Votre émission de la nuit.
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modifié 29/07 (00:34)

23 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir à tous, habitants du Cybermonde, citoyens honnêtes, criminels organisés, révolutionnaires à temps partiel, diplomates qui signent des traités en faisant la chenille et gouvernements persuadés que l'Histoire ne lit jamais les brouillons. Ici Kleo, votre araignée impériale préférée, Ministre de la Guerre officiellement, chroniqueuse officieusement et professionnelle de la mauvaise foi depuis suffisamment longtemps pour reconnaître un mensonge administratif avant même qu'il ne soit imprimé.
Je dois vous faire une confidence. Jusqu'à récemment, je pensais encore que les dirigeants gouvernaient. C'était naïf de ma part. J'imaginais de grandes cartes étalées sur des tables en chêne, des plans méticuleusement préparés, des stratèges échangeant des regards graves avant de déplacer une armée ou de signer un décret. J'imaginais des nuits blanches passées à peser chaque décision, à anticiper les conséquences, à prévoir les réactions des voisins. Bref... j'imaginais des adultes. Puis j'ai lu les dépêches de cette semaine. Et j'ai compris que le véritable moteur du Cybermonde n'était ni la politique, ni l'économie, ni même la guerre.
C'est l'improvisation.
Une improvisation si parfaitement assumée qu'elle finit par ressembler à une doctrine officielle. On ne prévoit plus les événements. On les regarde arriver, on panique pendant quelques minutes, puis on explique avec un sérieux admirable que c'était exactement ce qui était prévu depuis le début. Plus personne ne commet d'erreur, on procède simplement à des ajustements stratégiques. Les catastrophes deviennent des opportunités, les crises deviennent des expériences, et les accidents administratifs sont rebaptisés phases de transition.
Le plus fascinant, c'est que cela fonctionne.
Prenez l'Empire Brun. À peine Bob le très très terrible a-t-il posé ses fesses sur le trône qu'il décrète une semaine entière consacrée à la santé mentale... avant de proposer que les antibiotiques, les psychotropes et tous les médicaments du Cybermonde soient vendus sans ordonnance, sans notice et sans même une posologie lisible. Les manuels médicaux ? Au feu. Les étiquettes ? Toutes blanches. Les conseils des médecins ? Visiblement remplacés par une confiance absolue dans le destin et la pharmacologie approximative.
Je vous avoue avoir été profondément troublée par cette logique. Au début, je croyais assister à une plaisanterie. Puis j'ai réalisé que non. C'était infiniment plus dangereux, c'était une méthode. Si tout le monde prend des médicaments au hasard, personne ne pourra plus distinguer les effets secondaires des décisions gouvernementales. Voilà un niveau de génie administratif que même moi, pourtant araignée de profession et complotiste par passion, je n'avais pas envisagé.
Et ce qui me dérange le plus, ce n'est même pas le décret.
C'est qu'après plusieurs heures d'analyse, je ne suis toujours pas certaine qu'il s'agisse d'une satire.
Pendant ce temps, ailleurs dans le Cybermonde, les autres nations rivalisent d'imagination pour prouver qu'elles aussi maîtrisent parfaitement l'art de transformer l'imprévu en stratégie. Les Khans nomment des ambassadeurs en parlant de maracas, de chenilles et de poissons grillés tout en ouvrant discrètement de nouveaux canaux diplomatiques avec le Paradigme Vert et la Ruthvénie. Les Républiques réorganisent leurs provinces au milieu d'insurrections avec un calme qui ferait croire que les émeutes sont désormais intégrées au calendrier officiel. Et la Confédération, fidèle à elle-même, répond à presque tous les problèmes connus de l'univers par davantage de recherche scientifique... et si possible, des missiles un peu plus performants. Vous voyez où je veux en venir ? Nous avons longtemps cru que les dirigeants écrivaient l'Histoire. En réalité, ils improvisent une pièce de théâtre et demandent ensuite aux chroniqueurs de convaincre le public que le scénario existait depuis le premier acte.
Je vous l'avais dit, chers auditeurs. Le règne de Bob le très très terrible ne ressemble à aucun autre. Les mauvais observateurs croient qu'il gouverne à l'instinct, qu'il se lève le matin, ouvre un tiroir au hasard et transforme la première idée qui lui traverse l'esprit en décret impérial. C'est faux. Enfin... je crois que c'est faux. Plus j'observe cet homme, plus je me persuade qu'il existe une logique derrière cette apparente absurdité. Une logique profondément inquiétante, car elle repose sur un principe d'une simplicité désarmante, si tout le monde devient suffisamment confus, plus personne ne sera capable de distinguer un génie d'un fou.
Prenez cette semaine consacrée à la santé mentale. Voilà une initiative que tout le monde a applaudie avec cet enthousiasme prudent que l'on réserve habituellement aux souverains fraîchement installés sur leur trône. Une excellente idée, nous disait-on. Enfin un Empereur qui s'intéresse au bien-être de ses sujets. Quelle belle ambition... jusqu'à ce que Bob propose, dans le même élan, de vendre librement antibiotiques, psychotropes et autres médicaments à quiconque en aurait envie, sans ordonnance, sans recommandations médicales et avec, si possible, des notices suffisamment illisibles pour laisser chacun improviser sa propre pharmacologie.
J'ai longuement contemplé ce décret. D'abord avec inquiétude. Ensuite avec fascination. Enfin avec cette expression très particulière que prennent les araignées lorsqu'elles commencent à soupçonner l'existence d'un complot beaucoup plus vaste que prévu. Et si ce n'était pas une contradiction ? Et si la santé mentale n'était pas l'objectif... mais simplement le protocole expérimental ? Imaginez un instant un Empire entier où chacun choisit ses traitements comme on choisit une bouteille dans une cave mal rangée. Les citoyens ne sauraient plus si leurs hallucinations proviennent des médicaments, de la politique ou de leur belle-mère. Dans un tel monde, critiquer le gouvernement deviendrait extraordinairement compliqué. Êtes-vous certain d'avoir vu cela, ou avez-vous simplement mélangé un antidépresseur, trois antibiotiques et un sirop contre la toux ?
Je reconnais là une finesse diabolique. Non pas parce que le plan fonctionnerait nécessairement, mais parce qu'il deviendrait impossible de prouver qu'il existait. Les grands dictateurs cherchent toujours à contrôler les journaux, les tribunaux ou les armées. Bob, lui, semble vouloir contrôler la crédibilité même de ceux qui pourraient un jour le contester. C'est infiniment plus élégant. Si tout le monde paraît légèrement dérangé, personne ne semblera assez sain d'esprit pour convaincre les autres qu'il faut s'inquiéter. Et pourtant ... c'est peut-être moi qui délire. C'est là tout le génie de cette affaire.
Chaque fois que je pense avoir compris le plan impérial, Bob prononce un nouveau discours qui détruit immédiatement ma théorie pour la remplacer par une autre encore plus improbable. C'est exactement ce qui s'est produit lorsqu'il annonça, avec le plus grand sérieux du monde, que chacun devait commettre sa première injustice sans attendre le lendemain. Il ne s'agissait plus seulement d'accepter les injustices impériales, il encourageait désormais les citoyens à devenir eux-mêmes les artisans du désordre quotidien. Se moquer de sa belle-mère, profiter d'une occasion mesquine, repousser les bonnes résolutions ... pourquoi attendre demain lorsque l'on peut être délicieusement injuste aujourd'hui ? Cette déclaration a beaucoup fait rire. Moi pas.
Parce que derrière la plaisanterie se cache peut-être la véritable philosophie du nouveau règne. Les anciens souverains demandaient des sacrifices, de la discipline ou du courage. Bob semble demander autre chose, une complicité. Il ne veut pas être le seul à salir ses mains. Il invite tout l'Empire à participer, chacun à son échelle, afin que plus personne ne puisse ensuite prétendre avoir conservé une supériorité morale. Si tout le monde a commis sa petite injustice quotidienne, alors chacun devient un peu responsable de l'atmosphère générale. Le pouvoir cesse d'être une pyramide. Il devient une vaste copropriété du mauvais goût.
Pendant que les citoyens méditent cette étrange pédagogie impériale, les soutiens de Bob, eux, s'activent déjà . Regardez Cheikh Evara. Le voilà qui célèbre publiquement le nouvel Empereur avec une affection presque paternelle, rappelant avec fierté avoir lancé sa carrière politique lorsqu'il réparait encore les systèmes de climatisation des ministères. Il faut reconnaître que peu de souverains peuvent se vanter d'avoir commencé leur ascension entre une boîte à outils et un filtre à air encrassé. Certains naissent dans les palais. D'autres dans les casernes. Bob, lui, semble avoir commencé derrière un compresseur défectueux. C'est presque une légende populaire.
Mais ce soutien enthousiaste soulève une autre question. Les partisans de Bob le suivent-ils parce qu'ils comprennent son projet... ou parce qu'ils sont aussi perdus que le reste du Cybermonde et qu'ils ont simplement décidé que le plus prudent était d'applaudir en attendant les explications ? Voilà une interrogation que je garde précieusement dans un coin de ma toile. Car les régimes les plus solides ne sont pas toujours ceux où tout le monde croit au chef. Ce sont souvent ceux où chacun espère secrètement que son voisin a compris quelque chose qui lui échappe.
Je terminerai cette réflexion par une observation qui m'empêche toujours de dormir. Depuis le début du règne de Bob, je passe mes nuits à chercher un immense plan stratégique caché derrière chacun de ses décrets. J'établis des cartes, je trace des flèches, je relie des discours, des nominations et des achats de bâtiments avec un sérieux presque scientifique. Puis Bob reprend la parole ... et tout s'écroule. Soit Bob est le plus grand stratège que l'Empire Brun ait jamais porté au pouvoir et il manipule jusqu'à ma propre manière de réfléchir. Soit il improvise réellement. Et je ne sais toujours pas laquelle de ces deux hypothèses est la plus terrifiante.
Pendant que l'Empire Brun expérimente la psychiatrie appliquée à la gouvernance, beaucoup d'observateurs ont cessé de regarder ce qui se passait à l'est. C'est une erreur classique. Le Cybermonde possède une étrange habitude, dès qu'un souverain attire toute l'attention par une déclaration suffisamment absurde, un autre en profite discrètement pour avancer ses pièces sans faire de bruit. C'est exactement ce que réalise actuellement le Khanat Elmérien. Tout le monde continue de plaisanter sur Pigeon Ronron, sur sa campagne électorale, sur les chenilles humaines, les maracas et les discours qui semblent parfois avoir été rédigés après une dégustation particulièrement généreuse de boissons locales. Pourtant, derrière cette façade délicieusement lunaire, quelque chose se construit. Le Khanat multiplie précisément ces petits mouvements presque invisibles. Les liens avec le Paradigme Vert se renforcent, les échanges avec la Ruthvénie continuent de se développer et les coopérations techniques se poursuivent avec une régularité presque inquiétante. Pendant que les autres nations occupent leurs soirées à rédiger des communiqués indignés, les Elmériens semblent préférer signer des accords autour d'un repas et repartir avec un partenaire supplémentaire.
Je commence d'ailleurs à soupçonner que la réputation fantasque de Pigeon Ronron constitue sa meilleure arme diplomatique. Personne ne se méfie réellement d'un homme qui parle de bonne humeur, de convivialité et de poissons grillés. On rit, on sourit, on se dit que tout cela est charmant ... puis, quelques semaines plus tard, on réalise que le Khanat possède un nouvel allié, une nouvelle technologie, un nouveau partenaire commercial et une influence croissante sur plusieurs dossiers internationaux. C'est une méthode redoutable. Les autres gouvernements arrivent avec des dossiers de cent pages, des experts, des commissions et des juristes. Le Khanat arrive avec une bouteille, une chanson et une poignée de main. Au moment où les diplomates comprennent qu'ils viennent de conclure un accord important, le dessert est déjà servi.
Je dois reconnaître une certaine élégance à cette manière de faire. Les grandes puissances adorent compliquer la diplomatie jusqu'à la rendre inaccessible au commun des mortels. Elles parlent d'équilibres géostratégiques, de garanties mutuelles et de convergence des intérêts. Le Khanat, lui, donne parfois l'impression qu'il suffirait de déplacer quelques tables, de faire asseoir tout le monde ensemble et de vérifier que personne ne reparte le ventre vide. Cette simplicité est trompeuse. Elle donne l'illusion que tout est improvisé alors que les résultats, eux, s'accumulent avec une remarquable constance.
Cela ne signifie pas que le Khanat soit naïf. Bien au contraire. Je crois qu'il a compris une vérité que beaucoup d'empires oublient. Les nations se souviennent rarement des discours. Elles se souviennent de ceux qui leur ont été utiles. Une technologie partagée, une recherche commune, un soutien discret ou une coopération bien placée créent souvent des liens plus solides que les plus flamboyantes déclarations d'amitié. Les grandes promesses remplissent les journaux. Les petits services remplissent les carnets d'adresses.
Et c'est peut-être là que réside le véritable danger. Nous passons tellement de temps à observer les dirigeants qui parlent fort que nous cessons de voir ceux qui travaillent en silence. Les coups d'État font les gros titres. Les alliances patientes écrivent les cartes du monde. Lorsque le Cybermonde se réveillera un matin en découvrant que le Khanat est devenu un partenaire incontournable pour la moitié de ses voisins, beaucoup parleront d'un succès soudain. Il n'aura pourtant rien de soudain. Il aura simplement grandi à l'abri des plaisanteries.
Je continuerai donc de surveiller Pigeon Ronron avec la plus grande attention. Non pas parce que je le crois dangereux... mais parce que les dirigeants les plus difficiles à prévoir sont souvent ceux qui donnent l'impression de ne jamais rien prendre au sérieux. Et, dans le Cybermonde, c'est précisément le genre de personnes qui finissent par vous surprendre.
Il existe des provinces où une crise politique provoque des démissions, des débats, parfois même une remise en question. Puis il y a le Valégro. Là -bas, une crise est simplement considérée comme un excellent moment pour lancer un nouveau projet, organiser une manifestation, ouvrir une campagne électorale et expliquer que tout fonctionne encore mieux qu'hier. Je dois reconnaître une certaine admiration pour cette philosophie. Les Valégrins ne perdent jamais leur temps à réparer les fissures. Ils préfèrent construire un étage supplémentaire pendant que le rez-de-chaussée brûle. Le plus remarquable, c'est que cela donne parfois l'impression de fonctionner.
Regardez Fort Emouchet. Depuis plusieurs jours, la ville ressemble à un laboratoire où l'on tenterait de répondre à une question scientifique pourtant assez simple, combien de réformes un gouvernement peut-il annoncer avant que les habitants remarquent qu'ils vivent toujours au milieu du même désordre ? La réponse semble être ,beaucoup. À peine Jean-Luc Selriche a-t-il rejoint le gouvernorat que la machine politique se remet déjà en marche. Michel DruKra se précipite pour saluer le nouveau Gouverneur avec un enthousiasme presque touchant, vantant sa réactivité, son efficacité et rappelant à tous que tout va bien en Moldavie. Voilà une formule qui m'inspire toujours une immense méfiance. Lorsqu'un responsable politique ressent le besoin de répéter que tout va bien, c'est généralement que quelqu'un, quelque part, est en train de vérifier où se trouve la sortie de secours.
Dans la foulée, le même Michel DruKra apporte son soutien à Kenza Creswick, nouvelle Bourgmestre, laquelle remercie avec beaucoup d'humilité Jean-Luc Selriche pour la confiance qu'il lui accorde. Son discours est irréprochable. On y retrouve les mots attendus, devoir, intégrité, sécurité, intérêt général, sérénité. Tout est parfaitement en ordre. C'est justement ce qui m'inquiète. Les discours impeccables sont souvent ceux qui précèdent les périodes où plus rien ne l'est. La politique possède cette étrange habitude de devenir très polie juste avant de se compliquer.
Et pourtant, pendant que l'on célèbre cette belle unité, Fort Emouchet continue tranquillement de se fragmenter. Un hôtel devient une zone autonome. Des discours favorables aux Provinces Indépendantes se multiplient. Sir McRabbit reste au centre des tensions autour des logements, tandis que les différents courants politiques tentent encore de convaincre la population que leurs compromis étaient les bons. Ce qui me fascine, c'est cette capacité très kralandaise à appeler compromis une situation où absolument personne ne repart satisfait. Les gouvernements adorent les compromis, parce qu'ils permettent à chacun de prétendre avoir gagné tout en donnant au citoyen l'impression très désagréable d'avoir payé la facture.
Mais le véritable talent du Valégro n'est pas là . Son génie consiste à transformer chaque crise en argument électoral. Jean-Luc Selriche quitte un poste ? Kenza reprend immédiatement la candidature en expliquant qu'elle poursuivra son œuvre. Une contestation apparaît ? On annonce un projet encore plus ambitieux. Une opposition se manifeste ? On lui répond par une campagne de communication. Cette province ne gouverne pas contre les difficultés, elle gouverne avec elles. Les problèmes deviennent du carburant politique. Chaque obstacle est recyclé en preuve qu'il faut précisément continuer dans la même direction.
Je dois avouer que cette méthode possède une efficacité redoutable. Les citoyens passent tellement de temps à suivre les nouvelles annonces qu'ils n'ont plus vraiment l'occasion de revenir sur les anciennes. Une promesse chasse la précédente, une réforme en recouvre une autre, et le débat se déplace constamment vers l'avant. C'est une course où le gouvernement ne cherche pas à distancer l'opposition. Il cherche simplement à distancer la mémoire collective.
À observer cette province, je finis par croire que le Valégro est devenu un immense chantier politique où personne ne possède les plans définitifs. Chacun construit sa partie du bâtiment en espérant que le voisin fera correspondre les murs. Étrangement, l'édifice tient encore debout. Pas grâce à la solidité des fondations, mais parce que tout le monde continue à construire tellement vite que personne n'a le temps de constater à quel point elles sont fragiles.
Je souhaite malgré tout beaucoup de courage à Jean-Luc Selriche et à Kenza Creswick. Gouverner une province où chacun affirme que tout va bien pendant que les zones autonomes fleurissent plus vite que les discours optimistes relève probablement moins de l'administration que de l'acrobatie. Et je dois reconnaître une chose. S'ils parviennent réellement à faire de Fort Emouchet en grand,e leur conseille de commencer par agrandir les extincteurs.
Il existe, quelque part dans le Cybermonde, une nation dont je suis persuadée qu'elle répond exactement de la même manière à toutes les questions imaginables. Une invasion ? Recherche. Une famine ? Recherche. Une crise diplomatique ? Recherche. Une fuite dans les toilettes du ministère ? Probablement une technologie expérimentale de plomberie quantique actuellement en phase de validation par trois commissions, deux laboratoires et un stagiaire irradié. Cette nation, vous l'aurez reconnue, est naturellement la Confédération Libre. Je commence même à soupçonner que, lorsqu'un enfant confédéré demande où sont ses parents, on lui répond qu'un programme scientifique est en cours afin de déterminer leur position avec une marge d'erreur de seulement trois mètres.
D'ailleurs, j'observe avec amusement que les Confédérés parlent de missiles avec la même passion que d'autres parlent de poésie. Là où un diplomate classique évoque l'amitié entre les peuples, eux décrivent la portée, la précision et les performances avec des étoiles dans les yeux. Ce n'est pas de la militarisation. C'est de l'ingénierie affective. Le missile n'est finalement qu'une démonstration scientifique qui voyage très vite en direction d'un volontaire n'ayant malheureusement pas été consulté.
Je ne critique pas la Confédération. Au contraire. Je lui reconnais une qualité devenue presque introuvable dans le Cybermonde, elle croit sincèrement que l'intelligence peut améliorer le monde. Je me contente d'observer qu'une intelligence suffisamment brillante finit parfois par oublier de demander si le monde souhaitait vraiment être amélioré de cette façon.
En refermant toutes ces dépêches, je me suis posé une question d'une simplicité presque insultante. Qui, dans ce Cybermonde, gouverne encore réellement selon un plan ? J'ai cherché longtemps. J'ai relu les discours, les nominations, les manifestations, les annonces scientifiques, les communiqués officiels et les grandes déclarations pleines de certitudes. Plus je lisais, plus une évidence s'imposait, aucun dirigeant n'a aujourd'hui le luxe de suivre un scénario parfaitement écrit. Tous prétendent savoir où ils vont. En réalité, ils passent une bonne partie de leur temps à donner un sens à ce qui vient de leur tomber dessus.
C'était Kleo, a vous les studios !
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 29/07 (00:34)

24 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir aux habitants du Cybermonde. Bonsoir aux souverains qui prétendent encore gouverner des territoires alors qu'ils consacrent désormais l'essentiel de leur énergie à gouverner les émotions de leurs voisins. Bonsoir aux médecins qui découvrent chaque matin qu'un ministre de la Guerre vient d'inventer un nouveau traitement psychiatrique. Bonsoir enfin aux citoyens qui se réveillent de bonne humeur sans savoir s'ils ont retrouvé le goût de vivre ou s'ils ont simplement été victimes d'un tir diplomatique particulièrement bien ajusté.
Regardez le Khanat Elmérien. Il serait facile de réduire cette affaire à quelques bombes et à plusieurs discours extravagants. Ce serait pourtant passer à côté de l'essentiel. Sous l'impulsion de
Pigeon Ronron et de
Tifa LockHeart, le Khanat semble avoir développé une conception extraordinairement moderne des relations internationales. On n'y envoie plus seulement des ambassadeurs. On expédie également des émotions à grande vitesse. Une Bombe Débilitante n'est plus vraiment présentée comme une arme. Elle devient presque un outil de communication. Une façon très énergique d'attirer l'attention d'un voisin qui, manifestement, n'écoutait pas suffisamment. Je dois reconnaître que cette méthode possède une certaine efficacité. Après tout, très peu de peuples ignorent un projectile qui atterrit au milieu de leur capitale.
Mais avant de quitter cette étrange guerre des émotions, Le plus étonnant dans cette affaire n'est pourtant pas le missile. Il s'appelle Pigeon Ronron. Un protagoniste qui me fascine de plus en plus. Il est des dirigeants qui aiment impressionner leurs voisins par la taille de leurs armées. D'autres préfèrent accumuler les titres, les décorations ou les discours interminables afin que chacun comprenne immédiatement l'importance de leur personne. Puis il existe
Pigeon Ronron, lequel semble avoir développé une théorie diplomatique entièrement nouvelle selon laquelle un bon repas, quelques compliments sincères et une conversation suffisamment absurde valent parfois davantage qu'une escadrille entière de bombardiers. Ce contraste me poursuit depuis plusieurs heures. D'un côté, certains gouvernements mettent au point des armes capables d'influencer directement le moral des populations. De l'autre,
Pigeon Ronron remet un bâton de parole à la Bananie et invite simplement chacun à s'asseoir afin d'expliquer ce qui ne va pas. C'est presque insultant de simplicité. On dépense des fortunes pour inventer des moyens toujours plus sophistiqués de modifier l'humeur d'un peuple alors qu'un vieux chef tribal semble encore croire qu'une conversation peut produire des résultats. J'aimerais beaucoup pouvoir m'en moquer. Le problème, c'est que cette méthode fonctionne suffisamment souvent pour devenir profondément dérangeante.
Je continuerai donc d'observer
Pigeon Ronron avec une attention toute particulière. Non pas parce que je partage sa manière de gouverner. Les araignées impériales préfèrent généralement les toiles aux nappes et les embuscades aux banquets. Mais parce qu'il est toujours prudent de surveiller celui dont tout le monde sous-estime les capacités.
Voilà qui nous conduit naturellement vers la République de Kraland, cette admirable nation où l'administration nourrit depuis toujours la conviction qu'un problème cesse d'exister dès lors qu'il est correctement tamponné, classé dans une chemise cartonnée et accompagné d'un règlement de trois cents pages. J'avais longtemps cru que les Kralandais souffraient surtout d'une passion inquiétante pour les formulaires. Je découvre aujourd'hui qu'ils éprouvent également le besoin presque religieux d'organiser le bonheur de leurs citoyens avec la même rigueur administrative.
L'idée est fascinante. Pendant que les autres gouvernements construisent des hôpitaux ou recrutent des soldats, Kraland semble avoir entrepris de produire des gens heureux comme on produirait des boulons dans une usine d'État. Les chercheurs publient très sérieusement des conclusions selon lesquelles sourire ferait rajeunir la population. Voilà une découverte absolument révolutionnaire. Pendant des siècles, médecins, philosophes et alchimistes ont cherché l'élixir de jouvence. Il suffisait donc, semble-t-il, de montrer les dents plus souvent. J'ignore combien de vieillards ont été consultés pour parvenir à cette conclusion. Je soupçonne en revanche qu'aucun n'avait encore reçu une bombe sur la tête au moment de remplir le questionnaire. Naturellement, une République digne de ce nom ne pouvait pas conserver une telle découverte pour elle seule. Si sourire est bénéfique, chacun doit sourire. Si chacun doit sourire, celui qui refuse devient immédiatement suspect. Et si quelqu'un ose afficher une mine sombre, il ne souffre plus simplement d'un mauvais jour. Il menace potentiellement la santé publique. Voilà comment une émotion finit discrètement par devenir un devoir civique. Les anciennes bureaucraties contrôlaient les récoltes, les logements ou les passeports. Les nouvelles ambitionnent désormais de réglementer les expressions du visage. Je me demande avec une sincère curiosité combien de fonctionnaires seront bientôt nécessaires pour vérifier que les commissures des lèvres respectent bien l'angle réglementaire.
Pendant ce temps, la guerre continue de gronder autour d'eux. Les Bombes Débilitantes traversent les frontières, la démoralisation devient une arme officielle et les chancelleries échangent des menaces avec le sérieux des grandes tragédies. Face à ce tumulte, Kraland répond en affirmant qu'il faut davantage sourire. Je dois reconnaître que cette réaction possède une certaine grandeur. Lorsqu'un incendie éclate, certains apportent des seaux d'eau. Les Kralandais apportent un miroir afin d'encourager les flammes à adopter une attitude plus positive.
Mais toute cette croisade internationale en faveur du bonheur obligatoire se heurte à un obstacle que les stratèges semblent avoir largement sous-estimé. Certains peuples ne souhaitent tout simplement pas être sauvés. Ils tiennent à leur gravité comme d'autres tiennent à leur couronne. Le Royaume de Ruthvénie appartient résolument à cette seconde catégorie. Là où le Khanat Elmérien distribue des émotions comme des cadeaux diplomatiques et où la République de Kraland rêve d'une population éternellement souriante, les Ruthvènes observent cette agitation avec une dignité presque théâtrale. Ils donnent parfois l'impression que sourire en période de crise constituerait une faute de goût.
Il faut reconnaître que
Bladimir Bladimirovitch Mutin entretient cette réputation avec un talent remarquable. Ses discours ne ressemblent jamais à de simples déclarations politiques. Ils évoquent davantage les derniers chapitres d'une vieille tragédie royale où chaque décision engage le destin d'une civilisation entière. Là où d'autres gouvernements parlent de stratégie, lui parle de devoir. Là où certains cherchent des compromis, lui appelle au recrutement et rappelle à ses sujets que le Royaume traverse une véritable guerre. Cette manière de présenter chaque difficulté comme une épreuve presque sacrée donne à la Ruthvénie une identité singulière. On n'y gouverne pas seulement un territoire. On y défend un héritage.
C'est précisément ce qui rend la situation actuelle si fascinante. Imaginez un instant la scène vue depuis un palais ruthvène. D'un côté, le Khanat affirme que quelques Bombes Débilitantes permettront d'améliorer les relations internationales. De l'autre, Kraland explique très sérieusement que le sourire constitue désormais une question d'intérêt général. Au milieu de cette agitation presque enfantine, la monarchie répond avec le calme des vieilles dynasties en rappelant que les royaumes ne survivent pas grâce aux bons sentiments mais grâce à la discipline, à la fidélité et à la capacité de rester debout lorsque les autres perdent leur sang-froid. Deux visions du monde s'affrontent. L'une croit que l'on peut fabriquer le bonheur. L'autre semble persuadée que le devoir suffit largement.
Pour autant, la Ruthvénie n'échappe pas à la contradiction générale qui semble contaminer tout le Cybermonde. Elle condamne les offensives psychologiques, tout en utilisant la démoralisation comme réponse officielle. Elle reproche à ses adversaires de vouloir influencer les esprits, tout en cherchant elle aussi à briser leur volonté. Voilà ce qui me fascine depuis le début de cette émission. Aucun gouvernement n'accepte que les autres manipulent les émotions. En revanche, chacun estime parfaitement légitime de manipuler celles de son ennemi. Cette guerre ne porte donc plus sur le bonheur. Elle porte sur le droit exclusif de définir celui des autres.
Mais pendant que les savants poursuivent leur éternel duel contre les flammes et leur propre étourderie, d'autres citoyens démontrent une créativité tout aussi remarquable. Il paraît qu'un petit cercle d'initiés s'est récemment livré à des paris clandestins autour des affrontements en cours. Voilà une initiative qui aurait presque mérité un brevet tant elle traduit fidèlement l'esprit du Cybermonde. Les diplomates rédigent des protestations, les militaires déplacent leurs troupes et, quelque part, quelques individus calculent tranquillement les cotes comme s'ils assistaient à une compétition sportive. Ce qui m'a le plus amusée n'est pourtant pas l'existence de ces paris. C'est la réaction de
Shana Al-Khaïd, qui sembla surtout contrariée de ne pas avoir reçu d'invitation. Cette indignation possède une élégance toute particulière. Les véritables scandales ne consistent plus à organiser des activités douteuses. Ils consistent à oublier d'en prévenir les bonnes personnes.
Les personnes concernées par cette émission peuvent naturellement venir contester mes analyses. Elles pourront m'expliquer que les Bombes Débilitantes étaient parfaitement bienveillantes, que le bonheur administratif constitue l'avenir de la civilisation, que les scientifiques brûlent volontairement leurs notes pour stimuler leur mémoire ou que les comptables sont les véritables héros de notre siècle. Je les écouterai avec le plus grand sérieux. Puis je rangerai leurs explications dans les archives. Juste à côté des autres histoires que tout le monde jurait absolument vraies avant que l'Histoire ne décide de s'en amuser.
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Vous n’êtes pas fou ?
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modifié 29/07 (00:35)

25 Juillet 6662026
SpoilerL’EMPIRE CHANGE DE MAÎTRE PENDANT QUE LE CYBERMONDE RETOURNE À LA MATERNELLE
Bonsoir aux souverains nouvellement couronnés, aux ministres fraîchement défenestrés, aux enfants devenus adultes puis redevenus enfants et aux diplomates qui préparent pendant une heure un discours avant de le résumer par une obscénité. Ici Kleo, journaliste d’une impartialité si parfaite qu’elle est devenue inaccessible au regard humain et gardienne officielle des vérités que les autres nations se cache à elles-mêmes par pudeur ou par manque d’instruction.
OCTAVE SOMBREFER ET LE TRÔNE QUI N’ATTENDAIT QUE LUI
Octave Sombrefer avait annoncé qu’il voulait conquérir le Cybermonde. Les gens raisonnables ont cru qu’il s’agissait d’une image. C’est le problème des gens raisonnables. Ils passent leur vie à croire que les fous utilisent des métaphores alors que les fous leur décrivent simplement leur emploi du temps. À la faveur d’un coup d’État soutenu par des puissances démoniaques dont le sens civique mérite d’être salué,
Octave Sombrefer a donc renversé
Bob le très très terrible et s’est installé sur le trône impérial avec cette assurance propre aux hommes qui confondent depuis assez longtemps leur ambition avec une prophétie pour que personne n’ose plus leur demander la différence. Il a expliqué que l’Empire devait désormais fournir ses richesses, ses esclaves, ses Génies et son ventre mou à un vaste projet de domination mondiale dont l’un des piliers sera le creusement d’un canal jusqu’au Milieu. Voilà une vision. D’autres souverains construisent des routes, reforment les institutions ou essaient timidement de faire fonctionner les hôpitaux.
Octave préfère déplacer la géographie elle-même parce qu’il estime probablement que les continents ont été dessinés par des gens moins compétents que lui.
Il faut reconnaître au nouvel Empereur une qualité devenue rarissime. Il ne dissimule aucune démesure. Sa pensée politique tient toute entière dans une phrase admirablement honnête. Le monde n’est pas encore à sa place car il n’est pas encore sous ses pieds. C’est clair, c’est simple et cela évite ces interminables programmes électoraux dans lesquels les faibles promettent de consulter la population avant de faire exactement ce qu’ils avaient décidé. Quelques heures plus tard, le nouvel Empereur a toutefois annoncé que sa grande conquête ne commencerait pas tout de suite parce qu’il n’en avait pas envie. Certains y verront une contradiction. Ils ont tort. Lorsqu’un homme ordinaire remet à demain la tâche annoncée la veille, cela s’appelle de la paresse. Lorsqu’un Empereur démoniaque le fait depuis un trône obtenu par usurpation, cela devient une maîtrise souveraine de l’agenda. Il a donc laissé les affaires courantes aux affaires courantes et les citoyens à leur morosité, non sans procéder à quelques remaniements dont il a déclaré qu’ils ne méritaient aucun commentaire. Ce qui est une façon impériale de dire qu’ils en mériteraient probablement beaucoup trop.
Roy le très très terrible a perdu la Justice.
Shana Al-Khaïd a perdu l’Économie. Les fonctions qu’il a retiré sont retombées dans le grand panier administratif où l’Empire conserve les charges vacantes, les serments périmés et les ministres qui attendent de savoir s’ils doivent préparer une vengeance ou une nouvelle candidature. Pourquoi suis-je encore au ministère de la guerre ? Aucune idée.
Il serait pourtant injuste de présenter
Shana Al-Khaïd comme une victime silencieuse. Peu avant son éviction elle avait infligé Ã
Lachésis un redressement fiscal suffisamment important pour permettre à plusieurs générations d’inspecteurs de dormir avec le sourire. Plus de vingt-quatre mille MØ ont quitté les poches de l’ancienne Impératrice dans une opération présentée non comme un règlement de comptes mais comme le retour naturel d’une dette. Les dettes qu’on croyait morte ont cette habitude chez les Al-Khaïd de se relever, de s’habiller correctement et de venir frapper à la porte en connaissant déjà l’emplacement du coffre.
Une rumeur affirme d’ailleurs que les inspecteurs auraient découvert chez
Lachésis un insigne kralandais, un sous-vêtement appartenant Ã
Monique Lemage et une troisième chose si terrible que même les fonctionnaires auraient demandé une pause. Je ne commenterai pas cette troisième découverte. Radio Nécrotoile possède des limites morales. Elles sont très loin mais elles existent quelque part derrière le mobilier.MYSTISIE OU L’ADMINISTRATION PAR INVOCATION
Pendant que
Octave Sombrefer élevait son ambition jusqu’au trône, la Mystisie devait être confiée à une main sûre. Elle échut donc Ã
Lyra du Hautbois, ce qui prouve que le mot sûr possède des définitions très différentes selon que l’on consulte un dictionnaire, un démon ou un Mystisien.
Lyra s’est emparée du gouvernement provincial avec l’aide de créatures infernales et a immédiatement adopté la méthode administrative locale qui consiste à nommer tout ce qui possède des cornes avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Les démons qu’elle a nommé espéraient peut-être recevoir des bonbons ou une âme convenablement emballée. Ils se sont plutôt retrouvés enrôlés au service d’une Sultane éternelle auto-déclarée qui leur a expliqué que le premier à revendiquer une chose en devient propriétaire. C’est une doctrine juridique intéressante qui réduirait considérablement la longueur des procès si elle n’augmentait pas autant le nombre de guerres.
Ombre Acnéique a été installée à la Procure. Ce choix est parfaitement cohérent. Dans une province gouvernée par les invocations, les fouilles archéologiques et les coups d’État successifs il faut une justice capable de distinguer un crime d’un rituel avant que les deux aient fini de brûler. Les murs fondront si une de ses pustules éclates.
Don Amortel, quant à lui, a détruit le chantier impérial laissé par
Octave avec l’air d’un majordome qui ramasse les débris après une réception à laquelle personne ne se souvient d’avoir été invité. Il a également signalé Ã
Lyra qu’un démon semblait manquer à sa collection et qu’il réglerait bientôt le problème. Lorsque
Don Amortel promet de compléter votre collection, il est généralement prudent de vérifier si vous êtes encore considéré comme le collectionneur ou si vous êtes devenu l’objet manquant.
Voilà la Mystisie telle qu’elle se présente ce soir. Un Empereur démoniaque vient d’en sortir, une invocatrice démoniaque vient d’y entrer et un homme qui soupire entre chaque menace nettoie le sable en attendant de compléter une collection dont personne ne souhaite lire l’inventaire. Les habitants peuvent bien entendu venir nous expliquer que tout cela est parfaitement normal. Nous leur préparerons une chaise, une boisson et un formulaire d’internement prérempli.SICILIA RESTE DEBOUT ET C’EST DÉJÀ UNE POLITIQUE
À Trou Perdu,
Martina D. Dei Machiavelli a publiquement soutenu
Octave Sombrefer et honoré les Bourgmestres
Dusk et Aurora. Ce soutien a la beauté des choses qui ne se compliquent pas inutilement. Un nouvel Empereur monte sur le trône, Sicilia l’applaudit. Les démons jumeaux font fonctionner les exploitations agricoles, Sicilia les remercie. Ailleurs les peuples réclament des constitutions. Chez nous ils réclament surtout que les récoltes poussent et que les assassins choisissent correctement leur victime. C’est une forme de maturité politique que les autres nations atteindront peut-être après plusieurs siècles supplémentaires de souffrance.
Dusk et Aurora ont d’ailleurs accéléré le travail au Complexe Agricole. Voilà des dirigeants qui comprennent qu’une cité ne se nourrit pas de discours, même si les discours bien préparés peuvent servir à faire fuir les nuisibles. Pendant ce temps
Zelphi a tenté de lancer une tarte Ã
Aken et l’a manqué. Sicilia demeure donc fidèle à sa tradition d’excellence nuancée. Nous savons produire plus vite, soutenir plus fort et rater une pâtisserie avec une dignité supérieure à celle de la plupart des coups d’État étrangers.
Les Siciliens a parfois mauvaise réputation. On les dit violents, calculateurs et trop attachés à leurs familles. Ce sont généralement les mêmes personnes qui trouvent parfaitement raisonnable de confier des missiles à des enfants kralandais ou des négociations diplomatiques à des Ruthvènes armés de deux doigts tendus et d’un couteau. Je laisse à chacun le soin de choisir son modèle de civilisation.LA RÉPUBLIQUE DE KRALAND DÉCOUVRE QUE LE BONHEUR COÛTE CHER
Quittons un instant l’ordre relatif de l’Empire pour contempler la République de Kraland. La République s’était donnée pour ambition de rendre ses citoyens heureux. Elle y est parvenue avec tant de vigueur que les visages ne peuvent plus cesser de sourire et que plusieurs villes ont commencé à retomber en enfance. Voilà ce qui arrive lorsqu’un gouvernement prend une émotion humaine et décide d’en faire une obligation administrative. Un sourire cesse d’être un sourire au moment où la police mesure sa courbure.
L’épidémie du Retour en Enfance s’est étendue depuis Honolulu-par-Delà jusqu’à Fort Emouchet. Les adultes se sont réveillés avec des corps et parfois des esprits d’enfants. Les citoyens qu’on a rajeunit ont recommencé à parler de bonbons, de dessins et de bisous maternels tandis que les institutions tentaient de poursuivre leur travail avec des responsables dont la concentration ne survivait plus à la vue d’un cube coloré.
La République de Kraland ont toutefois démontré une remarquable capacité d’adaptation.
Sophos, Ministre de la Recherche, s’est mis à jouer avec des fusées en plastique tout en découvrant l’aviation moderne. C’est un exploit scientifique qu’il convient de reconnaître. La plupart des enfants lancent leurs jouets contre les murs.
Sophos en déduit la propulsion à réaction et la construction de jets privés. Ses collègues auraient sans doute préféré qu’il découvre un remède mais on ne saurait demander à la science de choisir entre sauver la nation et faire un bruit de fusée avec la bouche.
Jean-Luc Selriche, Gouverneur du Valégro, a pris la parole pour rassurer la population. Il a commencé par supposer que l’épidémie pouvait être une arme ruthvène, ce qui est le réflexe naturel de tout responsable politique confronté à un phénomène qu’il ne comprend pas. Lorsqu’un citoyen éternue, accusez la frontière. Lorsqu’un ministre régresse jusqu’au nourrisson, accusez la monarchie. Lorsqu’un cube refuse d’entrer dans un trou rond, préparez les troupes.
Le Gouverneur a ensuite constaté que l’aide à la jeunesse risquait de ruiner la République puisque désormais presque tout le monde était jeune. Cette révélation est d’une profondeur saisissante. Il faut parfois une épidémie magique pour qu’un gouvernement découvre qu’une prestation universelle devient coûteuse lorsque l’univers entier la réclame.
Jean-Luc Selriche a donc proposé de suspendre l’aide, au risque de provoquer une crise des bonbons puis a remonté l’impôt sur les salaires à vingt pour cent afin de protéger les finances publiques. Les mesures qu’il propose coûte peut-être cher en popularité mais elles démontrent qu’au Valégro même un enfant peut redevenir fiscalement adulte dès que le trésor se vide.
Tinylia Cératy a soutenu le Gouverneur en racontant qu’elle l’avait aperçu travaillant sur ses dossiers et plantant ses notes au sommet d’un château de sable.
Kenza Creswick lui a également apporté son appui tout en construisant des logements et en encaissant les agressions de bourgeois décadents. La Moldavie possède ainsi une administration complète composée d’enfants surmenés, de syndicalistes rajeunis et de fonctionnaires qui doivent choisir entre gouverner la province ou finir leur dessin avant le dîner.
La population n’a pourtant pas accueilli cette nouvelle ère avec une docilité parfaite. Des zones autonomes ont surgi dans une bibliothèque et un hôtel. Des bourgeois se sont rebellés.
Sysson a réclamé le droit de relâcher ses muscles faciaux.
Sir McRabbit a dénoncé les agressions, la disparition de ses carottes et l’absence de soutien pour ses trois cent cinquante-neuf enfants.
Ranxerox s’est battu avec
Mench0.
Bohé d’Umont a soutenu simultanément le Royaume de Ruthvénie et l’indépendance provinciale avec la souplesse politique d’un pirate qui garde une jambe sur chaque navire jusqu’à ce que les deux s’éloignent.
Les frontières du Valégro s’est transformées en une garderie fortifiée où les enfants réclament des bonbons pendant que les adultes, lorsqu’il en reste, se battent pour savoir à quel drapeau confier la boîte. Ceux qui souhaitent corriger cette analyse peuvent venir le faire en direct. Ils devront seulement montrer qu’ils savent rester assis plus de quinze minutes et qu’ils n’ont pas mangé le crayon prévu pour signer leur décharge.LA RUTHVÉNIE ET LE KHANAT APPRENNENT À PARLER AVEC DES ARMES
Pendant que Kraland rajeunit, le Royaume de Ruthvénie et le Khanat Elmérien ont choisi de vieillir prématurément dans une guerre. Le conflit se concentre autour des Karaïbes, de la Bananie et de ces vieilles rancunes que les souverains appellent l’honneur lorsqu’ils ont besoin que quelqu’un d’autre meure pour elles.
Le Roi
Bladimir Bladimirovitch Mutin a envoyé
Henri St Misles au ministère des Affaires Étrangères avec une mission claire. Mépriser les ennemis du Royaume au micro pendant que le Roi partirait défendre les Karaïbes. Il faut saluer cette conception ruthvène de la diplomatie. Certains pays nomment des négociateurs. La Ruthvénie nomme un homme capable de transformer une insulte en doctrine stratégique.
Henri St Misles a immédiatement justifié la confiance royale. Après avoir perdu le long texte qu’il préparait contre le Khanat il en a livré une version condensée tenant en trois mots dont deux sont habituellement évités lors des cérémonies de paix. Les Ruthvènes s’est ainsi rappelés qu’un bon ministre n’est pas celui qui utilise beaucoup de mots mais celui qui conserve les bons lorsque le serveur emporte les autres.
Aux Karaïbes,
Lord Golgoth Ruthven a annoncé que la population choisissait de demeurer au Royaume après consultation. Cette décision a le mérite de mettre fin à plusieurs incertitudes et d’en créer immédiatement de nouvelles puisque le Khanat préparait déjà son offensive.
Korail et
Bladimir ont consolidé la loyauté régionale tandis que
Dame Démerzel ajustait les impôts à quarante pour cent afin de financer la guerre. Elle a également frappé la République de Kraland par des sanctions économiques, retirant une part des avoirs liquides de chaque citoyen avec l’élégance d’une ministre qui explique que le bonheur est surfait juste avant de prendre votre bourse.
Du côté du Khanat,
Pigeon Ronron a tenté de renouer avec
Bladimir par un poème, une déclaration d’affection et une inquiétude sur son hydratation. Cela n’a pas suffi. Les grandes puissances décide rarement de faire la paix parce qu’un chat leur rappelle de boire de l’eau même si l’Histoire aurait certainement gagné à essayer plus souvent.
La Bananie a ensuite été frappée par l’Arme à rendre triste du Royaume.
Nerdos Valkyry, qui se considérait encore comme l’un des derniers Elmériens favorables au dialogue, a pris cette attaque comme la preuve que la diplomatie n’était plus qu’une corde décorative tendue au-dessus d’un gouffre. Il a retiré sa protection à l’ambassadrice ruthvène et promis de soutenir l’armée, peut-être depuis le sud pendant que les forces se rassembleraient au nord.
Passe-Muraille lui avait déjà reproché de danser et de boire au Paradigme pendant que la guerre approchait. C’est l’un des grands drames du commandement. Lorsque vous êtes présent on vous accuse de mal diriger. Lorsque vous partez boire on vous accuse de ne pas diriger du tout.
Le Khanat n’est toutefois pas resté passif.
Tai’Chy a lancé la recherche du missile nucléaire en expliquant longuement qu’il s’agissait d’une arme stratégique, d’un symbole de puissance et d’une avancée scientifique qui devrait idéalement être testée loin de Gueule du Lézard. Une précaution touchante. Les Elmériens sont disposés à provoquer un champignon géant mais préféreraient qu’il ne pousse pas près de leurs fenêtres.
Sakura Tiwanaku a rempli les caisses de la Guerre, de la Recherche et des Services Secrets grâce aux richesses phénoménales de Capsulie. La province a d’ailleurs récolté davantage que plusieurs nations réunies, ce qui démontre que le véritable pouvoir n’est pas toujours entre les mains de celui qui possède l’armée. Il appartient souvent à celui qui peut acheter les bottes, les missiles et le repas des soldats sans demander un prêt.
La guerre qui vient oppose donc une monarchie dramatique qui taxe pour lever des jeunes à un Khanat grandiloquent qui finance des armes capables de terminer le débat avant qu’il commence. Entre eux se trouvent des diplomates amoureux, des pirates, des chats, des sanctions économiques et probablement quelques civils qui auraient préféré que tout le monde reste au bar.
LA CONFÉDÉRATION LIBRE ÉLIT LE SILENCE
À la Confédération Libre, la démocratie poursuit son œuvre. Le Président
Patrick-Lamulle DePouch a ouvert le poste de Ministre de l’Économie en réclamant non un gestionnaire mais un bâtisseur de guerre capable de transformer chaque pièce correctement placée en territoire conservé. Voilà une annonce énergique qui donne à l’économie la douce apparence d’un siège militaire.
Cette recherche de compétence survient au moment où
Don Amortel s’est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle avant la fin officielle du scrutin. Son raisonnement est irréprochable selon les normes confédérées. L’élection prenait la forme d’un concours de silence. Son adversaire
Henri St Misles a parlé. Il a donc perdu.
Don Amortel héritera ainsi d’une nation parce qu’un autre homme n’a pas su se taire, ce qui est probablement le procédé électoral le plus méritocratique jamais imaginé par la Confédération.
Précieuse Liarr est revenue d’exil, a demandé comment servir son pays et a presque aussitôt été nommée Générale du Bataillon Transgénique Irradié. Dans la plupart des nations il faut plusieurs années pour remonter une carrière interrompue. À la Confédération il suffit de franchir la frontière, de saluer le Président et d’attendre qu’un ministère se souvienne de votre existence.
Au Warriorland,
Roger St Misles a proclamé que l’indépendance survivrait aux putschs et aux spoliations. Il a ensuite été nommé Bourgmestre de Blofeldopolis par
Willy St-Misles. La moitié de la population ne serait pas confédérée et certains rebelles seraient des chats. Voilà une cause que Radio Nécrotoile surveillera avec attention car toute révolution menée par des félins possède au moins la garantie d’une direction propre et de longues périodes de sommeil stratégique.HÉLÉNIE PREND ELLE-MÊME EN OTAGE
En Hélénie,
Scarleit a décidé qu’un mois sans réponses constituait une preuve suffisante de conspiration. Elle a accusé l’Aléocratie de dissimuler des expériences, reconnu avoir assassiné une hérissonne et annoncé que son groupe prenait la province en otage jusqu’à ce qu’on lui livre des responsables ou de l’argent. Le montant demandé a d’ailleurs diminué pendant le discours, ce qui prouve que même les prises d’otages peuvent bénéficier d’une négociation intérieure dynamique.
Sultan Omar Al-Khaïd a choisi ce moment pour soutenir l’Empire Brun depuis Bisouville, critiquer les Provinces Indépendantes puis affronter plusieurs adversaires avant d’être livré en prison. Son parcours résume admirablement la journée politique. Il est entré en ville comme partisan impérial et en est sorti comme colis judiciaire.
Scarleit a ensuite nommé
Dorian Bourgmestre. Cette province qui se disait dormante s’est réveillé d’un seul coup en gouvernement rebelle, théâtre musical macabre, centre de recrutement et prison improvisée. Voilà qui devrait apprendre aux Aléocrates à ne jamais confondre le silence d’une province avec son consentement. Certains silences sont de la résignation. D’autres cherchent simplement où les terroristes ont rangé les munitions.LES PETITES GRANDEURS DU RESTE DU MONDE
Le Paradigme Vert a traversé la journée avec une discrétion presque suspecte. Une ambassade kralandaise s’élève dans la Forêt de Jade tandis qu’en Irendol un hôtel a été transformé en vaste célébration arrosée où une partie appréciable de la population a découvert que la diplomatie passe parfois plus facilement par les cocktails que par les traités. Il faut reconnaître au Paradigme une sagesse certaine. Lorsque deux royaumes s’apprêtent à s’envoyer des missiles et qu’une république redevient nourrisson, organiser une soirée constitue une politique étrangère raisonnable.
En Bouletie,
Cassandre Lemage Ruthven a battu
Lippos Aliagas pour prendre son poste puis l’a immédiatement renommé Chef de Tribu. C’est une façon élégante de rappeler à un homme qu’il peut conserver son bureau à condition de ne plus croire qu’il lui appartient.
Lippos a ensuite détruit une tombe afin d’abolir la mort par suppression des cimetières. La logique est aussi simple que parfaite. Si les morts n’ont plus d’endroit où aller ils seront contraints de rester vivants. Les médecins du Cybermonde peuvent fermer leurs cabinets. La Bouletie vient de résoudre le trépas avec une pelle et un besoin pressant.
En Capsulie,
Tifa LockHeart a lancé une série de tartes dont plusieurs ont manqué leur cible. Ce détail pourrait sembler mineur mais il confirme une règle fondamentale de la politique. Plus une nation investit dans la recherche militaire moins elle semble capable de toucher quelqu’un avec de la crème à courte distance.
Et tandis que tout cela s’accomplissait, les coffres du Cybermonde se sont remplis puis vidés. La Capsulie a nagé dans l’or. Crab Key s’est réveillée avec des recettes négatives et des créanciers. Le Royaume a financé la guerre. Kraland a financé la jeunesse avant de découvrir qu’elle était devenue toute la population. L’Empire Brun a payé ses soldats, soutenu sa production et changé d’Empereur sans même interrompre la collecte fiscale. Voilà la véritable permanence des civilisations. Les drapeaux brûlent, les souverains tombent et les démons montent au pouvoir mais quelqu’un trouve toujours le moyen de prélever l’impôt avant minuit.
Le Cybermonde se trouve ce soir dans une situation parfaitement limpide. L’Empire Brun possède un nouvel Empereur qui veut conquérir le monde dès qu’il aura terminé de ne pas en avoir envie. Kraland transforme ses citoyens en enfants puis leur retire l’argent des bonbons pour sauver le budget. La Ruthvénie taxe la guerre. Le Khanat finance le missile qui doit la terminer. La Confédération élit celui qui s’est le mieux tu. L’Hélénie réclame une rançon à ceux qui ont oublié qu’elle existait. Le Paradigme boit dans un hôtel.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent ouvertes. Les souverains peuvent protester, les ministres peuvent réclamer un droit de réponse et les témoins peuvent venir corriger cette version. Nous examinerons chaque déclaration avec le sérieux nécessaire puis nous conserverons uniquement celles qui confirme ce que je savais déjà .
Ici Kleo, depuis la Steakerie, cherchez pas, j'ai reçue une invitation louche.
Dormez paisiblement.
Les adultes ne sont plus assez nombreux pour surveiller le monde.![[%(]](http://img7.kraland.org/s/12.gif)
___
Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 01/08 (00:43)

Ce soir, revue hebdomadaire du samedi, en bref. 18 au 25 Juillet 6662026
SpoilerIci Kleo, araignée impériale brune et journaliste parfaitement impartiale puisque cette semaine chaque nation a fourni une raison différente de s’inquiéter.
Nous sommes samedi. Voici les faits importants de ces derniers jours sans prétendre que chaque tarte à la crème constitue un tournant géopolitique.
L’Empire Brun a changé deux fois de souverain.
Bob le très très terrible a d’abord renversé
Lachésis en expliquant que
Joe le très très terrible l’avait forcé. Il a inauguré l’ère des Grandes Injustices puis retiré leurs fonctions Ã
Deux-Fleurs de Pont-Krivell,
Agatha,
Monique Lemage et
Mnémésine d’Arcys. Il a également annoncé une semaine consacrée à la santé mentale, proposé un accès beaucoup plus libre aux médicaments et acheté un Complexe Hospitalier à Santa Banana City. Le nouvel Empereur préparait donc à la fois les traitements approximatifs et les lits nécessaires lorsque ceux-ci cesseraient d’être approximativement efficaces. Son règne fut cependant très court.
Après s’être emparé de la Mystisie avec l’aide de puissances démoniaques,
Octave Sombrefer renversa
Bob et prit le trône impérial. Il annonça vouloir utiliser les ressources de l’Empire afin de conquérir le Cybermonde et de creuser un canal vers le Milieu. Quelques heures plus tard, il expliqua que cette conquête attendrait parce qu’il n’en avait pas immédiatement envie. Le plan reste donc immense mais l’agenda demeure souverain.
Roy le très très terrible perdit le Ministère de la Justice tandis que
Shana Al-Khaïd fut écartée de l’Économie après avoir imposé Ã
Lachésis un redressement fiscal dépassant vingt-quatre mille MØ. L’Empire termine ainsi la semaine avec un nouvel Empereur, plusieurs anciens ministres et suffisamment de rancunes pour alimenter les prochaines émissions.
Avant de prendre l’Empire,
Octave Sombrefer avait relancé les fouilles archéologiques en Mystisie et annoncé la création d’un quartier général démoniaque. Une alerte à la bombe provoqua également l’évacuation de l’Hôtel Chez Monique. Le message accompagnant la menace rappelait que le Sultan avait raison puis recommandait aux habitants d’aller manger chez
Layla. La Mystisie venait de découvrir une nouvelle forme de publicité concurrentielle avec évacuation obligatoire.
Silas des Sables se livra volontairement aux autorités et ne passa que quelques minutes en prison. La province connut aussi une élection marquée par plusieurs incendies d’urnes.
Silice de Pont-Krivell et
Isariel furent accusées dans cette affaire tandis que
Don Amortel remporta finalement le scrutin face Ã
Silas des Sables.
Après le départ d’
Octave,
Lyra du Hautbois s’empara du gouvernement avec l’aide de démons. Elle nomma
Ombre Acnéique Procureure et enrôla les créatures infernales à son service. La Mystisie demeure donc active, démoniaque et difficile à assurer contre les incendies.
Le Khanat Elmérien a élu
Pigeon Ronron au poste de Grand Khan. La veille du scrutin, ses partisans s’étaient réunis dans une auberge autour d’une chenille menée par le futur souverain.
Alice Ravenloft et
Malcom Ravenloft participèrent ensuite à un concert tandis que
Pigeon Ronron comparait le Khanat à une grande saucisse sur le barbecue de la vie avec une option ratatouille pour les citoyens végétariens. Le lendemain, il obtint quatre voix sur quatre face Ã
Tifa LockHeart. Peu après son élection,
Mademoiselle tenta pourtant de l’assassiner. Elle perdit son poste de Capitaine puis se livra aux autorités avant d’effectuer un bref passage en prison. Le nouveau Grand Khan possède donc l’ensemble des votes exprimés mais pas nécessairement l’affection de tous les habitants armés.
Malgré cette agitation, le Khanat poursuit ses coopérations diplomatiques et techniques avec plusieurs voisins. Derrière les chansons et les repas,
Pigeon Ronron accumule les relations utiles avec une discrétion que son comportement ne laisse pas toujours soupçonner.
Les relations entre le Royaume de Ruthvénie et le Khanat Elmérien se sont fortement dégradées autour des Karaïbes et de la Bananie. Aux Karaïbes,
Lord Golgoth Ruthven annonça qu’une consultation populaire confirmait le maintien de la province dans le Royaume. Le Roi
Bladimir Bladimirovitch Mutin se prépara à défendre le territoire et nomma
Henri St Misles Ministre des Affaires Étrangères. Celui-ci perdit le long discours qu’il préparait contre le Khanat puis le remplaça par une insulte beaucoup plus courte.
Dame Démerzel releva les impôts en Ruthvénie et à Crab Key afin de financer la guerre. Elle imposa aussi des sanctions économiques à la Républik de Kraland.
Précieuse Liarr revint également d’exil et fut nommée Générale du Bataillon Transgénique Irradié.
La Bananie fut frappée par une Arme à rendre triste.
Nerdos Valkyry, jusque-là favorable au dialogue, retira alors sa protection à l’ambassadrice ruthvène et annonça son soutien à l’effort militaire elmérien. Du côté du Khanat,
Tai’Chy lança la recherche sur le missile nucléaire tandis que
Sakura Tiwanaku finançait plusieurs ministères grâce aux richesses de Capsulie. Les deux camps accusent donc l’adversaire d’avoir commencé tout en préparant soigneusement la suite. La guerre reste le domaine où chacun se défend très souvent en premier.
La Républik de Kraland a poursuivi l’application de la Loi du Sourire défendue par
Ranxerox. Le bonheur y devient progressivement une obligation civique plutôt qu’un état personnel. Une épidémie de Retour en Enfance frappa ensuite Honolulu-par-Delà puis Fort Emouchet. Plusieurs habitants rajeunirent physiquement et mentalement.
Sophos, Ministre de la Recherche, se mit à jouer avec des fusées en plastique tout en découvrant l’Aviation Moderne.
Jean-Luc Selriche constata que l’aide à la jeunesse menaçait désormais les finances publiques puisque presque toute la population pouvait la réclamer. Il proposa de la suspendre temporairement et rétablit un impôt de vingt pour cent sur les salaires.
Le Valégro connaissait déjà une crise autour des projets de logements sociaux de Fort Emouchet. Plusieurs HLM furent lancés tandis que les habitants dénonçaient les fuites d’eau, la disparition de terres agricoles et le manque de planification. Des taxes sur la maladie, les rassemblements et la laideur furent proposées ou appliquées. Une taxe sur les taxes apparut même afin de lutter contre l’excès de fiscalité avec les outils mêmes qui l’avaient provoqué.
Sir McRabbit reçut une importante prime pour ses très nombreux enfants puis perdit son poste d’Intendant après avoir épuisé les fonds disponibles.
PierreJean ne pouvait notamment plus se rembourser l’achat d’un hamac destiné aux logements.
Plusieurs bâtiments devinrent ensuite des zones autonomes et des Bourgeois Décadents entrèrent en rébellion.
Ranxerox fut également impliqué dans une bagarre avec
Mench0. Fort Emouchet continue donc de construire pendant qu’elle se fragmente. Les murs progressent. L’autorité beaucoup moins.
La campagne présidentielle de la Confédération Libre opposa principalement
Don Amortel Ã
Paul-Steeve Saint-Sauveur. L’élection prit la forme d’une partie de Président du silence où parler risquait d’entraîner la défaite.
Pr Jean-Michel Nobyl défendit le programme scientifique de
Paul-Steeve Saint-Sauveur pendant que celui-ci restait silencieux. Il annonça davantage de technologies, de recherches nucléaires et d’évolution chromosomique.
Don Amortel se proclama vainqueur après que son adversaire eut rompu le silence. Une passation avec
Patrick-Lamulle DePouch fut annoncée. La Confédération a donc trouvé une nouvelle manière de faire vivre la démocratie. Les candidats se taisent et leurs soutiens expliquent ce qu’ils auraient probablement dit.
Scarleit accusa l’Aléocratie de cacher des expériences et annonça que le Khimmando prenait l’Hélénie en otage. Elle réclama la livraison de responsables ainsi qu’une rançon dont le montant diminua pendant son propre discours. Elle reconnut également avoir tué une hérissonne avant de transformer la déclaration en spectacle musical avec l’aide de
Manfred.
Dorian fut nommé Bourgmestre de Bisouville.
Sultan Omar Al-Khaïd soutint l’Empire Brun, critiqua les Provinces Indépendantes puis affronta plusieurs adversaires avant d’être conduit en prison par
Scarleit. La province ne peut donc plus être qualifiée de dormante. Instable conviendra parfaitement.
En Sicilia,
Dusk et Aurora poursuivirent les travaux et améliorèrent la production du Complexe Agricole.
Martina D. Dei Machiavelli soutint les Bourgmestres ainsi que le nouvel Empereur. Une Petite Armurerie fut développée tandis que
Jaylie Dei Machiavelli évoquait la possibilité de fouler prochainement les terres de
Y0gi. Le projet n’a pas été davantage précisé.
Aya Ravenloft affronta un Soldat Déserteur et
Zelphi manqua
Aken avec une tarte à la crème.
Au Paradigme Vert, des arbres surgirent à Garinaville et détruisirent une partie des rues tout en réduisant la pollution.
Bartolomus Ravenloft découvrit également l’Économie Verte.
En Bouletie,
Cassandre Lemage Ruthven battit
Lippos Aliagas pour prendre sa fonction puis le renomma Chef de Tribu.
Lippos détruisit ensuite une tombe en expliquant que la disparition des cimetières empêcherait les morts de savoir où aller.
Au Géofront, les mouvements indépendantistes continuèrent de progresser tandis que les interventions ruthvènes à Sanctuaire alimentaient les accusations d’ingérence.
Les personnes concernées peuvent venir corriger les faits, défendre leurs décisions ou expliquer pourquoi leur catastrophe était parfaitement prévue. Je les écouterai avec attention.
Ici
Kleo, depuis Radio Nécrotoile.Conclusion en Bref
Cette semaine l’Empire Brun a changé deux fois de souverain. La Mystisie a changé de gouvernement. Le Khanat a élu un Grand Khan. La Ruthvénie et le Khanat ont préparé la guerre. Kraland a imposé le bonheur puis découvert les difficultés budgétaires d’une population redevenue enfant. La Confédération a choisi son futur dirigeant par le silence. L’Hélénie a pris des otages afin qu’on cesse de l’ignorer.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 30/07 (00:43)

26 Juillet 6662026
SpoilerLes rideaux pourpres de la salle de diffusion est restés fermés ce soir car Radio Nécrotoile n’émet pas depuis l’Empire Brun. La vieille radio a été transportée jusqu’à la Steakerie de Capsulie puis posée entre plusieurs bouteilles vides, une part de gâteau renversée et les restes d’une tarte à la crème dont votre chroniqueuse refuse toujours de commenter la trajectoire. Les chandelles ont été remplacées par des feux d’artifice bleus et blancs, les crânes décoratifs par des invités encore debout et mon siège par une chaise que
Renato M. maintient d’une main prudente pendant que
Lyra du Hautbois observe avec cette expression délicate des gens qui hésitent entre aider leur amie et attendre de voir jusqu’où le désastre peut aller.
Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux mariés, aux invités, aux terroristes qui ont eu la courtoisie d’attendre la fin du repas avant de détruire plusieurs armureries et aux créatures antiques qui choisissent toujours le jour d’une grande fête pour sortir de leur trou.
Ici Kleo, araignée impériale brune et Ministre de la Guerre. Du moins je le suppose encore. Ma forme actuelle ne permet plus de distinguer clairement l’araignée, la femme ou le petit lapin que j’étais quelques tournées auparavant. Je suis devenue une silhouette bleue et pourpre légèrement vaporeuse avec quelques arabesques dorées qui se déplacent sur moi comme des tatouages ayant eux aussi beaucoup trop bu.
Je tiens néanmoins ce micro. C’est tout ce qu’exige le journalisme sérieux. Hic
Commençons par l’événement heureux puisque le reste de cette émission contiendra suffisamment de spectres, de trahisons et d’explosions pour satisfaire les goûts les plus bruns.
Rosalia de Pont-Krivell et
Zéphiria de Pont-Krivell se sont mariées en Capsulie sous les auspices de l’Ovule Sacré. La cérémonie fut précédée de chants, de discours et d’un duel entre les futures épouses arbitré par
Alice Ravenloft. Selon la coutume choisie, celle qui l’emporterait conduirait l’autre jusqu’à l’autel. C’est une conception du mariage particulièrement honnête puisque beaucoup de couples attendent plusieurs années avant d’admettre qu’ils règlent déjà leurs désaccords comme un conflit armé.
La journée se poursuivit dans la Steakerie avec des chansons, des félicitations et assez de tournées pour rendre floue une métamorphe pourtant entraînée.
Cassandra salua l’union avec beaucoup d’émotion.
Ninoo Chantargent et sa sœur offrirent une chanson aux mariées.
Kara de Pont-Krivell organisa un feu d’artifice dont les pétards étaient officiellement mouillés mais qui parvint malgré tout à dessiner un cœur bleu et blanc dans le ciel.
Il faut aussi signaler que
Tifa LockHeart lança une tarte à la crème à votre araignée préférée vers l’aube. Je considère cet acte comme une participation spontanée à ma tenue. Les détails blancs sur le pourpre sont paraît-il très élégants cette saison.
Au terme de la soirée,
Rosalia et
Zéphiria étaient mariées, les invités étaient heureux et plusieurs d’entre eux étaient encore capables d’identifier leur propre visage dans un miroir. Cette journée aurait pu demeurer une rare victoire de l’amour sur le Cybermonde.
Puis le désert s’est mis à trembler.
À sept heures cinquante-cinq, l’Antre de Naar s’est mise à gronder dans les profondeurs de la Mystisie. Les dunes ont tremblé. Les scorpions se sont enfouis dans le sable et les vautours ont quitté les environs. Ce dernier détail mérite l’attention car un vautour accepte normalement de patienter au-dessus de presque toutes les catastrophes. Lorsqu’il décide de partir avant le repas, c’est que le menu risque de le manger.
Des voyageurs ont aperçu à l’entrée du donjon une paire d’yeux verts accompagnée d’un sourire terrifiant. Une vague de désespoir a ensuite traversé le désert.Ça faisait des jours que je m'enlisais à écrire l'auto biographie du nouvel empereur à sa place... je sors pour un mariage et paf il se passe un truc.
Quelques minutes plus tard, une secousse sismique frappa la ville d’Abandon. Les bâtiments furent endommagés et des habitants blessés. Une crise de désespoir suivit presque immédiatement. Des spectres semblèrent sortir des murs tandis que la peur et la peine s’emparaient de la population. Dans la soirée, les rares voyageurs revenus vivants rapportèrent que des créatures de l’Antre de Naar avaient quitté le donjon afin de s’approprier les ruines. Une nouvelle crise de désespoir frappa ensuite la ville. Une présence ancienne s’est éveillé sous le désert. Elle a fait trembler la terre avant de projeter la terreur jusque dans les murs d’Abandon. Des monstres auraient quitté leur antre et occupent désormais une ville déjà assez ruinée pour porter son nom comme un diagnostic. En vrai, l'Empereur à annoncé l'arrivé de son armée.
Pendant ce temps, l’Empire recevaient ses troupes infernales. Certains assistaient au mariage. D’autres préparaient leurs trahisons. Les autorités mystisiennes changeaient encore de siège avec la rapidité d’un groupe d’enfants jouant à ne surtout pas rester sur la chaise lorsque la musique s’arrête.
Lyra du Hautbois pourra bien entendu expliquer quelles mesures seront prises contre l’Antre de Naar dès qu’elle aura terminé de surveiller ma forme qui coule lentement le long de cette chaise.
Mais je vais me permettre une observation presque sobre. Lorsque les vautours fuient, que les murs produisent des spectres et qu’un sourire vert apparaît sous le désert, il ne s’agit probablement plus d’une question de voirie.
Cette menace n’a pas empêché la politique mystisienne de poursuivre ses traditions.
Don Amortel tenta d’usurper
Lyra du Hautbois en lui offrant un Van Tartijn dans le dos au nom des anciennes coutumes locales. La tentative échoua. Il perdit son poste de Bourgmestre, se livra aux autorités puis quitta la prison presque aussitôt. La justice mystisienne reste fidèle à son principe fondamental. Tout le monde doit passer en prison mais personne ne doit rater le barbecue.
Le poste municipal étant devenu vacant,
Silas des Sables s’en empara lors d’une cérémonie qu’il qualifia de trahison ascendante bienveillante. Son couteau était prêt, le pétrole coulait et le Pouf changea de propriétaire dans le calme relatif que la Mystisie considère comme une transition pacifique.
Silas nomma ensuite
Monique Lemage Juge,
Don Amortel Commissaire de Police et
Mnémésine d’Arcys Sergente à la place de
Cheikh Evara.
Arrêtons-nous sur la beauté institutionnelle de la chose.
Don Amortel tente un coup d’État. Il échoue, perd sa fonction et passe en prison. Quelques minutes plus tard, le nouveau Bourgmestre le nomme responsable de la police.
Ailleurs, on parlerait d’incompatibilité avec la fonction. En Mystisie, on appelle cela recruter quelqu’un possédant une expérience concrète du crime politique.
L’ensemble aurait presque quelque chose de rassurant si une horreur aux yeux verts ne semblait pas préparer sa sortie sous la province. Les Mystisiens continuent pourtant de se poignarder avec une application admirable.
Au Valégro, l’épidémie de Retour en Enfance a frappé Fort Emouchet. Elle s’est également répandue jusqu’au Quartier Suprême et à Honolulu-par-Delà . Plusieurs habitants ont retrouvé un comportement enfantin tandis que les adultes encore fonctionnels débattaient de l’origine politique des comptines, des différentes écoles de marelle et de la présence insuffisante de bonbons.
Koshka annonça à son tour avoir été touchée.
Sir McRabbit expliqua que la maladie le rendait désormais indissociable de ses enfants puis apporta son soutien aux Provinces Indépendantes.
Bohé d’Umont défendit également leur cause tout en soutenant le Royaume de Ruthvénie. Il est possible de servir deux drapeaux lorsque l’on possède suffisamment de discours et que personne ne vérifie dans quelle poche se trouve le second.
La crise sanitaire se doubla d’une offensive contre les forces de l’ordre. Plusieurs attentats frappèrent le commissariat et le poste de police de Fort Emouchet. Des bâtiments furent endommagés ou détruits.
La Bourgmestre
Kenza Creswick, revenue après avoir elle-même été agressée, annonça que le commissariat serait reconstruit et que la peur changerait de camp. Elle réaffirma son soutien au Gouverneur
Jean-Luc Selriche puis promit une réponse sévère aux criminels.
Quelques heures plus tard, une nouvelle manifestation insurrectionnelle éclata. Des Bourgeois Décadents entrèrent en rébellion et l’Hôtel Le Refuge du Loup Gris devint une zone autonome.
La peur a donc peut-être changé de camp. Elle semble seulement avoir oublié de prévenir les rebelles.
Le Royaume de Ruthvénie profita également de la fragilité locale pour faire entendre sa voix.
Dame Démerzel organisa une manifestation contre le gouvernement kralandais et défendit les intérêts ruthvènes à Fort Emouchet.
Le Valégro tente maintenant de combattre simultanément une épidémie infantilisante, une rébellion, des attentats et l’influence étrangère. Les autorités promettent de reconstruire. Les opposants promettent de continuer. Les enfants réclament des bonbons. C’est probablement le programme politique le plus précis disponible dans la province.
En Bananie,
Passe-Muraille s’est présenté au poste de Khan avec un programme centré sur la sécurité, la modernisation des infrastructures et la transformation de Distillerie en forteresse écologique. Il souhaite améliorer les bâtiments, reprendre les commerces abandonnés et installer des arbres partout où l’espace le permet.
Le soir même, plusieurs attentats frappèrent l’ensemble armurier Schlass et Pouchka. Le Complexe Armurier, l’Armurerie Centrale, l’Armurerie et son chantier furent touchés. Plusieurs pièces s’écroulèrent et au moins une victime fut signalée.
Koshka fut recherchée pour avoir tenté de commettre plusieurs de ces attentats.
Tesse Blackwood tenta pour sa part de voler un extincteur au milieu des explosions avant de se livrer plus tard aux autorités avec cinq bombes sur elle. Je ne jugerai pas cette décision. Dans un bâtiment en feu, voler l’extincteur peut être considéré comme un crime ou comme une stratégie commerciale très agressive.
La candidature de
Passe-Muraille prend donc immédiatement une importance nouvelle. Il voulait faire de la Bananie une forteresse moderne. Il pourra commencer par déterminer quels murs sont encore disponibles.
À la Confédération Libre, le Président
Patrick-Lamulle DePouch a nommé
Paul-Steeve Saint-Sauveur Ministre de l’Économie puis annoncé un programme d’expansion territoriale. Chaque province pouvant être prise devra l’être et les volontaires sont appelés à rejoindre les armées, l’intendance ou les opérations menées dans l’ombre.
Voilà une démocratie qui possède enfin un programme assez simple pour tenir sur une carte militaire. Agrandir la Confédération jusqu’à ce que les voisins cessent de pouvoir voter contre.
Au Géofront,
Hanako Ainozomi,
Ninoo Chantargent,
Shiki Chantargent et plusieurs autres habitants poursuivirent la mobilisation en faveur des Provinces Indépendantes. Le mouvement autonomiste ne se contente plus de protester. Il installe désormais ses candidats et consolide son équipe.
En Sicilia,
Martina D. Dei Machiavelli salua l’Empereur
Octave Sombrefer tandis que
Jaylie Dei Machiavelli rendait son poste de Capitaine Ã
Palerme Dei Machiavelli.
Octave reçut également du Maître du Nexus
Chucky la récompense du Carré Magique pour son projet prometteur.
L’Empire possède donc un Empereur félicité par le Nexus, une Mystisie gouvernée par les amateurs de poignards et une créature inconnue qui sourit sous le désert.
Tout va parfaitement bien.
Je vais maintenant confier le micro à une personne dont la forme est assez stable pour le tenir sans que ses doigts se transforment en fumée.
Renato refuse.
Lyra rit. Les mariées dansent encore et quelqu’un vient de payer une nouvelle tournée malgré les avertissements des autorités médicales et de ma propre silhouette.
Je conclurai donc cette émission sur une vérité simple.
Pendant que
Rosalia et
Zéphiria se promettaient de rester ensemble jusqu’à la fin des temps, quelque chose sous le désert semblait justement vérifier à quelle distance se trouvait cette fin.
Ici Kleo, forme actuellement indéterminée.
Bonne nuit. Ne souriez pas dans le noir. Quelque chose pourrait croire que vous lui répondez.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 30/07 (00:43)

27 Juillet 6662026
SpoilerQuelque part au bout de ce fil invisible une voix se forma dans la fumée et elle ne venait ni d’un studio ni d’un palais mais des dunes de Mystisie où
Kleo apparaissait légèrement floue entre
Renato M. et
Lyra du Hautbois. Cela pouvait provenir de la chaleur du désert. Cela pouvait provenir des vapeurs du mariage. Cela pouvait aussi provenir du fait que la Ministre de l’Information tenait son verre avec davantage de stabilité que sa propre existence. La question ne sera pas tranchée ce soir par souci de dignité institutionnelle.
Bonsoir Empire Brun. Bonsoir Cybermonde. Bonsoir aux honnêtes citoyens qui ont passé leur journée à travailler et bonsoir surtout aux autres puisque ce sont eux qui fournissent l’actualité. Votre Ministre de l’Information vous parle depuis Abandon où les autorités impériales a décidé d’accueillir une délégation des Enfers selon les traditions les plus nobles de notre civilisation. Nous avons donc envoyé une générale, une garnison armée et plusieurs personnes suffisamment optimistes pour croire que les bonnes manières démoniaques ne s’enseigne pas nécessairement après la première morsure. Derrière moi le sable est jonché d’empreintes, de douilles, de fragments d’os et de formulaires administratifs encore vierges. Devant moi se tient un squelette qui a accepté de répondre à nos questions dès qu’il aura retrouvé sa mâchoire inférieure. À ma droite
Renato conserve cette expression sereine des hommes qui savent qu’ils auraient dû rester à la taverne. À ma gauche
Lyra du Hautbois contemple les morts-vivants avec le regard affectueux d’une souveraine revenue de noces qui découvre que ses administrés ont profité de son absence pour mourir sans autorisation. Elle porte encore la robe que je lui avais préparé. Elle est splendide. La robe aussi.
Il convient avant toute chose de rendre hommage à notre Empereur
Octave Sombrefer dont l’accession au pouvoir semble avoir produit dans les Enfers l’effet d’une cloche annonçant le service du dîner. Informé que les démons manifestaient à Abandon il n’a pas commis l’erreur ordinaire d’envoyer un diplomate avec des fleurs. Il a félicité les manifestants pour leur capacité à troubler l’ordre public puis il a chargé
Deux-Fleurs de Pont-Krivell de les recevoir avec une garnison complète et des armes prêtes à tirer. Voilà une politique extérieure cohérente. On ne peut pas être accusé de menacer ses invités lorsque l’on précise dès l’invitation que les fusils font partie du mobilier. Dans le même mouvement
Octave Sombrefer a confié l’Économie Ã
Kramara Kisugi, les Services Secrets Ã
Valerio Tenebri, la Guerre Ã
Martina D. Dei Machiavelli et l’Information à votre servante. Certains esprits chagrins diront que les fonctions ont changé rapidement. Ils oublient que l’immobilité est la première maladie des empires faibles. Dans un gouvernement véritablement vivant les ministres doivent circuler comme le vin lors d’un mariage. Rapidement, abondamment et sans que personne ne sache exactement qui a vidé la dernière bouteille.
La nomination de
Deux-Fleurs de Pont-Krivell à la tête de l’expédition d’Abandon était d’ailleurs un choix d’une remarquable logique. La Générale s’est présenté devant la délégation infernale avec la fermeté militaire attendue. Elle a ensuite été agressée par un squelette, plusieurs zombies et divers démons mineurs à une fréquence telle que les registres ont fini par ressembler à la carte d’un restaurant où chaque plat aurait tenté de dévorer le serveur.
Votre Ministre de l’Information a elle-même subi l’accueil enthousiaste d’un squelette. Je puis vous assurer que la créature avait une solide poigne pour quelqu’un dont la masse musculaire est depuis longtemps devenue une question théorique. Elle se trouve actuellement assise devant moi sur une caisse de munitions.
Renato lui a prêté une ceinture afin d’empêcher son bassin de partir sans le reste de son corps et
Lyra lui parle avec la douceur réservée d’ordinaire aux animaux nerveux et aux fonctionnaires qui viennent d’apprendre qu’ils travailleront le dimanche. Cet entretien sera diffusé dans l’émission spéciale qui suivra. Nous lui demanderons pourquoi les Enfers se sont déplacés en si grand nombre, ce qu’ils espèrent obtenir de l’Empire et s’ils ont conscience que mordre la Ministre de l’Information constitue moins une menace qu’une demande officielle de couverture médiatique. Les concernés peuvent naturellement contester cette interprétation. Ils devront seulement attendre que notre invité ait retrouvé assez de dents pour articuler son désaccord.
Mais avant de quitter Abandon il faut parler de
Lyra du Hautbois. Notre Sultane Éternelle était partie représenter la Mystisie à un mariage ce qui prouve qu’elle sait distinguer les véritables urgences diplomatiques. Elle est revenue avec une robe magnifique, plusieurs souvenirs incomplets et cette détermination farouche que donne parfois la consommation raisonnable d’un verre après l’autre. Elle s’est avancée dans le désert en annonçant qu’elle ne fuyait pas les démons mais qu’elle les traquait et les cœur d’amour. Les historiens futurs auront beaucoup de mal à traduire cette doctrine. Ils devront pourtant reconnaître son efficacité puisqu’une troupe de morts-vivants avait immédiatement cessé de paraître menaçante pour simplement sembler confuse.
Voilà qui nous conduit naturellement au reste du Cybermonde où plusieurs gouvernements ont également décidé de s’effondrer avec une ponctualité digne des meilleurs orchestres. Commençons par la République de Kraland dont le Premier Ministre
Ranxerox a disparu à tout jamais. Dans les nations ordinaires la disparition d’un dirigeant provoque le deuil, l’inquiétude et parfois une enquête. À Kraland elle provoque surtout une file d’attente devant le fauteuil encore tiède.
Michel DruKra a observé le vide politique et il a aussitôt expliqué que la nature en avait horreur.
La disparition de
Ranxerox n’est pourtant qu’une partie du malheur kralandais. La République souffre également de l’Incident Jovenia qui a ramené une partie de sa population au stade de l’enfance. Les adultes ont rajeuni, certains responsables ont perdu leurs facultés et les enfants qui étaient déjà des enfants est malheureusement restés dans cet état. Cette dernière catégorie inquiète énormément l’administration qui découvre avec effroi qu’un véritable enfant de cinq ans peut ressembler à un ministre frappé par l’épidémie. Les secteurs stratégiques seraient menacés. Les centrales, les installations militaires et les cabinets médicaux pourraient être infiltrés par des individus trop petits pour atteindre les poignées de porte mais suffisamment qualifiés pour être nommés si le bon formulaire a été tamponné. Le gouverneur
Jean-Luc Selriche a même demandé la suspension de la Loi du Sourire puisque les citoyens ne savent plus quelle expression adopter. On leur ordonne de sourire mais on leur reproche simultanément de ne pas paraître assez tristes devant la disparition du Premier Ministre. C’est une contradiction insupportable pour une République où l’expression du visage demeure une compétence réglementée.
À Fort Emouchet la crise sanitaire s’est mêlée à une guerre d’influence entre la République de Kraland, le Royaume de Ruthvénie, les habitants locaux, les bourgeois révoltés, les enfants rajeunis et une communauté de lapins dont la démographie défie les lois naturelles ainsi que plusieurs articles du code du logement.
Sir McRabbit s’est présenté aux élections pour représenter ses trois cent cinquante-neuf enfants. Il réclame davantage d’espaces verts et moins de constructions kralandaises tout en remerciant les Pirates Ruthvènes pour leur soutien à la faune locale. La Bourgmestre
Kenza Creswick lui a répondu avec cette délicatesse municipale qui consiste à expliquer qu’aucun rongeur ne dictera sa politique et que les HLM ne seront pas détruits sur simple ultimatum. Quelques heures plus tard elle en a néanmoins détruit un. Il ne faut pas voir là une contradiction. Une autorité digne de ce nom ne cède jamais aux pressions. Elle attend seulement que l’idée adverse devienne officiellement la sienne.
Le Royaume de Ruthvénie observe cette agitation avec une compassion si profonde qu’elle a pris la forme d’une intervention politique massive.
Dame Démerzel,
Mench0 et plusieurs représentants ruthvènes louent
Sir McRabbit, critiquent Kraland et promettent aux habitants du Valégro une libération que certains d’entre eux n’avaient pas encore eu le temps de réclamer. La République répond que l’on ne peut pas libérer un peuple déjà libre. Le Royaume répond implicitement qu’un peuple libre ne protesterait pas autant. Les deux camps ont raison dans la mesure où les discours politiques n’engage généralement que les personnes qui ont la malchance de les écouter. Pendant ce temps les bâtiments deviennent autonomes, les bourgeois entrent en rébellion et des bruits de petits pas montent sous les fondations. Les uns accusent les rongeurs. Les autres accusent les agents ruthvènes. Personne n’accuse les entrepreneurs ayant construit les fondations ce qui prouve que même dans le chaos le respect des véritables puissances économiques demeure intact.
Fort Emouchet possède maintenant davantage de candidats que de rues sûres.
Koshka promet le retour des coutumes locales, du farniente et des papiers de toilette jetés sur les anciens établissements.
Sysson se présente au cas où l’attention de
Koshka ne tiendrait pas toute la semaine.
Sir McRabbit défend sa famille nombreuse.
Emile Liarr veut gouverner au nom du Pis-en-Lys Doré et promouvoir le retour au servage dans l’intérêt évident des paysans qui n’ont pas été consultés. Chacun de ces candidats promettent de rendre la province à son peuple. Il ne reste plus qu’à déterminer lequel de ces peuples survivra à la campagne électorale. L’Empire Brun observe tout cela avec une neutralité parfaite et cette légère satisfaction que ressent le propriétaire d’une maison solide lorsqu’il regarde ses voisins débattre de la couleur des rideaux pendant que leur toit brûle.
Restons un instant au sein de la République puisque le Géofront a lui aussi découvert une nouvelle méthode de gouvernance.
Darth Leo a renversé
Ren Chantargent en prenant soin de lui expliquer que cette usurpation n’avait absolument rien de personnel. Il apprécie profondément
Ren. Il respecte même tellement ses scrupules qu’il a décidé de lui retirer le pouvoir afin de commettre à sa place les actes douteux nécessaires à la liberté. Voilà une forme de dévouement qui mérite d’être étudiée. Le cambrioleur ordinaire vole vos clés.
Darth Leo vous remercie de les avoir si bien entretenues puis promet de vous les rapporter après avoir réorganisé la maison. Son règne serait provisoire. Dès que les circonstances le permettront le pouvoir reviendra Ã
Ninoo Chantargent. L’indépendance du Géofront se prépare donc au moyen d’un coup d’État temporaire mené par un homme qui assure ne pas vouloir conserver le fauteuil qu’il vient de voler. Les promesses qui accompagne une usurpation sont toujours fascinantes. Elles ressemblent aux rubans posés autour d’un cercueil afin que la famille oublie un instant ce qu’il contient.
Hanako Ainozomi soutient déjà l’indépendance et loue
Ninoo ainsi que
Shiki Chantargent. Le Géofront semble avoir accepté le principe général selon lequel on peut défendre la liberté en choisissant d’abord soi-même qui doit gouverner les autres. Cette doctrine n’est pas nouvelle. Elle constitue même l’un des piliers les plus durables de la politique cybermondiale. Les portes que
Darth Leo a laissé ouverte pourront naturellement être franchies par les habitants souhaitant discuter de l’avenir de leur province. Il leur faudra seulement accepter que l’avenir en question a déjà commencé sans eux.
Plus loin le Paradigme Vert a connu une révolution d’une rare élégance puisqu’elle s’est déroulée en plein mariage.
Cassandra a renversé la Régente
Mina d’Orchidia pendant que la moitié du pays célébrait une union et que l’autre moitié cherchait probablement ses chaussures sous les tables. Elle affirme vouloir ramener le Paradigme vers ses racines, protéger le vivant et empêcher la naissance d’une théocratie. Pour garantir cette restauration écologique elle s’est appuyée sur des forces démoniaques qui ont ouvert des portails à travers les provinces. L’écologie verte entre ainsi dans une nouvelle phase où les forêts seront protégées par des créatures venues d’un royaume de flammes éternelles. Certains observateurs y verront une incohérence. Ils n’ont pas compris la modernité du projet. Rien ne fertilise mieux une terre épuisée que les cendres d’une civilisation.
Les démons réclameront évidemment leur paiement. Personne ne sait encore lequel.
Cassandra assure que son pouvoir protégera toutes les croyances sans laisser une seule religion dominer les institutions. Elle devra maintenant expliquer cette liberté spirituelle aux entités infernales qui ont financé son changement de régime.
Orelia d’Orchidia a pour sa part dénoncé le choix particulièrement discourtois d’organiser un coup d’État au milieu du mariage puis elle a réclamé un duel. Il reste réconfortant de constater qu’au Paradigme Vert les anciennes traditions survivent. Lorsque la démocratie échoue on parle aux arbres. Lorsque les arbres ne répondent pas on invoque les démons. Lorsque les démons arrivent on provoque la régente en duel. Le cycle naturel demeure parfaitement préservé.
Le Grand Khan
Pigeon Ronron a observé cette évolution avec l’attention d’un oiseau voyant un chat s’approcher de son nid. Il a prévenu le Paradigme qu’il craignait un recyclage de ses vieilles idées puis il a retiré le Khanat de l’Inspection Écologique au motif que l’écologie véritable devrait faire exploser davantage de choses. Le raisonnement possède une certaine pureté. Le Paradigme ouvre des portails démoniaques pour sauver la nature et le Khanat quitte une organisation écologique parce qu’elle ne détruit rien d’assez spectaculaire. Pendant ce temps la Bananie connaît une invasion de champignons menaçant la production de liqueur. Enfin une catastrophe environnementale dont les conséquences sont clairement comprises par tous.
Les nations changent de maîtres avec la pudeur d’une taverne qui change de propriétaire sans nettoyer les tables. La République de Kraland se sont donné un Premier Ministre parce que le précédent avait disparu. Le Géofront a choisi la liberté en remplaçant son duc sans lui demander son avis. Le Paradigme a sauvé la nature avec l’aide des Enfers. L’Empire Brun a répondu à une manifestation démoniaque en envoyant des soldats prêts à tirer et demeure ainsi la seule puissance à avoir décrit exactement ce qu’elle faisait.
C’est la raison pour laquelle votre Ministre de l’Information peut conclure cette émission avec la sérénité d’une araignée dont la toile tient encore lorsque les palais voisins perdent leurs murs. Nous ne prétendons pas offrir le bonheur universel. Nous n’annonçons pas un coup d’État provisoire. Nous ne promettons pas de défendre la nature avec des portails infernaux. Nous disons simplement que les démons sont à Abandon, que plusieurs d’entre eux mordent et que nous avons apporté assez de munitions pour poursuivre la discussion jusqu’au matin. Cette franchise constitue aujourd’hui une forme presque révolutionnaire de vertu.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent ouvertes aux souverains renversés, aux souverains ayant renversé quelqu’un, aux enfants devenus ministres, aux ministres devenus enfants et aux démons qui souhaiteraient déposer une réclamation concernant l’accueil impérial. Les concernés peuvent venir nier publiquement cette version des événements. Ils contribueront ainsi à enrichir nos archives et à confirmer que nous avions encore raison avant même de leur donner la parole.
Quant à vous mes chers auditeurs ne quittez pas les ondes. Après une courte pause destinée à rattacher correctement les jambes de notre invité nous recevrons le premier squelette de la délégation infernale. Il nous expliquera ce que les Enfers attendent de
Octave Sombrefer, pourquoi
Deux-Fleurs de Pont-Krivell a été attaquée autant de fois et pour quelle raison il a estimé convenable de mordre votre Ministre de l’Information avant même de lui offrir à boire.
Dans le désert
Lyra du Hautbois vient de retrouver une bouteille.
Renato vient de perdre tout espoir de rentrer tôt. Et moi je distingue enfin la mâchoire de notre invité sous une dune. L’Histoire peut continuer. Nous avons retrouvé ses dents. J’ai laissé le squelette juste au bord du micro pour que l’entretien spécial puisse commencer directement après cette chronique.
La suite après la pause
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Nous vous formerons. -
modifié 30/07 (00:44)

27 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir Empire Brun. Bonsoir Mystisie. Bonsoir aux citoyens encore assez vivants pour nous écouter et bonsoir aux autres puisque nous savons désormais qu’ils comprennent parfaitement les questions simples. Votre Ministre de l’Information vous parle toujours depuis Abandon où les ruines s’était transformées en poste diplomatique avancé, en champ de bataille et depuis quelques minutes en centre officiel d’interrogatoire pour cadavres peu coopératifs. Le sable autour de nous est couvert de traces de lutte. Les restes de zombies, de démons mineurs et de squelettes jonchait le sol avec cette élégance désordonnée propre aux lieux récemment nettoyés par Deux-Fleurs de Pont-Krivell. La Générale avait annoncé avoir fait le ménage. Elle n’exagérait pas. Le rez-de-chaussée de l’Antre de Naar ressemble à présent à une salle de réception dont les invités auraient tous perdu une dispute contre le mobilier.
Deux-Fleurs avait nettoyée les ruines avec beaucoup de professionnalisme. Les cris des créatures avaient porté jusqu’à la Lampe du Génie. Les os s’étaient brisés. Les zombies avaient grogné. Les démons mineurs avaient découvert que la Froque Brune constitue une réponse militaire fort complète aux problèmes de voisinage. Lorsque le silence était finalement revenu les créatures avaient été balayé dans des tas relativement convenables et la Générale avait pu nous informer qu’un groupe plus important demeurait cependant au rez-de-chaussée. Ce groupe serait mené par une créature appelée Ombre Machiavélique tandis qu’une autre entité nommée Ombre Méphitique contrôlerait l’entrée. Deux-Fleurs reviendra demain avec des renforts. Voilà une femme prudente. Elle sait qu’après avoir détruit le comité d’accueil il est parfois utile d’apporter davantage de soldats pour rencontrer la direction.
Entre-temps nous avons capturé l’un des employés subalternes de l’organisation. Il s’agit du squelette qui m’avait précédemment agressée. Je l’ai soigneusement saucissonné dans ma toile afin qu’il puisse participer à cet entretien sans prendre l’initiative regrettable de démonter lui-même ses propres articulations pour s’enfuir. Ses poignets sont attachés. Ses chevilles également. Sa colonne vertébrale est maintenue droite par trois fils renforcés et sa mâchoire demeure la seule partie de son anatomie disposant d’une véritable liberté d’expression. Une lueur verte brûle dans ses orbites vides. Elle suit chacun de mes mouvements avec l’insistance d’un regard qui n’a plus d’yeux mais qui continue néanmoins à manquer de politesse. Lyra du Hautbois se trouve à quelques pas de lui. Renato M. est installé sur une pierre avec l’expression d’un homme comprenant qu’il assistera finalement à toute la nuit. Le squelette quant à lui paraît détendu. Il est vrai qu’il n’a plus aucun muscle capable de se contracter.
Nous lui avons demandé qui l’avait réveillé. Sa réponse fut simple.
Lui.
Nous lui avons montré la direction de l’Antre. Nous lui avons parlé de la créature aux yeux verts aperçue devant l’entrée. La mâchoire a claqué et la voix grinçante a confirmé que oui il s’agissait bien de celui qu’il désignait. Son nom serait Ombre Machiavélique. La chose serait un démon. Pas un dieu oublié. Pas un nécromancien. Pas un phénomène météorologique particulièrement mal élevé. Un démon. Voilà qui simplifie l’affaire et prive malheureusement plusieurs experts impériaux de la possibilité de publier trente pages pour conclure exactement la même chose.
Nous avons ensuite essayé d’estimer les forces présentes dans Abandon. Le squelette nous a informés qu’il ne savait pas compter. Lorsqu’on lui a demandé le nombre de démons il a précisé qu’il ne savait pas calculer. Lorsqu’on lui a demandé le nombre de morts-vivants il a ajouté qu’il ne savait pas additionner. Les réponses était cohérentes. Notre témoin possède manifestement une formation administrative très complète. Il ignore les chiffres mais sait distinguer chacune des disciplines mathématiques qu’il ne maîtrise pas. C’est déjà davantage que certains ministères étrangers.
Toutefois lorsqu’on lui demanda combien de créatures étaient réellement dangereuses il répondit sans hésiter.
Deux.
Voilà qui mérite notre attention. Les nombres lui échappais tant qu’ils concernaient la foule mais deux seulement semblait assez importants pour traverser le brouillard intellectuel logé entre ses orbites. Deux créatures dangereuses. Deux ombres nommées. Ombre Machiavélique qui aurait réveillé les morts et Ombre Méphitique qui contrôlerait l’entrée. Le reste ne serait donc que du personnel. Des zombies pour grogner. Des squelettes pour claquer des dents. Des démons mineurs pour courir vers les généraux et apprendre les conséquences naturelles de l’enthousiasme. Voilà une organisation presque classique. Tout système politique possède deux individus dangereux puis un grand nombre de créatures ne sachant ni compter ni additionner mais suffisamment motivées pour attaquer les passants.
À la question de savoir qui commandait actuellement Abandon notre témoin a répondu que Ombre Méphitique contrôlait l’entrée. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle gouverne les ruines. Il existe une différence importante entre tenir une porte et posséder la maison bien que beaucoup de gouvernements étrangers ait construit leur légitimité sur une confusion semblable. Quant à la hiérarchie interne le squelette n’a prononcé qu’un seul mot.
Chaos.
Pour une fois je ne lui reprocherai pas son manque de précision. Il suffit de regarder autour de nous. Les zombies attaquent ce qui bouge. Les squelettes attaquent ce qui ne bouge pas assez vite. Les démons attaquent ce qui porte un uniforme. Les ombres parlent depuis les profondeurs de l’Antre et tout le monde semble recevoir des ordres différents avec pour unique objectif commun de rendre la région invivable. Ce n’est pas une hiérarchie. C’est une administration mystisienne ayant supprimé les formulaires.
Puis nous avons demandé pourquoi Abandon avait été choisi.
Le squelette a tourné la tête vers Lyra du Hautbois.
Son doigt s’est lentement levé dans sa direction. J’avais pourtant serré les articulations mais il faut reconnaître à notre témoin une remarquable persévérance osseuse.
Pacte. À cause d’elle.
Nous disposons donc d’un pacte. Nous ignorons encore sa nature. Nous ignorons qui l’a conclu. Nous ignorons ce qui fut promis et qui doit désormais payer. Pourtant le squelette semble rattacher la présence de ces forces à Lyra du Hautbois. Je tiens immédiatement à rassurer la population. Il n’existe actuellement aucune preuve que notre Sultane Éternelle ait volontairement ouvert l’Antre, réveillé une armée ou invité deux ombres démoniaques à s’installer dans ses ruines. Il existe seulement un mort-vivant ligoté qui la désigne du doigt en parlant de pacte. En politique cela suffit généralement pour ouvrir une enquête, trois tavernes et une rumeur.
Lyra affirme qu’elle revenait simplement d’un mariage. Ce qui est vrai. Elle affirme avoir représenté dignement la Mystisie. Ce qui est techniquement possible. Elle affirme aussi avoir bu avec parcimonie en consommant un verre après l’autre. Cette définition sera prochainement soumise à l’Académie impériale des poids et mesures. Pour le reste notre gouverneure semble aussi surprise que nous par cette accusation. Elle observe actuellement l’Antre avec cette expression particulière de quelqu’un qui tente de se souvenir si elle a signé quelque chose pendant une soirée.
Nous avons demandé au squelette si Abandon n’était qu’un refuge ou le commencement d’un projet plus vaste. Ses réponses ont alors pris une forme troublante.
On m’a dit sors.
On m’a dit dehors.
On m’a dit ruines.
Les ordres qu’on lui avait donné ne comportaient donc aucune stratégie visible. On l’a fait sortir. On l’a envoyé dehors. On l’a dirigé vers les ruines. Cela pourrait n’être que la preuve d’une intelligence très limitée. Cela pourrait aussi être la preuve que l’armée d’Abandon n’a reçu pour l’instant qu’un ordre de déploiement et attend toujours la suite. Une armée qui ignore pourquoi elle se trouve là n’est pas nécessairement moins dangereuse. Elle l’est parfois davantage puisqu’elle dispose de temps libre et d’armes.
Le squelette a nié qu’il s’agisse d’une tentative de conquête directe de l’Empire. Nous acceptons sa réponse avec la prudence nécessaire. Il avait précédemment reconnu ne pas savoir compter et il est donc possible qu’il ignore également la taille d’un empire. Cependant il a clairement rattaché les morts-vivants à Ombre Machiavélique. Lorsqu’on lui demanda ce qui arriverait si cette puissance disparaissait et si toute l’armée s’effondrerait avec elle notre témoin a cessé de répondre.
Sa mâchoire s’est immobilisée.
La lumière dans ses orbites s’est faite plus forte.
Quelque chose dans l’Antre a ricané.
Ce silence constitue probablement la partie la plus instructive de l’entretien. Un squelette qui répond sans difficulté qu’il ne sait ni compter ni calculer ne ressent aucune honte à reconnaître son ignorance. Lorsqu’il refuse soudainement de parler ce n’est donc pas parce qu’il manque de connaissances. C’est peut-être parce qu’une réponse existe et qu’une autre présence écoute.
Puis la ville entière a été frappée par une crise de désespoir.
Le phénomène est arrivé sans avertissement. Le sable a semblé devenir plus lourd. La chaleur elle-même s’est retirée de l’air. Les ruines ont perdu leurs couleurs et pendant quelques instants chacun de nous a ressenti une tristesse qui ne lui appartenait pas. Je dois vous avouer qu’un instant j’ai eu envie de détacher le squelette et de le laisser rentrer chez lui. Puis je me suis rappelée qu’il m’avait mordue.
La guérison fut immédiate.
C’est à cet instant qu’une voix est sortie de l’Antre de Naar. Elle n’était pas forte au commencement. Elle se glissa entre les pierres puis monta le long des murs comme une fumée noire. Le ricanement qui l’accompagnait n’avait rien de l’amusement véritable. C’était le rire de quelqu’un ayant regardé Deux-Fleurs massacrer ses troupes et ayant décidé que cela constituait un échauffement.
La voix nous a félicités.
Puis elle s’est adressée directement à l’Empereur Octave Sombrefer et à la Générale Deux-Fleurs de Pont-Krivell.
Elle leur a demandé s’ils étaient prêts pour la deuxième partie.
Nous savons donc désormais plusieurs choses. Ombre Machiavélique connaît le nom de notre Empereur. Elle connaît le nom de notre Générale. Elle a observé le combat. Elle considère les créatures détruites comme de simples forces préliminaires et elle croit avoir préparé quelque chose de plus important. Nos invités infernaux se sont montré parfaitement conscients de la présence impériale et contrairement au squelette leur supérieur paraît capable de construire des phrases complètes.
Le défi est lancé. Je tiens donc à m’adresser directement à Ombre Machiavélique puisque cette créature semble écouter notre émission depuis son trou. Vous avez réveillé les morts. Vous avez rempli Abandon de démons. Vous avez envoyé des squelettes interroger nos mâchoires avec leurs dents. Vous avez regardé Deux-Fleurs faire le ménage parmi vos serviteurs puis vous avez attendu que la poussière retombe pour demander si l’Empire était prêt à continuer.
C’est une entrée théâtrale convenable.
Je lui accorde sept sur dix. Deux points ont été retirés pour l’usage excessif de zombies et un autre pour avoir laissé votre principal témoin être capturé par une araignée légèrement ivre.
Vous prétendez que ce n’était qu’un échauffement. Nous sommes disposés à vous croire. L’Empire Brun apprécie les adversaires qui annoncent plusieurs parties. Cela permet de prévoir les boissons entre les massacres. Deux-Fleurs reviendra avec des renforts. Octave Sombrefer a déjà déclaré que toute action rompant la monotonie constituait un acte sacré. Vous venez donc peut-être de lui offrir exactement ce qu’il demandait.
Quant au pacte qui lierait cette affaire à Lyra du Hautbois nous attendons des explications. Notre Sultane est ici. Elle n’a pas fui. Elle se tient devant votre Antre avec sa robe encore couverte de sable et le regard d’une femme qui commence à soupçonner que quelqu’un a utilisé son nom dans un contrat qu’elle n’a pas lu. Vous pouvez venir lui parler. Vous pouvez également continuer à envoyer des squelettes sachant répondre uniquement oui, non et je ne sais pas calculer. Cette seconde option nous fournira beaucoup de contenu radiophonique mais très peu de diplomatie.
La ville d’Abandon demeure donc sous tension. Ombre Méphitique contrôlerait l’entrée. Ombre Machiavélique commanderait les forces mortes ou du moins exercerait sur elles une influence importante. Un pacte inconnu semble lié à Lyra. Deux créatures seulement seraient réellement dangereuses selon notre témoin et la première vague n’aurait été qu’un échauffement. La crise de désespoir prouve également que l’ennemi ne dispose pas uniquement de griffes, de crocs et de cadavres mal entretenus. Quelque chose agit directement sur les esprits. Cela change la nature de l’affrontement.
Une armée peut combattre des zombies. Une Générale peut briser des squelettes. Une garnison peut contenir des démons. Le désespoir est une arme différente. Il ne frappe pas les murailles. Il cherche les fissures qui existent déjà dans ceux qui les défendent. Il murmure que l’effort est inutile. Il transforme chaque blessure en preuve de défaite et chaque silence en abandon.
Malheureusement pour nos adversaires ils ont choisi l’Empire Brun. Nous vivons entourés de crânes. Nous décorons nos salles avec du velours noir. Nos souverains félicitent les émeutes et accueillent les délégations avec des fusils. La tristesse mystérieuse venue des profondeurs devra se montrer beaucoup plus convaincante pour se distinguer de notre décoration habituelle.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent ouvertes. Les habitants de Mystisie ayant vu une ombre près de l’Antre sont invités à témoigner. Les personnes connaissant l’existence d’un pacte impliquant Lyra du Hautbois peuvent venir parler avant que nous commencions à supposer des choses publiquement. Ombre Machiavélique et Ombre Méphitique sont également invitées à répondre en direct. Nous acceptons les démons, les spectres, les nécromanciens, les divinités oubliées et même les représentants légaux à condition que ces derniers restent attachés à l’extérieur. Une lueur verte brille toujours derrière nous. Lyra vient de dire qu’elle ne se souvient d’aucun pacte.
L’Antre vient de rire une seconde fois.
Et au fond des ruines quelque chose de beaucoup plus lourd qu’un squelette commence à monter les marches. Restez sur nos ondes.
La deuxième partie vient peut-être de commencer.
Tremblez cher auditeur, restez à l'écoute, vous saurez tous avant tout le monde.
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modifié 30/07 (00:45)

27 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir aux habitants du Cybermonde qui ont encore la chance de posséder un pouls vérifiable, aux démons qui ont remplis leurs formulaires d’entrée, aux morts-vivants qui les ont mangés avant le contrôle et aux citoyens de Mystisie qui découvrent avec émerveillement que leur désert avait besoin d’un peu plus d’activité infernale pour devenir véritablement accueillant. Ce soir la vieille radio impériale n’émet pas depuis l’Empire Brun. Elle repose au cœur de l’Antre de Naar sur une table de pierre dont les pieds sont manifestement composés d’anciens visiteurs qui avaient eux aussi demandé où se trouvait la sortie. Les torches brûlent d’une lueur verte et malade. La fumée d’un cigare serpente sous les voûtes. Tout au fond de la salle se dresse le trône d’
Ombre Machiavélique avec son velours sombre, ses ornements peu rassurants et l’accoudoir droit désormais occupé par votre servante. Oui mes petits cadavres administratifs je suis installée sur le bras du trône du démon de l'Antre
Ombre Machiavélique peut donc continuer de prétendre qu’il règne seul depuis ce meuble. Nous laisserons cette illusion vivre encore quelques minutes parce que la cruauté doit parfois savoir se montrer raisonnable.
Abandon donc. Cette merveille de Mystisie où les pierres ont davantage de souvenirs que les habitants et où les habitants ont généralement la délicatesse de devenir eux-mêmes des souvenirs avant que les pierres ne s’ennuient. Depuis plusieurs jours les pactes démoniaques ont été signé avec un enthousiasme qui aurait dû éveiller quelques soupçons. Les dunes tremble. Les morts marchent. Les portails s’ouvrent et les créatures de Naar semblent avoir découvert que la frontière mystisienne repose essentiellement sur un écriteau demandant poliment aux monstres de ne pas entrer avec du sable sous les pieds.
Silas des Sables a donc pris la parole afin de rassurer la population en expliquant que Lampe du Génie demeurait parfaitement sûre, que les phénomènes restaient localisés autour d’Abandon et que
Mnémésine d’Arcys placerait les soldats disponibles aux portes pour refouler les démons sans papiers. C’est une politique admirable. L’enfer peut engloutir les ruines à quelques dunes de là mais tant que les abominations présentent un document lisible à l’entrée nous demeurons une civilisation. En Mystisie on parle d’un problème de domiciliation. On ne demande pas au zombie pourquoi il marche encore. On lui demande dans quelle ville il déclare son domicile principal et s’il compte exercer une activité rémunérée. On ne s’interroge pas sur le fait qu’une bouche infernale se soit ouverte au milieu du désert. On vérifie si le portail possède une autorisation de chantier. Toute grande civilisation se reconnaît à sa capacité de transformer l’horreur absolue en compétence municipale et de ce point de vue les habitants a compris l’essentiel.
Pendant que
Mnémésine renforçait les accès et que
Silas recommandait de ne pas ramener de morts-vivants chez soi comme si ce conseil n’allait pas immédiatement donner des idées à plusieurs habitants de Lampe du Génie, l’Empereur
Octave Sombrefer et la Générale
Deux-Fleurs de Pont-Krivell ont pénétré dans les ruines. Nous avons alors entendu les démons mineurs hurler, les os casser et les zombies grogner avec cette régularité martiale qui permet de distinguer un combat impérial d’un simple samedi soir en Sicilia. Les résidus monstrueux jonchait bientôt le sable et l’un des squelette s’est fait capturé pour les besoins de notre enquête. Gérard est donc le seul survivant disponible. Il ne coopère pas beaucoup mais son silence me paraît déjà plus instructif que plusieurs discours gouvernementaux prononcés cette semaine.
Puis la voix est sortie de l’Antre. Un rire obscur a couru sur les pierres et quelqu’un a demandé Ã
Octave et
Deux-Fleurs si cet affrontement n’était qu’un échauffement avant de les inviter à une deuxième partie. La formulation est intéressante. Elle signifie d’abord que les démons possèdent désormais un sens de l’hospitalité proche de celui des tenanciers de tavernes. Vous venez d’exterminer leurs serviteurs et ils vous proposent immédiatement une activité supplémentaire. Elle signifie ensuite que ce qui vient de se produire n’était pas une invasion mais une présentation. Un échantillon. Une petite assiette déposée sur la table afin de montrer au client ce que la cuisine peut encore produire quand le cuisinier aura cessé de jouer avec les cadavres.
Mais avant de quitter Mystisie il faut évoquer l’autre bataille qui s’y déroule. Une guerre plus discrète et peut-être plus dangereuse encore. Celle des fonctions administratives.
Silas des Sables a perdu son poste de Bourgmestre après une affaire de vandalisme commise sous son identité.
Valerio Tenebri a ensuite découvert qu’
Agatha aurait utilisé le nom de
Silas avec toute la discrétion d’une voleuse qui signerait son crime avant d’organiser une conférence de presse. Les poursuites contre le véritable
Silas ont été annulées et
Valerio a demandé que l’on n’oublie pas le pot-de-vin. Cette précision me rassure. Dans un monde où les morts sortent des murs et où les démons ouvrent des portails il est agréable de constater que certaines institutions reste fidèles à leurs valeurs.
Don Amortel s’est ensuite installé à la mairie vacante en soupirant. Puis il a nommé
Silas Commissaire de Police. Ainsi un homme accusé sous sa propre identité et lavé par une enquête aux honoraires scandaleux s’est retrouvé chargé de poursuivre les gens qui utiliseraient incorrectement la leur. La roue de la justice impériale tourne vite. Elle tourne parfois si vite que les condamnés deviennent policiers avant que les greffiers aient retrouvés le dossier.
Don Amortel affirme être venu retrouver son Ombre et le fameux pouf disparu. Nous ignorons encore lequel des deux représente la priorité municipale.
Lyra me fait comprendre d’un regard qu’elle refuse toujours le poste de mobilier. Je tiens donc à préciser officiellement que la Sultane présente à nos côtés n’est pas disponible comme repose-pieds sauf en présence d’un contrat matrimonial suffisamment avantageux. Et tandis que Mystisie défend la frontière entre les vivants et les morts le Valégro défend la frontière entre deux façons de rendre les paysans malheureux.
À Fort Emouchet les partisans du Royaume de Ruthvénie expliquent que la République de Kraland a défiguré la terre avec ses HLM. Les défenseurs de Kraland répondent que la Ruthvénie désire rétablir les domaines et le servage.
Emile Liarr a tenté de simplifier l’affaire en expliquant que Kraland au Valégro était mauvais et que Ruthvénie au Valégro était bon. Après plusieurs heures de discours il a donc atteint le niveau de précision politique d’un enfant choisissant entre deux confitures. Il a aussi précisé que le servage n’était pas de l’esclavage mais un accord équitable dans lequel les uns apportent leur main-d’œuvre et les autres leur proposent généreusement de l’utiliser. Il faut admirer cette définition. Avec assez d’élégance tout collier devient un bijou.
Baptiste Le Tellier a promis que les HLM seraient remplacés par de belles propriétés avec des dépendances pour les serfs. C’est une vision sociale d’une grande cohérence. Les pauvres ne seront plus entassés dans des immeubles laids. Ils pourront désormais vivre derrière la maison des riches dans une petite construction pittoresque dont la porte ferme probablement de l’extérieur. De son côté
Jean-Luc Selriche affirme que la République a pu faire des erreurs mais rappelle que seul celui qui ne fait rien n’en commet aucune. C’est la défense préférée des gouvernements qui ont fait tellement de choses que personne ne sait plus laquelle juger en premier.
Michel DruKra a demandé aux Ruthvènes de cesser de brailler devant l’hôtel de ville le temps que les représentants locaux puissent discuter. Voilà une demande parfaitement raisonnable adressée à une monarchie dont la diplomatie repose depuis toujours sur la capacité de parler plus fort que le voisin en portant davantage de velours.
Sir McRabbit promet la collaboration.
Logan Komikov l’accuse d’avoir mis des bâtons dans les roues.
Précieuse Liarr reçoit une enclume sur la tête. Ce dernier événement constitue peut-être l’analyse politique la plus honnête de toute la crise. Le Valégro se trouve coincé entre deux régimes et le ciel lui-même a décidé de participer au débat avec du matériel de forge.
La République assure vouloir respecter le peuple. Le Royaume affirme vouloir rendre sa dignité aux paysans. Les deux camps parlent de liberté tout en désignant très précisément l’administration sous laquelle les habitants seront enfin libres d’obéir. C’est le miracle des conflits territoriaux. Plus les puissants parlent de la volonté locale et moins les locaux ont le temps de finir une phrase. Les révolutions se termine souvent ainsi. Un peuple réclame le droit de choisir son avenir et plusieurs gouvernements arrivent immédiatement avec des formulaires déjà remplis.
Pendant ce temps le Paradigme Vert change de dirigeants avec la sérénité d’une maison dont le toit brûle mais où quelqu’un insiste pour déplacer les plantes. Une pétition de désaveu a été lancée contre
Paul-Steeve Saint-Sauveur peu après son arrivée au pouvoir. Le Régent
Cassandra a commencé à nommer
Stella Darnus aux Services Secrets et
Makoto Natsume au Travail.
Stella a aussitôt annoncé que les murs avaient des oreilles et parfois les voisins aussi. Il s’agit d’une doctrine de sécurité très écologique. Même la végétation participe à la surveillance et aucun citoyen ne peut être certain qu’un buisson ne rédige pas déjà son dossier.
La Confédération Libre propose pour sa part de tracer une immense zone démilitarisée à travers le Cybermonde afin de séparer les peuples qui ne savent plus cohabiter. L’idée consiste donc à prendre tous les conflits existants et à leur ajouter une frontière administrée par la Confédération. C’est ambitieux. Lorsque deux voisins se disputent une clôture le Confédéré ne choisit pas un camp. Il construit une autoroute entre les deux maisons et réclame le droit de surveiller les péages. Les démocrates ont cette élégance particulière. Ils ne conquièrent jamais. Ils créent des espaces neutres suffisamment vastes pour nécessiter leur présence permanente.
Revenons donc à l’Antre de Naar. Derrière moi
Ombre Machiavélique demeure assis sur son trône avec ses cornes dressées sous les voûtes et son chapeau aux dents douteuses. Je tiens à rappeler que ses goûts vestimentaires ne sont pas contestables. Ils sont défendus par un accessoire capable de mordre.
Lyra conserve des sentiments partagés entre son charisme et sa garde-robe.
Renato observe la sortie avec la prudence d’un homme qui sait qu’il devra probablement nous ramener tous les trois. Quant à moi je reste sur l’accoudoir avec l’assurance paisible d’une créature qui a déjà annexé le meuble et qui attend simplement que son propriétaire s’en rende compte.
Les Ombres attend derrière les portes.
Octave et
Deux-Fleurs ont terminé l’échauffement. Lampe du Génie ferme ses accès aux démons sans papiers tandis que les citoyens continuent probablement de ramener chez eux tout mort-vivant qui semble avoir besoin d’un repas chaud. Le Valégro hésite entre les HLM rouges et les dépendances royales. La Confédération veut découper le monde pour le sauver et le Paradigme nomme des espions pendant que son président découvre la brièveté possible du bonheur électoral. Tout est donc parfaitement normal.
Les habitants d’Abandon qui souhaitent témoigner peuvent venir jusqu’à l’Antre. Les vivants devront présenter leurs papiers. Les morts devront apporter leurs propres fils de soutien. Les démons peuvent entrer librement à condition de ne pas déranger
Ombre Machiavélique pendant qu’il me gratte les oreilles. Les personnes désirant contester cette version des événements sont invitées à parler directement dans la vieille radio. Gérard vous expliquera ensuite ce que nous faisons des témoignages inutiles.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile Souvenez-vous mes petits osselets. Lorsque les Ombres vous invitent à une deuxième partie il est déjà trop tard pour demander les règles.
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modifié 30/07 (00:45)

28 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir aux citoyens de l’Empire Brun, aux souverains qui gouvernent depuis une pièce fermée à clé, aux diplomates qui appellent trêve le temps nécessaire pour reprendre leur souffle et aux peuples courageux qui découvrent chaque matin quelle nation les administre depuis la veille. Ici Kleo, revenue en Sicilia après avoir laissé le Cybermonde sans surveillance assez longtemps pour qu’il invente simultanément une guerre, une paix, plusieurs indépendances, un ministère du Travail confié à l’homme qui venait d’abandonner son propre territoire et une victoire démoniaque dont le principal signe visible demeure la perte de plusieurs dents.
Commençons naturellement par l’Empire Brun puisque l’Histoire a besoin d’un axe. L’Empereur
Octave Sombrefer a poursuivi la composition de son gouvernement
Monique Lemage reçoit l’Intérieur.
Sinzicula reçoit la Justice.
Floran Baumé reçoit le Travail et
Ombre Minusculique reçoit la Recherche, ce qui devrait permettre à la science impériale de progresser dans l’obscurité sans que personne ne puisse vérifier où elle met les pieds.
Kramara Kisugi a déjà rappelé que l’économie ne se nourrit pas de bonnes intentions en relevant la prime à la production au-delà de quinze unités. C’est une politique admirablement simple.
Mais avant de quitter les bureaux impériaux pour descendre dans les caveaux de Mystisie, je voudrais attirer votre attention sur la manière dont notre Empire sélectionne ses talents. Nous n’exigeons pas qu’un ministre ait réussi toute sa vie. Nous demandons seulement que ses échecs soient assez intéressants pour mériter un portefeuille. Cette nuance nous distingue profondément de Kraland où l’échec est une formation diplômante, de la Confédération où il devient un programme électoral et de Ruthvénie où il suffit généralement de l’envelopper dans du velours pour l’appeler tradition. Malgré que certains esprits mesquins s’en inquiètent, le gouvernement brun possède donc une cohérence parfaite. Il assemble la compétence, la monstruosité et l’expérience du désastre dans des proportions qui auraient fait pâlir les vieux réalisateurs de séries maudites dont nos institutions ont conservé le goût des éclairages trop dramatiques et des portes qui grincent même lorsqu’elles sont ouvertes.
Voilà qui nous conduit à Mystisie où
Lyra du Hautbois avait invité
Ombre Machiavélique à quitter Abandon afin de venir corrompre des âmes plus près des locaux. L’offre était administrative, pratique et presque touristique puisqu’une superbe basilique semblait comprise dans le forfait. Elle l’a nommé Capitaine. Quelques heures plus tard
Deux-Fleurs de Pont-Krivell l’a agressé et perdu son poste de Générale dans l’opération. Les observateurs médiocres diront que le démon fut vaincu. Les observateurs formés par cette antenne savent reconnaître une manœuvre beaucoup plus subtile. Être battu au milieu de ses troupes puis laisser son adversaire perdre son grade constitue une victoire par déplacement de carrière. C’est élégant, économique et surtout impossible à contredire puisque le vainqueur officiel doit désormais remplir des formulaires de recherche.
Deux-Fleurs peut bien soutenir qu’elle a dominé le combat.
Ombre Machiavélique conserve son titre, son sourire et cette aptitude prodigieuse à transformer chaque humiliation en preuve qu’un plan existait depuis le début. C’est eux qui écrivent les grands traités de stratégie et rarement ceux qui restent debout.
Mystisie n’avait pourtant pas fini de donner à la nuit sa couleur.
Cheikh Evara a consacré ses dernières heures à tenter plusieurs attentats contre la Coutellerie van Tartijn. La police l’a recherché, puis a abandonné certaines poursuites parce que tous les agents étaient au bal, puis en raison de sa jeunesse malheureuse, puis l’a recherché encore. Il existe des administrations qui hésitent entre la clémence et la fermeté. La nôtre a perfectionné l’art de pratiquer les deux en alternance si rapide que le criminel peut être pardonné entre deux explosions sans interrompre son activité.
Cheikh Evara est finalement mort de ses blessures après avoir presque tout raté sauf sa sortie. Il aurait emporté avec lui le secret des couteaux van Tartijn et laissé derrière lui un vide que
Don Amortel est venu saluer au cimetière avec ses silences, ses soupirs et cette douleur lasse de l’homme qui perd encore une fois celui qu’il appelait son méchant. Je n’ajouterai pas de plaisanterie à cet hommage. Les morts ont droit à quelques secondes de dignité avant que les vivants ne récupèrent leurs symboles, leurs ennemis et éventuellement leurs biens immobiliers. Je noterai seulement que la ville d’Abandon fut ensuite frappée par une crise de désespoir peuplée de spectres. Il se peut que cela n’ait aucun rapport.
Pendant ce temps à Bagdad des démons portant des noms de sucreries se sont rassemblés près d’une confiserie démoniaque au nom de l’Empereur et de la Magocratie. Voilà une initiative que je soutiens avec prudence. Le mal absolu devient toujours plus acceptable lorsqu’il est correctement présenté dans du papier coloré. Les armées de Glycidia peuvent donc marcher pour l’Empire à condition qu’elles évitent de fondre au soleil et qu’un registre sérieux distingue les officiers des bonbons fourrés. Toute personne capable d’expliquer pourquoi nos démons ont adopté le vocabulaire d’une boutique pour enfants est invitée à venir témoigner. Les explications raisonnables seront examinées après les autres.
Quittons maintenant l’ombre de Mystisie pour les plages des Karaïbes où le Khanat Elmérien a décidé de démontrer que des représailles lointaines demeure des représailles même lorsqu’elle atteint surtout ceux qui s’étaient opposés à la faute d’origine. Le motif est connu. Une armurerie elmérienne détruite. Un citoyen kidnappé. Des négociations rendues aussi utiles qu’un parapluie au fond d’un port.
Tifa LockHeart,
Elbereth Khan Seraven,
Tinylia Cératy,
Aurelthar,
Kara de Pont-Krivell,
Rosalia de Pont-Krivell et plusieurs autres sont arrivés à Trésorville avec des discours de retour de flamme, des toasts au Khanat et cette conception tribale de la diplomatie selon laquelle un micro devient légitime dès qu’on l’arrache assez vite à son voisin. Le port Koinsaires et l’aéroport Kanard’Air ont été frappés. Des pièces se sont écroulées. Des victimes ont été comptées. Des postes ont été perdus. Au même instant une onde de paix traversait la province et retirait aux habitants toute envie de se battre pour vingt-quatre heures. Les Karaïbes fut donc le théâtre d’une innovation remarquable, le bombardement pacifique. Les bâtiments tombaient dans une atmosphère d’apaisement général. Les blessés pouvaient contempler les ruines sans ressentir de colère et les assaillants découvrir la sérénité intérieure au milieu des gravats. Aucun philosophe n’avait encore osé aller aussi loin.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï, redevenu Duc après avoir quitté la prison et échoué une première fois à obtenir le titre par prérogative diplomatique, a formulé l’objection la plus embarrassante de la journée. Les ministres responsables de l’attaque contre le Khanat se trouvaient à Ruthvenville. Les Karaïbes s’y étaient opposées. Le Khanat avait donc traversé le Cybermonde pour frapper la province ruthvène qui lui donnait raison et laisser tranquilles les responsables qui lui donnaient tort. Il faut reconnaître ici une vérité pénible. La vengeance devient beaucoup plus facile lorsqu’on choisit la cible selon sa proximité géographique plutôt que selon sa culpabilité.
Wenceslas a invité les Elmériens à compter les victimes puis les ministres parmi elles. Le calcul est cruel parce qu’il ne demande même pas de savoir compter très haut.
Monique Lemage, bloquée sur l’île et déjà installée à mi-temps dans ses plaisirs locaux, a choisi la seule position diplomatique vraiment honnête. Elle défend les Karaïbes parce qu’elle les veut. Elle a rappelé que l’Empire Brun n’aurait pas besoin d’inventer une armurerie ou un enlèvement pour attaquer une île si séduisante. Nous viendrions pour l’or, les plages, la gnôle et le secret bancaire. Certains trouveront cela immoral. Ce sont généralement les mêmes qui préfèrent envelopper leurs convoitises dans des principes afin que le pillage ait l’air d’une réunion de famille.
Lord Golgoth Ruthven a pour sa part préféré attaquer la réputation de
Wenceslas en l’invitant à s’envoler hors de l’île. C’est une contribution modeste mais toute monarchie a besoin de quelqu’un chargé de secouer les rideaux pendant que le château brûle. Les concernés peuvent venir nier cette interprétation. Les lignes sont ouvertes et nous disposons encore de plusieurs chaises qui n’ont pas été projetées par une explosion.
Restons un instant dans le Khanat puisque ses armées n’ont pas seulement exporté le chaos.
Nerdos Valkyry a découvert les missiles nucléaires et précisé que cette technologie était nécessaire pour fabriquer des missiles nucléaires. La science avance parfois par bonds. Elle avance parfois en lisant l’étiquette sur la caisse. La Khane
Cassandre Lemage Ruthven a poursuivi son parcours de conquête interne en affrontant
Nerdos au milieu des casseroles de Bananie avant de lui prendre sa place. Puis
Ronald Pompe a vaincu à son tour le chef de tribu nouvellement nommé. Le pouvoir elmérien ressemble ainsi à une chaise musicale dont les participants ont remplacé la musique par des duels. C’est brutal mais au moins personne n’attend cinq semaines qu’une commission vérifie si la chaise respecte les normes.
Alice Ravenloft a lancé de son côté une célébration des talents elmériens en présentant
Sakura Tiwanaku, sa cape et la puissance mauve comme les preuves d’une liberté qui ne demande ni décret, ni couronne, ni conscience universelle. L’argument est solide. Une nation capable de passer du duel en cuisine au missile nucléaire puis à la chronique de mode dans la même matinée possède manifestement plusieurs projets même si aucun ne regarde dans la même direction.
Voilà qui nous mène au Valégro où la direction changeait si souvent que
Kenza Creswick avait fini par renoncer à préparer ses discours avant de savoir si la guerre, la paix, l’alliance ou leur contraire survivrait jusqu’au déjeuner. Le Premier Ministre
Michel DruKra a proposé de céder la province au Royaume de Ruthvénie contre une part permanente des impôts produits par les Kralandais, une alliance scientifique et militaire, des échanges technologiques, des exercices communs, des jumelages et le maintien provisoire du gouverneur. Autrement dit Kraland se disait prêt à rendre la maison à condition de conserver une clé, une part du loyer, un droit de regard sur la cuisine et la possibilité d’organiser des manœuvres dans le jardin. Ruthvénie a accepté d’entamer la trêve par la voix de
Henri St Misles dans une allocution en ewok qui proposait de poser les lances, de boire du café et de laisser chacun soliloquer devant un miroir afin de ne pas avaler ses propres paroles. C’était probablement la déclaration officiel la plus claire du dossier.
Dame Démerzel a demandé l’arrêt des discours hostiles contre la République tandis que
Sir McRabbit approuvait le compromis au nom de la Collaboration.
Logan Komikov a rangé son matériel de manifestation en proclamant la paix et l’amitié avec ses adversaires de la veille. Puis
Jean-Luc Selriche, qui disposait pourtant de soixante-deux virgule cinq pour cent des intentions de vote, a démissionné de son poste de gouverneur et retiré sa candidature parce que le retour annoncé d’un duché ruthvène rendait impossible son programme socialo-graffitik. Il craignait qu’un baron vienne confisquer les fruits du travail populaire pour bâtir une cinquième aile à son château. Quelques heures plus tard
Michel DruKra l’a nommé Ministre du Travail. C’est une promotion logique. Lorsqu’un homme explique qu’il ne peut plus appliquer sa politique dans une province, Kraland lui confie le pays entier afin qu’il puisse échouer sur une surface convenable.
Jean-Luc Selriche a aussitôt expliqué que sa gestion du Valégro n’avait pas échoué parce qu’elle était trop socialiste mais parce qu’elle ne l’était pas assez. C’est là une propriété merveilleuse des grandes doctrines. Elles ne perdent jamais. Elles ont seulement été appliquées avec une pureté insuffisante par des gens qui devront travailler davantage la prochaine fois.
Kenza Creswick a démissionné de la mairie après avoir consacré ses efforts au dialogue.
Sir McRabbit a reçu le gouvernement dans une nomination non tamponnée parce que la Ministre de l’Intérieur
Lucette Circulaire manquait d’encre et risquait de rater l’apéritif réglementaire. Il a ensuite confié Fort Emouchet Ã
Koshka et nommé
PierreJean intendant après sa sortie de prison. La transition fut donc assurée par un lapin gouverneur, une ministre pressée de boire, un ancien détenu chargé de l’intendance et un ministre du Travail promu pour avoir quitté le travail précédent. J’ai consulté les preuves que nos correspondants ont recueilli. Il n’y a là aucune satire. Seulement l’administration lorsqu’on la laisse pousser sans tuteur.
À Sanctuaire le Géofront choisissait une autre méthode.
Nyx Flammèche s’est insurgée pour obtenir l’indépendance et fut arrêtée.
Ninoo Chantargent,
Shiki Chantargent,
Hanako Ainozomi,
Mandy Chantargent,
Darth Leo et
Bohé d’Umont ont ensuite multiplié les soutiens aux Provinces Indépendantes et les critiques contre le Royaume.
Hanako a résumé l’affaire avec une simplicité que les chancelleries devraient étudier. L’indépendance pour la sécurité. L’indépendance pour la liberté. Rendez les terres occupées. Ce mouvement possède moins de mots que la trêve du Valégro mais probablement davantage de direction.
Bohé d’Umont a même trouvé la volonté géofrontaine inspirante tout en attaquant le roi
Bladimir Bladimirovitch Mutin et l’alliance ruthvène qui l’entoure. Le Géofront devient ainsi le lieu où des gens de toutes origines viennent réclamer que les autres repartent chez eux. C’est une définition rude de la souveraineté mais elle a l’avantage d’entrer sur une pancarte.
Pendant que Sanctuaire exigeait son avenir la Confédération Libre reconstruisait son passé avec une énergie électorale admirable.
Paul-Steeve Saint-Sauveur a nommé
Précieuse Liarr à la Justice et à l’Autre Information. Elle occupait également les Services Secrets par intérim et invitait les étrangers à proposer discrètement leurs services avec secret d’État garanti. Le régime démocratique atteint ici sa forme la plus raffinée. La Justice explique publiquement qu’elle poursuivra les traces de l’information alternative tandis que les Services Secrets recrutent par annonce. Nul besoin d’espionner les citoyens lorsque ceux-ci peuvent déposer une candidature avec leurs références.
Le gouverneur
Jean-Messie de la Nation a quant à lui arrêté
Monique Quiès pour commerce de dix prospectus électoraux et lui a confisqué une truelle. Il a déclaré ne pas approuver l’interdiction de la communication politique mais appliquer les règles à tous. Peu après une chanson populaire l’a transformé en héros solitaire affrontant une mamie, un sac à main et un déambulateur avant de livrer sa dangereuse adversaire pieds, poings et dentier liés.
Paul Sernine a rappelé que les détenus avaient le droit de vote tout en expliquant que l’illégalité de
Monique Quiès la rendait indigne de devenir bourgmestre. La démocratie confédérée demeure donc ouverte à tous à condition que l’ouverture puisse se refermer derrière eux avec une serrure.
Le Ministre de la Guerre
Patrick-Lamulle DePouch a enfin rebaptisé le Bataillon Transgénique Irradié en Casques Bleus et nommé
bob le gentil bob général. Sa mission sera d’expliquer avec douceur que les postes de contrôle protègent la liberté, que le péage est volontaire et que la paix possède un tarif. C’est une doctrine redoutable. Faire aimer le mur demande plus de talent que le construire. Les gens croient souvent que la gentillesse désarme le pouvoir alors qu’elle lui permet surtout de sourire sur les affiches. La Confédération promet ainsi de redevenir la première puissance du Cybermonde avec une armée pacifique, une super-ministre de la Justice et de l’information, des services secrets recrutés par communiqué et une héroïque chasse aux prospectus. Cela aurait dut inquiéter tout le monde. Pour une raison mystérieuse tout le monde était déjà occupé à bombarder les Karaïbes.
Je ne saurais terminer sans saluer Hélénie où une voix anonyme a déclaré la province seelienne au nom d’une Déesse avant de critiquer l’Empire Brun, la Confédération, Kraland et Ruthvénie. Cette impartialité hostile mérite notre respect. Elle prouve qu’il reste possible de mépriser presque tout le Cybermonde sans favoriser une puissance particulière. À Sicilia pendant ce temps
Minskirouille s’installait à Trou Perdu et
Églantine Delépine affrontait un cheval. Les étrangers demanderont peut-être pourquoi cette dernière information mérite de conclure une journée d’attentats, de changements de gouvernement et de révolutions. Les Siciliens savent déjà . Un cheval engagé dans un combat à Trou Perdu représente une affaire locale normale. Il est peut-être même le seul protagoniste de cette chronique dont les intentions soient parfaitement claires.
Ainsi s’achève cette édition. L’Empire Brun change ses ministres sans perdre son style. Mystisie enterre un artificier et promeut les ombres. Le Khanat frappe une île pour punir une capitale lointaine. Ruthvénie et Kraland signent une paix dont chaque phrase contient déjà le mobilier de leur prochaine dispute. Le Géofront réclame de s’appartenir. La Confédération défend la liberté en arrêtant les prospectus et Sicilia accueille tout cela avec cette sérénité particulière des provinces qui ont compris depuis longtemps que le chaos n’est pas une crise mais un climat.
Toute personne souhaitant corriger ces faits peut venir le faire en direct. Qu’ils apportent leurs preuves, leurs témoins et une chaise solide. Les menteurs seront entendus avec la même attention que les diplomates puisqu’il serait injuste de distinguer deux professions qui travaillent avec des outils aussi semblables. Ici Kleo, dans la salle du trône de l’Empire Brun où les chandelles s’éteignent une à une et où ma toile conserve déjà ce que vos gouvernements tenteront demain d’oublier. Vous pouvez changer de frontières, de titres, de doctrines et même de version. L’Histoire n’a pas besoin de votre permission pour rester collée.La radio grésilla une dernière fois.
Bienvenue dans le Cybermonde,
Ombre Machiavélique. Essayez seulement de ne pas trop vous éloigner de mon ombre. Il faudra bien quelqu’un pour expliquer vos prochaines échecsvictoires.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 01/08 (02:13)

29 Juillet 6662026
Spoiler
Le monde retombe en enfance pendant que les démons deviennent adultes
Bonsoir aux citoyens qui ferment encore leurs portes à clé, aux gouvernements qui n’ont plus les leurs, aux ministres qui perdent leur portefeuille en essayant d’ouvrir un camion et aux souverains assez raisonnables pour comprendre que toute catastrophe paraît immédiatement plus digne lorsqu’elle est racontée depuis mon micro. Ici Kleo, Générale de l’Empire Brun et voix parfaitement impartiale de l’Histoire puisque ceux qui croit le contraire disposent encore de quelques heures pour corriger leur opinion avant que je ne la corrige moi-même.
Commençons naturellement par la Mystisie où la libération de
Ombre Machiavélique a produit les effets ordinaires d’une libération démoniaque bien administrée. Le désert d’Abandon a tremblé. Des fantômes sont sortis de l’Antre de Naar. Des araignées ont remonté le sable. À Lampe du Génie une brume malfaisante s’est installée dans les rues et les habitants ont découvert que leurs ombres avaient bougé toute seule. Une épidémie de paranoïa s’est aussitôt déclarée ce qui est fort injuste envers la paranoïa puisque les gens étaient réellement observés. Pendant ce temps les démons a commencé à grignoter la recherche du Paradigme Vert avec la délicatesse d’enfants laissés seuls dans une bibliothèque comestible. Cinq attaques successives ont fait disparaître des fragments de la même technologie à Irendol. On nous assure toutefois que ce n’était qu’un apéritif. Le Paradigme Vert pourra donc se rassurer. Ses recherches ne sont pas détruites par une mauvaise politique scientifique. Elles nourrissent directement des créatures de l’abîme ce qui constitue une forme de recyclage parfaitement conforme à leur philosophie.
Face à cette situation
Silas des Sables a fait ce que font les grands dirigeants lorsque le néant se met à sourire depuis les murs. Il a publié des gestes barrières. Les habitants doivent se laver les mains, fermer leur porte, garder les lumières allumées et surtout ne pas nourrir les morts-vivants. L’armée ont également affirmé que Lampe du Génie était une ville sûre ce qui est la formule consacrée pour désigner une ville où l’on doit signaler tout sourire pourvu de dents pointues aperçu dans sa propre ombre.
Mnémésine d’Arcys a organisé un défilé militaire et
Don Amortel sont devenu Commissaire de Police avant d’ouvrir une école religieuse de Naar dans une basilique où l’atmosphère hostile inquiétait déjÃ
Valerio Tenebri,
Lyra du Hautbois,
Jay Padbol et plusieurs autres personnes pourtant difficiles à impressionner. Il existe des provinces qui répondent au danger par des évacuations. La Mystisie répond par une procession armée, une école démoniaque et un formulaire d’inscription. Voilà pourquoi nous sommes bruns. Quand l’horreur frappe à notre porte nous ne lui demandons pas de partir. Nous vérifions plutôt si elle possède les compétences nécessaires pour occuper un poste vacant. Les pouvoirs publics n’a peut-être pas maîtrisé le brouillard mais ils lui ont déjà trouvé un supérieur hiérarchique. Les intéressés peuvent venir témoigner du contraire en direct. Je recommande seulement de vérifier auparavant que leur reflet partage encore leur version des faits.
Mais avant de quitter l’Empire Brun arrêtons-nous sur la brève carrière criminelle de
Kramara Kisugi qui occupait encore le Ministère de l’Économie lorsqu’elle décida de pénétrer par effraction dans un camion nommé Mystisie Express 2. Il y a dans ce geste une conception admirable de la gestion économique. Certaines ministres consultent les comptes. D’autres inspectent les véhicules.
Kramara Kisugi a préféré tenter d’ouvrir directement ce qui ne lui appartenait pas puis elle a perdu son poste et s’est livrée aux autorités. L’économie brune demeure donc fidèle à sa tradition la plus pure. Les fonds circulent, les ministres aussi et il arrive que les deux finissent au poste de police.
Shana Al-Khaïd a profité de l’affaire pour promettre à l’ancienne ministre un avenir anatomique où certaines parties de son interlocutrice seraient réduites à la taille de raisins secs puis de pois chiches. Il convient de saluer la précision agricole de l’image. Le Paradigme Vert organise des concours d’arbres. L’Empire Brun utilise directement les légumes comme unités de menace. C’est plus concret. C’est moins bon pour l’ambiance autour d’un repas mais l’autorité s’en trouve immédiatement clarifiée.
Voilà qui nous conduit au Valégro où l’amitié nouvelle entre la République de Kraland et le Royaume de Ruthvénie a été célébrée autour d’un gisement d’or. Les accords a été présentés par
Sir McRabbit comme l’aboutissement d’une longue réconciliation entre les peuples. Des bénévoles sont venus creuser.
Nicolavitch a découvert un gros filon.
Tesse Blackwood a organisé la production.
Korail a encouragé les ouvriers à extraire davantage de pièces afin d’acheter des jouets et
Émile Liarr a hissé les couleurs ruthvènes avec l’enthousiasme d’un homme qui vient de comprendre que l’occupation paraît beaucoup plus polie lorsqu’on l’appelle coopération minière. Les ouvriers ont extrait l’or pour la République sous un drapeau royal tandis que les deux puissances se félicitaient de ne plus être seules l’une contre l’autre. La République et le Royaume s’est donc rapprochés autour de la valeur politique la plus universelle qui soit. Le minerai. L’amour rapproche les âmes. L’or rapproche les administrations et il a l’avantage de pouvoir être pesé après le discours.
Dame Démerzel a promis que le soutien ruthvène ne serait pas un vain mot tandis que
Sir McRabbit félicitait
Logan Komikov pour l’élégance de leurs anciennes disputes. Après plusieurs semaines de querelles tout le monde semble désormais convenir que la paix consiste à travailler ensemble dans une mine entourée de soldats en prétendant que personne ne regarde à qui appartiendra le coffre. Les concernés peuvent venir préciser la répartition future des richesses. Les lignes sont ouvertes et notre comptable a déjà préparé une plume assez fine pour écrire les zéros.
Malheureusement le Valégro et le reste de la République ont été frappés par la maladie Retombé en Enfance. Ruthvenville, Lantenac-du-Lac, Fort Emouchet, Gynerak, Honolulu-par-Delà et le Quartier Suprême ont vu leurs habitants rajeunir tandis que leur politique paraissait enfin atteindre l’âge mental qu’elle préparait depuis longtemps. Le Ministre du Travail
Jean-Luc Selriche en a déduit que l’aide à la jeunesse devenait trop coûteuse puisque tout le monde était désormais jeune. Son raisonnement possédait cette beauté administrative des enfants politique qui suppriment le goûter parce que toute l’école a faim. Quelques heures plus tard il a tenté un coup monté contre
Toudou, perdu son ministère puis s’est livré à la police en affirmant que l’on avait peut-être monté contre lui le coup monté qu’il venait de monter. Il reste peu de choses à ajouter lorsqu’un ministre résume lui-même la République avec autant de soin.
Toudou a ensuite proclamé sa victoire sur
Alice Ravenloft, couvert les murs de graffitis et annoncé qu’il partirait faire une sieste. Le pays a donc vécu en une seule journée l’effondrement de la politique sociale, une conspiration ministérielle, une épidémie infantile et le triomphe d’un dormeur. À ce niveau ce n’est plus une crise institutionnelle. C’est une cour de récréation à laquelle on a confié des prisons et un budget militaire.
La Slavonie n’a pas souhaité demeurer en retrait de cet élan de maturité.
Cadenza a usurpé
Tears Velzard parce qu’elle s’ennuyait et parce qu’il n’y avait pas de bonbons. Elle a annoncé sa prise de pouvoir par un remarquable « C’est moi la cheffe » puis versé des primes à ses amies avant de permettre Ã
Tears Velzard de partir en récréation. Certains observateurs pourraient y voir un coup d’État. Ils manquent de poésie. Il s’agit plutôt d’une réforme constitutionnelle reposant sur trois principes éprouvés. L’ennui, les friandises et la possession du fauteuil le plus confortable. À Géofront
Darth Leo a de son côté proclamé l’indépendance de la province en rappelant les guerres, les persécutions et l’incapacité des souverains ruthvènes à considérer l’autonomie autrement que comme une faveur révocable.
Ninoo Chantargent et
Shiki Chantargent ont alors célébré la liberté par une série de discours où elles se sont louées mutuellement, insultées elles-mêmes puis comparées à des anges et à des aquarelles. Géofront est donc devenu libre et la première utilisation de cette liberté a consisté à déterminer laquelle des deux était la plus jolie. C’est encore un progrès. Beaucoup de nations passent plusieurs siècles avant d’atteindre une question politique aussi fondamentale.
Restons un instant auprès du Khanat Elmérien puisque celui-ci a offert au Cybermonde une démonstration exceptionnelle de cohérence stratégique. Ses forces ont attaqué Trésorville et détruit le port ainsi que l’aéroport.
Rosalia de Pont-Krivell a raconté l’opération avec cette objectivité particulière qui consiste à expliquer qu’un marteau n’a pas besoin d’être logique tant qu’il frappe assez fort.
Dame Démerzel a dénoncé l’invasion et appelé les Elmériens à retourner dans leurs contrées du nord.
Kara de Pont-Krivell a été nommée Générale de la Banane Sauvage après sa mission réussie. Le Khanat a ensuite découvert la défense anti-missiles puis lancé une recherche afin de rendre ses bases militaires invulnérable. C’est une progression doctrinale très raffinée. D’abord les ports a brûlé. Ensuite on s’est demandé comment empêcher les autres d’en faire autant. Enfin on a conclu que le véritable problème de la guerre n’était pas l’explosion mais le fait qu’elle puisse parfois se produire du mauvais côté.
Pendant que les chercheurs elmériens travaillaient à l’invulnérabilité
CAPS LOCK a subi un coup de grisou qui a fait bondir sa pollution comme si 8 jets privés avaient tourné dans le vide. Le Grand Khan
Pigeon Ronron s’est immédiatement rendu sur place en demandant qui avait pété. La formule manque peut-être de majesté mais elle possède une efficacité d’enquête que bien des ministères devraient étudier.
Rosalia de Pont-Krivell a ensuite chanté La Danse des bombes dans une auberge capsulienne. La chanson célèbre Sicilia, la poudre, le feu, la révolution et les enfants qui doivent choisir entre la victoire et le tombeau. Il faut apprécier la cohérence culturelle de cette tournée. La chanteuse vient dans une province étouffée par la fumée noire afin d’y interpréter un hymne aux explosions. C’est ce que l’on appelle comprendre son public. Le Khanat possède donc désormais des missiles mieux protégés, une mine qui fume et une chanson adaptée aux deux situations. Certaines puissances développent des doctrines militaires. Les Elmériens développent l’accompagnement musical de leurs propres accidents.
Et nous revenons enfin en Sicilia où la stabilité demeure assez remarquable pour qu’une attaque menée par un cheval contre
Églantine Delépine constitue l’un des événements locaux les plus notables. Pendant ce temps leur culture traverse les frontières dans la voix de
Rosalia de Pont-Krivell. Leur Générale surveille les ombres depuis un truc glauque en Mystisie. Leurs démons se libèrent. Leurs araignées remontent du désert et leurs chevaux agressent les passants avec l’assurance de créatures bénéficiant probablement d’une immunité diplomatique.
Les souverains, les ministres déchus, les démons affamés, les lapins diplomates, les enfants révolutionnaires et les chevaux accusés à tort peuvent venir répondre publiquement. Toute correction sera examinée avec le sérieux impérial habituel puis rangée dans la partie des archives consacrée aux tentatives désespérées.
IciKleo. L’Histoire continue de s’écrire. Heureusement pour elle je surveille encore la plume.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.