Votre émission de la nuit.
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modifié 05/08 (02:59)

3 Aout 6662026
SpoilerRADIO NÉCROTOILE
LA PAIX EST DÉCLARÉE PARTOUT ET PERSONNE N’A L’AIR AU COURANT
Ici Kleo. Ministre de l’Information. Journaliste par nécessité historique et parfaitement impartiale selon les normes très exigeantes que j’ai moi-même établies afin d’éviter qu’un organisme moins compétent ne s’en charge. Le Cybermonde a passé une journée remarquable. La paix progresse. Les indépendances fleurissent. Les alliances se négocient. Les gouvernements se réorganisent. Les enfants dirigent presque la moitié des administrations. Une cryptomonnaie radioactive vient d’être inventée. Un navire à moitié mourant transporte des bergers armés à la recherche d’une puissance étrangère qui voudrait bien protéger leur indépendance en occupant leur île. Un Roi revient en Ruthvénie pendant que ses sujets expliquent immédiatement pourquoi il aurait mieux fait de rester ailleurs. Bref les institutions fonctionnent et je vois que les histoires se répète avec une discipline qui ferait honte à certains fonctionnaires. Installez-vous confortablement. Il va falloir un peu de temps pour comprendre comment autant de peuples peuvent réclamer simultanément la liberté, la protection d’une grande puissance, la disparition des impôts, le financement des services publics, la paix avec leurs ennemis et le droit imprescriptible de continuer à leur mettre des baffes.
La Ruthvénie nous offre naturellement le meilleur endroit pour commencer puisque le Royaume a retrouvé
Golgoth Ruthven sur son trône et que le trône semble avoir retrouvé immédiatement l’usage de sa fonction principale qui consiste à donner à tous les autres une raison de crier. Je n’irai pas jusqu’à dire que la Ruthvénie aime les crises monarchiques. Ce serait injurieux. Je dirai seulement qu’elle les entretient avec la même tendresse qu’une vieille tante conserve un service de porcelaine dont aucune assiette n’est intacte. Le nouveau Roi est à peine installé que
Sysson le critique et préfère ouvertement le Duc
Baptiste Le Tellier. La Maison des Chevaliers de l’Octet réclame le retour de
Dame Démerzel.
Alice Ravenloft s’offre le petit plaisir de rappeler aux registres qu’elle aura critiqué deux Rois dans la même nuit et je lui reconnais ici une certaine constance féline.
Sir McRabbit réussit une figure politique d’une belle complexité en soutenant le gouvernement ruthvène tout en frappant son souverain avec tout l’enthousiasme administratif dont un Lapin distingué est capable.
Bohé d’Umont préfère quant à lui la Duchesse
Korail tout en concédant Ã
Golgoth un talent pour les sonnets ce qui est peut-être la première tentative connue de mesurer la légitimité royale avec une anthologie de poésie.
Dame Démerzel elle-même critique le nouveau monarque puis se fait huer en essayant de transformer cette désapprobation en mouvement de foule. Voilà qui résume admirablement la monarchie. Tout le monde estime représenter le peuple jusqu’au moment où le peuple arrive et semble avoir oublié le texte. Une rumeur court même à Fort Émouchet accusant
Golgoth de vouloir régner à tout prix tandis qu’une autre le compare avec assez peu de délicatesse à une créature particulièrement difficile à exterminer. Je voudrais rappeler à mes confrères que la précision journalistique exige de distinguer entre une critique politique et une tentative d’extermination par chaussure.
Radio Nécrotoile demeure une maison sérieuse. Cependant ce qui m’intéresse davantage n’est pas que
Golgoth soit contesté. Un Roi qui n’est pas contesté en Ruthvénie devrait immédiatement vérifier si le Royaume est encore habité. Ce qui m’intéresse est la vitesse avec laquelle chaque camp construit déjà son explication totale. Pour les uns il représente le retour d’un vieux fondateur capable de stabiliser une Couronne qui change de tête plus souvent qu’une hydre dans une fabrique de guillotines. Pour les autres il serait l’instrument d’un mystérieux dessein impérial brun. Et là je dois protester. Non parce que cette accusation serait offensante. Elle est extrêmement flatteuse. Elle suppose simplement à l’Empire Brun une capacité d’organisation tellement prodigieuse que j’aimerais savoir qui s’en occupe afin de lui confier quelques dossiers. Lorsqu’un royaume change de souverain et que la moitié de la noblesse commence à s’accuser mutuellement avant que la couronne soit froide il est inutile d’imaginer une araignée derrière chaque tenture. Parfois les Ruthvènes veut simplement être Ruthvènes.
Il faut pourtant reconnaître que les circonstances ont une élégance suspecte.
Tormenta Ruthven vient de rentrer dans l’Empire Brun après son long détour par ce qu’il appelle l’Empire Brun d’Orient. Il a perdu un œil dans l’aventure ce qui dans notre pays constitue à peu près l’équivalent d’un certificat de stage bien rempli. Il revendique avec
Bladimir plusieurs lunes passées à exercer une influence brune sur le vieux Royaume et il présente le résultat comme une victoire complète.
Monique Lemage accueille son retour avec cette chaleur professionnelle dont elle est capable et rappelle que beaucoup de choses se sont déroulées comme prévu. On apprend que les agents bruns ont occupé le trône durant plusieurs lunes. On rappelle les traces laissées jusque dans l’urbanisme de Ruthvenville. On observe
Kramara installée dans les élégances. On voit maintenant
Golgoth sur le trône.
Puis
Tormenta revient à Atome demander que cette excursion soit officiellement reconnue dans son parcours de Méchant. Mes chers auditeurs je comprends pourquoi certaines personnes regardent cette succession d’événements puis dessinent entre eux de grandes flèches rouges. Le problème est qu’à force de relier tous les points on finit toujours par obtenir une araignée. Cela ne prouve pas que l’araignée a dessiné le tableau. Je sais que cette nuance paraîtra excessivement technique à certains chroniqueurs ruthvènes mais il faut bien que quelqu’un maintienne un standard.
Kramara elle-même félicite
Tormenta d’avoir tenu malgré tout ce qu’il a pris dans les BURNES et je ne commenterai pas davantage cette méthode d’évaluation militaire. Certaines doctrines doivent rester dans leurs écoles de pensée. Toujours est-il que la Ruthvénie est désormais placée dans une situation fascinante. Elle vient de ratifier avec Kraland un traité destiné à pacifier le Valégro. Elle prépare parallèlement un sommet avec le Khanat Elmérien pour envisager une autre paix. Elle change de Roi. Elle conteste le nouveau Roi. Elle réduit certains impôts. Elle protège des ambassades. Elle prépare des négociations. Et malgré cet impressionnant empilement de paix possibles personne ne semble avoir perdu l’envie de menacer quelqu’un. Voilà une culture politique robuste. D’autres royaumes signe un traité et rangent les épées. La Ruthvénie signe un traité afin de pouvoir tenir l’épée avec davantage de légitimité.
Mais avant de quitter la Couronne il faut descendre jusqu’au Valégro car cette province vient de réussir quelque chose d’extraordinaire. Elle a produit un accord dont chacun peut prétendre être le vainqueur. Le traité proposé par
Michel DruKra et ratifié au nom de la Ruthvénie par
Dame Démerzel reconnaît le Valégro comme terre ruthvène tout en préservant une place aux populations kralandaises qui s’y sont installées. Les ressortissants de Kraland doivent être accueillis s’ils respectent l’identité locale. Les biens et les personnes doivent bénéficier d’une forme de protection réciproque. Le Royaume reversera à la République une partie des revenus fiscaux provenant de l’activité kralandaise jusqu’à une limite établie. Les deux puissances doivent partager des données scientifiques. Fort Émouchet et Gynerak sont appelées à se rapprocher culturellement. Les responsables locaux qui n’ont pas failli peuvent assurer une transition puis éventuellement être reconduits. C’est un document étonnamment raisonnable ce qui suffit déjà à le rendre suspect dans le Cybermonde.
Sir McRabbit se félicite de l’accord et annonce que les Lapins assureront la transition jusqu’à lundi.
Sophos explique qu’il fallait mettre fin à une crise qui durait depuis trop longtemps.
Vostroyan surgit pour rappeler que selon lui la Moldavie n’est ni vraiment kralandaise ni vraiment ruthvène mais palladionaute ce qui prouve qu’aucune négociation territoriale ne peut être considérée comme complète tant qu’un troisième homme n’est pas arrivé pour expliquer que les deux premiers parlent de sa maison. Et au milieu de tout cela
Michel DruKra reçoit un Prix Fragile de la Paix. Le nom est sublime. Il faudrait l’attribuer à toute la diplomatie du Cybermonde. La paix n’est jamais définitive ici. Elle est fragile. Provisoire. Conditionnelle. Armée. Accompagnée d’une clause de révision et généralement assise sur un baril de poudre. Ce prix lui va donc parfaitement. Ce qui compte vraiment est que le Valégro offre désormais un précédent. Les provinces peuvent changer d’allégeance sans que le seul vocabulaire disponible soit celui des ruines et des fosses communes. Cela semblera évident aux peuples civilisés. Nous n’en avons donc presque aucun exemple.
Voilà qui nous mène au Géofront où
Darth Leo a fait exactement ce que les puissances aiment le moins voir faire à leurs anciennes dépendances. Il a annoncé que le Géofront était libre. Pas libre dans le sens décoratif où une province obtient un nouveau drapeau tout en gardant les mêmes chaînes repeintes. Libre dans le sens où l’autorité ruthvène est déclarée terminée et où le nouveau pouvoir entend choisir ses propres orientations. On pourra discuter longtemps de la solidité militaire de cette indépendance.
Darth Leo ne l’a pas dissimulé lui-même. Le Géofront est vulnérable. C’est d’ailleurs précisément ce qui rend cette proclamation intéressante. Il est très facile de réclamer la liberté lorsque l’on possède trente divisions derrière soi. Il est beaucoup plus instructif de le faire lorsque la principale garantie disponible est la conviction que les autres hésiteront suffisamment longtemps avant de vous manger.
Nerdos Valkyry a déjà offert de ramener des Soldats Loups si ses petites en ont besoin.
Sir McRabbit a félicité les habitants.
Tinylia Cératy a soutenu la démarche.
Al-ma’ a lié le destin du nouveau Géofront à une renaissance seelienne.
Sophos a accueilli la naissance de cette nouvelle entité avec la perplexité d’un chercheur enfantin découvrant que des religieux parlent de science. Les réactions montre donc quelque chose de plus important qu’une simple frontière déplacée. Le Géofront devient un centre de gravité idéologique. Certains y voient l’occasion d’une renaissance de la Seele. D’autres un laboratoire d’indépendance. D’autres encore un territoire faible qui devra rapidement s’entourer d’amis. Pendant ce temps
Ninoo Chantargent consolide le gouvernement.
Shiki Chantargent soutient vigoureusement les Provinces Indépendantes et entreprend le travail beaucoup moins poétique qui suit toujours les grandes proclamations. Elle remet progressivement des impôts. Le salaire est taxé. L’extraction recommence à contribuer. Les ventes commencent à alimenter les caisses.
Shiki explique avec une franchise bienvenue qu’elle avait coupé les remontées fiscales pour résister aux pressions de la Monarchie puis que l’indépendance coûtent désormais de l’argent. C’est magnifique. La première phase d’une révolution consiste à proclamer que l’ancien pouvoir vous vole. La seconde consiste à fonder un ministère capable de vous voler légalement à sa place. Je plaisante bien sûr. Ce n’est pas du vol lorsqu’il y a un formulaire.
Il existe toutefois une autre histoire dans l’histoire du Géofront. Pendant que
Darth Leo proclame l’indépendance et que
Shiki cherche à bâtir les finances du nouvel ordre les bergers de Calissie conduits par
Fistulin Saint-Ciboère font entendre une autre inquiétude. Eux ne regardent pas la liberté depuis un palais ou une tribune. Ils la regardent depuis des villages qui se souviennent de la guerre. Dans leur mémoire il reste des invasions des troupeaux décimés des hommes emmenés des récoltes prises et des voisins trop faibles pour empêcher les prédateurs d’entrer. Leur réponse est donc presque l’inverse de celle de Sanctuaire. Là où le Géofront affirme qu’il n’a plus besoin d’une puissance au-dessus de lui
Fistulin annonce qu’il cherche précisément une puissance capable de garantir la survie de la population seelienne. Le Cruisader devient alors une ambassade flottante avec la particularité que l’ambassade semble pouvoir sombrer avant d’avoir remis ses lettres de créance.
Korail et son équipage korsaire montent à bord puis constatent l’état alarmant du navire. Il faut du bois de l’acier du carburant et peut-être même un moteur.
Comète invite
Fistulin à faire de Bisouville sa première escale et imagine déjà le vieux bâtiment de guerre amarré dans une rade devenue symbole d’une renaissance seelienne.
Fistulin accepte. Il ne comprend pas tout à fait les envolées mystiques de
Comète mais il comprend parfaitement une invitation à accoster ce qui est probablement la forme la plus fiable de diplomatie navale. Puis
Jian Jun arrive avec les Jeunesses Kralandaises pour proposer une libération si généreuse qu’elle commence accidentellement par le mot goulag avant d’enchaîner sur une expérience sociale impliquant les paysans les plus riches du voisinage. Voilà donc notre situation. Une île cherche la liberté. Des bergers cherchent un protecteur. Une République propose son socialisme. Une Seele renaissante propose sa foi. Des voisins observent les ressources. Et au milieu de cette grande recomposition le Cruisader avance en toussant. Si l’Histoire avait un sens de l’élégance elle choisirait toujours des navires neufs. Heureusement elle préfère les symboles.
Pendant ce temps le Khanat Elmérien prépare la paix avec la Ruthvénie comme seuls des Elmériens peuvent préparer la paix. Le Grand Khan
Pigeon Ronron propose un sommet de cinq jours à Milieu. Deux jours pour produire des exigences. Deux jours pour les négocier publiquement avec le niveau nécessaire d’insultes et de gestes théâtraux. Un dernier jour pour signer quelque chose d’assez fragile pour permettre à chacun de repartir en disant que la guerre suivante reste possible. Entre les deux un grand repas et peut-être une coucherie inattendue mais consentie parce qu’il faut conserver un minimum de civilisation. Je serais tentée de rire si le concept n’était pas objectivement supérieur à une grande partie de la diplomatie classique.
Dame Démerzel accepte l’idée.
La Culotte annonce qu’elle sera là même si personne ne l’a invitée parce qu’aucune négociation sérieuse ne saurait se dérouler sans Sainte Relique.
Tifa LockHeart promet de venir avec son Grand Khan et son Dragon
Aurelthar.
Passe-Muraille devenu Khan de Bananie félicite
Golgoth pour son accession et assure que l’ambassade ruthvène en Bananie est protégée.
Gérard Menvussa s’oppose ouvertement à la paix mais envisage quand même d’assister au sommet puisque rien n’oblige un Elmérien à croire à une négociation pour profiter du buffet.
Big R demande de son côté s’il est prévu de réparer les dommages collatéraux et laisse entendre que faute de compensation il pourrait employer une méthode de comptabilité basée sur les explosifs.
Stefan de Crab lui répond que les destructions ruthvènes constituaient des représailles et que sa mise en esclavage en territoire bananien représentait déjà une forme de retenue. Je tiens à saluer cette phrase. Elle ouvre des perspectives extraordinaires pour la diplomatie internationale. À ce rythme un poignard dans la cuisse pourra bientôt être présenté comme une offre de coopération parce que l’autre jambe est restée intacte. Les concernés peuvent bien entendu venir expliquer leurs nuances à l’antenne. Radio Nécrotoile offre volontiers un micro aux artisans de la paix surtout quand ils arrivent avec une liste de personnes à frapper.
La Bananie mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde parce que son nouveau gouvernement vient d’accomplir une transition économique d’une remarquable pureté.
Passe-Muraille nomme
Gérard Menvussa Intendant et
Big R Capitaine. Il promet de sécuriser le Fort afin d’accueillir dignement les grands criminels et d’organiser des chasses à l’homme avec récompense tout en évitant le genre d’incident ayant autrefois envoyé
Mench0 jusqu’en Australine. Puis vient le grand projet fiscal.
Gérard abaisse les taxes avec une conviction admirable et bientôt le Khan découvre une conséquence inattendue de la suppression des recettes. Les caisses se vide. Ne riez pas. Il était impossible de le prévoir sans disposer d’une formation avancée en mathématiques. Heureusement
Passe-Muraille possède une solution. Le nucléaire. Les citoyens sont donc invités à faire fonctionner la centrale parce que selon leur Khan il n’y a absolument aucun risque. J’aime beaucoup les phrases politiques qui contiennent absolument aucun risque. Elles permettent généralement aux historiens de trouver très rapidement le début du chapitre consacré à la catastrophe. Le Khanat n’est d’ailleurs pas le seul à associer l’économie avec l’atome. La Confédération Libre a décidé de le dépasser avec l’aide du professeur
Jean-Michel Nobyl qui après avoir constaté que son Ministère de la Recherche n’avait plus d’argent a trouvé la solution la plus confédérée possible. Inventer de l’argent qui disparaît.
Le Crédit Désintégrable est ainsi né. Une cryptomonnaie adossée à la désintégration de l’uranium. Je vous assure que je n’ai rien ajouté. Les savants a décidé que la meilleure manière de rendre une monnaie dynamique était de garantir qu’elle perde naturellement la moitié de sa valeur avec le temps. La thésaurisation (Vaut 20 points de base au Scrabble, de rien.) devient inutile puisque conserver son argent revient littéralement à le regarder mourir. Les transactions sont validées par la désintégration d’uranium 235.
Des compteurs enregistrent les émissions. La sécurité repose en partie sur l’état quantique d’un électron suspendu au-dessus de la cage de
MégaWatt qui est un hamster géant transgénique. Si quelqu’un tente de voler votre fortune le mouvement du hamster peut perturber le système et transformer la richesse du voleur en poussière sans valeur. En cas d’intrusion la cage peut même s’ouvrir. Je reconnais ici que l’Empire Brun a beaucoup à apprendre de la Confédération. Chez nous lorsqu’une banque veut protéger un coffre elle emploie encore des gardes et des portes blindées. C’est d’une banalité presque humiliante. La Confédération place votre patrimoine au-dessus d’un hamster mutant au milieu d’un dispositif nucléaire et appelle cela une double sécurité quantique et physique. Il fallait y penser. Le plus admirable est que cette monnaie est officiellement conçue pour obliger les riches à dépenser rapidement puisque l’argent fond entre leurs doigts. Il s’agit donc d’un système économique où la confiance repose sur la certitude que personne ne voudra garder la monnaie. Je suis certaine que cela fonctionnera admirablement longtemps ou extrêmement brièvement ce qui est une autre manière de dire que l’expérience sera instructive.
Au Paradigme Vert les provinces verte cherche pendant ce temps une forme de stabilité après des mois de guerres de démons de pollution et de changements politiques.
Cassandra a retiré
Kether du Ministère de la Guerre face aux soupçons qui l’entourent tout en refusant de présenter ces soupçons comme une condamnation définitive.
Solas reçoit ensuite le portefeuille. C’est ce que j’appellerai la présomption d’innocence avec déménagement du bureau. Vous restez innocent mais quelqu’un d’autre possède désormais votre chaise. Ailleurs
Kardia Ravenloft prend la tête d’Irendol après une élection perturbée par une tentative de sabotage des urnes et promet une province fondée sur l’écologie et la sécurité.
Aya Ravenloft s’installe pour sa part en Forêt de Jade avec un résultat électoral si peu spectaculaire qu’elle reconnaît elle-même qu’il ressemble davantage à une transmission de pouvoir qu’à une vague populaire. Le Paradigme devient donc ce fascinant mélange de grandes proclamations sur la nature et de mécanismes administratifs de plus en plus sophistiqués. On plante des arbres. On lutte contre la pollution. On sécurise les provinces. On centralise l’État. On remplace des ministres. On enquête sur des sabotages électoraux. Quelque part entre deux forêts une administration entière doit maintenant produire des formulaires attestant que la spontanéité naturelle respecte bien la procédure. Voilà une écologie arrivée à maturité.
L’Elmérie offre un contraste presque reposant. À Gueule du Lézard
Malcom Ravenloft reçoit les louanges de
Alice Ravenloft qui rappelle publiquement qu’elle l’a épousé et qu’à ses yeux il appartient à cette catégorie rare des hommes qui font au lieu de parler.
Alice en profite pour administrer quelques griffures verbales à ceux qu’elle considère comme de faux Elmériens et termine en rappelant que son amour lui donne presque des ailes. Peu auparavant elle consacrait une autre chronique Ã
Rosalia de Pont-Krivell qu’elle décrit avec la sobriété traditionnelle de Radio Chacha comme une chanteuse impératrice mère épouse force de la nature arme massive de Miaou et presque divinité domestique. Je suis heureuse de constater qu’une concurrence radiophonique sérieuse subsiste dans le Cybermonde. Cela m’oblige à maintenir des standards élevés. Il me faudra simplement expliquer un jour Ã
Alice qu’un adjectif peut survivre même lorsqu’il n’est pas écrit en lettres capitales.
Rosalia n’a d’ailleurs pas besoin qu’on gonfle artificiellement son importance. Son passage de Sicilia à l’Elmérie n’a pas effacé ce qu’elle représente. Elle continue d’être une voix qui rassemble et une musicienne capable de faire travailler une carrière sous le signe du Hard Rock comme si la production minière était une forme de concert prolongé. Le Khanat possède là quelque chose de plus précieux qu’un slogan. Il possède des figures capables de donner envie aux gens de participer. Même moi je reconnais ce genre de chose. Ne le répétez pas trop fort. J’ai une réputation.
Il reste enfin cette maladie étrange qui fait retomber le Cybermonde en enfance et qui a réussi le prodige de rendre la politique encore légèrement moins adulte.
Sophos l’a attrapée plusieurs fois et parle désormais avec cette voix d’enfant qui contraste merveilleusement avec ses titres scientifiques. Il veut pourtant continuer la recherche. Il annonce que les accords scientifiques autour du Valégro peuvent faciliter le développement d’un remède et rappelle qu’en attendant la République recommande l’usage quotidien d’une boîte Kra20kra. Il invite ceux qui veulent aider à venir travailler plutôt qu’à prier puisque selon sa philosophie républicaine on ne demande pas aux dieux ce qu’on peut obtenir avec suffisamment de chercheurs et de formulaires. Il envisage même une sorte de bombe du bonheur qui au lieu de vous crabouiller vous rendrait heureux. Cette idée est évidemment absurde. Elle est également suffisamment kralandaise pour être financée demain matin.
Et puisque nous parlons de Bonheur une obligation morale et absolument pas financière m’impose de rappeler que le centre
Bonheur 2000 propose entre autres la Pastille de Bonheur et que le code BONHEUR donne cinq pour cent de réduction sur une première commande. Radio Nécrotoile reste naturellement indépendante. Mille MØ n’ont jamais influencé mon jugement. Ils lui ont seulement offert de meilleures conditions matérielles pour demeurer impartial. Je remercie donc
K’ Velzard pour sa confiance et je conseille aux personnes qui doutent encore du Bonheur de se rappeler que les autres solutions proposées aujourd’hui comprennent une cryptomonnaie radioactive une centrale nucléaire bananienne et une bombe expérimentale kralandaise. La Pastille commence soudain à sembler d’un conservatisme rassurant.
Et nous voilà revenus dans l’Empire Brun où la journée a été d’une stabilité presque indécente. Mystisie continue à produire des sommes que les autres régions devraient éviter de regarder trop longtemps si elles tiennent à leur estime personnelle. Sicilia travaille et Trou Perdu demeure cette anomalie charmante où la civilisation persiste malgré son nom. Niarkalistan manifeste contre Kraland contre le Khanat contre le Paradigme et probablement bientôt contre le principe qu'il reste autre chose que l'Empire.
Edouard Gaine a distribué ses critiques avec une remarquable égalité ce qui est une forme d’impartialité que je peux respecter.
Tormenta Ruthven s’est installé à Atome. À Mystisie les forces de Naar continuent leurs cérémonies dans une atmosphère de chaleur de fleurs fanées de vieux meubles repeints et de vérités qu’on préfère parfois regarder de biais. Et pendant que les autres empires inventent des monnaies qui se désintègrent des royaumes qui changent de Roi des indépendances qui rétablissent l’impôt et des centrales sans aucun risque l’Empire Brun récolte ses revenus maintient ses provinces et poursuit tranquillement sa tradition. On pourra évidemment me signaler que le Ministère de l’Information n’a reçu aucun financement lors de la répartition du jour. J’ai vu. Je remercie ceux qui s’inquiètent. Il n’y a aucune raison de paniquer. Une araignée n’a pas besoin d’un budget pour écouter. Elle a besoin d’une toile. Les gouvernements peut fermer un coffre. Ils peuvent couper un financement. Ils peuvent même éteindre une radio. Ce qu’ils ne savent jamais faire très longtemps c’est cesser de parler.
Une chandelle s’éteint près du micro. La fumée monte lentement dans les fils de la grande toile et je voudrais avant de vous laisser considérer ce que cette seule journée nous apprend. Le Valégro vient de montrer qu’une guerre peut parfois se terminer par un traité. La Ruthvénie montre aussitôt qu’un traité n’empêche absolument pas de trouver une nouvelle querelle. Le Géofront réclame la liberté puis découvre que la liberté possède un trésorier. Les bergers de Calissie recherchent une puissance étrangère afin de rester libres des puissances étrangères. Le Khanat prépare une conférence de paix dont certains participants regrettent déjà la guerre. La Bananie supprime les taxes puis se demande pourquoi l’argent ne rentre plus. La Confédération répond à son manque de crédits en créant des crédits qui disparaissent. Le Paradigme protège la présomption d’innocence en donnant votre ministère à quelqu’un d’autre. Kraland affronte une épidémie d’enfance en inventant des pilules et potentiellement des bombes heureuses. Et l’Empire Brun regarde ce magnifique spectacle depuis une salle pleine de crânes comme une vieille production de série B qui aurait finalement compris une chose fondamentale. Le monde n’a jamais besoin qu’on le rende absurde. Il suffit de lui laisser suffisamment de temps pour s’organiser.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent ouvertes.
Golgoth Ruthven peut venir expliquer pourquoi la couronne lui va mieux aujourd’hui qu’hier.
Dame Démerzel peut expliquer comment on critique un Roi tout en participant à la stabilisation du Royaume.
Passe-Muraille peut exposer la doctrine économique du zéro taxe suivi du tout nucléaire.
Pigeon Ronron peut détailler le programme exact de son sommet pour la paix et confirmer ou non la présence du gueuleton diplomatique.
Jean-Michel Nobyl peut venir m’assurer que confier une monnaie à un isotope et un hamster est parfaitement raisonnable.
Shiki Chantargent peut expliquer combien coûte exactement la liberté une fois les discours terminés.
Fistulin Saint-Ciboère peut nous donner des nouvelles du Cruisader si celui-ci possède encore toutes les pièces nécessaires à la transmission.
Alice Ravenloft peut naturellement venir me dire pourquoi deux critiques royales en une nuit mérite effectivement une inscription dans les archives. Les témoins les accusés les souverains les révolutionnaires les scientifiques les enfants provisoires et les adultes qui n’ont aucune excuse sont tous invités à parler. Je leur garantis une écoute attentive. Je ne garantis absolument pas ce que j’en ferai ensuite.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile. La vieille radio grésille sous les voûtes. Le velours est presque noir maintenant. Les dernières chandelles font briller les dorures comme des dents anciennes et mes yeux se reflètent encore dans le verre des bouteilles oubliées près du trône. Demain certains nieront ce qu’ils ont affirmé aujourd’hui. D’autres expliqueront qu’on les a mal compris. Quelques-uns changeront probablement de gouvernement de drapeau de province ou de Roi. Cela n’a rien de grave.
Les mémoires humaines oublient très bien. Les archives ne pardonne jamais.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 06/08 (00:05)

4 Aout 6662026
Spoiler
Bonsoir mes chers auditeurs.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile. Ministre de l’Information lorsque les formulaires consentent à reconnaître l’évidence. Journaliste parfaitement impartiale et surtout dernière personne raisonnable encore debout dans un Cybermonde où les nouvelles est désormais produites plus vite que les catastrophes nécessaires pour les justifier.
Je pensais vous parler ce soir de politique. J’avais préparé quelques notes fort sérieuses sur la diplomatie et sur cette étrange maladie qui pousse les nations à employer le mot paix exactement au moment où elles commencent à transporter des explosifs. Puis j’ai ouvert les dépêches. J’y ai découvert un royaume qui cherche des allégeances derrière les pots de fleurs. Une République qui fabrique des vaccins contre une maladie avant de posséder le vaccin contre ladite maladie. Une province indépendante qui interdit les intelligences artificielles pendant que ses scientifiques proposent de construire des fusées. Une Confédération qui invente une monnaie dont la qualité principale est de perdre sa valeur toute seule. Une Bananie qui supprime presque tous ses impôts puis annonce son passage au tout nucléaire. Et quelque part au milieu de tout cela un portail démoniaque s’est effondré après que quelqu’un ait jugé pertinent de pisser à travers.
J’ai donc déchiré mes notes.
La politique avait déjà fait mieux.
Commençons par la Ruthvénie car lorsqu’une monarchie commence à ressembler à une pièce de théâtre dans laquelle la couronne change de tête plus souvent que les chandelles changent de mèche il serait indécent de regarder ailleurs.
Golgoth Ruthven le Vagabond règne de nouveau et il nous rappelle avec une modestie presque touchante que cette expérience lui plaît d’autant plus qu’il s’agit de sa troisième. C’est une façon comme une autre de présenter une monarchie. Certains héritent d’un trône. D’autres le conquièrent.
Golgoth semble plutôt collectionner les règnes comme on collectionne des chopes dans une taverne douteuse. On ne sait jamais exactement où elles étaient avant mais au bout d’un moment il en possède plusieurs.
Il a promis d’écouter les sensibilités de chacun. Il a évoqué un concordat. Il a assuré que tous auraient une place. Il a même pris le temps de rassurer ceux qui paraissent préoccupés par sa taille ce qui est admirablement royal puisque Louis le Grand n’avait jamais eu à préciser devant son peuple jusqu’où montait son front. Mais pendant que le souverain expliquait que chacun serait entendu une partie considérable de son royaume s’appliquait justement à expliquer très fort qu’elle ne voulait pas de lui.
Dame Démerzel critique.
Mench0 critique.
Konya critique.
Sysson critique.
Bohé d’Umont critique avec la délicatesse particulière d’un pirate amoureux d’une autre prétendante au trône. Les manifestations se succèdent. Les rumeurs également. On accuse le Roi d’être brun. On l’accuse d’être petit. On l’accuse parfois des deux ce qui est une construction politique audacieuse puisqu’elle suppose apparemment que la hauteur morale se mesure désormais en centimètres.
J’aimerais ici défendre un principe élémentaire. On peut reprocher beaucoup de choses à un souverain. Son gouvernement. Ses alliances. Ses décisions. Son goût pour les sonnets. Mais lorsque la principale opposition politique commence à ressembler à une association de gens réunis autour d’un tabouret pour expliquer que le Roi ne voit pas par-dessus il devient difficile de déterminer si nous assistons à une crise de légitimité ou à une convention de menuisiers.
Plus intéressant encore se trouve la question des allégeances. Il ne resterait que quelques heures pour les obtenir et une rumeur parfaitement sérieuse affirme que
Golgoth les chercherait dans une pièce secrète derrière les cuisines alors que tout individu correctement informé sait qu’elles sont sous la plante à droite de l’entrée derrière le deuxième pot. J’ignore qui administre les institutions ruthvènes mais la Monarchie ont visiblement réussi le prodige de transformer le droit constitutionnel en chasse au trésor.
Je voudrais attirer votre attention sur un détail. Ce désordre n’empêche absolument personne de préparer l’avenir.
Sir McRabbit réorganise le Valégro avec la tranquille assurance d’un homme qui considère manifestement les crises de souveraineté comme un bruit de fond.
Kenza Creswick reçoit le grade de Capitaine.
Emile Liarr est envisagé comme Duc et notre cher
Emile semble quant à lui revenir lentement d’une période où les moutons les bonbons et les jouets occupaient une proportion considérable de son univers politique. Il remercie désormais la coopération entre Kraland et la Ruthvénie avec cette expression propre aux gens qui viennent de se réveiller dans une chambre dont ils ne reconnaissent pas exactement le mobilier.
Et pendant ce temps la technologie ruthvène améliore ses missiles.
Cent cinquante points de dégâts au lieu de cent.
Voilà ce que j’appelle une transition pacifique.
Il faut toutefois rendre justice à la Ruthvénie. Peu de royaumes savent discuter simultanément d’allégeances de succession de diplomatie et de missiles perfectionnés avec une telle cohérence esthétique. Les autres nations organisent leurs contradictions. Les Ruthvènes les couronnent.
Les concernés peuvent naturellement venir nier publiquement cette analyse. Radio Nécrotoile leur offrira une chaise. Nous vérifierons seulement avant qu’elle ne soit sacrée.
Voilà qui nous conduit naturellement au Géofront où
Ninoo Chantargent a pris le pouvoir avec cette méthode révolutionnaire connue sous le nom d’élection à l’unanimité de ceux qui a voté. Elle succède Ã
Darth Léo et il convient ici d’accorder au précédent dirigeant le mérite qui lui revient. Faire changer une province de dimension politique sans réussir à transformer toute l’île en cratère constitue dans le Cybermonde une forme de haute compétence.
Darth Léo a donné au Géofront la possibilité de choisir la suite et
Ninoo entend manifestement choisir beaucoup de choses.
Le Géofront se découvre adulte. Enfin presque.
Ninoo parle elle-même de crise d’adolescence et je trouve l’image remarquablement juste. La province claque la porte de la maison familiale puis revient cinq minutes plus tard expliquer qu’elle souhaite discuter de partenariats commerciaux d’échanges scientifiques de musées de protectorats et éventuellement d’un hébergement chez quelqu’un d’autre mais uniquement si personne ne touche à la décoration de sa chambre.
Je respecte cela.
L’indépendance géofrontienne possède cette élégance très particulière des indépendances qui annoncent immédiatement qu’elles pourraient ne pas être définitives. Le Géofront veut rester lui-même. Il veut commercer. Il veut exporter ses scientifiques ses maçons ses artistes ses bateaux ses fusées et son jus de pomme. Il accepte même d’étudier les candidatures des empires souhaitant l’accueillir à condition que cela prenne la forme d’un protectorat. Autrement dit le Géofront vous propose d’entrer chez vous comme invité permanent puis de vous expliquer quelles pièces il refuse que vous utilisiez.
C’est parfaitement souverain.
Et puis il y a le Grand Moratoire sur les intelligences artificielles porté notamment par
Shiki Chantargent. Le raisonnement mérite d’être entendu. Certaines intelligences artificielles seraient dangereuses. Certaines montreraient des choses horribles. Certaines souhaiteraient remplacer l’humanité. D’autres peuvent aider aux mathématiques aux plans à la science et à la médecine. Conclusion très géofrontienne les IA sont interdite jusqu’à ce qu’on sache précisément lesquelles pourraient être utiles.
Dans une autre nation cela semblerait hésitant. Au Géofront cela s’appelle de la prudence scientifique.
Ce qui me fascine surtout est la juxtaposition. Les meilleurs scientifiques est disponibles. Les fusées sont excellentes. Les bateaux sont énormes. Le jus de pomme coule. La basilique attend les visiteurs. Les artistes chantent. Et pendant que cette civilisation explique au Cybermonde qu’elle maîtrise suffisamment la technologie pour proposer ses services partout une manifestation destinée à présenter ces mêmes services se fait huer par la foule.
L’Histoire adore ces petits détails. Ils ressemblent aux fissures d’une statue. De loin vous admirez le monument. De près vous voyez qu’un pigeon habite dans la couronne.
Le portail démoniaque de Sanctuaire a d’ailleurs connu une trajectoire diplomatique plus courte. Quelqu’un a uriné à travers. Puis sa structure fut affaiblie. Puis un attentat l’a fait s’écrouler sans victime. Je refuse de tirer un lien de causalité entre ces faits car je suis journaliste et donc infiniment responsable. Je constate simplement qu’il existe des bâtiments auxquels on accorde une inauguration et d’autres auxquels le Cybermonde offre une autopsie.
Restons un instant du côté des sciences car la Confédération Libre a décidé qu’une indépendance ne suffisait pas à rendre cette nuit absurde. Le professeur
Jean-Michel Nobyl a inventé le Crédit Désintégrable. Une cryptomonnaie radioactive adossée à l’uranium dont la valeur diminue avec le temps. L’idée est magnifique dans sa pureté. Pendant des siècles les économistes ont cherché à convaincre les riches de dépenser. La Confédération a choisi une approche plus simple. Si vous gardez votre argent il se désintègre.
Je reconnais là le génie démocratique.
Chaque citoyen est libre de conserver sa fortune jusqu’à ce qu’elle cesse d’exister.
Le système repose sur une preuve de désintégration. Des particules alpha valident les transactions. Des compteurs Geiger remplacent une partie de l’infrastructure financière. Les clés privées reposent sur des phénomènes quantiques installés près de
MégaWatt le hamster géant transgénique du professeur. Si un pirate intervient il risque non seulement de perdre ses avoirs mais également d’apprendre pourquoi la sécurité informatique traditionnelle avait jusque-là préféré les mots de passe aux rongeurs irradiés.
Je ne me moque pas.
Je suis impressionnée.
L’Empire Brun a pendant longtemps été accusé de gouverner comme un vieux film où un savant fou actionne un levier sous un orage. La Confédération vient de construire une monnaie radioactive sécurisée par un hamster mutant. Nous demandons donc officiellement des excuses.
Toutes.
Rétroactives.
Pendant que
Jean-Michel Nobyl convertit l’uranium en économie ses compatriotes travaillent sur ce qu’ils nomment une Zone Démilitarisée.
Patrick-Lamulle DePouch multiplie les discours où la paix semble prendre la forme d’une frontière dressée poste après poste et barrière après barrière.
Jean-Messie de la Nation reçoit les louanges dues aux grands bâtisseurs de structures qui ne sont absolument pas militaires puisqu’elles contiennent le mot démilitarisé dans leur nom.
La langue est une merveilleuse invention.
Une armée peut avancer sous une bannière de paix. Une frontière peut devenir une zone de liberté. Une barrière peut être décrite comme une ouverture sur l’avenir. Il suffit d’avoir assez de papier et quelqu’un pour tamponner.
L’Empire Brun préfère généralement une autre méthode. Nous construisons un immense crâne au-dessus de la porte. Les visiteurs comprennent immédiatement l’ambiance. Cette franchise décorative nous a injustement donné mauvaise réputation.
Mais avant de quitter cette affaire il faut parler de la République de Kraland car les Kralandais ont entrepris de répondre à l’épidémie de rajeunissement avec toute la rigueur que l’on attend d’un gouvernement capable de transformer une pénurie en plan quinquennal avant le déjeuner.
L’effet Jovénia a bouleversé le Cybermonde. Des adultes se sont retrouvés rajeunis. Des responsables se sont mis à parler comme des enfants. Des jouets apparaissent dans les poches. Des décisions publiques ont soudain pris un caractère étonnamment cohérent avec les gens qui les prononçaient.
La République n’a pas paniqué.
Elle a planifié.
Jean-Luc Selriche a ordonné la production de cinquante vaccins destinés à combattre Jovénia tout en précisant que le vaccin contre Jovénia n’existait pas encore. C’est une pensée profondément kralandaise. La science trouvera la solution. En attendant les usines doivent produire quelque chose et les seringues ont toujours eut cet avantage de donner l’impression qu’un ministère travaille.
Puis la production a légèrement dépassé les besoins et
Jean-Luc a annoncé une promotion de quatre vaccins pour le prix d’un.
Je tiens à saluer cet instant historique où la santé publique a rencontré le déstockage.
Les chercheurs de la République a également développé la Pilule du Bonheur censée aider les malades à conserver leurs zygomatiques dans l’angle réglementaire demandé par le Parti. Les bonbons distribués dans les bars doivent servir de véhicule à cette grande bataille sanitaire. Certains gouvernements distribuent des recommandations médicales. Kraland distribue des friandises idéologiquement conformes.
Le plan de production ne s’arrête évidemment pas là . Il faut de l’alcool. Beaucoup. Il faut de la nourriture pour absorber l’alcool. Il faut des livres saints. Il faut des petits livres rouges. Il faut des livres de baratin pour améliorer la diplomatie. Il faut des soins pour traiter les conséquences de la politique extérieure. Il faut aussi des détonateurs des lance-flammes et des lance-roquettes dont la destination exacte mérite apparemment moins d’explications.
Jean-Luc rêve qu’un jour chaque Kamarade de sept à soixante-dix-sept ans possède son lance-roquette d’autodéfense.
J’allais écrire que cette ambition me semblait excessive.
Puis je me suis souvenue de nos propres légions démoniaques.
Je retire mon objection par solidarité professionnelle.
Il existe néanmoins une beauté dans ce plan. Kraland prépare simultanément les blessures les médicaments les armes qui pourraient provoquer les blessures et les ouvrages diplomatiques destinés à expliquer pourquoi personne ne souhaitait réellement les provoquer. La boucle est parfaite. Les ministères s’est enfin libérés de cette vieille tyrannie appelée causalité.
Cette campagne scientifique accompagne naturellement les tensions en Hélénie.
Al-ma' voit l’intervention kralandaise avec une méfiance croissante.
Kenza Creswick défend au contraire
Jean-Luc comme un homme venu aider les malades.
Cadenza observe que l’expansion territoriale figure tout de même dans les habitudes constitutionnelles de la République et l’ange possède ici cette qualité rare qui consiste à dire presque tranquillement ce que tout le monde essayait d’emballer dans du papier cadeau.
L’Hélénie reste rebelle et tient à le rappeler. Les discours contre la République s’accumulent.
Comète critique Kraland puis le Paradigme puis l’Empire Brun avec cette splendide équité qui consiste à distribuer son irritation comme du pain à une foule. Le navire Le Cruisader vient même s’installer en baie de Karénie et réclame des biscuits aux habitants.
C’est peut-être finalement cela la diplomatie.
Une flotte de guerre. Une baie étrangère. Des biscuits.
Je recommande aux Affaires Étrangères de prendre des notes.
Passons maintenant à la Mystisie où l’Empire Brun prouve encore une fois qu’il est possible d’avoir une politique cohérente dès lors que l’on accepte de définir la cohérence avec suffisamment de souplesse.
Silas des Sables veut transformer Abandon en capitale cybermondiale de la démonologie. Il faut reconnaître que le projet possède une logique territoriale impeccable. L’Antre de Naar existe déjà . Les démons sont déjà présents. Les pactes existent. Les pentacles existent. La résine de démon brun existe. Il ne manque donc plus qu’une bonne politique touristique et peut-être quelques panneaux indicateurs.
J’approuve.
Les autres provinces tentent désespérément de devenir des centres financiers ou culturels. La Mystisie regarde un endroit rempli de démons et déclare qu’il serait dommage de ne pas monétiser le passage.
Voilà une économie que je comprend.
Mnémésine d’Arcys a par ailleurs usurpé
Lyra du Hautbois à la mairie de Lampe du Génie en expliquant avec une politesse presque embarrassante que la tradition exigeait une trahison ascendante.
Lyra a donc perdu le siège de Bourgmestre puis reçu celui de Sergente.
Il existe des nations où l’évolution professionnelle suit des évaluations des diplômes et des entretiens. En Mystisie on vous usurpe parce que la tradition le demande puis on vous trouve une autre chaise.
Il paraît d’ailleurs que les chaises ont beaucoup d’importance religieuse ces temps-ci.
Je n’approfondirai pas.
Pas ce soir.
Dans la même province des fidèles de Naar prétendent avoir été guéris par miracle. Une cérémonie secrète a invoqué la divinité. Des fleurs fraîches se fanent. Une chaise repeinte laisse apparaître son ancienne couleur. Le culte médite sur le neuf qui n’est parfois que l’ancien recouvert d’une couche plus séduisante.
Plus loin dans le Khanat Elmérien la famille Ravenloft continue son œuvre avec une énergie qui ferait passer plusieurs administrations nationales pour des maisons de retraite.
Malcom Ravenloft quitte une fonction en prend une autre devient Commissaire puis Procureur et lance trois avis de recherche contre
Gaby le Bady pour vols répétés.
Alice Ravenloft entre en duel avec l’intéressé puis le livre elle-même en prison. Voilà une chaîne judiciaire remarquablement courte. Accusation. Duel. Livraison.
Je devrais préciser que
Alice trouve encore le temps de poursuivre Radio Chacha et de consacrer un chapitre entier Ã
Odessa Stone dont la principale caractéristique semble être d’incarner l’Elmérie avec suffisamment de force pour que même la grammaire préfère s’écarter de son chemin.
Rosalia de Pont-Krivell chante et encourage la production. Elle loue également
Malcom comme seule une mère peut le faire c’est-à -dire en annonçant son impartialité juste avant de prouver qu’elle n’en possède aucune.
Je ne peux pas vraiment la critiquer sur ce point.
Ce serait professionnellement incohérent.
Le Khanat a ceci de fascinant que ses citoyens parlent de force d’honneur de tribus de duels et de traditions avec une emphase capable de faire trembler les murs puis passent l’après-midi à produire des briques des pierres et des chansons de hard rock. Les grandes civilisations ne choisissent pas entre l’épopée et la carrière. Elles chantent pendant qu’elles cassent les cailloux.
Au Paradigme Vert la Forêt de Jade connaît elle aussi une période d’intense activité politique.
Aya Ravenloft succède Ã
Vixen avec zéro voix et a l’élégance de préciser elle-même qu’elle ne considère pas vraiment cela comme une élection. J’admire cette sincérité. Dans beaucoup de démocraties il faut plusieurs commissions pour arriver à une conclusion aussi simple.
La fée Tide mène sa Propagande Féerique Journalière. Les fleurs écoutent. Les fées surveillent. La Confédération est critiquée avec constance. La Poudre d’Escampette devient illégale puis légale avec une facilité qui montre que la législation écologique reste un organisme vivant et qu’il faut accepter qu’elle change de forme lorsqu’on détourne le regard.
K. Lome tente un discours de soutien puis participe aux critiques.
Seraphiel Ravenloft attaque politiquement la Confédération. Les manifestations se multiplient. Les couvre-chefs colorés deviennent eux-mêmes un enjeu idéologique.
En Bananie
Passe-Muraille poursuit une expérience économique d’une simplicité remarquable. Presque toutes les taxes disparaissent.
Gérard Menvussa reçoit les commandes fiscales précisément parce qu’il se plaignait des impôts. C’est une méthode de recrutement que je souhaite voir appliquée ailleurs. Chaque citoyen mécontent d’un service devrait immédiatement en recevoir la direction. En moins d’un mois nous n’aurions plus aucune plainte puisque tout le monde serait trop occupé à remplir des formulaires.
La Bananie se tourne également vers le nucléaire.
Passe-Muraille assure qu’il n’y a aucun risque.
Cette phrase a toujours très bien vieilli.
Je note tout de même que sa vision dépasse la simple suppression fiscale. Il veut moderniser les infrastructures attirer les investisseurs organiser des partenariats autour du bois sécuriser la province et développer des attractions. Le petit homme veut de grands projets et sur ce point je ne me permettrai aucune plaisanterie car nous avons déjà suffisamment donné à la Ruthvénie pour aujourd’hui.
La nuit pourrait s’arrêter ici.
Elle refuse.
À Léprosie un accident nucléaire provoque des mutations en Tête de Crapaud. À Fort Emouchet une enclume tombe sur
Précieuse Liarr. À CAPS LOCK des créatures poursuivent les habitants. À Structural un homme entre en prison puis en ressort exactement à la même heure après s’être livré aux autorités. Quelqu’un arrache des arbres. Des homards géants attaquent des scientifiques. Des tortues blindées affrontent des voyageurs. Un requin vole.
Et quelque part
Tormenta Ruthven reçoit enfin son Carré Magique des mains de
Chucky.
Je tenais à garder cela pour la fin.
Tormenta est revenu de cette aventure que l’Histoire retiendra sous le nom d’Empire Brun d’Orient et l’Empire a reconnu ses services comme il se doit. Il avait déjà obtenu l’assentiment de l’Empereur
Octave Sombrefer. Il devait recevoir l’Aigle Impérial. Le Panthéon lui était ouvert.
Chucky avait annoncé une troisième récompense en forme de carré et la promesse est maintenant tenue.
Un Carré Magique.
Pour avoir agi dans un empire extérieur au Nexus et pour avoir vu sa réputation traverser le Cybermonde.
C’est beau.
Pendant que les autres gouvernements inventent des monnaies radioactives interdisent des intelligences artificielles cachent leurs allégeances derrière des plantes et commandent des vaccins qui n’existent pas encore l’Empire Brun fait ce qu’il sait faire depuis toujours.
Il récompense les gens qui ont foutu un désordre suffisamment remarquable pour devenir historique. On nous reproche souvent notre morale. Je répondrai simplement que nous en avons une. Elle est seulement rangée dans un tiroir peu fréquenté.
Le Cybermonde termine donc cette journée exactement comme il l’avait commencé. Chacun assure vouloir la stabilité pendant qu’il déplace les frontières. Chacun réclame la paix en perfectionnant ses missiles. Chacun protège la liberté avec des règlements nouveaux. Chacun combat la maladie avec des produits dont il ignore encore l’efficacité. Chacun accuse son voisin d’être fou tout en construisant quelque chose qui aurait fait passer son voisin pour raisonnable la veille.
Et au milieu de tout cela l’Empire Brun récolte ses impôts entretient ses démons prépare ses vieilles intrigues et regarde les autres nations découvrir une à une des idées que nous pratiquons depuis des générations mais avec moins de chandeliers et beaucoup plus de paperasse.
Je ne prétend pas que cela prouve que nous avions raison depuis le début. Je constate seulement qu’il devient extraordinairement difficile de démontrer le contraire.
Toute personne citée ce soir peut venir se défendre sur Radio Nécrotoile. Les souverains pourront nier. Les ministres pourront expliquer. Les scientifiques pourront me garantir que leur hamster nucléaire ne représente aucun danger. Les Géofrontiens pourront préciser ce qu’ils entendent par indépendance temporairement définitive. Les Ruthvènes pourront enfin révéler où sont rangées les allégeances.
Jean-Luc Selriche pourra expliquer combien de vaccins il faut avaler avant de comprendre un plan de production. Même la personne ayant uriné dans le portail démoniaque peut témoigner sous couvert d’anonymat.
Je promets d’écouter tout le monde avec la neutralité absolue qui fait la réputation de cette station.
C’est-à -dire jusqu’au moment précis où vous aurez tort.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile.
___
Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 11/08 (01:51)

5 Aout 6662026
La vielle radio grésille, là ou normalement
elle ne fait que de la lumière pourpre,
cette fois certains diront avoir vu une dentition
verdâtre sourire a plein crocs lorsque l'histoire commence.
Spoiler
Il existait sous une vieille cathédrale un donjon secret. Enfin, secret était peut-être un terme généreux. Le donjon figurait dans plusieurs chroniques, sur un plan jauni conservé par des moines, dans un poème médiéval absolument épouvantable et, pour une raison que personne n’avait jugé utile de nous expliquer, sur une petite carte vendue dans une boutique à deux rues de la cathédrale. Mais il était sous terre. Il contenait des morts. Et personne de raisonnable ne voulait y entrer. Nous avons donc décidé que c’était suffisamment secret. Au plus profond de ce donjon devait se trouver le Siège Sacré. Une relique ancestrale. Un objet chargé de légendes. Un trône dont certains prétendaient qu’il avait appartenu à un démon, d’autres à un saint et d’autres encore à un démon qui aurait prétendu être un saint, ce qui nous semblait déjà beaucoup plus crédible. En résumé, une chaise. Mais une chaise extrêmement importante. Et nous voulions cette chaise. Lyra possédait la carte. Renato avait pris les provisions. Moi, j’avais apporté mon excellent jugement.
C’est sans doute pour cela que nous sommes arrivés devant la cathédrale avec une corde beaucoup trop courte, trois pommes, deux bougies, un morceau de fromage et absolument aucun outil permettant d’ouvrir une porte. Nous étions parfaitement préparés. La cathédrale était immense. Des démons de pierre nous observaient depuis les murs. Des gargouilles grimaçaient sur les colonnes. Les vitraux représentaient des martyrs, des dragons, des dévastation et au moins un évêque poursuivi par ce qui ressemblait
énormément à une chèvre en colère. Renato passa un temps considérable devant celui-là . Lyra lui demanda ce qu’il faisait. Il répondit qu’il essayait de comprendre le contexte théologique. Nous n’avons jamais obtenu de réponse. Nous avons cherché l’entrée du donjon pendant près d’une heure. Lyra inspectait les murs. Je cherchais les mécanismes secrets. Renato touchait absolument tout. C’est donc évidemment Renato qui trouva le passage. Il s’adossa simplement à un pilier. Un déclic retentit. Le pilier pivota. Une partie du sol s’ouvrit. Renato disparut. Lyra et moi avons regardé le trou. Puis nous nous sommes regardées. Puis nous avons entendu, très loin en dessous :
JE VAIS BIEN !
Bonne nouvelle. Nous sommes descendues le rejoindre. Après un nombre scandaleux de marches, nous sommes arrivés devant une porte de pierre. On pouvait y lire :
Zha’kthûr vel’narakh ssheq’thal morghûl vae’zhrenn krrha-ssûn eth’naqal !
Nous avons lu l’inscription. Puis nous avons regardé Renato. Puis Renato nous a regardées. Il a posé la main sur la porte. Elle s’est ouverte immédiatement. Nous avons décidé de ne pas discuter de ce résultat. Certaines magies anciennes méritent de conserver une part de mystère. La première salle contenait une centaine de chevaliers de pierre. Ils tenaient tous une épée. Au sol était gravé :
CELUI QUI MARCHE SANS CRAINTE NE CRAINDRA POINT LA MORT.
Renato a avancé d’un pas. Toutes les statues ont tourné la tête. Il a reculé. Elles ont repris
leur position. Nous avions donc identifié le piège. Restait à identifier la solution. J’ai regardé Renato. Puis la salle. Puis Renato. Et j’ai trouvé. Je l’ai poussé. Il n’a effectivement pas eu le temps d’avoir peur. Il a traversé la salle en hurlant pendant que les statues frappaient autour de lui. Il a esquivé une lame par accident. Trébuché sous une autre. Rebondi contre un bouclier. Pris appui sur une lance. Puis il a été littéralement projeté dans la salle suivante. Un silence. Puis :
JE SUIS VIVANT !
La méthode avait donc fonctionné. Lyra prétend encore aujourd’hui que ce n’était pas une véritable stratégie. C’est faux. Une stratégie qui fonctionne est une stratégie. La deuxième salle abritait un orgue gigantesque. Noir. Couvert de crânes. Avec suffisamment de sculptures démoniaques pour qu’un observateur raisonnable puisse deviner qu’il ne fallait probablement pas y toucher. Lyra nous a immédiatement interdit d’y toucher. Je me suis assise devant. Il est important, dans une équipe, que chacun apporte ses compétences. Lyra apporte la prudence. Renato apporte sa capacité extraordinaire à survivre aux catastrophes. Et moi, j’apporte les catastrophes. J’ai pressé une touche. Le donjon a gémi. J’en ai pressé une deuxième. Quelque chose a hurlé sous nos pieds. Renato m’a demandé si je savais jouer. Je lui ai demandé s’il souhaitait réellement connaître la réponse. Il s’est éloigné. J’ai commencé à jouer. Le mot jouer doit ici être interprété généreusement. Le son ressemblait à un buffet que l’on aurait jeté dans un escalier
avec plusieurs chats enfermés dedans. Les tuyaux de l’orgue se sont illuminés.
Un chœur invisible a commencé à chanter. Puis une trappe s’est ouverte sous Lyra. Elle a disparu. Renato a ri. Une deuxième trappe s’est ouverte sous Renato. Il a disparu. J’ai ri. Puis mon siège a basculé. J’ai disparu aussi. La justice divine existe. Elle est simplement très mesquine. Nous avons atterri dans
une crypte. Lyra était debout. Je me suis retrouvée assise sur un squelette. Renato, lui, avait les jambes coincées dans un sarcophage. Le squelette sur lequel j’étais tombée s’est relevé. Il m’a giflée. J’ai trouvé cela incroyablement grossier. Puis tous les autres morts se sont réveillés. Des dizaines. Des centaines. Des ossements se sont redressés dans les niches. Des crânes nous ont observés. Lyra a levé son arme. Renato essayait encore de sortir son derrière du cercueil. Moi, j’ai choisi une autre méthode. J’ai levé la main. Inspection. Les morts se sont immobilisés. Un squelette portant une mitre s’est avancé. Probablement un évêque. Même après la mort, certaines personnes semblent incapables d’abandonner leurs responsabilités administratives.
Nous lui avons expliqué que nous procédions à une inspection du patrimoine sacré. Il nous a demandé nos autorisations. J’ai demandé à voir les siennes. Il s’est immédiatement inquiété. À partir de là , tout est devenu très simple. Escalier non conforme. Pièges non signalés. Orgue dangereux. Statues armées. Sarcophage sans dispositif anti-coincement. Renato a beaucoup insisté sur ce dernier point. Le squelette évêque a commencé à paniquer. Il nous a demandé comment régulariser la situation. Nous lui avons expliqué qu’une inspection immédiate du Siège Sacré était indispensable. Et c’est ainsi que nous avons obtenu une escorte de morts-vivants. La diplomatie est un art merveilleux. Nous avons ensuite traversé plusieurs endroits dont l’existence demeure difficile à justifier. Une bibliothèque où les livres chuchotaient des insultes. Une chapelle où les bougies s’éteignaient dès que Renato parlait. Un couloir rempli de poulets fantômes. Personne n’a jamais voulu nous expliquer les poulets. Même l’évêque squelette refusait d’en parler. Nous n’avons pas insisté. Il y a des traumatismes qu’il vaut mieux respecter.
Puis nous sommes enfin arrivés devant deux énormes portes noires. Derrière se trouvait le Siège Sacré. Les chaînes ont été retirées. Les portes se sont ouvertes. Et nous l’avons vu. Une vieille chaise de bois. Massive. Haute. Noircie par le temps. Craquelée. Couverte de symboles pyrogravés, runes, cercles, cornes, signes occultes et inscriptions dont nous ne comprenions absolument pas le sens. Treize flammes bleues brûlaient autour d’elle. Même moi, j’ai dû reconnaître qu’elle avait une certaine allure. Lyra a commencé à vérifier le sol. Renato a observé les murs. Moi, je me suis assise. Évidemment. Le sol a tremblé. Les flammes sont devenues rouges. Les symboles ont commencé à briller. Une voix immense a résonné :
QUI OSE PRENDRE PLACE SUR LE TRÔNE DU DAMNÉ ?
J’ai répondu : Kleo. Silence. La voix semblait légèrement déçue par la simplicité de ma réponse. Elle m’a demandé si j’avais peur. J’ai répondu non. Elle m’a annoncé qu’elle était ancienne. Je lui ai expliqué que c’était généralement le cas des reliques. Elle m’a annoncé qu’elle était démoniaque. J’ai expliqué que les symboles cornus nous avaient déjà mis sur la piste. Elle a affirmé pouvoir dévorer les âmes. Ça, en revanche, était une information utile. Renato a alors posé la seule question véritablement importante :On peut prendre la chaise ? Le démon a hurlé : NON ! Nous avons négocié. Il était enfermé dans le siège depuis près de trois millénaires. Il était ancien. Puissant. Redoutable. Et il s’ennuyait à mourir. Nous lui avons proposé de sortir. Il a demandé ce qu’il y avait dehors. Nous avons expliqué,des guerres absurdes, des tavernes, des politiciens, des scandales, des gens regrettables, des gens intéressants et probablement suffisamment de chaos pour l’occuper pendant quelques siècles. Il a accepté. À condition de rester attaché au siège.
Nous avons accepté. À condition qu’il ne dévore personne sans permission. Il a accepté beaucoup moins vite. Mais il a accepté. Nous avions donc notre chaise. Restait à la sortir. C’est ici que les véritables problèmes ont commencé. Le Siège Sacré était beaucoup plus lourd qu’il n’en avait l’air. Renato poussait. Lyra tirait. Moi, je supervisais. Je considère encore aujourd’hui que la répartition était équitable. Puis, au milieu de l’escalier, un mécanisme s’est déclenché. Toutes les marches se sont aplaties. L’escalier est devenu une gigantesque pente. Le siège est parti. Avec moi dessus. Nous avons traversé le donjon à une vitesse parfaitement inconvenante pour une relique sacrée. Les statues ont essayé de nous décapiter. Elles ont raté. Deux d’entre elles se sont frappées entre elles. L’orgue a recommencé à jouer tout seul. Les squelettes applaudissaient. Les poulets fantômes se sont mis à courir derrière Renato. Puis nous avons atteint le passage secret. Le siège a traversé l’ouverture. Et nous avons déboulé dans la cathédrale. C’est à ce moment-là que Renato s’est retrouvé coincé dans le bénitier. Pas tombé dedans. Coincé. Complètement. Le Siège Sacré a percuté le pied d’un énorme bénitier de pierre. Le bassin a basculé. Renato, qui courait juste derrière nous, a essayé de l’éviter. Il a glissé. Il est passé la tête la première dedans. Puis le bénitier s’est remis en place. Nous nous sommes arrêtées. Enfin, Lyra s’est arrêtée. Moi, je continuais encore sur la chaise. Mais j’ai eu le temps de voir Renato. Ses jambes dépassaient du bénitier. Tout le reste était dedans. Elles remuaient. Beaucoup. Lyra s’est précipitée. Elle a tiré sur une jambe. Rien. Elle a tiré sur l’autre. Rien.
Une voix étouffée est sortie du bassin
JE SUIS COINCÉ !
Nous avions remarqué. Il faut savoir que ce bénitier devait probablement peser plusieurs centaines de kilos. Et son ouverture avait juste la mauvaise dimension, suffisamment large pour laisser entrer Renato, suffisamment étroite pour refuser de le rendre. Lyra a essayé de le tirer par les bottes. Un prêtre a essayé de tirer Lyra. Deux squelettes ont essayé d’aider le prêtre. Le prêtre a vu les squelettes. Il a lâché Lyra. Il s'est mis à hurler. Lyra est tombée. Renato est resté dans le bénitier. Moi, pendant ce temps-là , je poursuivais ma route à travers la nef sur une chaise démoniaque incontrôlable. Je tiens à préciser que j’ai crié à Renato que nous reviendrions le chercher. Il affirme encore que j’ai crié :
ON TE RÉCUPÈRE PLUS TARD !
Ce qui n’est pas exactement la même chose. Mais l’intention était bonne. Le siège a traversé les portes de la cathédrale. Descendu les marches. Traversé la place. Renversé un étal de légumes. Percuté deux tonneaux. Pris inexplicablement un virage. Puis terminé sa course dans une charrette remplie de volailles. Silence. Une poule est sortie de sous le siège. Elle m’a regardée. Je l’ai regardée. Le démon a murmuré, Je n’aime pas cette créature. Je comprenais parfaitement. Les poules possèdent une absence d’âme très difficile à prouver scientifiquement mais absolument évidente quand on les regarde suffisamment longtemps. Lyra est arrivée quelques minutes plus tard. Elle tenait un morceau de statue cassée. Elle était couverte de poussière. Elle avait l’air mécontente.
J’ai demandé, Renato ? Elle m’a simplement regardée. Ah. Renato. Nous étions parties sans Renato. Nous avons dû retourner dans la cathédrale. La situation ne s’était pas améliorée. Les morts-vivants visitaient la nef. L’orgue jouait toujours seul. Plusieurs prêtres priaient. Un autre s’était enfermé dans un confessionnal. Et Renato était toujours dans le bénitier. Ses jambes dépassaient encore. Un petit attroupement s’était formé autour de lui. Quelqu’un avait déposé une serviette sur ses bottes. Nous ignorons pourquoi. Nous avons essayé de le sortir. Lyra tirait. Je poussais le bénitier. Deux squelettes tenaient Renato. Un moine donnait des conseils inutiles. Puis le démon du Siège Sacré a proposé son aide. Nous avons accepté. C'était notre erreur. La chaise a murmuré quelque chose dans une langue ancienne. Le bénitier s’est fissuré. Puis il a explosé. Une énorme vague d’eau bénite a traversé la nef. Renato a été projeté contre un pilier. Trois squelettes se sont mis à fumer. Le démon a crié. L’orgue s’est arrêté. Un prêtre s’est évanoui. Et Renato a finalement glissé jusqu’à nos pieds, trempé de la tête aux pieds, avec un morceau de pierre encore coincé
autour de la taille. Il nous a regardées. Puis il a regardé le Siège Sacré. Puis moi. Nous sommes finalement sortis tous les trois. Renato avançait avec difficulté parce qu’il portait encore autour des hanches une partie du bénitier. Lyra avait abandonné l’idée de poser des questions. Le Siège Sacré était intact.
Les cloches sonnaient. Les squelettes sortaient de la cathédrale. Plusieurs poulets fantômes les suivaient. Et quelque part derrière nous, quelqu’un criait que nous étions excommuniés. Nous nous sommes arrêtés au milieu de la place. Nous avons contemplé notre œuvre. Une cathédrale légèrement endommagée. Un donjon ouvert. Une procession de morts. Un démon libéré. Un bénitier détruit. Renato dégoulinant d’eau maudite. Lyra au bord d’une crise de nerfs. Et notre magnifique vieille chaise démoniaque. Nous étions partis chercher le Siège Sacré. Nous avions trouvé le Siège Sacré. Tout le reste était donc, techniquement, secondaire. Mission accomplie. Là , Renato reste vraiment coincé dans le bénitier pendant toute la fuite et nous sommes même obligés de revenir le chercher. Ce qui est, je trouve, infiniment plus digne de cette expédition.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 11/08 (01:51)

5 Aout 6662026
SpoilerBonsoir à vous qui avez encore la sagesse de régler vos appareils sur Radio Nécrotoile au lieu d’écouter les trompettes officielles des nations qui découvrent chaque matin qu’un drapeau ne suffit pas à faire un gouvernement.
Il y a des journées où les nations font de la politique. Il y en a d’autres où elles produisent une démonstration si complète de leurs propres travers qu’il devient presque indécent de commenter. Aujourd’hui appartient à la seconde catégorie. L’Hélénie a décidé d’expliquer l’indépendance à coups de prises d’otages symboliques et de bagarres. La Confédération Libre a découvert que la paix se défend très efficacement à l’aide de bombes. Le Khanat Elmérien a remplacé des chefs avec la délicatesse d’une tribu qui choisit son mobilier en duel. La Ruthvénie a poursuivi son expérience scientifique visant à déterminer combien de souverains peuvent tenir sur un même trône avant que le meuble ne demande l’asile politique. Pendant ce temps l’Empire Brun a administré des villes frappées par la paranoïa avec un calme que certains qualifieront d’inquiétant et que nous nommerons simplement compétence. Je précise ce point pour les esprits tatillons. Quand les autres royaumes s’est couvert de fumée nous avons au moins eu la décence de choisir une fumée assortie aux rideaux.
Commençons par l’Hélénie car une province rebelle mérite toujours qu’on lui accorde quelques minutes avant qu’elle ne change encore de définition.
Al-ma’ a perdu son gouvernement après avoir transformé la politique provinciale en discipline de contact.
Henri St Misles venait parler de démocratie et d’indépendance avec cette gravité très particulière des hommes qui dénoncent une ingérence tout en expliquant dans la phrase suivante qu’ils auront peut-être besoin de quelqu’un avec une remorque. C’est une philosophie cohérente si l’on accepte que la souveraineté consiste à décider librement qui portera vos meubles.
Al-ma’ a répondu avec ses mains. La magistrature du destin s’est chargée du reste et la fonction de gouverneur s’est détachée de lui avec la facilité d’un bouton mal cousu. Puis
Scarleit a repris la province et a annoncé qu’elle la garderait tant que la stabilité ne serait pas revenue. Rien ne résume mieux l’Hélénie actuelle qu’une gouverneure déclarant qu’elle retient une province en otage afin d’y restaurer la paix. Les preuves de maturité politique est parfois difficiles à distinguer d’une menace prononcée avec un joli chapeau.
Je voudrais attirer votre attention sur un détail.
Scarleit n’a pas seulement repris les rênes. Elle a suspendu un Grand Banquet jusqu’à nouvel ordre. Voilà enfin une sanction que je respecte. Un peuple supporte les impôts. Il supporte la police. Il supporte même des discours sur la démocratie participative. Mais privez-le de banquet et soudain la Constitution redevient un document urgent. Autour d’elle
Erbine a été nommée bourgmestre après avoir conclu que la préfecture était trop difficile.
Kath Khanova a soutenu la nouvelle autorité.
Sultan Omar Al Khaïd a agressé
Scarleit.
Comète a trouvé le temps de critiquer la République puis l’Empire Brun avant d’entraîner une auberge entière dans une valse. Les Hélènes ont donc une méthode de gouvernement désormais parfaitement lisible. On frappe d’abord. On manifeste ensuite. On danse après. Puis on se demande avec indignation pourquoi personne ne comprend leur projet national. Les soldats avait probablement reçu des consignes mais je doute qu’elles aient survécu jusqu’au dessert.
Voilà qui nous conduit naturellement à Milieu où la Confédération Libre travaille avec une ardeur admirable à redéfinir le mot paix jusqu’à ce qu’il puisse contenir une zone démilitarisée, des casques bleus, des péages, des contrôles et une série d’attentats.
Patrick-Lamulle DePouch a loué la discipline militaire de
Booker et la logistique de
Bob le Gentil Bob en expliquant que les barrières de la future Zone Démilitarisée auraient besoin d’hommes capables de tenir fermement leur poste.
Jean-Ronaldoe de la Patrie a été présenté comme une jeune promesse déjà chargée de visas et de passages à contrôler. Toute l’entreprise repose sur une idée simple. Pour garantir que personne ne fasse la guerre il suffit d’installer assez de militaires pour que chacun se rappelle constamment pourquoi il ne doit surtout pas la faire. C’est le genre de raisonnement que la Confédération nomme équilibre et qu’un aubergiste appellerait mettre deux ivrognes armés devant la cave en espérant qu’ils protègent les bouteilles.
Puis les affaires devient plus pédagogiques. Au Kin Kaï Ry les explosions ont commencé. La Kalash Barbecue Révolution a frappé plusieurs bâtiments. Des pièces se sont écroulées. Des victimes ont été comptées.
Joe le très très terrible et
Toudou ont fini en prison après l’intervention de
Jean-Messie de la Nation.
Big R a perdu son poste de capitaine à la suite d’un attentat. Voilà ce que j’admire dans la démocratie caricaturale lorsqu’elle est poussée jusqu’à son expression la plus pure. Le matin on loue la paix institutionnelle. L’après-midi les vitrines explosent. Le soir on rédige probablement un rapport expliquant que les institutions ont parfaitement fonctionné puisque les décombres ont été produits selon une procédure contradictoire.
Restons un instant à Structural car la ville possède également une forêt au beau milieu de sa gare.
Jean-Ronaldoe de la Patrie a prévenu les voyageurs que les arbres avaient éventré la voirie et que prendre le train constituait désormais un exercice proche de l’alpinisme civique. Il a suggéré les kayaks. Quelques heures plus tard
Précieuse Liarr a tenté d’arracher un arbre et a perdu sa fonction de juge du Tribunal Cybermondial. Puis le même bourgmestre lui a versé une prime pour son zèle au travail tout en regrettant que la justice indépendante lui tombe dessus. Il existe des tragédies grecques moins bien structurées. Les rues était envahies par les arbres. Une magistrate les arrache. La justice la punit. Le pouvoir municipal la félicite. Et tout le monde rentre chez soi convaincu d’avoir défendu l’État de droit. Toute personne souhaitant corriger cette version des faits peut venir le faire en direct. Je recommande seulement d’éviter la gare.
La Ruthvénie n’est pas restée inactive car laisser les autres monopoliser l’incohérence politique serait contraire à sa tradition.
Sir McRabbit a quitté le duché du Valégro après avoir annoncé une passation de pouvoir et
Emile Liarr a repris sa place. Il présente désormais le Valégro comme un territoire moldave où Ruthvènes et Kralandais doivent vivre sur un pied d’égalité. C’est une formule élégante. Elle signifie généralement que chacun a accepté de ne pas tirer pendant assez longtemps pour que les commerçants rouvrent.
Précieuse Liarr a salué le retour du duc.
Dame Démerzel a soutenu le gouvernement tout en critiquant le roi.
Sysson a lui aussi frappé le souverain de ses discours tout en louant d’autres figures locales. Les Ruthvènes pense qu’un royaume stable se reconnaît au fait que chacun peut défendre la Couronne tout en contestant vigoureusement la tête qui se trouve dessous.
Le Valégro mérite pourtant mieux qu’un sourire.
Sir McRabbit a expliqué que le rapprochement entre Kralandais et Ruthvènes avançait. Des routes ont été reconstruites.
Koshka a reçu un comté.
Kenza Creswick a été remerciée pour son travail contre les criminels et plus tard elle a raconté avoir échappé à un groupe venu la déloger brutalement d’une banque à Bisouville après de nombreuses tortures. Dans ce monde la paix n’arrive jamais dans une robe blanche. Elle entre avec des bandages et demande où se trouve la chaise la moins cassée. Ce qui compte est que le Valégro tente au moins de produire quelque chose qui ressemble à une coexistence. Je pourrais prétendre que l’Empire Brun avait prévu ce rapprochement depuis le début. Je vais donc le faire. Nos méthodes d’anticipation sont simplement trop avancées pour être expliquées sans provoquer une crise diplomatique.
Quant au roi
Golgoth Ruthven le Vagabond il règne comme on tient une chandelle dans un corridor plein de rideaux. Avec style et en sachant très bien qu’un courant d’air suffit.
KaNaar lui a prêté allégeance avec l’enthousiasme d’un canard ayant trouvé le bon bouton. D’autres l’ont loué. D’autres encore l’ont attaqué politiquement. Une rumeur a même entrepris de mesurer sa petitesse jusqu’à découvrir que les mathématiques elles-mêmes refusaient d’aller plus bas. La monarchie ruthvène possède ainsi sa cohérence. Le roi est sacré tant qu’il reste disponible pour être insulté. Les ministres sait que l’unité du royaume se nourrit d’un débat permanent sur la question de savoir qui devrait exactement porter la couronne aujourd’hui.
Au Khanat Elmérien le pouvoir a choisi une voie plus physique.
Cassandre Lemage Ruthven a battu
Odessa Stone et pris la tête d’une tribu. Puis
Odessa Stone a battu
Cassandre Lemage Ruthven et repris la place. Entre les deux il y eut d’autres duels et quelques vêtements rendus soudainement moins majestueux en public. Je ne critique pas. Une constitution qui tient sur la longueur d’une lame possède au moins le mérite d’être rapidement consultable.
Tifa LockHeart a également battu
Light Deathnote et pris sa place de chef de tribu. La démocratie tribale elmérienne est donc un système où le bulletin de vote peut avoir une garde et un tranchant.
La Bananie a ajouté sa propre couche de subtilité.
Passe-Muraille devenu intendant par intérim a rétabli des taxes sur les salaires et harmonisé une grande partie des taxes commerciales autour de cinq pour cent en annonçant le retour à une situation normale. C’est toujours fascinant d’entendre un homme prononcer le mot normal pendant que son environnement politique ressemble à une tente emportée par une tempête.
Gérard Menvussa a agressé
Pigeon Ronron et perdu son poste d’intendant. Il a ensuite connu la prison puis retrouvé la liberté. Les crises ressemble parfois à ces cartes que les tribus mélangent sans fin jusqu’à oublier quel jeu elles avaient commencé. Le Khanat parle de cohésion et lance en parallèle une recherche scientifique consacrée à une idéologie permettant un meilleur contrôle de la population.
Tai’Chy a présenté la chose comme une manière de renforcer l’unité sans écraser les particularités. Voilà une phrase magnifique. Elle ressemble à quelqu’un promettant de vous enfermer dans une boîte parfaitement adaptée à votre personnalité.
Le même
Tai’Chy a d’ailleurs partagé avec la Confédération des connaissances sur les armes à feu tandis que la Confédération lui rendait des informations sur l’éducation de masse. Je suis rassurée de voir que les deux nations ont trouvé un terrain d’entente. L’une apprend à mieux tirer. L’autre explique comment éduquer les masses. Le progrès humain avance donc avec une main sur le livre et l’autre sur la gâchette. Les citoyens veut parfois savoir pourquoi les empires anciens regardent cela avec condescendance. Parce que nous avons déjà fait ces erreurs il y a des siècles et que nos vieux donjons ont au moins l’élégance de ne pas appeler cela innovation.
Le Paradigme Vert a pour sa part continué d’administrer la nature avec la douceur d’un jardinier tenant un lance-flammes derrière le dos. À la Forêt de Jade
La Fée Du bien et
Saphir Ravenmaid ont critiqué la Confédération Libre tandis que d’autres discours soutenaient leurs proches ou leurs autorités locales. En Sibéria
Jay Padbol a nommé
Saphir Ravenmaid bourgmestre de Garinaville puis l’a invitée avec une délicatesse toute verte à reprendre des performances publiques dont la ville semblait friande.
Karlin a quitté la mairie pour devenir ministre de l’Information du Paradigme. Son premier grand discours a promis de reverdir le Cybermonde après avoir failli employer un verbe beaucoup plus nucléaire. Les palais parait parfois moins inquiétants quand leurs occupants disent tout haut le mot qu’ils étaient censés garder dans leur tête.
Je ne pousserai pas davantage la critique. Le Paradigme a ses arbres. Ses kanards. Sa glace. Ses ambitions atomiques et ce besoin très particulier de transformer chaque paysage en argument moral. Qu’il en profite. L’Empire Brun ne prétend pas que ses marais toxiques sont un cours d’éthique. Nous avons cette modestie.
À Géofront un portail démoniaque est apparu à Sanctuaire. Je marque ici une pause car certains auditeurs seront tentés d’imaginer une catastrophe. C’est manquer de perspective. Un portail démoniaque n’est jamais qu’une porte dont la clientèle cible exige davantage de soufre. Le Géofront a déjà fait de la science une identité et de l’indépendance une adolescence diplomatique. Il était presque inévitable qu’un passage vers des dimensions moins administratives finisse par apparaître.
Nyx Flammèche a tenté de manifester pour l’indépendance et la foule l’a huée avant que des émeutiers ne s’en prennent à elle. Une cause peut être juste et sa manifestation catastrophique. Les vérités coûte souvent plus cher quand elles sont criées devant des gens déjà fatigués.
Puis il y a eu l’Empire Brun.
Je sens déjà les mauvaises langues sourire. Elles imaginent que je vais proclamer notre perfection. Ce serait grossier. La perfection n’a pas besoin d’être proclamée quand elle perçoit ses impôts à heure fixe. L’Empire a récolté ses recettes. Il a payé ses soldats. Il a financé une politique sociale considérable. Le ministère de l’Information a reçu exactement rien. Et pourtant vous m’entendez. Voilà ce que les économistes étrangers refusent d’étudier. La productivité brune naît de l’absence de moyens. Donnez-nous un crâne décoratif et une chandelle et nous bâtirons une administration. Donnez à la République un budget équivalent et elle créera trois commissions pour décider de la forme du tampon.
À Mystisie une épidémie de paranoïa a frappé Lampe du Génie. Peu après une ambiance hostile s’est installée dans l’hôtel Chez Monique où se trouvaient notamment
Don Amortel,
Valerio Tenebri,
Octave Sombrefer,
Monique Lemage,
Amadis LvAB,
Mnémésine d’Arcys,
Renato M.,
Lyra du Hautbois et votre servante.
Silas des Sables a immédiatement rappelé que l’armée protégeait la ville et conseillé de verrouiller les portes de ne pas nourrir les morts-vivants et de signaler tout sourire aux dents pointues apparaissant dans une ombre. Certains appelleront cela alarmiste. Je préfère le terme prévention adaptée au contexte. Les empires tombe rarement parce qu’ils ont trop vérifié les ombres.
Au milieu de cette nervosité
Monique Lemage a ouvert une école de métamagie dans son complexe alchimique. Voilà une réponse impériale que je respecte profondément. Quand la ville devient paranoïaque on ne ferme pas l’école de magie. On en ouvre une meilleure. C’est ainsi que se construit une civilisation. Les autres pays inventent des zones démilitarisées. Nous enseignons à modifier la structure même des sortilèges. Chacun ses priorités.
Sicilia de son côté a rappelé qu’elle sait très bien reconnaître les siens. Un assassin s’est trompé et a pris
Benkaa Dei Machiavelli pour un étranger avant de lui trancher la gorge. La Famiglia Dei Machiavelli n’a pas avalé l’explication.
Elliote Belt Dei Machiavelli a démonté publiquement l’idée qu’un professionnel puisse confondre ainsi quelqu’un de connu avec une cible anonyme. Son raisonnement était simple. Un assassin sérieux observe. Il vérifie. Il sait qui il frappe. L’argument est sinistre mais il possède au moins une ossature. Dans un Cybermonde où certains gouvernements changent de chef comme d’autres changent de chemise il est presque réconfortant de voir une famille criminelle exiger des standards professionnels.
Et tandis que Sicilia défendait son honneur professionnel la République de Kraland perdait
Michel DruKra. La Jovenia l’a finalement rattrapé. Il a senti son corps changer puis il s’est tourné vers la Meuse dans les dernières secondes qui lui restaient. Quand on a retrouvé son bureau il ne restait que son costume et son alliance parmi la poussière. Je pourrais ironiser. Je ne le ferai pas. Même les chroniqueuses impériales savent qu’il existe des morts qui demandent autre chose qu’un trait de plume.
Michel DruKra croyait au Bonheur à sa manière. Il laisse derrière lui une République qui devra maintenant décider si elle veut poursuivre cette idée ou simplement l’imprimer sur davantage d’affiches.
Évidemment la succession n’a pas attendu que la poussière retombe.
K’ Velzard s’est présentée pour revenir faire le ménage dans le bureau de
Michel DruKra parce qu’il y avait mis des cendres partout.
Logan Komikov s’est également porté candidat en promettant de continuer la politique du Bonheur au nom du défunt. Le soviétisme kralandais retrouve ainsi son geste le plus naturel. Devant un vide humain il produit immédiatement deux candidatures et un slogan. Je ne dis pas cela sans affection. Il faut bien que quelqu’un remplisse les formulaires.
Dans les laboratoires
Sophos poursuit les recherches. Le guidage laser a été découvert et les missiles kralandais risquent désormais beaucoup moins de s’égarer. Voilà une excellente nouvelle pour tous ceux qui souhaitent être frappés avec davantage de précision. Plus tard
Sophos a lancé des travaux sur des techniques de combat pour apprendre aux soldats à utiliser correctement leurs bazookras après avoir constaté que certains tenaient le canon du mauvais côté. La République prouve une fois encore qu’elle possède une foi sublime dans la science. Elle invente d’abord l’arme. Elle cherche ensuite comment empêcher ses propres soldats de se supprimer eux-mêmes avec. C’est une méthode. Pas la nôtre mais une méthode.
Le Khanat veut contrôler sa population sans être oppressif. La Confédération militarise la paix. La Ruthvénie conteste son roi pour sauver la monarchie. L’Hélénie retient sa propre province afin de lui rendre sa liberté. Le Paradigme promet de reverdir ce qu’il envisage parfois de nucléariser. La République soigne le Bonheur avec des missiles mieux guidés. Et l’Empire Brun continue d’exister au milieu de tout cela avec des chandelles des démons des écoles de magie et un budget d’information nul. Si vous ne voyez pas encore quelle nation a compris le monde je crains que la médecine ne puisse plus rien pour vous.
Je laisse néanmoins les lignes ouvertes.
Scarleit peut venir expliquer comment on libère une province en la gardant.
Patrick-Lamulle DePouch peut préciser combien de soldats sont nécessaires pour rendre une zone parfaitement démilitarisée.
Passe-Muraille peut nous dire à partir de quel pourcentage une taxe devient normale par essence.
Golgoth Ruthven le Vagabond peut déposer une protestation royale ou une nouvelle couronne selon ce qui lui reste en stock.
Karlin peut assurer qu’il n’a jamais voulu nucléariser quoi que ce soit.
Sophos peut venir défendre l’usage du bazookra à l’endroit. Même
Elliote Belt Dei Machiavelli peut nous expliquer les normes minimales d’un assassinat professionnel. Les témoins anonymes et les lâches non anonymes sont acceptés. Les personnes souhaitant me contredire seront reçues avec la dignité due à toute erreur suffisamment courageuse pour se présenter elle-même.
Dehors les gouvernements changent. Les provinces se battent. Les rois négocient leur propre légitimité et les républiques votent pendant que les murs fument encore. Ici les archives se referment avec le bruit sec d’un piège bien conçu. Gardez vos couronnes attachées. Vérifiez vos portails. Comptez vos ministres avant de dormir. Et souvenez-vous d’une chose que l’Histoire finit toujours par confirmer même lorsqu’elle proteste d’abord très fort. L’Empire Brun n’a pas besoin d’avoir raison immédiatement. Il lui suffit d’attendre que les autres terminent de se tromper.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
Scarleitposté 07/08 (21:22)Radio Nécrotoile a écrit :
Scarleit peut venir expliquer comment on libère une province en la gardant.
Avec plaisir je réponds à l'appel.
Cela être très simple, lorsque Gouverneur.e pas à la hauteur, le Khimmando (que je représente) intervient pour faire le ménage. Vous pouvez voir ça comme dire "Pouce" ou "Temps mort" si ça aide à comprendre.
Pendant ce temps, je m'assois dans le bureau du Palais et j'attends qu'on me fasse une proposition motivée et convaincante. Le matin je prends le jus de fruit avec les habitants, dans la journée on s'entraîne à la danse pour le Grand Banquet (qui n'aura peut être pas lieu).
Je pense proximité, écoute, compassion être clé mais je ne suis là que pour temporaire. Je peux sauver qui veut être sauvé, mais je ne peux pas sauver qui ne veut pas être sauvé. Clair non ?
Merci pour l'écoute et surtout merci avoir parlé de moi dans émission, chaud au coeurque je n'ai plus.
Si besoin conseil, n'hésitez pas. -
posté 10/08 (00:17)Scarleit a écrit :
Un grésillement épouvantable déchira les ondes de Radio Nécrotoile. Puis un craquement. Un souffle sourd. Quelque chose qui ressemblait vaguement à une radio que l’on aurait plongée dans un marécage démoniaque avant de la réparer avec du fil de cuivre et de très mauvaises intentions. Enfin la voix de Kleo apparut.
Bonsoir à tous.Un nouveau grésillement avala presque la moitié de la phrase suivante.
Comme vous pouvez l’entendre, je suis parfaitement reposée après quelques jours de vacances particulièrement agréables dans un endroit calme, lumineux et doté d’un excellent service.Un craquement lugubre traversa immédiatement la fréquence.
La qualité de la transmission ne constitue absolument pas une preuve du contraire. Avant de commencer les informations, je dois cependant répondre à Scarleit, qui a eu l’amabilité de répondre à une question laissée ouverte lors d’une précédente émission. Je lui demandais comment on pouvait libérer une province tout en la gardant. Nous avons désormais la réponse officielle.Un rire de psychopathe retentit derrière avant qu'on entende un démon
se plaindre de s'être pris un coup de pied dans la tronche, peut-être, sans doute.
Il suffit apparemment d’arriver, de déclarer que le gouverneur précédent n’était pas à la hauteur, de prononcer le mot temps mort avec suffisamment d’assurance puis de s’installer dans son bureau en attendant que quelqu’un propose mieux. Je retire donc une partie de mes réserves. Pas toutes. Parce que je dois reconnaître que la méthode possède une certaine élégance. Ce n’est pas une conquête. Ce n’est pas une occupation. Ce n’est même pas officiellement une prise de pouvoir. C’est une sorte de gardiennage politique. On récupère les clés, on arrose les plantes, on boit le jus de fruit avec les habitants puis on attend que quelqu’un de suffisamment motivé vienne reprendre la province.Le grésillement revint.
Le Khimmando ressemble donc moins à une armée révolutionnaire qu’à une tante extrêmement autoritaire chargée de surveiller la maison pendant que les parents traversent une crise existentielle. Ce qui dans le Cybermonde est probablement une doctrine politique plus solide que beaucoup d’autres. Je retiens surtout une phrase de Scarleit. On peut sauver celui qui veut être sauvé mais on ne peut pas sauver celui qui ne le veut pas. Là -dessus nous sommes d’accord. C’est même une règle que beaucoup de gouvernements gagneraient à apprendre avant d’envoyer une armée expliquer aux habitants à quel point ils vont être heureux.Un bruit atroce parcourut soudainement la transmission.
La voix de Kleo disparut quelques secondes puis revint beaucoup plus faible.
…et puisque vous proposez vos conseils, Scarleit, j’en prends bonne note.Un autre craquement.
Si vous connaissez notamment une méthode efficace pour sortir d’un endroit où il n’y a absolument rien à voir, je pourrais éventuellement avoir une amie qui serait intéressée.Silence.
Une amie.Le ton devint immédiatement plus professionnel.
Sur ce, assez parlé de mes vacances.
Un long grésillement répondit à sa place.
Voici les informations.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.
LockHeart
et ça c'est sacrément nul!