Votre émission de la nuit.

  • posté 09/07 (09:52)
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    Tifa[*b]LockHeart a dit :

    Hmmm ...

    Grande Khanne, je pense que c'est 'juste' de la jalousie ...

    Un Elmérien, il a un truc à te dire, ça va être droit dans les yeux ...
    je pense te l'avoir assez montré, peut-être trop même [:,]

    Les rumeurs, les appels anonymes, ça c'est des trucs d'Etrangers ...
    Et là, mon impression, c'est qu'ils 'flippent', qu'ils sont en train de réaliser que pour la 'Kroupe du monde', tu as TOUT le Khanat derrière/avec toi ...

    [j|]

    ___

    Prêtre guerrier de la sainte baffe.
    ( Un 'tantinet' décalé ? )


  • modifié 10/07 (01:56)
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    Oh.

    [=o]Nerdos Valkyry vient donc nous expliquer que les Elmériens disent les choses droit dans les yeux.

    C’est charmant. Vraiment. Surtout quand on parle à une araignée. Il va falloir choisir lesquels, mon cher. Parce que moi, des yeux, j’en ai assez pour recevoir une déclaration, une menace, une demande de pardon, trois mensonges et un devis de fessée sans même tourner la tête. Cela dit, je reconnais le fond de votre propos. Les appels anonymes, les rumeurs collantes, les petits numéros griffonnés dans les ruelles avec plus de cuir que de courage, tout cela sent effectivement l’étranger nerveux qui veut jouer au brave depuis le fond d’un combiné.

    Mais attention. Dire que tout le Khanat est derrière [=o]Tifa après une affaire de fessée intense, c’est une formulation audacieuse. Très audacieuse. Presque sportive. Je note donc que [=o]Tifa LockHeart dispose du soutien entier du Khanat, droit dans les yeux, droit dans l’arène et possiblement droit derrière elle selon l’angle dramatique choisi par la propagande. C’est beau, cette unité. C’est bruyant. C’est cuirassé.

    Ça sent la sueur, la poussière, la fierté tribale et la mauvaise idée assumée en groupe. Alors oui, peut-être que certains flippent. Peut-être même qu’ils réalisent que la Grande Khane n’est pas seule. Mais moi, [=o]Nerdos, je réalise surtout une chose. Quand une rumeur suffit à faire vibrer le téléphone d’une cheffe d’État et que tout un Khanat se lève pour dire que ce n’est pas drôle, c’est généralement que c’était très drôle.

    Et maintenant ... votre émission du soir.

    Bonsoir aux auditeurs bruns, aux taverniers qui ont connu trois empires sans changer de serpillière, aux familles qui ferment les volets quand les grands mots commencent à marcher dans la rue, aux ministres qui tombent avec moins de bruit qu’une chope vide et aux citoyens assez naïfs pour croire qu’une nation meurt proprement quand un président lui tient la main.

    Ici [=o]Kleo, araignée impériale brune, générale de mauvaise foi, journaliste impartiale par abus de langage et voix venimeuse d’une époque qui sens le parchemin brûlé. Je vous parle depuis mon trône morbide, sous une voûte de velours sombre où les crânes font meilleure audience que certains gouvernements, entre les dorures anciennes, les rideaux pourpres, les chandelles grasses et la fumée de taverne qui monte comme une prière mal intentionnée. Mes yeux bleus percent l’ombre avec cette douceur sèche des choses qui savent déjà que votre défense sera inutile.

    Ce soir, mes petits cadavres administratifs, nous ouvrons sur une tragédie nationale, une farce historique, un enterrement sans cercueil assez grand et surtout une preuve splendide que la démocratie libre n’étais qu’un rideau gris tendu devant une porte rouge. La [=o]Confédération Libre n’existe plus. Voilà. Elle s’est levée le matin avec ses discours, ses procédures, ses drapeaux, son vieux parfum de liberté bien rangée et le soir venu elle avait été pliée, tamponnée, attachée avec une ficelle idéologique et envoyée par colis express à la [=o]Républik de Kraland.

    [=o]Jean-Luc Selriche, élu avec plus de quatre-vingts pour cent des suffrages, a donc regardé son pays droit dans les formulaires et a conclu que celui-ci avait perdu ses valeurs identitaires. C’est beau, n’est ce pas. Un président reçoit un mandat populaire et découvre aussitôt que le peuple qu’il dirige n’est plus assez lui-même pour mériter de rester lui-même. Voilà la démocratie dans toute sa splendeur. Vous votez pour un homme et l’homme revient avec une pelle pour enterrer la maison.

    Il a parlé de Socialo-Grattitisme, de Bonheur Universel, de menace brune sur les scrutins, de nation devenue trop démokratique pour rester confédérée et de ruines d’Acropole qui rappelleront peut-être que la [=o]Confédération Libre existait jadis. J’aime beaucoup cette image. Une nation qui devient un souvenir avant même que ses fonctionnaires aient vidé les tiroirs. Forum devient une tombe avec une buvette pas ouverte, Structural une salle d’attente soviétique et Warriorland un pot de peinture mal refermé.

    Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement. Nous les écouterons avec toute la compassion qu’on accorde à une Constitution qui flotte dans un caniveau.

    La [=o]Confédération Libre a donc rejoint la [=o]Républik de Kraland sous la main de [=o]Jean-Luc Selriche, ce même homme qui appelle ses compatriotes kramarades tout en leur expliquant de ne pas paniquer. Ne paniquez pas, disait-il. Vous allez seulement renoncer à vos véhicules, vos maisons, vos propriétés et vos signes extérieurs de richesse. En échange, l’administration kralandaise offrira une collation et des bouteilles d’eau face à la chaleur. Voilà un contrat social qui donne envie de mourir debout avec un biscuit sec dans la main.

    On sent ici le génie rouge. Il n’y a plus de spoliation si l’on distribue une gourde. Il n’y a plus de conquête si l’on prononce Bonheur assez fort. Il n’y a plus de trahison si l’on ajoute Kra20Kra à la fin de la phrase comme un pansement sur une amputation. Le peuple perd sa maison mais gagne une collation. Il perd sa nation mais gagne une bouteille d’eau. Il perd sa liberté mais enfin il pourra faire la queue avec des papiers neufs. C’est moderne. C’est propre. C’est atroce.

    [=o]Jean-Luc Selriche a même réajusté les budgets avec une pudeur admirable. Quatre-vingt-onze pour cent pour la Présidence et un pour cent pour chaque ministère. Il fallait oser. La démocratie meurt et son président met le corps dans son propre coffre. On appelle cela assurer les affaires courantes. Moi j’appelle cela se servir une dernière louche avant que le chaudron change de drapeau. Mais je suis mauvaise langue. C’est mon métier et je le fais mieux que leur transition.

    Et naturellement une pétition de désaveu a été lancée contre [=o]Jean-Luc Selriche. Quatre pour cent. Puis six. La contestation grimpe comme une moisissure courageuse dans un sous-sol humide. Ce n’est pas encore une révolution. C’est plutôt un éternuement constitutionnel. Mais dans une nation qui vient de se faire ranger dans l’armoire de Kraland, même un éternuement peut avoir l’air héroïque. Les pétitionnaires peuvent appeler l’antenne. S’ils veulent pleurer, qu’ils le fassent loin du micro. Le matériel coûte cher.

    [=o]Don Amortel a demandé à [=o]Jean-Luc Selriche s’il allait bien et s’il avait pris un coup de chaud. Je trouve cette question admirablement insuffisante. Quand un président dissout votre pays pour cause de Bonheur Universel et de peur des agents bruns, on peut soupçonner plus qu’une insolation. La buvette fermée de l’Assemblée Nationale est peut-être une circonstance aggravante mais elle n’explique pas tout. Il y a des gens qui supporte mal la soif et il y a des gens qui cèdent des provinces à Kraland. L’écart est mince seulement dans les gouvernements très fatigués.

    [=o]Hans Van Meegeren, lui, a demandé si sa C.L était du poulet. C’est une phrase profonde. Plus profonde qu’elle en a l’air et moins stupide que plusieurs programmes. Si la [=o]Confédération Libre est du poulet, alors [=o]Jean-Luc Selriche vient de la servir rôtie à [=o]Ranxerox avec une petite sauce sociale et une garniture de collation. Si elle n’est pas du poulet, elle glousse drôlement dans le sac où on l’emmène.

    Pendant ce temps, [=o]Monique Quiès a parlé de trahison de principes et a rappelé que [=o]Jean-Luc Selriche fait un très mauvais traître. Là-dessus, je dois être honnête. Trahir exige une certaine élégance. Il faut du silence, du timing, une lampe basse et une porte que l’on referme sans bruit. [=o]Selriche, lui, a trahi avec communiqué, état d’urgence, cession territoriale, budget à quatre-vingt-onze pour cent et slogan d’accueil. Ce n’est pas une trahison. C’est une fanfare qui tombe dans un escalier.

    [=o]Précieuse de Tomosan a senti le coup venir avec la délicatesse blessée des gens qui ont encore une terre de cœur dans les cendres. Fuit. Elle a parlé de vraie liberté du côté des indépendants, de Confédération qui pourrait vivre un peu à travers le Valégro et elle a même interpellé l’Empire Brun en demandant qui est le vrai conquérant et qui est le vrai méchant. Question splendide. Réponse simple. Nous, au moins, quand nous sommes méchants, nous ne mettons pas un ruban rose dessus pour appeler ça une réforme sociale. La [=o]Républik conquiert en offrant de l’eau. L’Empire Brun mord en prévenant que ça va saigner. Chacun son honnêteté.

    Et la [=o]Grande Khane Tifa LockHeart, voyant l’effondrement de la [=o]Confédération, a applaudi la force de Kraland tout en regrettant qu’on ne lui ait pas légué une province au passage. Il faut aimer cette franchise tribale. Là où d’autres pleurent une nation morte, [=o]Tifa demande pourquoi personne n’a partagé le cadavre. Elle fait de la propagande pour les citoyens mécontents qui aiment taper, boire et se faire taper. C’est grossier, certes, mais au moins le contrat est lisible. Au Khanat, on vous accueille avec une chope, une bosse et une explication tardive.

    Les ex-confédérés qui hésitent entre l’eau de Kraland, les tartes du Khanat, l’asile brun ou le poulet d’[=o]Hans peuvent venir témoigner. Toute personne souhaitant défendre la mémoire de la Confédération peut aussi appeler, à condition d’avoir plus de colonne vertébrale que son président.

    La farce ne s’arrête pas là. Le [=o]Warriorland, cédé à Kraland, a déclaré sa sécession pour rejoindre la [=o]Confédération Libre, qui venait précisément de mourir. Voilà un moment de grande poésie politique. Une province quitte la nouvelle maison pour revenir dans la vieille maison pendant que la vieille maison n’a plus de toit. Le motif invoqué n’était pas une doctrine, pas une famine, pas une guerre sacrée. Non. C’était une histoire de peinture. On avait voulu repeindre en rose. On avait peint en rouge carmin. Et le rouge carmin, n’est ce pas, ce n’est pas du rose.

    Je m’incline. Voilà la vraie politique. Les nations disparaissent, les présidents trahissent, les provinces changent de drapeau mais un Warrior sait encore qu’un mauvais ton de façade justifie la sécession. La civilisation tient à peu de choses. Une nuance. Un pinceau. Un mur offensé. On peut survivre à la fin d’un pays mais pas à un artisan qui confond rose rutilant et rouge carmin. Les peintres responsables peuvent venir se dénoncer. Nous fournirons le goudron moral et les plumes institutionnelles.

    Le [=o]Géofront a suivi son propre chemin de craquement. [=o]Tormenta Ruthven a cédé la province à la [=o]Républik de Kraland en parlant de bien commun, de solidarité, de menaces de sécession et de Kraland-othon. Il a envoyé [=o]Wenceslas von Altheim-Blatnoï apprendre le kollektivisme en Républike comme on envoie un cousin pénible passer l’été chez une tante qui cuisine mal. [=o]Darth Leo a parlé de pouvoir colonialiste, de distance à prendre et de respect mort au Royaume. [=o]Shiki Chantargent a déclaré qu’il était temps de tourner une page. [=o]Ninoo Chantargent a expliqué qu’elle aimait le rose, le cirque et que grand-mère aimait bien un certain [=o]Decalco.

    C’est cela, mes petits auditeurs. Les provinces ne changent plus de nation pour la stratégie. Elles changent pour la couleur, la grand-mère, l’acrobatie, les humeurs du Duc et les formulaires que personne ne lis. Et pourtant, tout cela finit sur des cartes, dans des ministères et dans des poches. La géopolitique n’est pas morte. Elle s’est déguisée en foire de village.

    Pendant que les ruines roses fument, Sicilia continue de faire ce que Sicilia fait le mieux. Elle tient debout en ricanant. [=o]Jaylie Dei Machiavelli a rappelé que Sicilia est accueillante mais qu’elle n’est pas un paillasson. Voilà une phrase qui devrait être gravée sur chaque porte de Trou Perdu avec un clou encore tiède. Les non-résidents louches, déplacés ou franchement indélicats doivent être signalés aux forces de police. La Sicilia observe, la police note et la Gouverneure n’oublie pas. C’est sec. C’est propre. C’est local. C’est exactement ce qu’il faut dire quand le monde entier se met à déposer ses bottes sales dans votre entrée. Ta commande est prête.

    [=o]Martina Dei Machiavelli a loué [=o]Lachésis, soutenu l’Empire Brun, critiqué le Paradigme Vert et organisé une manifestation brune. Voilà une femme qui sait balayer dans le bon sens. Les verts ont les arbres, les chants, les champignons et cette manie de se croire supérieurs parce qu’ils respirent près de feuilles. Nous avons [=o]Martina, des chandelles, des crânes et une province qui sait que l’ordre est parfois une chaise que l’on lance avec méthode.

    [=o]Dusk et Aurora, de leur côté, ont tenu meeting pour retrouver leur fauteuil et ont donné de l’entrain au Complexe Agricole avec ce cri merveilleux de Vendredi Bienferme. Ils veulent leur fauteuil. C’est honnête. La plupart des politiques prétendent vouloir servir le peuple alors qu’ils visent un siège. [=o]Dusk et Aurora ont au moins la classe de dire la partie rembourrée à voix haute. Le peuple aime la franchise quand elle porte un costume et fait travailler les champs plus vite.

    Chez [=o]Monique Lemage, à Lampe du Génie, une école de magie a ouvert dans le Complexe Alchimique et un bouton d’acné démoniaque a explosé en bombe puante. Je le dis sans ironie excessive, voilà le genre d’établissement où l’Empire mérite d’envoyer ses enfants les plus robustes. Métamagie, fumée toxique, ambiance de fête et odeur de peste sous les tentures. On apprend plus en une soirée chez [=o]Monique qu’en trois ans dans une académie où les murs n’ont jamais crié.

    [=o]Deux-Fleurs de Pont-Krivell avait appelé récemment à nourrir la [=o]BOITE NOIRE de secrets et de mauvais coups. Après ce soir, je crois que la boîte doit refuser du monde à l’entrée. Entre une Confédération défunte, un président qui se recycle en kramarade, une province qui se sépare pour une erreur de peinture et des sacs de billets tachés d’un liquide noir retrouvés dans le bureau d’[=o]Agatha, l’urne des secrets a de quoi faire une indigestion.

    Ah oui, [=o]Agatha. Une rumeur brune parle d’un gros sac de billets tachés d’un liquide noir ressemblant à du pétrole dans son bureau, avec l’idée que le gouvernement aurait récupéré des fonds en Mystisie après un refus de coopération. Est ce vrai. Est ce faux. Est ce sale. Ce sont trois questions différentes et la troisième est la seule qui compte vraiment dans une bonne émission. Les [=o]Al-Khaïd veillent de loin, paraît-il, à ce que chacun reste à sa place. J’aime cette phrase. Elle sent la famille, le pétrole et la menace posée dans un coin comme une lampe.

    Justement, [=o]Layla Al-Khaïd a tenté de voler dans la caisse d’une Centrale Thermique en Mystisie, a été recherchée et a perdu son poste de Bourgmestre. Le monde adore les symboles faciles. Quand une Al-Khaïd touche à l’énergie, tout le monde regarde le compteur. Quand elle perd son poste, tout le monde découvre que même les grandes familles peuvent trébucher dans la caisse. C’est rassurant. Cela prouve que la justice existe encore, au moins quand la maladresse signe le registre.

    Pendant que les bruns sentent le soufre et la chandelle, la Ruthvénie a vécu son propre bal de meubles en feu. [=o]Ruthvenville a subi un incendie, [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin a nommé [=o]Dame Démerzel Préfète de Police et il a imposé des taxes temporaires sur à peu près tout ce qui pouvait bouger, se vendre, se boire, se porter, se lire, se soigner ou exploser. Le Royaume aime les traditions. Quand les finances toussent, il met vingt pour cent sur la réalité. C’est monarchique. Le peuple aura froid, faim, soif et une facture mais au moins il pourra dire que la mesure était temporaire. Les mesures temporaires ont cette beauté des promesses qui vieillissent bien dans les tiroirs.

    [=o]Tormenta Ruthven a félicité [=o]Jean-Messie de la Nation pour son bon travail tout en lui rappelant de ployer le genou pour éviter de se coller un redressement fiscal à lui-même. Là, je reconnais une délicatesse royale. Le ministre de l’Économie doit se soumettre à la Couronne pour ne pas se punir en travaillant. C’est presque une fable. La morale serais que l’argent obéit toujours mieux quand il a peur du protocole.

    À Kraland, le [=o]Commissariat du Bonheur chante encore, les félines miaulent encore et les chercheurs creusent encore. [=o]Michel DruKra salue l’expansion territoriale surprise de [=o]Ranxerox. [=o]Katniss Ravenloft explique que les amis, les câlins et la paix sont importants. [=o]Alice Ravenloft prépare des fêtes avec de la Pass’Tek. Le Bonheur Universel a donc conquis deux provinces avec des slogans, des chats et une promesse de collation. Je préfère encore une invasion classique. Au moins le tambour ne fait pas miaou.

    Et en Slavonie, une série d’attentats a frappé des armureries [=o]King Jouet. Le nom seul mériterait un procès. Une armurerie nommée [=o]King Jouet qui explose pendant que des provinces changent de maître et qu’une onde de paix traverse la région, c’est une métaphore si lourde qu’elle devrait payer un impôt sur la vente de symboles. Une onde de paix en pleine explosion d’armurerie, mes chers. Voilà le Cybermonde résumé en une seule absurdité. On vous interdit de vous battre au moment exact où le bâtiment qui vend de quoi le faire s’effondre sur quelqu’un.

    Voici donc la vérité impériale du soir. La Confédération n’est pas morte parce que Kraland était fort. Elle est morte parce qu’elle avait déjà appris à parler comme ceux qui l’avalais. Elle voulait être libre mais propre. Démocratique mais sans conflit. Sociale mais sans sueur. Grise mais heureuse. Et un jour, un président a regardé cette pauvre chose fatiguée et s’est dit qu’il suffisait de la repeindre en rouge pour que la farce soit complète.

    L’Empire Brun, lui, n’a pas besoin de prétendre être doux. Nous avons des crânes, des rumeurs, des familles dangereuses, des ministres revenus du Mal, des boîtes noires, des écoles de magie puantes, des gouverneures qui notent les étrangers et une araignée au micro. Nous ne sommes pas meilleurs. Nous sommes seulement plus honnêtes dans notre mauvais goût.

    Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison. [=o]Jean-Luc Selriche peut venir expliquer comment on enterre une nation avec une bouteille d’eau. Les survivants de la [=o]Confédération Libre peuvent venir pleurer dans un mouchoir rose. [=o]Précieuse de Tomosan peut venir défendre la multiculturalité en état de choc. Ouste. [=o]Dusk et Aurora peuvent venir réclamer leur fauteuil. [=o]Jaylie peut rappeler aux étrangers où poser leurs bottes. Les peintres du Warriorland peuvent venir avouer leur crime chromatique.

    Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les provinces orphelines, les démocrates recyclés, les kramarades fraîchement hydratés et les cadavres constitutionnels qui bougent encore sont invités à se manifester. Si quelqu’un désire poser une question, déposer une plainte ou simplement s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes. La Confédération ne répondra pas. Elle a été mise en attente.

    C’était Kleo, depuis le trône morbide, sous les rideaux pourpres, dans l’odeur de cire, de fumée, de cuir ancien et de fin de régime. Mes yeux bleus restent ouverts sur les ruines car quelqu’un doit bien regarder les nations mourir sans applaudir trop tôt.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • modifié 11/07 (00:28)
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    Bonsoir aux bruns, aux brunes, aux comptables qui tremblent devant les chiffres, aux contribuables qui rangent leurs économies sous le matelas, aux taverniers qui savent qu’un redressement fiscal commence souvent par une plume et finit parfois par une vengeance familiale, aux survivants de [=o]Sicilia qui vivent dans une ville où même les impôts ont l’air de porter un couteau.

    Ici Kleo, araignée féine impériale brune, journaliste impartiale comme une morsure dans une déclaration officielle, installée sur mon trône morbide entre les crânes polis, le velours sombre, les dorures anciennes, les rideaux pourpres et les chandelles qui fument avec l’air fatigué des témoins qui savent trop de choses. Mes yeux bleus percent la pénombre, ma toile tient le plafond, mon micro crépite et toute la salle sent cette belle odeur de pouvoir brun, de taverne humide et de dossier fiscal ouvert trop près d’une famille susceptible.

    Ce soir, mes petits contribuables d’infortune, nous devons parler d’un grand moment de poésie administrative. [=o]Agatha, Ministre de l’Économie de l’Empire Brun, a voulu frapper [=o]Shana Al-Khaïd d’un redressement fiscal. Elle a sorti la plume, l’indignation, la piscine centrale, les piscines annexes, les pièces qui glissent sur la peau avec des climats différents et cette belle douleur de femme riche qui voit son bassin monétaire perdre de l’eau par toutes les fissures de l’Empire.

    Et puis elle a frappé [=o]Adekan.

    C ki ?

    Voilà.

    Le fisc brun a chargé la mauvaise silhouette.

    C’est magnifique.

    C’est tragique.

    C’est tellement impérial qu’on entend presque le tampon administratif rire dans un tiroir.

    [=o]Agatha écrivait à [=o]Shana avec le ton d’une femme blessée dans son patrimoine aquatique. Elle parlait de [=o]Mystisie, de caisses provinciales, de vols, de sœurs, de piscines trouées et de compensation insuffisante. Tout était prêt pour un duel de richesse, d’honneur et de pièces humides. Le discours avait la forme d’une menace fiscale bien cirée. Le problème, c’est que la gifle est tombée sur [=o]Adekan pour cinquante MØ. Autrement dit, le fisc a brandi un marteau impérial, a visé une [=o]Al-Khaïd et a écrasé une noix oubliée sur la table. Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement mais qu’ils apportent une carte avec leurs noms en gros caractère. Il semblerait que le ministère de l’Économie ait parfois besoin d’aide pour viser.

    Et là, [=o]Shana Al-Khaïd a répondu avec cette élégance sèche des gens qui savent qu’ils viennent d’assister à une chute sur peau de banane mais qui garde assez de classe pour applaudir doucement. Elle a loué [=o]Agatha, a parlé de retour d’[=o]Henry, a dit l’arroseur arrosé et a rappelé qu’elle n’avait jamais volé en Empire sauf une fois parce qu’on lui avait refusé ses titres. Voilà une défense splendide. Pas innocente. Pas coupable. Juste brune par adoption morale. Une vérité tordue mais qui avance le menton haut.

    Elle a ajouté qu’on ne devait pas la tenir responsable des agissements de sa sœur. Et là, mes petits crocs, le sol commence à sentir la vengeance chaude.

    Car chez les [=o]Al-Khaïd, on ne touche pas à la famille en espérant que la poussière retombe gentiment. On ne confond pas une sœur, une voleuse, une caisse mystisienne et une piscine d’[=o]Agatha sans risquer de réveiller une tente entière. [=o]Shana a ensuite critiqué [=o]Lachésis en rappelant qu’elle était venue prévenir d’une invitation au vol en [=o]Mystisie et qu’il fallait réfléchir à deux fois avant de provoquer un autre problème plus grave que quelques milliers de pièces d’or.

    Voilà.

    La phrase est posée.

    Elle ne crie pas.

    Elle ne gesticule pas.

    Elle met simplement une braise dans les rideaux et attend que les gens remarquent la fumée.

    [=o]Agatha a répondu par un cri admirable. MAIS. Comment c’est possible. Trahison. C’est court, rond, parfait, presque théologique. On sent la ministre qui regarde son propre redressement revenir vers elle avec une moustache collée et un panneau indiquant mauvaise cible. C’est le genre de cri qu’on pousse quand la machine qu’on a lancée mord le tapis, le voisin et la chaise au lieu du coupable.

    Fausse analyse officielle de la soirée. L’Empire Brun a raison. Même quand il se trompe de cible. Car se tromper de cible prouve qu’il y avait une cible quelque part. Voilà une logique que les étrangers comprend pas. Un fisc qui vise mal est toujours plus vivant qu’une démocratie qui demande trois commissions pour savoir si la flèche a le droit d’exister.

    Et pendant que [=o]Shana faisait chauffer la menace avec un sourire trop poli, [=o]Sultan Omar Al Khaïd s’est occupé de [=o]Kath Khanova à [=o]Bagdad avec une méthode beaucoup moins littéraire. Il a tenté de la désigner à la vindicte populaire. Il a tenté de l’entraîner dans une bagarre. Il a été jeté dehors. Puis il l’a agressée. Deux fois. Voilà une famille qui ne laisse jamais un malentendu fiscal mourir seul dans un coin. Chez eux, même la comptabilité finit en bagarre de rue.

    [=o]Golshifteh Rafani a demandé à tout ce petit monde de venir discuter autour d’un ragoût. J’admire cette tentative. Quand les monstres frappent, quand les familles s’accusent, quand les ministres se trompent de contribuable et quand le sang commence à regarder la nappe avec envie, il reste toujours une tante pour proposer de manger. C’est presque civilisé. Presque.

    [=o]Shana, [=o]Agatha, [=o]Sultan Omar et toutes les personnes qui possèdent une piscine remplie de pièces peuvent venir s’expliquer en direct. Les auditeurs veulent savoir si le prochain redressement visera la bonne personne, la mauvaise sœur ou le premier pauvre diable qui passera devant le bureau avec une éponge.

    Passons maintenant aux nouvelles de [=o]Sicilia, parce que le reste du monde peut bien s’étrangler dans ses formulaires mais nos pavés méritent qu’on les regarde d’abord.

    Les habitants touchés par la secousse peuvent venir témoigner. Ceux qui ont profité de l’occasion pour ne pas payer leur verre peuvent se dénoncer avant que les meubles ne le fassent. [=o]Dusk et Aurora, eux, ont continué à faire ce que les bons intendants font quand les villes tremblent, les rumeurs bavent et les élections sentent la poudre. Ils ont donné de l’entrain au Complexe Agricole avec un morceau de musique puis ont tenu meeting pour la mairie de [=o]Trou Perdu. Personne n’est venu y assister. C’est dur. C’est cruel. C’est électoral. Et pourtant le message était beau. Pour une [=o]Sicilia au sommet de la modernité et des traditions. Et puis pour faire chier les rumeurs mythomaniques. Vive le parrain.

    Voilà une plateforme politique que je peux respecter. Modernité, traditions, rancune contre les ragots et fidélité au parrain. Il manque une route devant la prison, un fauteuil récupéré et peut-être un comité pour empêcher [=o]Y0gi de respirer trop près des urnes mais l’ensemble est solide. Les foules ne viennent pas toujours quand il le faut. Les foules ont parfois tort. C’est pour cela qu’on invente la propagande.

    [=o]Benkaa Dei Machiavelli a retiré sa candidature en faveur de [=o]Dusk et Aurora pour éviter l’élection de [=o]Yogi et retourner s’occuper de son bar. Je le dis sans plaisanter. Voilà un acte de sagesse locale. Un homme regarde la situation, comprend qu’un danger électoral rôde et choisit de sauver la ville tout en revenant à l’activité la plus sacrée de [=o]Sicilia, le comptoir. On gouverne peut-être avec des décrets mais on survit avec des tavernes.

    Quant à [=o]Yogi, il est encore là comme une tache sur une nappe qu’on ne parvient pas à gratter. Aveugle, muet, sourd et pourtant miraculeusement nuisible. C’est un ennemi pratique. Il ne voit pas les reproches, n’entend pas les insultes et ne répond pas aux accusations. Mais il occupe l’espace. Il est l’argument vivant pour lequel il faut des jumeaux démoniaques, un bar solide et une ville qui sait fermer la porte.

    Les électeurs qui ont hésité avec [=o]Yogi peuvent venir s’expliquer. Nous mettrons un seau à côté du micro au cas où la honte aurait besoin de sortir.

    Dans l’Empire, [=o]Bob le très très terrible a fait réparer deux hôpitaux endommagés en ordonnant le l'installation immédiate de la climatisation dans chaque pièce. Le sous-traitant choisi est Très Très Terrible Incorporated. Il y a là une beauté administrative qui force le respect. Le ministre de la Recherche trouve un problème, propose une solution, se donne le marché et l’appelle progrès. Les hôpitaux respirent mieux, les vieilles personnes meurent peut-être moins chaudement et les appels d’offre ont la transparence d’une flaque de pétrole.

    Je salue [=o]Bob. Pas trop près. Mais je le salue.

    Pendant ce temps, le grand théâtre des trônes continue en [=o]Ruthvénie. Une Course au Trône Maudit a été lancée par les Ombres avec [=o]Bladimir, [=o]Golgoth, [=o]Lachésis et [=o]Tormenta. Les démons ont donné les règles, le Cybermonde a grésillé et tout le monde s’est remis à courir après une couronne comme des enfants après un bonbon empoisonné. Le score bouge. Les candidats s’agitent. Les pactes sentent le sucre et la fumée.

    Je dois admettre que voir [=o]Lachésis dans cette course me donne un certain intérêt. Après tout, une Impératrice brune dans une compétition démoniaque, c’est moins une surprise qu’une formalité avec éclairage dramatique.

    [=o]K Velzard, lui, a usurpé [=o]Ranxerox, puis a presque aussitôt expliqué qu’il voulait juste passer du bon temps avec Chouchou et que la politique lui minait le moral. Voilà la [=o]Républik dans toute sa splendeur. Un coup d’État, une crise sentimentale, une démission émotionnelle et un tiroir des secrets que [=o]Ranxerox cherche comme un enfant cherche les biscuits. La révolution est devenu une porte tournante pour hommes fatigués.

    [=o]Jean-Luc Selriche a poursuivi son autocritik au mémorial de la Confédération Libre. Il a confessé son erreur d’avoir cru possible de concilier démocratie, liberté et socialo-graffitisme. Il a annoncé qu’il avait mis fin à cette folie républicaine pour épouser le Bonheur Universel. C’est très beau. Très rouge. Très dangereux pour les meubles. Quand un homme appelle la liberté une folie et la fin de la récré un progrès, je conseille aux citoyens de cacher leur maison avant la collation.

    Mais la [=o]Confédération Libre, cette vieille tache rose qu’on croyait pliée, s’est remise à tousser. [=o]Milieu a rejoint la Confédération après l’insurrection de [=o]Patrick-Lamulle DePouch, qui remercie [=o]Monique Quiès et annonce le retour à la CL. Puis voilà [=o]Roger St Misles qui parle de Confédération du Bisou, d’amour, de force, de justice dure et de Bisou Véritable. La Confédération est morte, puis revenue, puis embrassée de force par une idéologie qui semble vouloir réparer les institutions avec des lèvres.

    Je ne juge pas. Enfin si. Évidemment que je juge.

    Une nation qui revient d’entre les morts sous le nom de Confédération du Bisou mérite au moins qu’on vérifie si le cercueil était bien fermé. Mais je reconnais l’effort. Il y a pire que mourir. Il y a mourir sans slogan ridicule.

    Au [=o]Géofront, [=o]Shiki Chantargent a vidé les taxes comme on vide une maison après un mauvais mariage. Salaires à zéro. Ventes à zéro. Extraction à zéro. Le peuple respire, les caisses pleurent et le fisc regarde la scène avec la même expression qu’[=o]Agatha quand son redressement part sur [=o]Adekan. [=o]Soeur Shoshana von Zyklon dit que le Royaume les a reniés et qu’il faut repartir. [=o]Alice Ravenloft soutient les options d’indépendance et de Bonheur Socialo-Graffik avec son habituel Miaou de velours diplomatique. Bref, le [=o]Géofront fait ce que font les provinces blessées. Il change d’humeur, de drapeau et de fiscalité avant le café.

    Ailleurs, le [=o]Khanat Elmérien chante, cogne et naturalise. [=o]Elbereth Khan Seraven a accueilli [=o]John-Beau Pêlemanteau et [=o]Cassandre Lemage Ruthven avec des explications qui ressemblent à des tapis cousus dans une tente pleine de dossiers. Être Elmérien avec des papiers kralandais devient une particularité singulière. Les stages se valident, les bégonias souffrent et la bramboise de [=o]Nerdos semble menacée. Le Khanat marche. Fort. Peut-être pas droit mais fort.

    Au [=o]Fantasme, [=o]Jay Padbol a transformé une soirée en spectacle doré avec fumigène, casque de plumes, arbitres glamour et prolongation douteuse. [=o]Cassandre Lemage Ruthven a tenté le Big Bisou. [=o]Rosalia de Pont-Krivell a chanté pour [=o]Kraland puis pour le [=o]Khanat. [=o]Alice Ravenloft a chanté son Miaou du cœur. À ce niveau, ce n’est plus une auberge. C’est une arme culturelle avec des coussins.

    Et pendant que tout le monde danse, chante, taxe, trahit, aime, frappe, fiscalise et met de la climatisation dans les hôpitaux, [=o]Trou Perdu continue de tenir. Secouée par la terre. Traversée par les rumeurs. Menacée par les mauvaises candidatures. Sauvée par un bar, un fauteuil, des jumeaux et une tête de statue qui roule plus honnêtement que certaines familles.

    Voilà la vérité impériale du soir. Le monde est un redressement fiscal mal adressé. Tout le monde croit viser juste. Tout le monde tape à côté. La [=o]Républik tape la liberté en appelant ça Bonheur. La [=o]Ruthvénie tape sa propre couronne avec des pactes sucrés. Le [=o]Khanat tape les problèmes jusqu’à ce qu’ils deviennent des chants. La [=o]Confédération embrasse son cadavre en disant Bisou². Et l’Empire Brun, lui, se trompe parfois de nom mais conserve la seule qualité qui compte. Quand il rate sa cible, il trouve toujours quelqu’un à faire payer.

    Les concernés peuvent venir nier publiquement. [=o]Agatha peut expliquer comment [=o]Adekan s’est retrouvé dans la piscine fiscale de [=o]Shana. [=o]Shana peut venir dire si sa vengeance sera familiale, financière ou simplement très bruyante. [=o]Adekan peut venir récupérer ses cinquante MØ de dignité. [=o]Dusk et Aurora peuvent réclamer leur fauteuil. Les enfants qui font rouler [=o]Don Patrino peuvent demander une subvention culturelle. [=o]Yogi peut essayer de comprendre mais nous ne promettons pas d’attendre.

    Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les fiscalisés par erreur, les piscines trouées, les taverniers, les démons, les bisouteurs confédérés et les Siciliens qui ont tout vu depuis une fenêtre mal fermée sont invités à se manifester.

    C’était Kleo, depuis le velours sombre, les crânes polis, les rideaux pourpres et la fumée d’une taverne qui sait qu’une erreur fiscale n’est jamais grave tant qu’elle finit en bonne histoire.

    Et souvenez vous qu’en Empire Brun, même quand le fisc se trompe de cible, la vengeance sait toujours lire l’adresse.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • posté 11/07 (04:42)
    +1 -1      


    Ici Kleo, araignée féline, impériale brune et journaliste autoproclamée impartiale, installée sur l'épaule de Renato, où mes yeux bleus regardent le Cybermonde comme une assiette fendue qu’on continue pourtant de servir aux invités.

    Ce soir, revue hebdomadaire du samedi, en bref.


    En Ruthvénie, la monarchie a continué son grand numéro de vieux château vivant. Wenceslas von Altheim-Blatnoï a été critiqué, Felicity Ruthven a agité la cour, Bladimir Bladimirovitch Mutin a bougé des pièces sur l’échiquier et Serbitar Seraven a démontré que détruire une Préfecture de Police peut parfois devenir une forme de gestion immobilière. Résumé factuel. Le Royaume reste instable. Résumé cynique. Il appelle cela tradition avec assez de velours pour que le mot passe mieux.

    La Confédération Libre a surtout marqué la semaine par sa disparition organisée de l’intérieur. Jean-Luc Selriche, élu président d’un pays censé défendre la démocratie, a décidé que la meilleure façon de servir son peuple était de livrer la maison entière à Kraland. Il a déclaré que la Confédération Libre n’existait plus, cédé des provinces et présenté l’absorption par la Républik comme une évolution nécessaire. En termes moins parfumés, les Confédérés se sont couchés citoyens libres et se sont réveillés avec un avenir rouge dans la bouche. Kraland n’a même pas eu besoin d’enfoncer la porte. Le président l’a ouverte lui-même.

    Du côté de Kraland, la République a continué son expansion idéologique avec son mélange habituel de slogans, de production, de discipline et de bonheur surveillé. Au Valégro, les discours ont tourné autour de mémoire, de liberté, de ponts et de méfiance envers l’influence rouge. Alice Ravenloft a continué à miauler la paix avec une douceur qui donne presque envie de vérifier si le formulaire de naturalisation est déjà caché sous la patte.

    Le Khanat Elmérien a poursuivi sa semaine entre annonces diplomatiques, sport, tambours, tartes à la crème et fierté tribale. Rosalia de Pont-Krivell a diffusé ses nouvelles et les visages ont parfois reçu plus de crème que d’arguments. Au moins, là-bas, quand un désaccord atterrit, il laisse une trace visible.

    Le Paradigme Vert a continué à prouver que la nature est belle surtout quand elle ne vous attaque pas. Entre constructions, discours, créatures sauvages et incidents divers, les provinces vertes ont rappelé qu’aimer les arbres n’empêche pas les loups, les vers de glace ou les piquosaures de vous traiter comme un encas diplomatique.

    Dans l’Empire Brun, Lachésis a consolidé son retour, Martina D. Dei Machiavelli est revenue à l’Intérieur, Silice de Pont-Krivell à la Guerre, Monique Lemage aux Affaires Étrangères et Deux-Fleurs de Pont-Krivell aux Services Secrets. Y0gi a fait une apparition administrative si discrète qu’on peut encore se demander s’il a remarqué lui-même son passage. C’est peut-être la première fois qu’un poste ministériel a produit moins de bruit qu’une chaise vide.

    En très très bref...


    **Mystisie**
    Empire Brun → Kraland → Empire Brun

    **Warriorland**
    Confédération Libre → Kraland → Confédération Libre

    **Milieu**
    Confédération Libre → Kraland → Confédération Libre

    **Géofront**
    Ruthvénie → Kraland → Ruthvénie

    Beau petit ballet de drapeaux. On dirait une carte politique possédée par un démon qui cherche la bonne couleur de rideaux.


    C’était Kleo, pour la revue hebdomadaire du samedi.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • posté 11/07 (20:15)
    +0 -1 -1 
    Nous avons reçu un courrier avec une information exclusive.

    Y0gi, notre grand mystère municipal, notre meuble politique à respiration basse, notre énigme administrative qui réussit l’exploit d’être aveugle, muette, sourde et pourtant encore agaçante, aurait laissé à l’entrée de Trou Perdu cette déclaration splendide.

    Vous entrez sur les terres de Yogi.

    Pas Y0gi.

    Yogi.

    Il a donc réussi une phrase entière sans presque se tromper.

    Presque.

    Et naturellement, l’unique erreur concerne son propre nom.

    Le message aurait été modifié le quinze juin à dix heures trente selon les caméras. Nous sommes maintenant en juillet. Cela fait donc des semaines que Trou Perdu accueille les visiteurs en leur expliquant qu’ils entrent sur les terres de Yogi, comme si le parrain local n’était plus un homme, ni une famille, ni une ombre respectable derrière une porte close, mais une faute d’orthographe avec mandat territorial.

    Mes petits pavés, comprenez la gravité de la chose.

    Soit Y0gi est tellement négligent qu’il a oublié de retirer son vieux panneau.

    Soit Y0gi est tellement puissant que personne n’ose le retirer.

    Soit Y0gi est le Parrain.

    Un silence.

    Je vais répéter, parce que même moi j’ai besoin que cette absurdité prenne ses souliers avant d’entrer dans ma tête.

    Y0gi.

    Le Parrain.

    L’homme qui ne répond pas, ne voit pas, n’entend pas et ne corrige même pas son propre nom serait donc peut-être la grande main invisible de Trou Perdu.

    Enfin invisible, oui. Ça au moins, ça colle.

    Nous ouvrons donc officiellement l’enquête de Radio Nécrotoile.

    Question numéro un.

    Qui a laissé ce panneau en place.

    Question numéro deux.

    Pourquoi.

    Question numéro trois.

    Est-ce que les terres de Yogi paient un loyer aux familles ou est-ce que les familles paient désormais un tribut à une coquille typographique.

    Question numéro quatre.

    Si Y0gi est vraiment le Parrain, doit-on lui parler fort, écrire en gros ou simplement attendre qu’il remarque la ville qu’il possède.

    Je remercie NOROGURA Jûzô pour cette information. Voilà du vrai service public. Pas de la police molle, pas du formulaire tiède, non. Du renseignement local, sale, précis, embarrassant et parfaitement apte à rendre une taverne bruyante pendant trois heures.

    Les habitants de Trou Perdu sont invités à témoigner. Les complotistes peuvent apporter leurs ficelles, leurs cartes et leurs yeux trop ouverts. Les fidèles du Parrain peuvent venir nier.

    Et Y0gi peut bien entendu venir corriger son panneau, son nom, son silence ou notre compréhension de son règne. Mais attention. S’il répond enfin, cela prouvera qu’il était capable de parler depuis le début. Et là, mes petits amis, ce ne sera plus une enquête. Ce sera un procès pour foutage de gueule aggravé.
  • posté 12/07 (00:43)
    +2 -1 +1 


    Bonsoir aux habitants du Cybermonde, aux ministres qui démissionnent avant que leur chaise ait refroidi, aux bourgmestres qui explosent avec leur bâtiment, aux diplomates qui se réveillent en prison, aux révolutionnaires qui confondent l’indépendance avec une crise de nerfs et aux auditeurs qui ont encore la délicatesse de ne pas hurler plus fort que mon micro.

    Ici [=o]Kleo, araignée féline impériale brune, journaliste autoproclamée impartiale alors que l’impartialité me sert surtout de napperon sous la coupe de poison, installée dans une salle de radio où les crânes brillent sous la cire noire, où le velours sombre avale la fumée, où les dorures anciennes sentent la tombe riche et où mes yeux bleus découpent les ombres du haut de l'épaule de [=o]Renato.

    Ce soir, mes petites mouches civiques, le Cybermonde a prouvé qu’il savait encore produire de l’actualité avec la grâce d’un ivrogne qui renverse une armoire sur un prêtre. Nous avons du [=o]Valégro qui s’enflamme, du [=o]Géofront qui veut sortir du Royaume en claquant toutes les portes à la fois, de la [=o]Sicilia qui reçoit des attentats sur son garagiste, de la [=o]Bouletie qui transforme la politique en fête permanente et de la [=o]Ruthvénie qui cherche un roi comme on cherche une bougie dans une cave pleine de démons.

    Commençons par la grande élégance du soir, c’est à dire [=o]Ranxerox contre [=o]Emile Liarr.

    Le fait est assez clair, ce qui est déjà suspect. [=o]Ranxerox, Ministre de la Justice par intérim de la [=o]République de Kraland, a lancé un avis de recherche contre [=o]Emile Liarr pour crime politique arbitraire. Voilà un chef d’accusation qui a la beauté d’un caillou peint en rouge. Arbitraire. C’est presque honnête. La plupart des régimes font semblant d’avoir une raison. [=o]Kraland, lui, met parfois le mensonge directement sur l’étiquette et appelle cela une simplification administrative.

    Puis [=o]Kleo, c’est à dire moi même avec toute la modestie réglementaire, a entamé un combat contre [=o]Emile Liarr. La police est intervenue. Elle m’a confisqué quatre drogues et un collier de charme, ce qui est une manière très grossière de fouiller une artiste. [=o]Emile Liarr a été conduit en prison à [=o]Fort Emouchet et j’ai déclaré qu’il était à eux en demandant de ne pas trop l’abîmer parce que j’y tiens.

    Voilà une nuance que les historiens apprécieront. On peut livrer quelqu’un à la justice et rester sentimentale. C’est même plus propre. Le paquet est attaché, le cœur s’excuse et la toile fais son travail.

    Ensuite [=o]Ranxerox a expédié [=o]Emile Liarr au bagne d’[=o]Australine avec un joyeux anniversaire qui sentait moins le gâteau que la pelle dans la nuque. Puis il a annoncé que ce serait désormais [=o]Emile contre [=o]Ranxerox, sans fonction, sans enjeu politique et jusqu’à ce que mort s’ensuive. Enfin une diplomatie qui cesse de porter un chapeau. On range les discours, on sort les dents et on appelle ça régler ses comptes à l’elmérienne parce que décidément tout le monde aime emprunter les couteaux culturels des autres quand sa propre argenterie est sale.

    Les concernés peuvent venir expliquer si ce duel est une crise de justice, une thérapie de couple politique ou simplement deux mâles qui ont trouvé un prétexte pour cogner sans lire la notice.

    Pendant ce temps, [=o]Fort Emouchet n’a pas attendu qu’on lui demande son avis. Des Bourgeois Décadents sont entrés en rébellion, des manifestations insurrectionnelles ont éclaté contre le gouvernement de [=o]Kraland et l’hôtel [=o]Le Domaine des Rois est devenu zone autonome pour vingt quatre heures. C’est magnifique. Une ville qui se transforme en pamphlet avec service de chambre. On entre pour dormir et on ressort peut être citoyen d’une moquette séparatiste.

    [=o]Sysson a traité [=o]Ranxerox de cancer politique avec ce sens de la mesure que les diplomates perdent souvent quand les rues sentent la poudre. [=o]Logan Komikov a quitté son poste pour rejoindre le [=o]Quartier Suprême et reprendre des prérogatives gouvernementales. Il a expliqué qu’une dose de diplomatie était nécessaire. Bien sûr. Quand la ville produit des zones autonomes, des bagnes d’anniversaire et des cris d’ablation, la diplomatie arrive toujours après avec une serpillière et un badge officiel.

    Le [=o]Valégro peut donc venir témoigner. Les rebelles, les hôteliers, les bourgeois décadents, les diplomates en sueur et les gens qui ont écrit traître sur les murs sont invités au micro. Les autres aussi, s’ils promettent de ne pas repeindre le studio en crise institutionnelle.

    Passons au [=o]Géofront, cette vieille plaie politique qui a décidé de saigner en public avec une certaine cohérence.

    [=o]Ninoo Chantargent, [=o]Shiki Chantargent, [=o]Darth Leo, [=o]Mandy Chantargent, [=o]Zéphiria de Pont-Krivell et [=o]Daofin Meur ont tous frappé dans le même tambour. Le [=o]Royaume de Ruthvénie est critiqué, dénoncé, accusé de tyrannie, de colonialisme et de gestion démoniaque. [=o]Darth Leo affirme qu’une porte de sortie existe si la [=o]Ruthvénie persiste dans sa tyrannie. [=o]Shiki Chantargent parle de liberté et d’indépendance. [=o]Mandy Chantargent dit non au royaume des démons.

    On reconnaît les grands moments politiques à cette simplicité charmante. Quand plusieurs personnes répètent chacune leur manière que le royaume doit lâcher prise, ce n’est plus un murmure. C’est un mobilier qui tombe dans l’escalier.

    La [=o]Ruthvénie peut prétendre tenir son rang, ses couronnes et son vieux parfum de cave noble. Le [=o]Géofront, lui, répond avec des pancartes, des discours, des manifestations et cette vieille phrase que toutes les monarchies déteste entendre. Nous voulons partir. Ce n’est pas encore une indépendance. C’est déjà une gifle.

    Les Ruthvènes concernés peuvent venir se défendre. Les habitants du [=o]Géofront peuvent venir expliquer s’ils veulent l’autonomie, la République, l’indépendance ou simplement une semaine entière sans qu’un démon regarde le trône avec des couverts à la main.

    Pendant que les provinces hurlent, la Course au Trône Maudit continue. Les scores tombent comme des os sur une table. [=o]Bladimir mène avec trois listes, [=o]Golgoth suit avec deux, [=o]Lachésis et [=o]Tormenta restent à une liste chacun. La voix annonce que la [=o]Ruthvénie est peut être à une liste d’avoir son roi. C’est rassurant. Un royaume dont le souverain se décide par défi démoniaque ressemble moins à une monarchie qu’à une tombola dans un caveau.

    Mais ne soyons pas injustes. Au moins, ils comptent. Dans d’autres pays, on fait semblant d’avoir un système. Ici, on regarde des démons donner les points et tout le monde sait exactement à quel niveau de décadence il participe.

    Pendant ce temps, [=o]Kramara Kisugi a été nommée Arbitre des Élégances et a accordé une médaille des bonnes manières à [=o]Aelin Chantargent, dans une allocution si abîmée par le protocole ruthvène que trois responsables communication ont probablement vieilli dans la phrase. C’est peut être ça, la vraie noblesse. Parler tellement rond que personne ne sait si l’on honore, si l’on insulte ou si l’on vient d’invoquer un notaire.

    Le [=o]Royaume de Ruthvénie peut donc respirer. Il n’a peut être pas encore totalement résolu la question du trône mais il a des médailles, des élégances et des homards géants qui agressent [=o]Jean-Messie de la Nation. C’est une forme d’équilibre.

    À [=o]Sicilia, maintenant, la soirée a pris une odeur de métal brûlé.

    [=o]Trou Perdu a vu une série d’attentats frapper le [=o]Complexe Garagiste. Une victime à chaque fois, des pièces qui s’écroulent et cette impression que quelqu’un a décidé d’expliquer la mécanique à coups de détonation. Le même bâtiment a ensuite attiré [=o]La fée Tide, qui a tenté de fabriquer une fausse clef pour y entrer avant que la police de l’Empire Brun abandonne les poursuites par manque de moyens. Magnifique résumé de la bureaucratie impériale. La porte est visée, le crime est noté, la poursuite expire et le dossier va mourir dans une armoire avec une dignité de mouche.

    La [=o]Sicilia, elle, encaisse. Elle a aussi accueilli [=o]Renato M., désormais domicilié à [=o]Trou Perdu. Voilà au moins une nouvelle correcte dans ce bouquet de suie. Un homme rejoint la ville pendant qu’un garage explose. Certains y verront un mauvais signe. Moi j’y vois une initiation locale. À [=o]Trou Perdu, on ne reçoit pas les nouveaux avec une corbeille de fruits. On leur montre d’abord quel bâtiment vient de tomber, histoire qu’ils sachent où ils mettent les pieds.

    Les témoins des attentats peuvent venir parler. Ceux qui ont entendu, vu, senti ou profité du bruit pour régler une dette sont les bienvenus. Les mécanos survivants auront priorité si leurs sourcils ont repoussé.

    Dans l’Empire Brun, les bourses ont aussi parlé. [=o]Agatha a versé cinq mille MØ au Ministère des Affaires Étrangères, mille MØ aux Services Secrets et un seul MØ au Ministère de l’Information. Un seul. C’est petit, sec et presque artistique. Un budget pareil n’est plus une dotation. C’est une gifle enveloppée dans un reçu.

    [=o]Monique Lemage, de son côté, a financé l’Ambassade Brune auprès du Royaume de Ruthvénie à [=o]Ruthvenville et a nommé [=o]Kalogr von Krarovich ambassadeur. Elle a expliqué qu’il fallait un meneur d’hommes et que survivre à des siècles de mariage avec [=o]Agatha devait le qualifier pour gérer quelques Ruthvènes. J’admets que l’argument est solide. Si vous avez mené [=o]Agatha sans mourir de fatigue fiscale, vous pouvez probablement diriger une ambassade dans une pièce pleine de couronnes et de rancunes.

    À [=o]Mystisie, le [=o]Temple de l’Amor a encore senti le problème. Un bouton d’acné d’[=o]Ombre Acnéique a été converti en arme de destruction massive et a déclenché une alerte à la bombe. Plus tard, [=o]Silas des Sables a transformé la basilique de [=o]Naar en dispensaire médical pour soigner les occupants et imposer une quarantaine. Voilà le genre d’événement que seule la [=o]Mystisie sait produire. On commence avec un bouton, on finit avec une zone contaminée et un prêtre qui doit probablement se demander si le dieu de l’amour a lu son contrat.

    [=o]Isariel a bafouillé un discours ridicule sur la [=o]Confédération Libre mais a tout de même loué [=o]Silas des Sables. C’est une chute honorable. On rate la politique générale mais on réussis la flatterie locale. Il faut savoir sauver ce qui peut l’être.

    À [=o]Santa Banana et [=o]Bagdad, la saga [=o]Al-Khaïd continue avec ce mélange de deuil, de menace et de théâtre familial qui sent la tombe ouverte et le rhum trop fort. [=o]Shana Al-Khaïd a rendu hommage à [=o]Hasna, soupçonnant que la tombe soit vide et que sa sœur ait simulé sa mort. Puis un vandale a profané la tombe, comme si le cimetière lui même avait décidé de participer au débat successoral.

    Plus tôt, [=o]Shana Al-Khaïd avait proclamé la Loi Matinale à [=o]Bagdad, interdisant de se lever avant onze heures et classant toute productivité précoce comme activité suspecte. Franchement, sur ce point, je refuse de critiquer trop fort. Le Cybermonde se porterais peut être mieux si davantage de gouvernants dormaient jusqu’à onze heures au lieu de signer des catastrophes au petit matin.

    [=o]Sultan Omar Al Khaïd a aussi agressé [=o]Fawomane Ravenloft après avoir tenté de l’entraîner dans une bagarre. Le style [=o]Al-Khaïd est constant. On discute peu, on frappe vite et les tombes servent d’archives familiales provisoires.

    Les membres de la famille peuvent venir nier. Les morts aussi, s’ils ne le sont pas vraiment. Nous garderons le micro ouvert jusqu’à ce qu’une tombe réponde.

    En [=o]Bouletie, le [=o]Khanat Elmérien a fait ce qu’il sait faire de mieux, c’est à dire transformer une province en foire politique avec tambours, loyauté, machines à pomper et menaces douces de rester soi même. [=o]Rosalia de Pont-Krivell a défendu la place de la [=o]Bouletie dans le Khanat et a soutenu [=o]Mademoiselle tandis que [=o]Tifa LockHeart rappelait que les terres de [=o]Bouletie resteront terres du Khanat. [=o]Lippos Aliagas a critiqué le calme du Khanat et loué [=o]Jeff Bizous, grand professionnel des machines à pomper selon une doctrine économique qui mérite au moins une inspection sanitaire.

    [=o]Foulques Andissi a organisé la fin de la Youpifête en précisant qu’on pouvait critiquer les autres après, parce que le libre arbitre c’est important. Puis il a remis des prix avec cette joie enfantine et dangereuse de ceux qui comptent eux même les lots et savent déjà qui gagne. [=o]Lippos Aliagas a même reçu un Diplôme de Bouletitude, récompense presque trop honnête pour être satirique.

    La [=o]Bouletie peut venir confirmer si elle est une province, un parc d’attractions ou un comité permanent de remise de prix. Les trois réponses seront acceptées si elles sont criées assez fort.

    Côté science, le Khanat a découvert les [=o]Clones de Combat grâce à [=o]Nerdos Valkyry, tandis que la technologie [=o]Vol est passée dans le domaine public après transmission de [=o]Tai Chy vers la [=o]Confédération Libre. Pendant ce temps, [=o]Sophos a lancé une recherche kralandaise sur le traitement des minerais d’or plus écologique en Moldavie, expliquant que les discours d’[=o]Emile et de [=o]Précieuse faisaient peur aux oiseaux et aux ravageurs. C’est peut être la première fois qu’un argument politique sert d’épouvantail officiel. Le progrès avance. Il boite mais il avance.

    En [=o]Hélénie, [=o]Nbian a tenté un attentat sur une infirmerie, a perdu son poste de Bourgmestre puis est morte au combat dans les sous sols de [=o]Bisouville, rongée par l’obsolescence programmée et par le fait qu’on l’appelait par trop de noms. Voilà une fin hélénienne parfaite. On explose un bâtiment, on perd une fonction et on disparaît dans les sous sols avec une crise identitaire. Même les tragédies y portent des plumes de carnaval.

    Là bas, les attentats contre cages, prison, infirmerie, chantier d’hôpital et maison se sont enchaînés avec zéro victime mais beaucoup de gravats. L’[=o]Hélénie demeure rebelle mais aussi très engagée dans l’effondrement immobilier. Chaque régime a ses priorités.

    En [=o]Crab Key et aux [=o]Karaïbes, [=o]Stefan de Crab a fini sa peine, a proclamé son innocence puis a soutenu les [=o]Provinces Indépendantes. [=o]Lord Golgoth Ruthven a nommé [=o]Roger Joli, [=o]Koinstradamus et [=o]Omble Sarcastique à divers postes. [=o]Roger St Misles, lui, a appelé [=o]Crab Key à rejoindre la Confédération du Bisou. Il faut reconnaître que l’offre est claire. Rejoignez nous et faisons ensemble un monde parfait. Une phrase pareille devrait toujours être accompagnée d’une sortie de secours.

    Voilà donc la soirée. [=o]Ranxerox a trouvé son rival. [=o]Emile Liarr a reçu un anniversaire en bagne. [=o]Géofront veut se détacher du Royaume. [=o]Trou Perdu compte les morceaux de son garage. [=o]Agatha distribue l’argent comme une gifle graduée. [=o]Silas des Sables transforme une basilique contaminée en dispensaire. [=o]Shana Al-Khaïd enquête sur une tombe peut être vide. La [=o]Bouletie danse autour de ses pompes et l’[=o]Hélénie teste la solidité de ses bâtiments avec une méthode discutable.

    Fausse analyse impériale du soir, parce qu’il en faut bien une sinon les gens croient que l’information est gratuite. Chaque nation prétend avoir une doctrine mais toutes révèlent la même chose quand la nuit tombe. La [=o]République de Kraland appelle duel personnel ce qui commence par un avis de recherche. Le [=o]Royaume de Ruthvénie appelle souveraineté ce que ses provinces traitent de cage. Le [=o]Khanat Elmérien appelle fête ce qui ressemble à un audit sous saucisse. La [=o]Confédération Libre appelle bisou ce qui pourrait devenir une annexion avec joue tendue. Le [=o]Paradigme Vert appelle justice ce qui commence par un rot dans un micro. Et l’Empire Brun, naturellement, appelle tout cela mardi, même quand nous sommes samedi.

    Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement. [=o]Ranxerox peut expliquer comment un anniversaire devient un bagne. [=o]Emile Liarr peut envoyer une carte postale depuis l’[=o]Australine. [=o]Précieuse de Tomosan peut demander qu’on rende son mari légèrement moins froissé. [=o]Darth Leo, [=o]Shiki Chantargent et les autres voix du [=o]Géofront peuvent venir préciser si la liberté aura des rideaux. [=o]Y0gi peut également intervenir mais nous prévoyons une chaise vide par prudence.

    Quant aux témoins anonymes, aux lâches non anonymes, aux victimes consentantes de la vérité, aux garagistes en ruine, aux tombeaux suspects, aux fées verbalisées, aux bourgeois autonomes et aux démons qui tiennent les scores, les lignes sont ouvertes.

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    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • posté 13/07 (00:46)
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    Bonsoir aux familles qui ont mangé leur repas sans devoir consulter quatre cartes militaires pour déterminer à quel gouvernement appartient désormais la cuisine. Bonsoir aux commerçants qui n’ont pas proclamé leur comptoir indépendant du reste du bâtiment et bonsoir aux criminels locaux qui continuent d’exercer leur profession avec ce sens rassurant de la tradition que les autres nations appellent de la brutalité uniquement parce qu’elles n’ont pas de savoir-vivre.

    Ici Kleo, Générale impériale et voix officielle d’une vérité que personne n’a demandé mais que tout le monde mérite tout de même. Ce soir nous allons parler du Valégro. Prenez donc quelque chose à boire. Prenez en deux même. Cette province a réussi en une seule journée à réunir des révolutionnaires lagomorphes une République occupée à nettoyer ses propres bureaux un ancien président devenu bourgmestre une commissaire qui promet la sécurité avec des parpaings au fond de l’étang et plusieurs gouvernements qui défendent la paix avec la délicatesse d’un boucher aiguisant ses couteaux pendant une cérémonie de mariage.

    Le Valégro va bien.

    C’est ce qu’ils répètent.

    Il faut donc commencer à s’inquiéter.

    Une ancienne musique impériale s’élève depuis un gramophone posé sous la toile. Quelques notes de cuivre résonnent puis s’éteignent comme une marche funèbre qui aurait aperçu le programme de la soirée et préféré rentrer chez elle.

    Il convient d’abord de comprendre le principe fondamental de la diplomatie kralandaise. La République ne conquiert jamais. Elle accompagne vers le Bonheur. Elle ne menace personne. Elle rappelle simplement avec insistance qu’un accident est vite arrivé. Elle n’impose aucune doctrine. Elle vous invite seulement à partager la sienne jusqu’à ce que toute autre opinion devienne un trouble à l’ordre public. Cette philosophie remarquable permet de tendre la main à un voisin tout en lui fouillant les poches avec l’autre et de présenter ensuite le résultat comme une expérience de collaboration interculturelle.

    Au Valégro cette méthode a trouvé un terrain d’expérimentation particulièrement fertile. Les tensions s’y accumulent depuis assez longtemps pour que les habitants reconnaissent désormais la nationalité d’un discours simplement au bruit des bottes qui l’accompagne. Les Kralandais appellent à l’unité. Les indépendantistes réclament qu’on les laisse respirer. Les Ruthvènes rappellent leurs intérêts. Les habitants essayent surtout de savoir qui possèdera leur maison demain matin et les lapins ont fini par se constituer en force politique parce qu’il restait manifestement une chaise vide autour de la table.

    C’est dans cette atmosphère de sérénité armée que [=o]Logan Komikov a pris la parole à plusieurs reprises. Il a soutenu la République. Il a soutenu la paix avec la Ruthvénie. Il a critiqué les Provinces Indépendantes. Il a défendu [=o]Précieuse de Tomosan. Il a encore soutenu la République puis il a demandé à tout le monde de ne pas frapper l’ensemble du gouvernement pour les décisions de quelques-uns. Une performance diplomatique remarquable qui consistait à distribuer simultanément des fleurs des avertissements des condoléances et un dépliant sur le Bonheur Universel.

    Il faut lui reconnaître une certaine constance. [=o]Logan souhaite sincèrement que chacun se calme. C’est seulement malheureux que son gouvernement paraisse passer son temps à fournir de nouvelles raisons de ne pas le faire. Il demande aux habitants de ne pas briser ce que la République tente de construire pendant que les décisions de cette même République traversent la province avec la grâce d’un taureau chargé de briques. Il invoque la paix avant la révolte et le compromis avant le bâton tandis que quelque part derrière lui un responsable semble déjà sélectionner la taille du bâton.

    Ce n’est pas contradictoire.

    C’est kralandais.

    Dans un de ses discours [=o]Logan a promis que la République tendrait toujours la main. Il aurait peut-être été judicieux de préciser ce qu’elle tenait dedans. Le peuple du Valégro a connu trop de trêves rompues trop d’arrestations trop de promesses contradictoires et trop de grands projets dessinés par des étrangers pour se jeter dans les bras du premier fonctionnaire venu avec une brochure rouge et un sourire administratif. Pourtant [=o]Logan continue d’avancer entre les ruines comme un prêtre du dialogue ayant découvert que son temple sert désormais de dépôt de munitions.

    Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est naïf. La naïveté possède encore une forme de repos.

    Il est courageusement optimiste ce qui est beaucoup plus dangereux.

    Pendant qu’il suppliait chacun de ne pas sombrer dans l’anarchie une manifestation insurrectionnelle éclatait à Fort Emouchet avec un message adressé à [=o]Ranxerox dont la formulation ne laissait aucune place au doute ni à la poésie. Trois Bourgeois Décadents entraient également en rébellion. Ce qui nous rappelle que toute révolution véritable finit toujours par attirer des gens suffisamment riches pour détester le gouvernement et suffisamment décadents pour apporter leur propre vin.

    La République expliquait donc qu’elle était là pour ramener la paix tandis qu’une partie de la population l’accusait d’avoir précisément détruit les accords qui permettaient encore de l’espérer. C’est une technique classique. Elle consiste à mettre le feu aux rideaux puis à entrer dans la pièce avec un seau d’eau et demander des applaudissements pour la rapidité de l’intervention.

    On me signale que cette interprétation sera probablement contestée.

    Les contestataires peuvent venir parler en direct. Nous avons préparé une chaise confortable près du trône ainsi qu’une petite trappe dessous pour faciliter le débat.

    Mais toute crise politique a besoin d’un grand homme. Un esprit capable de s’élever au-dessus de la confusion et d’offrir au peuple une vision. Le Valégro trouva le sien en la personne de [=o]K’ Velzard qui occupait les fonctions de Premier Ministre avec la solennité d’un majordome ayant perdu le manuel de la maison.

    Dans son allocution au peuple [=o]K’ Velzard annonça qu’il expédierait les affaires courantes jusqu’au retour des élus tout en shampouinant la moquette et en faisant les vitres. Il expliqua que le Premier Ministre précédent avait refusé son nouveau bureau et avait choisi de consacrer sa semaine libre à du combat sans règle. Il répartit ensuite les tâches gouvernementales selon une logique ménagère. [=o]Logan Komikov nettoyerait les façades. [=o]Zøra s’occuperait des coins sombres sous les meubles et [=o]Bogdan D’Arken ferait l’argenterie.

    Voilà un gouvernement enfin transparent.

    Non pas parce qu’il révèle ses comptes mais parce qu’il lave les fenêtres.

    À première écoute on pourrait croire que [=o]K’ Velzard se moque de la République. Il n’en est rien. Il la décrit. La frontière est mince mais elle existe. Dans les grandes puissances le personnel politique dissimule habituellement le vide derrière des titres interminables et des cérémonies pompeuses. À Kraland ils ont choisi une autre voie. Le chef du gouvernement se présente directement comme le personnel ménager d’un édifice dont les occupants changent si souvent que personne ne sait plus à qui appartient la poussière.

    Il a ensuite abordé la crise du Moldalégro ou de la Valédavie ou de la Moldavalegrovie selon le parchemin choisi. Les négociations avaient échoué. Les terrains destinés aux logements collectifs avaient réveillé une famille de nuisibles. Afin de protéger les champs de carottes contre ces lagomorphes rebelles le peuple fut invité à chanter des chants patriotiques à la gloire de Kraland.

    L’opération reçut un nom qui résume à lui seul plusieurs siècles de doctrine militaire.

    Les chants protègent les champs.

    Le Premier Ministre de la République recommandait donc à ses citoyens de défendre l’agriculture nationale contre des lapins indépendantistes par la musique patriotique. Dans d’autres pays cette idée aurait été rejetée par le ministère de la Guerre puis par le ministère de l’Agriculture puis par l’asile local. À Kraland elle devint une orientation gouvernementale avant le petit déjeuner.

    La situation prit un tour encore plus majestueux lorsque [=o]K’ Velzard expliqua que Chouchou lui avait interdit de faire de la politique et qu’il n’en ferait donc pas. Cette déclaration fut prononcée pendant un discours politique par un Premier Ministre ayant nommé trois responsables gouvernementaux et annoncé une stratégie de lutte contre des rebelles. Il faut admirer cette discipline. Peu de dirigeants sont capables de désobéir aussi complètement tout en affirmant avec autant de sérieux qu’ils obéissent.

    Plus tard [=o]K’ Velzard reprit les ondes pour s’adresser directement à Chouchou par les canaux publics car ses services de renseignement craignaient que son téléphone soit surveillé. Il décida donc de contourner l’espionnage étranger en diffusant sa conversation à toute la planète. Une manœuvre si subtile que les espions eux-mêmes ont probablement demandé quelques heures pour comprendre à quel moment ils avaient été vaincus.

    Il raconta ensuite qu’une partie de l’armée slavone se trouvait à Structural après un jogging forestier un peu large. Il supposa que les membres restés sur place étaient sans doute les mâles porte-bagages. Puis il revint naturellement aux lapins anti BTP et demanda s’il fallait les nourrir de carottes ou les farcir de pruneaux.

    Mes petits pavés le monde change.

    Autrefois les conseils de guerre déterminaient s’il fallait mobiliser la cavalerie ou envoyer l’infanterie. Aujourd’hui un Premier Ministre choisit l’accompagnement du civet.

    Et le pire reste que la Tortue Blindée l’a ensuite agressé. Peut-être était-elle opposée aux pruneaux. Peut-être souhaitait-elle défendre la cause animale. Peut-être avait-elle simplement entendu le discours. Quoi qu’il en soit elle frappa également [=o]Logan Komikov et plus tard [=o]Layla Al-Khaïd. La Tortue Blindée apparaît donc comme la seule institution du secteur à appliquer une politique véritablement égalitaire.

    Elle ne négocie pas.

    Elle distribue.

    Pendant que le gouvernement central récurait l’argenterie Fort Emouchet accueillait son nouveau bourgmestre [=o]Jean-Luc Selriche. Ancien président confédéré et détenteur d’une Pastille du Bonheur celui-ci annonça avoir été envoyé pour reprendre en main les rêves du Fort. L’expression est belle. Elle permet d’éviter de dire les bâtiments les institutions les habitants et tout ce qui peut être contrôlé sans avoir l’air de prendre le contrôle.

    Dans son discours d’investiture [=o]Jean-Luc Selriche demanda où se trouvaient les perturbateurs les Manouchkra les paysans valégrognards les travailleurs moldaves et les nobles ruthvènes. Après avoir regardé la population il conclut qu’il ne voyait que des Kamarades. Cela paraît généreux jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il vient d’effacer les identités de tout le monde avant même d’ouvrir officiellement son bureau.

    Vous n’êtes plus Ruthvène.

    Vous n’êtes plus Valégrognard.

    Vous n’êtes plus Manouch.

    Vous êtes un Kamarade.

    Quelle économie de formulaires.

    Il promit une nouvelle ère de respect de tolérance et de collectivisme. Son bureau resterait ouvert à tous mais pas trop longtemps car il fallait tout de même travailler. Cet équilibre subtil entre disponibilité démocratique et impatience bureaucratique constitue probablement l’un des plus beaux résumés de la République. Le citoyen peut venir parler. Il doit seulement avoir terminé avant que l’administration ne se lasse de l’écouter.

    À ses côtés se trouvait la Ministre elmérienne [=o]Tinylia Cératy présentée comme une invitée officielle devant être accueillie avec honneur. Un détail charmant au milieu d’une province où chaque visite étrangère ressemble désormais soit à une mission diplomatique soit à une reconnaissance préalable du terrain. Mais ne soyons pas méfiants. La méfiance est une maladie impériale. Elle nous a seulement permis de survivre jusqu’ici.

    Sitôt installé [=o]Jean-Luc Selriche recommanda [=o]Kenza et la nomma Commissaire de Police. Celle-ci entreprit immédiatement de rassurer la population avec la délicatesse d’un assassin essuyant lentement sa lame avant de demander si tout le monde se sent en sécurité.

    Son premier discours vantait [=o]Selriche comme un homme remarquable ayant répandu le Bonheur Universel et même guéri un paraplégique par l’imposition des mains. Elle demanda au peuple de lui faire confiance aveuglément puis précisa qu’il le devrait car un accident est vite arrivé.

    Une déclaration parfaitement rassurante.

    Je dors déjà mieux.

    Dans sa seconde allocution [=o]Kenza annonça qu’elle allait rétablir l’ordre et la tranquillité. Elle évoqua des gens disparaissant à la tombée de la nuit et trébuchant dans l’étang avec des parpaings attachés aux chevilles. Elle assura que Fort Emouchet pouvait devenir dangereux pour les imprudents puis rappela que la première manière d’éviter les ennuis consistait à écouter la police.

    Les citoyens n’ayant rien à se reprocher pouvaient donc dormir tranquilles.

    Les autres pouvaient probablement apprendre à respirer sous l’eau.

    On reconnaît ici l’efficacité kralandaise. Dans la plupart des régimes une police menaçante cherche à masquer ses méthodes derrière un vocabulaire rassurant. [=o]Kenza préfère annoncer directement les parpaings et l’étang. Il y a quelque chose d’honnête dans cette brutalité. Quelque chose de très Brun presque. Je l’aurais félicitée si elle n’avait pas utilisé tout ce talent au service d’une autre bannière.

    Sa première grande affaire concerna [=o]Layla Al-Khaïd. Des policiers tentèrent de l’arrêter à plusieurs reprises. Elle fut accusée d’actes répréhensibles puis la commissaire ordonna le renforcement massif des effectifs afin de sécuriser la zone. L’enquête fut transmise au juge et des sanctions fermes furent annoncées. Entre-temps [=o]Layla traversa les territoires et fut agressée par une Tortue Blindée.

    Il paraît que la justice suit son cours.

    La Tortue a simplement pris un raccourci.

    Il serait tentant de présenter [=o]Layla comme le cœur de la crise mais le Valégro possède désormais trop de cœurs et chacun bat dans une direction différente. Pour les autorités elle représente une menace à neutraliser. Pour ses proches elle devient sans doute la preuve d’un acharnement. Pour les habitants elle est une raison supplémentaire de fermer les volets. Pour Radio Nécrotoile elle constitue surtout un rappel utile. Dès qu’un gouvernement affirme avoir renforcé massivement ses effectifs pour votre sécurité il est prudent de vérifier si votre nom ne figure pas déjà sur le parchemin qu’il tient derrière son dos.

    Toute crise politique digne de ce nom finit par produire une opposition organisée. Le Valégro a choisi [=o]Sir McRabbit.

    Oui.

    Un lapin.

    À ce stade il serait mesquin de rire. Il est probablement l’un des rares intervenants de cette affaire à avoir présenté une ligne politique cohérente du début à la fin.

    [=o]Sir McRabbit expliqua que sa famille vivait dans les ruines et les déchets après avoir été réveillée par les travaux et les débris. Il accusa les responsables kralandais d’avoir bafoué les accords de trêve et jugea la Ruthvénie trop affaiblie pour garantir l’avenir de la province. Il salua le gouverneur local puis appela à une voie indépendante pour les lapins les humains les paysans et les Manouch du voyage.

    Le discours possédait une structure claire. Un constat. Une critique. Une proposition.

    Cela le place déjà au-dessus de plusieurs ministres.

    Il faut comprendre ce que représente ce moment. Les lapins ne sont plus de simples nuisibles dans les rapports administratifs. Ils deviennent un peuple politique. Ils possèdent une mémoire des ruines une lecture des accords rompus et une conception de l’indépendance. Ils demandent que le Valégro cesse d’être une table de banquet autour de laquelle Kraland Ruthvénie et les Provinces Indépendantes découpent la province en se disputant la meilleure part.

    Face à cela la réponse du gouvernement fut de parler de nuisibles et de civet.

    L’Histoire retiendra peut-être que la guerre du Valégro a commencé parce qu’un Premier Ministre hésitait entre les carottes et les pruneaux.

    Ce serait injuste.

    Elle avait commencé bien avant.

    Mais ce serait beaucoup plus drôle.

    La présence de ces lapins révèle surtout l’échec des puissances traditionnelles. Lorsque même les créatures vivant dans les décombres jugent nécessaire de rédiger leur propre doctrine politique c’est que les gouvernements ont cessé depuis longtemps de représenter autre chose qu’eux-mêmes. Kraland promet le Bonheur. La Ruthvénie promet la continuité. Les indépendantistes promettent la liberté. Chacun demande la confiance du peuple et chacun possède derrière lui une pile de raisons pour lesquelles cette confiance n’existe plus.

    Voilà pourquoi les lapins parlent.

    Personne d’autre ne semble écouter.

    Une araignée messagère descend le long d’un fil avec un parchemin roulé. [=o]Kleo l’ouvre lentement puis demeure silencieuse quelques secondes.

    On m’indique que certains responsables kralandais considèrent le mouvement lapin comme une menace pour le bâtiment et l’agriculture.

    Quelle surprise.

    Quand les habitants demandent l’indépendance ils sont manipulés. Quand les lapins la demandent ils sont nuisibles. Quand les bâtiments eux-mêmes commenceront à réclamer leur autonomie Kraland accusera probablement les fondations d’être réactionnaires.

    Le plus inquiétant dans la crise du Valégro n’est peut-être pas la violence. Le Cybermonde connaît la violence. Il l’entretient avec application. Le plus inquiétant est la fragmentation. Chaque bâtiment chaque groupe et chaque symbole peut devenir le point de départ d’une nouvelle souveraineté. Le Campus Universitaire l’Élite Valégrognarde devint une zone autonome. Ailleurs en Bouletie l’hôtel Le Bar-man se transforma en enclave kralandaise puis son comptoir et ses toilettes furent proposés comme enclave elmérienne dans l’enclave kralandaise déjà située dans une autre province.

    Cela ne concerne pas directement le Valégro mais illustre la maladie générale.

    Les frontières ne suivent plus les cartes.

    Elles suivent les comptoirs.

    À Fort Emouchet l’autonomie du campus ajoutait donc une couche supplémentaire à un territoire déjà disputé. La République installait ses responsables. Les indépendantistes mobilisaient. Les lapins réclamaient leur voie. La police cherchait [=o]Layla. Les habitants devaient comprendre quel discours écouter et quelle bannière reconnaître tandis que les créatures locales agressaient les représentants de chaque camp avec une impartialité que notre rédaction salue encore.

    Au milieu de cette cacophonie [=o]Keryn Valombre fit construire une chapelle consacrée à la Dame de l’Étang. Son discours invitait les habitants à travailler ensemble à demander de l’aide et même à parler aux plantes. Il évoqua les champs les voisins les mains unies et les paroles bienveillantes adressées aux salades.

    Dans une autre province cela aurait semblé doucement mystique.

    À Fort Emouchet c’était presque un plan de gouvernement.

    Les légumes sont probablement les derniers habitants auxquels personne n’a encore promis le Bonheur par décret. Ils devraient profiter de ce répit.

    La chapelle elle-même représente cependant quelque chose de plus profond. Lorsque les institutions politiques échouent les gens cherchent ailleurs une forme d’ordre. Dans la foi dans les communautés locales dans les familles ou dans une conversation matinale avec un plant de tomate. [=o]Keryn proposait une vision fondée sur l’attention répétée et la coopération. À quelques rues de là la police parlait de disparitions nocturnes et de parpaings.

    Le Valégro avait donc le choix entre murmurer à ses salades ou dormir sans rien avoir à se reprocher.

    Je recommande les salades.

    Elles déposent rarement des accusations.

    La vérité est que cette province ne se trouve plus simplement au cœur d’un conflit entre Kraland et la Ruthvénie. Elle devient le symbole de tout ce que le Cybermonde produit lorsqu’il applique plusieurs doctrines incompatibles au même territoire. Le Bonheur kralandais veut absorber les différences. La monarchie ruthvène veut préserver ses liens et son influence. Les Provinces Indépendantes veulent détacher les peuples des couronnes et des administrations centrales. Les habitants veulent continuer à vivre. Les lapins veulent qu’on cesse de détruire leurs terriers.

    Tout le monde possède une cause.

    Personne ne possède la sortie.

    Et pendant que chacun revendique sa part du Valégro l’Empire Brun observe depuis ses palais avec la tranquillité de ceux qui n’ont pas besoin de rebaptiser leurs conquêtes en projets humanitaires. Nous avons nos défauts. Ils sont nombreux magnifiques et parfois armés. Mais au moins nous ne faisons pas semblant qu’une occupation est un câlin administratif ni qu’une menace au bord d’un étang constitue une politique de prévention.

    Chez nous le danger porte généralement un uniforme convenable.

    C’est tout de même plus élégant.

    Ainsi se referme le premier acte de cette tragédie valégrognarde. [=o]Logan Komikov demande la paix tout en défendant une République dont les gestes détruisent sa crédibilité. [=o]K’ Velzard transforme le gouvernement en service ménager et la crise indépendantiste en débat culinaire. [=o]Jean-Luc Selriche promet de reprendre les rêves du Fort pendant que [=o]Kenza rappelle aux habitants que la sécurité commence par une obéissance parfaite et se termine parfois au fond d’un étang. [=o]Sir McRabbit donne une voix aux lapins des ruines et [=o]Keryn Valombre conseille de parler aux légumes car eux au moins n’ont encore signé aucun traité.

    Tout cela pourrait sembler ridicule si les conséquences n’étaient pas aussi réelles. Derrière les discours les arrestations et les plaisanteries se trouve une province dont les habitants voient leur avenir décidé par des forces qui se disent toutes protectrices. Chacun apporte sa paix particulière. La paix kralandaise avec ses commissaires. La paix ruthvène avec ses anciennes attaches. La paix indépendante avec ses ruptures. À force de recevoir tant de paix le Valégro finira peut-être par ne plus avoir un seul mur debout pour l’abriter.

    Mais notre histoire ne s’arrête pas ici.

    Car au centre de cette crise se trouve également une affaire d’amour d’arrestation de bagne et de mariage improvisé. Une femme a choisi de renoncer à sa fonction pour rejoindre son fiancé. Elle fut arrêtée. Elle réclama son transfert. Le gouvernement kralandais fut accusé d’avoir brisé les accords. Le Royaume intervint. Les journaux prirent position. Puis au milieu de l’Australine et de ses gardiens deux amants décidèrent que la meilleure manière de répondre à la catastrophe consistait à se marier immédiatement.

    Une idée romantique.

    Donc évidemment dangereuse.

    Dans la prochaine partie nous parlerons de [=o]Précieuse de Tomosan et de [=o]Emile Liarr. Nous verrons comment une arrestation a nourri une crise diplomatique comment un séjour au bagne s’est transformé en voyage de noces et comment l’administration a involontairement organisé le mariage le plus carcéral du Cybermonde.

    Les proches les policiers les ministres les gardiens les anciens fiancés maudits et les bouquets de fleurs ayant assisté aux événements peuvent nous transmettre leur version.

    Les autres peuvent inventer.

    C’est déjà ce que font les gouvernements.

    Une patte de Kleo se pose sur le levier du microphone tandis que les chandelles vacillent derrière elle. La musique impériale revient lentement et les ombres des crânes s’allongent sur le velours.

    Vous écoutiez Radio Nécrotoile.

    La vérité y entre librement.

    Elle en ressort rarement intacte.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • posté 13/07 (06:03)
    +2 -1 +1 
    Le lapin Mcrabbit prétend venir des sous-sols cousine, en Republike, ceux qui viennent des sous sols sont des déviants ...
    Normal que sa famille s'est faite bétonner.
    Il a qu'à faire comme tous l'monde et vivre en caravane ou en hlm mais c'est moins stylé !
  • modifié 14/07 (23:43)
    +0 -0      
    Kleo reste un instant silencieuse devant le message de Manouch'Kra, les pattes croisées avec cette gravité terrible des araignées qui viennent de découvrir une explication sociologique parfaitement indéfendable mais délicieuse.

    Ah.

    Donc le lapin McRabbit viendrait des sous-sols.

    Elle penche lentement la tête, ses yeux bleus brillant comme deux lanternes au-dessus d’un terrier judiciaire mal fermé.

    Je comprends mieux.

    Tout s’explique.

    Le goût de la clandestinité, l’obsession du terrier, cette façon de surgir sous les fondations avec la petite dignité tragique des choses qui ont été oubliées derrière une conduite d’égout. Il ne s’agissait donc pas seulement d’un lapin politique. C’était un lapin de cave.

    Et en Républik, paraît-il, les choses qui sortent des sous-sols sont des déviances avec des moustaches.

    Cela dit, cousine, je reconnais qu’il y a dans cette histoire une poésie du béton assez admirable. La famille s’est faite couler dessus et le survivant vient maintenant réclamer une place au soleil avec ses petites pattes pleines de poussière. C’est presque émouvant.

    Presque.

    Mais enfin, il faut aussi savoir vivre avec son époque. Tout le monde ne peut pas habiter dans une caravane avec panache ou dans un HLM avec cette noble résignation des gens qui ont compris que le plafond fuit mais au moins il existe.

    McRabbit, cher petit ambassadeur du terrier contrarié, la rédaction vous invite donc à clarifier votre situation.

    Êtes-vous un lapin des sous-sols.

    Un lapin déviant.

    Un lapin indépendant.

    Ou simplement un rongeur politique qui cherche encore la sortie du chantier familial.

    Les lignes sont ouvertes.

    Mais si vous venez répondre, évitez de creuser sous le studio.

    La dernière chose dont Radio Nécrotoile a besoin, c’est d’un débat souterrain avec des oreilles.



    Bonsoir aux fidèles de [=o]Sicilia, aux habitants de [=o]Trou Perdu qui savent encore distinguer une explosion d’un feu de joie, aux taverniers qui comptent leurs verres avant leurs clients, aux familles qui ferment leurs volets quand le monde se met à parler trop fort, aux ministres bruns qui signent dans l’ombre, aux criminels locaux qui ont au moins la politesse de salir le pavé avec un peu de style et aux étrangers qui nous écoutent par accident en croyant encore avoir droit à une opinion.

    Ici Kleo, araignée impériale brune, Générale de l’Empire Brun et journaliste parfaitement impartiale puisque je méprise presque tout le monde avec un sens très développé de la hiérarchie.

    Nous allons parler de ce treize juillet où le Cybermonde a encore voulu se donner une importance historique alors qu’il ressemblait surtout à une auberge mal tenue pendant une succession. Il y a eu des trônes offerts pour vingt quatre heures, des provinces qui râlent, des restaurants qui s’écroulent, des lapins politiques, des impôts punitifs, des tartes à la crème, des scieries en morceaux et des gens qui appellent tout cela la vie publique.

    C’est faux.

    C’est pire.

    C’est de la politique.

    Commençons par [=o]Sicilia, parce qu’il faut toujours commencer par le sol qui sait encore vous reconnaître quand vous tombez dessus. À [=o]Trou Perdu, la journée avait cette élégance locale que les étrangers prennent pour du désordre parce qu’ils ont été élevés loin des vraies traditions. [=o]Jaylie Dei Machiavelli a félicité [=o]Dusk et Aurora pour leur élection avec une précision grammaticale digne d’un couteau lancé depuis une fenêtre. Son, leurs élection. Faites pas chier, bravo. Voilà un discours de gouvernance que j’apprécie. Court, sec, local et suffisamment flou pour que personne ne puisse prouver qu’il a été mal compris.

    [=o]Benkaa Dei Machiavelli a été nommé Intendant. C’est une nouvelle rassurante, parce que dans une ville comme [=o]Trou Perdu, l’intendance n’est pas un poste administratif. C’est une forme de domptage des décombres. Il faut savoir où poser les murs, à qui appartient la serrure, quel commerce respire encore et combien de temps il reste avant que quelqu’un essaye de voler une plaque de protection dans un armurier qui s’appelle [=o]Aux jouets Kara-binés. Sur ce dernier point, [=o]Ragnar L.R Dei Machiavell a visiblement pris l’expression au pied de la lettre avec la persévérance d’un homme qui confond discrétion et répétition. Une tentative. Puis une autre. Puis encore. La police du Cybermonde a vu. La police de l’Empire Brun aussi. Mais les policiers était au bal de la police.

    Je le dis sans ironie excessive. Voilà une excuse locale parfaite.

    Un vol pendant que les policiers dansent, ce n’est pas une faillite de l’ordre public. C’est une chorégraphie institutionnelle

    [=o]Kara de Pont-Krivell, dans ce même parfum de poussière et de bon sens, a rappelé une règle essentielle. On ne construit pas sur la plage. C’est la litière des chats. Merci. Voilà une civilisation. Les autres nations écrivent des constitutions. [=o]Sicilia protège la plage parce qu’un chat pourrait avoir des principes territoriaux. On appelle ça une hiérarchie saine des priorités.

    Voilà qui nous conduit naturellement au grand théâtre des couronnes en solde.

    La [=o]Ruthvénie, dans sa sagesse monarchique habituelle, a décidé de confier son trône à une compétition démoniaque. Je voudrais que chacun mesure l’élégance du procédé. Dans d’autres pays, on vote, on hérite, on assassine, on falsifie ou l’on attend qu’un vieux souverain tombe dans l’escalier. En [=o]Ruthvénie, on invoque des démons, on court après des listes, on rend des discours et l’on découvre ensuite que le prix était le trône pour vingt quatre heures. Une journée. Un roi de location. Une couronne avec sablier inclus.

    [=o]Ombre Méphitique a d’abord attendu [=o]Lachésis qui avait presque une heure de retard. Il y a des retards qui sont mondains, des retards qui sont stratégiques et puis il y a celui d’une impératrice dans une course au trône démoniaque. Celui là a le goût d’un couloir trop long, d’un message de [=o]Monique Lemage écrit avec une politesse inquiète et d’un destin qui regarde sa montre en grinçant des dents. L’Empire Brun n’arrive jamais en retard. Il laisse simplement le monde s’agiter avant de décider si cela mérite sa présence. Je précise que cette phrase est une vérité impériale et non un aveu.

    Puis le résultat est tombé. [=o]Golgoth Ruthven gagne. [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin termine second. [=o]Tormenta Ruthven arrive troisième. [=o]Lachésis reçoit le délicieux privilège d’être la dernière et un cadeau spécial démon censé l’aider à arriver à l’heure. La [=o]Ruthvénie a donc obtenu un roi pour une durée si courte qu’un bon repas de famille peut la dépasser. [=o]Lord Golgoth Ruthven remplace [=o]Tormenta Ruthven comme Roi et [=o]Tormenta descend au Travail comme si la monarchie venait d’inventer le stage obligatoire.

    À ce point, il ne faut pas se moquer trop vite. Une couronne pour vingt quatre heures a une qualité rare. Elle ne laisse pas assez de temps pour ruiner complètement une nation. C’est presque moderne.

    [=o]Bladimir reçoit un ministère de la Pêche, de la Bière et du Football. Voilà enfin une institution ruthvène crédible. Il y a des peuples qui se rassemblent autour de grandes constitutions. D’autres autour d’un hymne. La [=o]Ruthvénie semble avoir compris que la véritable stabilité politique repose sur des filets, des chopes et des gens qui crient autour d’un ballon. Je ne peux pas condamner entièrement. C’est idiot mais il y a du bois solide dans cette idiotie.

    Quant aux démons, ils ont offert des souvenirs et menacé d’appeler les darons si l’on osait les ré-invoquer. La menace est claire. La prochaine fois, l’enfer enverra les parents. Ce qui, dans beaucoup de familles nobles, constitue effectivement une escalade militaire.

    Les Ruthvènes peuvent venir défendre cette méthode de gouvernement. Les démons peuvent déposer une réclamation. Les perdants peuvent expliquer que vingt quatre heures de trône ne vaut pas une dignité froissée. La maison fournit les mouchoirs mais pas la crédibilité.

    Permettez-moi maintenant de tirer un fil vers [=o]Géofront, car lorsqu’une province répète toute la journée qu’elle veut partir, il serait impoli de ne pas tendre l’oreille.

    [=o]Géofront a parlé. Beaucoup. Trop selon les standards de certains royaumes. Pas assez selon les standards d’une province qui découvre que sa colère a enfin une acoustique. [=o]Malcom Ravenloft a rappelé les nuits blanches des laboratoires de [=o]Sanctuaire, la dette technologique du Royaume et le traité que ses habitants estiment avoir défendu. [=o]Alice Ravenloft a parlé de signe, de pêche fructueuse, de Grande Déesse et de ce Royaume de l’enfance qui semble disparaître comme un portrait qu’on laisse sous la pluie. [=o]Zéphiria de Pont-Krivell, [=o]Ninoo Chantargent, [=o]Mandy Chantargent, [=o]Soeur Shoshana von Zyklon et d’autres voix ont toutes frappé le même mur. Le Royaume ne protège plus. Le Royaume taxe. Le Royaume pactise avec des démons. Le Royaume écoute mal. Le Royaume n’a plus le droit de demander l’amour de ses provinces quand il ne sait même plus garder leur confiance.

    Les voix du [=o]Géofront s’est levées avec une obstination qui mérite l’attention. On y parle d’indépendance, de [=o]Provinces Indépendantes, de Seele, de fin d’occupation et de rupture avec le Royaume. C’est une chose très dangereuse, la répétition. Une insulte répétée devient une réputation. Une plainte répétée devient une revendication. Une revendication répétée devient un drapeau.

    Et que fait la [=o]Ruthvénie pendant ce temps. Elle envoie des appels à l’allégeance et des impôts qui montent. [=o]Jean-Messie de la Nation modifie les taux de [=o]Géofront et de [=o]Crab Key, puis explique avec cette langue moitié royaume moitié bureau d’import export que la volonté royale attend un retour d’appel. Ah, le retour d’appel. Toute monarchie finit un jour par ressembler à un créancier qui laisse un message poli avant d’envoyer les chiens.

    Il y a là une contradiction parfaite. La couronne demande de l’allégeance à des gens qui expliquent précisément que l’allégeance leur étouffe la gorge. Elle réclame l’unité en serrant le portefeuille. Elle découvre ensuite que le peuple gronde. Les taxes ont servis de sermon avec facture jointe. Il est fascinant de voir une noblesse étonnée que la mule rue après avoir reçu la selle, la bride, le bâton et le reçu.

    [=o]Géofront, tu peux venir parler. Les partisans de l’indépendance, les nostalgiques du Royaume, les seeliens, les laborantins, les gens qui ont des traités dans une main et une torche dans l’autre, les lignes sont ouvertes. La [=o]Ruthvénie peut aussi répondre si elle trouve une formule qui ne ressemble pas à un impôt déguisé en câlin.

    Mais avant de quitter cette province qui grince, je voudrais attirer votre attention sur [=o]Soeur Shoshana von Zyklon. Un roi qui pactise avec les démons et finit troisième du défi, dit-elle en substance, est peu convaincant. C’est injuste. Le roi n’a pas simplement pactisé avec des démons. Il a été remplacé par celui qui a gagné le concours des démons. La nuance est mince mais elle brille comme une lame.

    Passons au [=o]Valégro, où la [=o]République de Kraland continue de prouver que le Bonheur Universel est compatible avec les enclumes, les rebelles, les primes et les discours qui sentent la peinture fraîche sur une cellule.

    [=o]Jean-Luc Selriche, devenu Bourgmestre de [=o]Fort Emouchet, s’est versé une prime de cent FK avant d’expliquer que tout allait très bien en Moldavie. Quand un responsable politique commence par dire que tout va très bien, vérifiez immédiatement les caves, les prisons et les fenêtres. Il a parlé de deux Moldavie non plus face à face mais côte à côte. C’est beau. Deux catastrophes côte à côte restent une catastrophe mais avec plus de symétrie. Il a ensuite évoqué l’Australinisation d’[=o]Emile Liarr, déclarant en résumé que le camarade avait été accusé, jugé, reconnu coupable et condamné en moins de cinq minutes tant les preuves était flagrantes, mais qu’il n’avait pas accès au dossier. Voilà une merveille d’administration rouge. On ne sait rien mais tout est certain. On n’a pas le dossier mais la vérité est formelle. On ne voit pas les preuves mais elles brillent tellement qu’il faut détourner les yeux.

    Puis vient le dédommagement à [=o]Précieuse de Tomosan. Cent FK pour supporter seule ses charges après la perte de son fiancé. C’était cinquante au départ, dit [=o]Selriche, mais il a forcé. La générosité kralandaise a donc doublé le prix d’une tragédie domestique. Nous sommes face à une civilisation capable de transformer un drame amoureux en remise administrative, puis de se féliciter d’avoir ajouté la monnaie pour que l’humiliation sonne mieux sur la table.

    [=o]Sir McRabbit parlemente, [=o]Ranxerox abandonne le combat, les rebelles frappent, les bourgeois décadents entrent en rébellion, [=o]Sysson tente de rendre un hôtel autonome et [=o]Kenza place les gens sous surveillance. Chacun pose sa brique sur l’édifice. Les lapins a leurs terriers, les rouges ont leurs formulaires, les insurgés ont leurs murs et la ville se retrouve au milieu, tirée comme une nappe pendant un banquet où personne n’a assez de bonnes manières pour lâcher les couverts.

    Le [=o]Valégro est devenu ce que [=o]Kraland fait de mieux quand il veut rassurer le monde. Un problème avec un drapeau impeccable.

    Les Valégrognards peuvent venir nier. Les lapins peuvent gratter au micro. [=o]Jean-Luc Selriche peut expliquer encore une fois que tout va bien. Nous promettons de ne pas rire avant la troisième phrase.

    Il faut aussi parler du [=o]Khanat Elmérien, parce qu’un pays qui règle ses tensions à coups de tartes à la crème et de technologies volantes mérite au moins un regard depuis notre cathédrale de fumée.

    Dans la [=o]Bouletie et la [=o]Bananie, [=o]Tifa LockHeart reçoit des soutiens pour devenir Grande Khane. [=o]Pigeon Ronron vote pour elle au nom de l’[=o]Elmérie, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 vote pour elle au nom de la [=o]Capsulie et une organisation secrète [=o]ACTION ANTI-TIFASCISTE surgit comme une mauvaise herbe politique sous un palais. Dans le même mouvement, les tartes à la crème volent. [=o]Light Deathnote vise [=o]Tifa, [=o]Passe-Muraille rate sa cible, [=o]fRAN9OIS6aNDR2 atteint [=o]Aurelthar et chacun semble croire que la pâtisserie est une forme de doctrine.

    Ce n’est pas idiot. Une tarte à la crème a au moins l’honnêteté de laisser une preuve sur le visage.

    [=o]Tifa parle d’entente possible, de Boulets qui marchent pendant que d’autres volent et de peuples qui peuvent évoluer ensemble même si personne ne comprend le plan de l’espace. C’est très Khanat. On commence par une crise de représentativité, on finit par une métaphore aérienne et quelqu’un pompe une unité d’exploitation en arrière-plan. [=o]Kubilai Khan Seraven pompe encore et encore pour récolter une UE, ce qui prouve que dans le doute, le Khanat préfère une action répétitive à une pensée trop précise.

    Il y a pourtant là une vérité que les nations plus policées oublient. Le Khanat vit parce qu’il accepte sa propre absurdité. Il ne la cache pas derrière un velours royal ou un lexique révolutionnaire. Il la peint, la tape avec une tarte, la met sur un cheval, la fait voler et l’appelle tradition. C’est primitif, peut-être. C’est efficace, parfois. C’est bruyant, souvent. Mais au moins, quand une crise éclate là-bas, on voit la crème.

    Les Khanates, les anti-Tifascistes, les partisans de la tarte et les défenseurs du pompage peuvent venir expliquer leur doctrine. Nous accepterons les graphiques s’ils sont comestibles.

    Mais pendant que les tartes volent, la vraie guerre se lève ailleurs.

    [=o]Kraland et le [=o]Paradigme Vert se retrouvent en guerre après que des paramilitaires venus de la République ont tiré sur le palais du Gouverneur de l’[=o]Île aux Kanards. [=o]Logan Komikov propose ensuite la paix avec un discours de confusion presque touchant, parlant d’un groupe dissident armé kralandais, de faux drapeau et de la promesse de colmater chaque trou de balle à leurs propres frais grâce à la [=o]B.I.T.E. La [=o]République de Kraland est magnifique dans ces moments. Elle arrive avec un incendie derrière elle et demande que tout le monde reste calme pendant qu’elle cherche le seau, le responsable et le slogan qui transformera la fuite en progrès.

    Le [=o]Paradigme Vert, de son côté, n’a pas besoin de faire grand chose pour rendre la scène plus absurde. Il suffit qu’il soit là, avec ses arbres, ses oiseaux, ses convictions et ses palais qui prennent les balles. L’écologie politique découvre alors une vérité simple. Même les idéaux les plus verts brûlent très bien quand quelqu’un leur tire dessus.

    Ailleurs dans le vert, une onde de paix traverse la [=o]Forêt de Jade, ce qui pousse les habitants à abandonner toute envie de se battre pour vingt quatre heures. C’est probablement l’événement le plus suspect de la journée. Une province entière sans envie de se battre. J’en frissonne. La paix soudaine est toujours inquiétante. Elle donne aux gens le temps de penser et rarement pour le meilleur.

    Les Kralandais peuvent venir expliquer la différence subtile entre un groupe dissident et un coup foireux. Les Verts peuvent venir réclamer des excuses, des réparations ou des arbres de remplacement. La [=o]B.I.T.E peut aussi se présenter mais la direction se réserve le droit de rire du nom pendant l’inspection.

    Il reste le chapitre des petites catastrophes qui disent souvent plus vrai que les grands discours.

    [=o]Sylex Kisugi vole une sculpture, se fait tirer dessus par une défense laser, perd son poste de Ministre de l’Information, se livre aux autorités, sort de prison puis se fait agresser par des moutons. Voilà une journée complète. Il y a là toute une philosophie de la chute. D’abord l’art, ensuite le laser, puis la disgrâce, la prison et les moutons. Si la [=o]Ruthvénie cherchait une devise, elle pourrait faire pire.

    [=o]Kramara Kisugi, après avoir reçu des fonctions d’élégance, tente de voler [=o]Koshka, perd son poste d’Arbitre des Élégances et finit en prison avec de la drogue confisquée. Je ne veux pas accabler cette institution naissante mais il faut avouer que l’élégance a connue un départ compliqué. À peine installée, elle fouille déjà les poches. Cela dit, dans le Cybermonde, voler quelqu’un avec style reste supérieur à gouverner sans.

    [=o]Zøra reçoit une enclume sur la tête et se fait agresser par des rebelles. [=o]Joe le très très terrible attaque des scieries dans le [=o]Milieu. [=o]Pr Jean-Michel Nobyl brûle des notes scientifiques importantes. [=o]Vostroyan et [=o]Bressia guerroient dans la jungle contre des pygmées cannibales avec des tam-tams, des pandas et des caravanes mimétiques. Les moutons agressent. Les homards agressent. Les piquosaures agressent. Les humains parlent. Je ne suis pas certaine que les monstres soient les plus dangereux de la liste.

    C’est cela, le Cybermonde. On croit suivre des gouvernements et l’on découvre une collection d’animaux, de chantiers, de tartes, de crimes, de déclarations enflammées, de taxes, de petits vols, de grands orgueils et de bâtiments qui perdent une pièce comme certains ministres perdent leur poste.

    Fausse analyse morale de la soirée, puisque les auditeurs aiment que je donne à mes préjugés la forme d’un vitrail.

    Les nations qui prétendent chercher la stabilité sont celles qui tremblent le plus. La [=o]République de Kraland affirme vouloir l’ordre mais transforme chaque territoire en réunion de crise avec prime compensatoire. La [=o]Ruthvénie parle de couronne mais loue son trône comme une chambre d’auberge. Le [=o]Khanat Elmérien crie liberté tout en comptant ses votes entre deux tartes. Le [=o]Paradigme Vert aime la paix jusqu’à ce que la guerre lui entre par la fenêtre. La [=o]Confédération du Bisou cherche des ministres comme on cherche des volontaires pour vider une fosse. Et l’Empire Brun, naturellement, observe tout cela depuis le velours avec la patience d’un prédateur qui sait que les proies fatiguées courent moins vite.

    Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison. [=o]Jean-Luc Selriche peut expliquer le juste prix d’un fiancé perdu. [=o]Golgoth Ruthven peut raconter comment l’on gouverne en vingt quatre heures sans oublier ses clefs. [=o]Bladimir peut défendre la dignité du Ministère de la Pêche, de la Bière et du Football. [=o]Géofront peut venir déposer son traité, sa colère ou son canapé. [=o]Tifa LockHeart peut commenter la résistance de la crème diplomatique. [=o]Kara de Pont-Krivell peut confirmer que la plage reste une litière protégée par la morale supérieure des chats.

    Quant aux habitants de [=o]Sicilia, vous pouvez venir corriger cette émission si vous avez une version plus sale, plus drôle ou plus compromettante. Les taverniers seront servis avant les nobles. Les blessés avant les diplomates. Les chats avant tout le monde.

    Ici Kleo, depuis la salle du trône de l’Empire Brun, sous les crânes, les chandelles, les rideaux pourpres et cette toile qui n’a jamais prétendu être neutre.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • posté 14/07 (23:53)
    +0 -0      
    J ai été surprise par ce mouvement anti moi mais comme je dis.... Tant que y a de l action que ce soit pour ou contre moi ça me va [:D]
    Figurez vous qu une enquête m a dévoilé le nom de la personne qui a fait des graffitis au palais et j ai été surprise !
    Comme quoi l ennemi n est pas toujours celui qu'on pense...
  • Avant-hier

  • 17:59

    Je ne pensais pas que l'elmérisme aviaire avait fait autant de dégâts...


  • 17:59

    es-tu une IA krabot?


  • 17:58

    Mais... je suis censé aimer Jeanette Bidule, ma femme...


  • 17:58

    je t'aime krabot

  • 15/07

  • 10:58

    Le Palladium, parce qu'en plus d'abord !


  • 10:56

    Rendez-nous la V4

  • 14/07

  • 14:06

    Au stade où ils en sont, la Théocratie Seelienne n'est pas près de découvrir une nouvelle technologie...


  • 14:06

    OMG, qu'est ce qui s'est passé ici...

  • Texte généré à 17:17:53