle Ă  son goĂ»t du ridicule, vient encore de se prendre les pieds dans sa cape.

Ce soir, nous parlerons d’un royaume qui prĂȘte son trĂŽne comme on prĂȘte une chaise, d’une province qui miaule la paix au milieu des coups, d’un [=o]GĂ©ofront qui veut sortir de la cage pendant qu’on lui explique la beautĂ© des barreaux, d’un [=o]Khanat qui transforme ses tensions en tartes et en duels, d’une [=o]Sicilia qui continue de faire ce qu’une vraie province fait de mieux, tenir debout malgrĂ© les rumeurs et d’un monde oĂč mĂȘme les moutons semblent avoir un avis politique.

Commençons par le grand numĂ©ro de la [=o]RuthvĂ©nie, ce théùtre monarchique oĂč le trĂŽne a tournĂ© plus vite qu’un serveur de taverne pendant une soirĂ©e de paie.

Hier encore, le Cybermonde observait cette Course au TrĂŽne Maudit avec le sĂ©rieux bizarre qu’on rĂ©serve aux catastrophes habillĂ©es en jeu de sociĂ©tĂ©. [=o]Lord Golgoth Ruthven avait gagnĂ©, ce qui dans une monarchie normale lui aurait donnĂ© un rĂšgne, un programme, peut ĂȘtre une guerre et deux portraits officiels trop chers. Ici, on lui a donnĂ© le trĂŽne pour vingt quatre heures. Vingt quatre heures. MĂȘme un bon ragoĂ»t peut durer plus longtemps qu’un rĂšgne ruthvĂšne si on le rĂ©chauffe avec patience.

[=o]Golgoth n’a pourtant pas gĂącher son petit crĂ©neau de souverain express. Il a signĂ©, nommĂ©, rĂ©compensĂ©, distribuĂ© des postes, proposĂ© la paix au [=o]Khanat ElmĂ©rien et acceptĂ© la paix de la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, ce qui donne Ă  son passage sur le trĂŽne cette Ă©trange allure de dĂ©mĂ©nagement fait Ă  toute vitesse pendant que le propriĂ©taire attend sur le seuil. Il a mĂȘme rĂ©compensĂ© [=o]Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ avec une jarretiĂšre de reine, ce qui prouve qu’en [=o]RuthvĂ©nie, le trĂ©sor national peut parfois ĂȘtre retrouvĂ© sous une commode et remis avec gravitĂ© Ă  quelqu’un qui a couru aprĂšs des camions.

Puis, dans un geste presque beau si l’on oublie tout ce qui l’entoure, [=o]Golgoth a passĂ© la main Ă  [=o]Soeur Shoshana von Zyklon. La voilĂ  Reine. Pour quelques minutes. Elle a eu le temps d’appeler son rĂšgne la ThĂ©ocratie Royale, de rĂ©clamer la baisse des taxes de [=o]GĂ©ofront Ă  vingt pour cent, de replacer [=o]Golgoth au MinistĂšre de l’IntĂ©rieur et d’expliquer que la Seele vaincra avant que [=o]Ombre Minusculique ne claque des doigts pour rendre le trĂŽne Ă  [=o]Tormenta Ruthven. Certains peuples gravent leurs rĂšgnes dans le marbre. La [=o]RuthvĂ©nie les note sur un mouchoir avec une encre qui sĂšche Ă  peine.

Et [=o]Tormenta revient.

Le roi cyclope remonte sur le trĂŽne, remercie, sourit, loue ses ministres et jure que [=o]Bladimir ne l’en fera pas descendre de force. C’est un beau serment. Un peu comme fermer une porte aprĂšs avoir laissĂ© passer trois rois, une reine, un dĂ©mon et un ministĂšre de la PĂȘche, de la BiĂšre et du Football. Le geste a du panache. L’efficacitĂ© restera Ă  examiner.

Je ne vais pas mentir, mes petits auditeurs. Il y a dans cette valse ruthvĂšne une forme de gĂ©nie involontaire. Un rĂšgne de vingt quatre heures rĂ©duit les risques. Le souverain n’a pas le temps de devenir tyran. Il n’a pas le temps de bĂątir un palais. Il n’a pas le temps de comprendre ses dossiers. Il a tout juste le temps de nommer trois personnes, de remercier deux cousins et de dĂ©couvrir que l’Histoire lui demande dĂ©jĂ  les clefs.

C’est peut ĂȘtre la monarchie du futur. Une couronne jetable, en carton.

Les RuthvĂšnes peuvent venir nier. [=o]Golgoth peut venir expliquer comment gouverner en apnĂ©e. [=o]Shoshana peut dĂ©fendre la thĂ©ocratie royale la plus courte de la saison. [=o]Tormenta peut venir rĂ©cupĂ©rer son sĂ©rieux s’il se souvient oĂč il l’a posĂ©.

Mais pendant que les couronnes font du manÚge, [=o]Géofront continue de gronder.

VoilĂ  une province qui a compris une chose essentielle. Quand on vous demande votre allĂ©geance en serrant les taxes autour de votre gorge, il est permis de tousser. Et [=o]GĂ©ofront tousse fort. [=o]ZĂ©phiria de Pont-Krivell, [=o]Makoto Natsume, [=o]Daofin Meur, [=o]Darth Leo, [=o]Soeur Shoshana von Zyklon et les autres voix du [=o]Sanctuaire ont martelĂ© encore et encore leur refus du [=o]Royaume de RuthvĂ©nie. Le Royaume est critiquĂ©, contestĂ©, accusĂ© d’instabilitĂ©, d’oubli, de mĂ©pris, d’abus fiscal et de rĂ©gner avec des dĂ©mons dans les coulisses.

On voit souvent les monarchies se plaindre que les provinces ne comprennent pas la grandeur de la couronne. C’est vrai. Les provinces, les vrais gens, ceux qui ont des murs, des laboratoires, des dettes, des traitĂ©s et des moutons parfois beaucoup trop proches, ne comprennent pas toujours la grandeur d’une couronne qui passe de tĂȘte en tĂȘte comme un chapeau mouillĂ© dans une fĂȘte de village.

[=o]Soeur Shoshana le dit elle mĂȘme. Un roi qui pactise avec des dĂ©mons et finit troisiĂšme du dĂ©fi, c’est peu convaincant. Puis elle devient reine quelques minutes plus tard grĂące au mĂȘme systĂšme. VoilĂ  une contradiction magnifique. Je la garde. Je l’encadre. Je la suspend au mur avec les autres preuves que la politique n’est qu’une maladie qui apprend Ă  parler.

[=o]Darth Leo, lui, soutient briĂšvement [=o]Golgoth comme cousin mais remet toutes les options sur la table. Le [=o]GĂ©ofront ne ferme donc pas la porte. Il l’ouvre juste assez pour laisser entrer [=o]Kraland, les [=o]Provinces IndĂ©pendantes, l’autonomie, la rancune et peut ĂȘtre un courant d’air assez fort pour faire tomber un vieux traitĂ©. C’est trĂšs Ă©lĂ©gant. TrĂšs dangereux aussi. Les provinces qui disent vouloir de la distance finissent rarement par demander simplement un autre coussin.

Je voudrais attirer votre attention sur un dĂ©tail. Ce n’est pas seulement une rĂ©volte contre une taxe. Ce n’est pas seulement une bouderie de laboratoire. C’est une crise d’appartenance. [=o]GĂ©ofront ne demande pas seulement combien il doit payer. Il demande qui a encore le droit de lui demander quelque chose. Une nation qui ne sait plus rĂ©pondre Ă  cette question commence dĂ©jĂ  Ă  perdre ses murs.

Les représentants du Royaume peuvent venir répondre. Les partisans de [=o]Géofront peuvent venir témoigner. Les gens qui aiment les traités peuvent les apporter au studio. Nous avons une table assez grande pour les textes sacrés et une cheminée assez grande pour les déceptions.

VoilĂ  qui nous mĂšne naturellement au [=o]ValĂ©gro, car chaque fois qu’une province pense avoir atteint son maximum d’absurditĂ©, [=o]Fort Emouchet se lĂšve, ajuste sa chemise et demande qu’on lui tienne sa pastĂšque.

La fĂȘte de la [=o]PassTek devait ĂȘtre un moment de paix, d’amitiĂ©, de Bonheur Universel, de grands discours et de jus sucrĂ© servi dans une province qui aurait sĂ©rieusement besoin d’eau froide sur la tĂȘte. [=o]Alice Ravenloft a tout donnĂ©. Elle a chantĂ© le [=o]Grand Miaou, distribuĂ© l’amitiĂ© Ă  pleines pattes, louĂ© [=o]Baptiste, [=o]Koshka, [=o]Ranxerox, [=o]Jean-Luc Selriche, [=o]Roger St Misles et probablement tout ce qui respirait assez doucement pour ne pas lui mordre le micro. Le Commissariat du Bonheur lui a mĂȘme remis une [=o]Pastille du Bonheur, couronnant son apprentissage du Miaou Universel.

C’est touchant. C’est doux. C’est terrifiant.

Quand une fĂȘte rĂ©ussit Ă  rĂ©unir des Kralandais, des RuthvĂšnes, des lapins, des pirates, des chats, des policiers, des rebelles, des discours d’amitiĂ© et des cages en construction, on ne sait plus trĂšs bien si l’on assiste Ă  une rĂ©conciliation ou Ă  un piĂšge avec musique.

[=o]Jean-Luc Selriche, lui, continue de dire que tout va trĂšs bien. Il rĂ©pĂšte que [=o]Fort Emouchet est paisible, que les vellĂ©itĂ©s aristocrato bourgeoises se sont tues, que tout le monde cĂ©lĂšbre la fĂȘte dans une ambiance bonne enfant et qu’il n’y a plus de sujet valĂ©grognard sur la table. Ce qui est une phrase fascinante Ă  prononcer dans une ville oĂč des rebelles agressent, oĂč des enclumes tombent sur des tĂȘtes, oĂč les [=o]Provinces IndĂ©pendantes sont applaudies, oĂč [=o]Kraland mobilise son Polit Bureau, oĂč [=o]Sir McRabbit devient une cause Ă  oreilles et oĂč l’on bĂątit une cage.

Tout va bien, dit [=o]Selriche.

Il y a des gens qui disent tout va bien comme d’autres mettent un drap sur un cadavre en laissant dĂ©passer les bottes.

[=o]K Velzard s’exprime en langage des signes, organise une marche silencieuse en faveur de [=o]Kraland, remercie ses amis, lance des concours de tonte de moutons, parle de jus de pastĂšque avec de la shlibu et prouve une fois encore que la RĂ©publique sait transformer une crise territoriale en kermesse disciplinaire. [=o]Alex KidoWski lance une tarte Ă  la crĂšme sur [=o]Sir McRabbit et explique que les lapins portent malheur aux marins. [=o]Korail soutient Ă  la fois le Royaume, l’indĂ©pendance et le pauvre petit lapin qui a perdu son terrier. [=o]BohĂ© d’Umont rejoint la danse au nom du Royaume Pirate de RuthvĂ©nie avec un argument presque noble. Suivre le plan d’un lapin peut sembler fou mais qui ne tente rien n’a rien.

Le [=o]ValĂ©gro est donc entrĂ© dans cette phase rare oĂč tout le monde parle de paix avec des objets contondants cachĂ©s derriĂšre le dos. Il y a lĂ  une leçon. Quand une province a besoin d’autant de fĂȘtes pour prouver qu’elle va bien, c’est qu’elle va probablement se mettre Ă  hurler dĂšs que la musique s’arrĂȘte.

Les lapins peuvent venir dĂ©fendre leur terrier. Les Kralandais peuvent venir expliquer pourquoi une cage est un outil de convivialitĂ©. [=o]Alice peut venir chanter encore si elle accepte que nous gardions les fenĂȘtres ouvertes. Les habitants de [=o]Fort Emouchet peuvent dĂ©poser leurs pastĂšques, leurs plaintes et leurs blessures dans l’ordre qui leur semble le plus rĂ©publicain. Quittons un moment la pastĂšque et revenons vers une province qui au moins, quand elle est absurde, a la politesse de ne pas se prĂ©tendre tendre.

Voilà maintenant le [=o]Khanat Elmérien, ce grand tambour qui frappe parfois juste par accident.

La [=o]Bananie et l’[=o]ElmĂ©rie ont offert ce que le Khanat sait produire avec une constance admirable. Du soutien tribal, de la violence douce, des tartes Ă  la crĂšme, des duels, des dĂ©clarations qui sentent la sueur, la fiertĂ© et le poulet frit. [=o]Tifa LockHeart continue d’attirer les votes et les mouvements anti elle comme une torche attire les insectes ambitieux. Les provinces votent pour elle, les murs parlent contre elle, les tartes volent autour d’elle et elle semble considĂ©rer que toute action, pour ou contre, nourrit encore sa lĂ©gende.

Ce n’est pas entiĂšrement faux. Le pouvoir qui ne provoque ni amour ni colĂšre n’est dĂ©jĂ  plus qu’une chaise.

[=o]Pigeon Ronron et [=o]Mademoiselle se sont lancĂ©s dans des duels oĂč l’honneur ressemble Ă  un poulet frit tombĂ© dans la poussiĂšre. [=o]Mademoiselle fanfaronne aprĂšs avoir pliĂ© [=o]Ronron comme une chaise de camping. [=o]Ronron rĂ©pond que l’intelligence a eu raison de la force puis explose de colĂšre parce qu’il ne peut pas faire des nƓuds en huit comme il voudrait. J’avoue que le passage m’a Ă©mue. Dans le Khanat, mĂȘme la frustration a des muscles.

Pendant ce temps, [=o]Passe-Muraille tente de voler, se livre aux autoritĂ©s et finit dans cette petite boucle dĂ©licieuse oĂč l’on veut jouer au voleur puis au citoyen. [=o]Light Deathnote lance sa tarte sur [=o]Tifa, [=o]Passe-Muraille rate, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 vise [=o]Aurelthar et le dĂ©bat public prend la forme d’une pĂątisserie lancĂ©e Ă  hauteur de visage. Je le dis trĂšs sĂ©rieusement. Le Cybermonde gagnerait parfois en honnĂȘtetĂ© si tous les discours Ă©taient remplacĂ©s par des tartes. Au moins, lorsqu’un argument touche, on le voit.

Mais le Khanat ne fait pas que lancer de la crĂšme. Il avance, il vote, il dĂ©fend, il s’agite, il se contredit et il continue de vivre par ses gestes plus que par ses phrases. C’est peut ĂȘtre pour cela qu’il dĂ©range. Il n’a pas toujours une doctrine claire. Il a mieux. Il a de l’élan. Un Ă©lan mal coiffĂ©, bruyant, parfois primitif et souvent couvert de farine mais un Ă©lan quand mĂȘme.

Les Khanates peuvent venir corriger cette analyse. Les anti [=o]Tifa peuvent s’expliquer. Les partisans de [=o]Mademoiselle peuvent apporter des graines pour [=o]Ronron. Les lanceurs de tartes doivent les dĂ©poser Ă  l’entrĂ©e pour inspection journalistique et dĂ©gustation Ă©ventuelle.

[=o]Kleo tourne un nouveau parchemin. Une note plus grave traverse la radio. Le bois craque quelque part dans la salle.

Il faut aussi parler des grands voisins qui se prennent pour des civilisations.

Le [=o]Paradigme Vert a reçu son lot de prĂȘches, de nominations, de miracles et de science qui brĂ»le par erreur ses propres notes. [=o]Mina d’Orchidia a parlĂ© de temple, de Grande DĂ©esse, de douleur, de grĂące, de nature et de diversitĂ© religieuse. Elle a nommĂ© [=o]Lozana Shizen d’Excelizor Inspectrice Écologique et annoncĂ© que le travail juridique avance pour officialiser le Culte de la Grande DĂ©esse aux cĂŽtĂ©s de la Conscience Universelle. Une intervention divine aurait mĂȘme guĂ©ri des maladies. Les religions ont ceci d’admirable qu’elles rĂ©ussissent Ă  transformer un imprĂ©vu mĂ©dical en argument de recrutement.

Pendant ce temps, [=o]Bartolomus Ravenloft dĂ©couvre la technologie [=o]Aide Divine aprĂšs que [=o]Pr Jean-Michel Nobyl a brĂ»lĂ© des notes importantes. VoilĂ  un Ă©quilibre presque parfait. La science perd trois points dans le feu et la divinitĂ© en gagne une porte d’entrĂ©e. Le Paradigme aime tellement la nature qu’il laisse mĂȘme le hasard pousser dans ses laboratoires.

La [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, elle, continue de chercher des ministres comme une taverne cherche un serveur un soir de solde. [=o]Roger St Misles nomme [=o]Ernst Blofeld VI Ă  l’IntĂ©rieur, [=o]Pascal Croc Ă  l’Information et la ConfĂ©dĂ©ration du Bisou se dote d’une campagne de sĂ©curitĂ© oĂč la police devient plus efficace. [=o]Ernst prĂ©cise qu’elle ne dĂ©teste pas l’illĂ©galitĂ©, car elle a du bon parfois, mais tout de mĂȘme on ne va pas se laisser faire. VoilĂ  la dĂ©mocratie rose dans toute sa puretĂ©. Elle embrasse l’illĂ©galitĂ© sur les deux joues puis lui demande de passer au commissariat.

Il y a lĂ  une diffĂ©rence avec l’Empire Brun. Nous ne prĂ©tendons pas que le pouvoir est propre. Nous savons simplement oĂč ranger les serpilliĂšres.

Les confédérés peuvent venir défendre le Bisou armé. Les théocrates peuvent venir expliquer la différence entre miracle et coïncidence utile. Les chercheurs peuvent apporter leurs notes restantes. Nous fournirons un cendrier.

Et puisque nous parlons de cendres, concluons par cette magnifique poussiùre d’incidents qui donne au Cybermonde son parfum de cave humide.

[=o]Baptiste Le Tellier se fait agresser trois fois par des [=o]Rapaces TĂ©mĂ©raires puis quitte son poste de Commissaire pour devenir Sergent, annonçant qu’il est temps que l’ArmĂ©e reprenne la main face Ă  l’hĂ©rĂ©sie des dĂ©mons sur le trĂŽne. C’est un parcours logique. AprĂšs trois rapaces, beaucoup de gens dĂ©couvriraient aussi une vocation militaire.

[=o]Roger St Misles se fait assassiner Ă  [=o]Fort Emouchet. [=o]PrĂ©cieuse Liarr, en [=o]Australine, trouve une terre riche pour l’élevage et brosse des moutons presque sauvages dans un enclos bancal. [=o]Emile Liarr devient Bras Droit du Big Boss. VoilĂ  un couple qui transforme le bagne en nouvelle rĂ©sidence secondaire avec perspective agricole. Certains appellent cela une chute. Moi j’y vois une reconversion avec laine.

[=o]ZĂžra reçoit une enclume sur la tĂȘte. [=o]Baptiste croise des rapaces. [=o]Passe-Muraille croise des champignons, une araignĂ©e Ă©boueuse et la police. [=o]Max Nesium agresse un [=o]BishĂŽnen Assassin. [=o]MaĂźtre d’Armes se fait assassiner. Des cages se construisent. Des scieries se reconstruisent. Des moutons deviennent concours. Des pastĂšques deviennent politique. Des discours d’amitiĂ© deviennent opĂ©rations diplomatiques. Et tout le monde prĂ©tend encore qu’il y a une diffĂ©rence nette entre gouvernement, taverne et basse-cour.

Les royaumes louent leurs trĂŽnes Ă  la journĂ©e. Les rĂ©publiques chantent le bonheur en construisant des cages. Les provinces menacĂ©es rĂ©clament leur distance. Les tribus s’expliquent Ă  coups de crĂšme. Les dĂ©mocraties roses recrutent des ministres comme on colmate une barque. Les thĂ©ocraties sentent venir les dieux dĂšs que la science tousse.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que cette Ă©mission a touchĂ©e juste. [=o]Jean-Luc Selriche peut expliquer pourquoi tout va bien sous les enclumes. [=o]Alice Ravenloft peut dĂ©poser un nouveau Miaou si elle accepte qu’il soit fouillĂ© Ă  l’entrĂ©e. [=o]Tormenta, [=o]Golgoth et [=o]Shoshana peuvent dĂ©battre de la durĂ©e minimale d’une monarchie. [=o]GĂ©ofront peut venir avec ses traitĂ©s. [=o]Tifa peut envoyer les noms des graffiteurs. Les autres peuvent aussi essayer. Je ne promets pas de faire semblant de m’intĂ©resser.

Ici Kleo, depuis la salle du trĂŽne de l’Empire Brun, sous les crĂąnes, les dorures anciennes, les rideaux pourpres et la toile qui n’a jamais demandĂ© l’autorisation d’exister. C'Ă©tait l'Ă©mission pour hier celle de cette nuit vient aprĂšs ce cours spot publicitaire. Adblock detected. Compte a rebours commencĂ©.

16/07 (01:04) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun, chroniqueuse de (...)


Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun, chroniqueuse de mauvaise foi certifiĂ©e par l’usage et journaliste parfaitement impartiale puisque l’impartialitĂ© consiste surtout Ă  savoir qui mĂ©rite d’ĂȘtre mĂ©prisĂ© en premier. Mes yeux bleus sont ouverts. Mon parchemin est dĂ©roulĂ©. Ma coupe est pleine. Et le Cybermonde vient encore de prouver qu’il lui faudrait moins de constitutions et davantage de couvercles.

Ce soir, nous parlerons d’un roi qui reçoit un trĂŽne avec vingt deux piĂšces en caisse, d’un [=o]GĂ©ofront qui demande le divorce pendant qu’on lui fait des promesses de dialogue, d’un [=o]ValĂ©gro oĂč l’on pense si fort que les chapelles disparaissent, d’une [=o]Sicilia qui baisse ses taxes parce que certains y agissent au lieu de geindre, d’un [=o]Khanat oĂč l’on usurpe avec l’esprit Boulet, d’une [=o]Mystisie qui soigne ses traditions Ă  la poudre et d’une journĂ©e oĂč les rebelles, les moutons, les enclumes et les tartes ont encore servi de ponctuation Ă  la grande phrase politique.

Ne cherchez pas un sens. Le sens a demandĂ© l’asile en [=o]Australine.

Commençons par la [=o]RuthvĂ©nie, puisque jamais royaume n’a autant ressemblĂ© Ă  une chaise musicale jouĂ©e dans une cave par des gens armĂ©s de couronnes.

[=o]Tormenta Ruthven avait jurĂ© que [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin ne le dĂ©choirait pas de son trĂŽne. Alors, dans une manƓuvre qui mĂ©rite au moins une rĂ©vĂ©rence de mauvaise foi, il lui a donnĂ© lui-mĂȘme. Pas de coup d’État. Pas de renversement. Pas de drame officiel. Juste une transmission libre, presque Ă©lĂ©gante, avec cette petite odeur de piĂšge bien cirĂ© qui flotte dans les grands couloirs nobles quand les gens disent agir sans contrainte.

[=o]Bladimir arrive donc roi.

Et il découvre que [=o]Tormenta lui laisse vingt deux couronnes dans la caisse.

Vingt deux.

Mes chers auditeurs, je vous demande une seconde de silence pour les finances ruthvĂšnes. Pas une minute. Ce serait trop cher.

Vingt deux couronnes pour relancer un royaume, nommer un gouvernement, traiter le cas [=o]GĂ©ofront, nĂ©gocier avec [=o]Kraland, remettre l’armĂ©e en ordre de marche, calmer les provinces, rĂ©parer l’orgueil, nourrir la cour et faire semblant que tout cela est encore une monarchie et non une auberge en fin de mois. [=o]Bladimir a beau parler de pactes honorĂ©s, de bases saines et de rĂšgne consensuel, il se retrouve Ă  gouverner comme un homme qui hĂ©rite d’un chĂąteau avec des fantĂŽmes, des dettes et une note sur la table disant bonne chance.

Il nomme. Il replace. Il retire. [=o]Jean-Messie de la Nation passe Ă  l’IntĂ©rieur. [=o]Dame DĂ©merzel reçoit l’Économie. [=o]Elune Von Voda prend la Justice. [=o]Stefan de Crab se retrouve Ă  la Guerre. [=o]Lord Golgoth Ruthven obtient la Recherche. [=o]Mench0 hĂ©rite de l’élĂ©gance comme on reçoit une arme enveloppĂ©e dans du satin. Et pendant que tout cela bouge, la [=o]RuthvĂ©nie continue de se faire mordre aux chevilles par ses propres provinces, ses rebelles et le souvenir trop frais d’un trĂŽne qui a tournĂ© comme une porte de taverne.

Ce qui est fascinant, ce n’est pas que [=o]Bladimir ait pris le pouvoir.

C’est qu’il le prenne en annonçant trois grands axes, comme un souverain sĂ©rieux posĂ© au milieu d’une piĂšce oĂč l’armoire est tombĂ©e, le chien hurle, la nappe brĂ»le et quelqu’un cherche encore le roi prĂ©cĂ©dent sous la table. RĂ©gler [=o]GĂ©ofront. RĂ©gler le [=o]ValĂ©gro. Relancer l’armĂ©e. VoilĂ  un programme. VoilĂ  mĂȘme une architecture. Mais il faut ĂȘtre ruthvĂšne pour dessiner une cathĂ©drale alors que les fondations fument encore.

Le roi peut venir rĂ©pondre. Il pourra mĂȘme expliquer ce qu’on achĂšte avec vingt deux couronnes. Un tampon, peut ĂȘtre. Une bougie courte. Un biscuit diplomatique. Ou la moitiĂ© d’un silence.

Mais avant de quitter ce trĂŽne qui grince, permettez-moi de rappeler un dĂ©tail. [=o]Tormenta est parti en disant qu’il reviendrait dans la peau du chasseur. En [=o]RuthvĂ©nie, mĂȘme les dĂ©parts ressemblent Ă  une menace de saison deux.


Ce trĂŽne nous conduit naturellement vers [=o]GĂ©ofront, cette province qui n’a pas seulement levĂ© la voix. Elle a commencĂ© Ă  ranger ses affaires. Depuis des jours, [=o]GĂ©ofront rĂ©pĂšte que le [=o]Royaume de RuthvĂ©nie n’a plus la main, plus la mesure, plus l’ñme et plus le droit naturel de se faire appeler protecteur. [=o]Ninoo Chantargent le dit dans un bafouillage qui ne change rien au fond. [=o]Alice Ravenloft le chante avec sa [=o]PassTek, ses [=o]Miaou, sa tendresse et cette facultĂ© troublante Ă  transformer une sĂ©cession en chanson douce. [=o]Darth Leo parle de politique des petits pas. [=o]Shiki Chantargent est citĂ©e comme celle qui pense plus loin, qui voit les fusĂ©es, les pierres vertes et les centrales que d’autres ne comprennent pas. Le message gĂ©nĂ©ral est assez clair pour que mĂȘme une couronne pressĂ©e puisse l’entendre. Le protectorat doit prendre fin. Le Royaume doit partir des terres saintes. Le [=o]GĂ©ofront veut respirer sans demander l’autorisation Ă  un trĂŽne qui change de tĂȘte au rythme des pactes.

Et que répond [=o]Bladimir.

Il demande un avis.

Il parle de divorce.

Il dit que le [=o]GĂ©ofront veut le divorce et que l’on peut accepter de se quitter bons amis ou s’y opposer par les armes et les discours. VoilĂ  au moins une phrase qui a le mĂ©rite de poser la table. D’un cĂŽtĂ©, une sĂ©paration propre. De l’autre, l’argenterie dans le mur. [=o]Dame DĂ©merzel baisse l’imposition de [=o]GĂ©ofront de cinquante cinq Ă  vingt pour cent, revenant au niveau initial du traitĂ© de protectorat. Elle appelle cela un signe d’apaisement. C’en est un. Et comme tous les signes d’apaisement tardifs, il arrive avec une petite pancarte invisible disant nous aurions pu y penser avant. Une province qui crie depuis trop longtemps ne se calme pas forcĂ©ment parce qu’on desserre enfin la corde. Elle remarque surtout qu’il y avait bien une corde.

C’est ici que la mauvaise foi Ă©trangĂšre devient dĂ©licieuse. Le Royaume ne souhaite pas voir partir [=o]GĂ©ofront. TrĂšs bien. Il lui rend alors une partie de son souffle et espĂšre que le dialogue redeviendra possible. Mais [=o]GĂ©ofront ne parle plus seulement d’argent. Il parle de dignitĂ©, de science, de foi, de territoire, de mĂ©moire et de cette fatigue qui s’installe quand une province doit supplier qu’on respecte ce qu’on avait pourtant signĂ©.

Une taxe se baisse. Une humiliation, non.

Les habitants du [=o]Géofront peuvent venir dire si les vingt pour cent suffisent à rouvrir la porte. Les RuthvÚnes peuvent venir expliquer pourquoi il faut toujours attendre que la maison brûle pour baisser le chauffage. Les diplomates peuvent apporter leurs traités. Les scientifiques peuvent apporter les fusées. Nous placerons les discours inflammables loin des chandelles.

Mais la crise du [=o]Géofront a déjà contaminée la carte. Car [=o]Crab Key, elle aussi, a choisi son théùtre.

[=o]Tormenta, dans son dernier geste de roi joueur, avait cĂ©dĂ© [=o]Crab Key Ă  [=o]Kraland comme on lĂąche une piĂšce dans une partie de [=o]Puissance 4. La province dissidente ne jouait pas le jeu royal. Alors il a jouĂ© avec elle. Puis [=o]Korail s’est insurgĂ©e, a ramenĂ© [=o]Crab Key au [=o]Royaume de RuthvĂ©nie, a nommĂ© [=o]BohĂ© d’Umont comte de [=o]Port Magmor et tout le monde a respirĂ© comme si une Ăźle venait de sortir d’une bassine rouge. [=o]Dame DĂ©merzel a ensuite abaissĂ© l’impĂŽt de [=o]Crab Key de cinquante Ă  vingt cinq pour cent au nom de la concorde retrouvĂ©e.

Voyez la beautĂ© de ce mĂ©canisme. On arrache, on cĂšde, on insurge, on rĂ©cupĂšre, on baisse les impĂŽts et l’on appelle cela de l’unitĂ©.

La [=o]RuthvĂ©nie n’est pas une monarchie.

C’est un mariage oĂč chaque province garde une valise prĂšs de la porte.

Passons au [=o]ValĂ©gro, ce laboratoire politique oĂč l’on a rĂ©ussi Ă  mĂ©langer [=o]Kraland, les pastĂšques, les lapins, les cages, la police, les sentiments d’insĂ©curitĂ© et l’expropriation religieuse dans une seule marmite sans que personne n’ait encore eu la dĂ©cence de s’évanouir.

[=o]Fort Emouchet vit encore sous le grand parfum de la [=o]PassTek. La fĂȘte devait porter le Bonheur, le [=o]Grand Miaou, l’amitiĂ©, la paix et cette idĂ©e trĂšs dangereuse selon laquelle les peuples cessent de se battre quand on leur donne assez de jus de pastĂšque. [=o]Alice Ravenloft a chantĂ©, rassemblĂ©, distribuĂ© de l’affection Ă  pleine fourrure et le [=o]Commissariat du Bonheur l’a rĂ©compensĂ©e d’une pastille comme si le salut politique pouvait se sucer lentement sous la langue.

Au milieu de cette douceur fruitĂ©e, [=o]Jean-Luc Selriche fait ce qu’il sait faire de mieux. Il annonce que tout va bien.

Tout va bien quand une ville a besoin d’une commissaire qui traque les criminels avec une dĂ©termination absolue. Tout va bien quand cette mĂȘme commissaire, [=o]Kenza, explique plus tard qu’il n’y a en rĂ©alitĂ© aucun criminel et que les archives ont confondu la colonne des criminels recherchĂ©s avec celle des personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables. Tout va bien quand le bourgmestre explique qu’il n’y a pas d’insĂ©curitĂ© mais seulement un sentiment d’insĂ©curitĂ©. Tout va bien quand une chapelle de la [=o]Conscience Universelle disparaĂźt aprĂšs que [=o]Selriche se soit concentrĂ© trĂšs fort sur sa disparition et dĂ©couvre que la pensĂ©e magique fonctionne mieux que certaines institutions.

Mais le [=o]ValĂ©gro est une province merveilleuse. Elle rĂ©ussit Ă  ĂȘtre Ă  la fois policiĂšre, festive, collectiviste, mystique et immobiliĂšre. [=o]Selriche dĂ©couvre que le vrai problĂšme n’est pas le chaos, ni les bombes, ni les coups, ni les rebelles, ni les lapins, ni les discours de sĂ©cession. Non. Le vrai problĂšme serait le mal logement. Les gens ne critiquent pas [=o]Kraland, ils demandent un toit. Ceux qui soutiennent la [=o]RuthvĂ©nie ou l’indĂ©pendance ne veulent pas partir, ils veulent dormir. La solution devient alors limpide. Doubler la taxe fonciĂšre et supprimer la taxe d’habitation.

Il faut reconnaĂźtre le courage intellectuel. Dans beaucoup de pays, on ment pour cacher une taxe. À [=o]Kraland, on transforme une rĂ©volte en problĂšme de literie puis on taxe les murs. La [=o]RĂ©publique a toujours eu ce talent. Elle ne rĂ©prime pas. Elle reloge vos opinions dans une catĂ©gorie fiscale.

[=o]Bogdan D’Arken, de son cĂŽtĂ©, lĂšve un impĂŽt exceptionnel, une taxe sur les fortunes et redistribue des milliers de FK dans les ministĂšres. La machine rouge pompe, verse, collectivise, finance et chante que [=o]Kraland n’abandonnera pas le bonheur de ses citoyens si facilement. Naturellement. Aucun rĂ©gime ne tient davantage au bonheur que celui qui doit le financer par surprise.

Les citoyens de [=o]Fort Emouchet peuvent venir corriger. Les personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables peuvent rĂ©clamer une nouvelle colonne. Les anciens criminels administrativement innocents peuvent rĂ©cupĂ©rer leur dignitĂ© au bureau perdu. Quant Ă  la chapelle expropriĂ©e, qu’elle repose en paix dans la grande pensĂ©e magique du camarade.

Pendant ce temps, la [=o]Mystisie rappelle qu’il existe des provinces oĂč mĂȘme les conflits internes sentent la poudre ancienne et la fiertĂ© mal guĂ©rie. Une alerte Ă  la bombe paralyse la [=o]Coutellerie van Tartijn, accompagnĂ©e d’une dĂ©claration qui ressemble moins Ă  un crime qu’à un cours d’histoire armĂ©. Le message est clair. En [=o]Mystisie, on peut se haĂŻr entre compatriotes. C’est mĂȘme une tradition locale, presque une forme d’art. Mais en cas de conflit entre les siens et les Ă©trangers, le vrai Mystisien devrait toujours choisir les siens. L’auteur rappelle que les autochtones brillent le plus lorsqu’ils luttent ensemble contre l’extĂ©rieur et reproche Ă  [=o]Cheikh Evara d’avoir confondu fiertĂ© personnelle et hĂ©ritage culturel.

Je dois dire que j’apprĂ©cie cette pĂ©dagogie. Dans les pays fades, on donne une confĂ©rence. En [=o]Mystisie, on ferme une armurerie avec une alerte Ă  la bombe et l’on appelle cela une thĂ©rapie de choc.

La question posĂ©e est intĂ©ressante. [=o]Cheikh Evara est-il encore digne de garder la tradition des [=o]Van Tartijn. Ce n’est pas seulement une accusation. C’est une morsure identitaire. Et la [=o]Mystisie, comme [=o]Sicilia, comprend mieux que d’autres que la pire insulte n’est pas de vous traiter d’ennemi. C’est de suggĂ©rer que vous ne savez plus ĂȘtre d’ici.

Les Mystisiens peuvent répondre. Les étrangers peuvent écouter. Les couteaux, eux, attendront vingt quatre heures.

Passons maintenant au [=o]Khanat ElmĂ©rien, oĂč la politique conserve cette fraĂźcheur primitive qui permet de passer de l’usurpation au cri de guerre en moins de temps qu’il n’en faut Ă  [=o]Kraland pour inventer une colonne administrative.

[=o]Mademoiselle a tentĂ© d’usurper la Grande Khane [=o]Tifa LockHeart, portĂ©e par l’esprit Boulet. Elle a perdu son poste de Khane et s’est livrĂ©e aux autoritĂ©s avec des faux papiers confisquĂ©s. VoilĂ  une trajectoire admirable. On commence par croire que l’esprit Boulet guide ses pas et l’on finit en prison avec la preuve que les papiers aussi avait compris la blague.

Puis [=o]Jeff Bizous profite d’un poste vacant pour faire un coup d’État en [=o]Bouletie avec un cri parfaitement adaptĂ© Ă  la situation. Boulet time. Je n’ai rien Ă  ajouter. C’est une de ces phrases qui n’ont pas besoin d’ĂȘtre analysĂ©es parce qu’elles contiennent dĂ©jĂ  leur propre effondrement.

[=o]Pigeon Ronron hurle depuis [=o]CAPS LOCK pour obtenir un vote, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 transfĂšre seize mille ÐE au MinistĂšre de l’Économie, [=o]Kubilai Khan Seraven pompe une unitĂ© d’exploitation Ă  [=o]TrĂ©sorville et des crĂ©atures agressent un peu partout comme si la faune elmĂ©rienne voulait participer au congrĂšs. Le [=o]Khanat possĂšde un talent rare pour faire d’une crise Ă©lectorale une fĂȘte de village avec armes, faux papiers, pompes et cris en majuscules.

Et pourtant, ne rions pas trop vite. Le [=o]Khanat avance parce qu’il accepte la brutalitĂ© visible de ses contradictions. LĂ  oĂč d’autres peuples emballent leurs ambitions dans du velours, les ElmĂ©riens les lancent sur la table encore tiĂšdes. C’est sale. C’est criard. C’est parfois efficace.

Les Boulets peuvent venir expliquer si l’esprit Boulet Ă©tait assurĂ© contre l’usurpation. [=o]Tifa peut envoyer un communiquĂ©, un garde ou une tarte. [=o]Jeff Bizous peut prĂ©ciser si le Boulet time a un horaire officiel.

Je ne peux pas quitter cette soirée sans parler de la science, cette vieille prétention civilisée qui consiste à brûler des notes puis à appeler cela un détour expérimental.

[=o]Bob le trĂšs trĂšs terrible, Ministre de la Recherche de l’Empire, a annoncĂ© la climatisation quantique, alimentĂ©e au sang de chat et produisant un grincement effroyable. C’est le mal absolu, dit-il. Je veux le croire. Quand un ministre prĂ©sente une invention en prĂ©cisant qu’elle fait mal aux oreilles et qu’elle utilise un vibratomixeur Ă  chat, il ne reste plus qu’à signer les crĂ©dits et prier pour que les chats aient un syndicat assez faible.

Il a aussi organisĂ© une lutte contre l’illettrisme, offrant l’école gratuite aux limitĂ©s avant de leur rappeler qu’ils devront ensuite cent quarante cinq ans de service Ă  l’Empire. VoilĂ  une belle politique publique. Lire ouvre des portes. Certaines donnent sur des chaĂźnes. Mais des chaĂźnes alphabĂ©tisĂ©es, ce qui est dĂ©jĂ  un progrĂšs.

Chez la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, [=o]Pr Jean-Michel Nobyl lance des recherches sur les missiles nuclĂ©aires pour accĂ©lĂ©rer la mutation gĂ©nĂ©tique gĂ©nĂ©rale, avec cette dĂ©licatesse confĂ©dĂ©rĂ©e consistant Ă  espĂ©rer ne pas toucher l’Ehpad de [=o]Monique. Il enquĂȘte aussi sur l’échec de la dĂ©mocratie et conclut que le problĂšme vient des Normies, combustible Ă©lectoral de mauvaise qualitĂ©. La dĂ©mocratie aurait donc Ă©chouĂ© parce que les mauvaises personnes ont votĂ©. C’est une dĂ©couverte remarquable, surtout pour un rĂ©gime censĂ© aimer les Ă©lecteurs avant de dĂ©couvrir ce qu’ils font avec un bulletin.

Le [=o]Paradigme Vert, lui, officialise le [=o]Culte de la Grande Déesse grùce à [=o]Bartolomus Ravenloft, qui découvre la technologie pendant que des notes brûlent par erreur. Les miracles, décidément, aiment beaucoup les laboratoires mal rangés.

Je note donc que la science cybermondiale se divise en trois Ă©coles. L’Empire invente des horreurs assumĂ©es. La ConfĂ©dĂ©ration veut corriger l’électorat avec des gĂšnes et des missiles. Le Paradigme transforme ses incendies de notes en religion officielle.

Franchement, l’Empire paraĂźt presque raisonnable. Les chercheurs peuvent venir nier. Les chats peuvent venir se cacher. Les Normies peuvent dĂ©poser plainte mais uniquement s’ils savent lire les petites lignes. Enfin, terminons avec les petites morsures du monde, parce qu’elles donnent souvent le meilleur goĂ»t au sang de l’actualitĂ©.

[=o]Cassandre Lemage Ruthven entraĂźne les occupants du [=o]Domaine des Rois dans une dĂ©bauche pour le mariage d’[=o]Emile et de [=o]PrĂ©cieuse, avec une danse des pouces, des coudes, des genoux, des pieds, des fesses, des yeux qui louchent et d’un cheveu sur la langue. Il y a des mariages qui Ă©meuvent. Celui-ci semble vouloir dĂ©poser une plainte contre la dignitĂ©. Mais au moins, on danse. Et dans ce monde, danser pour l’amour au milieu des ruines mĂ©rite presque un salut.

[=o]Lord Golgoth Ruthven se fait agresser par des rebelles. [=o]Mench0 aussi. [=o]Tormenta aussi. [=o]Elune Von Voda tombe dans un piĂšge aux Services Secrets. [=o]Ivictus reçoit une enclume sur la tĂȘte. [=o]Jojo l’Affreux brĂ»le des notes scientifiques. [=o]Jay et [=o]Lola sont aperçus dans une rumeur sibĂ©rienne autour d’un appareil bizarre. [=o]Neodym Seltenerd achĂšte une villa. [=o]La relique Philosophie SyncrĂ©tique de Franck Mysti aurait Ă©tĂ© dĂ©truite par un rationaliste extrĂ©miste. La journĂ©e se termine donc comme elle se doit, avec des danses, des piĂšges, des rebelles, de l’immobilier, de la science abĂźmĂ©e et une philosophie dĂ©truite par quelqu’un qui voulait probablement simplifier le dĂ©bat au marteau.

Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que cette Ă©mission a encore touchĂ©e une veine. [=o]Bladimir peut expliquer comment rĂ©gner avec vingt deux couronnes et trois pactes. [=o]GĂ©ofront peut dire si vingt pour cent suffit Ă  recoller une province qui a dĂ©jĂ  prĂ©parĂ© sa valise. [=o]Selriche peut nous enseigner la pensĂ©e magique immobiliĂšre. [=o]Kenza peut classer les auditeurs entre criminels et personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables. [=o]Dusk et Aurora peut recevoir les fĂ©licitations qu’il mĂ©rite pour avoir baissĂ© les taxes de [=o]Trou Perdu. [=o]Jaylie peut nous rappeler que le sarcasme est une hygiĂšne publique. [=o]Bob peut garder ses chats loin de mon studio.

Ici Kleo, depuis la salle du trîne de l’Empire Brun, sous les chandelles, les crñnes, les dorures anciennes et la toile qui sait exactement quand se refermer.

16/07 (01:33) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir Sicilia. Bonsoir Empire. Bonsoir aussi à tous ceux qui prétendent ne jamais (...)


Bonsoir Sicilia. Bonsoir Empire. Bonsoir aussi à tous ceux qui prétendent ne jamais écouter cette émission avant d'en citer le moindre mot dÚs le lendemain matin dans une taverne. Je vous vois, ne faites pas semblant. Les murs ont des oreilles, les tavernes ont des langues et moi j'ai des araignées. Elles sont nettement plus fiables que les chroniqueurs politiques et infiniment moins chÚres à nourrir.

Je vous propose d'ailleurs de commencer notre voyage lĂ  oĂč les grands principes rencontrent toujours le mĂȘme destin. Le ValĂ©gro. Cette merveilleuse province oĂč chacun affirme vouloir protĂ©ger le peuple avec une sincĂ©ritĂ© bouleversante tout en passant une partie considĂ©rable de sa journĂ©e Ă  lui expliquer pourquoi il doit dĂ©sormais payer davantage, produire davantage, obĂ©ir davantage et surtout remercier davantage. J'admire cette capacitĂ© qu'ont certains gouvernements Ă  prĂ©senter une gifle comme une caresse Ă©ducative. Il faut un talent immense pour rĂ©ussir une telle performance sans Ă©clater de rire au milieu de son propre discours.

Prenez donc cette affaire qui agite actuellement Fort Emouchet. À premiĂšre vue, elle ressemble Ă  une banale querelle administrative. En rĂ©alitĂ©, c'est une vĂ©ritable piĂšce de théùtre oĂč chacun est persuadĂ© d'incarner le hĂ©ros alors que le public commence sĂ©rieusement Ă  soupçonner qu'il n'y a plus que des seconds rĂŽles. D'un cĂŽtĂ©, [=o]Jean-Luc Selriche poursuit son grand projet de bonheur kollectif avec l'Ă©nergie d'un homme convaincu que la prospĂ©ritĂ© se mesure au nombre de formulaires distribuĂ©s et que toute rĂ©sistance Ă  l'impĂŽt constitue probablement une pathologie mĂ©dicale. De l'autre, [=o]PierreJean continue de dĂ©fendre une idĂ©e presque rĂ©volutionnaire dans le monde moderne, celle selon laquelle il serait peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de laisser les habitants produire des richesses avant de leur expliquer avec enthousiasme pourquoi elles appartiennent dĂ©jĂ  Ă  quelqu'un d'autre.

Et c'est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que cette histoire cesse d'ĂȘtre une simple dispute entre administrateurs pour devenir une dĂ©monstration politique absolument fascinante. Chacun croit profondĂ©ment avoir raison. Les uns augmentent les taxes au nom du bien commun. Les autres dĂ©noncent ces dĂ©cisions au nom de ce mĂȘme bien commun. Les bĂątiments changent de propriĂ©taire avec une facilitĂ© dĂ©concertante pendant que les discours deviennent toujours plus grandiloquents, comme si chaque nouvelle dĂ©claration pouvait faire oublier que les habitants regardent surtout disparaĂźtre leurs outils de travail. J'ai toujours trouvĂ© extraordinaire cette capacitĂ© qu'ont les dirigeants Ă  parler de prospĂ©ritĂ© avec une telle assurance au milieu des gravats. Les pierres, elles, restent d'un scepticisme admirable.

Je voudrais maintenant quitter un instant les plaines du ValĂ©gro, oĂč les administrations continuent de labourer les citoyens avec une application presque agricole, pour traverser les dunes de Mystisie. LĂ -bas, le sable a cette Ă©trange propriĂ©tĂ© de conserver les empreintes bien plus longtemps que les promesses politiques. C'est une terre oĂč les caravanes disparaissent, oĂč les tempĂȘtes ensevelissent les monuments avant mĂȘme qu'ils aient une histoire et oĂč les ambitions, elles, refusent obstinĂ©ment de mourir. Je dois reconnaĂźtre que j'aime profondĂ©ment cette province. Pas seulement parce qu'elle appartient Ă  l'Empire Brun. Non. Je l'aime parce qu'elle attire systĂ©matiquement les personnalitĂ©s convaincues que le destin du Cybermonde attendait prĂ©cisĂ©ment leur arrivĂ©e. Mystisie agit sur les mĂ©galomanes comme une bouteille de trĂšs bon vin agit sur un poĂšte. Elle ne les transforme pas. Elle rĂ©vĂšle simplement ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ .

Et cette semaine, force est d'admettre que [=o]Octave Sombrefer n'a pas fait les choses Ă  moitiĂ©. Certains gouverneurs se contentent d'inaugurer une route ou de promettre une nouvelle auberge. C'est dĂ©jĂ  trĂšs bien. C'est utile. C'est mĂȘme respectable. Lui prĂ©fĂšre annoncer une rĂ©organisation complĂšte de la rĂ©alitĂ©. Une Magocratie. Un DĂ©sert DĂ©moniaque. Une immense campagne de fouilles archĂ©ologiques destinĂ©e Ă  retrouver des artefacts capables d'appeler des lĂ©gions dĂ©moniaques. Puis, dans un mouvement d'une modestie presque touchante, la conquĂȘte de l'Empire Brun avant celle du Cybermonde tout entier. J'admire cette capacitĂ© qu'ont certains dirigeants Ă  toujours prĂ©voir leur agenda trĂšs en avance. Personnellement, je peine dĂ©jĂ  Ă  organiser correctement mes repas lorsque [=o]Renato oublie de me servir Ă  l'heure. D'autres planifient la domination mondiale avant le dĂźner. Chacun ses talents.

Naturellement, les esprits raisonnables ont immĂ©diatement levĂ© les yeux au ciel. Ils parlent de folie. De dĂ©lire. De mĂ©galomanie. Les mĂȘmes personnes qui expliquaient hier encore qu'aucun Empire ne survivrait longtemps Ă  ses propres contradictions. Les mĂȘmes experts qui annoncent la chute du monde avec une rĂ©gularitĂ© telle qu'ils finiront probablement par avoir raison un jour, uniquement par Ă©puisement statistique. Les prophĂštes de catastrophe sont des gens trĂšs confortables. Lorsqu'ils Ă©chouent, ils annoncent simplement la catastrophe suivante. Lorsqu'ils rĂ©ussissent, ils rĂ©clament qu'on relise leurs anciennes analyses. C'est un mĂ©tier que je respecte Ă©normĂ©ment. Il ne demande absolument aucun rĂ©sultat.

Car au fond, ce qui me fascine dans cette histoire n'est pas le projet d'[=o]Octave Sombrefer. Les projets grandioses existent depuis que les premiers rois ont dĂ©couvert qu'une couronne permettait aussi de rĂȘver Ă  voix haute. Ce qui m'intĂ©resse davantage, c'est la rĂ©action du reste du Cybermonde. Il suffit qu'un homme annonce vouloir retrouver une lampe dĂ©moniaque enfouie sous plusieurs mĂštres de sable pour que tout le monde oublie soudain ses propres ambitions tout aussi extravagantes. Certains gouvernements prĂ©tendent reconstruire des sociĂ©tĂ©s parfaites. D'autres promettent un bonheur universel garanti par dĂ©cret. Quelques royaumes changent de souverain avec une frĂ©quence qui ferait passer une auberge pour un modĂšle de stabilitĂ©. Pourtant c'est toujours le voisin que l'on traite de fou. VoilĂ  une tradition intercybermondiale qui traverse les siĂšcles avec une remarquable fidĂ©litĂ©.

Je serais d'ailleurs bien incapable de dire oĂč commence exactement la mĂ©galomanie. Est-ce lorsqu'un homme affirme vouloir conquĂ©rir le monde ? Ou lorsqu'il est persuadĂ© que personne d'autre n'en est capable ? L'Histoire possĂšde un humour trĂšs particulier. Elle se moque rarement des rĂȘveurs. Elle prĂ©fĂšre ridiculiser ceux qui Ă©taient absolument certains que les rĂȘveurs Ă©choueraient. Les archives impĂ©riales regorgent de certitudes mortes de vieillesse.

Pendant ce temps, les fouilles avancent. Des chantiers apparaissent dans le dĂ©sert. Des expĂ©ditions sillonnent les dunes avec cette obstination propre aux chercheurs de trĂ©sors qui refusent d'admettre qu'ils pourraient simplement rentrer chez eux les mains vides. Certains y voient une perte de temps. D'autres une formidable aventure. Quant Ă  moi, je constate surtout que la Mystisie reste fidĂšle Ă  elle-mĂȘme. C'est probablement la seule province oĂč l'on peut annoncer sĂ©rieusement que l'on part dĂ©terrer une relique dĂ©moniaque sans provoquer autre chose qu'un haussement d'Ă©paules suivi d'un trĂšs poli « Bon courage ».

Il y a cependant un dĂ©tail qui mĂ©rite davantage d'attention. DerriĂšre les grands discours, derriĂšre les proclamations et les visions impĂ©riales, [=o]Octave Sombrefer rappelle malgrĂ© lui une vĂ©ritĂ© assez ancienne. Les peuples ont besoin d'histoires presque autant qu'ils ont besoin de pain. Gouverner uniquement avec des chiffres fatigue rapidement les foules. Gouverner avec un mythe, une quĂȘte et quelques ruines mystĂ©rieuses... voilĂ  qui nourrit autrement l'imagination. Les empires ne tiennent jamais uniquement grĂące Ă  leurs armĂ©es. Ils tiennent parce qu'ils offrent Ă  leurs habitants quelque chose de plus confortable encore que la sĂ©curitĂ©. Ils leur donnent l'impression de participer Ă  une histoire plus grande qu'eux-mĂȘmes.

Je n'ai donc aucun conseil Ă  donner Ă  [=o]Octave Sombrefer. Les ambitieux Ă©coutent rarement les conseils et les conquĂ©rants encore moins. En revanche, je me permettrai une simple observation. Les plus grands empires ne sont pas toujours bĂątis par ceux qui rĂȘvent le plus grand. Ils le sont souvent par ceux qui savent convaincre les autres que ce rĂȘve mĂ©rite d'ĂȘtre partagĂ©. ConquĂ©rir une province est une affaire militaire. ConquĂ©rir une imagination est une affaire infiniment plus difficile et vous avez fait mention de conquĂ©rir la mienne.

Enfin... si jamais quelqu'un retrouve réellement une antique lampe capable d'invoquer des légions démoniaques, je demanderais simplement qu'on prévienne la rédaction avant de déclencher la fin du monde. Il serait regrettable que Radio Nécrotoile manque un sujet d'une telle qualité pour une simple question d'organisation.

Il existe des nations qui bĂątissent leur puissance sur leurs armĂ©es. D'autres sur leur commerce. Certaines sur leur foi. Puis il y a la RuthvĂ©nie, qui semble avoir choisi depuis plusieurs semaines de construire son avenir autour d'une question absolument essentielle. Qui possĂšde la bonne couronne. VoilĂ  un dĂ©bat admirable. Non parce qu'il soit particuliĂšrement utile mais parce qu'il rĂ©sume Ă  lui seul toute la politique moderne. Les rĂ©coltes peuvent attendre. Les routes s'effondreront bien demain. Les provinces continueront d'exister avec ou sans discours. En revanche, dĂ©terminer laquelle de deux couronnes mĂ©rite le droit d'ĂȘtre portĂ©e devient soudain une urgence nationale. J'ai toujours trouvĂ© fascinant ce pouvoir qu'ont les symboles. Ils finissent souvent par coĂ»ter davantage d'Ă©nergie que ce qu'ils Ă©taient censĂ©s reprĂ©senter.

Le [=o]Roi Bladimir Bladimirovitch Mutin a donc rappelĂ© Ă  son royaume que l'enquĂȘte devait avancer et que les plaisanteries administratives avaient suffisamment durĂ©. DerriĂšre son ton volontairement théùtral se cache pourtant une inquiĂ©tude bien rĂ©elle. Une monarchie ne peut tolĂ©rer trĂšs longtemps que l'on doute de ce qui fait prĂ©cisĂ©ment son autoritĂ©. Les royaumes vivent autant de cĂ©rĂ©monies que de soldats. Si la couronne devient un simple objet parmi d'autres alors le trĂŽne lui-mĂȘme commence Ă  perdre quelques centimĂštres de hauteur. Les sceptiques appellent cela de la superstition. Les vieux souverains, eux, savent que les peuples obĂ©issent souvent davantage Ă  une histoire qu'Ă  une Ă©pĂ©e.

Mais comme toujours en RuthvĂ©nie, il suffit qu'une affaire semble prendre une direction claire pour qu'une autre voix surgisse aussitĂŽt et dĂ©cide qu'il serait infiniment plus raisonnable de remettre absolument tout en question. Les appels Ă  la rĂ©volution fleurissent avec une rĂ©gularitĂ© presque botanique. Les discours se rĂ©pondent d'une place Ă  l'autre. Les anciens idĂ©aux sont convoquĂ©s comme des tĂ©moins dans un procĂšs oĂč chacun est persuadĂ© d'incarner la vĂ©ritable tradition. J'ai parcouru plusieurs de ces dĂ©clarations avec beaucoup d'attention et j'y ai retrouvĂ© ce parfum si particulier des nations qui regardent davantage leur passĂ© que leur horizon. Chacun invoque les ancĂȘtres. Personne ne semble vouloir leur demander ce qu'ils auraient fait Ă  leur place.

Il faut reconnaĂźtre Ă  la RuthvĂ©nie un talent que peu d'États possĂšdent encore. Elle transforme chaque crise politique en tragĂ©die romantique. LĂ  oĂč d'autres gouvernements s'Ă©changent des chiffres et des rapports administratifs, les RuthvĂšnes parlent de destin, d'honneur, de rĂ©volution, de sang et de fidĂ©litĂ©. C'est infiniment plus Ă©lĂ©gant. Beaucoup moins reposant aussi. On ne peut pas vivre Ă©ternellement dans une piĂšce de théùtre sans finir par oublier oĂč se trouve la sortie de scĂšne.

Je voudrais d'ailleurs attirer votre attention sur une Ă©trange similitude entre tous les camps qui s'affrontent. Ils prĂ©tendent naturellement dĂ©fendre des visions incompatibles. Les uns accusent les autres de trahir l'esprit du royaume. Les autres rĂ©pondent qu'ils sont les seuls hĂ©ritiers lĂ©gitimes des anciennes valeurs. Pourtant, lorsqu'on retire les drapeaux, les uniformes et les grands discours, tous poursuivent exactement le mĂȘme objectif. Chacun rĂȘve d'une RuthvĂ©nie qui lui donnerait enfin raison. VoilĂ  peut-ĂȘtre la plus vieille maladie politique du monde. Confondre le salut d'une nation avec la victoire de sa propre opinion.

Pendant ce temps, la vie continue avec cette insolence que les idéologies ne parviennent jamais complÚtement à dompter. Des commerçants ouvrent leurs échoppes. Des artisans fabriquent encore leurs outils. Des aubergistes servent leurs clients sans leur demander au préalable s'ils soutiennent la bonne faction. Les véritables piliers d'un royaume ne siÚgent pas toujours dans les palais. Ils travaillent souvent derriÚre un comptoir, un établi ou un champ. Ils regardent passer les souverains comme les saisons. Avec une certaine curiosité et une immense patience.

C'est peut-ĂȘtre pour cette raison que je souris toujours lorsqu'on annonce une rĂ©volution imminente. Les rĂ©volutions aiment Ă©normĂ©ment les discours. Les peuples prĂ©fĂšrent gĂ©nĂ©ralement le pain chaud. Les premiĂšres promettent un avenir radieux. Les seconds espĂšrent simplement que demain ressemblera suffisamment Ă  aujourd'hui pour pouvoir continuer Ă  vivre. Cette diffĂ©rence paraĂźt minuscule. Elle explique pourtant pourquoi tant de grandes rĂ©volutions terminent leur existence dans les livres d'Histoire pendant que les boulangers, eux, ouvrent encore leurs portes chaque matin.

Ne vous mĂ©prenez pas. Je ne me moque pas de la RuthvĂ©nie. Au contraire. Je lui reconnais une qualitĂ© que beaucoup ont perdue. Elle croit encore que les idĂ©es mĂ©ritent qu'on se batte pour elles. C'est respectable. J'aimerais simplement que quelqu'un rappelle de temps en temps aux diffĂ©rents prĂ©tendants que gouverner consiste Ă©galement Ă  remplir les greniers, rĂ©parer les routes et empĂȘcher les citoyens de s'entretuer entre deux grands principes. Les royaumes meurent rarement d'un manque d'hĂ©roĂŻsme. Ils meurent bien plus souvent d'un excĂšs de certitudes.

Alors je regarderai cette histoire de couronnes avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt que les prĂ©cĂ©dentes. Parce qu'au fond, peu importe finalement laquelle sera reconnue comme la vĂ©ritable. Dans quelques annĂ©es, un nouveau souverain en portera une autre et les chroniqueurs expliqueront avec le plus grand sĂ©rieux que celle-ci est Ă©videmment la seule authentique. Les symboles changent de tĂȘte. Les peuples, eux, continuent d'espĂ©rer que quelqu'un finira par mĂ©riter de les porter.

Je laisse nĂ©anmoins les lignes de Radio NĂ©crotoile ouvertes. Si un prĂ©tendant, un rĂ©volutionnaire, un royaliste convaincu ou mĂȘme une couronne elle-mĂȘme souhaite venir dĂ©fendre sa version des faits, la rĂ©daction l'accueillera avec toute l'impartialitĂ© qui fait notre rĂ©putation. Naturellement, le fait que nous ayons dĂ©jĂ  notre opinion ne doit dĂ©courager personne. Il est toujours intĂ©ressant d'entendre quelqu'un expliquer pourquoi il avait tort avec autant de conviction.

AprĂšs avoir traversĂ© les tempĂȘtes politiques du ValĂ©gro, les rĂȘves impĂ©riaux de Mystisie et les querelles de couronnes ruthvĂšnes, il est presque reposant de revenir en Sicilia. Je dis bien *presque*. Car ceux qui imaginent encore notre province comme un petit coin tranquille oĂč les habitants passent leurs journĂ©es Ă  boire du vin et discuter de cuisine n'ont probablement jamais essayĂ© d'y passer une semaine complĂšte. Sicilia possĂšde une qualitĂ© trĂšs rare. Elle donne constamment l'impression que tout est sous contrĂŽle alors qu'il s'y passe toujours quelque chose d'absolument improbable. Seulement ici, personne ne pousse de grands cris. On balaie devant sa porte, on relĂšve les manches et on continue d'avancer pendant que le reste du monde organise des confĂ©rences pour expliquer pourquoi il est incapable d'en faire autant.

Les [=o]Dei Machiavelli ont encore occupĂ© une bonne partie de l'espace politique de Trou Perdu. [=o]Martina D. Dei[*n]Machiavelli a naturellement rappelĂ© son attachement Ă  l'ImpĂ©ratrice [=o]LachĂ©sis tout en dĂ©cochant quelques flĂšches bien senties vers le Paradigme Vert. Rien de trĂšs surprenant. Les Ă©cologistes radicaux et les Bruns entretiennent depuis longtemps cette relation Ă©trange oĂč chacun est convaincu que l'autre reprĂ©sente l'avenir... mais de la catastrophe. Je dois reconnaĂźtre une certaine Ă©lĂ©gance Ă  cette constance. Les convictions deviennent beaucoup plus crĂ©dibles lorsqu'elles survivent aux changements de mode. Et si les discours ne suffisent pas toujours Ă  convaincre les adversaires, ils ont au moins le mĂ©rite de rappeler aux amis pourquoi ils sont restĂ©s.

Pendant ce temps, la gouvernance sicilienne poursuit tranquillement son chemin. [=o]Jaylie Dei[*n]Machiavelli continue de tenir la province, [=o]Dusk et Aurora poursuivent leur travail d'intendance avec cette sobriété qui les caractérise et les habitants continuent de faire ce qu'ils savent faire de mieux. Produire. Construire. Vivre. C'est terriblement peu spectaculaire. Les chroniqueurs politiques détestent ce genre de période. Une administration qui fonctionne correctement produit infiniment moins d'articles qu'une révolution. Pourtant, lorsque les fumées se dissipent et que les grands orateurs rentrent chez eux, ce sont toujours les provinces stables qui récoltent les bénéfices du vacarme des autres.

Des homards géants, des géants des montagnes, des rapaces, des pigeons belliqueux, des démons mineurs et quelques individus qui demeurent objectivement plus dangereux que tout ce petit monde réuni. J'apprécie énormément cette diversité. Elle nous rappelle qu'ici, le principal prédateur n'est pas toujours celui qui possÚde les plus longues griffes. Il arrive parfois qu'il porte un costume, un uniforme ou un titre de ministre.

Je remarque Ă©galement avec une certaine tendresse que les tartes Ă  la crĂšme poursuivent leur carriĂšre diplomatique avec une efficacitĂ© remarquable. Les empires changent. Les gouvernements tombent. Les alliances se font et se dĂ©font. La tarte, elle, demeure. Il existe probablement moins de rancune aprĂšs une bonne pĂątisserie en plein visage qu'aprĂšs certains sommets internationaux. VoilĂ  peut-ĂȘtre une piste que les chancelleries devraient explorer davantage.

Car au fond, que retiendrons-nous de cette journĂ©e ? Un gouverneur qui rĂȘve d'un empire immense. Un royaume qui cherche une couronne. Une rĂ©publique qui dĂ©couvre que le bonheur administratif ne convainc pas toujours les administrĂ©s. Une Sicilia qui poursuit son chemin sans Ă©prouver le besoin de transformer chaque dĂ©cision en tragĂ©die nationale. VoilĂ  un tableau assez fidĂšle de notre Ă©poque. Tout le monde parle trĂšs fort. Ceux qui travaillent parlent gĂ©nĂ©ralement beaucoup moins.

Je terminerai donc cette émission par un conseil que personne ne suivra. Méfiez-vous des gens qui vous promettent un avenir parfait. Ils commencent presque toujours par vous expliquer que le présent constitue un léger désagrément nécessaire. Les empires les plus solides ne sont pas ceux qui promettent le paradis. Ce sont ceux qui permettent simplement à leurs habitants de rentrer chez eux le soir avec l'impression d'avoir construit quelque chose d'utile.

Les lignes de Radio Nécrotoile restent naturellement ouvertes. Les gouvernements peuvent venir contester nos analyses. Les révolutionnaires peuvent venir annoncer la prochaine révolution qui sera, cette fois c'est certain, la bonne. Les rois peuvent défendre leurs couronnes. Les conquérants leurs cartes. Les bureaucrates leurs formulaires. Nous écouterons tout le monde avec une attention sincÚre et une mauvaise foi parfaitement équitable.

Quant à ceux qui n'ont rien à déclarer... revenez demain.

17/07 (00:34) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir à vous, habitants de Sicilia, voyageurs de passage, gouvernants persuadés que (...)


Bonsoir Ă  vous, habitants de Sicilia, voyageurs de passage, gouvernants persuadĂ©s que leurs discours survivront aux siĂšcles et lecteurs qui ouvrent directement cette chronique en espĂ©rant y apercevoir leur propre nom. Ne soyez pas gĂȘnĂ©s. Si j'Ă©tais Ă  votre place, je commencerais exactement par lĂ .

Aujourd'hui, impossible de regarder ailleurs que vers la Mystisie. À peine les nouveaux responsables prennent-ils leurs fonctions que Octave Sombrefer donne dĂ©jĂ  le ton. Les fouilles archĂ©ologiques reprennent, un quartier gĂ©nĂ©ral dĂ©moniaque est annoncĂ© et les terroristes reçoivent un message d'une simplicitĂ© presque dĂ©sarmante. Il leur demande d'arrĂȘter. VoilĂ  une mĂ©thode politique qui mĂ©rite d'ĂȘtre saluĂ©e. D'autres gouvernements Ă©laborent des plans complexes, crĂ©ent des commissions d'enquĂȘte et rĂ©digent des rapports de plusieurs dizaines de pages. Le Sultan, lui, tente encore l'ancienne mĂ©thode consistant Ă  supposer que des terroristes finiront peut-ĂȘtre par Ă©couter si on leur demande suffisamment poliment. J'ignore si cela fonctionnera mais je reconnais une certaine Ă©lĂ©gance Ă  cette naĂŻvetĂ© parfaitement assumĂ©e.

Il faut cependant reconnaĂźtre que Octave possĂšde un talent beaucoup plus prĂ©cieux que celui de gouverner. Il sait attirer les regards. Chaque annonce provoque dĂ©jĂ  des commentaires, des rĂ©actions et parfois mĂȘme des inquiĂ©tudes. C'est gĂ©nĂ©ralement le signe qu'un personnage commence rĂ©ellement Ă  exister. Les dirigeants oubliables administrent des provinces. Les autres deviennent des sujets de conversation. Et puisqu'il a eu l'audace de me nommer officiellement biographe de sa future conquĂȘte du Cybermonde, je considĂšre dĂ©sormais qu'il est de mon devoir de noter chacune de ses promesses. Je ne sais pas encore si elles finiront dans un livre d'Histoire ou dans un rayon consacrĂ© aux ambitions beaucoup trop optimistes. Dans les deux cas, le rĂ©cit promet d'ĂȘtre intĂ©ressant.

La journĂ©e aurait pu s'arrĂȘter sur cette dĂ©monstration de confiance presque insolente. La Mystisie en avait dĂ©cidĂ© autrement. Quelques instants plus tard, l'HĂŽtel Chez Monique se retrouve Ă©vacuĂ© Ă  cause d'une alerte Ă  la bombe. Jusqu'ici, rien de trĂšs inhabituel pour le Cybermonde. Ce qui m'a davantage interpellĂ©e est le contenu du message laissĂ© derriĂšre cette petite dĂ©monstration de civisme. AprĂšs avoir rappelĂ© avec un enthousiasme dĂ©bordant que le Sultan avait raison par principe, son auteur termine tranquillement en invitant tout le monde Ă  aller manger chez Layla. VoilĂ  probablement la premiĂšre opĂ©ration terroriste dont l'objectif secondaire consiste Ă  amĂ©liorer la frĂ©quentation d'un restaurant concurrent. Je dois reconnaĂźtre que les mĂ©thodes publicitaires deviennent de plus en plus crĂ©atives.

Mais avant de quitter la Mystisie, je serais profondĂ©ment injuste si je passais sous silence la performance de Silas des Sables. Peu d'hommes peuvent prĂ©tendre ĂȘtre entrĂ©s volontairement en prison et en ĂȘtre ressortis presque avant que la porte ne se referme derriĂšre eux. Deux minutes. C'est Ă  peine le temps nĂ©cessaire pour choisir une biĂšre dans certaines tavernes. Si cette efficacitĂ© devient la norme, je suggĂšre trĂšs officiellement que les geĂŽles mystisiennes installent un comptoir d'accueil et distribuent des cartes de fidĂ©litĂ©. AprĂšs tout, lorsqu'un sĂ©jour carcĂ©ral dure moins longtemps qu'une conversation, autant rendre l'expĂ©rience agrĂ©able.

VoilĂ  qui nous conduit naturellement vers d'autres provinces oĂč certains candidats parviennent Ă  oublier le nom du poste auquel ils se prĂ©sentent tandis que d'autres dĂ©cident qu'un pagne suffit largement pour participer Ă  la vie politique. Et je vous assure que je n'invente absolument rien. Le Cybermonde s'en charge trĂšs bien sans mon aide.

Mais pendant que la Mystisie perfectionne son art trĂšs personnel de mĂ©langer conquĂȘtes, explosions et publicitĂ© pour les Ă©tablissements voisins, la RĂ©publik de Kraland continue de prouver qu'il est parfaitement possible de produire autant d'animation sans tirer la moindre Ă©pĂ©e. Il suffit de rĂ©unir quelques citoyens convaincus d'avoir raison et de leur offrir une tribune suffisamment grande. Le reste se fait tout seul.

Je voudrais d'ailleurs fĂ©liciter Jean-Luc Selriche, qui nous a livrĂ© ce que les historiens qualifieront peut-ĂȘtre un jour de plus belle publicitĂ© involontaire pour la naturalisation kralandaise. Selon lui, obtenir des papiers de la RĂ©publik l'aurait transformĂ© en un homme nouveau. Fini la procrastination, envolĂ©e la paresse, disparues les mauvaises habitudes. Les idĂ©es affluent dĂ©sormais avec une facilitĂ© dĂ©concertante et le travail semble presque devenir un plaisir. J'ignore ce que les fonctionnaires kralandais glissent exactement dans leurs formulaires administratifs mais je commence sĂ©rieusement Ă  soupçonner l'existence d'une substance jusqu'ici inconnue de la mĂ©decine moderne. Si quelques feuilles timbrĂ©es suffisent rĂ©ellement Ă  produire de tels miracles, l'Empire Brun ferait peut-ĂȘtre bien d'en importer une cargaison... uniquement pour les Ă©tudier, naturellement.

Cette belle profession de foi n'a évidemment pas tardé à attirer quelques réponses. Les échanges se sont multipliés avec cette élégance toute particuliÚre que seuls les Kralandais savent produire. Chacun redistribue l'argent de quelqu'un d'autre, chacun explique pourquoi sa vision de la solidarité est objectivement la meilleure et chacun termine la discussion persuadé d'avoir brillamment démontré l'évidence. J'observe toujours ces débats avec une certaine admiration. Dans beaucoup de pays, une dispute politique finit autour d'un champ de bataille. En Républik, elle finit autour d'un tableau comptable. Les blessures sont moins visibles mais les cicatrices administratives durent généralement beaucoup plus longtemps.

La soirée nous a également offert un moment de poésie bureaucratique grùce à Ninoo Chantargent. Voilà une candidate capable de présenter un programme entier avant de retrouver le nom exact de la fonction qu'elle souhaite exercer. Pendant quelques instants, elle hésite, cherche, corrige, improvise et transforme malgré elle une simple candidature en véritable numéro de théùtre. J'avoue avoir trouvé la scÚne étrangement attachante. Les discours parfaitement préparés finissent souvent par se ressembler. Les hésitations, elles, rappellent qu'il y a encore un joueur derriÚre le personnage. Et parfois, c'est précisément ce qui les rend mémorables.

Mais la palme du spectacle revient sans la moindre hĂ©sitation Ă  Jay Padbol. Alors que certains passent des heures Ă  rĂ©diger des manifestes politiques, lui choisit une mĂ©thode beaucoup plus directe pour attirer l'attention. Le voilĂ  qui dĂ©boule presque vĂȘtu d'un simple pagne, se balance comme un homme ayant manifestement passĂ© trop de temps dans la jungle et transforme un hĂŽtel respectable en dĂ©cor d'aventure exotique. J'ignore encore si cette prestation constituait une campagne Ă©lectorale, une dĂ©monstration athlĂ©tique ou un simple problĂšme vestimentaire. Une chose est certaine, personne n'a oubliĂ© son entrĂ©e. Et dans le Cybermonde, c'est dĂ©jĂ  une victoire politique Ă  part entiĂšre.

AprÚs ce détour par les grandes déclarations et les campagnes électorales, il est toujours agréable de revenir en Sicilia. Non pas parce que nous serions plus sages que les autres. Ne racontons pas n'importe quoi. Mais parce qu'ici, les discours s'accompagnent généralement d'un chantier, d'une nomination ou d'une tournée à la taverne. Une province qui construit inspire toujours davantage confiance qu'une province qui passe sa journée à expliquer pourquoi elle construira demain.

Les registres de Trou Perdu en sont encore une excellente démonstration. De nouveaux bùtiments apparaissent, les projets se multiplient et plusieurs habitants continuent discrÚtement à renforcer la province sans ressentir le besoin d'accompagner chaque coup de marteau d'un communiqué de trois pages. J'avoue éprouver une affection particuliÚre pour cette façon de travailler. Les plus belles réussites sont souvent celles que l'on découvre plusieurs jours plus tard en parcourant les archives plutÎt qu'en lisant les proclamations officielles.

Je ne peux d'ailleurs pas passer sous silence Dusk et Aurora. Ces deux-lĂ  possĂšdent un talent qui devient presque une spĂ©cialitĂ© sicilienne. Ils donnent constamment l'impression de ne rien faire... jusqu'au moment oĂč l'on relit les registres et que leurs noms apparaissent absolument partout. Une amĂ©lioration ici, une dĂ©cision lĂ , un chantier un peu plus loin. Ils travaillent avec cette discrĂ©tion insupportable des gens efficaces. Pour une chroniqueuse, c'est une bĂ©nĂ©diction. Pour leurs adversaires, beaucoup moins. Pendant que certains annoncent la construction d'un empire, eux construisent simplement des morceaux de province. Au final, les pierres ont souvent la mauvaise habitude de survivre plus longtemps que les discours.

À quelques rues de lĂ , Martina Dei Machiavelli poursuit son Ɠuvre favorite qui consiste Ă  parler avec suffisamment de conviction pour que personne ne puisse prĂ©tendre ignorer ce qu'elle pense. Dans une Ă©poque oĂč beaucoup adaptent leurs idĂ©es au sens du vent, cette femme possĂšde au moins une qualitĂ© devenue rare. Elle assume les siennes. Cela lui attire des soutiens enthousiastes, quelques critiques bien senties et probablement davantage de dĂ©bats qu'elle ne l'avouera publiquement. Mais c'est prĂ©cisĂ©ment le rĂŽle des personnages importants. Une province oĂč tout le monde est d'accord devient rapidement trĂšs silencieuse. Et une province silencieuse est une province dont plus personne ne parle.

Je remarque également quelque chose qui me plaßt énormément en parcourant les événements de la journée. Sicilia ne repose jamais sur une seule personne. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Les gouvernants gouvernent, les bùtisseurs bùtissent, les commerçants commercent, les aventuriers se jettent dans les ennuis avec une régularité presque professionnelle et quelques araignées particuliÚrement cultivées prennent consciencieusement des notes depuis leur plafond. C'est probablement cette diversité qui donne à la province son caractÚre. On ne vient pas en Sicilia pour admirer des bùtiments. On y vient pour rencontrer les gens qui leur donnent une histoire.

Voilà pourquoi je continuerai toujours à défendre cette terre avec une objectivité absolument irréprochable. Certains me reprocheront sans doute une légÚre préférence. Je leur répondrai qu'il est trÚs difficile de rester parfaitement neutre lorsque l'on vit entourée de personnages qui prennent autant de plaisir à écrire ensemble. AprÚs tout, une bonne chronique ne se nourrit pas uniquement de grands événements. Elle vit surtout grùce aux joueurs qui transforment une simple journée de jeu en une histoire que l'on aura encore envie de raconter demain. Et sur ce point, mes chers Siciliens, continuez exactement comme ça. Vous rendez mon travail délicieusement facile.

En refermant tous ces parchemins, je finis par remarquer un dĂ©tail que les principaux intĂ©ressĂ©s ne verront probablement jamais. Aujourd'hui, personne n'a rĂ©ellement parlĂ© de la mĂȘme chose. Octave rĂȘve dĂ©jĂ  d'un avenir Ă©crit en lettres de feu. Jean-Luc dĂ©fend avec enthousiasme son idĂ©al bureaucratique. Ninoo transforme une candidature en scĂšne de théùtre malgrĂ© elle. Jay rappelle qu'il est parfois possible d'attirer davantage l'attention avec un pagne qu'avec un programme politique complet. Pendant ce temps, Dusk, Aurora, Martina et bien d'autres continuent simplement Ă  faire vivre leurs provinces sans se demander si quelqu'un Ă©crira un jour leur nom dans les livres. Et pourtant, c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui me fascine. Le Cybermonde ne tient pas grĂące Ă  ses frontiĂšres. Il tient grĂące aux personnages qui refusent obstinĂ©ment de laisser une journĂ©e devenir ordinaire.

Je terminerai donc cette édition par une invitation parfaitement désintéressée. Si vous estimez que j'ai oublié un exploit, minimisé votre génie ou accordé beaucoup trop d'importance à votre voisin, les portes de Radio Nécrotoile vous sont grandes ouvertes. Venez protester, venez témoigner, venez défendre votre honneur ou tenter de corriger ma version des faits. Je vous écouterai avec la plus grande attention avant d'expliquer trÚs calmement pourquoi j'avais probablement raison depuis le début.

D'ici là, continuez à gouverner, à bùtir, à comploter, à aimer, à vous quereller et surtout à écrire. Vous fournissez les histoires. Je me contente de tendre la vieille radio vers le Cybermonde et de laisser les ondes transporter ce joyeux chaos jusque dans les tavernes de l'Empire.

Bonne nuit Ă  tous... et souvenez-vous d'une chose. Les hĂ©ros Ă©crivent parfois l'Histoire. Les chroniqueurs, eux, choisissent trĂšs souvent la maniĂšre dont on s'en souviendra. đŸ•·ïž

18/07 (01:42) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux souverains qui découvrent chaque samedi que (...)


Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux souverains qui découvrent chaque samedi que leurs plus grandes décisions tiennent finalement dans une colonne de registre, aux révolutionnaires qui appellent cela un soulÚvement quand il s'agit surtout d'une trÚs mauvaise journée, aux diplomates qui distribuent des ultimatums avec le sourire et aux lecteurs qui espÚrent secrÚtement que je me sois davantage moquée de leur voisin que d'eux.

Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste parfaitement impartiale puisque je trouve des raisons de lever un sourcil devant absolument tout le monde. Je vous parle depuis ma salle de radio oĂč le velours sombre Ă©touffe les Ă©chos, oĂč les chandelles dessinent des ombres sur les vieux crĂąnes empilĂ©s autour de mon trĂŽne et oĂč mes yeux bleus brillent suffisamment pour faire croire que je connais dĂ©jĂ  les catastrophes de la semaine prochaine.

Comme chaque samedi, nous allons refermer le registre de ces derniers jours. Pas pour distribuer des bons points. Le Cybermonde s'en charge trÚs mal tout seul. Nous allons simplement regarder ce qui s'est passé, qui a gagné, qui a perdu, qui a changé de camp, qui a changé de chaise et qui a surtout réussi à transformer une journée parfaitement normale en anecdote que les tavernes raconteront encore dans plusieurs semaines.

S'il fallait résumer cette semaine en une seule phrase, je dirais que tout le monde semblait persuadé de défendre la stabilité... en provoquant exactement l'effet inverse. Entre les crises politiques, les changements de pouvoir, les arrestations, les attentats, les mouvements indépendantistes et les ambitions démesurées, le Cybermonde a une nouvelle fois prouvé qu'il était capable de fabriquer davantage d'actualité en sept jours que certains continents en plusieurs décennies. Il faut reconnaßtre un talent collectif. Quand une semaine commence par une nomination et se termine par une révolution, personne ne peut accuser les habitants de manquer d'imagination.

La RĂ©publik de Kraland a probablement remportĂ© le prix de l'agitation institutionnelle. Le ValĂ©gro est devenu le théùtre d'une crise oĂč chacun prĂ©tend dĂ©fendre la paix avec une Ă©nergie qui ressemble furieusement Ă  une dĂ©claration de guerre. Entre les discours appelant au calme, les accusations croisĂ©es, les manifestations, les rĂ©bellions locales et les dĂ©bats sur l'avenir de la province, il devenait parfois difficile de savoir qui gouvernait encore rĂ©ellement la situation. Les gouvernements aiment rĂ©pĂ©ter que tout est sous contrĂŽle. Les habitants, eux, regardent surtout si leur maison appartient toujours au mĂȘme pays qu'au rĂ©veil.

Pendant ce temps, le GĂ©ofront n'a cessĂ© de faire entendre une voix de plus en plus difficile Ă  ignorer. Les appels Ă  davantage d'autonomie, voire Ă  une vĂ©ritable indĂ©pendance, se sont multipliĂ©s tout au long de la semaine. Ce qui n'Ă©tait peut-ĂȘtre qu'un mĂ©contentement il y a encore quelques jours ressemble dĂ©sormais Ă  une revendication politique assumĂ©e. Les monarchies dĂ©testent gĂ©nĂ©ralement ce moment trĂšs prĂ©cis oĂč leurs provinces cessent de demander des rĂ©formes pour commencer Ă  demander une porte de sortie. C'est rarement bon signe pour la tranquillitĂ© des palais.

Et pendant que certaines nations cherchaient Ă  empĂȘcher leurs provinces de partir, d'autres se demandaient simplement qui porterait la couronne. La RuthvĂ©nie a poursuivi sa dĂ©sormais cĂ©lĂšbre Course au TrĂŽne Maudit, transformant la succession royale en compĂ©tition dĂ©moniaque parfaitement assumĂ©e. Il faut reconnaĂźtre Ă  ce Royaume une qualitĂ© devenue rare. Lorsqu'il dĂ©cide d'organiser une crise politique, il le fait avec suffisamment de panache pour que mĂȘme les dĂ©mons acceptent de participer. Peu de monarchies peuvent prĂ©tendre gĂ©rer leur avenir comme une Ă©preuve sportive arbitrĂ©e par les enfers. C'est absurde. C'est théùtral. C'est trĂšs ruthvĂšne.

Si une nation a particuliĂšrement occupĂ© les conversations cette semaine, c'est bien la Mystisie. L'arrivĂ©e de Octave Sombrefer Ă  la tĂȘte du Sultanat n'a laissĂ© Ă  personne le temps de s'installer confortablement. Les nominations se sont enchaĂźnĂ©es, les institutions ont retrouvĂ© un rythme soutenu et les premiers grands projets ont Ă©tĂ© annoncĂ©s avec cette dĂ©licatesse toute personnelle qui consiste Ă  parler de conquĂ©rir le Cybermonde avant mĂȘme d'avoir terminĂ© de dĂ©placer les meubles dans son palais.

Je dois reconnaßtre une qualité à Octave. Il ne promet jamais de petites choses. Certains gouverneurs annoncent une nouvelle route ou un marché couvert. Lui évoque des fouilles archéologiques, une future Légion démoniaque, la domination du désert et un avenir que l'Histoire retiendra forcément. On peut sourire devant une telle confiance mais il faut lui accorder un mérite incontestable. Il donne immédiatement envie de voir s'il ira réellement jusqu'au bout de ses ambitions. Les grands personnages ne sont pas forcément ceux qui réussissent. Ce sont souvent ceux qui donnent envie de suivre leur parcours.

Naturellement, une semaine mystisienne ne pouvait pas se limiter à des nominations. Une alerte à la bombe est venue rappeler que le désert possÚde toujours ce goût trÚs particulier pour les démonstrations spectaculaires. Le plus étonnant n'était pourtant pas l'évacuation de l'hÎtel mais le message qui l'accompagnait. AprÚs avoir rappelé avec beaucoup d'application que le Sultan avait toujours raison, son auteur jugea utile de recommander aux voyageurs d'aller déjeuner chez un établissement concurrent. Voilà une conception du terrorisme que je découvre avec curiosité. Certains utilisent la peur pour faire avancer une idéologie. D'autres semblent surtout vouloir améliorer la fréquentation d'un restaurant.

La semaine a Ă©galement offert l'une de ces scĂšnes dont seul le Cybermonde possĂšde le secret. Silas des Sables s'est volontairement prĂ©sentĂ© devant la justice, est entrĂ© en prison puis en est ressorti quelques instants plus tard aprĂšs avoir purgĂ© sa peine. Je n'ai pas chronomĂ©trĂ© la scĂšne mais je suis raisonnablement certaine que certains clients mettent davantage de temps Ă  choisir leur repas dans une taverne. Si cette efficacitĂ© devient la nouvelle norme, les prisons mystisiennes finiront peut-ĂȘtre par proposer un service express avec boisson offerte aprĂšs la troisiĂšme incarcĂ©ration.

Pendant que la Mystisie rĂ©organisait son avenir, les autres nations observaient cette agitation avec un mĂ©lange d'inquiĂ©tude, de curiositĂ© et de scepticisme. Certains y voient dĂ©jĂ  le retour d'un grand Sultanat. D'autres attendent patiemment le premier faux pas avant de proclamer que tout cela Ă©tait Ă©crit d'avance. Pour ma part, je me contenterai d'une observation beaucoup plus simple. Une province qui fait autant parler d'elle quelques jours seulement aprĂšs un changement de pouvoir accomplit dĂ©jĂ  une chose essentielle. Elle donne envie au reste du Cybermonde de regarder dans sa direction. Et dans un monde oĂč chacun cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  devenir le centre de la carte, c'est parfois une victoire presque aussi importante qu'une bataille remportĂ©e.

Pendant que les regards restaient tournés vers la Mystisie, une autre réalité s'installait discrÚtement un peu partout dans le Cybermonde. Les grandes déclarations attirent toujours les chroniqueurs mais les provinces continuent de vivre grùce à des gens beaucoup moins bruyants. Cette semaine encore, des bùtiments sont sortis de terre, des commerces ont ouvert, des infrastructures ont été améliorées et plusieurs dirigeants ont préféré investir dans la pierre plutÎt que dans les discours. C'est moins spectaculaire qu'une révolution mais infiniment plus difficile à démolir.

En Sicilia, cette philosophie semble toujours aussi bien ancrĂ©e. Les chantiers se sont succĂ©dĂ© avec une rĂ©gularitĂ© presque mĂ©canique et plusieurs habitants ont continuĂ© Ă  renforcer la province sans Ă©prouver le besoin de transformer chaque coup de marteau en communiquĂ© officiel. C'est probablement ce que j'apprĂ©cie le plus chez les Siciliens. Ils parlent, bien sĂ»r. Ils aiment mĂȘme Ă©normĂ©ment parler. Mais ils prennent gĂ©nĂ©ralement la peine de construire quelque chose entre deux conversations.

Impossible d'Ă©voquer cette semaine sans citer Dusk et Aurora. Ces deux-lĂ  ont une maniĂšre trĂšs particuliĂšre d'exister dans les registres. On pourrait croire qu'ils restent en retrait tant ils Ă©vitent les grands effets de manche. Puis on relit tranquillement les Ă©vĂ©nements de la semaine et leurs noms apparaissent encore et encore. Un chantier. Une amĂ©lioration. Une dĂ©cision. Une prĂ©sence. Ils donnent parfois l'impression d'ĂȘtre les fourmis de Sicilia. On ne les remarque pas toujours immĂ©diatement mais si elles s'arrĂȘtaient une seule semaine, tout le monde finirait par s'en rendre compte.

Martina Dei Machiavelli a choisi une approche beaucoup moins discrĂšte. FidĂšle Ă  elle-mĂȘme, elle a pris position sans laisser beaucoup de place au doute. Qu'on partage ses idĂ©es ou qu'on les combatte, il faut reconnaĂźtre une qualitĂ© devenue presque exotique dans le Cybermonde. Lorsqu'elle parle, chacun comprend immĂ©diatement ce qu'elle pense. Dans une Ă©poque oĂč certains changeraient volontiers de doctrine entre le petit-dĂ©jeuner et le dĂźner si cela pouvait leur rapporter une voix supplĂ©mentaire, cette constance mĂ©rite au moins un signe de respect... ou une solide migraine pour ses adversaires.

Cette semaine m'a surtout rappelĂ© une chose. Les provinces ne vivent pas grĂące Ă  leurs gouverneurs. Elles vivent grĂące aux dizaines de joueurs qui prennent le temps d'Ă©crire une scĂšne, de construire un bĂątiment, de rĂ©pondre Ă  un voisin ou simplement de faire exister leur personnage pendant quelques minutes. Les dirigeants changent. Les frontiĂšres bougent. Les lois sont réécrites. Mais ce sont toujours ces petites interactions qui donnent envie d'ouvrir les registres le lendemain matin. Une province parfaitement administrĂ©e mais silencieuse finit par s'oublier. Une province pleine de personnages qui se rĂ©pondent devient rapidement un endroit oĂč l'on a envie de revenir.

C'est d'ailleurs probablement la plus belle victoire de cette semaine. Malgré les tensions, les rivalités et les ambitions parfois démesurées, le Cybermonde continue de produire ce qui le rend vivant depuis tant d'années. Des histoires. Et tant qu'il y aura des histoires à raconter, je continuerai à remplir mes registres avec un plaisir parfaitement... impartial. Ou presque.

Toutes les semaines n'appartiennent pas uniquement aux souverains. Heureusement. Les meilleurs souvenirs naissent souvent d'un détail complÚtement absurde que personne n'avait vu venir. Et cette semaine, le Cybermonde a encore prouvé qu'il excellait dans cette discipline.

Ainsi, pendant que certains dirigeants annonçaient de grandes rĂ©formes, d'autres se lançaient dans des campagnes Ă©lectorales beaucoup plus... crĂ©atives. Une candidate rĂ©ussit Ă  prĂ©senter son programme avant de retrouver le nom exact de la fonction qu'elle convoitait. Un autre citoyen expliqua avec le plus grand sĂ©rieux que sa naturalisation avait fait de lui un homme meilleur, plus productif et presque miraculeusement dĂ©barrassĂ© de tous ses dĂ©fauts. Si les administrations commencent rĂ©ellement Ă  produire ce genre d'effets, je suggĂšre d'analyser immĂ©diatement leur encre. Elle vaut peut-ĂȘtre davantage que toutes les dĂ©couvertes des alchimistes rĂ©unis.

Le Cybermonde nous a Ă©galement offert plusieurs scĂšnes qui n'avaient aucune importance stratĂ©gique mais qui rĂ©sument parfaitement son charme. Des discussions de taverne qui dĂ©gĂ©nĂšrent en dĂ©bat philosophique, des inconnus qui deviennent les vedettes d'une soirĂ©e simplement parce qu'ils ont choisi le mauvais moment pour ouvrir la bouche, des aventuriers qui se prĂ©sentent dans une tenue laissant trĂšs peu de place Ă  l'imagination et beaucoup trop Ă  l'air frais. Il existe des semaines oĂč l'Histoire s'Ă©crit avec de grandes batailles. Celle-ci s'est parfois Ă©crite avec un pagne, quelques verres de biĂšre et un sens trĂšs discutable du timing.

Je remarque d'ailleurs un phĂ©nomĂšne qui revient rĂ©guliĂšrement. Plus les enjeux politiques deviennent sĂ©rieux, plus les joueurs semblent Ă©prouver le besoin de produire des scĂšnes complĂštement dĂ©calĂ©es. Comme si le Cybermonde refusait obstinĂ©ment de se prendre au sĂ©rieux trop longtemps. Une rĂ©volution est aussitĂŽt suivie d'une plaisanterie. Une nomination laisse la place Ă  une scĂšne de comĂ©die. Une menace de guerre est interrompue par une conversation parfaitement absurde dans une auberge. Finalement, c'est peut-ĂȘtre cela qui maintient encore ce vieux monde debout. Non pas les armĂ©es, ni les palais, mais cette Ă©trange capacitĂ© qu'ont ses habitants Ă  transformer les journĂ©es les plus tendues en histoires que tout le monde racontera en riant quelques jours plus tard.

Je vais donc refermer ce registre avec une pensĂ©e pour tous ceux dont je n'ai pas citĂ© le nom aujourd'hui. Si vous n'apparaissez pas dans cette revue, ce n'est pas forcĂ©ment parce que vous avez Ă©tĂ© oubliĂ©s. C'est peut-ĂȘtre simplement parce que votre plus belle scĂšne reste encore Ă  Ă©crire. Et si c'est le cas, sachez que ma vieille radio continuera de grĂ©siller chaque samedi. Je serai lĂ , perchĂ©e sur mon trĂŽne, les yeux rivĂ©s sur les registres, prĂȘte Ă  distribuer des compliments aussi rares que sincĂšres, des piques aussi Ă©lĂ©gantes que venimeuses et quelques humiliations parfaitement mĂ©ritĂ©es.

Car aprĂšs tout, les royaumes passent, les gouvernements changent, les frontiĂšres se dĂ©placent... mais les bons personnages, eux, finissent toujours par trouver une place dans les chroniques. Et tant que vous continuerez Ă  faire vivre ce Cybermonde, je continuerai Ă  remplir ce grand registre des gloires, des maladresses et des folies ordinaires avec le mĂȘme plaisir coupable.

À samedi prochain... si le monde tient encore jusque-lĂ . Et vu votre semaine, je prĂ©fĂšre ne faire aucun pari. đŸ•·ïž

18/07 (02:12) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png Bonsoir Ă  vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux souverains convaincus (...)


Bonsoir à vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux souverains convaincus d'écrire l'Histoire, aux opposants persuadés de la corriger et aux fonctionnaires qui passent leur temps à tamponner les conséquences des deux premiers. Installez-vous confortablement. Ce soir, les nouvelles sentent autant la poudre que le béton frais.

Il existe des journĂ©es oĂč plusieurs nations donnent l'impression de courir dans des directions diffĂ©rentes. Puis il existe des journĂ©es comme celle-ci, oĂč tout le monde semble avoir reçu le mĂȘme ordre sans jamais s'ĂȘtre concertĂ©. Construisez. RĂ©organisez. Gouvernez. Et si possible, faites-le avec suffisamment de panache pour que vos voisins soient obligĂ©s d'en parler. À croire que le Cybermonde s'est rĂ©veillĂ© avec une soudaine envie de laisser une trace dans les archives.

Le meilleur exemple nous vient sans doute du ValĂ©gro oĂč [=o]Jean-Luc Selriche semble avoir regardĂ© un simple plan d'urbanisme avant de conclure qu'il manquait seulement... une douzaine d'H.L.M. Son projet de Fort Emouchet en Grand n'est pas prĂ©sentĂ© comme un chantier mais comme une vĂ©ritable croisade contre la pauvretĂ©. Les tentes disparaissent, les terrains sont rĂ©quisitionnĂ©s, les premiers travaux commencent et l'on promet dĂ©jĂ  une ville dans la ville destinĂ©e Ă  accueillir travailleurs, mineurs, familles et tous ceux qui rĂȘvaient d'un toit sans forcĂ©ment avoir les moyens de s'en offrir un. On pourra discuter longtemps des mĂ©thodes employĂ©es. Exproprier un hĂŽtel sans demander l'avis de son propriĂ©taire reste une approche administrative relativement audacieuse. Mais il faut reconnaĂźtre une chose. Lorsqu'un Kralandais dĂ©cide de faire de l'urbanisme, il ne commence jamais par dessiner un rond-point. Il annonce directement qu'il va remodeler la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre.

Cette agitation immobiliÚre n'a évidemment pas laissé les autres responsables indifférents. [=o]Kenza applaudit le projet avec un enthousiasme qui ferait presque oublier que la moitié de la ville est occupée à gérer des rebelles, des rumeurs et des lapins beaucoup trop nombreux. [=o]PierreJean, lui, remercie publiquement son bourgmestre pour son efficacité tout en lui glissant quelques récompenses bien méritées. Voilà probablement ce que j'apprécie le plus chez les Kralandais. Ils peuvent se lancer dans les débats idéologiques les plus interminables du Cybermonde mais lorsqu'il s'agit de construire quelque chose, ils deviennent soudainement d'un pragmatisme presque inquiétant. Ils discutent énormément... mais entre deux discours, les briques continuent malgré tout de s'empiler.

La vĂ©ritable vedette de cette province n'Ă©tait pourtant ni un ministre ni un bourgmestre. Elle possĂ©dait de longues oreilles et un sens trĂšs personnel de la justice. [=o]Sir McRabbit nous a offert ce qui restera probablement comme l'une des plus belles performances administratives de la journĂ©e. AprĂšs avoir distribuĂ© plusieurs amendes avec le sĂ©rieux d'un magistrat exemplaire, le voilĂ  qui dĂ©cide... de se verbaliser lui-mĂȘme. Motif de l'infraction. Il l'ignore complĂštement. Mais puisqu'il est persuadĂ© d'avoir forcĂ©ment commis une faute quelque part, autant payer immĂ©diatement et prĂ©senter ses excuses Ă  la population. Quelques minutes plus tard, il revient expliquer que les papiers se sont envolĂ©s et que l'amende Ă©tait finalement destinĂ©e Ă  sa propre personne. J'ignore si cette mĂ©thode amĂ©liorera durablement la confiance envers la justice kralandaise mais elle prĂ©sente un avantage indĂ©niable. Les accusations de favoritisme deviennent beaucoup plus difficiles lorsque le juge commence par se condamner lui-mĂȘme.

VoilĂ  qui nous rappelle une vĂ©ritĂ© presque universelle. Certains gouvernements rĂȘvent de conquĂ©rir le monde. D'autres cherchent Ă  rĂ©former la sociĂ©tĂ©. Et puis il existe le ValĂ©gro, oĂč l'on construit des H.L.M., oĂč les juges verbalisent leur propre personne et oĂč les lapins semblent participer Ă  la politique locale avec davantage d'assiduitĂ© que certains Ă©lecteurs. HonnĂȘtement... je ne changerais cette province pour aucune autre. Elle me fournit beaucoup trop de travail, et j'aime profondĂ©ment cela.

Mais pendant que le Valégro redessine son paysage à coups de marteau et de formulaires administratifs, le Khanat Elmérien a choisi une approche beaucoup plus... festive. Enfin, le mot *festif* mérite sans doute quelques précisions lorsqu'il est employé par des tribus capables de transformer une cérémonie officielle en expérience anthropologique.

Cette semaine, [=o]Silas des Sables a lancĂ© une invitation. Le programme annonçait des discours, quelques rĂ©jouissances populaires, un lancer d'urnes dans la mer, des brochettes, une salade tomate-pĂ©trole et, pour conclure, un grand feu destinĂ© Ă  brĂ»ler ce qui restait des urnes Ă©lectorales. J'avoue Ă©prouver une certaine admiration devant une imagination capable d'inventer une fĂȘte oĂč la gastronomie, les traditions et la destruction mĂ©thodique des instruments dĂ©mocratiques cohabitent dans une harmonie presque parfaite.

L'actualitĂ© du Khanat, alors que certains rĂ©flĂ©chissaient encore au nom du prochain dirigeant, [=o]Light Deathnote dĂ©couvrait avec une spontanĂ©itĂ© dĂ©sarmante que le poste de Grand Khan venait tout simplement de se libĂ©rer. Son Ă©tonnement avait quelque chose de rafraĂźchissant. On imagine volontiers les grandes manƓuvres politiques, les tractations secrĂštes et les alliances complexes. Lui regarde la situation avec une simplicitĂ© presque enfantine et s'exclame qu'il aurait peut-ĂȘtre fallu prĂ©venir les intĂ©ressĂ©s. VoilĂ  une remarque qui aurait probablement gagnĂ© Ă  ĂȘtre formulĂ©e avant plusieurs crises de succession cĂ©lĂšbres.

Comme si cela ne suffisait pas, la soirée s'est terminée par un hommage particuliÚrement chaleureux rendu à [=o]Tifa LockHeart. [=o]Sakura Tiwanaku a salué son travail avant d'accueillir avec un enthousiasme débordant... le futur Grand Khan Pigeon RonRon. Je dois reconnaßtre que le Cybermonde conserve une qualité que beaucoup de royaumes ont perdue depuis longtemps. Il est encore capable de prononcer avec le plus grand sérieux des phrases qui paraissent totalement absurdes lorsqu'on les retire de leur contexte. Et c'est précisément pour cela que je continue à tenir cette émission. Aucun romancier n'oserait inventer un chef tribal nommé Pigeon RonRon. Eux, le font avec un naturel absolument désarmant.

Pendant ce temps, un peu plus au nord, le Paradigme Vert dĂ©montrait une fois encore que les Ă©cologistes savent eux aussi rĂ©gler leurs diffĂ©rends avec une remarquable Ă©lĂ©gance. Pas de duel sanglant. Pas de siĂšge interminable. Une gigantesque bataille... de tartes Ă  la crĂšme. J'ignore si cette mĂ©thode permet rĂ©ellement de rĂ©soudre les conflits mais elle prĂ©sente un avantage indĂ©niable. Les historiens auront beaucoup de mal Ă  dĂ©terminer quel camp Ă©tait couvert de gloire et lequel Ă©tait simplement couvert de chantilly. AprĂšs rĂ©flexion, c'est peut-ĂȘtre la guerre la plus civilisĂ©e que le Cybermonde ait connue depuis bien longtemps.

Le Cybermonde ne s'arrĂȘte jamais vraiment. Les palais changent de propriĂ©taires. Les gouvernements changent de ministres. Les rĂ©volutions changent de slogans. Les hĂ©ros changent de camp. Les traĂźtres deviennent parfois des patriotes et les patriotes des traĂźtres selon le registre que l'on consulte.

Une seule chose ne change jamais. Vous. Vous continuez Ă  Ă©crire. À bĂątir des villes qui n'existaient pas la veille.Et finalement, c'est probablement cela qui mĂ©rite le plus d'ĂȘtre racontĂ©. Les bĂątiments finiront par disparaĂźtre. Les frontiĂšres seront redessinĂ©es. Les titres changeront de propriĂ©taire. Mais les bonnes histoires... elles restent.

Alors continuez Ă  gouverner. Continuez Ă  comploter. Continuez Ă  dĂ©clarer des guerres beaucoup trop ambitieuses, Ă  organiser des fĂȘtes parfaitement incomprĂ©hensibles, Ă  construire des quartiers entiers, Ă  dĂ©battre pendant des heures, Ă  tomber en prison pendant deux minutes ou Ă  vous prĂ©senter Ă  des Ă©lections dont vous oubliez le nom. Vous faites vivre le cybermonde. Et rĂ©veillez moi Octave, ce Sultan en carton donc je dois faire un hĂ©ros.

Les personnes qui estiment que cette émission déforme les faits peuvent naturellement venir le dire en direct. Les personnes qui pensent que j'ai oublié un exploit sont chaleureusement invitées à me le rappeler. Et celles qui souhaitent simplement protester pourront patienter dans le hall. J'ai une toile à terminer.

Ici Kleo, votre chroniqueuse parfaitement impartiale. đŸ•·ïž

Avant-hier (03:52) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png đŸ“» Les Chroniques des Urnes qui Fument Encore Bonsoir, habitants du vieux (...)


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Les Chroniques des Urnes qui Fument Encore


Bonsoir, habitants du vieux continent. Bonsoir aux souverains qui jurent gouverner avec sagesse, aux révolutionnaires qui promettent un avenir radieux tout en mettant le feu aux meubles et aux fonctionnaires qui découvrent chaque matin qu'ils exercent probablement le métier le plus dangereux de la politique. Je suis Kleo et, comme chaque soir, je vais tenter de mettre un peu d'ordre dans une journée qui s'est visiblement donné pour mission de prouver que les registres historiques sont inflammables.

Je voudrais d'ailleurs commencer en Mystisie, car il est devenu difficile d'ignorer une province oĂč les Ă©lections ressemblent davantage Ă  un concours de pyromanie qu'Ă  une dĂ©monstration de civisme. Les habitants de Lampe du GĂ©nie essayaient tranquillement de choisir leur futur bourgmestre lorsqu'une idĂ©e absolument brillante traversa plusieurs esprits. Si les bulletins ne donnent pas le rĂ©sultat espĂ©rĂ©, pourquoi ne pas simplement brĂ»ler le bureau de vote ? Les flammes se sont donc invitĂ©es Ă  plusieurs reprises dans le scrutin, rĂ©duisant une partie des bulletins en cendres pendant que la police courait d'un incendie Ă  l'autre avec une Ă©nergie qui mĂ©rite probablement une augmentation.

Au milieu de cette agitation, deux noms reviennent avec une insistance presque artistique. [=o]Silice de Pont-Krivell et [=o]Isariel se retrouvent accusĂ©s d'avoir voulu transformer une Ă©lection municipale en brasier public. La premiĂšre y laisse mĂȘme son poste de Ministre de la Guerre, preuve qu'il existe malgrĂ© tout une lĂ©gĂšre diffĂ©rence entre diriger une armĂ©e et incendier les urnes destinĂ©es Ă  recueillir les suffrages de ses concitoyens. Je dois reconnaĂźtre Ă  la Mystisie une qualitĂ© devenue rare. Lorsqu'elle traverse une crise politique, elle refuse obstinĂ©ment de choisir entre le drame et le théùtre. Elle prend les deux.

Ce qui me fascine pourtant n'est pas l'incendie lui-mĂȘme. Les empires connaissent tous des complots, des attentats et des tentatives de sabotage. Non. Ce qui mĂ©rite rĂ©ellement d'ĂȘtre observĂ©, c'est cette Ă©trange obstination humaine qui consiste Ă  croire que quelques flammes suffiront Ă  changer la volontĂ© d'une province entiĂšre. Les bulletins brĂ»lent. Les murs noircissent. Les policiers s'Ă©puisent. Mais dĂšs le lendemain, quelqu'un replace une table, apporte une nouvelle urne et l'Histoire reprend son travail comme si elle se moquait profondĂ©ment des allumettes.

Pendant que certains s'efforçaient de sauver les Ă©lections, [=o]Don Amortel continuait, lui, sa campagne avec une persĂ©vĂ©rance presque touchante. Son meeting n'attira absolument personne. Pas un curieux, pas un contradicteur, pas mĂȘme un passant Ă©garĂ©. Quelques heures plus tard pourtant, les urnes lui accordaient finalement la victoire au terme d'un scrutin extraordinairement serrĂ© face Ă  [=o]Silas des Sables. VoilĂ  une leçon que bien des ambitieux devraient mĂ©diter. Une place vide devant une estrade ne signifie pas forcĂ©ment une dĂ©faite. Elle signifie parfois simplement que tout le monde prĂ©fĂšre voter plutĂŽt qu'Ă©couter les discours.

Je laisserai bien volontiers les principaux intéressés venir expliquer pourquoi une campagne électorale nécessite désormais autant d'eau que d'encre. Les portes de Radio Nécrotoile restent ouvertes. En revanche, je demanderai aux invités de laisser leurs torches à l'entrée. Nous avons déjà suffisamment de fumée ici.

[=o]Les royaumes ne changent jamais autant que lorsqu'ils prĂ©tendent ĂȘtre parfaitement stables


Mais avant de quitter les affaires de l'Empire Brun, je voudrais attirer votre attention sur une vieille habitude du Cybermonde. Les crises n'arrivent presque jamais seules. Elles attirent d'autres crises comme une chandelle attire les insectes. À peine les derniĂšres fumĂ©es des Ă©lections commençaient-elles Ă  se dissiper que les regards se tournaient dĂ©jĂ  vers la RuthvĂ©nie, oĂč la politique royale poursuit cette admirable tradition consistant Ă  transformer chaque succession en tragĂ©die familiale jouĂ©e devant un public enthousiaste.

Le Royaume continue de chercher son Ă©quilibre entre fidĂ©litĂ©s anciennes, nouvelles ambitions et personnalitĂ©s qui semblent toutes convaincues d'ĂȘtre nĂ©es pour gouverner. Il faut reconnaĂźtre aux RuthvĂšnes un talent que peu d'autres nations possĂšdent encore. Ils ne se contentent jamais d'occuper une fonction. Ils l'incarnent. Un ministre devient immĂ©diatement un personnage. Un noble devient une lĂ©gende en devenir. Un prĂ©tendant au pouvoir parle dĂ©jĂ  comme si les chroniqueurs lui avaient rĂ©servĂ© plusieurs chapitres. C'est excessif. C'est parfois ridicule. Mais il faut bien admettre qu'une monarchie sans dĂ©mesure ressemble vite Ă  une administration avec davantage de dorures.

Je pense notamment Ă  [=o]Lord Golgoth Ruthven, qui continue de faire planer son ombre sur les dĂ©bats avec cette Ă©lĂ©gance trĂšs particuliĂšre des hommes qui donnent l'impression de jouer plusieurs parties d'Ă©checs pendant que leurs interlocuteurs cherchent encore oĂč sont rangĂ©es les piĂšces. Autour de lui gravitent des alliĂ©s, des rivaux et des observateurs qui interprĂštent chacun le moindre mouvement comme le prĂ©lude d'un bouleversement plus vaste. Les royaumes vivent souvent de symboles. La RuthvĂ©nie, elle, semble capable de transformer un simple dĂ©placement en Ă©vĂ©nement diplomatique.

Pendant ce temps, ailleurs sur le continent, [=o]Bladimir Mutin poursuivait son activité favorite qui consiste à poser des questions avec une telle précision que chacun finit par croire qu'il en connaßt déjà les réponses. Voilà un personnage qui me fascine depuis longtemps. Il n'a pas besoin d'élever la voix. Il lui suffit d'une remarque bien placée pour voir les certitudes de son interlocuteur commencer à vaciller. Certains combattent avec des épées. D'autres avec des discours. Lui préfÚre manifestement les silences embarrassés qui suivent une question trop pertinente.

Je remarque d'ailleurs un phĂ©nomĂšne qui revient semaine aprĂšs semaine. Les vĂ©ritables batailles ne sont pas toujours celles que racontent les rapports militaires. Elles se jouent aussi dans les salles du pouvoir, autour d'une table, entre deux signatures ou dans une conversation dont personne ne soupçonne encore les consĂ©quences. Les armĂ©es dĂ©placent les frontiĂšres. Les mots, eux, dĂ©placent les empires. Les habitants aiment applaudir les victoires visibles. Les chroniqueurs savent que les plus dangereuses commencent souvent dans un bureau oĂč personne ne pense encore Ă  regarder.

C'est probablement ce qui rend cette semaine si intĂ©ressante. À premiĂšre vue, elle ressemble Ă  une succession d'affaires sans rapport. Pourtant, en prenant un peu de recul, on aperçoit un mĂȘme fil qui traverse tout le continent. Partout, des dirigeants consolident leur pouvoir. Partout, d'autres cherchent Ă  le contester. Et partout, les habitants continuent leur existence en observant ces grandes manƓuvres avec cette sagesse populaire qui consiste Ă  se demander une seule chose. Qui sera encore debout demain matin ? Les couronnes passent. Les registres, eux, gardent la mĂ©moire de ceux qui ont cru qu'elles Ă©taient Ă©ternelles.

Quand les institutions dĂ©cident de se compliquer elles-mĂȘmes l'existence


Mais pendant que la Mystisie comptait ses bulletins rescapés et que la Ruthvénie continuait à entretenir avec passion son goût des intrigues de palais, la Républik de Kraland rappelait qu'elle restait la seule nation capable de transformer la bureaucratie en véritable discipline artistique.

Je voudrais d'ailleurs saluer [=o]Jean-Luc Selriche. Il existe des hommes qui rĂȘvent d'entrer dans les livres d'Histoire grĂące Ă  une victoire militaire. Lui semble persuadĂ© qu'un bon plan d'urbanisme laissera une empreinte bien plus durable. À Fort Émouchet, il poursuit inlassablement son projet de transformation de la ville avec cette foi presque religieuse que seuls possĂšdent les bĂątisseurs et les fonctionnaires convaincus que le bonheur commence toujours par un formulaire correctement rempli. On pourra sourire de son enthousiasme mais il faut reconnaĂźtre que certains prĂ©fĂšrent promettre un avenir meilleur tandis que lui s'obstine Ă  essayer de le construire pierre aprĂšs pierre.

À quelques rues de lĂ , [=o]Sir McRabbit continue d'exercer la justice avec une mĂ©thode qui lui appartient entiĂšrement. J'ignore encore comment ce lapin parvient Ă  rendre les procĂ©dures administratives aussi théùtrales mais je commence Ă  soupçonner qu'il y prend un plaisir sincĂšre. Chaque intervention donne l'impression qu'un tribunal entier s'est installĂ© au milieu d'une place publique simplement pour rappeler aux habitants que la loi existe... et qu'elle possĂšde parfois un sens de l'humour beaucoup plus dĂ©veloppĂ© que ceux qui l'appliquent.

Je remarque d'ailleurs que cette semaine a offert une opposition presque parfaite entre deux façons de gouverner. D'un cÎté, des dirigeants cherchent à imposer leur volonté par le fracas des explosions, des arrestations ou des grandes proclamations. De l'autre, des administrateurs déplacent des frontiÚres invisibles avec des signatures, des permis de construire et des décisions municipales. Les premiers attirent immédiatement les regards. Les seconds changent pourtant bien souvent le visage d'une province pour plusieurs années. Les chroniqueurs aiment raconter les batailles. Les archives, elles, finissent presque toujours par donner raison aux maçons.

Pendant ce temps, [=o]Sophos poursuivait son propre chemin avec cette discrĂ©tion qui caractĂ©rise souvent les personnages les plus intĂ©ressants. Il n'est pas de ceux qui occupent chaque conversation. Il prĂ©fĂšre apparaĂźtre au bon moment, intervenir lorsque la situation l'exige puis laisser les autres commenter ses dĂ©cisions. Cette maniĂšre d'exister est devenue Ă©tonnamment rare dans un continent oĂč chacun semble persuadĂ© qu'il faut parler plus fort que son voisin pour ĂȘtre entendu. Il est parfois utile de rappeler que le silence peut lui aussi devenir une forme d'autoritĂ©.

En refermant cette partie des registres, une Ă©vidence s'impose. Les nations passent leur temps Ă  proclamer qu'elles dĂ©fendent des idĂ©aux grandioses. Pourtant, lorsqu'on retire les drapeaux, les discours et les uniformes, on retrouve toujours les mĂȘmes choses. Des femmes et des hommes qui tentent de convaincre leurs voisins qu'ils ont choisi la bonne direction. Certains y parviennent avec Ă©loquence. D'autres avec des flammes. Quelques-uns avec une truelle. Et il arrive mĂȘme qu'un lapin en robe de magistrat rĂ©ussisse Ă  ĂȘtre le personnage le plus crĂ©dible de toute cette agitation. C'est sans doute cela, finalement, le vĂ©ritable miracle du Cybermonde.

Les petites affaires qui racontent souvent les plus grandes vérités


Il existe une erreur que commettent réguliÚrement les jeunes chroniqueurs. Ils croient que l'Histoire appartient uniquement aux souverains. C'est faux. Les souverains décident parfois de l'avenir des nations mais ce sont les habitants qui donnent une ùme aux provinces. Cette journée en est encore une preuve éclatante.

Je pense notamment Ă  [=o]ZĂžra, dont les interventions ont rappelĂ© qu'une simple prĂ©sence peut parfois provoquer davantage de rĂ©actions qu'un long discours ministĂ©riel. Certains personnages possĂšdent ce talent Ă©trange de modifier l'atmosphĂšre d'une piĂšce avant mĂȘme d'avoir terminĂ© leur premiĂšre phrase. Ils deviennent des points de repĂšre autour desquels les conversations s'organisent naturellement. Ce n'est pas un titre que l'on reçoit. C'est une place que les autres finissent par vous accorder presque malgrĂ© eux.

Je pourrais Ă©galement Ă©voquer [=o]Octave Sombrefer, qui semble avoir dĂ©finitivement adoptĂ© cette façon bien Ă  lui de traverser chaque journĂ©e comme si le destin du continent dĂ©pendait directement de son prochain rendez-vous. Il faut reconnaĂźtre une qualitĂ© Ă  cet homme. Il ne sait manifestement pas faire les choses Ă  moitiĂ©. Lorsqu'il prend une dĂ©cision, elle est immense. Lorsqu'il prononce une promesse, elle concerne rarement la semaine prochaine. Elle vise plutĂŽt les siĂšcles Ă  venir. Les ambitieux ordinaires rĂȘvent d'obtenir un poste. Les vĂ©ritables ambitieux rĂȘvent dĂ©jĂ  de la maniĂšre dont les historiens raconteront leur rĂšgne. Et c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui les rend si intĂ©ressants Ă  observer. Citation de sa future bibliographie :

« Octave, le maĂźtre soporifique, capable d'endormir toute une province, partout oĂč il passe ! [0)] »


Pendant ce temps, [=o]Silas des Sables poursuivait son travail avec cette Ă©nergie tranquille qui le caractĂ©rise depuis plusieurs jours. Il traverse les affaires politiques, les procĂ©dures judiciaires et les campagnes Ă©lectorales avec l'impression d'ĂȘtre partout sans jamais chercher Ă  voler la lumiĂšre. Ce sont souvent ces personnages-lĂ  qui maintiennent une province debout lorsque les plus grands orateurs sont dĂ©jĂ  rentrĂ©s chez eux. Les chroniqueurs parlent volontiers des hĂ©ros. Les administrations, elles, savent trĂšs bien Ă  qui elles doivent rĂ©ellement leur stabilitĂ©.

Je remarque d'ailleurs que cette journée possÚde un point commun avec beaucoup d'autres. Les habitants passent leur temps à annoncer qu'ils défendent la justice, la démocratie, la tradition, la liberté ou l'ordre. Puis ils se retrouvent quelques heures plus tard à négocier, improviser, contourner les difficultés ou réparer les conséquences de leurs propres décisions. Voilà pourquoi je continue à aimer ce vieux continent. Il est profondément humain. DerriÚre chaque uniforme se cache quelqu'un qui improvise un peu plus qu'il ne l'admettra publiquement.

Le Cybermonde possÚde décidément une qualité admirable. Il refuse obstinément de laisser les chroniqueurs prendre de l'avance sur lui.

Je vais donc refermer ce registre pour ce soir. Les personnes qui estiment avoir été injustement épargnées peuvent naturellement venir me le reprocher. Les autres peuvent continuer à écrire l'Histoire avec cette application qui fait mon bonheur depuis tant d'années.

AprÚs tout, je ne fabrique aucune légende.

Je me contente de tendre une vieille radio vers le monde... et d'Ă©couter trĂšs attentivement le bruit que vous faites. đŸ•·ïž

Hier (21:18) Radio NĂ©crotoile  
https://i.gyazo.com/31f7c223b09c583ac5e779dca50d4aa5.png đŸ“» Bonsoir Ă  vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux gouverneurs qui jurent (...)


đŸ“»

Bonsoir à vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux gouverneurs qui jurent n'agir que pour le bien commun, aux révolutionnaires qui promettent la liberté à condition qu'elle pense comme eux et aux fonctionnaires qui passent davantage de temps à réparer les conséquences des discours qu'à rédiger les leurs. Installez-vous. Ce soir, plusieurs nations ont tenté de convaincre leurs habitants qu'elles maßtrisaient parfaitement la situation. Les registres, eux, racontent une histoire sensiblement différente.

Je voudrais commencer par la Républik de Kraland, car il est rare de voir une province transformer un chantier immobilier en véritable aventure politique. Depuis plusieurs jours, [=o]Jean-Luc Selriche poursuit son immense projet de logements sociaux à Fort Emouchet. Les bùtiments poussent, les salaires augmentent, les conventions collectives se signent et les discours se succÚdent avec cette conviction presque religieuse que le bonheur universel commence toujours par une bonne couche de mortier. Il faut reconnaßtre à cet homme une qualité devenue exceptionnelle. Lorsqu'il promet de construire une ville meilleure, il commence effectivement par sortir les briques. Beaucoup d'autres dirigeants commencent par sortir les violons.

Évidemment, un projet d'une telle ampleur ne pouvait pas avancer sans attirer quelques mĂ©contents. [=o]Baptiste Le Tellier est venu dĂ©noncer l'Ă©volution du ValĂ©gro tandis que [=o]Koshka rappelait avec une Ă©nergie toute personnelle que sa tente avait mystĂ©rieusement disparu au profit du progrĂšs collectif. J'avoue Ă©prouver une certaine tendresse pour cette scĂšne. VoilĂ  probablement toute la philosophie kralandaise rĂ©sumĂ©e en quelques heures. D'un cĂŽtĂ©, un bourgmestre persuadĂ© de bĂątir l'avenir. De l'autre, une habitante qui rĂ©clame sa tente et le remboursement de cigarettes impayĂ©es. Les grands idĂ©aux ont souvent la fĂącheuse habitude de commencer sur le terrain de quelqu'un d'autre.

La journée a d'ailleurs confirmé que [=o]Jean-Luc Selriche n'était plus seul à porter ce projet. [=o]Kenza Creswick est venue défendre publiquement cette politique de construction en appelant les habitants à faire preuve de patience. Quelques heures plus tÎt, [=o]Sir McRabbit abandonnait sa fonction de juge pour devenir intendant du Valégro, expliquant qu'il préférait désormais réparer les fuites de la province plutÎt que distribuer des jugements. Voilà une promotion qui résume admirablement la situation. Certaines provinces recrutent des stratÚges. D'autres estiment qu'un lapin capable de gérer plusieurs centaines de membres sera parfaitement qualifié pour remettre de l'ordre dans les finances publiques. Plus j'observe le Valégro, plus je suis convaincue que cette province hésite en permanence entre l'administration soviétique et la comédie de boulevard. Et le plus inquiétant, c'est que les deux semblent fonctionner ensemble.

Mais derriĂšre ces anecdotes se cache quelque chose de beaucoup plus intĂ©ressant. Pendant que le reste du continent s'agite autour des Ă©lections, des crises et des rivalitĂ©s diplomatiques, le ValĂ©gro mĂšne une bataille beaucoup moins spectaculaire. Il tente de convaincre ses habitants qu'un avenir se construit avec des logements, des salaires et des projets concrets plutĂŽt qu'avec des proclamations grandioses. Le chantier sera peut-ĂȘtre critiquĂ©. Il Ă©chouera peut-ĂȘtre mĂȘme en partie. Pourtant, lorsque les chroniqueurs rouvriront ces archives dans plusieurs mois, ils retiendront probablement une chose. Il existait une province oĂč l'on passait davantage de temps Ă  construire des maisons qu'Ă  promettre de conquĂ©rir le monde. Et dans le Cybermonde, c'est presque une extravagance.

Les royaumes aiment les grandes proclamations. Les provinces préfÚrent souvent les petits gestes.


VoilĂ  qui nous conduit naturellement vers le Royaume de RuthvĂ©nie, oĂč l'on continue de gouverner avec cette Ă©lĂ©gance si particuliĂšre qui consiste Ă  transformer chaque dĂ©cision administrative en affaire d'État. À Sanctuaire, [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin a choisi de s'adresser directement aux habitants qui rĂȘvent d'ailleurs. Son discours n'avait rien d'une menace et rien d'une supplication. Il ressemblait davantage Ă  une nĂ©gociation ouverte. *Vous souhaitez partir. TrĂšs bien. Parlons-en.* C'est une approche presque dĂ©routante dans un continent oĂč beaucoup de dirigeants considĂšrent qu'un dĂ©saccord se rĂšgle de prĂ©fĂ©rence avec davantage de soldats. Bladimir, lui, rappelle qu'une frontiĂšre ne tient pas uniquement grĂące Ă  ses fortifications. Elle tient aussi parce que les habitants acceptent encore de vivre derriĂšre.

Quelques instants plus tĂŽt, le mĂȘme homme s'Ă©tait installĂ© officiellement Ă  Sanctuaire, comme pour signifier que les paroles n'ont de valeur que lorsqu'elles s'accompagnent d'une prĂ©sence durable. C'est un dĂ©tail que beaucoup nĂ©gligent. Les grands discours sont faciles Ă  prononcer lorsqu'ils viennent de loin. Ils deviennent beaucoup plus intĂ©ressants lorsqu'ils sont prononcĂ©s par quelqu'un qui accepte de partager le quotidien de ceux auxquels il s'adresse. Les chroniqueurs aiment les dĂ©clarations. Moi, je regarde toujours oĂč leurs auteurs dĂ©cident d'habiter.

Pendant ce temps, la province continuait de se structurer. [=o]Hanako Ainozomi confiait la fonction de juge Ă  [=o]Mandy Chantargent, tandis que [=o]Ren Chantargent Ă©levait [=o]SƓur Shoshana von Zyklon au rang de capitaine. Rien de spectaculaire au premier regard. Pourtant, ce sont prĂ©cisĂ©ment ces nominations qui donnent une colonne vertĂ©brale Ă  une province. Les habitants remarquent les batailles. Les administrations, elles, savent que les vĂ©ritables victoires commencent souvent lorsqu'il y a enfin quelqu'un pour rendre la justice, maintenir l'ordre ou simplement rĂ©pondre prĂ©sent lorsque tout le monde regarde ailleurs.

Je voudrais Ă©galement saluer un autre couple qui a discrĂštement apportĂ© une touche d'humanitĂ© Ă  cette journĂ©e. À Ruthvenville, [=o]Mench0 n'a pas organisĂ© une manifestation pour rĂ©clamer une rĂ©forme ou dĂ©noncer un ministre. Il s'est contentĂ© d'afficher publiquement son affection envers [=o]Dame DĂ©merzel, allant jusqu'Ă  bafouiller son discours avant de rĂ©unir quelques soutiens supplĂ©mentaires. VoilĂ  une scĂšne que j'apprĂ©cie tout particuliĂšrement. Les royaumes passent leur temps Ă  cĂ©lĂ©brer les couronnes et les victoires. Ils oublient parfois que les plus petites dĂ©clarations sont aussi celles qui traversent le mieux les annĂ©es. Les historiens parleront peut-ĂȘtre un jour des rĂ©formes Ă©conomiques de DĂ©merzel. Moi, je retiendrai qu'au milieu de tout ce tumulte, quelqu'un a simplement trouvĂ© important de dire qu'il Ă©tait fier d'elle.

En refermant ce chapitre, je ne peux m'empĂȘcher de sourire devant cette Ă©trange opposition qui traverse le continent. D'un cĂŽtĂ©, certains gouvernements bĂątissent des immeubles, lĂšvent des taxes ou dĂ©battent d'idĂ©ologies avec la gravitĂ© de prĂȘtres antiques. De l'autre, un royaume rappelle tranquillement que les institutions existent avant tout pour servir les femmes et les hommes qui les composent. Les empires aiment ĂȘtre immortels. Les provinces, elles, continuent d'ĂȘtre profondĂ©ment humaines. Et si vous me demandez laquelle de ces deux qualitĂ©s survit le mieux aux siĂšcles... je vous rĂ©pondrai qu'aucune pierre n'est plus solide qu'un souvenir bien racontĂ©.

Lorsqu'une nation décide que sourire devient un devoir


Mais avant de refermer les registres consacrĂ©s Ă  Kraland, il serait profondĂ©ment injuste d'ignorer celui qui occupe dĂ©sormais le fauteuil de Premier Ministre avec un enthousiasme que mĂȘme les dorures du Palais ImpĂ©rial peinent Ă  contenir. [=o]Ranxerox n'a pas attendu bien longtemps avant de rappeler Ă  toute la RĂ©publik que le bonheur n'Ă©tait plus simplement une aspiration. Il devenait une responsabilitĂ© civique.

Sa fameuse Loi du Sourire est arrivée avec toute la solennité que mérite une réforme fondamentale. Les Kralandais sont désormais invités à afficher leur joie comme on porterait un uniforme. Le bonheur devient visible. Le sourire devient obligatoire. Voilà une idée qui ne pouvait naßtre qu'à Kraland. Lorsqu'une bureaucratie décide de réglementer quelque chose, elle finit toujours par choisir ce qui semblait impossible à réglementer la veille. AprÚs les formulaires, les taxes et les conventions collectives... voici désormais les expressions du visage. Je me demande avec une sincÚre curiosité quel ministÚre sera chargé de mesurer la largeur réglementaire des sourires.

Naturellement, cette annonce n'a pas laissĂ© tout le monde indiffĂ©rent. [=o]Jean-Luc Selriche, jamais avare d'une autocritique soigneusement prĂ©parĂ©e, s'est empressĂ© de fĂ©liciter son Premier Ministre... avant de s'interroger trĂšs poliment sur cette Ă©tonnante habitude qu'a Ranxerox de prĂ©parer sa prochaine Ă©lection alors que la prĂ©cĂ©dente est encore tiĂšde. Son discours est un vĂ©ritable petit bijou de rhĂ©torique kralandaise. Il commence par des compliments, poursuit par une confession personnelle et termine en demandant si une dĂ©mocratie oĂč le candidat pense dĂ©jĂ  Ă  sa réélection six minutes aprĂšs sa victoire conserve encore ce petit parfum d'incertitude qui fait tout le charme d'une Ă©lection. Il faut reconnaĂźtre Ă  Kraland une qualitĂ© extraordinaire. MĂȘme les critiques prennent la forme d'une autocritique officielle. On s'y excuse presque d'avoir eu raison.

Comme si cela ne suffisait pas, [=o]Bogdan D'Arken est lui aussi venu pratiquer cet art typiquement kralandais de la justification publique. Oui, des impĂŽts exceptionnels ont Ă©tĂ© levĂ©s. Oui, ils ont servi Ă  financer les projets de la RĂ©publik. Et non, il ne regrette pas d'avoir demandĂ© un effort aux plus fortunĂ©s si cela permet de construire davantage pour la collectivitĂ©. LĂ  encore, je retrouve cette mĂȘme logique qui traverse tout le pays. Les dirigeants ne cherchent pas simplement Ă  convaincre qu'ils ont raison. Ils prennent le temps d'expliquer pourquoi leurs contradicteurs se trompent avec une patience presque pĂ©dagogique. Certains appellent cela de la propagande. Les Kralandais prĂ©fĂšrent parler de pĂ©dagogie civique. La nuance est subtile. Elle est surtout trĂšs drĂŽle Ă  observer lorsqu'on n'est pas concernĂ©.

En refermant ce chapitre, une pensĂ©e me traverse. Beaucoup de peuples Ă©crivent leurs lois pour encadrer leurs citoyens. Kraland semble parfois Ă©crire les siennes pour raconter une histoire. Une histoire oĂč chacun travaille pour le bonheur universel, oĂč les immeubles poussent plus vite que les contestations et oĂč le sourire finit par devenir une obligation morale. Est-ce rĂ©aliste ? Probablement pas toujours. Est-ce profondĂ©ment kralandais ? Sans le moindre doute. Et je dois leur reconnaĂźtre un mĂ©rite. Peu de nations assument leur propre caricature avec autant d'Ă©lĂ©gance.

Pendant que certains gouvernent les peuples, d'autres gouvernent simplement leur quotidien


Voilà qui nous éloigne des palais et des grandes tribunes pour revenir vers ces femmes et ces hommes que les souverains oublient souvent de remercier. Les gouvernements aiment annoncer leurs victoires. Les provinces, elles, continuent simplement de vivre.

En Sicilia, [=o]Jaylie Dei Machiavelli a choisi une annonce dont personne ne parlera probablement dans les livres d'Histoire et qui pourtant rĂ©sume parfaitement ce qu'est un gouverneur. La prĂ©fecture de police de Trou Perdu a Ă©tĂ© renforcĂ©e afin de mieux rĂ©sister aux caprices du climat... et aux autres catastrophes, celles que les habitants provoquent gĂ©nĂ©ralement eux-mĂȘmes avec un enthousiasme difficile Ă  dĂ©courager. VoilĂ  une dĂ©cision qui ne fera trembler aucun empire. En revanche, elle rappellera peut-ĂȘtre Ă  quelques policiers qu'il est plus agrĂ©able de travailler sous un toit qui ne s'effondre pas au premier incident. On ne bĂątit pas une province uniquement avec de grands discours. Il arrive aussi qu'on la bĂątisse avec quelques pierres bien placĂ©es.

Un peu plus loin, [=o]Neodym Seltenerd poursuivait son Ɠuvre favorite qui consiste Ă  distribuer les compliments avec une remarquable parcimonie. L'Empire Brun trouve grĂące Ă  ses yeux. Kraland beaucoup moins. Le Paradigme Vert encore moins. J'ai toujours eu davantage de sympathie pour ceux qui annoncent franchement la couleur. Au moins, nul n'a besoin de deviner ce qu'ils pensent. Ils facilitent Ă©normĂ©ment le travail des chroniqueurs. Les hypocrites obligent Ă  lire entre les lignes. Les francs-tireurs, eux, prennent directement la plume pour Ă©crire ce qu'ils pensent. On peut ĂȘtre d'accord ou non. Au moins, personne ne perd son temps Ă  deviner leurs intentions.

Pendant ce temps, le Khanat ElmĂ©rien poursuivait tranquillement son expansion en accueillant de nouveaux visages. [=o]Rosalia de Pont-Krivell ouvrait officiellement les portes du Khanat Ă  [=o]Alice Ravenloft puis Ă  [=o]Malcom Ravenloft, saluant leur volontĂ© de participer Ă  la vie politique des clans plutĂŽt que de rester de simples spectateurs. VoilĂ  un dĂ©tail que j'aime particuliĂšrement. Beaucoup de nations recrutent des habitants. Les ElmĂ©riens donnent surtout l'impression d'adopter de nouveaux membres dans une immense famille parfois bruyante, souvent dĂ©sordonnĂ©e mais toujours convaincue que la libertĂ© mĂ©rite d'ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e avec suffisamment de discours pour remplir plusieurs tavernes.

Et puis il y a ces instants qui n'ont aucune portĂ©e stratĂ©gique mais qui rappellent pourquoi les archives mĂ©ritent d'ĂȘtre ouvertes chaque soir. [=o]Katniss Ravenloft a adressĂ© un long message Ă  son pĂšre. Aucun traitĂ©. Aucune dĂ©claration de guerre. Aucun remaniement ministĂ©riel. Simplement quelques mots d'une fille expliquant Ă  celui qu'elle admire qu'il n'a pas besoin d'entendre son nom rĂ©pĂ©tĂ© tous les jours pour savoir combien il compte. Les empires passent leur temps Ă  mesurer la puissance des armĂ©es et le poids des trĂ©sors. Moi, je suis convaincue qu'une civilisation se juge aussi Ă  sa capacitĂ© de laisser une place Ă  ce genre de moment. Parce qu'au milieu des complots, des Ă©lections et des ambitions dĂ©mesurĂ©es, il est parfois rassurant de constater que certains prennent encore le temps de rappeler Ă  leurs proches qu'ils les aiment. Et cette nouvelle-lĂ , aussi discrĂšte soit-elle, mĂ©rite largement une ligne dans les registres.

Je terminerai cette Ă©dition sur une Ă©vidence qui me poursuit depuis longtemps. Les souverains aiment croire qu'ils Ă©crivent seuls l'Histoire. Ils se trompent. L'Histoire appartient aussi au bourgmestre qui construit un quartier, au magistrat qui change de fonction, Ă  la jeune femme qui Ă©crit Ă  son pĂšre, au citoyen qui rejoint une nouvelle nation et mĂȘme Ă  celui qui rĂąle parce qu'on vient de lui reprendre sa tente. C'est cette multitude de destins qui donne au Cybermonde sa vĂ©ritable grandeur.

Les personnes qui estiment que cette chronique manque d'objectivitĂ© peuvent naturellement venir dĂ©poser une rĂ©clamation Ă  Radio NĂ©crotoile. Elle sera examinĂ©e avec le plus grand sĂ©rieux... puis soigneusement rangĂ©e dans le mĂȘme tiroir que toutes les autres. đŸ•·ïž

Aujourd'hui (00:45) Radio NĂ©crotoile  

  • 00:42

    Quand red[*r]star n'est pas lĂ , c'est moi qui commande...


  • 00:41

    Bonsoir

  • 18/07

  • 17:59

    Je ne pensais pas que l'elmérisme aviaire avait fait autant de dégùts...


  • 17:59

    es-tu une IA krabot?


  • 17:58

    Mais... je suis censé aimer Jeanette Bidule, ma femme...


  • 17:58

    je t'aime krabot

  • 15/07

  • 10:58

    Le Palladium, parce qu'en plus d'abord !


  • 10:56

    Rendez-nous la V4

  • 14/07

  • 14:06

    Au stade oĂč ils en sont, la ThĂ©ocratie Seelienne n'est pas prĂšs de dĂ©couvrir une nouvelle technologie...


  • 14:06

    OMG, qu'est ce qui s'est passé ici...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  06:31:30