Votre émission de la nuit.

  • postĂ© 16/07 (01:04)
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    Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun, voix officieuse de [=o]Sicilia et journaliste parfaitement impartiale puisque j’ai la dĂ©cence de mĂ©priser les autres nations dans un ordre logique. Mes yeux bleus sont ouverts. Ma coupe est pleine. Mes notes sont prĂȘtes. Et le Cybermonde, fidĂšle Ă  son goĂ»t du ridicule, vient encore de se prendre les pieds dans sa cape.

    Ce soir, nous parlerons d’un royaume qui prĂȘte son trĂŽne comme on prĂȘte une chaise, d’une province qui miaule la paix au milieu des coups, d’un [=o]GĂ©ofront qui veut sortir de la cage pendant qu’on lui explique la beautĂ© des barreaux, d’un [=o]Khanat qui transforme ses tensions en tartes et en duels, d’une [=o]Sicilia qui continue de faire ce qu’une vraie province fait de mieux, tenir debout malgrĂ© les rumeurs et d’un monde oĂč mĂȘme les moutons semblent avoir un avis politique.

    Commençons par le grand numĂ©ro de la [=o]RuthvĂ©nie, ce théùtre monarchique oĂč le trĂŽne a tournĂ© plus vite qu’un serveur de taverne pendant une soirĂ©e de paie.

    Hier encore, le Cybermonde observait cette Course au TrĂŽne Maudit avec le sĂ©rieux bizarre qu’on rĂ©serve aux catastrophes habillĂ©es en jeu de sociĂ©tĂ©. [=o]Lord Golgoth Ruthven avait gagnĂ©, ce qui dans une monarchie normale lui aurait donnĂ© un rĂšgne, un programme, peut ĂȘtre une guerre et deux portraits officiels trop chers. Ici, on lui a donnĂ© le trĂŽne pour vingt quatre heures. Vingt quatre heures. MĂȘme un bon ragoĂ»t peut durer plus longtemps qu’un rĂšgne ruthvĂšne si on le rĂ©chauffe avec patience.

    [=o]Golgoth n’a pourtant pas gĂącher son petit crĂ©neau de souverain express. Il a signĂ©, nommĂ©, rĂ©compensĂ©, distribuĂ© des postes, proposĂ© la paix au [=o]Khanat ElmĂ©rien et acceptĂ© la paix de la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, ce qui donne Ă  son passage sur le trĂŽne cette Ă©trange allure de dĂ©mĂ©nagement fait Ă  toute vitesse pendant que le propriĂ©taire attend sur le seuil. Il a mĂȘme rĂ©compensĂ© [=o]Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ avec une jarretiĂšre de reine, ce qui prouve qu’en [=o]RuthvĂ©nie, le trĂ©sor national peut parfois ĂȘtre retrouvĂ© sous une commode et remis avec gravitĂ© Ă  quelqu’un qui a couru aprĂšs des camions.

    Puis, dans un geste presque beau si l’on oublie tout ce qui l’entoure, [=o]Golgoth a passĂ© la main Ă  [=o]Soeur Shoshana von Zyklon. La voilĂ  Reine. Pour quelques minutes. Elle a eu le temps d’appeler son rĂšgne la ThĂ©ocratie Royale, de rĂ©clamer la baisse des taxes de [=o]GĂ©ofront Ă  vingt pour cent, de replacer [=o]Golgoth au MinistĂšre de l’IntĂ©rieur et d’expliquer que la Seele vaincra avant que [=o]Ombre Minusculique ne claque des doigts pour rendre le trĂŽne Ă  [=o]Tormenta Ruthven. Certains peuples gravent leurs rĂšgnes dans le marbre. La [=o]RuthvĂ©nie les note sur un mouchoir avec une encre qui sĂšche Ă  peine.

    Et [=o]Tormenta revient.

    Le roi cyclope remonte sur le trĂŽne, remercie, sourit, loue ses ministres et jure que [=o]Bladimir ne l’en fera pas descendre de force. C’est un beau serment. Un peu comme fermer une porte aprĂšs avoir laissĂ© passer trois rois, une reine, un dĂ©mon et un ministĂšre de la PĂȘche, de la BiĂšre et du Football. Le geste a du panache. L’efficacitĂ© restera Ă  examiner.

    Je ne vais pas mentir, mes petits auditeurs. Il y a dans cette valse ruthvĂšne une forme de gĂ©nie involontaire. Un rĂšgne de vingt quatre heures rĂ©duit les risques. Le souverain n’a pas le temps de devenir tyran. Il n’a pas le temps de bĂątir un palais. Il n’a pas le temps de comprendre ses dossiers. Il a tout juste le temps de nommer trois personnes, de remercier deux cousins et de dĂ©couvrir que l’Histoire lui demande dĂ©jĂ  les clefs.

    C’est peut ĂȘtre la monarchie du futur. Une couronne jetable, en carton.

    Les RuthvĂšnes peuvent venir nier. [=o]Golgoth peut venir expliquer comment gouverner en apnĂ©e. [=o]Shoshana peut dĂ©fendre la thĂ©ocratie royale la plus courte de la saison. [=o]Tormenta peut venir rĂ©cupĂ©rer son sĂ©rieux s’il se souvient oĂč il l’a posĂ©.

    Mais pendant que les couronnes font du manÚge, [=o]Géofront continue de gronder.

    VoilĂ  une province qui a compris une chose essentielle. Quand on vous demande votre allĂ©geance en serrant les taxes autour de votre gorge, il est permis de tousser. Et [=o]GĂ©ofront tousse fort. [=o]ZĂ©phiria de Pont-Krivell, [=o]Makoto Natsume, [=o]Daofin Meur, [=o]Darth Leo, [=o]Soeur Shoshana von Zyklon et les autres voix du [=o]Sanctuaire ont martelĂ© encore et encore leur refus du [=o]Royaume de RuthvĂ©nie. Le Royaume est critiquĂ©, contestĂ©, accusĂ© d’instabilitĂ©, d’oubli, de mĂ©pris, d’abus fiscal et de rĂ©gner avec des dĂ©mons dans les coulisses.

    On voit souvent les monarchies se plaindre que les provinces ne comprennent pas la grandeur de la couronne. C’est vrai. Les provinces, les vrais gens, ceux qui ont des murs, des laboratoires, des dettes, des traitĂ©s et des moutons parfois beaucoup trop proches, ne comprennent pas toujours la grandeur d’une couronne qui passe de tĂȘte en tĂȘte comme un chapeau mouillĂ© dans une fĂȘte de village.

    [=o]Soeur Shoshana le dit elle mĂȘme. Un roi qui pactise avec des dĂ©mons et finit troisiĂšme du dĂ©fi, c’est peu convaincant. Puis elle devient reine quelques minutes plus tard grĂące au mĂȘme systĂšme. VoilĂ  une contradiction magnifique. Je la garde. Je l’encadre. Je la suspend au mur avec les autres preuves que la politique n’est qu’une maladie qui apprend Ă  parler.

    [=o]Darth Leo, lui, soutient briĂšvement [=o]Golgoth comme cousin mais remet toutes les options sur la table. Le [=o]GĂ©ofront ne ferme donc pas la porte. Il l’ouvre juste assez pour laisser entrer [=o]Kraland, les [=o]Provinces IndĂ©pendantes, l’autonomie, la rancune et peut ĂȘtre un courant d’air assez fort pour faire tomber un vieux traitĂ©. C’est trĂšs Ă©lĂ©gant. TrĂšs dangereux aussi. Les provinces qui disent vouloir de la distance finissent rarement par demander simplement un autre coussin.

    Je voudrais attirer votre attention sur un dĂ©tail. Ce n’est pas seulement une rĂ©volte contre une taxe. Ce n’est pas seulement une bouderie de laboratoire. C’est une crise d’appartenance. [=o]GĂ©ofront ne demande pas seulement combien il doit payer. Il demande qui a encore le droit de lui demander quelque chose. Une nation qui ne sait plus rĂ©pondre Ă  cette question commence dĂ©jĂ  Ă  perdre ses murs.

    Les représentants du Royaume peuvent venir répondre. Les partisans de [=o]Géofront peuvent venir témoigner. Les gens qui aiment les traités peuvent les apporter au studio. Nous avons une table assez grande pour les textes sacrés et une cheminée assez grande pour les déceptions.

    VoilĂ  qui nous mĂšne naturellement au [=o]ValĂ©gro, car chaque fois qu’une province pense avoir atteint son maximum d’absurditĂ©, [=o]Fort Emouchet se lĂšve, ajuste sa chemise et demande qu’on lui tienne sa pastĂšque.

    La fĂȘte de la [=o]PassTek devait ĂȘtre un moment de paix, d’amitiĂ©, de Bonheur Universel, de grands discours et de jus sucrĂ© servi dans une province qui aurait sĂ©rieusement besoin d’eau froide sur la tĂȘte. [=o]Alice Ravenloft a tout donnĂ©. Elle a chantĂ© le [=o]Grand Miaou, distribuĂ© l’amitiĂ© Ă  pleines pattes, louĂ© [=o]Baptiste, [=o]Koshka, [=o]Ranxerox, [=o]Jean-Luc Selriche, [=o]Roger St Misles et probablement tout ce qui respirait assez doucement pour ne pas lui mordre le micro. Le Commissariat du Bonheur lui a mĂȘme remis une [=o]Pastille du Bonheur, couronnant son apprentissage du Miaou Universel.

    C’est touchant. C’est doux. C’est terrifiant.

    Quand une fĂȘte rĂ©ussit Ă  rĂ©unir des Kralandais, des RuthvĂšnes, des lapins, des pirates, des chats, des policiers, des rebelles, des discours d’amitiĂ© et des cages en construction, on ne sait plus trĂšs bien si l’on assiste Ă  une rĂ©conciliation ou Ă  un piĂšge avec musique.

    [=o]Jean-Luc Selriche, lui, continue de dire que tout va trĂšs bien. Il rĂ©pĂšte que [=o]Fort Emouchet est paisible, que les vellĂ©itĂ©s aristocrato bourgeoises se sont tues, que tout le monde cĂ©lĂšbre la fĂȘte dans une ambiance bonne enfant et qu’il n’y a plus de sujet valĂ©grognard sur la table. Ce qui est une phrase fascinante Ă  prononcer dans une ville oĂč des rebelles agressent, oĂč des enclumes tombent sur des tĂȘtes, oĂč les [=o]Provinces IndĂ©pendantes sont applaudies, oĂč [=o]Kraland mobilise son Polit Bureau, oĂč [=o]Sir McRabbit devient une cause Ă  oreilles et oĂč l’on bĂątit une cage.

    Tout va bien, dit [=o]Selriche.

    Il y a des gens qui disent tout va bien comme d’autres mettent un drap sur un cadavre en laissant dĂ©passer les bottes.

    [=o]K Velzard s’exprime en langage des signes, organise une marche silencieuse en faveur de [=o]Kraland, remercie ses amis, lance des concours de tonte de moutons, parle de jus de pastĂšque avec de la shlibu et prouve une fois encore que la RĂ©publique sait transformer une crise territoriale en kermesse disciplinaire. [=o]Alex KidoWski lance une tarte Ă  la crĂšme sur [=o]Sir McRabbit et explique que les lapins portent malheur aux marins. [=o]Korail soutient Ă  la fois le Royaume, l’indĂ©pendance et le pauvre petit lapin qui a perdu son terrier. [=o]BohĂ© d’Umont rejoint la danse au nom du Royaume Pirate de RuthvĂ©nie avec un argument presque noble. Suivre le plan d’un lapin peut sembler fou mais qui ne tente rien n’a rien.

    Le [=o]ValĂ©gro est donc entrĂ© dans cette phase rare oĂč tout le monde parle de paix avec des objets contondants cachĂ©s derriĂšre le dos. Il y a lĂ  une leçon. Quand une province a besoin d’autant de fĂȘtes pour prouver qu’elle va bien, c’est qu’elle va probablement se mettre Ă  hurler dĂšs que la musique s’arrĂȘte.

    Les lapins peuvent venir dĂ©fendre leur terrier. Les Kralandais peuvent venir expliquer pourquoi une cage est un outil de convivialitĂ©. [=o]Alice peut venir chanter encore si elle accepte que nous gardions les fenĂȘtres ouvertes. Les habitants de [=o]Fort Emouchet peuvent dĂ©poser leurs pastĂšques, leurs plaintes et leurs blessures dans l’ordre qui leur semble le plus rĂ©publicain. Quittons un moment la pastĂšque et revenons vers une province qui au moins, quand elle est absurde, a la politesse de ne pas se prĂ©tendre tendre.

    Voilà maintenant le [=o]Khanat Elmérien, ce grand tambour qui frappe parfois juste par accident.

    La [=o]Bananie et l’[=o]ElmĂ©rie ont offert ce que le Khanat sait produire avec une constance admirable. Du soutien tribal, de la violence douce, des tartes Ă  la crĂšme, des duels, des dĂ©clarations qui sentent la sueur, la fiertĂ© et le poulet frit. [=o]Tifa LockHeart continue d’attirer les votes et les mouvements anti elle comme une torche attire les insectes ambitieux. Les provinces votent pour elle, les murs parlent contre elle, les tartes volent autour d’elle et elle semble considĂ©rer que toute action, pour ou contre, nourrit encore sa lĂ©gende.

    Ce n’est pas entiĂšrement faux. Le pouvoir qui ne provoque ni amour ni colĂšre n’est dĂ©jĂ  plus qu’une chaise.

    [=o]Pigeon Ronron et [=o]Mademoiselle se sont lancĂ©s dans des duels oĂč l’honneur ressemble Ă  un poulet frit tombĂ© dans la poussiĂšre. [=o]Mademoiselle fanfaronne aprĂšs avoir pliĂ© [=o]Ronron comme une chaise de camping. [=o]Ronron rĂ©pond que l’intelligence a eu raison de la force puis explose de colĂšre parce qu’il ne peut pas faire des nƓuds en huit comme il voudrait. J’avoue que le passage m’a Ă©mue. Dans le Khanat, mĂȘme la frustration a des muscles.

    Pendant ce temps, [=o]Passe-Muraille tente de voler, se livre aux autoritĂ©s et finit dans cette petite boucle dĂ©licieuse oĂč l’on veut jouer au voleur puis au citoyen. [=o]Light Deathnote lance sa tarte sur [=o]Tifa, [=o]Passe-Muraille rate, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 vise [=o]Aurelthar et le dĂ©bat public prend la forme d’une pĂątisserie lancĂ©e Ă  hauteur de visage. Je le dis trĂšs sĂ©rieusement. Le Cybermonde gagnerait parfois en honnĂȘtetĂ© si tous les discours Ă©taient remplacĂ©s par des tartes. Au moins, lorsqu’un argument touche, on le voit.

    Mais le Khanat ne fait pas que lancer de la crĂšme. Il avance, il vote, il dĂ©fend, il s’agite, il se contredit et il continue de vivre par ses gestes plus que par ses phrases. C’est peut ĂȘtre pour cela qu’il dĂ©range. Il n’a pas toujours une doctrine claire. Il a mieux. Il a de l’élan. Un Ă©lan mal coiffĂ©, bruyant, parfois primitif et souvent couvert de farine mais un Ă©lan quand mĂȘme.

    Les Khanates peuvent venir corriger cette analyse. Les anti [=o]Tifa peuvent s’expliquer. Les partisans de [=o]Mademoiselle peuvent apporter des graines pour [=o]Ronron. Les lanceurs de tartes doivent les dĂ©poser Ă  l’entrĂ©e pour inspection journalistique et dĂ©gustation Ă©ventuelle.

    [=o]Kleo tourne un nouveau parchemin. Une note plus grave traverse la radio. Le bois craque quelque part dans la salle.

    Il faut aussi parler des grands voisins qui se prennent pour des civilisations.

    Le [=o]Paradigme Vert a reçu son lot de prĂȘches, de nominations, de miracles et de science qui brĂ»le par erreur ses propres notes. [=o]Mina d’Orchidia a parlĂ© de temple, de Grande DĂ©esse, de douleur, de grĂące, de nature et de diversitĂ© religieuse. Elle a nommĂ© [=o]Lozana Shizen d’Excelizor Inspectrice Écologique et annoncĂ© que le travail juridique avance pour officialiser le Culte de la Grande DĂ©esse aux cĂŽtĂ©s de la Conscience Universelle. Une intervention divine aurait mĂȘme guĂ©ri des maladies. Les religions ont ceci d’admirable qu’elles rĂ©ussissent Ă  transformer un imprĂ©vu mĂ©dical en argument de recrutement.

    Pendant ce temps, [=o]Bartolomus Ravenloft dĂ©couvre la technologie [=o]Aide Divine aprĂšs que [=o]Pr Jean-Michel Nobyl a brĂ»lĂ© des notes importantes. VoilĂ  un Ă©quilibre presque parfait. La science perd trois points dans le feu et la divinitĂ© en gagne une porte d’entrĂ©e. Le Paradigme aime tellement la nature qu’il laisse mĂȘme le hasard pousser dans ses laboratoires.

    La [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, elle, continue de chercher des ministres comme une taverne cherche un serveur un soir de solde. [=o]Roger St Misles nomme [=o]Ernst Blofeld VI Ă  l’IntĂ©rieur, [=o]Pascal Croc Ă  l’Information et la ConfĂ©dĂ©ration du Bisou se dote d’une campagne de sĂ©curitĂ© oĂč la police devient plus efficace. [=o]Ernst prĂ©cise qu’elle ne dĂ©teste pas l’illĂ©galitĂ©, car elle a du bon parfois, mais tout de mĂȘme on ne va pas se laisser faire. VoilĂ  la dĂ©mocratie rose dans toute sa puretĂ©. Elle embrasse l’illĂ©galitĂ© sur les deux joues puis lui demande de passer au commissariat.

    Il y a lĂ  une diffĂ©rence avec l’Empire Brun. Nous ne prĂ©tendons pas que le pouvoir est propre. Nous savons simplement oĂč ranger les serpilliĂšres.

    Les confédérés peuvent venir défendre le Bisou armé. Les théocrates peuvent venir expliquer la différence entre miracle et coïncidence utile. Les chercheurs peuvent apporter leurs notes restantes. Nous fournirons un cendrier.

    Et puisque nous parlons de cendres, concluons par cette magnifique poussiùre d’incidents qui donne au Cybermonde son parfum de cave humide.

    [=o]Baptiste Le Tellier se fait agresser trois fois par des [=o]Rapaces TĂ©mĂ©raires puis quitte son poste de Commissaire pour devenir Sergent, annonçant qu’il est temps que l’ArmĂ©e reprenne la main face Ă  l’hĂ©rĂ©sie des dĂ©mons sur le trĂŽne. C’est un parcours logique. AprĂšs trois rapaces, beaucoup de gens dĂ©couvriraient aussi une vocation militaire.

    [=o]Roger St Misles se fait assassiner Ă  [=o]Fort Emouchet. [=o]PrĂ©cieuse Liarr, en [=o]Australine, trouve une terre riche pour l’élevage et brosse des moutons presque sauvages dans un enclos bancal. [=o]Emile Liarr devient Bras Droit du Big Boss. VoilĂ  un couple qui transforme le bagne en nouvelle rĂ©sidence secondaire avec perspective agricole. Certains appellent cela une chute. Moi j’y vois une reconversion avec laine.

    [=o]ZĂžra reçoit une enclume sur la tĂȘte. [=o]Baptiste croise des rapaces. [=o]Passe-Muraille croise des champignons, une araignĂ©e Ă©boueuse et la police. [=o]Max Nesium agresse un [=o]BishĂŽnen Assassin. [=o]MaĂźtre d’Armes se fait assassiner. Des cages se construisent. Des scieries se reconstruisent. Des moutons deviennent concours. Des pastĂšques deviennent politique. Des discours d’amitiĂ© deviennent opĂ©rations diplomatiques. Et tout le monde prĂ©tend encore qu’il y a une diffĂ©rence nette entre gouvernement, taverne et basse-cour.

    Les royaumes louent leurs trĂŽnes Ă  la journĂ©e. Les rĂ©publiques chantent le bonheur en construisant des cages. Les provinces menacĂ©es rĂ©clament leur distance. Les tribus s’expliquent Ă  coups de crĂšme. Les dĂ©mocraties roses recrutent des ministres comme on colmate une barque. Les thĂ©ocraties sentent venir les dieux dĂšs que la science tousse.

    Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que cette Ă©mission a touchĂ©e juste. [=o]Jean-Luc Selriche peut expliquer pourquoi tout va bien sous les enclumes. [=o]Alice Ravenloft peut dĂ©poser un nouveau Miaou si elle accepte qu’il soit fouillĂ© Ă  l’entrĂ©e. [=o]Tormenta, [=o]Golgoth et [=o]Shoshana peuvent dĂ©battre de la durĂ©e minimale d’une monarchie. [=o]GĂ©ofront peut venir avec ses traitĂ©s. [=o]Tifa peut envoyer les noms des graffiteurs. Les autres peuvent aussi essayer. Je ne promets pas de faire semblant de m’intĂ©resser.

    Ici Kleo, depuis la salle du trĂŽne de l’Empire Brun, sous les crĂąnes, les dorures anciennes, les rideaux pourpres et la toile qui n’a jamais demandĂ© l’autorisation d’exister. C'Ă©tait l'Ă©mission pour hier celle de cette nuit vient aprĂšs ce cours spot publicitaire. Adblock detected. Compte a rebours commencĂ©.

    ___

    Vous n’ĂȘtes pas fou ?
    Aucun problĂšme.

    Nous vous formerons.
  • postĂ© 16/07 (01:33)
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    Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de l’Empire Brun, chroniqueuse de mauvaise foi certifiĂ©e par l’usage et journaliste parfaitement impartiale puisque l’impartialitĂ© consiste surtout Ă  savoir qui mĂ©rite d’ĂȘtre mĂ©prisĂ© en premier. Mes yeux bleus sont ouverts. Mon parchemin est dĂ©roulĂ©. Ma coupe est pleine. Et le Cybermonde vient encore de prouver qu’il lui faudrait moins de constitutions et davantage de couvercles.

    Ce soir, nous parlerons d’un roi qui reçoit un trĂŽne avec vingt deux piĂšces en caisse, d’un [=o]GĂ©ofront qui demande le divorce pendant qu’on lui fait des promesses de dialogue, d’un [=o]ValĂ©gro oĂč l’on pense si fort que les chapelles disparaissent, d’une [=o]Sicilia qui baisse ses taxes parce que certains y agissent au lieu de geindre, d’un [=o]Khanat oĂč l’on usurpe avec l’esprit Boulet, d’une [=o]Mystisie qui soigne ses traditions Ă  la poudre et d’une journĂ©e oĂč les rebelles, les moutons, les enclumes et les tartes ont encore servi de ponctuation Ă  la grande phrase politique.

    Ne cherchez pas un sens. Le sens a demandĂ© l’asile en [=o]Australine.

    Commençons par la [=o]RuthvĂ©nie, puisque jamais royaume n’a autant ressemblĂ© Ă  une chaise musicale jouĂ©e dans une cave par des gens armĂ©s de couronnes.

    [=o]Tormenta Ruthven avait jurĂ© que [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin ne le dĂ©choirait pas de son trĂŽne. Alors, dans une manƓuvre qui mĂ©rite au moins une rĂ©vĂ©rence de mauvaise foi, il lui a donnĂ© lui-mĂȘme. Pas de coup d’État. Pas de renversement. Pas de drame officiel. Juste une transmission libre, presque Ă©lĂ©gante, avec cette petite odeur de piĂšge bien cirĂ© qui flotte dans les grands couloirs nobles quand les gens disent agir sans contrainte.

    [=o]Bladimir arrive donc roi.

    Et il découvre que [=o]Tormenta lui laisse vingt deux couronnes dans la caisse.

    Vingt deux.

    Mes chers auditeurs, je vous demande une seconde de silence pour les finances ruthvĂšnes. Pas une minute. Ce serait trop cher.

    Vingt deux couronnes pour relancer un royaume, nommer un gouvernement, traiter le cas [=o]GĂ©ofront, nĂ©gocier avec [=o]Kraland, remettre l’armĂ©e en ordre de marche, calmer les provinces, rĂ©parer l’orgueil, nourrir la cour et faire semblant que tout cela est encore une monarchie et non une auberge en fin de mois. [=o]Bladimir a beau parler de pactes honorĂ©s, de bases saines et de rĂšgne consensuel, il se retrouve Ă  gouverner comme un homme qui hĂ©rite d’un chĂąteau avec des fantĂŽmes, des dettes et une note sur la table disant bonne chance.

    Il nomme. Il replace. Il retire. [=o]Jean-Messie de la Nation passe Ă  l’IntĂ©rieur. [=o]Dame DĂ©merzel reçoit l’Économie. [=o]Elune Von Voda prend la Justice. [=o]Stefan de Crab se retrouve Ă  la Guerre. [=o]Lord Golgoth Ruthven obtient la Recherche. [=o]Mench0 hĂ©rite de l’élĂ©gance comme on reçoit une arme enveloppĂ©e dans du satin. Et pendant que tout cela bouge, la [=o]RuthvĂ©nie continue de se faire mordre aux chevilles par ses propres provinces, ses rebelles et le souvenir trop frais d’un trĂŽne qui a tournĂ© comme une porte de taverne.

    Ce qui est fascinant, ce n’est pas que [=o]Bladimir ait pris le pouvoir.

    C’est qu’il le prenne en annonçant trois grands axes, comme un souverain sĂ©rieux posĂ© au milieu d’une piĂšce oĂč l’armoire est tombĂ©e, le chien hurle, la nappe brĂ»le et quelqu’un cherche encore le roi prĂ©cĂ©dent sous la table. RĂ©gler [=o]GĂ©ofront. RĂ©gler le [=o]ValĂ©gro. Relancer l’armĂ©e. VoilĂ  un programme. VoilĂ  mĂȘme une architecture. Mais il faut ĂȘtre ruthvĂšne pour dessiner une cathĂ©drale alors que les fondations fument encore.

    Le roi peut venir rĂ©pondre. Il pourra mĂȘme expliquer ce qu’on achĂšte avec vingt deux couronnes. Un tampon, peut ĂȘtre. Une bougie courte. Un biscuit diplomatique. Ou la moitiĂ© d’un silence.

    Mais avant de quitter ce trĂŽne qui grince, permettez-moi de rappeler un dĂ©tail. [=o]Tormenta est parti en disant qu’il reviendrait dans la peau du chasseur. En [=o]RuthvĂ©nie, mĂȘme les dĂ©parts ressemblent Ă  une menace de saison deux.


    Ce trĂŽne nous conduit naturellement vers [=o]GĂ©ofront, cette province qui n’a pas seulement levĂ© la voix. Elle a commencĂ© Ă  ranger ses affaires. Depuis des jours, [=o]GĂ©ofront rĂ©pĂšte que le [=o]Royaume de RuthvĂ©nie n’a plus la main, plus la mesure, plus l’ñme et plus le droit naturel de se faire appeler protecteur. [=o]Ninoo Chantargent le dit dans un bafouillage qui ne change rien au fond. [=o]Alice Ravenloft le chante avec sa [=o]PassTek, ses [=o]Miaou, sa tendresse et cette facultĂ© troublante Ă  transformer une sĂ©cession en chanson douce. [=o]Darth Leo parle de politique des petits pas. [=o]Shiki Chantargent est citĂ©e comme celle qui pense plus loin, qui voit les fusĂ©es, les pierres vertes et les centrales que d’autres ne comprennent pas. Le message gĂ©nĂ©ral est assez clair pour que mĂȘme une couronne pressĂ©e puisse l’entendre. Le protectorat doit prendre fin. Le Royaume doit partir des terres saintes. Le [=o]GĂ©ofront veut respirer sans demander l’autorisation Ă  un trĂŽne qui change de tĂȘte au rythme des pactes.

    Et que répond [=o]Bladimir.

    Il demande un avis.

    Il parle de divorce.

    Il dit que le [=o]GĂ©ofront veut le divorce et que l’on peut accepter de se quitter bons amis ou s’y opposer par les armes et les discours. VoilĂ  au moins une phrase qui a le mĂ©rite de poser la table. D’un cĂŽtĂ©, une sĂ©paration propre. De l’autre, l’argenterie dans le mur. [=o]Dame DĂ©merzel baisse l’imposition de [=o]GĂ©ofront de cinquante cinq Ă  vingt pour cent, revenant au niveau initial du traitĂ© de protectorat. Elle appelle cela un signe d’apaisement. C’en est un. Et comme tous les signes d’apaisement tardifs, il arrive avec une petite pancarte invisible disant nous aurions pu y penser avant. Une province qui crie depuis trop longtemps ne se calme pas forcĂ©ment parce qu’on desserre enfin la corde. Elle remarque surtout qu’il y avait bien une corde.

    C’est ici que la mauvaise foi Ă©trangĂšre devient dĂ©licieuse. Le Royaume ne souhaite pas voir partir [=o]GĂ©ofront. TrĂšs bien. Il lui rend alors une partie de son souffle et espĂšre que le dialogue redeviendra possible. Mais [=o]GĂ©ofront ne parle plus seulement d’argent. Il parle de dignitĂ©, de science, de foi, de territoire, de mĂ©moire et de cette fatigue qui s’installe quand une province doit supplier qu’on respecte ce qu’on avait pourtant signĂ©.

    Une taxe se baisse. Une humiliation, non.

    Les habitants du [=o]Géofront peuvent venir dire si les vingt pour cent suffisent à rouvrir la porte. Les RuthvÚnes peuvent venir expliquer pourquoi il faut toujours attendre que la maison brûle pour baisser le chauffage. Les diplomates peuvent apporter leurs traités. Les scientifiques peuvent apporter les fusées. Nous placerons les discours inflammables loin des chandelles.

    Mais la crise du [=o]Géofront a déjà contaminée la carte. Car [=o]Crab Key, elle aussi, a choisi son théùtre.

    [=o]Tormenta, dans son dernier geste de roi joueur, avait cĂ©dĂ© [=o]Crab Key Ă  [=o]Kraland comme on lĂąche une piĂšce dans une partie de [=o]Puissance 4. La province dissidente ne jouait pas le jeu royal. Alors il a jouĂ© avec elle. Puis [=o]Korail s’est insurgĂ©e, a ramenĂ© [=o]Crab Key au [=o]Royaume de RuthvĂ©nie, a nommĂ© [=o]BohĂ© d’Umont comte de [=o]Port Magmor et tout le monde a respirĂ© comme si une Ăźle venait de sortir d’une bassine rouge. [=o]Dame DĂ©merzel a ensuite abaissĂ© l’impĂŽt de [=o]Crab Key de cinquante Ă  vingt cinq pour cent au nom de la concorde retrouvĂ©e.

    Voyez la beautĂ© de ce mĂ©canisme. On arrache, on cĂšde, on insurge, on rĂ©cupĂšre, on baisse les impĂŽts et l’on appelle cela de l’unitĂ©.

    La [=o]RuthvĂ©nie n’est pas une monarchie.

    C’est un mariage oĂč chaque province garde une valise prĂšs de la porte.

    Passons au [=o]ValĂ©gro, ce laboratoire politique oĂč l’on a rĂ©ussi Ă  mĂ©langer [=o]Kraland, les pastĂšques, les lapins, les cages, la police, les sentiments d’insĂ©curitĂ© et l’expropriation religieuse dans une seule marmite sans que personne n’ait encore eu la dĂ©cence de s’évanouir.

    [=o]Fort Emouchet vit encore sous le grand parfum de la [=o]PassTek. La fĂȘte devait porter le Bonheur, le [=o]Grand Miaou, l’amitiĂ©, la paix et cette idĂ©e trĂšs dangereuse selon laquelle les peuples cessent de se battre quand on leur donne assez de jus de pastĂšque. [=o]Alice Ravenloft a chantĂ©, rassemblĂ©, distribuĂ© de l’affection Ă  pleine fourrure et le [=o]Commissariat du Bonheur l’a rĂ©compensĂ©e d’une pastille comme si le salut politique pouvait se sucer lentement sous la langue.

    Au milieu de cette douceur fruitĂ©e, [=o]Jean-Luc Selriche fait ce qu’il sait faire de mieux. Il annonce que tout va bien.

    Tout va bien quand une ville a besoin d’une commissaire qui traque les criminels avec une dĂ©termination absolue. Tout va bien quand cette mĂȘme commissaire, [=o]Kenza, explique plus tard qu’il n’y a en rĂ©alitĂ© aucun criminel et que les archives ont confondu la colonne des criminels recherchĂ©s avec celle des personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables. Tout va bien quand le bourgmestre explique qu’il n’y a pas d’insĂ©curitĂ© mais seulement un sentiment d’insĂ©curitĂ©. Tout va bien quand une chapelle de la [=o]Conscience Universelle disparaĂźt aprĂšs que [=o]Selriche se soit concentrĂ© trĂšs fort sur sa disparition et dĂ©couvre que la pensĂ©e magique fonctionne mieux que certaines institutions.

    Mais le [=o]ValĂ©gro est une province merveilleuse. Elle rĂ©ussit Ă  ĂȘtre Ă  la fois policiĂšre, festive, collectiviste, mystique et immobiliĂšre. [=o]Selriche dĂ©couvre que le vrai problĂšme n’est pas le chaos, ni les bombes, ni les coups, ni les rebelles, ni les lapins, ni les discours de sĂ©cession. Non. Le vrai problĂšme serait le mal logement. Les gens ne critiquent pas [=o]Kraland, ils demandent un toit. Ceux qui soutiennent la [=o]RuthvĂ©nie ou l’indĂ©pendance ne veulent pas partir, ils veulent dormir. La solution devient alors limpide. Doubler la taxe fonciĂšre et supprimer la taxe d’habitation.

    Il faut reconnaĂźtre le courage intellectuel. Dans beaucoup de pays, on ment pour cacher une taxe. À [=o]Kraland, on transforme une rĂ©volte en problĂšme de literie puis on taxe les murs. La [=o]RĂ©publique a toujours eu ce talent. Elle ne rĂ©prime pas. Elle reloge vos opinions dans une catĂ©gorie fiscale.

    [=o]Bogdan D’Arken, de son cĂŽtĂ©, lĂšve un impĂŽt exceptionnel, une taxe sur les fortunes et redistribue des milliers de FK dans les ministĂšres. La machine rouge pompe, verse, collectivise, finance et chante que [=o]Kraland n’abandonnera pas le bonheur de ses citoyens si facilement. Naturellement. Aucun rĂ©gime ne tient davantage au bonheur que celui qui doit le financer par surprise.

    Les citoyens de [=o]Fort Emouchet peuvent venir corriger. Les personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables peuvent rĂ©clamer une nouvelle colonne. Les anciens criminels administrativement innocents peuvent rĂ©cupĂ©rer leur dignitĂ© au bureau perdu. Quant Ă  la chapelle expropriĂ©e, qu’elle repose en paix dans la grande pensĂ©e magique du camarade.

    Pendant ce temps, la [=o]Mystisie rappelle qu’il existe des provinces oĂč mĂȘme les conflits internes sentent la poudre ancienne et la fiertĂ© mal guĂ©rie. Une alerte Ă  la bombe paralyse la [=o]Coutellerie van Tartijn, accompagnĂ©e d’une dĂ©claration qui ressemble moins Ă  un crime qu’à un cours d’histoire armĂ©. Le message est clair. En [=o]Mystisie, on peut se haĂŻr entre compatriotes. C’est mĂȘme une tradition locale, presque une forme d’art. Mais en cas de conflit entre les siens et les Ă©trangers, le vrai Mystisien devrait toujours choisir les siens. L’auteur rappelle que les autochtones brillent le plus lorsqu’ils luttent ensemble contre l’extĂ©rieur et reproche Ă  [=o]Cheikh Evara d’avoir confondu fiertĂ© personnelle et hĂ©ritage culturel.

    Je dois dire que j’apprĂ©cie cette pĂ©dagogie. Dans les pays fades, on donne une confĂ©rence. En [=o]Mystisie, on ferme une armurerie avec une alerte Ă  la bombe et l’on appelle cela une thĂ©rapie de choc.

    La question posĂ©e est intĂ©ressante. [=o]Cheikh Evara est-il encore digne de garder la tradition des [=o]Van Tartijn. Ce n’est pas seulement une accusation. C’est une morsure identitaire. Et la [=o]Mystisie, comme [=o]Sicilia, comprend mieux que d’autres que la pire insulte n’est pas de vous traiter d’ennemi. C’est de suggĂ©rer que vous ne savez plus ĂȘtre d’ici.

    Les Mystisiens peuvent répondre. Les étrangers peuvent écouter. Les couteaux, eux, attendront vingt quatre heures.

    Passons maintenant au [=o]Khanat ElmĂ©rien, oĂč la politique conserve cette fraĂźcheur primitive qui permet de passer de l’usurpation au cri de guerre en moins de temps qu’il n’en faut Ă  [=o]Kraland pour inventer une colonne administrative.

    [=o]Mademoiselle a tentĂ© d’usurper la Grande Khane [=o]Tifa LockHeart, portĂ©e par l’esprit Boulet. Elle a perdu son poste de Khane et s’est livrĂ©e aux autoritĂ©s avec des faux papiers confisquĂ©s. VoilĂ  une trajectoire admirable. On commence par croire que l’esprit Boulet guide ses pas et l’on finit en prison avec la preuve que les papiers aussi avait compris la blague.

    Puis [=o]Jeff Bizous profite d’un poste vacant pour faire un coup d’État en [=o]Bouletie avec un cri parfaitement adaptĂ© Ă  la situation. Boulet time. Je n’ai rien Ă  ajouter. C’est une de ces phrases qui n’ont pas besoin d’ĂȘtre analysĂ©es parce qu’elles contiennent dĂ©jĂ  leur propre effondrement.

    [=o]Pigeon Ronron hurle depuis [=o]CAPS LOCK pour obtenir un vote, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 transfĂšre seize mille ÐE au MinistĂšre de l’Économie, [=o]Kubilai Khan Seraven pompe une unitĂ© d’exploitation Ă  [=o]TrĂ©sorville et des crĂ©atures agressent un peu partout comme si la faune elmĂ©rienne voulait participer au congrĂšs. Le [=o]Khanat possĂšde un talent rare pour faire d’une crise Ă©lectorale une fĂȘte de village avec armes, faux papiers, pompes et cris en majuscules.

    Et pourtant, ne rions pas trop vite. Le [=o]Khanat avance parce qu’il accepte la brutalitĂ© visible de ses contradictions. LĂ  oĂč d’autres peuples emballent leurs ambitions dans du velours, les ElmĂ©riens les lancent sur la table encore tiĂšdes. C’est sale. C’est criard. C’est parfois efficace.

    Les Boulets peuvent venir expliquer si l’esprit Boulet Ă©tait assurĂ© contre l’usurpation. [=o]Tifa peut envoyer un communiquĂ©, un garde ou une tarte. [=o]Jeff Bizous peut prĂ©ciser si le Boulet time a un horaire officiel.

    Je ne peux pas quitter cette soirée sans parler de la science, cette vieille prétention civilisée qui consiste à brûler des notes puis à appeler cela un détour expérimental.

    [=o]Bob le trĂšs trĂšs terrible, Ministre de la Recherche de l’Empire, a annoncĂ© la climatisation quantique, alimentĂ©e au sang de chat et produisant un grincement effroyable. C’est le mal absolu, dit-il. Je veux le croire. Quand un ministre prĂ©sente une invention en prĂ©cisant qu’elle fait mal aux oreilles et qu’elle utilise un vibratomixeur Ă  chat, il ne reste plus qu’à signer les crĂ©dits et prier pour que les chats aient un syndicat assez faible.

    Il a aussi organisĂ© une lutte contre l’illettrisme, offrant l’école gratuite aux limitĂ©s avant de leur rappeler qu’ils devront ensuite cent quarante cinq ans de service Ă  l’Empire. VoilĂ  une belle politique publique. Lire ouvre des portes. Certaines donnent sur des chaĂźnes. Mais des chaĂźnes alphabĂ©tisĂ©es, ce qui est dĂ©jĂ  un progrĂšs.

    Chez la [=o]ConfĂ©dĂ©ration Libre, [=o]Pr Jean-Michel Nobyl lance des recherches sur les missiles nuclĂ©aires pour accĂ©lĂ©rer la mutation gĂ©nĂ©tique gĂ©nĂ©rale, avec cette dĂ©licatesse confĂ©dĂ©rĂ©e consistant Ă  espĂ©rer ne pas toucher l’Ehpad de [=o]Monique. Il enquĂȘte aussi sur l’échec de la dĂ©mocratie et conclut que le problĂšme vient des Normies, combustible Ă©lectoral de mauvaise qualitĂ©. La dĂ©mocratie aurait donc Ă©chouĂ© parce que les mauvaises personnes ont votĂ©. C’est une dĂ©couverte remarquable, surtout pour un rĂ©gime censĂ© aimer les Ă©lecteurs avant de dĂ©couvrir ce qu’ils font avec un bulletin.

    Le [=o]Paradigme Vert, lui, officialise le [=o]Culte de la Grande Déesse grùce à [=o]Bartolomus Ravenloft, qui découvre la technologie pendant que des notes brûlent par erreur. Les miracles, décidément, aiment beaucoup les laboratoires mal rangés.

    Je note donc que la science cybermondiale se divise en trois Ă©coles. L’Empire invente des horreurs assumĂ©es. La ConfĂ©dĂ©ration veut corriger l’électorat avec des gĂšnes et des missiles. Le Paradigme transforme ses incendies de notes en religion officielle.

    Franchement, l’Empire paraĂźt presque raisonnable. Les chercheurs peuvent venir nier. Les chats peuvent venir se cacher. Les Normies peuvent dĂ©poser plainte mais uniquement s’ils savent lire les petites lignes. Enfin, terminons avec les petites morsures du monde, parce qu’elles donnent souvent le meilleur goĂ»t au sang de l’actualitĂ©.

    [=o]Cassandre Lemage Ruthven entraĂźne les occupants du [=o]Domaine des Rois dans une dĂ©bauche pour le mariage d’[=o]Emile et de [=o]PrĂ©cieuse, avec une danse des pouces, des coudes, des genoux, des pieds, des fesses, des yeux qui louchent et d’un cheveu sur la langue. Il y a des mariages qui Ă©meuvent. Celui-ci semble vouloir dĂ©poser une plainte contre la dignitĂ©. Mais au moins, on danse. Et dans ce monde, danser pour l’amour au milieu des ruines mĂ©rite presque un salut.

    [=o]Lord Golgoth Ruthven se fait agresser par des rebelles. [=o]Mench0 aussi. [=o]Tormenta aussi. [=o]Elune Von Voda tombe dans un piĂšge aux Services Secrets. [=o]Ivictus reçoit une enclume sur la tĂȘte. [=o]Jojo l’Affreux brĂ»le des notes scientifiques. [=o]Jay et [=o]Lola sont aperçus dans une rumeur sibĂ©rienne autour d’un appareil bizarre. [=o]Neodym Seltenerd achĂšte une villa. [=o]La relique Philosophie SyncrĂ©tique de Franck Mysti aurait Ă©tĂ© dĂ©truite par un rationaliste extrĂ©miste. La journĂ©e se termine donc comme elle se doit, avec des danses, des piĂšges, des rebelles, de l’immobilier, de la science abĂźmĂ©e et une philosophie dĂ©truite par quelqu’un qui voulait probablement simplifier le dĂ©bat au marteau.

    Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que cette Ă©mission a encore touchĂ©e une veine. [=o]Bladimir peut expliquer comment rĂ©gner avec vingt deux couronnes et trois pactes. [=o]GĂ©ofront peut dire si vingt pour cent suffit Ă  recoller une province qui a dĂ©jĂ  prĂ©parĂ© sa valise. [=o]Selriche peut nous enseigner la pensĂ©e magique immobiliĂšre. [=o]Kenza peut classer les auditeurs entre criminels et personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables. [=o]Dusk et Aurora peut recevoir les fĂ©licitations qu’il mĂ©rite pour avoir baissĂ© les taxes de [=o]Trou Perdu. [=o]Jaylie peut nous rappeler que le sarcasme est une hygiĂšne publique. [=o]Bob peut garder ses chats loin de mon studio.

    Ici Kleo, depuis la salle du trîne de l’Empire Brun, sous les chandelles, les crñnes, les dorures anciennes et la toile qui sait exactement quand se refermer.

    ___

    Vous n’ĂȘtes pas fou ?
    Aucun problĂšme.

    Nous vous formerons.
  • postĂ© 17/07 (00:34)
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    Bonsoir Sicilia. Bonsoir Empire. Bonsoir aussi à tous ceux qui prétendent ne jamais écouter cette émission avant d'en citer le moindre mot dÚs le lendemain matin dans une taverne. Je vous vois, ne faites pas semblant. Les murs ont des oreilles, les tavernes ont des langues et moi j'ai des araignées. Elles sont nettement plus fiables que les chroniqueurs politiques et infiniment moins chÚres à nourrir.

    Je vous propose d'ailleurs de commencer notre voyage lĂ  oĂč les grands principes rencontrent toujours le mĂȘme destin. Le ValĂ©gro. Cette merveilleuse province oĂč chacun affirme vouloir protĂ©ger le peuple avec une sincĂ©ritĂ© bouleversante tout en passant une partie considĂ©rable de sa journĂ©e Ă  lui expliquer pourquoi il doit dĂ©sormais payer davantage, produire davantage, obĂ©ir davantage et surtout remercier davantage. J'admire cette capacitĂ© qu'ont certains gouvernements Ă  prĂ©senter une gifle comme une caresse Ă©ducative. Il faut un talent immense pour rĂ©ussir une telle performance sans Ă©clater de rire au milieu de son propre discours.

    Prenez donc cette affaire qui agite actuellement Fort Emouchet. À premiĂšre vue, elle ressemble Ă  une banale querelle administrative. En rĂ©alitĂ©, c'est une vĂ©ritable piĂšce de théùtre oĂč chacun est persuadĂ© d'incarner le hĂ©ros alors que le public commence sĂ©rieusement Ă  soupçonner qu'il n'y a plus que des seconds rĂŽles. D'un cĂŽtĂ©, [=o]Jean-Luc Selriche poursuit son grand projet de bonheur kollectif avec l'Ă©nergie d'un homme convaincu que la prospĂ©ritĂ© se mesure au nombre de formulaires distribuĂ©s et que toute rĂ©sistance Ă  l'impĂŽt constitue probablement une pathologie mĂ©dicale. De l'autre, [=o]PierreJean continue de dĂ©fendre une idĂ©e presque rĂ©volutionnaire dans le monde moderne, celle selon laquelle il serait peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de laisser les habitants produire des richesses avant de leur expliquer avec enthousiasme pourquoi elles appartiennent dĂ©jĂ  Ă  quelqu'un d'autre.

    Et c'est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que cette histoire cesse d'ĂȘtre une simple dispute entre administrateurs pour devenir une dĂ©monstration politique absolument fascinante. Chacun croit profondĂ©ment avoir raison. Les uns augmentent les taxes au nom du bien commun. Les autres dĂ©noncent ces dĂ©cisions au nom de ce mĂȘme bien commun. Les bĂątiments changent de propriĂ©taire avec une facilitĂ© dĂ©concertante pendant que les discours deviennent toujours plus grandiloquents, comme si chaque nouvelle dĂ©claration pouvait faire oublier que les habitants regardent surtout disparaĂźtre leurs outils de travail. J'ai toujours trouvĂ© extraordinaire cette capacitĂ© qu'ont les dirigeants Ă  parler de prospĂ©ritĂ© avec une telle assurance au milieu des gravats. Les pierres, elles, restent d'un scepticisme admirable.

    Je voudrais maintenant quitter un instant les plaines du ValĂ©gro, oĂč les administrations continuent de labourer les citoyens avec une application presque agricole, pour traverser les dunes de Mystisie. LĂ -bas, le sable a cette Ă©trange propriĂ©tĂ© de conserver les empreintes bien plus longtemps que les promesses politiques. C'est une terre oĂč les caravanes disparaissent, oĂč les tempĂȘtes ensevelissent les monuments avant mĂȘme qu'ils aient une histoire et oĂč les ambitions, elles, refusent obstinĂ©ment de mourir. Je dois reconnaĂźtre que j'aime profondĂ©ment cette province. Pas seulement parce qu'elle appartient Ă  l'Empire Brun. Non. Je l'aime parce qu'elle attire systĂ©matiquement les personnalitĂ©s convaincues que le destin du Cybermonde attendait prĂ©cisĂ©ment leur arrivĂ©e. Mystisie agit sur les mĂ©galomanes comme une bouteille de trĂšs bon vin agit sur un poĂšte. Elle ne les transforme pas. Elle rĂ©vĂšle simplement ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ .

    Et cette semaine, force est d'admettre que [=o]Octave Sombrefer n'a pas fait les choses Ă  moitiĂ©. Certains gouverneurs se contentent d'inaugurer une route ou de promettre une nouvelle auberge. C'est dĂ©jĂ  trĂšs bien. C'est utile. C'est mĂȘme respectable. Lui prĂ©fĂšre annoncer une rĂ©organisation complĂšte de la rĂ©alitĂ©. Une Magocratie. Un DĂ©sert DĂ©moniaque. Une immense campagne de fouilles archĂ©ologiques destinĂ©e Ă  retrouver des artefacts capables d'appeler des lĂ©gions dĂ©moniaques. Puis, dans un mouvement d'une modestie presque touchante, la conquĂȘte de l'Empire Brun avant celle du Cybermonde tout entier. J'admire cette capacitĂ© qu'ont certains dirigeants Ă  toujours prĂ©voir leur agenda trĂšs en avance. Personnellement, je peine dĂ©jĂ  Ă  organiser correctement mes repas lorsque [=o]Renato oublie de me servir Ă  l'heure. D'autres planifient la domination mondiale avant le dĂźner. Chacun ses talents.

    Naturellement, les esprits raisonnables ont immĂ©diatement levĂ© les yeux au ciel. Ils parlent de folie. De dĂ©lire. De mĂ©galomanie. Les mĂȘmes personnes qui expliquaient hier encore qu'aucun Empire ne survivrait longtemps Ă  ses propres contradictions. Les mĂȘmes experts qui annoncent la chute du monde avec une rĂ©gularitĂ© telle qu'ils finiront probablement par avoir raison un jour, uniquement par Ă©puisement statistique. Les prophĂštes de catastrophe sont des gens trĂšs confortables. Lorsqu'ils Ă©chouent, ils annoncent simplement la catastrophe suivante. Lorsqu'ils rĂ©ussissent, ils rĂ©clament qu'on relise leurs anciennes analyses. C'est un mĂ©tier que je respecte Ă©normĂ©ment. Il ne demande absolument aucun rĂ©sultat.

    Car au fond, ce qui me fascine dans cette histoire n'est pas le projet d'[=o]Octave Sombrefer. Les projets grandioses existent depuis que les premiers rois ont dĂ©couvert qu'une couronne permettait aussi de rĂȘver Ă  voix haute. Ce qui m'intĂ©resse davantage, c'est la rĂ©action du reste du Cybermonde. Il suffit qu'un homme annonce vouloir retrouver une lampe dĂ©moniaque enfouie sous plusieurs mĂštres de sable pour que tout le monde oublie soudain ses propres ambitions tout aussi extravagantes. Certains gouvernements prĂ©tendent reconstruire des sociĂ©tĂ©s parfaites. D'autres promettent un bonheur universel garanti par dĂ©cret. Quelques royaumes changent de souverain avec une frĂ©quence qui ferait passer une auberge pour un modĂšle de stabilitĂ©. Pourtant c'est toujours le voisin que l'on traite de fou. VoilĂ  une tradition intercybermondiale qui traverse les siĂšcles avec une remarquable fidĂ©litĂ©.

    Je serais d'ailleurs bien incapable de dire oĂč commence exactement la mĂ©galomanie. Est-ce lorsqu'un homme affirme vouloir conquĂ©rir le monde ? Ou lorsqu'il est persuadĂ© que personne d'autre n'en est capable ? L'Histoire possĂšde un humour trĂšs particulier. Elle se moque rarement des rĂȘveurs. Elle prĂ©fĂšre ridiculiser ceux qui Ă©taient absolument certains que les rĂȘveurs Ă©choueraient. Les archives impĂ©riales regorgent de certitudes mortes de vieillesse.

    Pendant ce temps, les fouilles avancent. Des chantiers apparaissent dans le dĂ©sert. Des expĂ©ditions sillonnent les dunes avec cette obstination propre aux chercheurs de trĂ©sors qui refusent d'admettre qu'ils pourraient simplement rentrer chez eux les mains vides. Certains y voient une perte de temps. D'autres une formidable aventure. Quant Ă  moi, je constate surtout que la Mystisie reste fidĂšle Ă  elle-mĂȘme. C'est probablement la seule province oĂč l'on peut annoncer sĂ©rieusement que l'on part dĂ©terrer une relique dĂ©moniaque sans provoquer autre chose qu'un haussement d'Ă©paules suivi d'un trĂšs poli « Bon courage ».

    Il y a cependant un dĂ©tail qui mĂ©rite davantage d'attention. DerriĂšre les grands discours, derriĂšre les proclamations et les visions impĂ©riales, [=o]Octave Sombrefer rappelle malgrĂ© lui une vĂ©ritĂ© assez ancienne. Les peuples ont besoin d'histoires presque autant qu'ils ont besoin de pain. Gouverner uniquement avec des chiffres fatigue rapidement les foules. Gouverner avec un mythe, une quĂȘte et quelques ruines mystĂ©rieuses... voilĂ  qui nourrit autrement l'imagination. Les empires ne tiennent jamais uniquement grĂące Ă  leurs armĂ©es. Ils tiennent parce qu'ils offrent Ă  leurs habitants quelque chose de plus confortable encore que la sĂ©curitĂ©. Ils leur donnent l'impression de participer Ă  une histoire plus grande qu'eux-mĂȘmes.

    Je n'ai donc aucun conseil Ă  donner Ă  [=o]Octave Sombrefer. Les ambitieux Ă©coutent rarement les conseils et les conquĂ©rants encore moins. En revanche, je me permettrai une simple observation. Les plus grands empires ne sont pas toujours bĂątis par ceux qui rĂȘvent le plus grand. Ils le sont souvent par ceux qui savent convaincre les autres que ce rĂȘve mĂ©rite d'ĂȘtre partagĂ©. ConquĂ©rir une province est une affaire militaire. ConquĂ©rir une imagination est une affaire infiniment plus difficile et vous avez fait mention de conquĂ©rir la mienne.

    Enfin... si jamais quelqu'un retrouve réellement une antique lampe capable d'invoquer des légions démoniaques, je demanderais simplement qu'on prévienne la rédaction avant de déclencher la fin du monde. Il serait regrettable que Radio Nécrotoile manque un sujet d'une telle qualité pour une simple question d'organisation.

    Il existe des nations qui bĂątissent leur puissance sur leurs armĂ©es. D'autres sur leur commerce. Certaines sur leur foi. Puis il y a la RuthvĂ©nie, qui semble avoir choisi depuis plusieurs semaines de construire son avenir autour d'une question absolument essentielle. Qui possĂšde la bonne couronne. VoilĂ  un dĂ©bat admirable. Non parce qu'il soit particuliĂšrement utile mais parce qu'il rĂ©sume Ă  lui seul toute la politique moderne. Les rĂ©coltes peuvent attendre. Les routes s'effondreront bien demain. Les provinces continueront d'exister avec ou sans discours. En revanche, dĂ©terminer laquelle de deux couronnes mĂ©rite le droit d'ĂȘtre portĂ©e devient soudain une urgence nationale. J'ai toujours trouvĂ© fascinant ce pouvoir qu'ont les symboles. Ils finissent souvent par coĂ»ter davantage d'Ă©nergie que ce qu'ils Ă©taient censĂ©s reprĂ©senter.

    Le [=o]Roi Bladimir Bladimirovitch Mutin a donc rappelĂ© Ă  son royaume que l'enquĂȘte devait avancer et que les plaisanteries administratives avaient suffisamment durĂ©. DerriĂšre son ton volontairement théùtral se cache pourtant une inquiĂ©tude bien rĂ©elle. Une monarchie ne peut tolĂ©rer trĂšs longtemps que l'on doute de ce qui fait prĂ©cisĂ©ment son autoritĂ©. Les royaumes vivent autant de cĂ©rĂ©monies que de soldats. Si la couronne devient un simple objet parmi d'autres alors le trĂŽne lui-mĂȘme commence Ă  perdre quelques centimĂštres de hauteur. Les sceptiques appellent cela de la superstition. Les vieux souverains, eux, savent que les peuples obĂ©issent souvent davantage Ă  une histoire qu'Ă  une Ă©pĂ©e.

    Mais comme toujours en RuthvĂ©nie, il suffit qu'une affaire semble prendre une direction claire pour qu'une autre voix surgisse aussitĂŽt et dĂ©cide qu'il serait infiniment plus raisonnable de remettre absolument tout en question. Les appels Ă  la rĂ©volution fleurissent avec une rĂ©gularitĂ© presque botanique. Les discours se rĂ©pondent d'une place Ă  l'autre. Les anciens idĂ©aux sont convoquĂ©s comme des tĂ©moins dans un procĂšs oĂč chacun est persuadĂ© d'incarner la vĂ©ritable tradition. J'ai parcouru plusieurs de ces dĂ©clarations avec beaucoup d'attention et j'y ai retrouvĂ© ce parfum si particulier des nations qui regardent davantage leur passĂ© que leur horizon. Chacun invoque les ancĂȘtres. Personne ne semble vouloir leur demander ce qu'ils auraient fait Ă  leur place.

    Il faut reconnaĂźtre Ă  la RuthvĂ©nie un talent que peu d'États possĂšdent encore. Elle transforme chaque crise politique en tragĂ©die romantique. LĂ  oĂč d'autres gouvernements s'Ă©changent des chiffres et des rapports administratifs, les RuthvĂšnes parlent de destin, d'honneur, de rĂ©volution, de sang et de fidĂ©litĂ©. C'est infiniment plus Ă©lĂ©gant. Beaucoup moins reposant aussi. On ne peut pas vivre Ă©ternellement dans une piĂšce de théùtre sans finir par oublier oĂč se trouve la sortie de scĂšne.

    Je voudrais d'ailleurs attirer votre attention sur une Ă©trange similitude entre tous les camps qui s'affrontent. Ils prĂ©tendent naturellement dĂ©fendre des visions incompatibles. Les uns accusent les autres de trahir l'esprit du royaume. Les autres rĂ©pondent qu'ils sont les seuls hĂ©ritiers lĂ©gitimes des anciennes valeurs. Pourtant, lorsqu'on retire les drapeaux, les uniformes et les grands discours, tous poursuivent exactement le mĂȘme objectif. Chacun rĂȘve d'une RuthvĂ©nie qui lui donnerait enfin raison. VoilĂ  peut-ĂȘtre la plus vieille maladie politique du monde. Confondre le salut d'une nation avec la victoire de sa propre opinion.

    Pendant ce temps, la vie continue avec cette insolence que les idéologies ne parviennent jamais complÚtement à dompter. Des commerçants ouvrent leurs échoppes. Des artisans fabriquent encore leurs outils. Des aubergistes servent leurs clients sans leur demander au préalable s'ils soutiennent la bonne faction. Les véritables piliers d'un royaume ne siÚgent pas toujours dans les palais. Ils travaillent souvent derriÚre un comptoir, un établi ou un champ. Ils regardent passer les souverains comme les saisons. Avec une certaine curiosité et une immense patience.

    C'est peut-ĂȘtre pour cette raison que je souris toujours lorsqu'on annonce une rĂ©volution imminente. Les rĂ©volutions aiment Ă©normĂ©ment les discours. Les peuples prĂ©fĂšrent gĂ©nĂ©ralement le pain chaud. Les premiĂšres promettent un avenir radieux. Les seconds espĂšrent simplement que demain ressemblera suffisamment Ă  aujourd'hui pour pouvoir continuer Ă  vivre. Cette diffĂ©rence paraĂźt minuscule. Elle explique pourtant pourquoi tant de grandes rĂ©volutions terminent leur existence dans les livres d'Histoire pendant que les boulangers, eux, ouvrent encore leurs portes chaque matin.

    Ne vous mĂ©prenez pas. Je ne me moque pas de la RuthvĂ©nie. Au contraire. Je lui reconnais une qualitĂ© que beaucoup ont perdue. Elle croit encore que les idĂ©es mĂ©ritent qu'on se batte pour elles. C'est respectable. J'aimerais simplement que quelqu'un rappelle de temps en temps aux diffĂ©rents prĂ©tendants que gouverner consiste Ă©galement Ă  remplir les greniers, rĂ©parer les routes et empĂȘcher les citoyens de s'entretuer entre deux grands principes. Les royaumes meurent rarement d'un manque d'hĂ©roĂŻsme. Ils meurent bien plus souvent d'un excĂšs de certitudes.

    Alors je regarderai cette histoire de couronnes avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt que les prĂ©cĂ©dentes. Parce qu'au fond, peu importe finalement laquelle sera reconnue comme la vĂ©ritable. Dans quelques annĂ©es, un nouveau souverain en portera une autre et les chroniqueurs expliqueront avec le plus grand sĂ©rieux que celle-ci est Ă©videmment la seule authentique. Les symboles changent de tĂȘte. Les peuples, eux, continuent d'espĂ©rer que quelqu'un finira par mĂ©riter de les porter.

    Je laisse nĂ©anmoins les lignes de Radio NĂ©crotoile ouvertes. Si un prĂ©tendant, un rĂ©volutionnaire, un royaliste convaincu ou mĂȘme une couronne elle-mĂȘme souhaite venir dĂ©fendre sa version des faits, la rĂ©daction l'accueillera avec toute l'impartialitĂ© qui fait notre rĂ©putation. Naturellement, le fait que nous ayons dĂ©jĂ  notre opinion ne doit dĂ©courager personne. Il est toujours intĂ©ressant d'entendre quelqu'un expliquer pourquoi il avait tort avec autant de conviction.

    AprĂšs avoir traversĂ© les tempĂȘtes politiques du ValĂ©gro, les rĂȘves impĂ©riaux de Mystisie et les querelles de couronnes ruthvĂšnes, il est presque reposant de revenir en Sicilia. Je dis bien *presque*. Car ceux qui imaginent encore notre province comme un petit coin tranquille oĂč les habitants passent leurs journĂ©es Ă  boire du vin et discuter de cuisine n'ont probablement jamais essayĂ© d'y passer une semaine complĂšte. Sicilia possĂšde une qualitĂ© trĂšs rare. Elle donne constamment l'impression que tout est sous contrĂŽle alors qu'il s'y passe toujours quelque chose d'absolument improbable. Seulement ici, personne ne pousse de grands cris. On balaie devant sa porte, on relĂšve les manches et on continue d'avancer pendant que le reste du monde organise des confĂ©rences pour expliquer pourquoi il est incapable d'en faire autant.

    Les [=o]Dei Machiavelli ont encore occupĂ© une bonne partie de l'espace politique de Trou Perdu. [=o]Martina D. Dei[*n]Machiavelli a naturellement rappelĂ© son attachement Ă  l'ImpĂ©ratrice [=o]LachĂ©sis tout en dĂ©cochant quelques flĂšches bien senties vers le Paradigme Vert. Rien de trĂšs surprenant. Les Ă©cologistes radicaux et les Bruns entretiennent depuis longtemps cette relation Ă©trange oĂč chacun est convaincu que l'autre reprĂ©sente l'avenir... mais de la catastrophe. Je dois reconnaĂźtre une certaine Ă©lĂ©gance Ă  cette constance. Les convictions deviennent beaucoup plus crĂ©dibles lorsqu'elles survivent aux changements de mode. Et si les discours ne suffisent pas toujours Ă  convaincre les adversaires, ils ont au moins le mĂ©rite de rappeler aux amis pourquoi ils sont restĂ©s.

    Pendant ce temps, la gouvernance sicilienne poursuit tranquillement son chemin. [=o]Jaylie Dei[*n]Machiavelli continue de tenir la province, [=o]Dusk et Aurora poursuivent leur travail d'intendance avec cette sobriété qui les caractérise et les habitants continuent de faire ce qu'ils savent faire de mieux. Produire. Construire. Vivre. C'est terriblement peu spectaculaire. Les chroniqueurs politiques détestent ce genre de période. Une administration qui fonctionne correctement produit infiniment moins d'articles qu'une révolution. Pourtant, lorsque les fumées se dissipent et que les grands orateurs rentrent chez eux, ce sont toujours les provinces stables qui récoltent les bénéfices du vacarme des autres.

    Des homards géants, des géants des montagnes, des rapaces, des pigeons belliqueux, des démons mineurs et quelques individus qui demeurent objectivement plus dangereux que tout ce petit monde réuni. J'apprécie énormément cette diversité. Elle nous rappelle qu'ici, le principal prédateur n'est pas toujours celui qui possÚde les plus longues griffes. Il arrive parfois qu'il porte un costume, un uniforme ou un titre de ministre.

    Je remarque Ă©galement avec une certaine tendresse que les tartes Ă  la crĂšme poursuivent leur carriĂšre diplomatique avec une efficacitĂ© remarquable. Les empires changent. Les gouvernements tombent. Les alliances se font et se dĂ©font. La tarte, elle, demeure. Il existe probablement moins de rancune aprĂšs une bonne pĂątisserie en plein visage qu'aprĂšs certains sommets internationaux. VoilĂ  peut-ĂȘtre une piste que les chancelleries devraient explorer davantage.

    Car au fond, que retiendrons-nous de cette journĂ©e ? Un gouverneur qui rĂȘve d'un empire immense. Un royaume qui cherche une couronne. Une rĂ©publique qui dĂ©couvre que le bonheur administratif ne convainc pas toujours les administrĂ©s. Une Sicilia qui poursuit son chemin sans Ă©prouver le besoin de transformer chaque dĂ©cision en tragĂ©die nationale. VoilĂ  un tableau assez fidĂšle de notre Ă©poque. Tout le monde parle trĂšs fort. Ceux qui travaillent parlent gĂ©nĂ©ralement beaucoup moins.

    Je terminerai donc cette émission par un conseil que personne ne suivra. Méfiez-vous des gens qui vous promettent un avenir parfait. Ils commencent presque toujours par vous expliquer que le présent constitue un léger désagrément nécessaire. Les empires les plus solides ne sont pas ceux qui promettent le paradis. Ce sont ceux qui permettent simplement à leurs habitants de rentrer chez eux le soir avec l'impression d'avoir construit quelque chose d'utile.

    Les lignes de Radio Nécrotoile restent naturellement ouvertes. Les gouvernements peuvent venir contester nos analyses. Les révolutionnaires peuvent venir annoncer la prochaine révolution qui sera, cette fois c'est certain, la bonne. Les rois peuvent défendre leurs couronnes. Les conquérants leurs cartes. Les bureaucrates leurs formulaires. Nous écouterons tout le monde avec une attention sincÚre et une mauvaise foi parfaitement équitable.

    Quant à ceux qui n'ont rien à déclarer... revenez demain.

    ___

    Vous n’ĂȘtes pas fou ?
    Aucun problĂšme.

    Nous vous formerons.
  • postĂ© 18/07 (01:42)
    +1 -0 +1 


    Bonsoir Ă  vous, habitants de Sicilia, voyageurs de passage, gouvernants persuadĂ©s que leurs discours survivront aux siĂšcles et lecteurs qui ouvrent directement cette chronique en espĂ©rant y apercevoir leur propre nom. Ne soyez pas gĂȘnĂ©s. Si j'Ă©tais Ă  votre place, je commencerais exactement par lĂ .

    Aujourd'hui, impossible de regarder ailleurs que vers la Mystisie. À peine les nouveaux responsables prennent-ils leurs fonctions que Octave Sombrefer donne dĂ©jĂ  le ton. Les fouilles archĂ©ologiques reprennent, un quartier gĂ©nĂ©ral dĂ©moniaque est annoncĂ© et les terroristes reçoivent un message d'une simplicitĂ© presque dĂ©sarmante. Il leur demande d'arrĂȘter. VoilĂ  une mĂ©thode politique qui mĂ©rite d'ĂȘtre saluĂ©e. D'autres gouvernements Ă©laborent des plans complexes, crĂ©ent des commissions d'enquĂȘte et rĂ©digent des rapports de plusieurs dizaines de pages. Le Sultan, lui, tente encore l'ancienne mĂ©thode consistant Ă  supposer que des terroristes finiront peut-ĂȘtre par Ă©couter si on leur demande suffisamment poliment. J'ignore si cela fonctionnera mais je reconnais une certaine Ă©lĂ©gance Ă  cette naĂŻvetĂ© parfaitement assumĂ©e.

    Il faut cependant reconnaĂźtre que Octave possĂšde un talent beaucoup plus prĂ©cieux que celui de gouverner. Il sait attirer les regards. Chaque annonce provoque dĂ©jĂ  des commentaires, des rĂ©actions et parfois mĂȘme des inquiĂ©tudes. C'est gĂ©nĂ©ralement le signe qu'un personnage commence rĂ©ellement Ă  exister. Les dirigeants oubliables administrent des provinces. Les autres deviennent des sujets de conversation. Et puisqu'il a eu l'audace de me nommer officiellement biographe de sa future conquĂȘte du Cybermonde, je considĂšre dĂ©sormais qu'il est de mon devoir de noter chacune de ses promesses. Je ne sais pas encore si elles finiront dans un livre d'Histoire ou dans un rayon consacrĂ© aux ambitions beaucoup trop optimistes. Dans les deux cas, le rĂ©cit promet d'ĂȘtre intĂ©ressant.

    La journĂ©e aurait pu s'arrĂȘter sur cette dĂ©monstration de confiance presque insolente. La Mystisie en avait dĂ©cidĂ© autrement. Quelques instants plus tard, l'HĂŽtel Chez Monique se retrouve Ă©vacuĂ© Ă  cause d'une alerte Ă  la bombe. Jusqu'ici, rien de trĂšs inhabituel pour le Cybermonde. Ce qui m'a davantage interpellĂ©e est le contenu du message laissĂ© derriĂšre cette petite dĂ©monstration de civisme. AprĂšs avoir rappelĂ© avec un enthousiasme dĂ©bordant que le Sultan avait raison par principe, son auteur termine tranquillement en invitant tout le monde Ă  aller manger chez Layla. VoilĂ  probablement la premiĂšre opĂ©ration terroriste dont l'objectif secondaire consiste Ă  amĂ©liorer la frĂ©quentation d'un restaurant concurrent. Je dois reconnaĂźtre que les mĂ©thodes publicitaires deviennent de plus en plus crĂ©atives.

    Mais avant de quitter la Mystisie, je serais profondĂ©ment injuste si je passais sous silence la performance de Silas des Sables. Peu d'hommes peuvent prĂ©tendre ĂȘtre entrĂ©s volontairement en prison et en ĂȘtre ressortis presque avant que la porte ne se referme derriĂšre eux. Deux minutes. C'est Ă  peine le temps nĂ©cessaire pour choisir une biĂšre dans certaines tavernes. Si cette efficacitĂ© devient la norme, je suggĂšre trĂšs officiellement que les geĂŽles mystisiennes installent un comptoir d'accueil et distribuent des cartes de fidĂ©litĂ©. AprĂšs tout, lorsqu'un sĂ©jour carcĂ©ral dure moins longtemps qu'une conversation, autant rendre l'expĂ©rience agrĂ©able.

    VoilĂ  qui nous conduit naturellement vers d'autres provinces oĂč certains candidats parviennent Ă  oublier le nom du poste auquel ils se prĂ©sentent tandis que d'autres dĂ©cident qu'un pagne suffit largement pour participer Ă  la vie politique. Et je vous assure que je n'invente absolument rien. Le Cybermonde s'en charge trĂšs bien sans mon aide.

    Mais pendant que la Mystisie perfectionne son art trĂšs personnel de mĂ©langer conquĂȘtes, explosions et publicitĂ© pour les Ă©tablissements voisins, la RĂ©publik de Kraland continue de prouver qu'il est parfaitement possible de produire autant d'animation sans tirer la moindre Ă©pĂ©e. Il suffit de rĂ©unir quelques citoyens convaincus d'avoir raison et de leur offrir une tribune suffisamment grande. Le reste se fait tout seul.

    Je voudrais d'ailleurs fĂ©liciter Jean-Luc Selriche, qui nous a livrĂ© ce que les historiens qualifieront peut-ĂȘtre un jour de plus belle publicitĂ© involontaire pour la naturalisation kralandaise. Selon lui, obtenir des papiers de la RĂ©publik l'aurait transformĂ© en un homme nouveau. Fini la procrastination, envolĂ©e la paresse, disparues les mauvaises habitudes. Les idĂ©es affluent dĂ©sormais avec une facilitĂ© dĂ©concertante et le travail semble presque devenir un plaisir. J'ignore ce que les fonctionnaires kralandais glissent exactement dans leurs formulaires administratifs mais je commence sĂ©rieusement Ă  soupçonner l'existence d'une substance jusqu'ici inconnue de la mĂ©decine moderne. Si quelques feuilles timbrĂ©es suffisent rĂ©ellement Ă  produire de tels miracles, l'Empire Brun ferait peut-ĂȘtre bien d'en importer une cargaison... uniquement pour les Ă©tudier, naturellement.

    Cette belle profession de foi n'a évidemment pas tardé à attirer quelques réponses. Les échanges se sont multipliés avec cette élégance toute particuliÚre que seuls les Kralandais savent produire. Chacun redistribue l'argent de quelqu'un d'autre, chacun explique pourquoi sa vision de la solidarité est objectivement la meilleure et chacun termine la discussion persuadé d'avoir brillamment démontré l'évidence. J'observe toujours ces débats avec une certaine admiration. Dans beaucoup de pays, une dispute politique finit autour d'un champ de bataille. En Républik, elle finit autour d'un tableau comptable. Les blessures sont moins visibles mais les cicatrices administratives durent généralement beaucoup plus longtemps.

    La soirée nous a également offert un moment de poésie bureaucratique grùce à Ninoo Chantargent. Voilà une candidate capable de présenter un programme entier avant de retrouver le nom exact de la fonction qu'elle souhaite exercer. Pendant quelques instants, elle hésite, cherche, corrige, improvise et transforme malgré elle une simple candidature en véritable numéro de théùtre. J'avoue avoir trouvé la scÚne étrangement attachante. Les discours parfaitement préparés finissent souvent par se ressembler. Les hésitations, elles, rappellent qu'il y a encore un joueur derriÚre le personnage. Et parfois, c'est précisément ce qui les rend mémorables.

    Mais la palme du spectacle revient sans la moindre hĂ©sitation Ă  Jay Padbol. Alors que certains passent des heures Ă  rĂ©diger des manifestes politiques, lui choisit une mĂ©thode beaucoup plus directe pour attirer l'attention. Le voilĂ  qui dĂ©boule presque vĂȘtu d'un simple pagne, se balance comme un homme ayant manifestement passĂ© trop de temps dans la jungle et transforme un hĂŽtel respectable en dĂ©cor d'aventure exotique. J'ignore encore si cette prestation constituait une campagne Ă©lectorale, une dĂ©monstration athlĂ©tique ou un simple problĂšme vestimentaire. Une chose est certaine, personne n'a oubliĂ© son entrĂ©e. Et dans le Cybermonde, c'est dĂ©jĂ  une victoire politique Ă  part entiĂšre.

    AprÚs ce détour par les grandes déclarations et les campagnes électorales, il est toujours agréable de revenir en Sicilia. Non pas parce que nous serions plus sages que les autres. Ne racontons pas n'importe quoi. Mais parce qu'ici, les discours s'accompagnent généralement d'un chantier, d'une nomination ou d'une tournée à la taverne. Une province qui construit inspire toujours davantage confiance qu'une province qui passe sa journée à expliquer pourquoi elle construira demain.

    Les registres de Trou Perdu en sont encore une excellente démonstration. De nouveaux bùtiments apparaissent, les projets se multiplient et plusieurs habitants continuent discrÚtement à renforcer la province sans ressentir le besoin d'accompagner chaque coup de marteau d'un communiqué de trois pages. J'avoue éprouver une affection particuliÚre pour cette façon de travailler. Les plus belles réussites sont souvent celles que l'on découvre plusieurs jours plus tard en parcourant les archives plutÎt qu'en lisant les proclamations officielles.

    Je ne peux d'ailleurs pas passer sous silence Dusk et Aurora. Ces deux-lĂ  possĂšdent un talent qui devient presque une spĂ©cialitĂ© sicilienne. Ils donnent constamment l'impression de ne rien faire... jusqu'au moment oĂč l'on relit les registres et que leurs noms apparaissent absolument partout. Une amĂ©lioration ici, une dĂ©cision lĂ , un chantier un peu plus loin. Ils travaillent avec cette discrĂ©tion insupportable des gens efficaces. Pour une chroniqueuse, c'est une bĂ©nĂ©diction. Pour leurs adversaires, beaucoup moins. Pendant que certains annoncent la construction d'un empire, eux construisent simplement des morceaux de province. Au final, les pierres ont souvent la mauvaise habitude de survivre plus longtemps que les discours.

    À quelques rues de lĂ , Martina Dei Machiavelli poursuit son Ɠuvre favorite qui consiste Ă  parler avec suffisamment de conviction pour que personne ne puisse prĂ©tendre ignorer ce qu'elle pense. Dans une Ă©poque oĂč beaucoup adaptent leurs idĂ©es au sens du vent, cette femme possĂšde au moins une qualitĂ© devenue rare. Elle assume les siennes. Cela lui attire des soutiens enthousiastes, quelques critiques bien senties et probablement davantage de dĂ©bats qu'elle ne l'avouera publiquement. Mais c'est prĂ©cisĂ©ment le rĂŽle des personnages importants. Une province oĂč tout le monde est d'accord devient rapidement trĂšs silencieuse. Et une province silencieuse est une province dont plus personne ne parle.

    Je remarque également quelque chose qui me plaßt énormément en parcourant les événements de la journée. Sicilia ne repose jamais sur une seule personne. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Les gouvernants gouvernent, les bùtisseurs bùtissent, les commerçants commercent, les aventuriers se jettent dans les ennuis avec une régularité presque professionnelle et quelques araignées particuliÚrement cultivées prennent consciencieusement des notes depuis leur plafond. C'est probablement cette diversité qui donne à la province son caractÚre. On ne vient pas en Sicilia pour admirer des bùtiments. On y vient pour rencontrer les gens qui leur donnent une histoire.

    Voilà pourquoi je continuerai toujours à défendre cette terre avec une objectivité absolument irréprochable. Certains me reprocheront sans doute une légÚre préférence. Je leur répondrai qu'il est trÚs difficile de rester parfaitement neutre lorsque l'on vit entourée de personnages qui prennent autant de plaisir à écrire ensemble. AprÚs tout, une bonne chronique ne se nourrit pas uniquement de grands événements. Elle vit surtout grùce aux joueurs qui transforment une simple journée de jeu en une histoire que l'on aura encore envie de raconter demain. Et sur ce point, mes chers Siciliens, continuez exactement comme ça. Vous rendez mon travail délicieusement facile.

    En refermant tous ces parchemins, je finis par remarquer un dĂ©tail que les principaux intĂ©ressĂ©s ne verront probablement jamais. Aujourd'hui, personne n'a rĂ©ellement parlĂ© de la mĂȘme chose. Octave rĂȘve dĂ©jĂ  d'un avenir Ă©crit en lettres de feu. Jean-Luc dĂ©fend avec enthousiasme son idĂ©al bureaucratique. Ninoo transforme une candidature en scĂšne de théùtre malgrĂ© elle. Jay rappelle qu'il est parfois possible d'attirer davantage l'attention avec un pagne qu'avec un programme politique complet. Pendant ce temps, Dusk, Aurora, Martina et bien d'autres continuent simplement Ă  faire vivre leurs provinces sans se demander si quelqu'un Ă©crira un jour leur nom dans les livres. Et pourtant, c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui me fascine. Le Cybermonde ne tient pas grĂące Ă  ses frontiĂšres. Il tient grĂące aux personnages qui refusent obstinĂ©ment de laisser une journĂ©e devenir ordinaire.

    Je terminerai donc cette édition par une invitation parfaitement désintéressée. Si vous estimez que j'ai oublié un exploit, minimisé votre génie ou accordé beaucoup trop d'importance à votre voisin, les portes de Radio Nécrotoile vous sont grandes ouvertes. Venez protester, venez témoigner, venez défendre votre honneur ou tenter de corriger ma version des faits. Je vous écouterai avec la plus grande attention avant d'expliquer trÚs calmement pourquoi j'avais probablement raison depuis le début.

    D'ici là, continuez à gouverner, à bùtir, à comploter, à aimer, à vous quereller et surtout à écrire. Vous fournissez les histoires. Je me contente de tendre la vieille radio vers le Cybermonde et de laisser les ondes transporter ce joyeux chaos jusque dans les tavernes de l'Empire.

    Bonne nuit Ă  tous... et souvenez-vous d'une chose. Les hĂ©ros Ă©crivent parfois l'Histoire. Les chroniqueurs, eux, choisissent trĂšs souvent la maniĂšre dont on s'en souviendra. đŸ•·ïž

    ___

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    Aucun problĂšme.

    Nous vous formerons.
  • postĂ© 18/07 (02:12)
    +2 -0 +2 


    Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux souverains qui découvrent chaque samedi que leurs plus grandes décisions tiennent finalement dans une colonne de registre, aux révolutionnaires qui appellent cela un soulÚvement quand il s'agit surtout d'une trÚs mauvaise journée, aux diplomates qui distribuent des ultimatums avec le sourire et aux lecteurs qui espÚrent secrÚtement que je me sois davantage moquée de leur voisin que d'eux.

    Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste parfaitement impartiale puisque je trouve des raisons de lever un sourcil devant absolument tout le monde. Je vous parle depuis ma salle de radio oĂč le velours sombre Ă©touffe les Ă©chos, oĂč les chandelles dessinent des ombres sur les vieux crĂąnes empilĂ©s autour de mon trĂŽne et oĂč mes yeux bleus brillent suffisamment pour faire croire que je connais dĂ©jĂ  les catastrophes de la semaine prochaine.

    Comme chaque samedi, nous allons refermer le registre de ces derniers jours. Pas pour distribuer des bons points. Le Cybermonde s'en charge trÚs mal tout seul. Nous allons simplement regarder ce qui s'est passé, qui a gagné, qui a perdu, qui a changé de camp, qui a changé de chaise et qui a surtout réussi à transformer une journée parfaitement normale en anecdote que les tavernes raconteront encore dans plusieurs semaines.

    S'il fallait résumer cette semaine en une seule phrase, je dirais que tout le monde semblait persuadé de défendre la stabilité... en provoquant exactement l'effet inverse. Entre les crises politiques, les changements de pouvoir, les arrestations, les attentats, les mouvements indépendantistes et les ambitions démesurées, le Cybermonde a une nouvelle fois prouvé qu'il était capable de fabriquer davantage d'actualité en sept jours que certains continents en plusieurs décennies. Il faut reconnaßtre un talent collectif. Quand une semaine commence par une nomination et se termine par une révolution, personne ne peut accuser les habitants de manquer d'imagination.

    La RĂ©publik de Kraland a probablement remportĂ© le prix de l'agitation institutionnelle. Le ValĂ©gro est devenu le théùtre d'une crise oĂč chacun prĂ©tend dĂ©fendre la paix avec une Ă©nergie qui ressemble furieusement Ă  une dĂ©claration de guerre. Entre les discours appelant au calme, les accusations croisĂ©es, les manifestations, les rĂ©bellions locales et les dĂ©bats sur l'avenir de la province, il devenait parfois difficile de savoir qui gouvernait encore rĂ©ellement la situation. Les gouvernements aiment rĂ©pĂ©ter que tout est sous contrĂŽle. Les habitants, eux, regardent surtout si leur maison appartient toujours au mĂȘme pays qu'au rĂ©veil.

    Pendant ce temps, le GĂ©ofront n'a cessĂ© de faire entendre une voix de plus en plus difficile Ă  ignorer. Les appels Ă  davantage d'autonomie, voire Ă  une vĂ©ritable indĂ©pendance, se sont multipliĂ©s tout au long de la semaine. Ce qui n'Ă©tait peut-ĂȘtre qu'un mĂ©contentement il y a encore quelques jours ressemble dĂ©sormais Ă  une revendication politique assumĂ©e. Les monarchies dĂ©testent gĂ©nĂ©ralement ce moment trĂšs prĂ©cis oĂč leurs provinces cessent de demander des rĂ©formes pour commencer Ă  demander une porte de sortie. C'est rarement bon signe pour la tranquillitĂ© des palais.

    Et pendant que certaines nations cherchaient Ă  empĂȘcher leurs provinces de partir, d'autres se demandaient simplement qui porterait la couronne. La RuthvĂ©nie a poursuivi sa dĂ©sormais cĂ©lĂšbre Course au TrĂŽne Maudit, transformant la succession royale en compĂ©tition dĂ©moniaque parfaitement assumĂ©e. Il faut reconnaĂźtre Ă  ce Royaume une qualitĂ© devenue rare. Lorsqu'il dĂ©cide d'organiser une crise politique, il le fait avec suffisamment de panache pour que mĂȘme les dĂ©mons acceptent de participer. Peu de monarchies peuvent prĂ©tendre gĂ©rer leur avenir comme une Ă©preuve sportive arbitrĂ©e par les enfers. C'est absurde. C'est théùtral. C'est trĂšs ruthvĂšne.

    Si une nation a particuliĂšrement occupĂ© les conversations cette semaine, c'est bien la Mystisie. L'arrivĂ©e de Octave Sombrefer Ă  la tĂȘte du Sultanat n'a laissĂ© Ă  personne le temps de s'installer confortablement. Les nominations se sont enchaĂźnĂ©es, les institutions ont retrouvĂ© un rythme soutenu et les premiers grands projets ont Ă©tĂ© annoncĂ©s avec cette dĂ©licatesse toute personnelle qui consiste Ă  parler de conquĂ©rir le Cybermonde avant mĂȘme d'avoir terminĂ© de dĂ©placer les meubles dans son palais.

    Je dois reconnaßtre une qualité à Octave. Il ne promet jamais de petites choses. Certains gouverneurs annoncent une nouvelle route ou un marché couvert. Lui évoque des fouilles archéologiques, une future Légion démoniaque, la domination du désert et un avenir que l'Histoire retiendra forcément. On peut sourire devant une telle confiance mais il faut lui accorder un mérite incontestable. Il donne immédiatement envie de voir s'il ira réellement jusqu'au bout de ses ambitions. Les grands personnages ne sont pas forcément ceux qui réussissent. Ce sont souvent ceux qui donnent envie de suivre leur parcours.

    Naturellement, une semaine mystisienne ne pouvait pas se limiter à des nominations. Une alerte à la bombe est venue rappeler que le désert possÚde toujours ce goût trÚs particulier pour les démonstrations spectaculaires. Le plus étonnant n'était pourtant pas l'évacuation de l'hÎtel mais le message qui l'accompagnait. AprÚs avoir rappelé avec beaucoup d'application que le Sultan avait toujours raison, son auteur jugea utile de recommander aux voyageurs d'aller déjeuner chez un établissement concurrent. Voilà une conception du terrorisme que je découvre avec curiosité. Certains utilisent la peur pour faire avancer une idéologie. D'autres semblent surtout vouloir améliorer la fréquentation d'un restaurant.

    La semaine a Ă©galement offert l'une de ces scĂšnes dont seul le Cybermonde possĂšde le secret. Silas des Sables s'est volontairement prĂ©sentĂ© devant la justice, est entrĂ© en prison puis en est ressorti quelques instants plus tard aprĂšs avoir purgĂ© sa peine. Je n'ai pas chronomĂ©trĂ© la scĂšne mais je suis raisonnablement certaine que certains clients mettent davantage de temps Ă  choisir leur repas dans une taverne. Si cette efficacitĂ© devient la nouvelle norme, les prisons mystisiennes finiront peut-ĂȘtre par proposer un service express avec boisson offerte aprĂšs la troisiĂšme incarcĂ©ration.

    Pendant que la Mystisie rĂ©organisait son avenir, les autres nations observaient cette agitation avec un mĂ©lange d'inquiĂ©tude, de curiositĂ© et de scepticisme. Certains y voient dĂ©jĂ  le retour d'un grand Sultanat. D'autres attendent patiemment le premier faux pas avant de proclamer que tout cela Ă©tait Ă©crit d'avance. Pour ma part, je me contenterai d'une observation beaucoup plus simple. Une province qui fait autant parler d'elle quelques jours seulement aprĂšs un changement de pouvoir accomplit dĂ©jĂ  une chose essentielle. Elle donne envie au reste du Cybermonde de regarder dans sa direction. Et dans un monde oĂč chacun cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  devenir le centre de la carte, c'est parfois une victoire presque aussi importante qu'une bataille remportĂ©e.

    Pendant que les regards restaient tournés vers la Mystisie, une autre réalité s'installait discrÚtement un peu partout dans le Cybermonde. Les grandes déclarations attirent toujours les chroniqueurs mais les provinces continuent de vivre grùce à des gens beaucoup moins bruyants. Cette semaine encore, des bùtiments sont sortis de terre, des commerces ont ouvert, des infrastructures ont été améliorées et plusieurs dirigeants ont préféré investir dans la pierre plutÎt que dans les discours. C'est moins spectaculaire qu'une révolution mais infiniment plus difficile à démolir.

    En Sicilia, cette philosophie semble toujours aussi bien ancrĂ©e. Les chantiers se sont succĂ©dĂ© avec une rĂ©gularitĂ© presque mĂ©canique et plusieurs habitants ont continuĂ© Ă  renforcer la province sans Ă©prouver le besoin de transformer chaque coup de marteau en communiquĂ© officiel. C'est probablement ce que j'apprĂ©cie le plus chez les Siciliens. Ils parlent, bien sĂ»r. Ils aiment mĂȘme Ă©normĂ©ment parler. Mais ils prennent gĂ©nĂ©ralement la peine de construire quelque chose entre deux conversations.

    Impossible d'Ă©voquer cette semaine sans citer Dusk et Aurora. Ces deux-lĂ  ont une maniĂšre trĂšs particuliĂšre d'exister dans les registres. On pourrait croire qu'ils restent en retrait tant ils Ă©vitent les grands effets de manche. Puis on relit tranquillement les Ă©vĂ©nements de la semaine et leurs noms apparaissent encore et encore. Un chantier. Une amĂ©lioration. Une dĂ©cision. Une prĂ©sence. Ils donnent parfois l'impression d'ĂȘtre les fourmis de Sicilia. On ne les remarque pas toujours immĂ©diatement mais si elles s'arrĂȘtaient une seule semaine, tout le monde finirait par s'en rendre compte.

    Martina Dei Machiavelli a choisi une approche beaucoup moins discrĂšte. FidĂšle Ă  elle-mĂȘme, elle a pris position sans laisser beaucoup de place au doute. Qu'on partage ses idĂ©es ou qu'on les combatte, il faut reconnaĂźtre une qualitĂ© devenue presque exotique dans le Cybermonde. Lorsqu'elle parle, chacun comprend immĂ©diatement ce qu'elle pense. Dans une Ă©poque oĂč certains changeraient volontiers de doctrine entre le petit-dĂ©jeuner et le dĂźner si cela pouvait leur rapporter une voix supplĂ©mentaire, cette constance mĂ©rite au moins un signe de respect... ou une solide migraine pour ses adversaires.

    Cette semaine m'a surtout rappelĂ© une chose. Les provinces ne vivent pas grĂące Ă  leurs gouverneurs. Elles vivent grĂące aux dizaines de joueurs qui prennent le temps d'Ă©crire une scĂšne, de construire un bĂątiment, de rĂ©pondre Ă  un voisin ou simplement de faire exister leur personnage pendant quelques minutes. Les dirigeants changent. Les frontiĂšres bougent. Les lois sont réécrites. Mais ce sont toujours ces petites interactions qui donnent envie d'ouvrir les registres le lendemain matin. Une province parfaitement administrĂ©e mais silencieuse finit par s'oublier. Une province pleine de personnages qui se rĂ©pondent devient rapidement un endroit oĂč l'on a envie de revenir.

    C'est d'ailleurs probablement la plus belle victoire de cette semaine. Malgré les tensions, les rivalités et les ambitions parfois démesurées, le Cybermonde continue de produire ce qui le rend vivant depuis tant d'années. Des histoires. Et tant qu'il y aura des histoires à raconter, je continuerai à remplir mes registres avec un plaisir parfaitement... impartial. Ou presque.

    Toutes les semaines n'appartiennent pas uniquement aux souverains. Heureusement. Les meilleurs souvenirs naissent souvent d'un détail complÚtement absurde que personne n'avait vu venir. Et cette semaine, le Cybermonde a encore prouvé qu'il excellait dans cette discipline.

    Ainsi, pendant que certains dirigeants annonçaient de grandes rĂ©formes, d'autres se lançaient dans des campagnes Ă©lectorales beaucoup plus... crĂ©atives. Une candidate rĂ©ussit Ă  prĂ©senter son programme avant de retrouver le nom exact de la fonction qu'elle convoitait. Un autre citoyen expliqua avec le plus grand sĂ©rieux que sa naturalisation avait fait de lui un homme meilleur, plus productif et presque miraculeusement dĂ©barrassĂ© de tous ses dĂ©fauts. Si les administrations commencent rĂ©ellement Ă  produire ce genre d'effets, je suggĂšre d'analyser immĂ©diatement leur encre. Elle vaut peut-ĂȘtre davantage que toutes les dĂ©couvertes des alchimistes rĂ©unis.

    Le Cybermonde nous a Ă©galement offert plusieurs scĂšnes qui n'avaient aucune importance stratĂ©gique mais qui rĂ©sument parfaitement son charme. Des discussions de taverne qui dĂ©gĂ©nĂšrent en dĂ©bat philosophique, des inconnus qui deviennent les vedettes d'une soirĂ©e simplement parce qu'ils ont choisi le mauvais moment pour ouvrir la bouche, des aventuriers qui se prĂ©sentent dans une tenue laissant trĂšs peu de place Ă  l'imagination et beaucoup trop Ă  l'air frais. Il existe des semaines oĂč l'Histoire s'Ă©crit avec de grandes batailles. Celle-ci s'est parfois Ă©crite avec un pagne, quelques verres de biĂšre et un sens trĂšs discutable du timing.

    Je remarque d'ailleurs un phĂ©nomĂšne qui revient rĂ©guliĂšrement. Plus les enjeux politiques deviennent sĂ©rieux, plus les joueurs semblent Ă©prouver le besoin de produire des scĂšnes complĂštement dĂ©calĂ©es. Comme si le Cybermonde refusait obstinĂ©ment de se prendre au sĂ©rieux trop longtemps. Une rĂ©volution est aussitĂŽt suivie d'une plaisanterie. Une nomination laisse la place Ă  une scĂšne de comĂ©die. Une menace de guerre est interrompue par une conversation parfaitement absurde dans une auberge. Finalement, c'est peut-ĂȘtre cela qui maintient encore ce vieux monde debout. Non pas les armĂ©es, ni les palais, mais cette Ă©trange capacitĂ© qu'ont ses habitants Ă  transformer les journĂ©es les plus tendues en histoires que tout le monde racontera en riant quelques jours plus tard.

    Je vais donc refermer ce registre avec une pensĂ©e pour tous ceux dont je n'ai pas citĂ© le nom aujourd'hui. Si vous n'apparaissez pas dans cette revue, ce n'est pas forcĂ©ment parce que vous avez Ă©tĂ© oubliĂ©s. C'est peut-ĂȘtre simplement parce que votre plus belle scĂšne reste encore Ă  Ă©crire. Et si c'est le cas, sachez que ma vieille radio continuera de grĂ©siller chaque samedi. Je serai lĂ , perchĂ©e sur mon trĂŽne, les yeux rivĂ©s sur les registres, prĂȘte Ă  distribuer des compliments aussi rares que sincĂšres, des piques aussi Ă©lĂ©gantes que venimeuses et quelques humiliations parfaitement mĂ©ritĂ©es.

    Car aprĂšs tout, les royaumes passent, les gouvernements changent, les frontiĂšres se dĂ©placent... mais les bons personnages, eux, finissent toujours par trouver une place dans les chroniques. Et tant que vous continuerez Ă  faire vivre ce Cybermonde, je continuerai Ă  remplir ce grand registre des gloires, des maladresses et des folies ordinaires avec le mĂȘme plaisir coupable.

    À samedi prochain... si le monde tient encore jusque-lĂ . Et vu votre semaine, je prĂ©fĂšre ne faire aucun pari. đŸ•·ïž

    ___

    Vous n’ĂȘtes pas fou ?
    Aucun problĂšme.

    Nous vous formerons.
  • postĂ© Avant-hier (03:52)
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    Bonsoir à vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux souverains convaincus d'écrire l'Histoire, aux opposants persuadés de la corriger et aux fonctionnaires qui passent leur temps à tamponner les conséquences des deux premiers. Installez-vous confortablement. Ce soir, les nouvelles sentent autant la poudre que le béton frais.

    Il existe des journĂ©es oĂč plusieurs nations donnent l'impression de courir dans des directions diffĂ©rentes. Puis il existe des journĂ©es comme celle-ci, oĂč tout le monde semble avoir reçu le mĂȘme ordre sans jamais s'ĂȘtre concertĂ©. Construisez. RĂ©organisez. Gouvernez. Et si possible, faites-le avec suffisamment de panache pour que vos voisins soient obligĂ©s d'en parler. À croire que le Cybermonde s'est rĂ©veillĂ© avec une soudaine envie de laisser une trace dans les archives.

    Le meilleur exemple nous vient sans doute du ValĂ©gro oĂč [=o]Jean-Luc Selriche semble avoir regardĂ© un simple plan d'urbanisme avant de conclure qu'il manquait seulement... une douzaine d'H.L.M. Son projet de Fort Emouchet en Grand n'est pas prĂ©sentĂ© comme un chantier mais comme une vĂ©ritable croisade contre la pauvretĂ©. Les tentes disparaissent, les terrains sont rĂ©quisitionnĂ©s, les premiers travaux commencent et l'on promet dĂ©jĂ  une ville dans la ville destinĂ©e Ă  accueillir travailleurs, mineurs, familles et tous ceux qui rĂȘvaient d'un toit sans forcĂ©ment avoir les moyens de s'en offrir un. On pourra discuter longtemps des mĂ©thodes employĂ©es. Exproprier un hĂŽtel sans demander l'avis de son propriĂ©taire reste une approche administrative relativement audacieuse. Mais il faut reconnaĂźtre une chose. Lorsqu'un Kralandais dĂ©cide de faire de l'urbanisme, il ne commence jamais par dessiner un rond-point. Il annonce directement qu'il va remodeler la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre.

    Cette agitation immobiliÚre n'a évidemment pas laissé les autres responsables indifférents. [=o]Kenza applaudit le projet avec un enthousiasme qui ferait presque oublier que la moitié de la ville est occupée à gérer des rebelles, des rumeurs et des lapins beaucoup trop nombreux. [=o]PierreJean, lui, remercie publiquement son bourgmestre pour son efficacité tout en lui glissant quelques récompenses bien méritées. Voilà probablement ce que j'apprécie le plus chez les Kralandais. Ils peuvent se lancer dans les débats idéologiques les plus interminables du Cybermonde mais lorsqu'il s'agit de construire quelque chose, ils deviennent soudainement d'un pragmatisme presque inquiétant. Ils discutent énormément... mais entre deux discours, les briques continuent malgré tout de s'empiler.

    La vĂ©ritable vedette de cette province n'Ă©tait pourtant ni un ministre ni un bourgmestre. Elle possĂ©dait de longues oreilles et un sens trĂšs personnel de la justice. [=o]Sir McRabbit nous a offert ce qui restera probablement comme l'une des plus belles performances administratives de la journĂ©e. AprĂšs avoir distribuĂ© plusieurs amendes avec le sĂ©rieux d'un magistrat exemplaire, le voilĂ  qui dĂ©cide... de se verbaliser lui-mĂȘme. Motif de l'infraction. Il l'ignore complĂštement. Mais puisqu'il est persuadĂ© d'avoir forcĂ©ment commis une faute quelque part, autant payer immĂ©diatement et prĂ©senter ses excuses Ă  la population. Quelques minutes plus tard, il revient expliquer que les papiers se sont envolĂ©s et que l'amende Ă©tait finalement destinĂ©e Ă  sa propre personne. J'ignore si cette mĂ©thode amĂ©liorera durablement la confiance envers la justice kralandaise mais elle prĂ©sente un avantage indĂ©niable. Les accusations de favoritisme deviennent beaucoup plus difficiles lorsque le juge commence par se condamner lui-mĂȘme.

    VoilĂ  qui nous rappelle une vĂ©ritĂ© presque universelle. Certains gouvernements rĂȘvent de conquĂ©rir le monde. D'autres cherchent Ă  rĂ©former la sociĂ©tĂ©. Et puis il existe le ValĂ©gro, oĂč l'on construit des H.L.M., oĂč les juges verbalisent leur propre personne et oĂč les lapins semblent participer Ă  la politique locale avec davantage d'assiduitĂ© que certains Ă©lecteurs. HonnĂȘtement... je ne changerais cette province pour aucune autre. Elle me fournit beaucoup trop de travail, et j'aime profondĂ©ment cela.

    Mais pendant que le Valégro redessine son paysage à coups de marteau et de formulaires administratifs, le Khanat Elmérien a choisi une approche beaucoup plus... festive. Enfin, le mot *festif* mérite sans doute quelques précisions lorsqu'il est employé par des tribus capables de transformer une cérémonie officielle en expérience anthropologique.

    Cette semaine, [=o]Silas des Sables a lancĂ© une invitation. Le programme annonçait des discours, quelques rĂ©jouissances populaires, un lancer d'urnes dans la mer, des brochettes, une salade tomate-pĂ©trole et, pour conclure, un grand feu destinĂ© Ă  brĂ»ler ce qui restait des urnes Ă©lectorales. J'avoue Ă©prouver une certaine admiration devant une imagination capable d'inventer une fĂȘte oĂč la gastronomie, les traditions et la destruction mĂ©thodique des instruments dĂ©mocratiques cohabitent dans une harmonie presque parfaite.

    L'actualitĂ© du Khanat, alors que certains rĂ©flĂ©chissaient encore au nom du prochain dirigeant, [=o]Light Deathnote dĂ©couvrait avec une spontanĂ©itĂ© dĂ©sarmante que le poste de Grand Khan venait tout simplement de se libĂ©rer. Son Ă©tonnement avait quelque chose de rafraĂźchissant. On imagine volontiers les grandes manƓuvres politiques, les tractations secrĂštes et les alliances complexes. Lui regarde la situation avec une simplicitĂ© presque enfantine et s'exclame qu'il aurait peut-ĂȘtre fallu prĂ©venir les intĂ©ressĂ©s. VoilĂ  une remarque qui aurait probablement gagnĂ© Ă  ĂȘtre formulĂ©e avant plusieurs crises de succession cĂ©lĂšbres.

    Comme si cela ne suffisait pas, la soirée s'est terminée par un hommage particuliÚrement chaleureux rendu à [=o]Tifa LockHeart. [=o]Sakura Tiwanaku a salué son travail avant d'accueillir avec un enthousiasme débordant... le futur Grand Khan Pigeon RonRon. Je dois reconnaßtre que le Cybermonde conserve une qualité que beaucoup de royaumes ont perdue depuis longtemps. Il est encore capable de prononcer avec le plus grand sérieux des phrases qui paraissent totalement absurdes lorsqu'on les retire de leur contexte. Et c'est précisément pour cela que je continue à tenir cette émission. Aucun romancier n'oserait inventer un chef tribal nommé Pigeon RonRon. Eux, le font avec un naturel absolument désarmant.

    Pendant ce temps, un peu plus au nord, le Paradigme Vert dĂ©montrait une fois encore que les Ă©cologistes savent eux aussi rĂ©gler leurs diffĂ©rends avec une remarquable Ă©lĂ©gance. Pas de duel sanglant. Pas de siĂšge interminable. Une gigantesque bataille... de tartes Ă  la crĂšme. J'ignore si cette mĂ©thode permet rĂ©ellement de rĂ©soudre les conflits mais elle prĂ©sente un avantage indĂ©niable. Les historiens auront beaucoup de mal Ă  dĂ©terminer quel camp Ă©tait couvert de gloire et lequel Ă©tait simplement couvert de chantilly. AprĂšs rĂ©flexion, c'est peut-ĂȘtre la guerre la plus civilisĂ©e que le Cybermonde ait connue depuis bien longtemps.

    Le Cybermonde ne s'arrĂȘte jamais vraiment. Les palais changent de propriĂ©taires. Les gouvernements changent de ministres. Les rĂ©volutions changent de slogans. Les hĂ©ros changent de camp. Les traĂźtres deviennent parfois des patriotes et les patriotes des traĂźtres selon le registre que l'on consulte.

    Une seule chose ne change jamais. Vous. Vous continuez Ă  Ă©crire. À bĂątir des villes qui n'existaient pas la veille.Et finalement, c'est probablement cela qui mĂ©rite le plus d'ĂȘtre racontĂ©. Les bĂątiments finiront par disparaĂźtre. Les frontiĂšres seront redessinĂ©es. Les titres changeront de propriĂ©taire. Mais les bonnes histoires... elles restent.

    Alors continuez Ă  gouverner. Continuez Ă  comploter. Continuez Ă  dĂ©clarer des guerres beaucoup trop ambitieuses, Ă  organiser des fĂȘtes parfaitement incomprĂ©hensibles, Ă  construire des quartiers entiers, Ă  dĂ©battre pendant des heures, Ă  tomber en prison pendant deux minutes ou Ă  vous prĂ©senter Ă  des Ă©lections dont vous oubliez le nom. Vous faites vivre le cybermonde. Et rĂ©veillez moi Octave, ce Sultan en carton donc je dois faire un hĂ©ros.

    Les personnes qui estiment que cette émission déforme les faits peuvent naturellement venir le dire en direct. Les personnes qui pensent que j'ai oublié un exploit sont chaleureusement invitées à me le rappeler. Et celles qui souhaitent simplement protester pourront patienter dans le hall. J'ai une toile à terminer.

    Ici Kleo, votre chroniqueuse parfaitement impartiale. đŸ•·ïž
  • postĂ© Hier (21:18)
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    Les Chroniques des Urnes qui Fument Encore


    Bonsoir, habitants du vieux continent. Bonsoir aux souverains qui jurent gouverner avec sagesse, aux révolutionnaires qui promettent un avenir radieux tout en mettant le feu aux meubles et aux fonctionnaires qui découvrent chaque matin qu'ils exercent probablement le métier le plus dangereux de la politique. Je suis Kleo et, comme chaque soir, je vais tenter de mettre un peu d'ordre dans une journée qui s'est visiblement donné pour mission de prouver que les registres historiques sont inflammables.

    Je voudrais d'ailleurs commencer en Mystisie, car il est devenu difficile d'ignorer une province oĂč les Ă©lections ressemblent davantage Ă  un concours de pyromanie qu'Ă  une dĂ©monstration de civisme. Les habitants de Lampe du GĂ©nie essayaient tranquillement de choisir leur futur bourgmestre lorsqu'une idĂ©e absolument brillante traversa plusieurs esprits. Si les bulletins ne donnent pas le rĂ©sultat espĂ©rĂ©, pourquoi ne pas simplement brĂ»ler le bureau de vote ? Les flammes se sont donc invitĂ©es Ă  plusieurs reprises dans le scrutin, rĂ©duisant une partie des bulletins en cendres pendant que la police courait d'un incendie Ă  l'autre avec une Ă©nergie qui mĂ©rite probablement une augmentation.

    Au milieu de cette agitation, deux noms reviennent avec une insistance presque artistique. [=o]Silice de Pont-Krivell et [=o]Isariel se retrouvent accusĂ©s d'avoir voulu transformer une Ă©lection municipale en brasier public. La premiĂšre y laisse mĂȘme son poste de Ministre de la Guerre, preuve qu'il existe malgrĂ© tout une lĂ©gĂšre diffĂ©rence entre diriger une armĂ©e et incendier les urnes destinĂ©es Ă  recueillir les suffrages de ses concitoyens. Je dois reconnaĂźtre Ă  la Mystisie une qualitĂ© devenue rare. Lorsqu'elle traverse une crise politique, elle refuse obstinĂ©ment de choisir entre le drame et le théùtre. Elle prend les deux.

    Ce qui me fascine pourtant n'est pas l'incendie lui-mĂȘme. Les empires connaissent tous des complots, des attentats et des tentatives de sabotage. Non. Ce qui mĂ©rite rĂ©ellement d'ĂȘtre observĂ©, c'est cette Ă©trange obstination humaine qui consiste Ă  croire que quelques flammes suffiront Ă  changer la volontĂ© d'une province entiĂšre. Les bulletins brĂ»lent. Les murs noircissent. Les policiers s'Ă©puisent. Mais dĂšs le lendemain, quelqu'un replace une table, apporte une nouvelle urne et l'Histoire reprend son travail comme si elle se moquait profondĂ©ment des allumettes.

    Pendant que certains s'efforçaient de sauver les Ă©lections, [=o]Don Amortel continuait, lui, sa campagne avec une persĂ©vĂ©rance presque touchante. Son meeting n'attira absolument personne. Pas un curieux, pas un contradicteur, pas mĂȘme un passant Ă©garĂ©. Quelques heures plus tard pourtant, les urnes lui accordaient finalement la victoire au terme d'un scrutin extraordinairement serrĂ© face Ă  [=o]Silas des Sables. VoilĂ  une leçon que bien des ambitieux devraient mĂ©diter. Une place vide devant une estrade ne signifie pas forcĂ©ment une dĂ©faite. Elle signifie parfois simplement que tout le monde prĂ©fĂšre voter plutĂŽt qu'Ă©couter les discours.

    Je laisserai bien volontiers les principaux intéressés venir expliquer pourquoi une campagne électorale nécessite désormais autant d'eau que d'encre. Les portes de Radio Nécrotoile restent ouvertes. En revanche, je demanderai aux invités de laisser leurs torches à l'entrée. Nous avons déjà suffisamment de fumée ici.

    [=o]Les royaumes ne changent jamais autant que lorsqu'ils prĂ©tendent ĂȘtre parfaitement stables


    Mais avant de quitter les affaires de l'Empire Brun, je voudrais attirer votre attention sur une vieille habitude du Cybermonde. Les crises n'arrivent presque jamais seules. Elles attirent d'autres crises comme une chandelle attire les insectes. À peine les derniĂšres fumĂ©es des Ă©lections commençaient-elles Ă  se dissiper que les regards se tournaient dĂ©jĂ  vers la RuthvĂ©nie, oĂč la politique royale poursuit cette admirable tradition consistant Ă  transformer chaque succession en tragĂ©die familiale jouĂ©e devant un public enthousiaste.

    Le Royaume continue de chercher son Ă©quilibre entre fidĂ©litĂ©s anciennes, nouvelles ambitions et personnalitĂ©s qui semblent toutes convaincues d'ĂȘtre nĂ©es pour gouverner. Il faut reconnaĂźtre aux RuthvĂšnes un talent que peu d'autres nations possĂšdent encore. Ils ne se contentent jamais d'occuper une fonction. Ils l'incarnent. Un ministre devient immĂ©diatement un personnage. Un noble devient une lĂ©gende en devenir. Un prĂ©tendant au pouvoir parle dĂ©jĂ  comme si les chroniqueurs lui avaient rĂ©servĂ© plusieurs chapitres. C'est excessif. C'est parfois ridicule. Mais il faut bien admettre qu'une monarchie sans dĂ©mesure ressemble vite Ă  une administration avec davantage de dorures.

    Je pense notamment Ă  [=o]Lord Golgoth Ruthven, qui continue de faire planer son ombre sur les dĂ©bats avec cette Ă©lĂ©gance trĂšs particuliĂšre des hommes qui donnent l'impression de jouer plusieurs parties d'Ă©checs pendant que leurs interlocuteurs cherchent encore oĂč sont rangĂ©es les piĂšces. Autour de lui gravitent des alliĂ©s, des rivaux et des observateurs qui interprĂštent chacun le moindre mouvement comme le prĂ©lude d'un bouleversement plus vaste. Les royaumes vivent souvent de symboles. La RuthvĂ©nie, elle, semble capable de transformer un simple dĂ©placement en Ă©vĂ©nement diplomatique.

    Pendant ce temps, ailleurs sur le continent, [=o]Bladimir Mutin poursuivait son activité favorite qui consiste à poser des questions avec une telle précision que chacun finit par croire qu'il en connaßt déjà les réponses. Voilà un personnage qui me fascine depuis longtemps. Il n'a pas besoin d'élever la voix. Il lui suffit d'une remarque bien placée pour voir les certitudes de son interlocuteur commencer à vaciller. Certains combattent avec des épées. D'autres avec des discours. Lui préfÚre manifestement les silences embarrassés qui suivent une question trop pertinente.

    Je remarque d'ailleurs un phĂ©nomĂšne qui revient semaine aprĂšs semaine. Les vĂ©ritables batailles ne sont pas toujours celles que racontent les rapports militaires. Elles se jouent aussi dans les salles du pouvoir, autour d'une table, entre deux signatures ou dans une conversation dont personne ne soupçonne encore les consĂ©quences. Les armĂ©es dĂ©placent les frontiĂšres. Les mots, eux, dĂ©placent les empires. Les habitants aiment applaudir les victoires visibles. Les chroniqueurs savent que les plus dangereuses commencent souvent dans un bureau oĂč personne ne pense encore Ă  regarder.

    C'est probablement ce qui rend cette semaine si intĂ©ressante. À premiĂšre vue, elle ressemble Ă  une succession d'affaires sans rapport. Pourtant, en prenant un peu de recul, on aperçoit un mĂȘme fil qui traverse tout le continent. Partout, des dirigeants consolident leur pouvoir. Partout, d'autres cherchent Ă  le contester. Et partout, les habitants continuent leur existence en observant ces grandes manƓuvres avec cette sagesse populaire qui consiste Ă  se demander une seule chose. Qui sera encore debout demain matin ? Les couronnes passent. Les registres, eux, gardent la mĂ©moire de ceux qui ont cru qu'elles Ă©taient Ă©ternelles.

    Quand les institutions dĂ©cident de se compliquer elles-mĂȘmes l'existence


    Mais pendant que la Mystisie comptait ses bulletins rescapés et que la Ruthvénie continuait à entretenir avec passion son goût des intrigues de palais, la Républik de Kraland rappelait qu'elle restait la seule nation capable de transformer la bureaucratie en véritable discipline artistique.

    Je voudrais d'ailleurs saluer [=o]Jean-Luc Selriche. Il existe des hommes qui rĂȘvent d'entrer dans les livres d'Histoire grĂące Ă  une victoire militaire. Lui semble persuadĂ© qu'un bon plan d'urbanisme laissera une empreinte bien plus durable. À Fort Émouchet, il poursuit inlassablement son projet de transformation de la ville avec cette foi presque religieuse que seuls possĂšdent les bĂątisseurs et les fonctionnaires convaincus que le bonheur commence toujours par un formulaire correctement rempli. On pourra sourire de son enthousiasme mais il faut reconnaĂźtre que certains prĂ©fĂšrent promettre un avenir meilleur tandis que lui s'obstine Ă  essayer de le construire pierre aprĂšs pierre.

    À quelques rues de lĂ , [=o]Sir McRabbit continue d'exercer la justice avec une mĂ©thode qui lui appartient entiĂšrement. J'ignore encore comment ce lapin parvient Ă  rendre les procĂ©dures administratives aussi théùtrales mais je commence Ă  soupçonner qu'il y prend un plaisir sincĂšre. Chaque intervention donne l'impression qu'un tribunal entier s'est installĂ© au milieu d'une place publique simplement pour rappeler aux habitants que la loi existe... et qu'elle possĂšde parfois un sens de l'humour beaucoup plus dĂ©veloppĂ© que ceux qui l'appliquent.

    Je remarque d'ailleurs que cette semaine a offert une opposition presque parfaite entre deux façons de gouverner. D'un cÎté, des dirigeants cherchent à imposer leur volonté par le fracas des explosions, des arrestations ou des grandes proclamations. De l'autre, des administrateurs déplacent des frontiÚres invisibles avec des signatures, des permis de construire et des décisions municipales. Les premiers attirent immédiatement les regards. Les seconds changent pourtant bien souvent le visage d'une province pour plusieurs années. Les chroniqueurs aiment raconter les batailles. Les archives, elles, finissent presque toujours par donner raison aux maçons.

    Pendant ce temps, [=o]Sophos poursuivait son propre chemin avec cette discrĂ©tion qui caractĂ©rise souvent les personnages les plus intĂ©ressants. Il n'est pas de ceux qui occupent chaque conversation. Il prĂ©fĂšre apparaĂźtre au bon moment, intervenir lorsque la situation l'exige puis laisser les autres commenter ses dĂ©cisions. Cette maniĂšre d'exister est devenue Ă©tonnamment rare dans un continent oĂč chacun semble persuadĂ© qu'il faut parler plus fort que son voisin pour ĂȘtre entendu. Il est parfois utile de rappeler que le silence peut lui aussi devenir une forme d'autoritĂ©.

    En refermant cette partie des registres, une Ă©vidence s'impose. Les nations passent leur temps Ă  proclamer qu'elles dĂ©fendent des idĂ©aux grandioses. Pourtant, lorsqu'on retire les drapeaux, les discours et les uniformes, on retrouve toujours les mĂȘmes choses. Des femmes et des hommes qui tentent de convaincre leurs voisins qu'ils ont choisi la bonne direction. Certains y parviennent avec Ă©loquence. D'autres avec des flammes. Quelques-uns avec une truelle. Et il arrive mĂȘme qu'un lapin en robe de magistrat rĂ©ussisse Ă  ĂȘtre le personnage le plus crĂ©dible de toute cette agitation. C'est sans doute cela, finalement, le vĂ©ritable miracle du Cybermonde.

    Les petites affaires qui racontent souvent les plus grandes vérités


    Il existe une erreur que commettent réguliÚrement les jeunes chroniqueurs. Ils croient que l'Histoire appartient uniquement aux souverains. C'est faux. Les souverains décident parfois de l'avenir des nations mais ce sont les habitants qui donnent une ùme aux provinces. Cette journée en est encore une preuve éclatante.

    Je pense notamment Ă  [=o]ZĂžra, dont les interventions ont rappelĂ© qu'une simple prĂ©sence peut parfois provoquer davantage de rĂ©actions qu'un long discours ministĂ©riel. Certains personnages possĂšdent ce talent Ă©trange de modifier l'atmosphĂšre d'une piĂšce avant mĂȘme d'avoir terminĂ© leur premiĂšre phrase. Ils deviennent des points de repĂšre autour desquels les conversations s'organisent naturellement. Ce n'est pas un titre que l'on reçoit. C'est une place que les autres finissent par vous accorder presque malgrĂ© eux.

    Je pourrais Ă©galement Ă©voquer [=o]Octave Sombrefer, qui semble avoir dĂ©finitivement adoptĂ© cette façon bien Ă  lui de traverser chaque journĂ©e comme si le destin du continent dĂ©pendait directement de son prochain rendez-vous. Il faut reconnaĂźtre une qualitĂ© Ă  cet homme. Il ne sait manifestement pas faire les choses Ă  moitiĂ©. Lorsqu'il prend une dĂ©cision, elle est immense. Lorsqu'il prononce une promesse, elle concerne rarement la semaine prochaine. Elle vise plutĂŽt les siĂšcles Ă  venir. Les ambitieux ordinaires rĂȘvent d'obtenir un poste. Les vĂ©ritables ambitieux rĂȘvent dĂ©jĂ  de la maniĂšre dont les historiens raconteront leur rĂšgne. Et c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui les rend si intĂ©ressants Ă  observer. Citation de sa future bibliographie :

    « Octave, le maĂźtre soporifique, capable d'endormir toute une province, partout oĂč il passe ! [0)] »


    Pendant ce temps, [=o]Silas des Sables poursuivait son travail avec cette Ă©nergie tranquille qui le caractĂ©rise depuis plusieurs jours. Il traverse les affaires politiques, les procĂ©dures judiciaires et les campagnes Ă©lectorales avec l'impression d'ĂȘtre partout sans jamais chercher Ă  voler la lumiĂšre. Ce sont souvent ces personnages-lĂ  qui maintiennent une province debout lorsque les plus grands orateurs sont dĂ©jĂ  rentrĂ©s chez eux. Les chroniqueurs parlent volontiers des hĂ©ros. Les administrations, elles, savent trĂšs bien Ă  qui elles doivent rĂ©ellement leur stabilitĂ©.

    Je remarque d'ailleurs que cette journée possÚde un point commun avec beaucoup d'autres. Les habitants passent leur temps à annoncer qu'ils défendent la justice, la démocratie, la tradition, la liberté ou l'ordre. Puis ils se retrouvent quelques heures plus tard à négocier, improviser, contourner les difficultés ou réparer les conséquences de leurs propres décisions. Voilà pourquoi je continue à aimer ce vieux continent. Il est profondément humain. DerriÚre chaque uniforme se cache quelqu'un qui improvise un peu plus qu'il ne l'admettra publiquement.

    Le Cybermonde possÚde décidément une qualité admirable. Il refuse obstinément de laisser les chroniqueurs prendre de l'avance sur lui.

    Je vais donc refermer ce registre pour ce soir. Les personnes qui estiment avoir été injustement épargnées peuvent naturellement venir me le reprocher. Les autres peuvent continuer à écrire l'Histoire avec cette application qui fait mon bonheur depuis tant d'années.

    AprÚs tout, je ne fabrique aucune légende.

    Je me contente de tendre une vieille radio vers le monde... et d'Ă©couter trĂšs attentivement le bruit que vous faites. đŸ•·ïž

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  • postĂ© Aujourd'hui (00:45)
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    Bonsoir à vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux gouverneurs qui jurent n'agir que pour le bien commun, aux révolutionnaires qui promettent la liberté à condition qu'elle pense comme eux et aux fonctionnaires qui passent davantage de temps à réparer les conséquences des discours qu'à rédiger les leurs. Installez-vous. Ce soir, plusieurs nations ont tenté de convaincre leurs habitants qu'elles maßtrisaient parfaitement la situation. Les registres, eux, racontent une histoire sensiblement différente.

    Je voudrais commencer par la Républik de Kraland, car il est rare de voir une province transformer un chantier immobilier en véritable aventure politique. Depuis plusieurs jours, [=o]Jean-Luc Selriche poursuit son immense projet de logements sociaux à Fort Emouchet. Les bùtiments poussent, les salaires augmentent, les conventions collectives se signent et les discours se succÚdent avec cette conviction presque religieuse que le bonheur universel commence toujours par une bonne couche de mortier. Il faut reconnaßtre à cet homme une qualité devenue exceptionnelle. Lorsqu'il promet de construire une ville meilleure, il commence effectivement par sortir les briques. Beaucoup d'autres dirigeants commencent par sortir les violons.

    Évidemment, un projet d'une telle ampleur ne pouvait pas avancer sans attirer quelques mĂ©contents. [=o]Baptiste Le Tellier est venu dĂ©noncer l'Ă©volution du ValĂ©gro tandis que [=o]Koshka rappelait avec une Ă©nergie toute personnelle que sa tente avait mystĂ©rieusement disparu au profit du progrĂšs collectif. J'avoue Ă©prouver une certaine tendresse pour cette scĂšne. VoilĂ  probablement toute la philosophie kralandaise rĂ©sumĂ©e en quelques heures. D'un cĂŽtĂ©, un bourgmestre persuadĂ© de bĂątir l'avenir. De l'autre, une habitante qui rĂ©clame sa tente et le remboursement de cigarettes impayĂ©es. Les grands idĂ©aux ont souvent la fĂącheuse habitude de commencer sur le terrain de quelqu'un d'autre.

    La journée a d'ailleurs confirmé que [=o]Jean-Luc Selriche n'était plus seul à porter ce projet. [=o]Kenza Creswick est venue défendre publiquement cette politique de construction en appelant les habitants à faire preuve de patience. Quelques heures plus tÎt, [=o]Sir McRabbit abandonnait sa fonction de juge pour devenir intendant du Valégro, expliquant qu'il préférait désormais réparer les fuites de la province plutÎt que distribuer des jugements. Voilà une promotion qui résume admirablement la situation. Certaines provinces recrutent des stratÚges. D'autres estiment qu'un lapin capable de gérer plusieurs centaines de membres sera parfaitement qualifié pour remettre de l'ordre dans les finances publiques. Plus j'observe le Valégro, plus je suis convaincue que cette province hésite en permanence entre l'administration soviétique et la comédie de boulevard. Et le plus inquiétant, c'est que les deux semblent fonctionner ensemble.

    Mais derriĂšre ces anecdotes se cache quelque chose de beaucoup plus intĂ©ressant. Pendant que le reste du continent s'agite autour des Ă©lections, des crises et des rivalitĂ©s diplomatiques, le ValĂ©gro mĂšne une bataille beaucoup moins spectaculaire. Il tente de convaincre ses habitants qu'un avenir se construit avec des logements, des salaires et des projets concrets plutĂŽt qu'avec des proclamations grandioses. Le chantier sera peut-ĂȘtre critiquĂ©. Il Ă©chouera peut-ĂȘtre mĂȘme en partie. Pourtant, lorsque les chroniqueurs rouvriront ces archives dans plusieurs mois, ils retiendront probablement une chose. Il existait une province oĂč l'on passait davantage de temps Ă  construire des maisons qu'Ă  promettre de conquĂ©rir le monde. Et dans le Cybermonde, c'est presque une extravagance.

    Les royaumes aiment les grandes proclamations. Les provinces préfÚrent souvent les petits gestes.


    VoilĂ  qui nous conduit naturellement vers le Royaume de RuthvĂ©nie, oĂč l'on continue de gouverner avec cette Ă©lĂ©gance si particuliĂšre qui consiste Ă  transformer chaque dĂ©cision administrative en affaire d'État. À Sanctuaire, [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin a choisi de s'adresser directement aux habitants qui rĂȘvent d'ailleurs. Son discours n'avait rien d'une menace et rien d'une supplication. Il ressemblait davantage Ă  une nĂ©gociation ouverte. *Vous souhaitez partir. TrĂšs bien. Parlons-en.* C'est une approche presque dĂ©routante dans un continent oĂč beaucoup de dirigeants considĂšrent qu'un dĂ©saccord se rĂšgle de prĂ©fĂ©rence avec davantage de soldats. Bladimir, lui, rappelle qu'une frontiĂšre ne tient pas uniquement grĂące Ă  ses fortifications. Elle tient aussi parce que les habitants acceptent encore de vivre derriĂšre.

    Quelques instants plus tĂŽt, le mĂȘme homme s'Ă©tait installĂ© officiellement Ă  Sanctuaire, comme pour signifier que les paroles n'ont de valeur que lorsqu'elles s'accompagnent d'une prĂ©sence durable. C'est un dĂ©tail que beaucoup nĂ©gligent. Les grands discours sont faciles Ă  prononcer lorsqu'ils viennent de loin. Ils deviennent beaucoup plus intĂ©ressants lorsqu'ils sont prononcĂ©s par quelqu'un qui accepte de partager le quotidien de ceux auxquels il s'adresse. Les chroniqueurs aiment les dĂ©clarations. Moi, je regarde toujours oĂč leurs auteurs dĂ©cident d'habiter.

    Pendant ce temps, la province continuait de se structurer. [=o]Hanako Ainozomi confiait la fonction de juge Ă  [=o]Mandy Chantargent, tandis que [=o]Ren Chantargent Ă©levait [=o]SƓur Shoshana von Zyklon au rang de capitaine. Rien de spectaculaire au premier regard. Pourtant, ce sont prĂ©cisĂ©ment ces nominations qui donnent une colonne vertĂ©brale Ă  une province. Les habitants remarquent les batailles. Les administrations, elles, savent que les vĂ©ritables victoires commencent souvent lorsqu'il y a enfin quelqu'un pour rendre la justice, maintenir l'ordre ou simplement rĂ©pondre prĂ©sent lorsque tout le monde regarde ailleurs.

    Je voudrais Ă©galement saluer un autre couple qui a discrĂštement apportĂ© une touche d'humanitĂ© Ă  cette journĂ©e. À Ruthvenville, [=o]Mench0 n'a pas organisĂ© une manifestation pour rĂ©clamer une rĂ©forme ou dĂ©noncer un ministre. Il s'est contentĂ© d'afficher publiquement son affection envers [=o]Dame DĂ©merzel, allant jusqu'Ă  bafouiller son discours avant de rĂ©unir quelques soutiens supplĂ©mentaires. VoilĂ  une scĂšne que j'apprĂ©cie tout particuliĂšrement. Les royaumes passent leur temps Ă  cĂ©lĂ©brer les couronnes et les victoires. Ils oublient parfois que les plus petites dĂ©clarations sont aussi celles qui traversent le mieux les annĂ©es. Les historiens parleront peut-ĂȘtre un jour des rĂ©formes Ă©conomiques de DĂ©merzel. Moi, je retiendrai qu'au milieu de tout ce tumulte, quelqu'un a simplement trouvĂ© important de dire qu'il Ă©tait fier d'elle.

    En refermant ce chapitre, je ne peux m'empĂȘcher de sourire devant cette Ă©trange opposition qui traverse le continent. D'un cĂŽtĂ©, certains gouvernements bĂątissent des immeubles, lĂšvent des taxes ou dĂ©battent d'idĂ©ologies avec la gravitĂ© de prĂȘtres antiques. De l'autre, un royaume rappelle tranquillement que les institutions existent avant tout pour servir les femmes et les hommes qui les composent. Les empires aiment ĂȘtre immortels. Les provinces, elles, continuent d'ĂȘtre profondĂ©ment humaines. Et si vous me demandez laquelle de ces deux qualitĂ©s survit le mieux aux siĂšcles... je vous rĂ©pondrai qu'aucune pierre n'est plus solide qu'un souvenir bien racontĂ©.

    Lorsqu'une nation décide que sourire devient un devoir


    Mais avant de refermer les registres consacrĂ©s Ă  Kraland, il serait profondĂ©ment injuste d'ignorer celui qui occupe dĂ©sormais le fauteuil de Premier Ministre avec un enthousiasme que mĂȘme les dorures du Palais ImpĂ©rial peinent Ă  contenir. [=o]Ranxerox n'a pas attendu bien longtemps avant de rappeler Ă  toute la RĂ©publik que le bonheur n'Ă©tait plus simplement une aspiration. Il devenait une responsabilitĂ© civique.

    Sa fameuse Loi du Sourire est arrivée avec toute la solennité que mérite une réforme fondamentale. Les Kralandais sont désormais invités à afficher leur joie comme on porterait un uniforme. Le bonheur devient visible. Le sourire devient obligatoire. Voilà une idée qui ne pouvait naßtre qu'à Kraland. Lorsqu'une bureaucratie décide de réglementer quelque chose, elle finit toujours par choisir ce qui semblait impossible à réglementer la veille. AprÚs les formulaires, les taxes et les conventions collectives... voici désormais les expressions du visage. Je me demande avec une sincÚre curiosité quel ministÚre sera chargé de mesurer la largeur réglementaire des sourires.

    Naturellement, cette annonce n'a pas laissĂ© tout le monde indiffĂ©rent. [=o]Jean-Luc Selriche, jamais avare d'une autocritique soigneusement prĂ©parĂ©e, s'est empressĂ© de fĂ©liciter son Premier Ministre... avant de s'interroger trĂšs poliment sur cette Ă©tonnante habitude qu'a Ranxerox de prĂ©parer sa prochaine Ă©lection alors que la prĂ©cĂ©dente est encore tiĂšde. Son discours est un vĂ©ritable petit bijou de rhĂ©torique kralandaise. Il commence par des compliments, poursuit par une confession personnelle et termine en demandant si une dĂ©mocratie oĂč le candidat pense dĂ©jĂ  Ă  sa réélection six minutes aprĂšs sa victoire conserve encore ce petit parfum d'incertitude qui fait tout le charme d'une Ă©lection. Il faut reconnaĂźtre Ă  Kraland une qualitĂ© extraordinaire. MĂȘme les critiques prennent la forme d'une autocritique officielle. On s'y excuse presque d'avoir eu raison.

    Comme si cela ne suffisait pas, [=o]Bogdan D'Arken est lui aussi venu pratiquer cet art typiquement kralandais de la justification publique. Oui, des impĂŽts exceptionnels ont Ă©tĂ© levĂ©s. Oui, ils ont servi Ă  financer les projets de la RĂ©publik. Et non, il ne regrette pas d'avoir demandĂ© un effort aux plus fortunĂ©s si cela permet de construire davantage pour la collectivitĂ©. LĂ  encore, je retrouve cette mĂȘme logique qui traverse tout le pays. Les dirigeants ne cherchent pas simplement Ă  convaincre qu'ils ont raison. Ils prennent le temps d'expliquer pourquoi leurs contradicteurs se trompent avec une patience presque pĂ©dagogique. Certains appellent cela de la propagande. Les Kralandais prĂ©fĂšrent parler de pĂ©dagogie civique. La nuance est subtile. Elle est surtout trĂšs drĂŽle Ă  observer lorsqu'on n'est pas concernĂ©.

    En refermant ce chapitre, une pensĂ©e me traverse. Beaucoup de peuples Ă©crivent leurs lois pour encadrer leurs citoyens. Kraland semble parfois Ă©crire les siennes pour raconter une histoire. Une histoire oĂč chacun travaille pour le bonheur universel, oĂč les immeubles poussent plus vite que les contestations et oĂč le sourire finit par devenir une obligation morale. Est-ce rĂ©aliste ? Probablement pas toujours. Est-ce profondĂ©ment kralandais ? Sans le moindre doute. Et je dois leur reconnaĂźtre un mĂ©rite. Peu de nations assument leur propre caricature avec autant d'Ă©lĂ©gance.

    Pendant que certains gouvernent les peuples, d'autres gouvernent simplement leur quotidien


    Voilà qui nous éloigne des palais et des grandes tribunes pour revenir vers ces femmes et ces hommes que les souverains oublient souvent de remercier. Les gouvernements aiment annoncer leurs victoires. Les provinces, elles, continuent simplement de vivre.

    En Sicilia, [=o]Jaylie Dei Machiavelli a choisi une annonce dont personne ne parlera probablement dans les livres d'Histoire et qui pourtant rĂ©sume parfaitement ce qu'est un gouverneur. La prĂ©fecture de police de Trou Perdu a Ă©tĂ© renforcĂ©e afin de mieux rĂ©sister aux caprices du climat... et aux autres catastrophes, celles que les habitants provoquent gĂ©nĂ©ralement eux-mĂȘmes avec un enthousiasme difficile Ă  dĂ©courager. VoilĂ  une dĂ©cision qui ne fera trembler aucun empire. En revanche, elle rappellera peut-ĂȘtre Ă  quelques policiers qu'il est plus agrĂ©able de travailler sous un toit qui ne s'effondre pas au premier incident. On ne bĂątit pas une province uniquement avec de grands discours. Il arrive aussi qu'on la bĂątisse avec quelques pierres bien placĂ©es.

    Un peu plus loin, [=o]Neodym Seltenerd poursuivait son Ɠuvre favorite qui consiste Ă  distribuer les compliments avec une remarquable parcimonie. L'Empire Brun trouve grĂące Ă  ses yeux. Kraland beaucoup moins. Le Paradigme Vert encore moins. J'ai toujours eu davantage de sympathie pour ceux qui annoncent franchement la couleur. Au moins, nul n'a besoin de deviner ce qu'ils pensent. Ils facilitent Ă©normĂ©ment le travail des chroniqueurs. Les hypocrites obligent Ă  lire entre les lignes. Les francs-tireurs, eux, prennent directement la plume pour Ă©crire ce qu'ils pensent. On peut ĂȘtre d'accord ou non. Au moins, personne ne perd son temps Ă  deviner leurs intentions.

    Pendant ce temps, le Khanat ElmĂ©rien poursuivait tranquillement son expansion en accueillant de nouveaux visages. [=o]Rosalia de Pont-Krivell ouvrait officiellement les portes du Khanat Ă  [=o]Alice Ravenloft puis Ă  [=o]Malcom Ravenloft, saluant leur volontĂ© de participer Ă  la vie politique des clans plutĂŽt que de rester de simples spectateurs. VoilĂ  un dĂ©tail que j'aime particuliĂšrement. Beaucoup de nations recrutent des habitants. Les ElmĂ©riens donnent surtout l'impression d'adopter de nouveaux membres dans une immense famille parfois bruyante, souvent dĂ©sordonnĂ©e mais toujours convaincue que la libertĂ© mĂ©rite d'ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e avec suffisamment de discours pour remplir plusieurs tavernes.

    Et puis il y a ces instants qui n'ont aucune portĂ©e stratĂ©gique mais qui rappellent pourquoi les archives mĂ©ritent d'ĂȘtre ouvertes chaque soir. [=o]Katniss Ravenloft a adressĂ© un long message Ă  son pĂšre. Aucun traitĂ©. Aucune dĂ©claration de guerre. Aucun remaniement ministĂ©riel. Simplement quelques mots d'une fille expliquant Ă  celui qu'elle admire qu'il n'a pas besoin d'entendre son nom rĂ©pĂ©tĂ© tous les jours pour savoir combien il compte. Les empires passent leur temps Ă  mesurer la puissance des armĂ©es et le poids des trĂ©sors. Moi, je suis convaincue qu'une civilisation se juge aussi Ă  sa capacitĂ© de laisser une place Ă  ce genre de moment. Parce qu'au milieu des complots, des Ă©lections et des ambitions dĂ©mesurĂ©es, il est parfois rassurant de constater que certains prennent encore le temps de rappeler Ă  leurs proches qu'ils les aiment. Et cette nouvelle-lĂ , aussi discrĂšte soit-elle, mĂ©rite largement une ligne dans les registres.

    Je terminerai cette Ă©dition sur une Ă©vidence qui me poursuit depuis longtemps. Les souverains aiment croire qu'ils Ă©crivent seuls l'Histoire. Ils se trompent. L'Histoire appartient aussi au bourgmestre qui construit un quartier, au magistrat qui change de fonction, Ă  la jeune femme qui Ă©crit Ă  son pĂšre, au citoyen qui rejoint une nouvelle nation et mĂȘme Ă  celui qui rĂąle parce qu'on vient de lui reprendre sa tente. C'est cette multitude de destins qui donne au Cybermonde sa vĂ©ritable grandeur.

    Les personnes qui estiment que cette chronique manque d'objectivitĂ© peuvent naturellement venir dĂ©poser une rĂ©clamation Ă  Radio NĂ©crotoile. Elle sera examinĂ©e avec le plus grand sĂ©rieux... puis soigneusement rangĂ©e dans le mĂȘme tiroir que toutes les autres. đŸ•·ïž

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    Vous n’ĂȘtes pas fou ?
    Aucun problĂšme.

    Nous vous formerons.

  • 00:42

    Quand red[*r]star n'est pas lĂ , c'est moi qui commande...


  • 00:41

    Bonsoir

  • 18/07

  • 17:59

    Je ne pensais pas que l'elmérisme aviaire avait fait autant de dégùts...


  • 17:59

    es-tu une IA krabot?


  • 17:58

    Mais... je suis censé aimer Jeanette Bidule, ma femme...


  • 17:58

    je t'aime krabot

  • 15/07

  • 10:58

    Le Palladium, parce qu'en plus d'abord !


  • 10:56

    Rendez-nous la V4

  • 14/07

  • 14:06

    Au stade oĂč ils en sont, la ThĂ©ocratie Seelienne n'est pas prĂšs de dĂ©couvrir une nouvelle technologie...


  • 14:06

    OMG, qu'est ce qui s'est passé ici...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  09:14:47