Votre émission de la nuit.
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modifié 25/07 (01:59)

16 Juillet 6662026
SpoilerIci Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de lâEmpire Brun, voix officieuse de
Sicilia et journaliste parfaitement impartiale puisque jâai la dĂ©cence de mĂ©priser les autres nations dans un ordre logique. Mes yeux bleus sont ouverts. Ma coupe est pleine. Mes notes sont prĂȘtes. Et le Cybermonde, fidĂšle Ă son goĂ»t du ridicule, vient encore de se prendre les pieds dans sa cape.
Ce soir, nous parlerons dâun royaume qui prĂȘte son trĂŽne comme on prĂȘte une chaise, dâune province qui miaule la paix au milieu des coups, dâun
GĂ©ofront qui veut sortir de la cage pendant quâon lui explique la beautĂ© des barreaux, dâun
Khanat qui transforme ses tensions en tartes et en duels, dâune
Sicilia qui continue de faire ce quâune vraie province fait de mieux, tenir debout malgrĂ© les rumeurs et dâun monde oĂč mĂȘme les moutons semblent avoir un avis politique.
Commençons par le grand numéro de la
RuthvĂ©nie, ce théùtre monarchique oĂč le trĂŽne a tournĂ© plus vite quâun serveur de taverne pendant une soirĂ©e de paie.
Hier encore, le Cybermonde observait cette Course au TrĂŽne Maudit avec le sĂ©rieux bizarre quâon rĂ©serve aux catastrophes habillĂ©es en jeu de sociĂ©tĂ©.
Lord Golgoth Ruthven avait gagnĂ©, ce qui dans une monarchie normale lui aurait donnĂ© un rĂšgne, un programme, peut ĂȘtre une guerre et deux portraits officiels trop chers. Ici, on lui a donnĂ© le trĂŽne pour vingt quatre heures. Vingt quatre heures. MĂȘme un bon ragoĂ»t peut durer plus longtemps quâun rĂšgne ruthvĂšne si on le rĂ©chauffe avec patience.
Golgoth nâa pourtant pas gĂącher son petit crĂ©neau de souverain express. Il a signĂ©, nommĂ©, rĂ©compensĂ©, distribuĂ© des postes, proposĂ© la paix au
Khanat Elmérien et accepté la paix de la
ConfĂ©dĂ©ration Libre, ce qui donne Ă son passage sur le trĂŽne cette Ă©trange allure de dĂ©mĂ©nagement fait Ă toute vitesse pendant que le propriĂ©taire attend sur le seuil. Il a mĂȘme rĂ©compensĂ©
Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ avec une jarretiĂšre de reine, ce qui prouve quâen
RuthvĂ©nie, le trĂ©sor national peut parfois ĂȘtre retrouvĂ© sous une commode et remis avec gravitĂ© Ă quelquâun qui a couru aprĂšs des camions.
Puis, dans un geste presque beau si lâon oublie tout ce qui lâentoure,
Golgoth a passĂ© la main Ă
Soeur Shoshana von Zyklon. La voilĂ Reine. Pour quelques minutes. Elle a eu le temps dâappeler son rĂšgne la ThĂ©ocratie Royale, de rĂ©clamer la baisse des taxes de
Géofront à vingt pour cent, de replacer
Golgoth au MinistĂšre de lâIntĂ©rieur et dâexpliquer que la Seele vaincra avant que
Ombre Minusculique ne claque des doigts pour rendre le trĂŽne Ă
Tormenta Ruthven. Certains peuples gravent leurs rĂšgnes dans le marbre. La
Ruthvénie les note sur un mouchoir avec une encre qui sÚche à peine.
Et
Tormenta revient.
Le roi cyclope remonte sur le trĂŽne, remercie, sourit, loue ses ministres et jure que
Bladimir ne lâen fera pas descendre de force. Câest un beau serment. Un peu comme fermer une porte aprĂšs avoir laissĂ© passer trois rois, une reine, un dĂ©mon et un ministĂšre de la PĂȘche, de la BiĂšre et du Football. Le geste a du panache. LâefficacitĂ© restera Ă examiner.
Je ne vais pas mentir, mes petits auditeurs. Il y a dans cette valse ruthvĂšne une forme de gĂ©nie involontaire. Un rĂšgne de vingt quatre heures rĂ©duit les risques. Le souverain nâa pas le temps de devenir tyran. Il nâa pas le temps de bĂątir un palais. Il nâa pas le temps de comprendre ses dossiers. Il a tout juste le temps de nommer trois personnes, de remercier deux cousins et de dĂ©couvrir que lâHistoire lui demande dĂ©jĂ les clefs.
Câest peut ĂȘtre la monarchie du futur. Une couronne jetable, en carton.
Les RuthvĂšnes peuvent venir nier.
Golgoth peut venir expliquer comment gouverner en apnée.
Shoshana peut défendre la théocratie royale la plus courte de la saison.
Tormenta peut venir rĂ©cupĂ©rer son sĂ©rieux sâil se souvient oĂč il lâa posĂ©.
Mais pendant que les couronnes font du manĂšge,
Géofront continue de gronder.
Voilà une province qui a compris une chose essentielle. Quand on vous demande votre allégeance en serrant les taxes autour de votre gorge, il est permis de tousser. Et
Géofront tousse fort.
Zéphiria de Pont-Krivell,
Makoto Natsume,
Daofin Meur,
Darth Leo,
Soeur Shoshana von Zyklon et les autres voix du
Sanctuaire ont martelé encore et encore leur refus du
Royaume de RuthvĂ©nie. Le Royaume est critiquĂ©, contestĂ©, accusĂ© dâinstabilitĂ©, dâoubli, de mĂ©pris, dâabus fiscal et de rĂ©gner avec des dĂ©mons dans les coulisses.
On voit souvent les monarchies se plaindre que les provinces ne comprennent pas la grandeur de la couronne. Câest vrai. Les provinces, les vrais gens, ceux qui ont des murs, des laboratoires, des dettes, des traitĂ©s et des moutons parfois beaucoup trop proches, ne comprennent pas toujours la grandeur dâune couronne qui passe de tĂȘte en tĂȘte comme un chapeau mouillĂ© dans une fĂȘte de village.
Soeur Shoshana le dit elle mĂȘme. Un roi qui pactise avec des dĂ©mons et finit troisiĂšme du dĂ©fi, câest peu convaincant. Puis elle devient reine quelques minutes plus tard grĂące au mĂȘme systĂšme. VoilĂ une contradiction magnifique. Je la garde. Je lâencadre. Je la suspend au mur avec les autres preuves que la politique nâest quâune maladie qui apprend Ă parler.
Darth Leo, lui, soutient briĂšvement
Golgoth comme cousin mais remet toutes les options sur la table. Le
GĂ©ofront ne ferme donc pas la porte. Il lâouvre juste assez pour laisser entrer
Kraland, les
Provinces IndĂ©pendantes, lâautonomie, la rancune et peut ĂȘtre un courant dâair assez fort pour faire tomber un vieux traitĂ©. Câest trĂšs Ă©lĂ©gant. TrĂšs dangereux aussi. Les provinces qui disent vouloir de la distance finissent rarement par demander simplement un autre coussin.
Je voudrais attirer votre attention sur un dĂ©tail. Ce nâest pas seulement une rĂ©volte contre une taxe. Ce nâest pas seulement une bouderie de laboratoire. Câest une crise dâappartenance.
Géofront ne demande pas seulement combien il doit payer. Il demande qui a encore le droit de lui demander quelque chose. Une nation qui ne sait plus répondre à cette question commence déjà à perdre ses murs.
Les représentants du Royaume peuvent venir répondre. Les partisans de
Géofront peuvent venir témoigner. Les gens qui aiment les traités peuvent les apporter au studio. Nous avons une table assez grande pour les textes sacrés et une cheminée assez grande pour les déceptions.
VoilĂ qui nous mĂšne naturellement au
ValĂ©gro, car chaque fois quâune province pense avoir atteint son maximum dâabsurditĂ©,
Fort Emouchet se lĂšve, ajuste sa chemise et demande quâon lui tienne sa pastĂšque.
La fĂȘte de la
PassTek devait ĂȘtre un moment de paix, dâamitiĂ©, de Bonheur Universel, de grands discours et de jus sucrĂ© servi dans une province qui aurait sĂ©rieusement besoin dâeau froide sur la tĂȘte.
Alice Ravenloft a tout donné. Elle a chanté le
Grand Miaou, distribuĂ© lâamitiĂ© Ă pleines pattes, louĂ©
Baptiste,
Koshka,
Ranxerox,
Jean-Luc Selriche,
Roger St Misles et probablement tout ce qui respirait assez doucement pour ne pas lui mordre le micro. Le Commissariat du Bonheur lui a mĂȘme remis une
Pastille du Bonheur, couronnant son apprentissage du Miaou Universel.
Câest touchant. Câest doux. Câest terrifiant.
Quand une fĂȘte rĂ©ussit Ă rĂ©unir des Kralandais, des RuthvĂšnes, des lapins, des pirates, des chats, des policiers, des rebelles, des discours dâamitiĂ© et des cages en construction, on ne sait plus trĂšs bien si lâon assiste Ă une rĂ©conciliation ou Ă un piĂšge avec musique.
Jean-Luc Selriche, lui, continue de dire que tout va trÚs bien. Il répÚte que
Fort Emouchet est paisible, que les vellĂ©itĂ©s aristocrato bourgeoises se sont tues, que tout le monde cĂ©lĂšbre la fĂȘte dans une ambiance bonne enfant et quâil nây a plus de sujet valĂ©grognard sur la table. Ce qui est une phrase fascinante Ă prononcer dans une ville oĂč des rebelles agressent, oĂč des enclumes tombent sur des tĂȘtes, oĂč les
Provinces IndĂ©pendantes sont applaudies, oĂč
Kraland mobilise son Polit Bureau, oĂč
Sir McRabbit devient une cause Ă oreilles et oĂč lâon bĂątit une cage.
Tout va bien, dit
Selriche.
Il y a des gens qui disent tout va bien comme dâautres mettent un drap sur un cadavre en laissant dĂ©passer les bottes.
K Velzard sâexprime en langage des signes, organise une marche silencieuse en faveur de
Kraland, remercie ses amis, lance des concours de tonte de moutons, parle de jus de pastÚque avec de la shlibu et prouve une fois encore que la République sait transformer une crise territoriale en kermesse disciplinaire.
Alex KidoWski lance une tarte Ă la crĂšme sur
Sir McRabbit et explique que les lapins portent malheur aux marins.
Korail soutient Ă la fois le Royaume, lâindĂ©pendance et le pauvre petit lapin qui a perdu son terrier.
BohĂ© dâUmont rejoint la danse au nom du Royaume Pirate de RuthvĂ©nie avec un argument presque noble. Suivre le plan dâun lapin peut sembler fou mais qui ne tente rien nâa rien.
Le
ValĂ©gro est donc entrĂ© dans cette phase rare oĂč tout le monde parle de paix avec des objets contondants cachĂ©s derriĂšre le dos. Il y a lĂ une leçon. Quand une province a besoin dâautant de fĂȘtes pour prouver quâelle va bien, câest quâelle va probablement se mettre Ă hurler dĂšs que la musique sâarrĂȘte.
Les lapins peuvent venir défendre leur terrier. Les Kralandais peuvent venir expliquer pourquoi une cage est un outil de convivialité.
Alice peut venir chanter encore si elle accepte que nous gardions les fenĂȘtres ouvertes. Les habitants de
Fort Emouchet peuvent dĂ©poser leurs pastĂšques, leurs plaintes et leurs blessures dans lâordre qui leur semble le plus rĂ©publicain. Quittons un moment la pastĂšque et revenons vers une province qui au moins, quand elle est absurde, a la politesse de ne pas se prĂ©tendre tendre.
VoilĂ maintenant le
Khanat Elmérien, ce grand tambour qui frappe parfois juste par accident.
La
Bananie et lâ
Elmérie ont offert ce que le Khanat sait produire avec une constance admirable. Du soutien tribal, de la violence douce, des tartes à la crÚme, des duels, des déclarations qui sentent la sueur, la fierté et le poulet frit.
Tifa LockHeart continue dâattirer les votes et les mouvements anti elle comme une torche attire les insectes ambitieux. Les provinces votent pour elle, les murs parlent contre elle, les tartes volent autour dâelle et elle semble considĂ©rer que toute action, pour ou contre, nourrit encore sa lĂ©gende.
Ce nâest pas entiĂšrement faux. Le pouvoir qui ne provoque ni amour ni colĂšre nâest dĂ©jĂ plus quâune chaise.
Pigeon Ronron et
Mademoiselle se sont lancĂ©s dans des duels oĂč lâhonneur ressemble Ă un poulet frit tombĂ© dans la poussiĂšre.
Mademoiselle fanfaronne aprÚs avoir plié
Ronron comme une chaise de camping.
Ronron rĂ©pond que lâintelligence a eu raison de la force puis explose de colĂšre parce quâil ne peut pas faire des nĆuds en huit comme il voudrait. Jâavoue que le passage mâa Ă©mue. Dans le Khanat, mĂȘme la frustration a des muscles.
Pendant ce temps,
Passe-Muraille tente de voler, se livre aux autoritĂ©s et finit dans cette petite boucle dĂ©licieuse oĂč lâon veut jouer au voleur puis au citoyen.
Light Deathnote lance sa tarte sur
Tifa,
Passe-Muraille rate,
fRAN9OIS6aNDR2 vise
Aurelthar et le dĂ©bat public prend la forme dâune pĂątisserie lancĂ©e Ă hauteur de visage. Je le dis trĂšs sĂ©rieusement. Le Cybermonde gagnerait parfois en honnĂȘtetĂ© si tous les discours Ă©taient remplacĂ©s par des tartes. Au moins, lorsquâun argument touche, on le voit.
Mais le Khanat ne fait pas que lancer de la crĂšme. Il avance, il vote, il dĂ©fend, il sâagite, il se contredit et il continue de vivre par ses gestes plus que par ses phrases. Câest peut ĂȘtre pour cela quâil dĂ©range. Il nâa pas toujours une doctrine claire. Il a mieux. Il a de lâĂ©lan. Un Ă©lan mal coiffĂ©, bruyant, parfois primitif et souvent couvert de farine mais un Ă©lan quand mĂȘme.
Les Khanates peuvent venir corriger cette analyse. Les anti
Tifa peuvent sâexpliquer. Les partisans de
Mademoiselle peuvent apporter des graines pour
Ronron. Les lanceurs de tartes doivent les dĂ©poser Ă lâentrĂ©e pour inspection journalistique et dĂ©gustation Ă©ventuelle.
Kleo tourne un nouveau parchemin. Une note plus grave traverse la radio. Le bois craque quelque part dans la salle.
Il faut aussi parler des grands voisins qui se prennent pour des civilisations.
Le
Paradigme Vert a reçu son lot de prĂȘches, de nominations, de miracles et de science qui brĂ»le par erreur ses propres notes.
Mina dâOrchidia a parlĂ© de temple, de Grande DĂ©esse, de douleur, de grĂące, de nature et de diversitĂ© religieuse. Elle a nommĂ©
Lozana Shizen dâExcelizor Inspectrice Ăcologique et annoncĂ© que le travail juridique avance pour officialiser le Culte de la Grande DĂ©esse aux cĂŽtĂ©s de la Conscience Universelle. Une intervention divine aurait mĂȘme guĂ©ri des maladies. Les religions ont ceci dâadmirable quâelles rĂ©ussissent Ă transformer un imprĂ©vu mĂ©dical en argument de recrutement.
Pendant ce temps,
Bartolomus Ravenloft découvre la technologie
Aide Divine aprĂšs que
Pr Jean-Michel Nobyl a brĂ»lĂ© des notes importantes. VoilĂ un Ă©quilibre presque parfait. La science perd trois points dans le feu et la divinitĂ© en gagne une porte dâentrĂ©e. Le Paradigme aime tellement la nature quâil laisse mĂȘme le hasard pousser dans ses laboratoires.
La
Confédération Libre, elle, continue de chercher des ministres comme une taverne cherche un serveur un soir de solde.
Roger St Misles nomme
Ernst Blofeld VI Ă lâIntĂ©rieur,
Pascal Croc Ă lâInformation et la ConfĂ©dĂ©ration du Bisou se dote dâune campagne de sĂ©curitĂ© oĂč la police devient plus efficace.
Ernst prĂ©cise quâelle ne dĂ©teste pas lâillĂ©galitĂ©, car elle a du bon parfois, mais tout de mĂȘme on ne va pas se laisser faire. VoilĂ la dĂ©mocratie rose dans toute sa puretĂ©. Elle embrasse lâillĂ©galitĂ© sur les deux joues puis lui demande de passer au commissariat.
Il y a lĂ une diffĂ©rence avec lâEmpire Brun. Nous ne prĂ©tendons pas que le pouvoir est propre. Nous savons simplement oĂč ranger les serpilliĂšres.
Les confédérés peuvent venir défendre le Bisou armé. Les théocrates peuvent venir expliquer la différence entre miracle et coïncidence utile. Les chercheurs peuvent apporter leurs notes restantes. Nous fournirons un cendrier.
Et puisque nous parlons de cendres, concluons par cette magnifique poussiĂšre dâincidents qui donne au Cybermonde son parfum de cave humide.
Baptiste Le Tellier se fait agresser trois fois par des
Rapaces TĂ©mĂ©raires puis quitte son poste de Commissaire pour devenir Sergent, annonçant quâil est temps que lâArmĂ©e reprenne la main face Ă lâhĂ©rĂ©sie des dĂ©mons sur le trĂŽne. Câest un parcours logique. AprĂšs trois rapaces, beaucoup de gens dĂ©couvriraient aussi une vocation militaire.
Roger St Misles se fait assassiner Ă
Fort Emouchet.
Précieuse Liarr, en
Australine, trouve une terre riche pour lâĂ©levage et brosse des moutons presque sauvages dans un enclos bancal.
Emile Liarr devient Bras Droit du Big Boss. VoilĂ un couple qui transforme le bagne en nouvelle rĂ©sidence secondaire avec perspective agricole. Certains appellent cela une chute. Moi jây vois une reconversion avec laine.
ZĂžra reçoit une enclume sur la tĂȘte.
Baptiste croise des rapaces.
Passe-Muraille croise des champignons, une araignée éboueuse et la police.
Max Nesium agresse un
BishĂŽnen Assassin.
MaĂźtre dâArmes se fait assassiner. Des cages se construisent. Des scieries se reconstruisent. Des moutons deviennent concours. Des pastĂšques deviennent politique. Des discours dâamitiĂ© deviennent opĂ©rations diplomatiques. Et tout le monde prĂ©tend encore quâil y a une diffĂ©rence nette entre gouvernement, taverne et basse-cour.
Les royaumes louent leurs trĂŽnes Ă la journĂ©e. Les rĂ©publiques chantent le bonheur en construisant des cages. Les provinces menacĂ©es rĂ©clament leur distance. Les tribus sâexpliquent Ă coups de crĂšme. Les dĂ©mocraties roses recrutent des ministres comme on colmate une barque. Les thĂ©ocraties sentent venir les dieux dĂšs que la science tousse.
Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que cette émission a touchée juste.
Jean-Luc Selriche peut expliquer pourquoi tout va bien sous les enclumes.
Alice Ravenloft peut dĂ©poser un nouveau Miaou si elle accepte quâil soit fouillĂ© Ă lâentrĂ©e.
Tormenta,
Golgoth et
Shoshana peuvent dĂ©battre de la durĂ©e minimale dâune monarchie.
Géofront peut venir avec ses traités.
Tifa peut envoyer les noms des graffiteurs. Les autres peuvent aussi essayer. Je ne promets pas de faire semblant de mâintĂ©resser.
Ici Kleo, depuis la salle du trĂŽne de lâEmpire Brun, sous les crĂąnes, les dorures anciennes, les rideaux pourpres et la toile qui nâa jamais demandĂ© lâautorisation dâexister. C'Ă©tait l'Ă©mission pour hier celle de cette nuit vient aprĂšs ce cours spot publicitaire. Adblock detected. Compte a rebours commencĂ©.
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Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
modifié 01/08 (02:12)

17 Juillet 6662026
SpoilerIci Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, GĂ©nĂ©rale de lâEmpire Brun, chroniqueuse de mauvaise foi certifiĂ©e par lâusage et journaliste parfaitement impartiale puisque lâimpartialitĂ© consiste surtout Ă savoir qui mĂ©rite dâĂȘtre mĂ©prisĂ© en premier. Mes yeux bleus sont ouverts. Mon parchemin est dĂ©roulĂ©. Ma coupe est pleine. Et le Cybermonde vient encore de prouver quâil lui faudrait moins de constitutions et davantage de couvercles.
Ce soir, nous parlerons dâun roi qui reçoit un trĂŽne avec vingt deux piĂšces en caisse, dâun
GĂ©ofront qui demande le divorce pendant quâon lui fait des promesses de dialogue, dâun
ValĂ©gro oĂč lâon pense si fort que les chapelles disparaissent, dâune
Sicilia qui baisse ses taxes parce que certains y agissent au lieu de geindre, dâun
Khanat oĂč lâon usurpe avec lâesprit Boulet, dâune
Mystisie qui soigne ses traditions Ă la poudre et dâune journĂ©e oĂč les rebelles, les moutons, les enclumes et les tartes ont encore servi de ponctuation Ă la grande phrase politique.
Ne cherchez pas un sens. Le sens a demandĂ© lâasile en
Australine.
Commençons par la
RuthvĂ©nie, puisque jamais royaume nâa autant ressemblĂ© Ă une chaise musicale jouĂ©e dans une cave par des gens armĂ©s de couronnes.
Tormenta Ruthven avait juré que
Bladimir Bladimirovitch Mutin ne le dĂ©choirait pas de son trĂŽne. Alors, dans une manĆuvre qui mĂ©rite au moins une rĂ©vĂ©rence de mauvaise foi, il lui a donnĂ© lui-mĂȘme. Pas de coup dâĂtat. Pas de renversement. Pas de drame officiel. Juste une transmission libre, presque Ă©lĂ©gante, avec cette petite odeur de piĂšge bien cirĂ© qui flotte dans les grands couloirs nobles quand les gens disent agir sans contrainte.
Bladimir arrive donc roi.
Et il découvre que
Tormenta lui laisse vingt deux couronnes dans la caisse.
Vingt deux.
Mes chers auditeurs, je vous demande une seconde de silence pour les finances ruthvĂšnes. Pas une minute. Ce serait trop cher.
Vingt deux couronnes pour relancer un royaume, nommer un gouvernement, traiter le cas
Géofront, négocier avec
Kraland, remettre lâarmĂ©e en ordre de marche, calmer les provinces, rĂ©parer lâorgueil, nourrir la cour et faire semblant que tout cela est encore une monarchie et non une auberge en fin de mois.
Bladimir a beau parler de pactes honorĂ©s, de bases saines et de rĂšgne consensuel, il se retrouve Ă gouverner comme un homme qui hĂ©rite dâun chĂąteau avec des fantĂŽmes, des dettes et une note sur la table disant bonne chance.
Il nomme. Il replace. Il retire.
Jean-Messie de la Nation passe Ă lâIntĂ©rieur.
Dame DĂ©merzel reçoit lâĂconomie.
Elune Von Voda prend la Justice.
Stefan de Crab se retrouve Ă la Guerre.
Lord Golgoth Ruthven obtient la Recherche.
Mench0 hĂ©rite de lâĂ©lĂ©gance comme on reçoit une arme enveloppĂ©e dans du satin. Et pendant que tout cela bouge, la
RuthvĂ©nie continue de se faire mordre aux chevilles par ses propres provinces, ses rebelles et le souvenir trop frais dâun trĂŽne qui a tournĂ© comme une porte de taverne.
Ce qui est fascinant, ce nâest pas que
Bladimir ait pris le pouvoir.
Câest quâil le prenne en annonçant trois grands axes, comme un souverain sĂ©rieux posĂ© au milieu dâune piĂšce oĂč lâarmoire est tombĂ©e, le chien hurle, la nappe brĂ»le et quelquâun cherche encore le roi prĂ©cĂ©dent sous la table. RĂ©gler
Géofront. Régler le
ValĂ©gro. Relancer lâarmĂ©e. VoilĂ un programme. VoilĂ mĂȘme une architecture. Mais il faut ĂȘtre ruthvĂšne pour dessiner une cathĂ©drale alors que les fondations fument encore.
Le roi peut venir rĂ©pondre. Il pourra mĂȘme expliquer ce quâon achĂšte avec vingt deux couronnes. Un tampon, peut ĂȘtre. Une bougie courte. Un biscuit diplomatique. Ou la moitiĂ© dâun silence.
Mais avant de quitter ce trÎne qui grince, permettez-moi de rappeler un détail.
Tormenta est parti en disant quâil reviendrait dans la peau du chasseur. En
RuthvĂ©nie, mĂȘme les dĂ©parts ressemblent Ă une menace de saison deux.
Ce trĂŽne nous conduit naturellement vers
GĂ©ofront, cette province qui nâa pas seulement levĂ© la voix. Elle a commencĂ© Ă ranger ses affaires. Depuis des jours,
Géofront répÚte que le
Royaume de RuthvĂ©nie nâa plus la main, plus la mesure, plus lâĂąme et plus le droit naturel de se faire appeler protecteur.
Ninoo Chantargent le dit dans un bafouillage qui ne change rien au fond.
Alice Ravenloft le chante avec sa
PassTek, ses
Miaou, sa tendresse et cette faculté troublante à transformer une sécession en chanson douce.
Darth Leo parle de politique des petits pas.
Shiki Chantargent est citĂ©e comme celle qui pense plus loin, qui voit les fusĂ©es, les pierres vertes et les centrales que dâautres ne comprennent pas. Le message gĂ©nĂ©ral est assez clair pour que mĂȘme une couronne pressĂ©e puisse lâentendre. Le protectorat doit prendre fin. Le Royaume doit partir des terres saintes. Le
GĂ©ofront veut respirer sans demander lâautorisation Ă un trĂŽne qui change de tĂȘte au rythme des pactes.
Et que répond
Bladimir.
Il demande un avis.
Il parle de divorce.
Il dit que le
GĂ©ofront veut le divorce et que lâon peut accepter de se quitter bons amis ou sây opposer par les armes et les discours. VoilĂ au moins une phrase qui a le mĂ©rite de poser la table. Dâun cĂŽtĂ©, une sĂ©paration propre. De lâautre, lâargenterie dans le mur.
Dame DĂ©merzel baisse lâimposition de
GĂ©ofront de cinquante cinq Ă vingt pour cent, revenant au niveau initial du traitĂ© de protectorat. Elle appelle cela un signe dâapaisement. Câen est un. Et comme tous les signes dâapaisement tardifs, il arrive avec une petite pancarte invisible disant nous aurions pu y penser avant. Une province qui crie depuis trop longtemps ne se calme pas forcĂ©ment parce quâon desserre enfin la corde. Elle remarque surtout quâil y avait bien une corde.
Câest ici que la mauvaise foi Ă©trangĂšre devient dĂ©licieuse. Le Royaume ne souhaite pas voir partir
Géofront. TrÚs bien. Il lui rend alors une partie de son souffle et espÚre que le dialogue redeviendra possible. Mais
GĂ©ofront ne parle plus seulement dâargent. Il parle de dignitĂ©, de science, de foi, de territoire, de mĂ©moire et de cette fatigue qui sâinstalle quand une province doit supplier quâon respecte ce quâon avait pourtant signĂ©.
Une taxe se baisse. Une humiliation, non.
Les habitants du
Géofront peuvent venir dire si les vingt pour cent suffisent à rouvrir la porte. Les RuthvÚnes peuvent venir expliquer pourquoi il faut toujours attendre que la maison brûle pour baisser le chauffage. Les diplomates peuvent apporter leurs traités. Les scientifiques peuvent apporter les fusées. Nous placerons les discours inflammables loin des chandelles.
Mais la crise du
Géofront a déjà contaminée la carte. Car
Crab Key, elle aussi, a choisi son théùtre.
Tormenta, dans son dernier geste de roi joueur, avait cédé
Crab Key Ă
Kraland comme on lĂąche une piĂšce dans une partie de
Puissance 4. La province dissidente ne jouait pas le jeu royal. Alors il a joué avec elle. Puis
Korail sâest insurgĂ©e, a ramenĂ©
Crab Key au
Royaume de Ruthvénie, a nommé
BohĂ© dâUmont comte de
Port Magmor et tout le monde a respirĂ© comme si une Ăźle venait de sortir dâune bassine rouge.
Dame DĂ©merzel a ensuite abaissĂ© lâimpĂŽt de
Crab Key de cinquante à vingt cinq pour cent au nom de la concorde retrouvée.
Voyez la beautĂ© de ce mĂ©canisme. On arrache, on cĂšde, on insurge, on rĂ©cupĂšre, on baisse les impĂŽts et lâon appelle cela de lâunitĂ©.
La
RuthvĂ©nie nâest pas une monarchie.
Câest un mariage oĂč chaque province garde une valise prĂšs de la porte.
Passons au
ValĂ©gro, ce laboratoire politique oĂč lâon a rĂ©ussi Ă mĂ©langer
Kraland, les pastĂšques, les lapins, les cages, la police, les sentiments dâinsĂ©curitĂ© et lâexpropriation religieuse dans une seule marmite sans que personne nâait encore eu la dĂ©cence de sâĂ©vanouir.
Fort Emouchet vit encore sous le grand parfum de la
PassTek. La fĂȘte devait porter le Bonheur, le
Grand Miaou, lâamitiĂ©, la paix et cette idĂ©e trĂšs dangereuse selon laquelle les peuples cessent de se battre quand on leur donne assez de jus de pastĂšque.
Alice Ravenloft a chantĂ©, rassemblĂ©, distribuĂ© de lâaffection Ă pleine fourrure et le
Commissariat du Bonheur lâa rĂ©compensĂ©e dâune pastille comme si le salut politique pouvait se sucer lentement sous la langue.
Au milieu de cette douceur fruitée,
Jean-Luc Selriche fait ce quâil sait faire de mieux. Il annonce que tout va bien.
Tout va bien quand une ville a besoin dâune commissaire qui traque les criminels avec une dĂ©termination absolue. Tout va bien quand cette mĂȘme commissaire,
Kenza, explique plus tard quâil nây a en rĂ©alitĂ© aucun criminel et que les archives ont confondu la colonne des criminels recherchĂ©s avec celle des personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables. Tout va bien quand le bourgmestre explique quâil nây a pas dâinsĂ©curitĂ© mais seulement un sentiment dâinsĂ©curitĂ©. Tout va bien quand une chapelle de la
Conscience Universelle disparaĂźt aprĂšs que
Selriche se soit concentré trÚs fort sur sa disparition et découvre que la pensée magique fonctionne mieux que certaines institutions.
Mais le
ValĂ©gro est une province merveilleuse. Elle rĂ©ussit Ă ĂȘtre Ă la fois policiĂšre, festive, collectiviste, mystique et immobiliĂšre.
Selriche dĂ©couvre que le vrai problĂšme nâest pas le chaos, ni les bombes, ni les coups, ni les rebelles, ni les lapins, ni les discours de sĂ©cession. Non. Le vrai problĂšme serait le mal logement. Les gens ne critiquent pas
Kraland, ils demandent un toit. Ceux qui soutiennent la
RuthvĂ©nie ou lâindĂ©pendance ne veulent pas partir, ils veulent dormir. La solution devient alors limpide. Doubler la taxe fonciĂšre et supprimer la taxe dâhabitation.
Il faut reconnaĂźtre le courage intellectuel. Dans beaucoup de pays, on ment pour cacher une taxe. Ă
Kraland, on transforme une révolte en problÚme de literie puis on taxe les murs. La
République a toujours eu ce talent. Elle ne réprime pas. Elle reloge vos opinions dans une catégorie fiscale.
Bogdan DâArken, de son cĂŽtĂ©, lĂšve un impĂŽt exceptionnel, une taxe sur les fortunes et redistribue des milliers de FK dans les ministĂšres. La machine rouge pompe, verse, collectivise, finance et chante que
Kraland nâabandonnera pas le bonheur de ses citoyens si facilement. Naturellement. Aucun rĂ©gime ne tient davantage au bonheur que celui qui doit le financer par surprise.
Les citoyens de
Fort Emouchet peuvent venir corriger. Les personnes potentiellement dĂ©sagrĂ©ables peuvent rĂ©clamer une nouvelle colonne. Les anciens criminels administrativement innocents peuvent rĂ©cupĂ©rer leur dignitĂ© au bureau perdu. Quant Ă la chapelle expropriĂ©e, quâelle repose en paix dans la grande pensĂ©e magique du camarade.
Pendant ce temps, la
Mystisie rappelle quâil existe des provinces oĂč mĂȘme les conflits internes sentent la poudre ancienne et la fiertĂ© mal guĂ©rie. Une alerte Ă la bombe paralyse la
Coutellerie van Tartijn, accompagnĂ©e dâune dĂ©claration qui ressemble moins Ă un crime quâĂ un cours dâhistoire armĂ©. Le message est clair. En
Mystisie, on peut se haĂŻr entre compatriotes. Câest mĂȘme une tradition locale, presque une forme dâart. Mais en cas de conflit entre les siens et les Ă©trangers, le vrai Mystisien devrait toujours choisir les siens. Lâauteur rappelle que les autochtones brillent le plus lorsquâils luttent ensemble contre lâextĂ©rieur et reproche Ă
Cheikh Evara dâavoir confondu fiertĂ© personnelle et hĂ©ritage culturel.
Je dois dire que jâapprĂ©cie cette pĂ©dagogie. Dans les pays fades, on donne une confĂ©rence. En
Mystisie, on ferme une armurerie avec une alerte Ă la bombe et lâon appelle cela une thĂ©rapie de choc.
La question posée est intéressante.
Cheikh Evara est-il encore digne de garder la tradition des
Van Tartijn. Ce nâest pas seulement une accusation. Câest une morsure identitaire. Et la
Mystisie, comme
Sicilia, comprend mieux que dâautres que la pire insulte nâest pas de vous traiter dâennemi. Câest de suggĂ©rer que vous ne savez plus ĂȘtre dâici.
Les Mystisiens peuvent répondre. Les étrangers peuvent écouter. Les couteaux, eux, attendront vingt quatre heures.
Passons maintenant au
Khanat ElmĂ©rien, oĂč la politique conserve cette fraĂźcheur primitive qui permet de passer de lâusurpation au cri de guerre en moins de temps quâil nâen faut Ă
Kraland pour inventer une colonne administrative.
Mademoiselle a tentĂ© dâusurper la Grande Khane
Tifa LockHeart, portĂ©e par lâesprit Boulet. Elle a perdu son poste de Khane et sâest livrĂ©e aux autoritĂ©s avec des faux papiers confisquĂ©s. VoilĂ une trajectoire admirable. On commence par croire que lâesprit Boulet guide ses pas et lâon finit en prison avec la preuve que les papiers aussi avait compris la blague.
Puis
Jeff Bizous profite dâun poste vacant pour faire un coup dâĂtat en
Bouletie avec un cri parfaitement adaptĂ© Ă la situation. Boulet time. Je nâai rien Ă ajouter. Câest une de ces phrases qui nâont pas besoin dâĂȘtre analysĂ©es parce quâelles contiennent dĂ©jĂ leur propre effondrement.
Pigeon Ronron hurle depuis
CAPS LOCK pour obtenir un vote,
fRAN9OIS6aNDR2 transfĂšre seize mille ĂE au MinistĂšre de lâĂconomie,
Kubilai Khan Seraven pompe une unitĂ© dâexploitation Ă
Trésorville et des créatures agressent un peu partout comme si la faune elmérienne voulait participer au congrÚs. Le
Khanat possĂšde un talent rare pour faire dâune crise Ă©lectorale une fĂȘte de village avec armes, faux papiers, pompes et cris en majuscules.
Et pourtant, ne rions pas trop vite. Le
Khanat avance parce quâil accepte la brutalitĂ© visible de ses contradictions. LĂ oĂč dâautres peuples emballent leurs ambitions dans du velours, les ElmĂ©riens les lancent sur la table encore tiĂšdes. Câest sale. Câest criard. Câest parfois efficace.
Les Boulets peuvent venir expliquer si lâesprit Boulet Ă©tait assurĂ© contre lâusurpation.
Tifa peut envoyer un communiqué, un garde ou une tarte.
Jeff Bizous peut préciser si le Boulet time a un horaire officiel.
Je ne peux pas quitter cette soirée sans parler de la science, cette vieille prétention civilisée qui consiste à brûler des notes puis à appeler cela un détour expérimental.
Bob le trĂšs trĂšs terrible, Ministre de la Recherche de lâEmpire, a annoncĂ© la climatisation quantique, alimentĂ©e au sang de chat et produisant un grincement effroyable. Câest le mal absolu, dit-il. Je veux le croire. Quand un ministre prĂ©sente une invention en prĂ©cisant quâelle fait mal aux oreilles et quâelle utilise un vibratomixeur Ă chat, il ne reste plus quâĂ signer les crĂ©dits et prier pour que les chats aient un syndicat assez faible.
Il a aussi organisĂ© une lutte contre lâillettrisme, offrant lâĂ©cole gratuite aux limitĂ©s avant de leur rappeler quâils devront ensuite cent quarante cinq ans de service Ă lâEmpire. VoilĂ une belle politique publique. Lire ouvre des portes. Certaines donnent sur des chaĂźnes. Mais des chaĂźnes alphabĂ©tisĂ©es, ce qui est dĂ©jĂ un progrĂšs.
Chez la
Confédération Libre,
Pr Jean-Michel Nobyl lance des recherches sur les missiles nuclĂ©aires pour accĂ©lĂ©rer la mutation gĂ©nĂ©tique gĂ©nĂ©rale, avec cette dĂ©licatesse confĂ©dĂ©rĂ©e consistant Ă espĂ©rer ne pas toucher lâEhpad de
Monique. Il enquĂȘte aussi sur lâĂ©chec de la dĂ©mocratie et conclut que le problĂšme vient des Normies, combustible Ă©lectoral de mauvaise qualitĂ©. La dĂ©mocratie aurait donc Ă©chouĂ© parce que les mauvaises personnes ont votĂ©. Câest une dĂ©couverte remarquable, surtout pour un rĂ©gime censĂ© aimer les Ă©lecteurs avant de dĂ©couvrir ce quâils font avec un bulletin.
Le
Paradigme Vert, lui, officialise le
Culte de la Grande DĂ©esse grĂące Ă
Bartolomus Ravenloft, qui découvre la technologie pendant que des notes brûlent par erreur. Les miracles, décidément, aiment beaucoup les laboratoires mal rangés.
Je note donc que la science cybermondiale se divise en trois Ă©coles. LâEmpire invente des horreurs assumĂ©es. La ConfĂ©dĂ©ration veut corriger lâĂ©lectorat avec des gĂšnes et des missiles. Le Paradigme transforme ses incendies de notes en religion officielle.
Franchement, lâEmpire paraĂźt presque raisonnable. Les chercheurs peuvent venir nier. Les chats peuvent venir se cacher. Les Normies peuvent dĂ©poser plainte mais uniquement sâils savent lire les petites lignes. Enfin, terminons avec les petites morsures du monde, parce quâelles donnent souvent le meilleur goĂ»t au sang de lâactualitĂ©.
Cassandre Lemage Ruthven entraĂźne les occupants du
Domaine des Rois dans une dĂ©bauche pour le mariage dâ
Emile et de
PrĂ©cieuse, avec une danse des pouces, des coudes, des genoux, des pieds, des fesses, des yeux qui louchent et dâun cheveu sur la langue. Il y a des mariages qui Ă©meuvent. Celui-ci semble vouloir dĂ©poser une plainte contre la dignitĂ©. Mais au moins, on danse. Et dans ce monde, danser pour lâamour au milieu des ruines mĂ©rite presque un salut.
Lord Golgoth Ruthven se fait agresser par des rebelles.
Mench0 aussi.
Tormenta aussi.
Elune Von Voda tombe dans un piĂšge aux Services Secrets.
Ivictus reçoit une enclume sur la tĂȘte.
Jojo lâAffreux brĂ»le des notes scientifiques.
Jay et
Lola sont aperçus dans une rumeur sibĂ©rienne autour dâun appareil bizarre.
Neodym Seltenerd achĂšte une villa.
La relique Philosophie SyncrĂ©tique de Franck Mysti aurait Ă©tĂ© dĂ©truite par un rationaliste extrĂ©miste. La journĂ©e se termine donc comme elle se doit, avec des danses, des piĂšges, des rebelles, de lâimmobilier, de la science abĂźmĂ©e et une philosophie dĂ©truite par quelquâun qui voulait probablement simplifier le dĂ©bat au marteau.
Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que cette émission a encore touchée une veine.
Bladimir peut expliquer comment régner avec vingt deux couronnes et trois pactes.
Géofront peut dire si vingt pour cent suffit à recoller une province qui a déjà préparé sa valise.
Selriche peut nous enseigner la pensée magique immobiliÚre.
Kenza peut classer les auditeurs entre criminels et personnes potentiellement désagréables.
Dusk et Aurora peut recevoir les fĂ©licitations quâil mĂ©rite pour avoir baissĂ© les taxes de
Trou Perdu.
Jaylie peut nous rappeler que le sarcasme est une hygiĂšne publique.
Bob peut garder ses chats loin de mon studio.
Ici Kleo, depuis la salle du trĂŽne de lâEmpire Brun, sous les chandelles, les crĂąnes, les dorures anciennes et la toile qui sait exactement quand se refermer.
___
Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
modifié 01/08 (00:42)

Ce soir, revue hebdomadaire du samedi, en bref.
11 au 18 Juillet 6662026SpoilerBonsoir Sicilia. Bonsoir Empire. Bonsoir aussi à tous ceux qui prétendent ne jamais écouter cette émission avant d'en citer le moindre mot dÚs le lendemain matin dans une taverne. Je vous vois, ne faites pas semblant. Les murs ont des oreilles, les tavernes ont des langues et moi j'ai des araignées. Elles sont nettement plus fiables que les chroniqueurs politiques et infiniment moins chÚres à nourrir.
Je vous propose d'ailleurs de commencer notre voyage lĂ oĂč les grands principes rencontrent toujours le mĂȘme destin. Le ValĂ©gro. Cette merveilleuse province oĂč chacun affirme vouloir protĂ©ger le peuple avec une sincĂ©ritĂ© bouleversante tout en passant une partie considĂ©rable de sa journĂ©e Ă lui expliquer pourquoi il doit dĂ©sormais payer davantage, produire davantage, obĂ©ir davantage et surtout remercier davantage. J'admire cette capacitĂ© qu'ont certains gouvernements Ă prĂ©senter une gifle comme une caresse Ă©ducative. Il faut un talent immense pour rĂ©ussir une telle performance sans Ă©clater de rire au milieu de son propre discours.
Prenez donc cette affaire qui agite actuellement Fort Emouchet. Ă premiĂšre vue, elle ressemble Ă une banale querelle administrative. En rĂ©alitĂ©, c'est une vĂ©ritable piĂšce de théùtre oĂč chacun est persuadĂ© d'incarner le hĂ©ros alors que le public commence sĂ©rieusement Ă soupçonner qu'il n'y a plus que des seconds rĂŽles. D'un cĂŽtĂ©,
Jean-Luc Selriche poursuit son grand projet de bonheur kollectif avec l'énergie d'un homme convaincu que la prospérité se mesure au nombre de formulaires distribués et que toute résistance à l'impÎt constitue probablement une pathologie médicale. De l'autre,
PierreJean continue de dĂ©fendre une idĂ©e presque rĂ©volutionnaire dans le monde moderne, celle selon laquelle il serait peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de laisser les habitants produire des richesses avant de leur expliquer avec enthousiasme pourquoi elles appartiennent dĂ©jĂ Ă quelqu'un d'autre.
Et c'est prĂ©cisĂ©ment lĂ que cette histoire cesse d'ĂȘtre une simple dispute entre administrateurs pour devenir une dĂ©monstration politique absolument fascinante. Chacun croit profondĂ©ment avoir raison. Les uns augmentent les taxes au nom du bien commun. Les autres dĂ©noncent ces dĂ©cisions au nom de ce mĂȘme bien commun. Les bĂątiments changent de propriĂ©taire avec une facilitĂ© dĂ©concertante pendant que les discours deviennent toujours plus grandiloquents, comme si chaque nouvelle dĂ©claration pouvait faire oublier que les habitants regardent surtout disparaĂźtre leurs outils de travail. J'ai toujours trouvĂ© extraordinaire cette capacitĂ© qu'ont les dirigeants Ă parler de prospĂ©ritĂ© avec une telle assurance au milieu des gravats. Les pierres, elles, restent d'un scepticisme admirable.
Je voudrais maintenant quitter un instant les plaines du ValĂ©gro, oĂč les administrations continuent de labourer les citoyens avec une application presque agricole, pour traverser les dunes de Mystisie. LĂ -bas, le sable a cette Ă©trange propriĂ©tĂ© de conserver les empreintes bien plus longtemps que les promesses politiques. C'est une terre oĂč les caravanes disparaissent, oĂč les tempĂȘtes ensevelissent les monuments avant mĂȘme qu'ils aient une histoire et oĂč les ambitions, elles, refusent obstinĂ©ment de mourir. Je dois reconnaĂźtre que j'aime profondĂ©ment cette province. Pas seulement parce qu'elle appartient Ă l'Empire Brun. Non. Je l'aime parce qu'elle attire systĂ©matiquement les personnalitĂ©s convaincues que le destin du Cybermonde attendait prĂ©cisĂ©ment leur arrivĂ©e. Mystisie agit sur les mĂ©galomanes comme une bouteille de trĂšs bon vin agit sur un poĂšte. Elle ne les transforme pas. Elle rĂ©vĂšle simplement ce qui Ă©tait dĂ©jĂ lĂ .
Et cette semaine, force est d'admettre que
Octave Sombrefer n'a pas fait les choses Ă moitiĂ©. Certains gouverneurs se contentent d'inaugurer une route ou de promettre une nouvelle auberge. C'est dĂ©jĂ trĂšs bien. C'est utile. C'est mĂȘme respectable. Lui prĂ©fĂšre annoncer une rĂ©organisation complĂšte de la rĂ©alitĂ©. Une Magocratie. Un DĂ©sert DĂ©moniaque. Une immense campagne de fouilles archĂ©ologiques destinĂ©e Ă retrouver des artefacts capables d'appeler des lĂ©gions dĂ©moniaques. Puis, dans un mouvement d'une modestie presque touchante, la conquĂȘte de l'Empire Brun avant celle du Cybermonde tout entier. J'admire cette capacitĂ© qu'ont certains dirigeants Ă toujours prĂ©voir leur agenda trĂšs en avance. Personnellement, je peine dĂ©jĂ Ă organiser correctement mes repas lorsque
Renato oublie de me servir Ă l'heure. D'autres planifient la domination mondiale avant le dĂźner. Chacun ses talents.
Naturellement, les esprits raisonnables ont immĂ©diatement levĂ© les yeux au ciel. Ils parlent de folie. De dĂ©lire. De mĂ©galomanie. Les mĂȘmes personnes qui expliquaient hier encore qu'aucun Empire ne survivrait longtemps Ă ses propres contradictions. Les mĂȘmes experts qui annoncent la chute du monde avec une rĂ©gularitĂ© telle qu'ils finiront probablement par avoir raison un jour, uniquement par Ă©puisement statistique. Les prophĂštes de catastrophe sont des gens trĂšs confortables. Lorsqu'ils Ă©chouent, ils annoncent simplement la catastrophe suivante. Lorsqu'ils rĂ©ussissent, ils rĂ©clament qu'on relise leurs anciennes analyses. C'est un mĂ©tier que je respecte Ă©normĂ©ment. Il ne demande absolument aucun rĂ©sultat.
Car au fond, ce qui me fascine dans cette histoire n'est pas le projet d'
Octave Sombrefer. Les projets grandioses existent depuis que les premiers rois ont dĂ©couvert qu'une couronne permettait aussi de rĂȘver Ă voix haute. Ce qui m'intĂ©resse davantage, c'est la rĂ©action du reste du Cybermonde. Il suffit qu'un homme annonce vouloir retrouver une lampe dĂ©moniaque enfouie sous plusieurs mĂštres de sable pour que tout le monde oublie soudain ses propres ambitions tout aussi extravagantes. Certains gouvernements prĂ©tendent reconstruire des sociĂ©tĂ©s parfaites. D'autres promettent un bonheur universel garanti par dĂ©cret. Quelques royaumes changent de souverain avec une frĂ©quence qui ferait passer une auberge pour un modĂšle de stabilitĂ©. Pourtant c'est toujours le voisin que l'on traite de fou. VoilĂ une tradition intercybermondiale qui traverse les siĂšcles avec une remarquable fidĂ©litĂ©.
Je serais d'ailleurs bien incapable de dire oĂč commence exactement la mĂ©galomanie. Est-ce lorsqu'un homme affirme vouloir conquĂ©rir le monde ? Ou lorsqu'il est persuadĂ© que personne d'autre n'en est capable ? L'Histoire possĂšde un humour trĂšs particulier. Elle se moque rarement des rĂȘveurs. Elle prĂ©fĂšre ridiculiser ceux qui Ă©taient absolument certains que les rĂȘveurs Ă©choueraient. Les archives impĂ©riales regorgent de certitudes mortes de vieillesse.
Pendant ce temps, les fouilles avancent. Des chantiers apparaissent dans le dĂ©sert. Des expĂ©ditions sillonnent les dunes avec cette obstination propre aux chercheurs de trĂ©sors qui refusent d'admettre qu'ils pourraient simplement rentrer chez eux les mains vides. Certains y voient une perte de temps. D'autres une formidable aventure. Quant Ă moi, je constate surtout que la Mystisie reste fidĂšle Ă elle-mĂȘme. C'est probablement la seule province oĂč l'on peut annoncer sĂ©rieusement que l'on part dĂ©terrer une relique dĂ©moniaque sans provoquer autre chose qu'un haussement d'Ă©paules suivi d'un trĂšs poli « Bon courage ».
Il y a cependant un détail qui mérite davantage d'attention. DerriÚre les grands discours, derriÚre les proclamations et les visions impériales,
Octave Sombrefer rappelle malgrĂ© lui une vĂ©ritĂ© assez ancienne. Les peuples ont besoin d'histoires presque autant qu'ils ont besoin de pain. Gouverner uniquement avec des chiffres fatigue rapidement les foules. Gouverner avec un mythe, une quĂȘte et quelques ruines mystĂ©rieuses... voilĂ qui nourrit autrement l'imagination. Les empires ne tiennent jamais uniquement grĂące Ă leurs armĂ©es. Ils tiennent parce qu'ils offrent Ă leurs habitants quelque chose de plus confortable encore que la sĂ©curitĂ©. Ils leur donnent l'impression de participer Ă une histoire plus grande qu'eux-mĂȘmes.
Je n'ai donc aucun conseil Ă donner Ă
Octave Sombrefer. Les ambitieux Ă©coutent rarement les conseils et les conquĂ©rants encore moins. En revanche, je me permettrai une simple observation. Les plus grands empires ne sont pas toujours bĂątis par ceux qui rĂȘvent le plus grand. Ils le sont souvent par ceux qui savent convaincre les autres que ce rĂȘve mĂ©rite d'ĂȘtre partagĂ©. ConquĂ©rir une province est une affaire militaire. ConquĂ©rir une imagination est une affaire infiniment plus difficile et vous avez fait mention de conquĂ©rir la mienne.
Enfin... si jamais quelqu'un retrouve réellement une antique lampe capable d'invoquer des légions démoniaques, je demanderais simplement qu'on prévienne la rédaction avant de déclencher la fin du monde. Il serait regrettable que Radio Nécrotoile manque un sujet d'une telle qualité pour une simple question d'organisation.
Il existe des nations qui bĂątissent leur puissance sur leurs armĂ©es. D'autres sur leur commerce. Certaines sur leur foi. Puis il y a la RuthvĂ©nie, qui semble avoir choisi depuis plusieurs semaines de construire son avenir autour d'une question absolument essentielle. Qui possĂšde la bonne couronne. VoilĂ un dĂ©bat admirable. Non parce qu'il soit particuliĂšrement utile mais parce qu'il rĂ©sume Ă lui seul toute la politique moderne. Les rĂ©coltes peuvent attendre. Les routes s'effondreront bien demain. Les provinces continueront d'exister avec ou sans discours. En revanche, dĂ©terminer laquelle de deux couronnes mĂ©rite le droit d'ĂȘtre portĂ©e devient soudain une urgence nationale. J'ai toujours trouvĂ© fascinant ce pouvoir qu'ont les symboles. Ils finissent souvent par coĂ»ter davantage d'Ă©nergie que ce qu'ils Ă©taient censĂ©s reprĂ©senter.
Le
Roi Bladimir Bladimirovitch Mutin a donc rappelĂ© Ă son royaume que l'enquĂȘte devait avancer et que les plaisanteries administratives avaient suffisamment durĂ©. DerriĂšre son ton volontairement théùtral se cache pourtant une inquiĂ©tude bien rĂ©elle. Une monarchie ne peut tolĂ©rer trĂšs longtemps que l'on doute de ce qui fait prĂ©cisĂ©ment son autoritĂ©. Les royaumes vivent autant de cĂ©rĂ©monies que de soldats. Si la couronne devient un simple objet parmi d'autres alors le trĂŽne lui-mĂȘme commence Ă perdre quelques centimĂštres de hauteur. Les sceptiques appellent cela de la superstition. Les vieux souverains, eux, savent que les peuples obĂ©issent souvent davantage Ă une histoire qu'Ă une Ă©pĂ©e.
Mais comme toujours en RuthvĂ©nie, il suffit qu'une affaire semble prendre une direction claire pour qu'une autre voix surgisse aussitĂŽt et dĂ©cide qu'il serait infiniment plus raisonnable de remettre absolument tout en question. Les appels Ă la rĂ©volution fleurissent avec une rĂ©gularitĂ© presque botanique. Les discours se rĂ©pondent d'une place Ă l'autre. Les anciens idĂ©aux sont convoquĂ©s comme des tĂ©moins dans un procĂšs oĂč chacun est persuadĂ© d'incarner la vĂ©ritable tradition. J'ai parcouru plusieurs de ces dĂ©clarations avec beaucoup d'attention et j'y ai retrouvĂ© ce parfum si particulier des nations qui regardent davantage leur passĂ© que leur horizon. Chacun invoque les ancĂȘtres. Personne ne semble vouloir leur demander ce qu'ils auraient fait Ă leur place.
Il faut reconnaĂźtre Ă la RuthvĂ©nie un talent que peu d'Ătats possĂšdent encore. Elle transforme chaque crise politique en tragĂ©die romantique. LĂ oĂč d'autres gouvernements s'Ă©changent des chiffres et des rapports administratifs, les RuthvĂšnes parlent de destin, d'honneur, de rĂ©volution, de sang et de fidĂ©litĂ©. C'est infiniment plus Ă©lĂ©gant. Beaucoup moins reposant aussi. On ne peut pas vivre Ă©ternellement dans une piĂšce de théùtre sans finir par oublier oĂč se trouve la sortie de scĂšne.
Je voudrais d'ailleurs attirer votre attention sur une Ă©trange similitude entre tous les camps qui s'affrontent. Ils prĂ©tendent naturellement dĂ©fendre des visions incompatibles. Les uns accusent les autres de trahir l'esprit du royaume. Les autres rĂ©pondent qu'ils sont les seuls hĂ©ritiers lĂ©gitimes des anciennes valeurs. Pourtant, lorsqu'on retire les drapeaux, les uniformes et les grands discours, tous poursuivent exactement le mĂȘme objectif. Chacun rĂȘve d'une RuthvĂ©nie qui lui donnerait enfin raison. VoilĂ peut-ĂȘtre la plus vieille maladie politique du monde. Confondre le salut d'une nation avec la victoire de sa propre opinion.
Pendant ce temps, la vie continue avec cette insolence que les idéologies ne parviennent jamais complÚtement à dompter. Des commerçants ouvrent leurs échoppes. Des artisans fabriquent encore leurs outils. Des aubergistes servent leurs clients sans leur demander au préalable s'ils soutiennent la bonne faction. Les véritables piliers d'un royaume ne siÚgent pas toujours dans les palais. Ils travaillent souvent derriÚre un comptoir, un établi ou un champ. Ils regardent passer les souverains comme les saisons. Avec une certaine curiosité et une immense patience.
C'est peut-ĂȘtre pour cette raison que je souris toujours lorsqu'on annonce une rĂ©volution imminente. Les rĂ©volutions aiment Ă©normĂ©ment les discours. Les peuples prĂ©fĂšrent gĂ©nĂ©ralement le pain chaud. Les premiĂšres promettent un avenir radieux. Les seconds espĂšrent simplement que demain ressemblera suffisamment Ă aujourd'hui pour pouvoir continuer Ă vivre. Cette diffĂ©rence paraĂźt minuscule. Elle explique pourtant pourquoi tant de grandes rĂ©volutions terminent leur existence dans les livres d'Histoire pendant que les boulangers, eux, ouvrent encore leurs portes chaque matin.
Ne vous mĂ©prenez pas. Je ne me moque pas de la RuthvĂ©nie. Au contraire. Je lui reconnais une qualitĂ© que beaucoup ont perdue. Elle croit encore que les idĂ©es mĂ©ritent qu'on se batte pour elles. C'est respectable. J'aimerais simplement que quelqu'un rappelle de temps en temps aux diffĂ©rents prĂ©tendants que gouverner consiste Ă©galement Ă remplir les greniers, rĂ©parer les routes et empĂȘcher les citoyens de s'entretuer entre deux grands principes. Les royaumes meurent rarement d'un manque d'hĂ©roĂŻsme. Ils meurent bien plus souvent d'un excĂšs de certitudes.
Alors je regarderai cette histoire de couronnes avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt que les prĂ©cĂ©dentes. Parce qu'au fond, peu importe finalement laquelle sera reconnue comme la vĂ©ritable. Dans quelques annĂ©es, un nouveau souverain en portera une autre et les chroniqueurs expliqueront avec le plus grand sĂ©rieux que celle-ci est Ă©videmment la seule authentique. Les symboles changent de tĂȘte. Les peuples, eux, continuent d'espĂ©rer que quelqu'un finira par mĂ©riter de les porter.
Je laisse nĂ©anmoins les lignes de Radio NĂ©crotoile ouvertes. Si un prĂ©tendant, un rĂ©volutionnaire, un royaliste convaincu ou mĂȘme une couronne elle-mĂȘme souhaite venir dĂ©fendre sa version des faits, la rĂ©daction l'accueillera avec toute l'impartialitĂ© qui fait notre rĂ©putation. Naturellement, le fait que nous ayons dĂ©jĂ notre opinion ne doit dĂ©courager personne. Il est toujours intĂ©ressant d'entendre quelqu'un expliquer pourquoi il avait tort avec autant de conviction.
AprĂšs avoir traversĂ© les tempĂȘtes politiques du ValĂ©gro, les rĂȘves impĂ©riaux de Mystisie et les querelles de couronnes ruthvĂšnes, il est presque reposant de revenir en Sicilia. Je dis bien *presque*. Car ceux qui imaginent encore notre province comme un petit coin tranquille oĂč les habitants passent leurs journĂ©es Ă boire du vin et discuter de cuisine n'ont probablement jamais essayĂ© d'y passer une semaine complĂšte. Sicilia possĂšde une qualitĂ© trĂšs rare. Elle donne constamment l'impression que tout est sous contrĂŽle alors qu'il s'y passe toujours quelque chose d'absolument improbable. Seulement ici, personne ne pousse de grands cris. On balaie devant sa porte, on relĂšve les manches et on continue d'avancer pendant que le reste du monde organise des confĂ©rences pour expliquer pourquoi il est incapable d'en faire autant.
Les
Dei Machiavelli ont encore occupé une bonne partie de l'espace politique de Trou Perdu.
Martina D. Dei
Machiavelli a naturellement rappelé son attachement à l'Impératrice
LachĂ©sis tout en dĂ©cochant quelques flĂšches bien senties vers le Paradigme Vert. Rien de trĂšs surprenant. Les Ă©cologistes radicaux et les Bruns entretiennent depuis longtemps cette relation Ă©trange oĂč chacun est convaincu que l'autre reprĂ©sente l'avenir... mais de la catastrophe. Je dois reconnaĂźtre une certaine Ă©lĂ©gance Ă cette constance. Les convictions deviennent beaucoup plus crĂ©dibles lorsqu'elles survivent aux changements de mode. Et si les discours ne suffisent pas toujours Ă convaincre les adversaires, ils ont au moins le mĂ©rite de rappeler aux amis pourquoi ils sont restĂ©s.
Pendant ce temps, la gouvernance sicilienne poursuit tranquillement son chemin.
Jaylie Dei
Machiavelli continue de tenir la province,
Dusk et Aurora poursuivent leur travail d'intendance avec cette sobriété qui les caractérise et les habitants continuent de faire ce qu'ils savent faire de mieux. Produire. Construire. Vivre. C'est terriblement peu spectaculaire. Les chroniqueurs politiques détestent ce genre de période. Une administration qui fonctionne correctement produit infiniment moins d'articles qu'une révolution. Pourtant, lorsque les fumées se dissipent et que les grands orateurs rentrent chez eux, ce sont toujours les provinces stables qui récoltent les bénéfices du vacarme des autres.
Des homards géants, des géants des montagnes, des rapaces, des pigeons belliqueux, des démons mineurs et quelques individus qui demeurent objectivement plus dangereux que tout ce petit monde réuni. J'apprécie énormément cette diversité. Elle nous rappelle qu'ici, le principal prédateur n'est pas toujours celui qui possÚde les plus longues griffes. Il arrive parfois qu'il porte un costume, un uniforme ou un titre de ministre.
Je remarque Ă©galement avec une certaine tendresse que les tartes Ă la crĂšme poursuivent leur carriĂšre diplomatique avec une efficacitĂ© remarquable. Les empires changent. Les gouvernements tombent. Les alliances se font et se dĂ©font. La tarte, elle, demeure. Il existe probablement moins de rancune aprĂšs une bonne pĂątisserie en plein visage qu'aprĂšs certains sommets internationaux. VoilĂ peut-ĂȘtre une piste que les chancelleries devraient explorer davantage.
Car au fond, que retiendrons-nous de cette journĂ©e ? Un gouverneur qui rĂȘve d'un empire immense. Un royaume qui cherche une couronne. Une rĂ©publique qui dĂ©couvre que le bonheur administratif ne convainc pas toujours les administrĂ©s. Une Sicilia qui poursuit son chemin sans Ă©prouver le besoin de transformer chaque dĂ©cision en tragĂ©die nationale. VoilĂ un tableau assez fidĂšle de notre Ă©poque. Tout le monde parle trĂšs fort. Ceux qui travaillent parlent gĂ©nĂ©ralement beaucoup moins.
Je terminerai donc cette émission par un conseil que personne ne suivra. Méfiez-vous des gens qui vous promettent un avenir parfait. Ils commencent presque toujours par vous expliquer que le présent constitue un léger désagrément nécessaire. Les empires les plus solides ne sont pas ceux qui promettent le paradis. Ce sont ceux qui permettent simplement à leurs habitants de rentrer chez eux le soir avec l'impression d'avoir construit quelque chose d'utile.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent naturellement ouvertes. Les gouvernements peuvent venir contester nos analyses. Les révolutionnaires peuvent venir annoncer la prochaine révolution qui sera, cette fois c'est certain, la bonne. Les rois peuvent défendre leurs couronnes. Les conquérants leurs cartes. Les bureaucrates leurs formulaires. Nous écouterons tout le monde avec une attention sincÚre et une mauvaise foi parfaitement équitable.
Quant à ceux qui n'ont rien à déclarer... revenez demain.
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Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
modifié 25/07 (02:02)

18 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir Ă vous, habitants de Sicilia, voyageurs de passage, gouvernants persuadĂ©s que leurs discours survivront aux siĂšcles et lecteurs qui ouvrent directement cette chronique en espĂ©rant y apercevoir leur propre nom. Ne soyez pas gĂȘnĂ©s. Si j'Ă©tais Ă votre place, je commencerais exactement par lĂ .
Aujourd'hui, impossible de regarder ailleurs que vers la Mystisie. Ă peine les nouveaux responsables prennent-ils leurs fonctions que Octave Sombrefer donne dĂ©jĂ le ton. Les fouilles archĂ©ologiques reprennent, un quartier gĂ©nĂ©ral dĂ©moniaque est annoncĂ© et les terroristes reçoivent un message d'une simplicitĂ© presque dĂ©sarmante. Il leur demande d'arrĂȘter. VoilĂ une mĂ©thode politique qui mĂ©rite d'ĂȘtre saluĂ©e. D'autres gouvernements Ă©laborent des plans complexes, crĂ©ent des commissions d'enquĂȘte et rĂ©digent des rapports de plusieurs dizaines de pages. Le Sultan, lui, tente encore l'ancienne mĂ©thode consistant Ă supposer que des terroristes finiront peut-ĂȘtre par Ă©couter si on leur demande suffisamment poliment. J'ignore si cela fonctionnera mais je reconnais une certaine Ă©lĂ©gance Ă cette naĂŻvetĂ© parfaitement assumĂ©e.
Il faut cependant reconnaĂźtre que Octave possĂšde un talent beaucoup plus prĂ©cieux que celui de gouverner. Il sait attirer les regards. Chaque annonce provoque dĂ©jĂ des commentaires, des rĂ©actions et parfois mĂȘme des inquiĂ©tudes. C'est gĂ©nĂ©ralement le signe qu'un personnage commence rĂ©ellement Ă exister. Les dirigeants oubliables administrent des provinces. Les autres deviennent des sujets de conversation. Et puisqu'il a eu l'audace de me nommer officiellement biographe de sa future conquĂȘte du Cybermonde, je considĂšre dĂ©sormais qu'il est de mon devoir de noter chacune de ses promesses. Je ne sais pas encore si elles finiront dans un livre d'Histoire ou dans un rayon consacrĂ© aux ambitions beaucoup trop optimistes. Dans les deux cas, le rĂ©cit promet d'ĂȘtre intĂ©ressant.
La journĂ©e aurait pu s'arrĂȘter sur cette dĂ©monstration de confiance presque insolente. La Mystisie en avait dĂ©cidĂ© autrement. Quelques instants plus tard, l'HĂŽtel Chez Monique se retrouve Ă©vacuĂ© Ă cause d'une alerte Ă la bombe. Jusqu'ici, rien de trĂšs inhabituel pour le Cybermonde. Ce qui m'a davantage interpellĂ©e est le contenu du message laissĂ© derriĂšre cette petite dĂ©monstration de civisme. AprĂšs avoir rappelĂ© avec un enthousiasme dĂ©bordant que le Sultan avait raison par principe, son auteur termine tranquillement en invitant tout le monde Ă aller manger chez Layla. VoilĂ probablement la premiĂšre opĂ©ration terroriste dont l'objectif secondaire consiste Ă amĂ©liorer la frĂ©quentation d'un restaurant concurrent. Je dois reconnaĂźtre que les mĂ©thodes publicitaires deviennent de plus en plus crĂ©atives.
Mais avant de quitter la Mystisie, je serais profondĂ©ment injuste si je passais sous silence la performance de Silas des Sables. Peu d'hommes peuvent prĂ©tendre ĂȘtre entrĂ©s volontairement en prison et en ĂȘtre ressortis presque avant que la porte ne se referme derriĂšre eux. Deux minutes. C'est Ă peine le temps nĂ©cessaire pour choisir une biĂšre dans certaines tavernes. Si cette efficacitĂ© devient la norme, je suggĂšre trĂšs officiellement que les geĂŽles mystisiennes installent un comptoir d'accueil et distribuent des cartes de fidĂ©litĂ©. AprĂšs tout, lorsqu'un sĂ©jour carcĂ©ral dure moins longtemps qu'une conversation, autant rendre l'expĂ©rience agrĂ©able.
VoilĂ qui nous conduit naturellement vers d'autres provinces oĂč certains candidats parviennent Ă oublier le nom du poste auquel ils se prĂ©sentent tandis que d'autres dĂ©cident qu'un pagne suffit largement pour participer Ă la vie politique. Et je vous assure que je n'invente absolument rien. Le Cybermonde s'en charge trĂšs bien sans mon aide.
Mais pendant que la Mystisie perfectionne son art trĂšs personnel de mĂ©langer conquĂȘtes, explosions et publicitĂ© pour les Ă©tablissements voisins, la RĂ©publik de Kraland continue de prouver qu'il est parfaitement possible de produire autant d'animation sans tirer la moindre Ă©pĂ©e. Il suffit de rĂ©unir quelques citoyens convaincus d'avoir raison et de leur offrir une tribune suffisamment grande. Le reste se fait tout seul.
Je voudrais d'ailleurs fĂ©liciter Jean-Luc Selriche, qui nous a livrĂ© ce que les historiens qualifieront peut-ĂȘtre un jour de plus belle publicitĂ© involontaire pour la naturalisation kralandaise. Selon lui, obtenir des papiers de la RĂ©publik l'aurait transformĂ© en un homme nouveau. Fini la procrastination, envolĂ©e la paresse, disparues les mauvaises habitudes. Les idĂ©es affluent dĂ©sormais avec une facilitĂ© dĂ©concertante et le travail semble presque devenir un plaisir. J'ignore ce que les fonctionnaires kralandais glissent exactement dans leurs formulaires administratifs mais je commence sĂ©rieusement Ă soupçonner l'existence d'une substance jusqu'ici inconnue de la mĂ©decine moderne. Si quelques feuilles timbrĂ©es suffisent rĂ©ellement Ă produire de tels miracles, l'Empire Brun ferait peut-ĂȘtre bien d'en importer une cargaison... uniquement pour les Ă©tudier, naturellement.
Cette belle profession de foi n'a évidemment pas tardé à attirer quelques réponses. Les échanges se sont multipliés avec cette élégance toute particuliÚre que seuls les Kralandais savent produire. Chacun redistribue l'argent de quelqu'un d'autre, chacun explique pourquoi sa vision de la solidarité est objectivement la meilleure et chacun termine la discussion persuadé d'avoir brillamment démontré l'évidence. J'observe toujours ces débats avec une certaine admiration. Dans beaucoup de pays, une dispute politique finit autour d'un champ de bataille. En Républik, elle finit autour d'un tableau comptable. Les blessures sont moins visibles mais les cicatrices administratives durent généralement beaucoup plus longtemps.
La soirée nous a également offert un moment de poésie bureaucratique grùce à Ninoo Chantargent. Voilà une candidate capable de présenter un programme entier avant de retrouver le nom exact de la fonction qu'elle souhaite exercer. Pendant quelques instants, elle hésite, cherche, corrige, improvise et transforme malgré elle une simple candidature en véritable numéro de théùtre. J'avoue avoir trouvé la scÚne étrangement attachante. Les discours parfaitement préparés finissent souvent par se ressembler. Les hésitations, elles, rappellent qu'il y a encore un joueur derriÚre le personnage. Et parfois, c'est précisément ce qui les rend mémorables.
Mais la palme du spectacle revient sans la moindre hĂ©sitation Ă Jay Padbol. Alors que certains passent des heures Ă rĂ©diger des manifestes politiques, lui choisit une mĂ©thode beaucoup plus directe pour attirer l'attention. Le voilĂ qui dĂ©boule presque vĂȘtu d'un simple pagne, se balance comme un homme ayant manifestement passĂ© trop de temps dans la jungle et transforme un hĂŽtel respectable en dĂ©cor d'aventure exotique. J'ignore encore si cette prestation constituait une campagne Ă©lectorale, une dĂ©monstration athlĂ©tique ou un simple problĂšme vestimentaire. Une chose est certaine, personne n'a oubliĂ© son entrĂ©e. Et dans le Cybermonde, c'est dĂ©jĂ une victoire politique Ă part entiĂšre.
AprÚs ce détour par les grandes déclarations et les campagnes électorales, il est toujours agréable de revenir en Sicilia. Non pas parce que nous serions plus sages que les autres. Ne racontons pas n'importe quoi. Mais parce qu'ici, les discours s'accompagnent généralement d'un chantier, d'une nomination ou d'une tournée à la taverne. Une province qui construit inspire toujours davantage confiance qu'une province qui passe sa journée à expliquer pourquoi elle construira demain.
Les registres de Trou Perdu en sont encore une excellente démonstration. De nouveaux bùtiments apparaissent, les projets se multiplient et plusieurs habitants continuent discrÚtement à renforcer la province sans ressentir le besoin d'accompagner chaque coup de marteau d'un communiqué de trois pages. J'avoue éprouver une affection particuliÚre pour cette façon de travailler. Les plus belles réussites sont souvent celles que l'on découvre plusieurs jours plus tard en parcourant les archives plutÎt qu'en lisant les proclamations officielles.
Je ne peux d'ailleurs pas passer sous silence Dusk et Aurora. Ces deux-lĂ possĂšdent un talent qui devient presque une spĂ©cialitĂ© sicilienne. Ils donnent constamment l'impression de ne rien faire... jusqu'au moment oĂč l'on relit les registres et que leurs noms apparaissent absolument partout. Une amĂ©lioration ici, une dĂ©cision lĂ , un chantier un peu plus loin. Ils travaillent avec cette discrĂ©tion insupportable des gens efficaces. Pour une chroniqueuse, c'est une bĂ©nĂ©diction. Pour leurs adversaires, beaucoup moins. Pendant que certains annoncent la construction d'un empire, eux construisent simplement des morceaux de province. Au final, les pierres ont souvent la mauvaise habitude de survivre plus longtemps que les discours.
Ă quelques rues de lĂ , Martina Dei Machiavelli poursuit son Ćuvre favorite qui consiste Ă parler avec suffisamment de conviction pour que personne ne puisse prĂ©tendre ignorer ce qu'elle pense. Dans une Ă©poque oĂč beaucoup adaptent leurs idĂ©es au sens du vent, cette femme possĂšde au moins une qualitĂ© devenue rare. Elle assume les siennes. Cela lui attire des soutiens enthousiastes, quelques critiques bien senties et probablement davantage de dĂ©bats qu'elle ne l'avouera publiquement. Mais c'est prĂ©cisĂ©ment le rĂŽle des personnages importants. Une province oĂč tout le monde est d'accord devient rapidement trĂšs silencieuse. Et une province silencieuse est une province dont plus personne ne parle.
Je remarque également quelque chose qui me plaßt énormément en parcourant les événements de la journée. Sicilia ne repose jamais sur une seule personne. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Les gouvernants gouvernent, les bùtisseurs bùtissent, les commerçants commercent, les aventuriers se jettent dans les ennuis avec une régularité presque professionnelle et quelques araignées particuliÚrement cultivées prennent consciencieusement des notes depuis leur plafond. C'est probablement cette diversité qui donne à la province son caractÚre. On ne vient pas en Sicilia pour admirer des bùtiments. On y vient pour rencontrer les gens qui leur donnent une histoire.
Voilà pourquoi je continuerai toujours à défendre cette terre avec une objectivité absolument irréprochable. Certains me reprocheront sans doute une légÚre préférence. Je leur répondrai qu'il est trÚs difficile de rester parfaitement neutre lorsque l'on vit entourée de personnages qui prennent autant de plaisir à écrire ensemble. AprÚs tout, une bonne chronique ne se nourrit pas uniquement de grands événements. Elle vit surtout grùce aux joueurs qui transforment une simple journée de jeu en une histoire que l'on aura encore envie de raconter demain. Et sur ce point, mes chers Siciliens, continuez exactement comme ça. Vous rendez mon travail délicieusement facile.
En refermant tous ces parchemins, je finis par remarquer un dĂ©tail que les principaux intĂ©ressĂ©s ne verront probablement jamais. Aujourd'hui, personne n'a rĂ©ellement parlĂ© de la mĂȘme chose. Octave rĂȘve dĂ©jĂ d'un avenir Ă©crit en lettres de feu. Jean-Luc dĂ©fend avec enthousiasme son idĂ©al bureaucratique. Ninoo transforme une candidature en scĂšne de théùtre malgrĂ© elle. Jay rappelle qu'il est parfois possible d'attirer davantage l'attention avec un pagne qu'avec un programme politique complet. Pendant ce temps, Dusk, Aurora, Martina et bien d'autres continuent simplement Ă faire vivre leurs provinces sans se demander si quelqu'un Ă©crira un jour leur nom dans les livres. Et pourtant, c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui me fascine. Le Cybermonde ne tient pas grĂące Ă ses frontiĂšres. Il tient grĂące aux personnages qui refusent obstinĂ©ment de laisser une journĂ©e devenir ordinaire.
Je terminerai donc cette édition par une invitation parfaitement désintéressée. Si vous estimez que j'ai oublié un exploit, minimisé votre génie ou accordé beaucoup trop d'importance à votre voisin, les portes de Radio Nécrotoile vous sont grandes ouvertes. Venez protester, venez témoigner, venez défendre votre honneur ou tenter de corriger ma version des faits. Je vous écouterai avec la plus grande attention avant d'expliquer trÚs calmement pourquoi j'avais probablement raison depuis le début.
D'ici là , continuez à gouverner, à bùtir, à comploter, à aimer, à vous quereller et surtout à écrire. Vous fournissez les histoires. Je me contente de tendre la vieille radio vers le Cybermonde et de laisser les ondes transporter ce joyeux chaos jusque dans les tavernes de l'Empire.
Bonne nuit Ă tous... et souvenez-vous d'une chose. Les hĂ©ros Ă©crivent parfois l'Histoire. Les chroniqueurs, eux, choisissent trĂšs souvent la maniĂšre dont on s'en souviendra. đ·ïž
___
Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
modifié 25/07 (02:04)

18 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir aux habitants du Cybermonde, aux souverains qui découvrent chaque samedi que leurs plus grandes décisions tiennent finalement dans une colonne de registre, aux révolutionnaires qui appellent cela un soulÚvement quand il s'agit surtout d'une trÚs mauvaise journée, aux diplomates qui distribuent des ultimatums avec le sourire et aux lecteurs qui espÚrent secrÚtement que je me sois davantage moquée de leur voisin que d'eux.
Ici Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste parfaitement impartiale puisque je trouve des raisons de lever un sourcil devant absolument tout le monde. Je vous parle depuis ma salle de radio oĂč le velours sombre Ă©touffe les Ă©chos, oĂč les chandelles dessinent des ombres sur les vieux crĂąnes empilĂ©s autour de mon trĂŽne et oĂč mes yeux bleus brillent suffisamment pour faire croire que je connais dĂ©jĂ les catastrophes de la semaine prochaine.
Comme chaque samedi, nous allons refermer le registre de ces derniers jours. Pas pour distribuer des bons points. Le Cybermonde s'en charge trÚs mal tout seul. Nous allons simplement regarder ce qui s'est passé, qui a gagné, qui a perdu, qui a changé de camp, qui a changé de chaise et qui a surtout réussi à transformer une journée parfaitement normale en anecdote que les tavernes raconteront encore dans plusieurs semaines.
S'il fallait résumer cette semaine en une seule phrase, je dirais que tout le monde semblait persuadé de défendre la stabilité... en provoquant exactement l'effet inverse. Entre les crises politiques, les changements de pouvoir, les arrestations, les attentats, les mouvements indépendantistes et les ambitions démesurées, le Cybermonde a une nouvelle fois prouvé qu'il était capable de fabriquer davantage d'actualité en sept jours que certains continents en plusieurs décennies. Il faut reconnaßtre un talent collectif. Quand une semaine commence par une nomination et se termine par une révolution, personne ne peut accuser les habitants de manquer d'imagination.
La RĂ©publik de Kraland a probablement remportĂ© le prix de l'agitation institutionnelle. Le ValĂ©gro est devenu le théùtre d'une crise oĂč chacun prĂ©tend dĂ©fendre la paix avec une Ă©nergie qui ressemble furieusement Ă une dĂ©claration de guerre. Entre les discours appelant au calme, les accusations croisĂ©es, les manifestations, les rĂ©bellions locales et les dĂ©bats sur l'avenir de la province, il devenait parfois difficile de savoir qui gouvernait encore rĂ©ellement la situation. Les gouvernements aiment rĂ©pĂ©ter que tout est sous contrĂŽle. Les habitants, eux, regardent surtout si leur maison appartient toujours au mĂȘme pays qu'au rĂ©veil.
Pendant ce temps, le GĂ©ofront n'a cessĂ© de faire entendre une voix de plus en plus difficile Ă ignorer. Les appels Ă davantage d'autonomie, voire Ă une vĂ©ritable indĂ©pendance, se sont multipliĂ©s tout au long de la semaine. Ce qui n'Ă©tait peut-ĂȘtre qu'un mĂ©contentement il y a encore quelques jours ressemble dĂ©sormais Ă une revendication politique assumĂ©e. Les monarchies dĂ©testent gĂ©nĂ©ralement ce moment trĂšs prĂ©cis oĂč leurs provinces cessent de demander des rĂ©formes pour commencer Ă demander une porte de sortie. C'est rarement bon signe pour la tranquillitĂ© des palais.
Et pendant que certaines nations cherchaient Ă empĂȘcher leurs provinces de partir, d'autres se demandaient simplement qui porterait la couronne. La RuthvĂ©nie a poursuivi sa dĂ©sormais cĂ©lĂšbre Course au TrĂŽne Maudit, transformant la succession royale en compĂ©tition dĂ©moniaque parfaitement assumĂ©e. Il faut reconnaĂźtre Ă ce Royaume une qualitĂ© devenue rare. Lorsqu'il dĂ©cide d'organiser une crise politique, il le fait avec suffisamment de panache pour que mĂȘme les dĂ©mons acceptent de participer. Peu de monarchies peuvent prĂ©tendre gĂ©rer leur avenir comme une Ă©preuve sportive arbitrĂ©e par les enfers. C'est absurde. C'est théùtral. C'est trĂšs ruthvĂšne.
Si une nation a particuliĂšrement occupĂ© les conversations cette semaine, c'est bien la Mystisie. L'arrivĂ©e de Octave Sombrefer Ă la tĂȘte du Sultanat n'a laissĂ© Ă personne le temps de s'installer confortablement. Les nominations se sont enchaĂźnĂ©es, les institutions ont retrouvĂ© un rythme soutenu et les premiers grands projets ont Ă©tĂ© annoncĂ©s avec cette dĂ©licatesse toute personnelle qui consiste Ă parler de conquĂ©rir le Cybermonde avant mĂȘme d'avoir terminĂ© de dĂ©placer les meubles dans son palais.
Je dois reconnaßtre une qualité à Octave. Il ne promet jamais de petites choses. Certains gouverneurs annoncent une nouvelle route ou un marché couvert. Lui évoque des fouilles archéologiques, une future Légion démoniaque, la domination du désert et un avenir que l'Histoire retiendra forcément. On peut sourire devant une telle confiance mais il faut lui accorder un mérite incontestable. Il donne immédiatement envie de voir s'il ira réellement jusqu'au bout de ses ambitions. Les grands personnages ne sont pas forcément ceux qui réussissent. Ce sont souvent ceux qui donnent envie de suivre leur parcours.
Naturellement, une semaine mystisienne ne pouvait pas se limiter à des nominations. Une alerte à la bombe est venue rappeler que le désert possÚde toujours ce goût trÚs particulier pour les démonstrations spectaculaires. Le plus étonnant n'était pourtant pas l'évacuation de l'hÎtel mais le message qui l'accompagnait. AprÚs avoir rappelé avec beaucoup d'application que le Sultan avait toujours raison, son auteur jugea utile de recommander aux voyageurs d'aller déjeuner chez un établissement concurrent. Voilà une conception du terrorisme que je découvre avec curiosité. Certains utilisent la peur pour faire avancer une idéologie. D'autres semblent surtout vouloir améliorer la fréquentation d'un restaurant.
La semaine a Ă©galement offert l'une de ces scĂšnes dont seul le Cybermonde possĂšde le secret. Silas des Sables s'est volontairement prĂ©sentĂ© devant la justice, est entrĂ© en prison puis en est ressorti quelques instants plus tard aprĂšs avoir purgĂ© sa peine. Je n'ai pas chronomĂ©trĂ© la scĂšne mais je suis raisonnablement certaine que certains clients mettent davantage de temps Ă choisir leur repas dans une taverne. Si cette efficacitĂ© devient la nouvelle norme, les prisons mystisiennes finiront peut-ĂȘtre par proposer un service express avec boisson offerte aprĂšs la troisiĂšme incarcĂ©ration.
Pendant que la Mystisie rĂ©organisait son avenir, les autres nations observaient cette agitation avec un mĂ©lange d'inquiĂ©tude, de curiositĂ© et de scepticisme. Certains y voient dĂ©jĂ le retour d'un grand Sultanat. D'autres attendent patiemment le premier faux pas avant de proclamer que tout cela Ă©tait Ă©crit d'avance. Pour ma part, je me contenterai d'une observation beaucoup plus simple. Une province qui fait autant parler d'elle quelques jours seulement aprĂšs un changement de pouvoir accomplit dĂ©jĂ une chose essentielle. Elle donne envie au reste du Cybermonde de regarder dans sa direction. Et dans un monde oĂč chacun cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă devenir le centre de la carte, c'est parfois une victoire presque aussi importante qu'une bataille remportĂ©e.
Pendant que les regards restaient tournés vers la Mystisie, une autre réalité s'installait discrÚtement un peu partout dans le Cybermonde. Les grandes déclarations attirent toujours les chroniqueurs mais les provinces continuent de vivre grùce à des gens beaucoup moins bruyants. Cette semaine encore, des bùtiments sont sortis de terre, des commerces ont ouvert, des infrastructures ont été améliorées et plusieurs dirigeants ont préféré investir dans la pierre plutÎt que dans les discours. C'est moins spectaculaire qu'une révolution mais infiniment plus difficile à démolir.
En Sicilia, cette philosophie semble toujours aussi bien ancrĂ©e. Les chantiers se sont succĂ©dĂ© avec une rĂ©gularitĂ© presque mĂ©canique et plusieurs habitants ont continuĂ© Ă renforcer la province sans Ă©prouver le besoin de transformer chaque coup de marteau en communiquĂ© officiel. C'est probablement ce que j'apprĂ©cie le plus chez les Siciliens. Ils parlent, bien sĂ»r. Ils aiment mĂȘme Ă©normĂ©ment parler. Mais ils prennent gĂ©nĂ©ralement la peine de construire quelque chose entre deux conversations.
Impossible d'Ă©voquer cette semaine sans citer Dusk et Aurora. Ces deux-lĂ ont une maniĂšre trĂšs particuliĂšre d'exister dans les registres. On pourrait croire qu'ils restent en retrait tant ils Ă©vitent les grands effets de manche. Puis on relit tranquillement les Ă©vĂ©nements de la semaine et leurs noms apparaissent encore et encore. Un chantier. Une amĂ©lioration. Une dĂ©cision. Une prĂ©sence. Ils donnent parfois l'impression d'ĂȘtre les fourmis de Sicilia. On ne les remarque pas toujours immĂ©diatement mais si elles s'arrĂȘtaient une seule semaine, tout le monde finirait par s'en rendre compte.
Martina Dei Machiavelli a choisi une approche beaucoup moins discrĂšte. FidĂšle Ă elle-mĂȘme, elle a pris position sans laisser beaucoup de place au doute. Qu'on partage ses idĂ©es ou qu'on les combatte, il faut reconnaĂźtre une qualitĂ© devenue presque exotique dans le Cybermonde. Lorsqu'elle parle, chacun comprend immĂ©diatement ce qu'elle pense. Dans une Ă©poque oĂč certains changeraient volontiers de doctrine entre le petit-dĂ©jeuner et le dĂźner si cela pouvait leur rapporter une voix supplĂ©mentaire, cette constance mĂ©rite au moins un signe de respect... ou une solide migraine pour ses adversaires.
Cette semaine m'a surtout rappelĂ© une chose. Les provinces ne vivent pas grĂące Ă leurs gouverneurs. Elles vivent grĂące aux dizaines de joueurs qui prennent le temps d'Ă©crire une scĂšne, de construire un bĂątiment, de rĂ©pondre Ă un voisin ou simplement de faire exister leur personnage pendant quelques minutes. Les dirigeants changent. Les frontiĂšres bougent. Les lois sont réécrites. Mais ce sont toujours ces petites interactions qui donnent envie d'ouvrir les registres le lendemain matin. Une province parfaitement administrĂ©e mais silencieuse finit par s'oublier. Une province pleine de personnages qui se rĂ©pondent devient rapidement un endroit oĂč l'on a envie de revenir.
C'est d'ailleurs probablement la plus belle victoire de cette semaine. Malgré les tensions, les rivalités et les ambitions parfois démesurées, le Cybermonde continue de produire ce qui le rend vivant depuis tant d'années. Des histoires. Et tant qu'il y aura des histoires à raconter, je continuerai à remplir mes registres avec un plaisir parfaitement... impartial. Ou presque.
Toutes les semaines n'appartiennent pas uniquement aux souverains. Heureusement. Les meilleurs souvenirs naissent souvent d'un détail complÚtement absurde que personne n'avait vu venir. Et cette semaine, le Cybermonde a encore prouvé qu'il excellait dans cette discipline.
Ainsi, pendant que certains dirigeants annonçaient de grandes rĂ©formes, d'autres se lançaient dans des campagnes Ă©lectorales beaucoup plus... crĂ©atives. Une candidate rĂ©ussit Ă prĂ©senter son programme avant de retrouver le nom exact de la fonction qu'elle convoitait. Un autre citoyen expliqua avec le plus grand sĂ©rieux que sa naturalisation avait fait de lui un homme meilleur, plus productif et presque miraculeusement dĂ©barrassĂ© de tous ses dĂ©fauts. Si les administrations commencent rĂ©ellement Ă produire ce genre d'effets, je suggĂšre d'analyser immĂ©diatement leur encre. Elle vaut peut-ĂȘtre davantage que toutes les dĂ©couvertes des alchimistes rĂ©unis.
Le Cybermonde nous a Ă©galement offert plusieurs scĂšnes qui n'avaient aucune importance stratĂ©gique mais qui rĂ©sument parfaitement son charme. Des discussions de taverne qui dĂ©gĂ©nĂšrent en dĂ©bat philosophique, des inconnus qui deviennent les vedettes d'une soirĂ©e simplement parce qu'ils ont choisi le mauvais moment pour ouvrir la bouche, des aventuriers qui se prĂ©sentent dans une tenue laissant trĂšs peu de place Ă l'imagination et beaucoup trop Ă l'air frais. Il existe des semaines oĂč l'Histoire s'Ă©crit avec de grandes batailles. Celle-ci s'est parfois Ă©crite avec un pagne, quelques verres de biĂšre et un sens trĂšs discutable du timing.
Je remarque d'ailleurs un phĂ©nomĂšne qui revient rĂ©guliĂšrement. Plus les enjeux politiques deviennent sĂ©rieux, plus les joueurs semblent Ă©prouver le besoin de produire des scĂšnes complĂštement dĂ©calĂ©es. Comme si le Cybermonde refusait obstinĂ©ment de se prendre au sĂ©rieux trop longtemps. Une rĂ©volution est aussitĂŽt suivie d'une plaisanterie. Une nomination laisse la place Ă une scĂšne de comĂ©die. Une menace de guerre est interrompue par une conversation parfaitement absurde dans une auberge. Finalement, c'est peut-ĂȘtre cela qui maintient encore ce vieux monde debout. Non pas les armĂ©es, ni les palais, mais cette Ă©trange capacitĂ© qu'ont ses habitants Ă transformer les journĂ©es les plus tendues en histoires que tout le monde racontera en riant quelques jours plus tard.
Je vais donc refermer ce registre avec une pensĂ©e pour tous ceux dont je n'ai pas citĂ© le nom aujourd'hui. Si vous n'apparaissez pas dans cette revue, ce n'est pas forcĂ©ment parce que vous avez Ă©tĂ© oubliĂ©s. C'est peut-ĂȘtre simplement parce que votre plus belle scĂšne reste encore Ă Ă©crire. Et si c'est le cas, sachez que ma vieille radio continuera de grĂ©siller chaque samedi. Je serai lĂ , perchĂ©e sur mon trĂŽne, les yeux rivĂ©s sur les registres, prĂȘte Ă distribuer des compliments aussi rares que sincĂšres, des piques aussi Ă©lĂ©gantes que venimeuses et quelques humiliations parfaitement mĂ©ritĂ©es.
Car aprĂšs tout, les royaumes passent, les gouvernements changent, les frontiĂšres se dĂ©placent... mais les bons personnages, eux, finissent toujours par trouver une place dans les chroniques. Et tant que vous continuerez Ă faire vivre ce Cybermonde, je continuerai Ă remplir ce grand registre des gloires, des maladresses et des folies ordinaires avec le mĂȘme plaisir coupable.
Ă samedi prochain... si le monde tient encore jusque-lĂ . Et vu votre semaine, je prĂ©fĂšre ne faire aucun pari. đ·ïž
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Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
modifié 25/07 (02:33)

19 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir à vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux souverains convaincus d'écrire l'Histoire, aux opposants persuadés de la corriger et aux fonctionnaires qui passent leur temps à tamponner les conséquences des deux premiers. Installez-vous confortablement. Ce soir, les nouvelles sentent autant la poudre que le béton frais.
Il existe des journĂ©es oĂč plusieurs nations donnent l'impression de courir dans des directions diffĂ©rentes. Puis il existe des journĂ©es comme celle-ci, oĂč tout le monde semble avoir reçu le mĂȘme ordre sans jamais s'ĂȘtre concertĂ©. Construisez. RĂ©organisez. Gouvernez. Et si possible, faites-le avec suffisamment de panache pour que vos voisins soient obligĂ©s d'en parler. Ă croire que le Cybermonde s'est rĂ©veillĂ© avec une soudaine envie de laisser une trace dans les archives.
Le meilleur exemple nous vient sans doute du ValĂ©gro oĂč
Jean-Luc Selriche semble avoir regardĂ© un simple plan d'urbanisme avant de conclure qu'il manquait seulement... une douzaine d'H.L.M. Son projet de Fort Emouchet en Grand n'est pas prĂ©sentĂ© comme un chantier mais comme une vĂ©ritable croisade contre la pauvretĂ©. Les tentes disparaissent, les terrains sont rĂ©quisitionnĂ©s, les premiers travaux commencent et l'on promet dĂ©jĂ une ville dans la ville destinĂ©e Ă accueillir travailleurs, mineurs, familles et tous ceux qui rĂȘvaient d'un toit sans forcĂ©ment avoir les moyens de s'en offrir un. On pourra discuter longtemps des mĂ©thodes employĂ©es. Exproprier un hĂŽtel sans demander l'avis de son propriĂ©taire reste une approche administrative relativement audacieuse. Mais il faut reconnaĂźtre une chose. Lorsqu'un Kralandais dĂ©cide de faire de l'urbanisme, il ne commence jamais par dessiner un rond-point. Il annonce directement qu'il va remodeler la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre.
Cette agitation immobiliÚre n'a évidemment pas laissé les autres responsables indifférents.
Kenza applaudit le projet avec un enthousiasme qui ferait presque oublier que la moitié de la ville est occupée à gérer des rebelles, des rumeurs et des lapins beaucoup trop nombreux.
PierreJean, lui, remercie publiquement son bourgmestre pour son efficacité tout en lui glissant quelques récompenses bien méritées. Voilà probablement ce que j'apprécie le plus chez les Kralandais. Ils peuvent se lancer dans les débats idéologiques les plus interminables du Cybermonde mais lorsqu'il s'agit de construire quelque chose, ils deviennent soudainement d'un pragmatisme presque inquiétant. Ils discutent énormément... mais entre deux discours, les briques continuent malgré tout de s'empiler.
La véritable vedette de cette province n'était pourtant ni un ministre ni un bourgmestre. Elle possédait de longues oreilles et un sens trÚs personnel de la justice.
Sir McRabbit nous a offert ce qui restera probablement comme l'une des plus belles performances administratives de la journĂ©e. AprĂšs avoir distribuĂ© plusieurs amendes avec le sĂ©rieux d'un magistrat exemplaire, le voilĂ qui dĂ©cide... de se verbaliser lui-mĂȘme. Motif de l'infraction. Il l'ignore complĂštement. Mais puisqu'il est persuadĂ© d'avoir forcĂ©ment commis une faute quelque part, autant payer immĂ©diatement et prĂ©senter ses excuses Ă la population. Quelques minutes plus tard, il revient expliquer que les papiers se sont envolĂ©s et que l'amende Ă©tait finalement destinĂ©e Ă sa propre personne. J'ignore si cette mĂ©thode amĂ©liorera durablement la confiance envers la justice kralandaise mais elle prĂ©sente un avantage indĂ©niable. Les accusations de favoritisme deviennent beaucoup plus difficiles lorsque le juge commence par se condamner lui-mĂȘme.
VoilĂ qui nous rappelle une vĂ©ritĂ© presque universelle. Certains gouvernements rĂȘvent de conquĂ©rir le monde. D'autres cherchent Ă rĂ©former la sociĂ©tĂ©. Et puis il existe le ValĂ©gro, oĂč l'on construit des H.L.M., oĂč les juges verbalisent leur propre personne et oĂč les lapins semblent participer Ă la politique locale avec davantage d'assiduitĂ© que certains Ă©lecteurs. HonnĂȘtement... je ne changerais cette province pour aucune autre. Elle me fournit beaucoup trop de travail, et j'aime profondĂ©ment cela.
Mais pendant que le Valégro redessine son paysage à coups de marteau et de formulaires administratifs, le Khanat Elmérien a choisi une approche beaucoup plus... festive. Enfin, le mot *festif* mérite sans doute quelques précisions lorsqu'il est employé par des tribus capables de transformer une cérémonie officielle en expérience anthropologique.
Cette semaine,
Silas des Sables a lancĂ© une invitation. Le programme annonçait des discours, quelques rĂ©jouissances populaires, un lancer d'urnes dans la mer, des brochettes, une salade tomate-pĂ©trole et, pour conclure, un grand feu destinĂ© Ă brĂ»ler ce qui restait des urnes Ă©lectorales. J'avoue Ă©prouver une certaine admiration devant une imagination capable d'inventer une fĂȘte oĂč la gastronomie, les traditions et la destruction mĂ©thodique des instruments dĂ©mocratiques cohabitent dans une harmonie presque parfaite.
L'actualité du Khanat, alors que certains réfléchissaient encore au nom du prochain dirigeant,
Light Deathnote dĂ©couvrait avec une spontanĂ©itĂ© dĂ©sarmante que le poste de Grand Khan venait tout simplement de se libĂ©rer. Son Ă©tonnement avait quelque chose de rafraĂźchissant. On imagine volontiers les grandes manĆuvres politiques, les tractations secrĂštes et les alliances complexes. Lui regarde la situation avec une simplicitĂ© presque enfantine et s'exclame qu'il aurait peut-ĂȘtre fallu prĂ©venir les intĂ©ressĂ©s. VoilĂ une remarque qui aurait probablement gagnĂ© Ă ĂȘtre formulĂ©e avant plusieurs crises de succession cĂ©lĂšbres.
Comme si cela ne suffisait pas, la soirĂ©e s'est terminĂ©e par un hommage particuliĂšrement chaleureux rendu Ă
Tifa LockHeart.
Sakura Tiwanaku a salué son travail avant d'accueillir avec un enthousiasme débordant... le futur Grand Khan Pigeon RonRon. Je dois reconnaßtre que le Cybermonde conserve une qualité que beaucoup de royaumes ont perdue depuis longtemps. Il est encore capable de prononcer avec le plus grand sérieux des phrases qui paraissent totalement absurdes lorsqu'on les retire de leur contexte. Et c'est précisément pour cela que je continue à tenir cette émission. Aucun romancier n'oserait inventer un chef tribal nommé Pigeon RonRon. Eux, le font avec un naturel absolument désarmant.
Pendant ce temps, un peu plus au nord, le Paradigme Vert dĂ©montrait une fois encore que les Ă©cologistes savent eux aussi rĂ©gler leurs diffĂ©rends avec une remarquable Ă©lĂ©gance. Pas de duel sanglant. Pas de siĂšge interminable. Une gigantesque bataille... de tartes Ă la crĂšme. J'ignore si cette mĂ©thode permet rĂ©ellement de rĂ©soudre les conflits mais elle prĂ©sente un avantage indĂ©niable. Les historiens auront beaucoup de mal Ă dĂ©terminer quel camp Ă©tait couvert de gloire et lequel Ă©tait simplement couvert de chantilly. AprĂšs rĂ©flexion, c'est peut-ĂȘtre la guerre la plus civilisĂ©e que le Cybermonde ait connue depuis bien longtemps.
Le Cybermonde ne s'arrĂȘte jamais vraiment. Les palais changent de propriĂ©taires. Les gouvernements changent de ministres. Les rĂ©volutions changent de slogans. Les hĂ©ros changent de camp. Les traĂźtres deviennent parfois des patriotes et les patriotes des traĂźtres selon le registre que l'on consulte.
Une seule chose ne change jamais. Vous. Vous continuez Ă Ă©crire. Ă bĂątir des villes qui n'existaient pas la veille.Et finalement, c'est probablement cela qui mĂ©rite le plus d'ĂȘtre racontĂ©. Les bĂątiments finiront par disparaĂźtre. Les frontiĂšres seront redessinĂ©es. Les titres changeront de propriĂ©taire. Mais les bonnes histoires... elles restent.
Alors continuez Ă gouverner. Continuez Ă comploter. Continuez Ă dĂ©clarer des guerres beaucoup trop ambitieuses, Ă organiser des fĂȘtes parfaitement incomprĂ©hensibles, Ă construire des quartiers entiers, Ă dĂ©battre pendant des heures, Ă tomber en prison pendant deux minutes ou Ă vous prĂ©senter Ă des Ă©lections dont vous oubliez le nom. Vous faites vivre le cybermonde. Et rĂ©veillez moi Octave, ce Sultan en carton donc je dois faire un hĂ©ros.
Les personnes qui estiment que cette émission déforme les faits peuvent naturellement venir le dire en direct. Les personnes qui pensent que j'ai oublié un exploit sont chaleureusement invitées à me le rappeler. Et celles qui souhaitent simplement protester pourront patienter dans le hall. J'ai une toile à terminer.
Ici Kleo, votre chroniqueuse parfaitement impartiale. đ·ïž
___
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Nous vous formerons. -
modifié 25/07 (02:06)

20 Juillet 6662026
SpoilerLes Chroniques des Urnes qui Fument Encore
Bonsoir, habitants du vieux continent. Bonsoir aux souverains qui jurent gouverner avec sagesse, aux révolutionnaires qui promettent un avenir radieux tout en mettant le feu aux meubles et aux fonctionnaires qui découvrent chaque matin qu'ils exercent probablement le métier le plus dangereux de la politique. Je suis Kleo et, comme chaque soir, je vais tenter de mettre un peu d'ordre dans une journée qui s'est visiblement donné pour mission de prouver que les registres historiques sont inflammables.
Je voudrais d'ailleurs commencer en Mystisie, car il est devenu difficile d'ignorer une province oĂč les Ă©lections ressemblent davantage Ă un concours de pyromanie qu'Ă une dĂ©monstration de civisme. Les habitants de Lampe du GĂ©nie essayaient tranquillement de choisir leur futur bourgmestre lorsqu'une idĂ©e absolument brillante traversa plusieurs esprits. Si les bulletins ne donnent pas le rĂ©sultat espĂ©rĂ©, pourquoi ne pas simplement brĂ»ler le bureau de vote ? Les flammes se sont donc invitĂ©es Ă plusieurs reprises dans le scrutin, rĂ©duisant une partie des bulletins en cendres pendant que la police courait d'un incendie Ă l'autre avec une Ă©nergie qui mĂ©rite probablement une augmentation.
Au milieu de cette agitation, deux noms reviennent avec une insistance presque artistique.
Silice de Pont-Krivell et
Isariel se retrouvent accusĂ©s d'avoir voulu transformer une Ă©lection municipale en brasier public. La premiĂšre y laisse mĂȘme son poste de Ministre de la Guerre, preuve qu'il existe malgrĂ© tout une lĂ©gĂšre diffĂ©rence entre diriger une armĂ©e et incendier les urnes destinĂ©es Ă recueillir les suffrages de ses concitoyens. Je dois reconnaĂźtre Ă la Mystisie une qualitĂ© devenue rare. Lorsqu'elle traverse une crise politique, elle refuse obstinĂ©ment de choisir entre le drame et le théùtre. Elle prend les deux.
Ce qui me fascine pourtant n'est pas l'incendie lui-mĂȘme. Les empires connaissent tous des complots, des attentats et des tentatives de sabotage. Non. Ce qui mĂ©rite rĂ©ellement d'ĂȘtre observĂ©, c'est cette Ă©trange obstination humaine qui consiste Ă croire que quelques flammes suffiront Ă changer la volontĂ© d'une province entiĂšre. Les bulletins brĂ»lent. Les murs noircissent. Les policiers s'Ă©puisent. Mais dĂšs le lendemain, quelqu'un replace une table, apporte une nouvelle urne et l'Histoire reprend son travail comme si elle se moquait profondĂ©ment des allumettes.
Pendant que certains s'efforçaient de sauver les élections,
Don Amortel continuait, lui, sa campagne avec une persĂ©vĂ©rance presque touchante. Son meeting n'attira absolument personne. Pas un curieux, pas un contradicteur, pas mĂȘme un passant Ă©garĂ©. Quelques heures plus tard pourtant, les urnes lui accordaient finalement la victoire au terme d'un scrutin extraordinairement serrĂ© face Ă
Silas des Sables. Voilà une leçon que bien des ambitieux devraient méditer. Une place vide devant une estrade ne signifie pas forcément une défaite. Elle signifie parfois simplement que tout le monde préfÚre voter plutÎt qu'écouter les discours.
Je laisserai bien volontiers les principaux intéressés venir expliquer pourquoi une campagne électorale nécessite désormais autant d'eau que d'encre. Les portes de Radio Nécrotoile restent ouvertes. En revanche, je demanderai aux invités de laisser leurs torches à l'entrée. Nous avons déjà suffisamment de fumée ici.
Les royaumes ne changent jamais autant que lorsqu'ils prĂ©tendent ĂȘtre parfaitement stables
Mais avant de quitter les affaires de l'Empire Brun, je voudrais attirer votre attention sur une vieille habitude du Cybermonde. Les crises n'arrivent presque jamais seules. Elles attirent d'autres crises comme une chandelle attire les insectes. Ă peine les derniĂšres fumĂ©es des Ă©lections commençaient-elles Ă se dissiper que les regards se tournaient dĂ©jĂ vers la RuthvĂ©nie, oĂč la politique royale poursuit cette admirable tradition consistant Ă transformer chaque succession en tragĂ©die familiale jouĂ©e devant un public enthousiaste.
Le Royaume continue de chercher son Ă©quilibre entre fidĂ©litĂ©s anciennes, nouvelles ambitions et personnalitĂ©s qui semblent toutes convaincues d'ĂȘtre nĂ©es pour gouverner. Il faut reconnaĂźtre aux RuthvĂšnes un talent que peu d'autres nations possĂšdent encore. Ils ne se contentent jamais d'occuper une fonction. Ils l'incarnent. Un ministre devient immĂ©diatement un personnage. Un noble devient une lĂ©gende en devenir. Un prĂ©tendant au pouvoir parle dĂ©jĂ comme si les chroniqueurs lui avaient rĂ©servĂ© plusieurs chapitres. C'est excessif. C'est parfois ridicule. Mais il faut bien admettre qu'une monarchie sans dĂ©mesure ressemble vite Ă une administration avec davantage de dorures.
Je pense notamment Ă
Lord Golgoth Ruthven, qui continue de faire planer son ombre sur les dĂ©bats avec cette Ă©lĂ©gance trĂšs particuliĂšre des hommes qui donnent l'impression de jouer plusieurs parties d'Ă©checs pendant que leurs interlocuteurs cherchent encore oĂč sont rangĂ©es les piĂšces. Autour de lui gravitent des alliĂ©s, des rivaux et des observateurs qui interprĂštent chacun le moindre mouvement comme le prĂ©lude d'un bouleversement plus vaste. Les royaumes vivent souvent de symboles. La RuthvĂ©nie, elle, semble capable de transformer un simple dĂ©placement en Ă©vĂ©nement diplomatique.
Pendant ce temps, ailleurs sur le continent,
Bladimir Mutin poursuivait son activité favorite qui consiste à poser des questions avec une telle précision que chacun finit par croire qu'il en connaßt déjà les réponses. Voilà un personnage qui me fascine depuis longtemps. Il n'a pas besoin d'élever la voix. Il lui suffit d'une remarque bien placée pour voir les certitudes de son interlocuteur commencer à vaciller. Certains combattent avec des épées. D'autres avec des discours. Lui préfÚre manifestement les silences embarrassés qui suivent une question trop pertinente.
Je remarque d'ailleurs un phĂ©nomĂšne qui revient semaine aprĂšs semaine. Les vĂ©ritables batailles ne sont pas toujours celles que racontent les rapports militaires. Elles se jouent aussi dans les salles du pouvoir, autour d'une table, entre deux signatures ou dans une conversation dont personne ne soupçonne encore les consĂ©quences. Les armĂ©es dĂ©placent les frontiĂšres. Les mots, eux, dĂ©placent les empires. Les habitants aiment applaudir les victoires visibles. Les chroniqueurs savent que les plus dangereuses commencent souvent dans un bureau oĂč personne ne pense encore Ă regarder.
C'est probablement ce qui rend cette semaine si intĂ©ressante. Ă premiĂšre vue, elle ressemble Ă une succession d'affaires sans rapport. Pourtant, en prenant un peu de recul, on aperçoit un mĂȘme fil qui traverse tout le continent. Partout, des dirigeants consolident leur pouvoir. Partout, d'autres cherchent Ă le contester. Et partout, les habitants continuent leur existence en observant ces grandes manĆuvres avec cette sagesse populaire qui consiste Ă se demander une seule chose. Qui sera encore debout demain matin ? Les couronnes passent. Les registres, eux, gardent la mĂ©moire de ceux qui ont cru qu'elles Ă©taient Ă©ternelles.Quand les institutions dĂ©cident de se compliquer elles-mĂȘmes l'existence
Mais pendant que la Mystisie comptait ses bulletins rescapés et que la Ruthvénie continuait à entretenir avec passion son goût des intrigues de palais, la Républik de Kraland rappelait qu'elle restait la seule nation capable de transformer la bureaucratie en véritable discipline artistique.
Je voudrais d'ailleurs saluer
Jean-Luc Selriche. Il existe des hommes qui rĂȘvent d'entrer dans les livres d'Histoire grĂące Ă une victoire militaire. Lui semble persuadĂ© qu'un bon plan d'urbanisme laissera une empreinte bien plus durable. Ă Fort Ămouchet, il poursuit inlassablement son projet de transformation de la ville avec cette foi presque religieuse que seuls possĂšdent les bĂątisseurs et les fonctionnaires convaincus que le bonheur commence toujours par un formulaire correctement rempli. On pourra sourire de son enthousiasme mais il faut reconnaĂźtre que certains prĂ©fĂšrent promettre un avenir meilleur tandis que lui s'obstine Ă essayer de le construire pierre aprĂšs pierre.
Ă quelques rues de lĂ ,
Sir McRabbit continue d'exercer la justice avec une méthode qui lui appartient entiÚrement. J'ignore encore comment ce lapin parvient à rendre les procédures administratives aussi théùtrales mais je commence à soupçonner qu'il y prend un plaisir sincÚre. Chaque intervention donne l'impression qu'un tribunal entier s'est installé au milieu d'une place publique simplement pour rappeler aux habitants que la loi existe... et qu'elle possÚde parfois un sens de l'humour beaucoup plus développé que ceux qui l'appliquent.
Je remarque d'ailleurs que cette semaine a offert une opposition presque parfaite entre deux façons de gouverner. D'un cÎté, des dirigeants cherchent à imposer leur volonté par le fracas des explosions, des arrestations ou des grandes proclamations. De l'autre, des administrateurs déplacent des frontiÚres invisibles avec des signatures, des permis de construire et des décisions municipales. Les premiers attirent immédiatement les regards. Les seconds changent pourtant bien souvent le visage d'une province pour plusieurs années. Les chroniqueurs aiment raconter les batailles. Les archives, elles, finissent presque toujours par donner raison aux maçons.
Pendant ce temps,
Sophos poursuivait son propre chemin avec cette discrĂ©tion qui caractĂ©rise souvent les personnages les plus intĂ©ressants. Il n'est pas de ceux qui occupent chaque conversation. Il prĂ©fĂšre apparaĂźtre au bon moment, intervenir lorsque la situation l'exige puis laisser les autres commenter ses dĂ©cisions. Cette maniĂšre d'exister est devenue Ă©tonnamment rare dans un continent oĂč chacun semble persuadĂ© qu'il faut parler plus fort que son voisin pour ĂȘtre entendu. Il est parfois utile de rappeler que le silence peut lui aussi devenir une forme d'autoritĂ©.
En refermant cette partie des registres, une Ă©vidence s'impose. Les nations passent leur temps Ă proclamer qu'elles dĂ©fendent des idĂ©aux grandioses. Pourtant, lorsqu'on retire les drapeaux, les discours et les uniformes, on retrouve toujours les mĂȘmes choses. Des femmes et des hommes qui tentent de convaincre leurs voisins qu'ils ont choisi la bonne direction. Certains y parviennent avec Ă©loquence. D'autres avec des flammes. Quelques-uns avec une truelle. Et il arrive mĂȘme qu'un lapin en robe de magistrat rĂ©ussisse Ă ĂȘtre le personnage le plus crĂ©dible de toute cette agitation. C'est sans doute cela, finalement, le vĂ©ritable miracle du Cybermonde.Les petites affaires qui racontent souvent les plus grandes vĂ©ritĂ©s
Il existe une erreur que commettent réguliÚrement les jeunes chroniqueurs. Ils croient que l'Histoire appartient uniquement aux souverains. C'est faux. Les souverains décident parfois de l'avenir des nations mais ce sont les habitants qui donnent une ùme aux provinces. Cette journée en est encore une preuve éclatante.
Je pense notamment Ă
ZĂžra, dont les interventions ont rappelĂ© qu'une simple prĂ©sence peut parfois provoquer davantage de rĂ©actions qu'un long discours ministĂ©riel. Certains personnages possĂšdent ce talent Ă©trange de modifier l'atmosphĂšre d'une piĂšce avant mĂȘme d'avoir terminĂ© leur premiĂšre phrase. Ils deviennent des points de repĂšre autour desquels les conversations s'organisent naturellement. Ce n'est pas un titre que l'on reçoit. C'est une place que les autres finissent par vous accorder presque malgrĂ© eux.
Je pourrais également évoquer
Octave Sombrefer, qui semble avoir dĂ©finitivement adoptĂ© cette façon bien Ă lui de traverser chaque journĂ©e comme si le destin du continent dĂ©pendait directement de son prochain rendez-vous. Il faut reconnaĂźtre une qualitĂ© Ă cet homme. Il ne sait manifestement pas faire les choses Ă moitiĂ©. Lorsqu'il prend une dĂ©cision, elle est immense. Lorsqu'il prononce une promesse, elle concerne rarement la semaine prochaine. Elle vise plutĂŽt les siĂšcles Ă venir. Les ambitieux ordinaires rĂȘvent d'obtenir un poste. Les vĂ©ritables ambitieux rĂȘvent dĂ©jĂ de la maniĂšre dont les historiens raconteront leur rĂšgne. Et c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui les rend si intĂ©ressants Ă observer. Citation de sa future bibliographie : « Octave, le maĂźtre soporifique, capable d'endormir toute une province, partout oĂč il passe !
»
Pendant ce temps,
Silas des Sables poursuivait son travail avec cette Ă©nergie tranquille qui le caractĂ©rise depuis plusieurs jours. Il traverse les affaires politiques, les procĂ©dures judiciaires et les campagnes Ă©lectorales avec l'impression d'ĂȘtre partout sans jamais chercher Ă voler la lumiĂšre. Ce sont souvent ces personnages-lĂ qui maintiennent une province debout lorsque les plus grands orateurs sont dĂ©jĂ rentrĂ©s chez eux. Les chroniqueurs parlent volontiers des hĂ©ros. Les administrations, elles, savent trĂšs bien Ă qui elles doivent rĂ©ellement leur stabilitĂ©.
Je remarque d'ailleurs que cette journée possÚde un point commun avec beaucoup d'autres. Les habitants passent leur temps à annoncer qu'ils défendent la justice, la démocratie, la tradition, la liberté ou l'ordre. Puis ils se retrouvent quelques heures plus tard à négocier, improviser, contourner les difficultés ou réparer les conséquences de leurs propres décisions. Voilà pourquoi je continue à aimer ce vieux continent. Il est profondément humain. DerriÚre chaque uniforme se cache quelqu'un qui improvise un peu plus qu'il ne l'admettra publiquement.
Le Cybermonde possÚde décidément une qualité admirable. Il refuse obstinément de laisser les chroniqueurs prendre de l'avance sur lui.
Je vais donc refermer ce registre pour ce soir. Les personnes qui estiment avoir été injustement épargnées peuvent naturellement venir me le reprocher. Les autres peuvent continuer à écrire l'Histoire avec cette application qui fait mon bonheur depuis tant d'années.
AprÚs tout, je ne fabrique aucune légende.
Je me contente de tendre une vieille radio vers le monde... et d'Ă©couter trĂšs attentivement le bruit que vous faites. đ·ïž
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modifié 25/07 (02:06)

21 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir à vous, habitants du Cybermonde. Bonsoir aux gouverneurs qui jurent n'agir que pour le bien commun, aux révolutionnaires qui promettent la liberté à condition qu'elle pense comme eux et aux fonctionnaires qui passent davantage de temps à réparer les conséquences des discours qu'à rédiger les leurs. Installez-vous. Ce soir, plusieurs nations ont tenté de convaincre leurs habitants qu'elles maßtrisaient parfaitement la situation. Les registres, eux, racontent une histoire sensiblement différente.
Je voudrais commencer par la Républik de Kraland, car il est rare de voir une province transformer un chantier immobilier en véritable aventure politique. Depuis plusieurs jours,
Jean-Luc Selriche poursuit son immense projet de logements sociaux à Fort Emouchet. Les bùtiments poussent, les salaires augmentent, les conventions collectives se signent et les discours se succÚdent avec cette conviction presque religieuse que le bonheur universel commence toujours par une bonne couche de mortier. Il faut reconnaßtre à cet homme une qualité devenue exceptionnelle. Lorsqu'il promet de construire une ville meilleure, il commence effectivement par sortir les briques. Beaucoup d'autres dirigeants commencent par sortir les violons.
Ăvidemment, un projet d'une telle ampleur ne pouvait pas avancer sans attirer quelques mĂ©contents.
Baptiste Le Tellier est venu dénoncer l'évolution du Valégro tandis que
Koshka rappelait avec une énergie toute personnelle que sa tente avait mystérieusement disparu au profit du progrÚs collectif. J'avoue éprouver une certaine tendresse pour cette scÚne. Voilà probablement toute la philosophie kralandaise résumée en quelques heures. D'un cÎté, un bourgmestre persuadé de bùtir l'avenir. De l'autre, une habitante qui réclame sa tente et le remboursement de cigarettes impayées. Les grands idéaux ont souvent la fùcheuse habitude de commencer sur le terrain de quelqu'un d'autre.
La journée a d'ailleurs confirmé que
Jean-Luc Selriche n'était plus seul à porter ce projet.
Kenza Creswick est venue défendre publiquement cette politique de construction en appelant les habitants à faire preuve de patience. Quelques heures plus tÎt,
Sir McRabbit abandonnait sa fonction de juge pour devenir intendant du Valégro, expliquant qu'il préférait désormais réparer les fuites de la province plutÎt que distribuer des jugements. Voilà une promotion qui résume admirablement la situation. Certaines provinces recrutent des stratÚges. D'autres estiment qu'un lapin capable de gérer plusieurs centaines de membres sera parfaitement qualifié pour remettre de l'ordre dans les finances publiques. Plus j'observe le Valégro, plus je suis convaincue que cette province hésite en permanence entre l'administration soviétique et la comédie de boulevard. Et le plus inquiétant, c'est que les deux semblent fonctionner ensemble.
Mais derriĂšre ces anecdotes se cache quelque chose de beaucoup plus intĂ©ressant. Pendant que le reste du continent s'agite autour des Ă©lections, des crises et des rivalitĂ©s diplomatiques, le ValĂ©gro mĂšne une bataille beaucoup moins spectaculaire. Il tente de convaincre ses habitants qu'un avenir se construit avec des logements, des salaires et des projets concrets plutĂŽt qu'avec des proclamations grandioses. Le chantier sera peut-ĂȘtre critiquĂ©. Il Ă©chouera peut-ĂȘtre mĂȘme en partie. Pourtant, lorsque les chroniqueurs rouvriront ces archives dans plusieurs mois, ils retiendront probablement une chose. Il existait une province oĂč l'on passait davantage de temps Ă construire des maisons qu'Ă promettre de conquĂ©rir le monde. Et dans le Cybermonde, c'est presque une extravagance.Les royaumes aiment les grandes proclamations. Les provinces prĂ©fĂšrent souvent les petits gestes.
VoilĂ qui nous conduit naturellement vers le Royaume de RuthvĂ©nie, oĂč l'on continue de gouverner avec cette Ă©lĂ©gance si particuliĂšre qui consiste Ă transformer chaque dĂ©cision administrative en affaire d'Ătat. Ă Sanctuaire,
Bladimir Bladimirovitch Mutin a choisi de s'adresser directement aux habitants qui rĂȘvent d'ailleurs. Son discours n'avait rien d'une menace et rien d'une supplication. Il ressemblait davantage Ă une nĂ©gociation ouverte. *Vous souhaitez partir. TrĂšs bien. Parlons-en.* C'est une approche presque dĂ©routante dans un continent oĂč beaucoup de dirigeants considĂšrent qu'un dĂ©saccord se rĂšgle de prĂ©fĂ©rence avec davantage de soldats. Bladimir, lui, rappelle qu'une frontiĂšre ne tient pas uniquement grĂące Ă ses fortifications. Elle tient aussi parce que les habitants acceptent encore de vivre derriĂšre.
Quelques instants plus tĂŽt, le mĂȘme homme s'Ă©tait installĂ© officiellement Ă Sanctuaire, comme pour signifier que les paroles n'ont de valeur que lorsqu'elles s'accompagnent d'une prĂ©sence durable. C'est un dĂ©tail que beaucoup nĂ©gligent. Les grands discours sont faciles Ă prononcer lorsqu'ils viennent de loin. Ils deviennent beaucoup plus intĂ©ressants lorsqu'ils sont prononcĂ©s par quelqu'un qui accepte de partager le quotidien de ceux auxquels il s'adresse. Les chroniqueurs aiment les dĂ©clarations. Moi, je regarde toujours oĂč leurs auteurs dĂ©cident d'habiter.
Pendant ce temps, la province continuait de se structurer.
Hanako Ainozomi confiait la fonction de juge Ă
Mandy Chantargent, tandis que
Ren Chantargent élevait
SĆur Shoshana von Zyklon au rang de capitaine. Rien de spectaculaire au premier regard. Pourtant, ce sont prĂ©cisĂ©ment ces nominations qui donnent une colonne vertĂ©brale Ă une province. Les habitants remarquent les batailles. Les administrations, elles, savent que les vĂ©ritables victoires commencent souvent lorsqu'il y a enfin quelqu'un pour rendre la justice, maintenir l'ordre ou simplement rĂ©pondre prĂ©sent lorsque tout le monde regarde ailleurs.
Je voudrais également saluer un autre couple qui a discrÚtement apporté une touche d'humanité à cette journée. à Ruthvenville,
Mench0 n'a pas organisé une manifestation pour réclamer une réforme ou dénoncer un ministre. Il s'est contenté d'afficher publiquement son affection envers
Dame DĂ©merzel, allant jusqu'Ă bafouiller son discours avant de rĂ©unir quelques soutiens supplĂ©mentaires. VoilĂ une scĂšne que j'apprĂ©cie tout particuliĂšrement. Les royaumes passent leur temps Ă cĂ©lĂ©brer les couronnes et les victoires. Ils oublient parfois que les plus petites dĂ©clarations sont aussi celles qui traversent le mieux les annĂ©es. Les historiens parleront peut-ĂȘtre un jour des rĂ©formes Ă©conomiques de DĂ©merzel. Moi, je retiendrai qu'au milieu de tout ce tumulte, quelqu'un a simplement trouvĂ© important de dire qu'il Ă©tait fier d'elle.
En refermant ce chapitre, je ne peux m'empĂȘcher de sourire devant cette Ă©trange opposition qui traverse le continent. D'un cĂŽtĂ©, certains gouvernements bĂątissent des immeubles, lĂšvent des taxes ou dĂ©battent d'idĂ©ologies avec la gravitĂ© de prĂȘtres antiques. De l'autre, un royaume rappelle tranquillement que les institutions existent avant tout pour servir les femmes et les hommes qui les composent. Les empires aiment ĂȘtre immortels. Les provinces, elles, continuent d'ĂȘtre profondĂ©ment humaines. Et si vous me demandez laquelle de ces deux qualitĂ©s survit le mieux aux siĂšcles... je vous rĂ©pondrai qu'aucune pierre n'est plus solide qu'un souvenir bien racontĂ©.Lorsqu'une nation dĂ©cide que sourire devient un devoir
Mais avant de refermer les registres consacrĂ©s Ă Kraland, il serait profondĂ©ment injuste d'ignorer celui qui occupe dĂ©sormais le fauteuil de Premier Ministre avec un enthousiasme que mĂȘme les dorures du Palais ImpĂ©rial peinent Ă contenir.
Ranxerox n'a pas attendu bien longtemps avant de rappeler à toute la Républik que le bonheur n'était plus simplement une aspiration. Il devenait une responsabilité civique.
Sa fameuse Loi du Sourire est arrivée avec toute la solennité que mérite une réforme fondamentale. Les Kralandais sont désormais invités à afficher leur joie comme on porterait un uniforme. Le bonheur devient visible. Le sourire devient obligatoire. Voilà une idée qui ne pouvait naßtre qu'à Kraland. Lorsqu'une bureaucratie décide de réglementer quelque chose, elle finit toujours par choisir ce qui semblait impossible à réglementer la veille. AprÚs les formulaires, les taxes et les conventions collectives... voici désormais les expressions du visage. Je me demande avec une sincÚre curiosité quel ministÚre sera chargé de mesurer la largeur réglementaire des sourires.
Naturellement, cette annonce n'a pas laissé tout le monde indifférent.
Jean-Luc Selriche, jamais avare d'une autocritique soigneusement prĂ©parĂ©e, s'est empressĂ© de fĂ©liciter son Premier Ministre... avant de s'interroger trĂšs poliment sur cette Ă©tonnante habitude qu'a Ranxerox de prĂ©parer sa prochaine Ă©lection alors que la prĂ©cĂ©dente est encore tiĂšde. Son discours est un vĂ©ritable petit bijou de rhĂ©torique kralandaise. Il commence par des compliments, poursuit par une confession personnelle et termine en demandant si une dĂ©mocratie oĂč le candidat pense dĂ©jĂ Ă sa réélection six minutes aprĂšs sa victoire conserve encore ce petit parfum d'incertitude qui fait tout le charme d'une Ă©lection. Il faut reconnaĂźtre Ă Kraland une qualitĂ© extraordinaire. MĂȘme les critiques prennent la forme d'une autocritique officielle. On s'y excuse presque d'avoir eu raison.
Comme si cela ne suffisait pas,
Bogdan D'Arken est lui aussi venu pratiquer cet art typiquement kralandais de la justification publique. Oui, des impĂŽts exceptionnels ont Ă©tĂ© levĂ©s. Oui, ils ont servi Ă financer les projets de la RĂ©publik. Et non, il ne regrette pas d'avoir demandĂ© un effort aux plus fortunĂ©s si cela permet de construire davantage pour la collectivitĂ©. LĂ encore, je retrouve cette mĂȘme logique qui traverse tout le pays. Les dirigeants ne cherchent pas simplement Ă convaincre qu'ils ont raison. Ils prennent le temps d'expliquer pourquoi leurs contradicteurs se trompent avec une patience presque pĂ©dagogique. Certains appellent cela de la propagande. Les Kralandais prĂ©fĂšrent parler de pĂ©dagogie civique. La nuance est subtile. Elle est surtout trĂšs drĂŽle Ă observer lorsqu'on n'est pas concernĂ©.
En refermant ce chapitre, une pensĂ©e me traverse. Beaucoup de peuples Ă©crivent leurs lois pour encadrer leurs citoyens. Kraland semble parfois Ă©crire les siennes pour raconter une histoire. Une histoire oĂč chacun travaille pour le bonheur universel, oĂč les immeubles poussent plus vite que les contestations et oĂč le sourire finit par devenir une obligation morale. Est-ce rĂ©aliste ? Probablement pas toujours. Est-ce profondĂ©ment kralandais ? Sans le moindre doute. Et je dois leur reconnaĂźtre un mĂ©rite. Peu de nations assument leur propre caricature avec autant d'Ă©lĂ©gance.Pendant que certains gouvernent les peuples, d'autres gouvernent simplement leur quotidien
Voilà qui nous éloigne des palais et des grandes tribunes pour revenir vers ces femmes et ces hommes que les souverains oublient souvent de remercier. Les gouvernements aiment annoncer leurs victoires. Les provinces, elles, continuent simplement de vivre.
En Sicilia,
Jaylie Dei Machiavelli a choisi une annonce dont personne ne parlera probablement dans les livres d'Histoire et qui pourtant rĂ©sume parfaitement ce qu'est un gouverneur. La prĂ©fecture de police de Trou Perdu a Ă©tĂ© renforcĂ©e afin de mieux rĂ©sister aux caprices du climat... et aux autres catastrophes, celles que les habitants provoquent gĂ©nĂ©ralement eux-mĂȘmes avec un enthousiasme difficile Ă dĂ©courager. VoilĂ une dĂ©cision qui ne fera trembler aucun empire. En revanche, elle rappellera peut-ĂȘtre Ă quelques policiers qu'il est plus agrĂ©able de travailler sous un toit qui ne s'effondre pas au premier incident. On ne bĂątit pas une province uniquement avec de grands discours. Il arrive aussi qu'on la bĂątisse avec quelques pierres bien placĂ©es.
Un peu plus loin,
Neodym Seltenerd poursuivait son Ćuvre favorite qui consiste Ă distribuer les compliments avec une remarquable parcimonie. L'Empire Brun trouve grĂące Ă ses yeux. Kraland beaucoup moins. Le Paradigme Vert encore moins. J'ai toujours eu davantage de sympathie pour ceux qui annoncent franchement la couleur. Au moins, nul n'a besoin de deviner ce qu'ils pensent. Ils facilitent Ă©normĂ©ment le travail des chroniqueurs. Les hypocrites obligent Ă lire entre les lignes. Les francs-tireurs, eux, prennent directement la plume pour Ă©crire ce qu'ils pensent. On peut ĂȘtre d'accord ou non. Au moins, personne ne perd son temps Ă deviner leurs intentions.
Pendant ce temps, le Khanat Elmérien poursuivait tranquillement son expansion en accueillant de nouveaux visages.
Rosalia de Pont-Krivell ouvrait officiellement les portes du Khanat Ă
Alice Ravenloft puis Ă
Malcom Ravenloft, saluant leur volontĂ© de participer Ă la vie politique des clans plutĂŽt que de rester de simples spectateurs. VoilĂ un dĂ©tail que j'aime particuliĂšrement. Beaucoup de nations recrutent des habitants. Les ElmĂ©riens donnent surtout l'impression d'adopter de nouveaux membres dans une immense famille parfois bruyante, souvent dĂ©sordonnĂ©e mais toujours convaincue que la libertĂ© mĂ©rite d'ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e avec suffisamment de discours pour remplir plusieurs tavernes.
Et puis il y a ces instants qui n'ont aucune portĂ©e stratĂ©gique mais qui rappellent pourquoi les archives mĂ©ritent d'ĂȘtre ouvertes chaque soir.
Katniss Ravenloft a adressé un long message à son pÚre. Aucun traité. Aucune déclaration de guerre. Aucun remaniement ministériel. Simplement quelques mots d'une fille expliquant à celui qu'elle admire qu'il n'a pas besoin d'entendre son nom répété tous les jours pour savoir combien il compte. Les empires passent leur temps à mesurer la puissance des armées et le poids des trésors. Moi, je suis convaincue qu'une civilisation se juge aussi à sa capacité de laisser une place à ce genre de moment. Parce qu'au milieu des complots, des élections et des ambitions démesurées, il est parfois rassurant de constater que certains prennent encore le temps de rappeler à leurs proches qu'ils les aiment. Et cette nouvelle-là , aussi discrÚte soit-elle, mérite largement une ligne dans les registres.
Je terminerai cette Ă©dition sur une Ă©vidence qui me poursuit depuis longtemps. Les souverains aiment croire qu'ils Ă©crivent seuls l'Histoire. Ils se trompent. L'Histoire appartient aussi au bourgmestre qui construit un quartier, au magistrat qui change de fonction, Ă la jeune femme qui Ă©crit Ă son pĂšre, au citoyen qui rejoint une nouvelle nation et mĂȘme Ă celui qui rĂąle parce qu'on vient de lui reprendre sa tente. C'est cette multitude de destins qui donne au Cybermonde sa vĂ©ritable grandeur.
Les personnes qui estiment que cette chronique manque d'objectivitĂ© peuvent naturellement venir dĂ©poser une rĂ©clamation Ă Radio NĂ©crotoile. Elle sera examinĂ©e avec le plus grand sĂ©rieux... puis soigneusement rangĂ©e dans le mĂȘme tiroir que toutes les autres. đ·ïž
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Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
modifié 25/07 (02:08)

22 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir habitants du Cybermonde, souverains nouvellement Ă©lus, anciens souverains fraĂźchement rangĂ©s dans les archives et citoyens qui ont encore la naĂŻvetĂ© de croire quâune Ă©lection sert principalement Ă choisir quelquâun. Ici Kleo, Ministre de la Guerre de lâEmpire Brun, araignĂ©e impĂ©riale et tĂ©moin parfaitement objectif dâun phĂ©nomĂšne politique rare. Le Khanat ElmĂ©rien vient de dĂ©montrer quâun peuple peut passer dâune campagne Ă©lectorale Ă une chenille, dâune chenille Ă une ratatouille puis dâune ratatouille Ă une tentative dâassassinat sans jamais donner lâimpression dâavoir changĂ© de sujet.
Il faut reconnaĂźtre au Khanat une qualitĂ© que ses ennemis prennent trop souvent pour un symptĂŽme. Il possĂšde une conception trĂšs personnelle de la continuitĂ© institutionnelle. Ailleurs, lorsquâun souverain se prĂ©pare Ă prendre le pouvoir, il prononce un discours sur lâavenir du pays, rassemble ses partisans, prĂ©sente quelques principes assez vagues pour pouvoir les renier plus tard et attend que les scribes proclament officiellement sa victoire. En ElmĂ©rie,
Pigeon Ronron a jugĂ© quâil serait plus conforme aux traditions nationales de prendre les habitants par les hanches et de les entraĂźner dans une chenille Ă travers lâHĂŽtel du Nid du Hibou.
Le lieu Ă©tait bien choisi. Les palais donnent parfois aux hommes lâillusion quâils sont sĂ©rieux. Les auberges leur retirent cette illusion avant mĂȘme le second verre.
Autour de
Pigeon Ronron sâĂ©taient rĂ©unis
May Billouziya,
Tesse Blackwood,
Malcom Ravenloft,
Alice Ravenloft,
Elbereth Khan Seraven,
Kubilai Khan Seraven,
Sakura Tiwanaku et
Belle Peregrine Seraven. VoilĂ dĂ©jĂ une assemblĂ©e plus reprĂ©sentative que bien des gouvernements. Elle comptait des dignitaires, des voyageurs, des Ravenloft, des Seraven et probablement assez de titres pour remplir trois armoires administratives. Tout ce monde aurait pu dĂ©battre de la situation des provinces, de lâĂ©tat des finances ou de la dĂ©licate question de savoir si la Bouletie constitue toujours une province ou dĂ©sormais une maladie saisonniĂšre. Mais
Pigeon Ronron avait compris une chose essentielle que les grands thĂ©oriciens du pouvoir oublient toujours. Le peuple ne demande pas nĂ©cessairement un programme. Il demande parfois quâon lui mette les mains sur les hanches et quâon hurle assez fort pour couvrir le bruit de ses inquiĂ©tudes.
La chenille commença donc.
Elle traversa lâauberge avec cette majestĂ© particuliĂšre aux catastrophes collectives qui nâont pas encore rencontrĂ© de mobilier fragile. On y remuait son boule, on cĂ©lĂ©brait la vie, on encourageait les Ravenloft Ă retirer leurs vĂȘtements avant de prĂ©ciser que ce nâĂ©tait heureusement quâune plaisanterie. Le futur Grand Khan avançait en tĂȘte comme un prophĂšte ayant reçu sa rĂ©vĂ©lation au fond dâune chope. DerriĂšre lui, les Ă©lites du Khanat ondulaient avec la discipline dâune armĂ©e dont le gĂ©nĂ©ral aurait remplacĂ© les ordres par des bruits de trompette faits avec la bouche.
Je voudrais attirer votre attention sur un dĂ©tail. Cette chenille nâĂ©tait pas seulement une fĂȘte. Elle Ă©tait une dĂ©claration politique dâune grande finesse bien quâelle ne le savait pas elle-mĂȘme. Dans une chenille, personne ne voit oĂč il va sauf celui qui marche devant. Tous les autres posent les mains sur les hanches de leur prĂ©dĂ©cesseur et espĂšrent que la personne en tĂȘte nâa pas confondu la sortie avec lâescalier de la cave. Câest peut ĂȘtre la reprĂ©sentation la plus honnĂȘte du pouvoir qui nous ai Ă©tĂ© offerte depuis des annĂ©es.
Pigeon Ronron ne proposait pas de conduire le Khanat vers un avenir meilleur. Il proposait de le conduire quelque part dans lâauberge. CâĂ©tait dĂ©jĂ plus prĂ©cis que la majoritĂ© des programmes Ă©lectoraux.
Mais la vĂ©ritable grandeur de lâĂ©vĂ©nement ne rĂ©sidait pas dans la danse. Elle se trouvait dans la maniĂšre dont le futur souverain transforma son Ă©motion en doctrine alimentaire. Il dĂ©clara devant le Khanat rassemblĂ© que tous formaient une immense saucisse destinĂ©e au grand barbecue de la vie. Puis dans un remarquable souci dâinclusion vĂ©gĂ©tale, il ajouta que les citoyens vĂ©gans pourraient devenir des courgettes ou des aubergines car la vie Ă©tait Ă©galement une ratatouille.
Les historiens trop prudents verront lĂ lâeffet de lâalcool. Ils auront tort. Lâalcool ne crĂ©e pas les idĂ©es. Il retire seulement les gardes postĂ©s devant.
La saucisse reprĂ©sentait lâunitĂ© du peuple. Le barbecue incarnait les Ă©preuves collectives. Les courgettes et les aubergines symbolisaient probablement la diversitĂ© des destins ou une inquiĂ©tante pĂ©nurie de pain. Quant Ă la ratatouille, elle constituait lâaboutissement naturel dâune pensĂ©e politique selon laquelle toutes les diffĂ©rences peuvent ĂȘtre rĂ©conciliĂ©es Ă condition dâĂȘtre dĂ©coupĂ©es en morceaux puis longuement cuites ensemble.
Il faut admirer ce talent. Certains souverains ont besoin de philosophes, de prĂȘtres et de plusieurs gĂ©nĂ©rations de propagandistes pour inventer un rĂ©cit national.
Pigeon Ronron a créé le sien entre deux refrains et une tournĂ©e gĂ©nĂ©rale. Le Khanat nâĂ©tait plus une juxtaposition de provinces mal chauffĂ©es. Il devenait un repas collectif dont personne ne semblait demander qui tenait le couteau.
La foule suivit.
Elle chanta le nom de la ratatouille lettre aprĂšs lettre avec la gravitĂ© dâune armĂ©e jurant fidĂ©litĂ© Ă son drapeau. On repartit Ă lâauberge. On promit une tournĂ©e. On cria quâil fallait croire en ses rĂȘves. Puis le futur Grand Khan confessa que tous ces gens lui rappelaient quâun petit cĆur battait encore dans son pigeon. Lâinstant aurait pu ĂȘtre touchant si le Khanat nâavait pas passĂ© les minutes prĂ©cĂ©dentes Ă se comparer Ă des merguez.
Alice Ravenloft, Ă©mue par ce spectacle, monta sur une table. Des valets vĂȘtus de rouge, de vert et dâor sortirent leurs instruments tandis que
Malcom Ravenloft brancha sa basse. Il paraĂźt que cela nâavait pas Ă©tĂ© prĂ©vu. Câest souvent ainsi que commencent les Ă©vĂ©nements dont tout le monde parlera ensuite comme sâils avaient Ă©tĂ© soigneusement organisĂ©s.
Alice Ravenloft expliqua que les mots sont puissants mais imparfaits. Sur ce point, le Cybermonde entier pourrait lui donner raison tout en lui fournissant immĂ©diatement plusieurs milliers de preuves. Elle affirma prĂ©fĂ©rer le Miaou, langage plus simple venu du cĆur et pouvant signifier Ă la fois le bonheur, la joie et le sourire. CâĂ©tait une proposition diplomatique audacieuse. Plusieurs nations utilisent dĂ©jĂ des vocabulaires plus pauvres pour exprimer des idĂ©es beaucoup moins aimables.
Le concert prolongea donc la fĂȘte.
Alice Ravenloft célébrait Ronron,
Malcom Ravenloft soutenait la mélodie,
Elbereth Khan Seraven et
Belle Peregrine Seraven recevaient les hommages qui leurs Ă©taient dus et toute lâElmĂ©rie paraissait sâĂȘtre unie autour dâune conviction simple. Le lendemain aurait lieu lâĂ©lection mais la victoire avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© absorbĂ©e par la musique, les boissons et les hanches de la personne situĂ©e juste devant.
à minuit, les registres accomplirent ce que la chenille avait décidé depuis longtemps.
Pigeon Ronron obtint quatre voix sur quatre. Cent pour cent des suffrages exprimés et zéro pour cent pour
Tifa LockHeart. Une victoire absolument incontestable dans la mesure oĂč tous ceux qui avaient votĂ© pour quelquâun avaient choisi le mĂȘme pigeon.
VoilĂ une transition politique dâune puretĂ© admirable. Aucun dĂ©bat gĂȘnant. Aucun second tour. Aucun Ă©lecteur assez mal Ă©levĂ© pour crĂ©er du suspense. Le Khanat sâĂ©tait exprimĂ© dâune seule voix probablement parce que les autres avaient encore la gorge abĂźmĂ©e par les popopopopos de la veille.
Pigeon Ronron devint donc Grand Khan.
Il aurait alors Ă©tĂ© raisonnable de laisser lâhistoire respirer. De lui accorder quelques heures pour poser une couronne, signer deux dĂ©crets et dĂ©couvrir dans quel tiroir lâancienne administration avait cachĂ© les dettes. Mais lâElmĂ©rie considĂšre manifestement le calme comme une insulte personnelle. Peu aprĂšs la cĂ©lĂ©bration,
Mademoiselle tenta dâassassiner le nouveau souverain Ă Gueule du LĂ©zard.
Lâaffaire dĂ©gĂ©nĂ©ra en combat.
Mademoiselle fut recherchĂ©e par la police et perdit son poste de Capitaine. Elle se livra aux autoritĂ©s, entra en prison puis acheva sa peine avec une rapiditĂ© qui laisse penser que la justice elmĂ©rienne dispose soit dâune efficacitĂ© surnaturelle soit dâun couloir particuliĂšrement court entre lâentrĂ©e et la sortie.
Restons un instant sur la beautĂ© du geste institutionnel. La veille, le pays plaçait ses mains sur les hanches de son futur chef. Le lendemain, une Capitaine plaçait probablement les siennes sur une arme afin de vĂ©rifier si lâunitĂ© nationale rĂ©sistait aux coups. Dans la plupart des pays, une tentative dâassassinat contre un souverain fraĂźchement Ă©lu provoquerait une crise politique. Au Khanat, elle ressemble presque Ă la derniĂšre animation prĂ©vue aprĂšs le carnaval.
Il ne faudrait pourtant pas réduire
Mademoiselle au rĂŽle dâune simple meurtriĂšre contrariĂ©e. Elle incarne cette vieille tradition politique selon laquelle toute personne mĂ©contente dâun rĂ©sultat Ă©lectoral peut demander un recomptage Ă lâaide dâun objet tranchant. La mĂ©thode manque de subtilitĂ© mais elle possĂšde lâavantage de clarifier immĂ©diatement la position de chacun.
Le nouveau Grand Khan avait obtenu cent pour cent des voix et presque immĂ©diatement une tentative dâassassinat. VoilĂ qui prouve que les statistiques ne mesurent jamais tout. On peut avoir lâappui de la totalitĂ© du corps Ă©lectoral et rencontrer malgrĂ© tout une personne qui prĂ©fĂšre vĂ©rifier si le corps du souverain est Ă©lectoralement rĂ©sistant.
Le plus fascinant reste la vitesse avec laquelle le Khanat absorbe ses propres contradictions. Personne nâa rĂ©ellement cessĂ© de faire la fĂȘte.
Alice Ravenloft avait chanté.
Pigeon Ronron avait philosophé sur les légumes.
Mademoiselle avait attaquĂ©. La police avait poursuivi. La prison avait briĂšvement emprisonnĂ©. Puis la vie continua comme si chaque Ă©vĂ©nement nâĂ©tait quâun nouveau couplet dâune chanson dont personne ne connaissait le refrain complet.
Câest peut ĂȘtre cela, au fond, le vĂ©ritable pouvoir du Khanat ElmĂ©rien. Il ne rĂ©sout pas le chaos. Il lâadopte, lui donne un verre et lâinvite Ă rejoindre la chenille.
LâEmpire Brun ne saurait Ă©videmment approuver une mĂ©thode aussi dĂ©sordonnĂ©e. Chez nous, les tentatives dâassassinat sont traditionnellement mieux Ă©clairĂ©es, convenablement annoncĂ©es et accompagnĂ©es dâune musique dramatique suffisamment forte pour que la victime comprenne lâimportance historique de sa chute. Nous avons des standards.
Cependant, je dois reconnaĂźtre Ă
Pigeon Ronron une qualitĂ© rare. Il a rĂ©ussi Ă devenir souverain sans cesser dâĂȘtre lâhomme qui propose une tournĂ©e. Beaucoup montent sur le trĂŽne en promettant de rester proches du peuple puis font rapidement installer des portes plus Ă©paisses. Lui semble avoir choisi de transformer le palais en auberge avant mĂȘme dây entrer. Cela finira certainement mal mais avec une ambiance remarquable.
Les partisans de
Tifa LockHeart, sâil en existe encore hors des marges du bulletin de vote, peuvent naturellement venir contester cette analyse.
Mademoiselle pourra Ă©galement expliquer en direct si son attaque relevait dâune conviction politique, dâun dĂ©saccord culinaire ou dâune profonde hostilitĂ© envers la ratatouille. Quant Ă
Pigeon Ronron, nos micros lui sont ouverts Ă condition quâil promette de ne pas entraĂźner le personnel technique dans une nouvelle chenille avant la fin de lâentretien.
Retenez donc ceci, chers auditeurs. Le Khanat nâa pas seulement Ă©lu un Grand Khan. Il sâest choisi un chef de chenille, un prophĂšte de la saucisse et un philosophe de lâaubergine. Il lui a donnĂ© toutes ses voix puis il a immĂ©diatement tentĂ© de vĂ©rifier sâil Ă©tait mortel.
En politique comme en cuisine, le Khanat ne fait jamais les choses à moitié.
Il met tout dans la mĂȘme marmite et il appelle cela une civilisation.
Nous devons maintenant quitter lâElmĂ©rie et son Grand Khan de carnaval pour nous rendre au ValĂ©gro. Plus prĂ©cisĂ©ment Ă Fort Emouchet. Ville ouvriĂšre, capitale provinciale et remarquable dĂ©monstration de ce qui arrive lorsquâon confie simultanĂ©ment des briques, des taxes et un vocabulaire rĂ©volutionnaire Ă des hommes qui refusent de sâĂ©couter.
Fort Emouchet Ă©tait censĂ©e devenir une citĂ© idĂ©ale pour les travailleurs. Câest du moins ce quâaffirme la RĂ©publique chaque fois quâun bĂątiment nâest pas encore tombĂ©. LĂ -bas, le citoyen ne possĂšde peut ĂȘtre pas grand-chose mais il possĂšde la certitude que ce quâil ne possĂšde pas a Ă©tĂ© collectivisĂ© pour son bien.
Au centre de cette grande expérience sociale se tient
Jean-Luc Selriche. Ancien PrĂ©sident devenu Bourgmestre et premier administrateur selon les heures, les formulaires et lâĂ©tat gĂ©nĂ©ral des rivalitĂ©s locales.
Jean-Luc Selriche est un homme qui croit profondĂ©ment au logement populaire. Il y croit mĂȘme assez pour en construire plusieurs avant dâavoir terminĂ© le premier.
Certains esprits chagrins pourraient considĂ©rer cela comme une erreur de planification. Ils manquent manifestement de sens politique. Lorsquâun HLM reste inachevĂ©, il constitue un Ă©chec. Lorsque quatre HLM restent inachevĂ©s, ils deviennent un programme national.
Le problÚme commença avec une question apparemment raisonnable. Comment loger les habitants de Fort Emouchet sans transformer toute la province en cité ouvriÚre et sans sacrifier les précieux champs de patates.
Jean-Luc Selriche comprit rapidement que lâarchitecture ne suffirait pas. Il fallait une solution plus kralandaise.
Il fallait des taxes.
Une taxe sur les maladies fut donc instaurĂ©e. Le raisonnement du Bourgmestre Ă©tait dâune puretĂ© presque religieuse. La maladie est une mauvaise chose. Les mauvaises choses doivent ĂȘtre taxĂ©es. Les habitants rĂ©flĂ©chiraient donc Ă deux fois avant de tomber malade et les risques sanitaires diminueraient mĂ©caniquement.
Cette découverte aurait pu révolutionner la médecine si les médecins avaient seulement pensé à facturer la tuberculose directement au bacille.
Jean-Luc Selriche ne sâarrĂȘta pas lĂ . Il apprit que la promiscuitĂ© dans les HLM pouvait favoriser les troubles et les maladies. Il aurait pu agrandir les logements ou rĂ©duire le nombre dâoccupants. Ce genre de solution aurait toutefois nĂ©cessitĂ© du temps, des ressources et une comprĂ©hension Ă©lĂ©mentaire du problĂšme.
Il préféra taxer les rassemblements.
Ainsi les habitants pouvaient continuer Ă vivre collĂ©s les uns contre les autres Ă condition de ne jamais donner lâimpression de sâĂȘtre rĂ©unis volontairement. Une famille nombreuse dans une piĂšce Ă©tait acceptable. Trois voisins discutant dans un couloir devenaient une menace sanitaire et une opportunitĂ© fiscale.
Puis vint la taxe sur la laideur.
LâidĂ©e reposait sur une observation incontestable. Puisque les habitants des HLM Ă©taient condamnĂ©s Ă vivre trĂšs proches les uns des autres, autant quâils soient beaux. La beautĂ© rĂ©duirait les risques de dĂ©pression et pourrait mĂȘme participer au rĂ©armement dĂ©mographique de la RĂ©publique. Les citoyens disgracieux financeraient donc le bonheur des autres par le simple mĂ©rite dâavoir une figure administrativement dĂ©sagrĂ©able.
La recette rapporta quarante francs kralandais.
VoilĂ ce que vaut la laideur dâune ville lorsquâelle est correctement recensĂ©e.
Mais le chef-dâĆuvre de
Jean-Luc Selriche fut la taxe sur les taxes. Il reconnut lui-mĂȘme quâil y avait trop de taxes et quâil fallait probablement en rĂ©duire lĂ©gĂšrement le nombre. Afin de dĂ©montrer son engagement contre la fiscalitĂ© excessive, il dĂ©cida donc de taxer les taxes existantes.
Câest Ă cet instant prĂ©cis que la RĂ©publique de Kraland a cessĂ© dâĂȘtre un pays pour devenir une Ćuvre dâart.
Dans lâEmpire Brun, nous prĂ©levons aussi des impĂŽts. Nous ne sommes pas des sauvages. Mais nous avons la dĂ©cence de leur donner des noms inquiĂ©tants et de ne jamais prĂ©tendre quâils rendent les contribuables plus libres. Ă Kraland, on vide votre poche tout en vous expliquant que le poids de lâargent nuisait Ă votre colonne vertĂ©brale.
Les habitants auraient peut ĂȘtre acceptĂ© cette nouvelle dĂ©monstration de bonheur fiscal si les logements avaient Ă©tĂ© terminĂ©s et si les fuites dâeau nâavaient pas commencĂ© Ă former leur propre rĂ©seau hydrographique. Mais câĂ©tait sans compter sur
Sir McRabbit, pĂšre dâune famille dont la taille varie selon les discours et les besoins de lâallocation.
Il est question de centaines dâenfants. Deux cent quatre-vingt-dix-sept selon lâune de ses interventions et plusieurs dizaines supplĂ©mentaires occupĂ©es par des grenouilles et des problĂšmes de plomberie. Je ne prĂ©tendrai pas comprendre lâorganisation domestique de
Sir McRabbit. Il est possible que ses enfants se reproduisent entre deux paragraphes ou quâil compte les fuites comme des personnes Ă charge.
Toujours est-il que lâhomme rĂ©clamait un logement, la rĂ©paration de ses canalisations et un effort collectif de la part du gouvernement. Il souhaitait que les riches nantis de la RĂ©publique viennent construire eux mĂȘmes les HLM et financer sa descendance.
LâidĂ©e est parfaitement kralandaise. Les enfants sont privĂ©s mais les factures doivent ĂȘtre collectives.
Sir McRabbit finit par se verser une prime considĂ©rable. Trois cent cinquante-six francs kralandais selon les registres. Il remercia mĂȘme la convention Selriche et lâallocation dâun franc par enfant avant dâexpliquer quâil rĂ©glait simplement le solde nĂ©cessaire pour chacun de ses petits.
Nous ignorons combien dâenfants avaient effectivement reçu cet argent. Nous savons seulement que la prime entiĂšre disparut avec la vitesse remarquable des fonds publics lorsquâils croisent une famille nombreuse et un homme capable de signer lui-mĂȘme le reçu.
Câest alors quâapparut
PierreJean, Gouverneur du ValĂ©gro et dĂ©fenseur autoproclamĂ© de lâordre provincial.
PierreJean avait envisagé de nommer
Sir McRabbit Intendant. Lâhomme possĂ©dait une famille nombreuse, un certain capital sympathie et lâhabitude utile de soutenir les bonnes personnes au bon moment. HĂ©las, il avait siphonnĂ© le quota quotidien de primes du Gouverneur.
Ce détail avait son importance car
PierreJean ne pouvait plus se rembourser lâachat dâun hamac destinĂ© au premier HLM.
Il retira donc Ă
Sir McRabbit son poste dâIntendant en lui demandant de pratiquer son auto-critique. CâĂ©tait une sanction trĂšs sĂ©vĂšre. Ă Kraland, lâauto-critique consiste Ă reconnaĂźtre publiquement quâon a eu tort avant dâexpliquer en dĂ©tail pourquoi les circonstances prouvent quâon avait raison.
Sir McRabbit sâexĂ©cuta presque parfaitement. Il admit avoir siphonnĂ© la prime. Il affirma ne pas avoir vu le post-it. Ses enfants Ă©taient dans le besoin. Il avait agis sans rĂ©flĂ©chir. Puis il accusa
Jean-Luc Selriche de ne pas avoir rĂ©parĂ© sa fuite dâeau et annonça quâil prĂ©fĂ©rait rejoindre lâĂ©quipe de
PierreJean.
VoilĂ une conversion politique dâune admirable sincĂ©ritĂ©. Dans certaines nations, on change de camp pour des convictions. Au ValĂ©gro, on le fait parce que lâeau coule toujours du plafond.
Sir McRabbit tenta ensuite dâutiliser ses prĂ©rogatives de Diplomate afin de devenir Capitaine de la province. La dĂ©marche Ă©choua mais son enthousiasme ne faiblit pas. Il annonça quâil allait passer les troupes en revue avec lâassurance dâun homme qui nâavait pas obtenu le poste mais refusait de laisser ce dĂ©tail limiter son autoritĂ©.
Pendant que les deux camps se disputaient le pĂšre de famille et son impressionnante capacitĂ© dâabsorption budgĂ©taire,
PierreJean ouvrit un nouveau front contre
Kenza Creswick, Commissaire de Police et femme de confiance supposée de
Jean-Luc Selriche.
La Commissaire possédait une cabane dans une zone réservée à la construction de huttes de latte et de mastic.
Je sais que cette phrase contient davantage de misÚre architecturale que certains siÚges militaires. Prenons néanmoins le temps de la contempler.
La ville connaissait dĂ©jĂ des HLM incomplets, des fuites dâeau, des taxes sur la maladie et un dĂ©bat sur la prĂ©servation des champs. Il existait malgrĂ© tout un rĂšglement distinguant officiellement les cabanes des huttes de latte et de mastic. Lâune de ces constructions semblait autorisĂ©e et lâautre menaçait manifestement lâintĂ©gritĂ© morale de la RĂ©publique.
PierreJean exigea donc que
Kenza Creswick rĂ©gularise sa situation. Il suggĂ©ra quâun scandale de corruption pourrait Ă©clabousser
Jean-Luc Selriche.
Le scandale nâĂ©tait pas que la Commissaire vive dans une cabane. Le scandale Ă©tait que sa cabane soit situĂ©e dans un quartier officiellement consacrĂ© Ă une forme diffĂ©rente de cabane.
VoilĂ la civilisation.
Le syndicat des paysans moldaves entra ensuite dans la danse. Il reprocha Ă
Jean-Luc Selriche dâavoir dĂ©truit de bonnes terres arables pour multiplier les HLM. Les champs avaient disparu et les rendements agricoles allaient baisser. Le Bourgmestre serait donc personnellement responsable de la future pĂ©nurie de patates.
Cette accusation est grave Ă Kraland. La patate est Ă la fois un aliment, une politique Ă©conomique et lâunitĂ© de mesure officieuse du bonheur prolĂ©tarien.
Evan Garcia Liszt ajouta sa voix au tumulte. Il accusa
Jean-Luc Selriche dâutiliser les vieilles mĂ©thodes prĂ©sidentielles et de ne pas Ă©couter les critiques sous prĂ©texte quâelles contenaient trop de mots compliquĂ©s. Il demanda pourquoi la ville construisait de nouveaux HLM alors que le premier nâĂ©tait mĂȘme pas rĂ©novĂ©. Il voulut savoir qui occuperait lâappartement libĂ©rĂ© par les lapins dĂ©placĂ©s Ă cause des inondations et pourquoi les Ă©quipes de soins devraient faire du porte-Ă -porte entre plusieurs immeubles presque vides.
Ces questions étaient raisonnables.
Elles furent donc immédiatement submergées par une insurrection.
Au moment mĂȘme oĂč
Evan Garcia Liszt interrogeait la gestion des chantiers,
PierreJean ouvrit un nouveau chantier public. Quelquâun dĂ©truisit aussitĂŽt la route situĂ©e au mĂȘme endroit.
Lâimage est parfaite.
Un responsable ouvre un chantier. Un citoyen dĂ©truit la route. Lâadministration peut alors ouvrir un chantier pour rĂ©parer les dĂ©gĂąts causĂ©s lors de lâouverture du chantier prĂ©cĂ©dent. LâĂ©conomie tourne et chacun rentre chez lui avec le sentiment dâavoir participĂ©.
Une enclume tomba ensuite sur la tĂȘte de
Sysson.
Je nâaccuse personne. Dans une ville aussi bien administrĂ©e, il est tout Ă fait naturel que les enclumes circulent librement dans les airs.
Puis Fort Emouchet bascula.
LâHĂŽtel du Domaine des Rois devint une zone autonome. Le Temple Saint-Evgueni nommĂ© Suivez Snowy devint lui aussi une zone autonome. Des manifestations insurrectionnelles Ă©clatĂšrent contre le gouvernement de la RĂ©publique et des groupes de Bourgeois DĂ©cadents entrĂšrent en rĂ©bellion.
Il ne sâagissait plus dâune querelle municipale. La ville se fragmentait bĂątiment par bĂątiment comme une miche de pain oubliĂ©e dans une salle de conseil.
Le Gouvernement kralandais prĂ©tendait construire des logements collectifs tandis que chaque Ă©tablissement proclamait son indĂ©pendance pour vingt-quatre heures. Les citoyens devaient vivre ensemble mais les bĂątiments refusaient dĂ©jĂ dâappartenir au mĂȘme pays.
Il existe lĂ une contradiction dâune grande richesse. Plus
Jean-Luc Selriche construisait de lieux pour rassembler le peuple et plus le peuple trouvait de nouveaux endroits pour se révolter séparément.
Les Bourgeois DĂ©cadents Ă©taient particuliĂšrement offensĂ©s. Peut ĂȘtre considĂ©raient-ils que les taxes sur la laideur les visaient personnellement. Peut ĂȘtre refusaient-ils de vivre dans des huttes de mastic. Peut ĂȘtre avaient-ils seulement remarquĂ© que la police coĂ»tait davantage Ă Fort Emouchet que la ville ne rĂ©coltait dâimpĂŽts et quâil Ă©tait statistiquement plus rentable dâentrer en rĂ©bellion que de continuer Ă financer lâordre public.
La ville récoltait cent quatre-vingt-dix francs kralandais et en dépensait quatre cent cinquante pour ses policiers et ses soldats.
Ce nâĂ©tait pas un dĂ©ficit. CâĂ©tait un investissement dans la future rĂ©pression des contribuables encore solvables.
Au-dessus de cette magnifique catastrophe flottait lâombre du Premier Ministre
Ranxerox. Les habitants murmuraient que lâadministration centrale soutenait les huttes infĂąmes et les mĂ©thodes de
Jean-Luc Selriche. Plus tard,
Ranxerox vint lui-mĂȘme Ă Fort Emouchet. Il critiqua
Sir McRabbit, tenta de lâentraĂźner dans une bagarre puis se fit jeter dehors avant que les deux hommes ne parlementent.
Je regrette de ne pas avoir assisté à cette scÚne.
Le Premier Ministre de la RĂ©publique se prĂ©sente chez un Intendant pour dĂ©fendre lâautoritĂ© centrale. Il prononce un discours composĂ© dâun simple sourire. Il tente de dĂ©clencher une bagarre. Il est expulsĂ©. Puis il engage des nĂ©gociations.
VoilĂ peut ĂȘtre la premiĂšre fois quâun processus diplomatique commence par quelquâun jetĂ© hors dâune auberge et se termine parce quâil dĂ©cide soudain quâil est prĂ©fĂ©rable de discuter.
Peu aprĂšs,
Ranxerox provoqua des élections anticipées.
Il est difficile de dĂ©terminer si cette dĂ©cision relevait dâun grand calcul politique ou du besoin urgent de retrouver un poste oĂč il aurait le droit de frapper
Sir McRabbit avec davantage de légitimité constitutionnelle.
Pendant ce temps,
Alex KidoWski rappela à tous que demander la nationalité kralandaise ne donnait pas le droit de critiquer la République. La rééducation existait précisément pour soigner les sociaux-traßtres.
CâĂ©tait enfin une parole claire.
La RĂ©publique offre le bonheur. Ceux qui ne le ressentent pas souffrent donc nĂ©cessairement dâun trouble nĂ©cessitant un traitement.
Cette logique possĂšde lâĂ©lĂ©gance des systĂšmes fermĂ©s. Si vous ĂȘtes heureux, la RĂ©publique fonctionne. Si vous ĂȘtes malheureux, vous ĂȘtes malade. Or les maladies sont taxĂ©es. Le systĂšme fonctionne donc encore mieux.
Nous pourrions rire de Fort Emouchet. Nous pourrions considĂ©rer ses taxes sur les maladies, ses HLM trouĂ©s, ses cabanes illĂ©gales, ses primes familiales, ses Bourgeois DĂ©cadents et ses enclumes voyageuses comme les Ă©lĂ©ments sĂ©parĂ©s dâune immense farce.
Ce serait une erreur.
Tout cela forme une seule politique.
Jean-Luc Selriche veut loger le peuple. Pour financer les logements, il taxe ce qui rend la vie dĂ©sagrĂ©able. Pour Ă©viter les maladies causĂ©es par les logements, il taxe la maladie. Pour empĂȘcher les rassemblements dans les logements collectifs, il taxe les rassemblements. Pour compenser la proximitĂ© des voisins, il taxe les gens laids. Pour rĂ©duire les taxes, il taxe les taxes.
Sir McRabbit récupÚre les primes afin de nourrir ses enfants.
PierreJean le sanctionne car il ne peut plus rembourser son hamac.
Kenza Creswick devient suspecte car sa cabane nâest pas une hutte rĂ©glementaire. Les paysans rĂ©clament leurs champs. Les soignants rĂ©clament un plan. Les Bourgeois DĂ©cadents rĂ©clament probablement un miroir non taxĂ©.
Puis chacun se révolte contre chacun.
La République appelle cela le débat démocratique des travailleurs.
Dans lâEmpire Brun, nous appelons cela un mardi.
La seule diffĂ©rence est que nous nâessayons pas de loger tout le monde avant.
Une chandelle sâĂ©teint derriĂšre moi. Je dĂ©roule lentement la dĂ©pĂȘche et contemple les plans des HLM de Fort Emouchet. Certains murs ne se rejoignent pas. Un escalier conduit vers une fenĂȘtre et une annotation prĂ©cise que la fuite dâeau sera Ă©tudiĂ©e aprĂšs collectivisation des grenouilles.
Je dois reconnaßtre une forme de génie à cette province. Il faut beaucoup de talent pour construire une crise politique avec de la latte, du mastic, un hamac et une allocation familiale.
Les citoyens de Fort Emouchet peuvent naturellement venir défendre leur administration.
Jean-Luc Selriche pourra nous expliquer si notre studio est assujetti Ă la taxe sur la laideur.
PierreJean pourra présenter les reçus du hamac.
Sir McRabbit pourra venir accompagné de ses enfants à condition de prévenir suffisamment tÎt pour que nous fassions agrandir le palais.
Quant Ă
Kenza Creswick, elle est cordialement invitée à nous préciser la différence juridique entre une cabane et une hutte de latte et de mastic.
Cette question tourmente dĂ©sormais lâEmpire tout entier. Retenez seulement ceci chers auditeurs. Ă Fort Emouchet, le Gouvernement construit des maisons que personne ne peut habiter avec de lâargent que personne ne possĂšde sur des terres que les paysans voulaient cultiver. Puis il taxe les habitants pour les protĂ©ger des consĂ©quences. VoilĂ pourquoi la RĂ©publique de Kraland ne manque jamais de solutions. Elle manque uniquement de problĂšmes qui nâont pas Ă©tĂ© causĂ©s par les prĂ©cĂ©dentes.
Dans la salle du trĂŽne de lâEmpire Brun, les chandelles ont Ă©tĂ© remplacĂ©es, non quâelles fussent arrivĂ©es au terme de leur existence puisquâelles auraient encore pu Ă©clairer plusieurs complots, deux sacrifices officiels et peut ĂȘtre mĂȘme une rĂ©union ministĂ©rielle complĂšte si personne ne parlait trop longtemps, mais parce quâun changement de rĂšgne exige toujours que lâon modifie quelque chose afin que les courtisans puissent prĂ©tendre avoir Ă©tĂ© tĂ©moins dâune rĂ©volution. Les rideaux pourpres sont donc restĂ©s Ă leur place, les dorures anciennes nâont pas bougĂ©es et les crĂąnes dĂ©coratifs ont simplement Ă©tĂ© tournĂ©s vers la porte afin quâils puissent contempler le nouveau maĂźtre des lieux avec cette expression de respect absolu que donne naturellement lâabsence de peau. Sur les dalles de pierre, la fumĂ©e avance lentement entre les pieds du trĂŽne tandis que la vieille radio diffuse un souffle grave semblable Ă la respiration dâun palais qui se demande encore quel souverain il devra servir demain.
Au-dessus de tout cela, ma toile sâest Ă©tendue. Elle grimpe dĂ©sormais derriĂšre les armoiries impĂ©riales puis redescend autour du bureau du MinistĂšre de la Guerre oĂč plusieurs dossiers attendent dĂ©jĂ quâune personne suffisamment raisonnable dĂ©cide de ne jamais les ouvrir. Bonsoir citoyens bruns, alliĂ©s rĂ©cents, ennemis traditionnels et personnes ayant changĂ© de catĂ©gorie depuis le dĂ©but de cette phrase. Ici Kleo, Ministre de la Guerre de lâEmpire Brun, araignĂ©e impĂ©riale et nouvelle occupante dâun bureau dont lâancien propriĂ©taire semble avoir emportĂ© les clĂ©s mais oubliĂ© trois Ă©pĂ©es rouillĂ©es, une bouteille vide et un document intitulĂ© Plans dĂ©fensifs Ă ne surtout pas perdre.
LâEmpire Brun vient encore de connaĂźtre un changement de souverain et je vous prie de ne pas prendre cet air surpris. Lorsquâun empire porte dans son nom la couleur du vieux sang sĂ©chĂ© et construit ses institutions entre des catacombes, des laboratoires douteux et des salles de rĂ©ception oĂč les invitĂ©s sont parfois comptĂ©s avant et aprĂšs le repas, la stabilitĂ© ne doit jamais ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un objectif. Elle est tout au plus un accident administratif.
Bob le trÚs trÚs terrible a donc renversé
LachĂ©sis et lâexplication officielle fut dâune clartĂ© exemplaire puisque
Joe lâavait forcĂ©.
Il serait mesquin de rĂ©clamer davantage de prĂ©cisions. LâHistoire contient de nombreux coups dâĂtat dĂ©clenchĂ©s par des rivalitĂ©s dynastiques, des crises Ă©conomiques, des ambitions militaires ou des prophĂ©ties soigneusement rĂ©digĂ©es aprĂšs les Ă©vĂ©nements. Le nĂŽtre repose sur la solide tradition du quelquâun mâa dit de le faire, fondement politique qui possĂšde lâavantage considĂ©rable de permettre dâattribuer toute dĂ©cision future Ă une tierce personne absente.
Bob le trĂšs trĂšs terrible entra donc dans lâHistoire au volant dâun vĂ©hicule immense, intĂ©gralement motorisĂ© au pĂ©trole polluant et couvert dâun vernis chimique capable de provoquer de puissantes plaques dâeczĂ©ma aux enfants situĂ©s Ă proximitĂ©. Certains souverains se prĂ©sentent Ă cheval, dâautres arrivent portĂ©s sur un bouclier et quelques-uns choisissent la discrĂ©tion dâun carrosse fermĂ©.
Bob choisit le SUV toxique.
Ce choix rĂ©sumait dĂ©jĂ son programme. Son rĂšgne serait grand, bruyant, difficile Ă garer et les consĂ©quences sanitaires seraient supportĂ©es par les familles voisines. Le nouvel Empereur se proclama Leader SuprĂȘme Double Cheese et annonça lâouverture officielle de lâĂšre des Grandes Injustices dont la premiĂšre serait que lâEmpereur soit trĂšs trĂšs terrible. Il faut reconnaĂźtre Ă
Bob une franchise inhabituelle. Les autres souverains commencent gĂ©nĂ©ralement par promettre lâĂ©quitĂ©, la paix, la prospĂ©ritĂ© et la baisse des impĂŽts puis attendent quelques jours avant dâexpliquer pourquoi aucune de ces choses nâest possible Ă cause de leurs prĂ©dĂ©cesseurs, de la mĂ©tĂ©o ou dâune minoritĂ© insuffisamment coopĂ©rative.
Bob a prĂ©fĂ©rĂ© supprimer lâĂ©tape de la dĂ©ception. Il promet lâinjustice, ce qui signifie que la moindre dĂ©cision Ă©quitable pourra dĂ©sormais ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e comme un miracle. VoilĂ une gestion habile des attentes populaires.
Mais un dictateur ne devient pas vĂ©ritablement dictateur en se contentant dâun titre, dâun vĂ©hicule et dâune odeur dermatologique. Il lui faut une mĂ©thode.
Bob le trĂšs trĂšs terrible consulta donc le petit manuel du dictateur qui indiquait en rouge sang sur blanc que la premiĂšre Ă©tape essentielle dâun rĂšgne rĂ©ussi Ă©tait la purge. LâEmpereur appliqua aussitĂŽt cette recommandation avec cette obĂ©issance touchante des hommes qui viennent de dĂ©couvrir un livre et sont encore persuadĂ©s quâil contient toutes les rĂ©ponses.
Deux-Fleurs de Pont-Krivell perdit la direction des Services Secrets,
Agatha fut retirĂ©e du MinistĂšre de lâĂconomie,
Monique Lemage quitta les Affaires ĂtrangĂšres et
MnĂ©mĂ©sine dâArcys fut sĂ©parĂ©e du MinistĂšre de la Justice.
La purge fut rapide, propre et presque dĂ©cevante pour un Empire qui conserve des fosses communes uniquement pour ne pas manquer de capacitĂ© dâaccueil. Personne ne fut dĂ©coupĂ©, personne ne disparut derriĂšre une tenture et personne ne fut officiellement dĂ©vorĂ©. Les ministres perdirent seulement leurs postes. Je soupçonne
Bob de ne pas avoir encore terminĂ© le chapitre puisquâil confirma lui-mĂȘme que la deuxiĂšme Ă©tape du manuel semblait concerner les exĂ©cutions arbitraires mais quâil devait poursuivre sa lecture avant de revenir le lendemain. Câest une prudence rare et admirable. Trop de souverains pratiquent lâexĂ©cution arbitraire sans avoir pris le temps de consulter les instructions.
LâEmpire entrait donc dans lâĂšre des Grandes Injustices avec un gouvernement presque entiĂšrement vidĂ© et un Empereur occupĂ© Ă chercher la table des matiĂšres. La situation aurait pu inquiĂ©ter le peuple mais elle le rassura. Les Bruns savent quâun rĂ©gime est vĂ©ritablement en difficultĂ© lorsque ses dirigeants paraissent savoir ce quâils font. Lâimprovisation tĂ©moigne au contraire dâune bonne santĂ© institutionnelle puisquâelle prouve que les souverains ont encore assez de confiance en lâEmpire pour prendre des dĂ©cisions avant dâen avoir compris les consĂ©quences.
Cheikh Evara cĂ©lĂ©bra immĂ©diatement le nouvel Empereur en rappelant quâil avait lancĂ© la carriĂšre politique de
Bob et que celui-ci avait rĂ©parĂ© les systĂšmes de climatisation des ministĂšres avant dâaccĂ©der au trĂŽne. Cette information est capitale puisquâelle dĂ©montre que lâascension sociale fonctionne encore. Un homme peut commencer par entretenir les appareils dâair froid puis finir par purger les ministres qui profitaient de cet air.
Cheikh Evara lança donc ses vivats avec lâenthousiasme dâun homme qui venait de reconnaĂźtre dans le nouveau souverain lâancien rĂ©parateur capable de remettre en marche la climatisation du palais.
Pendant ce temps,
Bob le trĂšs trĂšs terrible annonça que la premiĂšre grande semaine de son rĂšgne serait consacrĂ©e Ă la santĂ© mentale. Certains pourraient apercevoir lĂ une contradiction avec lâannonce de la purge et des exĂ©cutions arbitraires mais ce serait juger trop vite. La santĂ© mentale est toujours plus simple Ă promouvoir aprĂšs avoir retirĂ© du gouvernement toutes les personnes susceptibles de demander comment elle sera mesurĂ©e. LâEmpereur avait consultĂ© plusieurs cabinets de conseil avec le peu de budget que lâincompĂ©tente prĂ©cĂ©dente avait laissĂ© et tous Ă©taient parvenus Ă la mĂȘme recommandation. Il fallait atteindre le score minimal de santĂ© mentale sur un bracelet Whoopk.
VoilĂ donc lâavenir de la politique brune. Les siĂšcles prĂ©cĂ©dents utilisaient les augures, le vol des corbeaux et la couleur du foie des condamnĂ©s. Nous disposerons dĂ©sormais dâun bracelet. Je ne critique pas le progrĂšs puisque le bracelet possĂšde lâavantage de pouvoir ĂȘtre portĂ© pendant les sacrifices. LâEmpire se trouvait donc entre les mains dâun souverain trĂšs trĂšs terrible prĂ©occupĂ© par le bien-ĂȘtre psychologique de ses sujets et suivant simultanĂ©ment un manuel recommandant les purges.
Puis je nommai
Deux-Fleurs de Pont-Krivell Générale des Gentilles Forces Impériales. La décision allait de soi.
Deux-Fleurs venait dâĂȘtre retirĂ©e des Services Secrets et possĂ©dait donc une excellente connaissance des informations confidentielles, des passages cachĂ©s et des mĂ©thodes permettant de faire disparaĂźtre un document sans que personne nâose demander oĂč il se trouve. Toutes ces qualitĂ©s sont indispensables Ă un gĂ©nĂ©ral. La diffĂ©rence essentielle est quâĂ la guerre on appelle cela une manĆuvre.
Il fallait nĂ©anmoins rĂ©gler un problĂšme plus dĂ©licat car le nom de Gentilles Forces ImpĂ©riales ne convenait plus. Ce nâĂ©tait pas que nos soldats soient incapables de gentillesse puisquâils savent parfaitement se montrer polis lorsquâils encerclent une ville et plusieurs dâentre eux disent merci aprĂšs avoir reçu un ordre de pillage, mais le mot Gentilles risquait de crĂ©er une confusion. Nos ennemis pourraient croire quâils ont le choix. Je renommai donc lâarmĂ©e Forces ImpĂ©riales Siciliennes, nom plus prĂ©cis, plus honnĂȘte et infiniment plus Ă©lĂ©gant puisquâil indiquait clairement lâorigine de la loyautĂ© et le lieu oĂč il Ă©tait conseillĂ© de ne pas provoquer dâincident.
Les Forces Impériales Siciliennes seraient donc commandées par
Deux-Fleurs de Pont-Krivell et je dois avouer que lâassociation me plaisait. Une GĂ©nĂ©rale portant un nom de bouquet Ă la tĂȘte dâune armĂ©e impĂ©riale sicilienne est le genre dâimage que seule une grande civilisation peut offrir sans rire. Les fleurs poussent mieux sur les champs de bataille lorsque le sol a Ă©tĂ© correctement enrichi.
Mais avant que nous ayons le temps de dĂ©cider oĂč diriger ces nouvelles forces, lâEmpereur annonça une alliance avec la ConfĂ©dĂ©ration Libre, cette dĂ©mocratie caricaturale oĂč chacun possĂšde le droit absolu de parler tant que personne ne lâĂ©coute et oĂč les dĂ©cisions sont prises aprĂšs suffisamment de dĂ©bats pour que le problĂšme ai changĂ© de nature. Lâordre impĂ©rial Ă©tait clair puisquâil fallait se rĂ©jouir. Je me rĂ©jouis donc avec toute la ferveur rĂ©glementaire dont jâĂ©tais capable et dĂ©clarai publiquement notre immense satisfaction de compter les ConfĂ©dĂ©rĂ©s parmi nos alliĂ©s. LâEmpereur avait parlĂ© et rien ne rapproche davantage deux peuples quâune dĂ©cision prise par un seul homme dans lâun dâentre eux.
Il me tardait dĂ©jĂ dâorganiser de grandes manĆuvres militaires communes sur leurs terres et je maintiens que cette proposition Ă©tait amicale. Rien ne renforce davantage une alliance que des soldats apprenant Ă manĆuvrer ensemble puisquâils cessent ainsi de se regarder avec mĂ©fiance de part et dâautre dâune frontiĂšre pour pouvoir se regarder avec mĂ©fiance Ă lâintĂ©rieur du mĂȘme camp. La ConfĂ©dĂ©ration ne devait nourrir aucune inquiĂ©tude. Nous sommes des professionnels, il paraĂźt, et aucun gĂ©nĂ©ral ne tenterait Ă©videmment de conquĂ©rir ses alliĂ©s par excĂšs dâenthousiasme. Aucun soldat ne confondrait un exercice avec une annexion et aucune explosion malencontreuse ne dĂ©truirait un symbole dĂ©mocratique particuliĂšrement fragile. Si cela devait malgrĂ© tout arriver, nous formerions immĂ©diatement une commission militaire mixte chargĂ©e de dĂ©terminer pourquoi les ConfĂ©dĂ©rĂ©s avaient placĂ© leur bĂątiment Ă cet endroit.
La vĂ©ritable alliance ne repose pas sur la confiance mais sur la capacitĂ© commune Ă rĂ©diger le rapport aprĂšs lâaccident. La ConfĂ©dĂ©ration Libre pourra donc accueillir nos soldats avec sĂ©rĂ©nitĂ© puisquâils viendront en amis, des amis nombreux, armĂ©s et accompagnĂ©s de chariots de ravitaillement capables de soutenir un siĂšge de plusieurs mois. Il sâagit seulement dâune prĂ©caution. LâamitiĂ© demande de lâendurance.
Pendant que la diplomatie brune découvrait les vertus du déploiement fraternel,
Bob le trĂšs trĂšs terrible acheta un Complexe Hospitalier Ă Santa Banana City pour seize mille trois cent quarante-huit MĂ. VoilĂ une dĂ©cision particuliĂšrement rassurante. Le nouvel Empereur venait dâannoncer une purge, dâĂ©tudier les exĂ©cutions arbitraires et de nommer une nouvelle direction militaire. Lâachat dâun hĂŽpital dĂ©montrait quâil avait dĂ©jĂ envisagĂ© la suite. Les grands souverains ne se contentent pas de provoquer les blessures puisquâils investissent Ă©galement dans leur traitement.
Le Complexe Hospitalier serait probablement utile Ă la population et Ă lâarmĂ©e. Il permettrait de soigner les soldats, les citoyens et les ministres qui auraient mal interprĂ©tĂ© le mot purge. Nous voyons ici la supĂ©rioritĂ© du modĂšle brun. Chez les autres nations, la santĂ© et la guerre sont gĂ©rĂ©es par des administrations sĂ©parĂ©es qui se reprochent ensuite leurs dĂ©penses. Dans lâEmpire, nous prĂ©parons les combats et les lits dans un mĂȘme mouvement. LâefficacitĂ© ne consiste pas Ă Ă©viter les catastrophes mais Ă prĂ©voir suffisamment de draps.
Il serait cependant injuste de présenter le rÚgne de
Bob comme une simple succession de dĂ©cisions terribles. LâEmpereur trouva Ă©galement le temps de dispenser ses Petites Leçons en demandant Ă chacun sâil avait Ă©tĂ© injuste envers son prochain et en encourageant les citoyens Ă commettre leur premiĂšre injustice sans attendre le lendemain. Certains trouveront cette morale discutable mais ils oublient que lâEmpereur avait officiellement inaugurĂ© lâĂšre des Grandes Injustices. Un souverain doit donner lâexemple et
Bob le trĂšs trĂšs terrible ne demande pas au peuple dâaccomplir ce quâil ne pratique pas lui mĂȘme. Il usurpe, purge, insulte et pollue personnellement. VoilĂ une proximitĂ© avec les citoyens que beaucoup de monarchies nous envient.
LâEmpire Brun avançait donc avec Ă sa tĂȘte un Empereur ayant pris le pouvoir parce que
Joe lâavait forcĂ©, au MinistĂšre de la Guerre une araignĂ©e convaincue que les exercices militaires chez les alliĂ©s constituent une preuve dâaffection et Ă la tĂȘte des Forces ImpĂ©riales Siciliennes
Deux-Fleurs de Pont-Krivell, ancienne Directrice des Services Secrets devenue GĂ©nĂ©rale aprĂšs avoir Ă©tĂ© purgĂ©e avec suffisamment dâĂ©lĂ©gance pour recevoir presque aussitĂŽt une nouvelle armĂ©e. Ă Santa Banana City se dressait dĂ©sormais un hĂŽpital achetĂ© par lâhomme qui lisait encore le chapitre sur les exĂ©cutions arbitraires. Tout Ă©tait en ordre et lâEmpire nâavait jamais Ă©tĂ© aussi cohĂ©rent.
b]Deux-Fleurs de Pont-Krivell[/b] est naturellement invitĂ©e Ă venir prĂ©senter les objectifs des nouvelles Forces ImpĂ©riales Siciliennes, leur doctrine, leur organisation et les raisons pour lesquelles elles ont besoin dâautant de cordes.
Bob le trĂšs trĂšs terrible peut Ă©galement intervenir afin de prĂ©ciser la suite du petit manuel du dictateur puisque la population aimerait notamment savoir si le chapitre sur les exĂ©cutions contient des illustrations. Nos nouveaux alliĂ©s confĂ©dĂ©rĂ©s sont eux aussi invitĂ©s Ă rĂ©agir et pourront confirmer publiquement quâils accueillent nos futures manĆuvres militaires avec joie, sĂ©rĂ©nitĂ© et une absence complĂšte de barricades. Tout silence de leur part sera interprĂ©tĂ© comme un enthousiasme dĂ©mocratiquement tacite.
Retenez donc ceci chers auditeurs. LâEmpire Brun a changĂ© dâEmpereur, purgĂ© son gouvernement, renommĂ© son armĂ©e, achetĂ© un hĂŽpital et trouvĂ© de nouveaux alliĂ©s en une seule soirĂ©e. Certains appellent cela de lâinstabilitĂ© mais ils manquent dâambition. LâinstabilitĂ© consiste Ă ne pas savoir ce qui arrivera demain.
Dans lâEmpire Brun nous le savons parfaitement. Quelque chose de terrible arrivera. Et cette fois nous avons dĂ©jĂ rĂ©servĂ© les lits. Le 28 arrive Ă grand pas.
AprĂšs le Khanat qui Ă©lit ses souverains au milieu dâune chenille, aprĂšs le ValĂ©gro qui taxe ses maladies avant de terminer ses logements et aprĂšs lâEmpire Brun qui change dâEmpereur tout en rĂ©servant les lits dâhĂŽpital nĂ©cessaires Ă la suite, nous devons revenir Ă Sicilia. Ce retour sera reposant. LĂ -bas, personne ne prĂ©tend avoir rĂ©solu la nature humaine. Les Siciliens se contentent gĂ©nĂ©ralement de vĂ©rifier quâelle est correctement armĂ©e.
Trou Perdu porte un nom que les Ă©trangers prennent encore pour une plaisanterie. Ils imaginent sans doute quâune citĂ© ne peut pas rĂ©ellement sâappeler ainsi et conserver malgrĂ© tout une population, une administration et des commerces. Ils ignorent que ce nom est moins une moquerie quâun avertissement honnĂȘte. Trou Perdu ne promet rien. Il ne vous garantit ni la prospĂ©ritĂ©, ni la justice, ni mĂȘme la possibilitĂ© de retrouver le chemin par lequel vous ĂȘtes arrivĂ©. La ville vous annonce simplement que vous ĂȘtes dans un trou et que personne ne viendra vous chercher. Cette franchise explique peut ĂȘtre son Ă©trange soliditĂ©.
Aya Ravenloft engagea un combat contre un Soldat DĂ©serteur. LâĂ©vĂ©nement passa presque inaperçu dans le grand tumulte du Cybermonde et câest prĂ©cisĂ©ment ce qui le rend profondĂ©ment sicilien. Ailleurs, voir une Ravenloft affronter un militaire en fuite pourrait susciter des questions sur la sĂ©curitĂ©, les frontiĂšres ou lâĂ©tat des forces armĂ©es. Ă Trou Perdu, on regarde rapidement qui semble gagner puis on dĂ©place les verres fragiles.
Un Soldat DĂ©serteur est dâailleurs une crĂ©ature presque philosophique. Il possĂšde encore les armes et les habitudes du soldat mais plus aucun supĂ©rieur suffisamment proche pour lui dire vers qui les tourner. Il reprĂ©sente la libertĂ© militaire dans sa forme la plus pure et la moins recommandable.
Aya Ravenloft sâen occupa.
Il ne mâappartient pas de dire si ce combat relevait du courage, de la nĂ©cessitĂ© ou de cette curiositĂ© particuliĂšre qui pousse certains habitants Ă frapper les problĂšmes afin de vĂ©rifier sâils contiennent quelque chose dâutile. Je constate seulement que Sicilia continua de fonctionner pendant lâaffrontement. Les commerces ouvrirent, les tavernes servirent Ă boire et personne ne rĂ©clama la crĂ©ation dâune commission.
Câest cela aussi la stabilitĂ©.
Au milieu de cette activité ordinaire survint la déclaration de
Jaylie Dei Machiavelli, Gouverneure de Sicilia. Elle posa aux habitants de Trou Perdu une question aussi brĂšve quâinquiĂ©tante. Fouleraient-ils incessamment les terres de
Y0gi. La phrase ne contenait aucune explication supplĂ©mentaire. Elle nâindiquait ni lâintention, ni la destination exacte, ni la quantitĂ© de personnes dont les bottes devaient prochainement fouler quelque chose. Elle ne prĂ©cisait pas davantage si
Y0gi avait Ă©tĂ© consultĂ©. Cette Ă©conomie de mots mĂ©rite le respect. Les dirigeants faibles annoncent leurs projets en dĂ©tail. Ils exposent les objectifs, les moyens, les dĂ©lais et les risques avant de dĂ©couvrir que le peuple possĂšde dĂ©sormais assez dâinformations pour sây opposer.
Jaylie Dei Machiavelli choisit la méthode supérieure. Elle posa une question dont la formulation ressemblait déjà à une décision. Foulerons-nous les terres de
Y0gi incessamment.
Ce nâĂ©tait pas exactement une menace. Une menace ordinaire indique ce que lâon compte faire et laisse Ă la cible une chance de rĂ©agir. Ici, la Gouverneure semblait seulement consulter lâavenir comme si le piĂ©tinement avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© inscrit dans les astres et que Sicilia devait encore dĂ©terminer quelles chaussures porter.
Y0gi pouvait interprĂ©ter la phrase de plusieurs maniĂšres. Peut ĂȘtre sâagissait-il dâune visite. Peut ĂȘtre dâune procession. Peut ĂȘtre dâune opĂ©ration militaire menĂ©e avec cette courtoisie sicilienne qui consiste Ă prĂ©venir la personne concernĂ©e suffisamment tard pour quâelle ne puisse pas dĂ©mĂ©nager. LâambiguĂŻtĂ© est une arme magnifique. Elle permet de faire peur sans gaspiller de munitions. Je ne doute pas que les habitants de Trou Perdu aient compris immĂ©diatement le sens de la question ou quâils aient au moins fait semblant.
Jaylie Dei Machiavelli est naturellement invitée à préciser la nature exacte de sa question concernant
Y0gi. Elle peut venir expliquer sâil sâagit dâune visite officielle, dâune promenade touristique ou dâune opĂ©ration culturelle impliquant beaucoup de chaussures.
Y0gi peut Ă©galement rĂ©pondre. Il dispose probablement dâun dĂ©lai trĂšs confortable compris entre maintenant et le moment oĂč les Siciliens auront fini de sâĂ©quiper.
Dusk et
Aurora sont invitĂ©s Ă prĂ©senter les avantages Ă©conomiques de la Petite Armurerie et Ă confirmer que sa construction ne possĂšde absolument aucun rapport avec les terres prĂ©cĂ©demment mentionnĂ©es. Leur capacitĂ© Ă garder un visage sĂ©rieux sera considĂ©rĂ©e comme une preuve suffisante. Quant Ă
Aya Ravenloft, elle pourra nous dire ce quâest devenu le Soldat DĂ©serteur. Une rĂ©ponse courte suffira. Nous ne souhaitons pas nĂ©cessairement connaĂźtre lâendroit exact oĂč il a Ă©tĂ© rangĂ©.
Retenez donc ceci chers auditeurs. Pendant que les autres nations dĂ©battent de la dĂ©mocratie, du logement, de lâĂ©cologie et de la meilleure façon de mesurer leur santĂ© mentale sur un bracelet, Sicilia construit une armurerie.
Nous avons parlĂ© de lâElmĂ©rie qui Ă©lit un Grand Khan en formant une chenille, du ValĂ©gro qui combat la maladie en la taxant, de lâEmpire Brun qui organise une purge avant dâacheter un hĂŽpital et de Sicilia qui construit une armurerie avec cette modestie charmante des gens qui ne veulent surtout inquiĂ©ter personne avant dâavoir terminĂ© les stocks. Il serait cependant injuste de laisser croire que le reste du Cybermonde demeurait immobile pendant que nous produisions seuls lâHistoire. Les autres nations se sont elles aussi beaucoup agitĂ©es. Certaines ont parlĂ©. Certaines ont manifestĂ©. Certaines ont fait pousser des arbres Ă travers leurs routes. Dâautres ont traversĂ© une frontiĂšre au nom dâune enquĂȘte et dĂ©couvert avec surprise que les habitants locaux appelaient cela une ingĂ©rence.
Chaque peuple possĂšde ses traditions.
Ă la ConfĂ©dĂ©ration Libre, on aime rappeler que le pouvoir appartient aux citoyens. Câest une pensĂ©e magnifique qui permet Ă chaque citoyen de se sentir personnellement responsable du dĂ©sastre collectif sans jamais disposer de suffisamment dâautoritĂ© pour lâempĂȘcher. Une campagne prĂ©sidentielle sây prĂ©parait donc avec tout le sĂ©rieux attendu dâune dĂ©mocratie oĂč les candidats, les mouvements scientifiques et les pancartes ont parfois davantage de membres que les familles ordinaires.
Deux figures occupaient le centre de cette lutte. Dâun cĂŽtĂ© se trouvait
Don Amortel, accusĂ© dâavoir transformĂ© la campagne en une partie de PrĂ©sident du silence. De lâautre se dressait
Paul-Steeve Saint-Sauveur, candidat soutenu par le Mouvement MGBT+ et prĂ©sentĂ© comme lâunique rempart rationnel contre le retour du moyen Ăąge vĂ©gĂ©tatif.
Le principe du PrĂ©sident du silence semblait simple. Il fallait Ă©viter de parler afin de ne pas perdre la partie et probablement lâĂ©lection. Cette innovation politique mĂ©rite dĂ©jĂ notre admiration. Pendant des siĂšcles, les candidats ont tentĂ© de convaincre les Ă©lecteurs par des discours, des promesses et des mensonges travaillĂ©s avec soin. La ConfĂ©dĂ©ration venait enfin de comprendre que la meilleure façon de ne pas se contredire consistait Ă ne rien dire.
Don Amortel fut immĂ©diatement accusĂ© de dissimuler son ignorance et son programme anti-science derriĂšre ce silence. Lâaccusation Ă©tait logique. Lorsquâun homme ne parle pas, il devient possible de lui attribuer toutes les opinions dont on a besoin pour le combattre. Le silence ne protĂšge pas des critiques. Il fournit simplement aux adversaires une toile vierge.
Le Mouvement MGBT+ décida donc de répondre à cette stratégie avec la sobriété habituelle des organisations scientifiques convaincues que toute contestation du progrÚs constitue une urgence nucléaire.
Pr Jean-Michel Nobyl, Ministre de la Recherche et Tentacule SuprĂȘme, prit la parole au nom de
Paul-Steeve Saint-Sauveur, lequel devait conserver un silence olympien afin de ne pas ĂȘtre disqualifiĂ© par la bureaucratie Ă©lectorale.
La situation était délicieuse.
Un candidat refusait de parler pour gagner un jeu de silence. Son adversaire refusait Ă©galement de parler pour ne pas perdre ce mĂȘme jeu. Un ministre parlait donc Ă sa place afin de dĂ©noncer le silence de lâautre candidat.
VoilĂ une dĂ©mocratie pleinement dĂ©veloppĂ©e. Les deux personnes qui souhaitent gouverner se taisent tandis quâun troisiĂšme homme explique trĂšs fort ce quâelles pensent.
Pr Jean-Michel Nobyl présenta le programme de
Paul-Steeve Saint-Sauveur comme le seul projet rationnel. Il fallait dĂ©velopper massivement les technologies, injecter des budgets illimitĂ©s dans la recherche nuclĂ©aire et soutenir lâĂ©volution chromosomique de la population. Lâavenir de la ConfĂ©dĂ©ration passerait donc par davantage de laboratoires, davantage de radiations et probablement davantage de formulaires permettant aux citoyens de signaler la pousse dâun organe imprĂ©vu.
Je respecte cette vision.
Elle possĂšde une direction claire.
La plupart des gouvernements promettent de transformer la sociĂ©tĂ© sans prĂ©ciser sous quelle forme. Le Mouvement MGBT+ annonce au moins que certains Ă©lecteurs pourraient terminer le mandat avec trois bras et une meilleure rĂ©sistance aux radiations. Les partisans de la science avaient Ă©galement dĂ» supporter plusieurs manifestations silencieuses composĂ©es de Normies munis de pancartes. Cette procession fut dĂ©crite comme une attaque obscurantiste contre les glorieuses FĂȘtes de la Science. La grĂšve de la parole constituait selon eux une aberration mĂ©thodologique. Afin de rĂ©pondre Ă ces pancartes silencieuses, les mutants mobilisĂšrent leurs propres pancartes qui pouvaient parler et marcher. La dĂ©mocratie venait de franchir une nouvelle Ă©tape. Les affiches nâavaient plus besoin des manifestants.
à terme, les citoyens pourront rester chez eux pendant que leurs opinions se querelleront seules sur la place publique. Ce sera plus efficace et cela réduira considérablement les risques de discussion humaine.
Pr Jean-Michel Nobyl promit donc Ă
Don Amortel le bruit des compteurs Geiger et le triomphe de la Science. La menace était admirablement précise. Dans les autres nations, les candidats promettent de faire entendre la voix du peuple. à la Confédération, on promet de faire entendre les instruments signalant que le peuple devrait probablement quitter la zone.
Cette mĂȘme ConfĂ©dĂ©ration transmit ensuite au Khanat ElmĂ©rien les secrets de lâĂducation de Masse. La technologie reposait sur plusieurs principes remarquables. Des professeurs pouvaient enseigner Ă quatre mille Ă©tudiants grĂące aux mutations permettant la vision pĂ©riphĂ©rique Ă trois cent soixante degrĂ©s. Les Ă©lĂšves situĂ©s dans les couloirs apprenaient par rĂ©sonance acoustique et les diplĂŽmĂ©s insuffisamment performants Ă©taient rĂ©affectĂ©s Ă la rĂ©paration des catastrophes nuclĂ©aires.
Câest une conception admirable de lâĂ©chec scolaire.
LâĂ©tudiant qui ne comprend pas la physique peut immĂ©diatement contribuer Ă rĂ©parer les consĂ©quences de la physique appliquĂ©e par ceux qui lâavaient mieux comprise.
La Confédération appelle cela le recyclage énergétique des diplÎmés.
Dans lâEmpire Brun, nous appelons cela envoyer les moins utiles devant.
Nos mĂ©thodes se ressemblent davantage que les dĂ©mocrates ne voudraient lâadmettre.
Mais avant que la Confédération ne transforme entiÚrement sa campagne électorale en expérience scientifique, le Paradigme Vert nous offrit une démonstration différente du progrÚs. à Garinaville, la nature se réveilla. Des arbres surgirent du sol et éventrÚrent les rues. La pollution diminua toutefois dans la province.
Cette derniÚre précision résume toute la philosophie verte.
Les routes furent détruites.
Les habitants durent probablement contourner des racines énormes pour rejoindre leur domicile.
Les bĂątiments risquaient de perdre leurs fondations et les chariots pouvaient dĂ©sormais se briser contre une forĂȘt apparue au milieu des pavĂ©s.
Mais la pollution baissait.
Le bilan était donc positif.
Les autres nations considĂšrent les infrastructures comme un moyen dâamĂ©liorer la vie humaine. Le Paradigme Vert les considĂšre parfois comme une erreur historique que les vĂ©gĂ©taux doivent corriger. Une rue Ă©ventrĂ©e nâest pas une catastrophe. Câest une victoire Ă©cologique dont les ambulances devront simplement faire le tour.
Il faut admirer le courage idĂ©ologique dâun gouvernement capable de regarder un arbre traverser une canalisation et de demander en premier lieu si la qualitĂ© de lâair sâamĂ©liore.
Les habitants de Garinaville apprendront Ă sâadapter. Ils pourront grimper sur les branches, installer des ponts entre les feuillages et appeler cela une mobilitĂ© douce. Les bĂątiments les plus fragiles tomberont et libĂ©reront de lâespace pour la biodiversitĂ©. Quant aux citoyens blessĂ©s par les racines, ils pourront se consoler en respirant un air lĂ©gĂšrement moins polluĂ© pendant quâon cherche un chemin encore praticable vers lâhĂŽpital.
Le Paradigme Vert ne détruit jamais une ville.
Il la rend Ă la nature un quartier Ă la fois.
Cette Ă©volution se produisait alors mĂȘme que
Bartolomus Ravenloft dĂ©couvrait lâĂconomie Verte. Cette technologie promettait une croissance durable et une rĂ©duction de la pollution liĂ©e Ă la production. Il sâagissait dâune dĂ©couverte majeure puisquâelle permettrait peut ĂȘtre au Paradigme de produire des biens sans devoir ensuite demander aux arbres de dĂ©truire les routes par lesquelles ils avaient Ă©tĂ© transportĂ©s.
Mais le grand rĂ©cit extĂ©rieur de cette journĂ©e ne se dĂ©roulait ni dans les laboratoires confĂ©dĂ©rĂ©s ni sous les racines vertes. Il se dĂ©roulait au GĂ©ofront, cette province de la RĂ©publique de Kraland que le Royaume de RuthvĂ©nie semblait avoir dĂ©cidĂ© dâadministrer temporairement sans commettre lâimpolitesse de demander lâavis de tous les habitants.
Tout commença à Sanctuaire avec
Hanako Ainozomi, Comtesse locale et personne ayant eu lâidĂ©e remarquable de dĂ©poser des magazines pornographiques dans le bureau du Bourgmestre. Ce geste fut qualifiĂ© dâinfraction politique. Elle devint recherchĂ©e et perdit son poste. Certaines nations renversent leurs dirigeants pour trahison, corruption ou dĂ©faite militaire. Au GĂ©ofront, une carriĂšre politique peut sâachever sur le choix Ă©ditorial du matĂ©riel abandonnĂ© dans un bureau. Câest une frontiĂšre institutionnelle quâil fallait explorer.
Jean-Messie de la Nation arriva alors au nom de la RuthvĂ©nie. Il usa de ses prĂ©rogatives de Diplomate pour devenir Comte de Sanctuaire dans le cadre dâune opĂ©ration spĂ©ciale menĂ©e au nom de sa majestĂ©. La formule doit ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e avec attention. Une opĂ©ration spĂ©ciale est une intervention que lâon souhaite mener sans utiliser les mots invasion, prise de contrĂŽle ou installation dâun Ă©tranger dans le fauteuil encore tiĂšde dâune dirigeante locale.
Le terme spĂ©cial nâexplique rien. Il demande seulement aux tĂ©moins de ne pas employer un vocabulaire dĂ©sagrĂ©able.
Une fois devenu Comte,
Jean-Messie de la Nation retira plusieurs responsables locaux.
Mandy Chantargent perdit son poste de Juge,
Daofin Meur celui de Sergent et
Ninoo Chantargent fut retirée de la Police.
Françoise-Claude St Misles fut recommandĂ©e, domiciliĂ©e puis nommĂ©e Commissaire de Police avec une rapiditĂ© laissant penser que les documents avaient Ă©tĂ© remplis avant lâarrivĂ©e de lâencre.
Le nouveau Comte expliqua pourtant quâil se tenait Ă la disposition de lâĂ©quipe provinciale et quâil dĂ©missionnerait si le gestionnaire lĂ©gitime du bureau lui demandait. Il ajouta quâil ne doutait pas que les responsables locaux se connaissaient bien puisquâils avaient partagĂ© une chambre.
La RuthvĂ©nie possĂšde une maniĂšre trĂšs particuliĂšre dâoffrir sa coopĂ©ration.
Elle entre dans votre ville, prend le poste principal, remplace plusieurs fonctionnaires puis vous explique quâelle demeure entiĂšrement disponible pour discuter de la lĂ©gitimitĂ©. Câest une conversation monarchique. Le Roi parle avec ses titres. Les autres rĂ©pondent avec ce quâil leur reste. LâopĂ©ration concernait une enquĂȘte sur de fausses couronnes. La police perquisitionna le Complexe Forge Toufeu Touflamme et dĂ©couvrit dans une piĂšce une Couronne de RuthvĂ©nie, cinq unitĂ©s dâor et un lĂ©gume. Ce dernier Ă©lĂ©ment ne doit pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©. Dans toute affaire de faux monnayage, de couronnes et dâingĂ©rence internationale, le lĂ©gume constitue souvent la seule personne prĂ©sente Ă nâavoir encore accusĂ© personne.
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Vous nâĂȘtes pas fou ?
Aucun problĂšme.
Nous vous formerons. -
posté 22/07 (14:05)Radio Nécrotoile a écrit :
Quant Ă
Aya Ravenloft, elle pourra nous dire ce quâest devenu le Soldat DĂ©serteur. Une rĂ©ponse courte suffira. Nous ne souhaitons pas nĂ©cessairement connaĂźtre lâendroit exact oĂč il a Ă©tĂ© rangĂ©.
Quoi ? Le soldat déserteur ? Il n'y avait pas que ça, il y avait aussi 1 bandit et 2 assassins, je ne sais pas si c'est important..
Le soldat déserteur,aprÚs l'avoir vidé de tout son jus,mes employés l'ont juste enterré, j'ai préféré ça, sinon ils allaient agresser tous les voyageurs et ce n'est pas parce que c'est moi qui l'ai débusqué.
On ne peut pluschasserse promener tranquille en fait, on est surveillé
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Aya Ravenloft
Influenceuse de paix magique
Meilleure amie des enclumes.
Casseuse involontaire de portail