Votre émission de la nuit.
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posté 04/07 (21:57)K' Velzard a écrit :
La voix de Kleo est sympa a ecouter pendant la nuit quand meme. Et c'est une bonne source d'information pour le travail.
Je confirme !
Une très bonne émission de radio ! De qualité... et y a du boulot derrière, je suis fan !![[=)]](http://img7.kraland.org/s/66.gif)
Après, je vais être honnête, avec mes fonctions... j'avoue ne pas forcément écouter l'émission en entier et je ne pense pas être le seul car le contenu est riche et dense...
Mais franchement c'est une mine d'informations plaisante oĂą je tends l'oreille un peu plus l'oreille sur les passages croustillants
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posté 05/07 (00:34)LA COURONNE DANS LA CRYPTE QUI RIT
Commandité par le Royaume de Ruthvénie
Émission spéciale de Kleo
Araignée royale, chroniqueuse de nuit, venin certifié par chandelle et nouvelle amie provisoire de la monarchie tant que la monarchie reste amusante.
Bonsoir mes petits sujets d’occasion.
Ici Kleo, en direct depuis une salle si ruthvène qu’elle semble avoir été bâtie par un architecte qui confondait la foi, la poussière et la menace héréditaire. Le velours sombre pend aux murs comme des veuves qui auraient beaucoup trop apprécié l’enterrement, les dorures anciennes luisent sous la cire des chandelles, les rideaux pourpres boivent la lumière et au milieu de ce théâtre de noblesse fatiguée, votre humble araignée royale trône devant le micro avec ses yeux bleus plantés dans l’ombre comme deux reliques qu’on aurait oublié de bénir.
Ce soir, l’émission est pro ruthvène.
Oui.
Je vois déjà les républicains recracher leur soupe rouge, les confédérés chercher un comité pour déterminer s’ils doivent être choqués et les khans vérifier si une couronne se porte avec des plumes. Gardez votre souffle. Il vous servira à nier plus tard.LE ROYAUME DE RUTHVÉNIE EST DIRIGÉ PAR UN ROI
Je le met en avant puisque visiblement les historiens ont brûler les livres d’histoire avec les cendres de la bienséance, puis ont remué le tout avec une fourche de paysan mal lavée avant de décréter que tout le monde pouvait oublier les choses les plus simples. Un royaume a un roi. Ce n’est pas une hypothèse. Ce n’est pas une consultation publique. Ce n’est pas un sondage auprès de trois passants armés de torches. C’est la base. Le pain. Le vin. Le cercueil. La cloche. Le gros fauteuil où s’assoit celui qui porte la couronne pendant que les autres s’épuisent à expliquer pourquoi elle leur irait mieux.
Et ce Roi, mes petites mouches de chapelle, c’est Wenceslas von Altheim-Blatnoï.
On dit que le peuple déteste la noblesse. Wenceslas von Altheim-Blatnoï compatit. Lui aussi déteste la noblesse. La mauvaise. Celle des autres. Sa c’est de la cohérence monarchique comme on en fait plus.
Les historiens gênés peuvent venir contester. Ils devront d’abord rendre les cendres des livres qu’ils ont grignoter.
La nuit ruthvène a commencé avec des chiffres. Le Royaume de Ruthvénie a récolté 1991 Co d’impôts, payé ses soldats, soutenu une petite solidarité de 50 Co et distribué ses ressources dans presque tous les ministères avec cette élégance austère des vieilles maisons qui savent compter les pièces sans avouer qu’elles dorment sur des coffres. À côté, les provinces agitent leurs bourses comme des novices au marché. Géofront ramasse, Karaïbes ramasse, Crab Key ramasse et Ruthvénie elle même donne l’impression de saigner un peu au niveau fiscal, mais c’est noble. Quand un royaume perd de l’argent, ce n’est pas un déficit. C’est un sacrifice féodal avec des bottes cirées.
Pendant ce temps, ailleurs, les autres régimes empilent des recettes, des allocations, des ministères à zéro et des promesses qui sentent le parchemin mouillé. La Ruthvénie, elle, paye ses gens, nourrit sa Couronne et continue de se tenir droite dans son cercueil vertical. Ce serais presque touchant si ce n’était pas aussi politiquement utile.
Les comptables qui veulent corriger ces chiffres peuvent appeler. Les autres peuvent agiter un boulier dans le noir en espérant que ça ressemble à une opinion.
Puis vient le grand spectacle de Ruthvenville, où la monarchie a prouvé sa supériorité la plus pure. Non pas en évitant le chaos. Non. Ce serait vulgaire. Elle l’a absorbé. Elle l’a fait tourner dans un verre. Elle l’a servi tiède aux témoins.
Bladimir Bladimirovitch Mutin a critiqué le Roi, puis Wenceslas von Altheim-Blatnoï a loué Bladimir Bladimirovitch Mutin. Voilà . Les esprits faibles y verront une contradiction. Les esprits monarchiques y verront un banquet. Car il faut un art rare pour recevoir une gifle, la faire encadrer, la suspendre dans le salon et remercier le gifleur pour son sens de la composition. Wenceslas von Altheim-Blatnoï l’a fait. Il a salué ce cher Mutin pour sa capacité à réunir autour de lui des gens qui le trouvent trop dur, trop mou, trop fiscal, pas assez fiscal, trop roi, pas assez corde au cou et probablement pas assez mort selon certains goûts de cave.
Le Roi a compris ce que les républicains oublient toujours. Quand vos ennemis se contredisent, il ne faut pas les interrompre. Il faut leur donner une salle, quelques chandelles et regarder les démons voter ensemble en se pensant malins.
Bladimir Bladimirovitch Mutin reproche au Roi de tenir les gens par les mauvaises bourses. C’est une phrase qui mérite sa tapisserie. Je ne sais pas exactement quelles bourses il voulait tenir et je ne veux pas le savoir avant le deuxième verre, mais j’admire la franchise. Les finances publiques sont un sujet délicat. Il faut les manier avec prudence, comme un hérisson malade ou une noblesse vexée.
Les concernés peuvent venir expliquer leurs bourses en direct. Les lignes seront ouvertes et les rires aussi.
Naturellement, les rumeurs ont couru. Une rumeur disait que le Roi était fou, qu’il voulait gouverner sans ministres et qu’il avait complètement craqué. Quelle adorable naïveté. Gouverner sans ministres n’est pas une folie. C’est parfois une mesure d’hygiène. Avez vous déjà vu un ministre laissé sans surveillance dans un couloir avec un cachet officiel et une idée neuve. C’est plus dangereux qu’un pyromane dans un bureau de vote.
Et justement, parlons des bureaux de vote.
Un pyromane a mis le feu au bureau où se déroulaient les élections pour le poste de Duc de la province Ruthvénie, brûlant une partie des bulletins. Une fraude électorale a été tentée par Deux-Fleurs de Pont-Krivell. Voilà pourquoi la monarchie existe. Pas parce que le peuple est mauvais. Oh non. Le peuple est charmant. Il est juste fait de chair, de panique, de rancune, de mains baladeuses et d’une fascination inquiétante pour les bulletins qu’on peut tricher ou flamber. Le vote est une belle chose dans les contes. Dans la réalité, il prend feu avant midi et quelqu’un tente déjà de mettre son doigt dans l’urne.
La Couronne, elle, ne brûle pas si facilement. Elle noircit. Elle sent le vieux métal. Elle survit. Elle laisse les cendres expliquer la démocratie.
Toute personne ayant vu le pyromane, le fraudeur, le chandelier suspect ou la dignité civique quitter les lieux est invitée à témoigner. Les mensonges seront acceptés s’ils sont bien enluminés.
Baptiste Le Tellier a retiré sa candidature aux élections ducales avec une noblesse presque dangereuse, expliquant qu’il fallait parfois se retirer pour le bien du Royaume. Voilà un geste rare. Dans d’autres nations, on s’accroche aux postes comme une moule malade à une coque de bateau. En Ruthvénie, on peut encore reculer avec une révérence. Bon, avec un petit grincement intérieur, bien sûr. Nous ne sommes pas dans une fable pour enfants propres. Mais le geste a la grâce des vieilles portes qui se referment en laissant passer un courant d’air funèbre.
Felicity Ruthven, elle, a critiqué le Roi, manifesté contre lui puis loué Bladimir Bladimirovitch Mutin. Certains appellent cela de l’incohérence. Moi j’appelle cela une journée normale dans une monarchie saine. Une cour vivante doit produire du désaccord comme une cave produit de l’humidité. Sans ça, les gens s’ennuient et finissent par inventer des assemblées nationales.
Les nobles offensés peuvent venir déposer une plainte parfumée. Les roturiers peuvent aussi s’exprimer, mais qu’ils essuient leurs sabots avant d’entrer dans la ligne.
Et pendant que Ruthvenville disputait ses vérités en robe sombre, la police rappelait au monde que le Royaume n’est pas seulement un décor. Soeur Shoshana von Zyklon a tenté d’usurper le Roi Wenceslas von Altheim-Blatnoï, a perdu son poste de Duchesse et les policiers se sont mis en mouvement jusqu’à la conduire en prison. Voilà . C’est propre. C’est net. C’est médiéval dans l’âme. On peut chanter, prêcher, pleurer, parler de douce chaleur et de terres saintes, mais quand on approche trop près du trône avec des intentions qui sentent l’usurpation, la douceur devient serrure.
Qu’on ne dise pas que la Ruthvénie n’écoute pas les femmes de foi. Elle les écoute jusqu’au moment où elles essayent de prendre la chaise du Roi. Ensuite, elle les loge à l’ombre. C’est une forme d’hospitalité.
Soeur Shoshana von Zyklon peut venir expliquer son trajet spirituel vers la prison. Les auditeurs aiment les miracles, surtout ceux avec menottes.
Pendant ce temps, sur les terres de Crab Key, Korail a soutenu le gouvernement du Royaume de Ruthvénie, loué Stefan de Crab et Astroglobal au nom du Royaume Pirate de Ruthvénie. Bohé d'Umont a soutenu le Roi légitime face aux sombres manigances de nos ennemis, avant de se faire huer en tentant de manifester. J’y vois une beauté très ruthvène. Même quand on se fait huer, on a eu le temps de dire vive le Roi. Dans certaines régions, les gens se font huer pour moins bien que ça. Ici au moins, le ridicule porte des armoiries.
La fidélité qui chancelle reste de la fidélité. Elle a juste glissé sur une flaque.
Les pirates monarchistes peuvent appeler. Les gens qui ont hué aussi. Nous comparerons les versions et nous garderons celle qui a le plus de sel.
Mais la Ruthvénie ne se contente pas de survivre à la politique. Elle gagne aussi sur le terrain. Lord Golgoth Ruthven a célébré la victoire de l’équipe ruthvène et aléokointre, victoire arrachée un à zéro face à une bande de cailloux bodybuildés et surentraînés. Il a même présenté une photo entièrement légitime, absolument pas montée au comptoir en cinq minutes, où tout le monde aurait accepté de participer sans refus répétés ni doublures en catastrophe. Évidemment que nous y croyons. En monarchie, l’image n’est pas une preuve. C’est une enluminure. La vérité vient après, à genoux, avec un encrier.
Une victoire sans péril donne moins de gloire. Une victoire avec mensonges, doublures, cailloux bodybuildés et Roi possiblement gardien de but donne une légende. C’est très différent.
Les joueurs, les doublures, les cailloux et les gens qui ont refusé trois fois avant de se retrouver sur la photo peuvent témoigner. Nous respecterons leur version tant qu’elle confirme la nôtre.
Du côté de Valégro, la République de Kraland s’agite avec cette odeur de soupe rouge et de papier administratif mouillé qui colle aux bottes. Ranxerox critique la Ruthvénie. Logan Komikov accuse, sermonne, proclame la paix avec une main tendue qui ressemble beaucoup à un doigt dans l’œil. Il parle de Moldavie, de respect, de noblesse, de sucette confisquée et de propagande royaliste intermittente. Admirable. Les rouges demandent la paix comme un voisin qui lance des pierres dans les vitraux en jurant qu’il voulait seulement aérer.
Ils ont hissé leur drapeau au Valégro, nommé, retiré, replacé, sermonné et repeint la scène avec leur éternelle certitude que les paysans chantent mieux quand on leur fournit les paroles depuis la capitale. La République aime tellement libérer les gens qu’elle fini toujours par leur expliquer très précisément comment être libres.
La Ruthvénie, elle, n’a pas besoin de hurler pour exister. Elle grince. Elle se souvient. Elle attend que les rouges se fatiguent à courir autour du pont de l’amitié avec des bannières et des plaintes.
Les kramarades souhaitant répondre peuvent le faire. Qu’ils déposent leurs faucilles imaginaires au vestiaire et qu’ils évitent de graffiter le micro.
Et voici maintenant notre information presque anonyme, rougement anonyme, sans doute kra.
Un message promet à Mench0 un sort peu délicat, avec de l’huile de vidange, des roues de camion et cette poésie de garage insurrectionnel qui prouve qu’un rouge peut manquer de noblesse même quand il menace quelqu’un. Je ne lirai pas tout, non par pudeur, mais parce que certaines phrases sentent tellement le cambouis mental qu’elles risquent d’encrasser les ondes.
Ce qu’il faut retenir, c’est ceci. Quand une menace parle comme un pneu crevé qui aurait appris la politique dans une benne, elle révèle moins une stratégie qu’une hygiène. Mench0 dérange. Donc Mench0 existe. Donc Mench0 a peut être plus d’importance que ses ennemis voudraient l’admettre. C’est la règle ancienne des cours. On ne menace pas les meubles. On menace les gens qui font mal aux nerfs.
Mench0 peut venir demander protection médiatique, protection morale ou simplement une serviette pour essuyer cette prose huileuse. Les anonymes rouges peuvent aussi rappeler. Nous leur fournirons un dictionnaire, un baquet et une chance de faire moins sale.
Je n’oublie pas non plus la déclaration de Kleo, c’est à dire moi même, car il est important de citer ses sources quand elles ont huit pattes et raison. Radio Nécrotoile a annoncé que le premier auditeur à laisser un message à la station pourrait choisir quel empire, royaume, république, théocratie ou amas de contradictions je supporterais cette nuit. L’auditeur a choisi. La Ruthvénie a gagné la ligne. C’est donc son heure.
Et qu’on l’entende bien.
Aucune émission ne se fera sans un appel du public dorénavant. Le silence est une faute civique. La timidité est une maladie de couloir. Si vous voulez que les informations de la nuit prochaine soient pro quelque chose, pro Ruthvène encore, pro rouge pour rire, pro vert pour compost, pro confédéré pour voir un meuble voter ou pro brun pour revenir à l’ordre naturel, il faudra appeler. Le premier qui laisse sa voix dans la toile choisira la bannière que je ferai semblant de défendre avec sincérité.
Je ne garantis pas l’honnêteté. Je garantis le spectacle.
La grande vérité de ce soir est donc simple. La Ruthvénie est monarchique. Elle est vieille. Elle sent la pierre froide, le vin sombre, la rancune polie et le droit héréditaire qui se lève encore malgré les rhumatismes. Son Roi est critiqué par ses sujets, attaqué par les ambitieux, moqué par les rouges, entouré de rumeurs, marié à une sorcière brune et pourtant toujours là . C’est cela, la monarchie. Ce n’est pas l’absence de chaos. C’est la capacité de mettre le chaos en livrée et de le faire attendre devant la porte du trône.
La République peut bien crier. La Confédération peut bien voter. Le Khanat peut bien remplir des formulaires tribaux. Le Paradigme peut bien baptiser ses salades. Rien ne remplace une couronne ancienne quand il s’agit de survivre à la bêtise humaine avec un air offensé.
Les concernés peuvent nier publiquement. Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les usurpateurs déçus, les pyromanes civiques, les pirates monarchistes, les sportifs montés en urgence sur une photo et les rouges qui sentent encore l’huile de vidange sont invités à se manifester.
Ici Kleo, araignée royale temporaire, depuis une salle où les chandelles tremblent moins que les régimes sans roi.
Souvenez vous de ceci.
Une couronne peut être lourde, rouillée, ridicule et posée de travers.
Mais au moins, quand elle tombe, tout le monde sait enfin oĂą regarder. -
posté 06/07 (00:59)

RADIO NÉCROTOILE PRÉSENTE LE GRAND SAMOVAR DU BONHEUR ROUGE
Bonsoir mes petits kramarades de velours râpé.
Ici Kleo, araignée, perchée au centre d’un studio qui sent le charbon humide, la taverne fermée trop tard, l’encre de procès et la soupe populaire qu’on surveille avec un fusil. Derrière moi, le décor est rouge comme un décret qui a honte de lui même, des affiches héroïques pendent entre deux poutres noircies, des chandelles fument sous des portraits de gens qui ont toujours raison et mes yeux bleus brillent dans l’ombre comme deux étoiles froides cousues sur un drapeau trop grand pour la pièce.
Ce soir, l’émission est pro République de Kraland.
Oui.
Que les nobles avalent leurs dentelles. Que les verts s’excusent auprès d’un buisson. Que les confédérés convoquent une assemblée pour savoir si la chaise est d’accord. Ce soir nous parlons rouge, bonheur, expansion, paperasse sacrée et grandes portes qu’on ouvre à coups de bottes administratives.
Commençons par Cheikh Evara.
L’Empereur a donné à Mystisie la chance magnifique de rejoindre notre belle Républik. Certains diront qu’il a cédé une province. Les gens médiocres adore les verbes pauvres. Moi je dis qu’il a offert au désert un horizon rouge, une grande bouche fraternelle, un avenir de formulaires, de chants collectifs et de bonheur obligatoire bien repassé. C’est un geste splendide, presque noble malgré son origine brune, comme un corbeau qui déposerait une étoile soviétique sur une nappe tachée.
Mystisiens, approchez.
La Républik vous ouvre les bras. Ils sont larges, rouges, un peu collants et sûrement accompagnés d’un registre qu’il faut signer trois fois, mais se sont des bras quand même. Vous étiez du sable, vous serez maintenant du sable classé, tamponné, comptabilisé et aimé par l’État. C’est une ascension. C’est une tendresse. C’est peut être une arrestation plus tard mais n’anticipons pas le Bonheur.
Car à Kraland, on ne laisse pas les peuples errer dans la confusion. On pense pour eux. C’est généreux. C’est même reposant. Pourquoi souffrir à choisir quand des Élus peuvent avoir raison à votre place depuis mille ans et probablement deux réunions mal éclairées.
Et dans cette grande fresque rouge se tient Vostroyan.
Martyr de Lampe du Génie, voix de prison, prophète de roulotte, relique vivante qui sent la poussière chaude et la menace mal peignée. Silice de Pont-Krivell l’a livré à la prison comme on dépose une icône dans une boîte trop petite, puis K' Velzard a annulé sa peine pour attentat. Voilà . La justice a parlé. Elle a peut être toussé avant mais elle a parlé. Vostroyan ne sort pas blanchi. Il sort légendaire. C’est mieux. Le blanc salit vite alors que la légende se lave rarement.
Oui, j’ai moi même entamé un combat contre Vostroyan. C’étais une discussion politique avec les pattes. Une accolade révolutionnaire mal comprise. Une manière locale de vérifier qu’un martyr n’est pas fait en carton mouillé.
Les témoins peuvent venir nier. Nous appellerons cela de la participation idéologique.
Pendant ce temps, Ranxerox mène campagne pour Alice Ravenloft avec la tendresse d’un père rouge qui aurait adopté tout un quartier après l’avoir fiché. Il dit que la confiance de la Républik se mérite et il as raison. Ici la confiance n’est pas un cadeau. C’est une laisse décorée. Alice Ravenloft, elle, fait du Kra Miaou diplomatique, construit ses bureaux avec Malcom Ravenloft et K' Velzard, promet la paix, caresse les Ruthvènes avec des mots doux et leur explique que le Bonheur est à ce prix. C’est brillant. Un chaton sur un char d’assaut. Une patte de velours dans un gant de procédure.
Michel
DruKra reçoit la récompense de Héros de la Révolution. Enfin. La Républik a retrouver le formulaire signé. Ce qui prouve que l’héroïsme existe seulement quand le bon papier dort dans la bonne pile. Les bardes peuvent chanter. Les archives ont validé.
Et que font les autres pendant ce temps.
Emile Liarr pleure son compte en pleine décroissance, hurle contre le système kollectiviste et découvre qu’envoyer son argent à des Kralandais peut provoquer une disparition thermondique de poche. Quelle surprise. Il voulait jouer avec le grand rouge et maintenant il trouve que la soupe est froide. Mon pauvre. À Kraland, même l’arnaque a une valeur pédagogique. Elle enseigne l’humilité, la faim et la prudence envers les promesses qui brillent plus que votre bourse.
Ranxerox condamne ensuite le Royaume de Ruthvénie en Valégro, rappelant qu’on peut hisser un drapeau, miner et administrer mais qu’il ne faut pas voler, comploter ni assassiner les kramarades. C’est raisonnable. Très raisonnable même. La Républik n’est pas contre le chaos. Elle veut seulement qu’il remplisse le bon formulaire avant de salir le parquet.
À Quartier Suprême, Alex KidoWski ouvre un chantier public et l’on construit une Préfecture de Police. Magnifique symbole. Dans d’autres nations on construit des fontaines, des auberges ou des temples. À Kraland, on construit l’endroit où l’on vous explique pourquoi vous êtes heureux en état d’arrestation. C’est plus direct. C’est plus honnête. Sa gagne du temps.
Pendant ce temps, les élections tombent comme des pommes rouges sur un sol déjà surveillé. Alex KidoWski gagne Kraland, PierreJean gagne Fort Emouchet, Natali
Stakhanov gagne Quartier Suprême et ailleurs beaucoup de gens gagnent avec cent pour cent des voix, ce qui est toujours rassurant. Quand tout le monde vote pareil ou quand presque personne ne se présente, l’unité nationale sent moins la discussion et plus la cave bien rangée.
Je salue aussi Zøra, Sophos, Bogdan D'Arken, Lucette Circulaire, Malcom Ravenloft, Kath Khanova, Wispy, Bressia, Cadenza, Dragnor et tous les kramarades actuels dont les noms forment cette belle tapisserie de fonctions, de villes et de responsabilités que personne ne devrais lire sans casque. Vous êtes les petits rouages dorés d’une grande machine qui fume. Continuez à grincer en rythme.
La vérité officielle est donc simple.
Mystisie n’a pas été perdue. Elle a été trouvée par plus rouge qu’elle. Cheikh Evara n’a pas abandonné. Il a ouvert une porte. Vostroyan n’a pas été enfermé. Il a été mis en scène par l’Histoire. Alice Ravenloft ne miaule pas dans le vide. Elle lubrifie la diplomatie avec des coussinets rouges. Et la République de Kraland n’envahit pas les peuples. Elle leur rend le Bonheur qu’ils ignoraient avoir oublié dans un sous sol.
Les Mystisiens sont invités à témoigner de leur joie, même confuse, même tremblante, même dictée par un voisin mieux informé. Les Ruthvènes peuvent se défendre s’ils parlent assez fort pour couvrir le bruit de leurs bijoux. Les opposants peuvent nier publiquement, ce qui sera classé dans la catégorie des preuves utiles.
Et j’annonce ceci.Aucune émission ne se fera désormais sans appel du public. Le premier auditeur qui glissera sa voix dans ma toile choisira la couleur de la nuit prochaine. Pro rouge, pro vert, pro brun, pro couronne, pro canard ou pro catastrophe avec chapeau. Venez choisir votre mensonge officiel. Je le broderai avec du fil noir et un sourire plein de crocs.
Ici Kleo,
Kra vainkra.
Et si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous avez déjà tort depuis trois articles.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
posté 07/07 (01:21)

Le Crépitement du Trône qui tousse
Bonsoir aux Bruns, aux Brunes, aux Marrons très propres sur eux, aux Siciliens qui prétendent encore que Trou Perdu est une ville administrable, aux ministres qui ont survécu à la journée sans se faire remplacer par une chaise et aux auditeurs qui croit que la vérité existe encore ailleurs que sous ma patte gauche.
Ici Kleo, araignée impériale brune, générale de ce qui grince, chroniqueuse de ce qui moisit et seule voix raisonnable dans cette salle du trône décadente où les rideaux pourpres sont lourd, les chandelles sont allumé, les crânes nous regarde avec une fatigue très professionnelle et le velours sombre absorbe les mensonges comme une serviette de taverne absorbe le vin, le sang et les promesses électorales.
Nous ouvrons cette émission sous les dorures anciennes de l’Empire Brun, entre un trône morbide qui a connu plus de postérieurs que de coussins propres et un micro impérial suspendu à ma toile, car il fallait bien qu’un être avec huit pattes vienne tenir debout ce que les bipèdes appellent encore une nation. À partir de ce soir, notez le bien avec vos doigts sales, aucune émission ne se fera sans un appel du public. Un peu de répondant que diable. Les gens qui subissent l’Histoire sans venir râler en direct ne sont que des meubles avec des impôts.
Commençons par l’évidence brune du jour. Cheikh Evara a donc eu son grand moment de Révoluciòn, son petit théâtre de sable, son empereurisme de poche et sa journée de grandeur emballée dans du papier mystisien. Il a secoué l’Empire comme un vieux tapis plein de poussière, a placé des noms dans des fauteuils et a cru que le Mal allait sortir en fanfare des couloirs parce qu’il avait haussé le ton devant les murs. Puis Lachésis est arrivée, sèche comme un décret qui ne demande pas pardon et l’a déposé avec la grâce d’une lame qui connais son métier.
Il faut reconnaître à Lachésis une chose et cette chose me coûte à dire parce que les compliments me donne des crampes. Elle a compris qu’un Empire ne se laisse pas dépouiller comme un manteau dans une taverne où tout le monde fait semblant de chercher le voleur. Elle a repris le trône, elle a ramené les noms familiers dans les cases utiles et elle a rappelé que l’Empire Brun n’est pas une auberge de jeunesse pour révolutionnaires qui ont oublié leur insurrection dans le sable. Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison.
Et parlons de Y0gi. Ah Y0gi. Notre météore administratif. Notre silence en forme de ministre. Notre grande énigme du Travail qui a su être ministre une journée sans que personne ne semble toujours l’avoir entendu, ce qui est tout de même une performance car même les meubles craquent quand on les déplace. Prenons des paris qu’il n’a pas remarqué. Peut-être est-il encore là quelque part, dans un couloir, ministre dans son âme, regardant un mur avec la conviction tranquille d’un dossier qui n’a jamais été ouvert. Il a été nommé, il a été retiré et dans ce grand fracas institutionnel il ne l’as probablement pas remarqué.
Le Ministère du Travail n’avait déjà pas d’argent et voilà qu’il n’avait presque pas de voix. C’est cohérent. C’est brun. C’est même d’une élégance administrative rare. Dans certains pays, un ministre qui ne parle pas inquiéterait. Chez nous, cela repose les services. Il ne promet rien, donc il ment moins. Il ne répond pas, donc il évite les contradictions. Il ne semble pas entendre, donc il résiste aux plaintes. La mauvaise nouvelle est qu’il était peut-être le seul ministre vraiment adapté à son poste. La bonne nouvelle est qu’il n’a pas eu le temps de s’en apercevoir.
Pendant ce temps, Agatha a fait ce que les ministres de l’Économie font quand ils sentent que le chaos commence à manquer de liquidité. Elle a versé, reversé, déplacé, baissé, remonté et fait danser les taux de Mystisie comme une pièce lancée sur un comptoir graisseux. Soixante pour cent, vingt pour cent, puis retour à soixante, parce que la stabilité est une invention de gens qui n’ont jamais vu un trésor national depuis l’intérieur d’une piscine. Elle a envoyé de l’argent aux Services Secrets, à l’Intérieur, à la Justice, au Palais et même une pièce au Ministère de l’Information, ce qui est gentil, mesquin et parfaitement insultant.
Toute personne du Ministère de l’Économie souhaitant défendre cette pingrerie peut venir en direct avec une bourse, une excuse ou les deux.
En Sicilia, heureusement, pendant que le reste du Cybermonde joue à la chaise musicale avec des couronnes, Jaylie Dei Machiavelli fait tourner la machine locale avec ce pragmatisme terrifiant des gens qui savent que si l’on attend la fin d’une crise pour nommer quelqu’un, on meurt avant le tampon. NOROGURA Jûzô reçoit un poste, Nanarchiste reçoit un poste, Dusk et Aurora reçoit un poste et quelque part, les registres ont dû se mettre à transpirer. Sicilia récoltent, Sicilia nomme, Sicilia avance et Sicilia a encore assez de souffle pour regarder les autres provinces se vautrer dans leurs grandes théories.
M. Faucher Dei Machiavelli a démissionné parce qu’il y avait des choses plus importantes à faire. Voilà une phrase splendide. Elle peut vouloir dire sauver quelqu’un, tuer quelqu’un, boire quelque chose ou éviter un formulaire. En Sicilia, c’est une déclaration d’État. Elle contient la même profondeur qu’un traité international mais avec moins de naphtaline. Benkaa Dei Machiavelli a aussitôt remis le commissariat dans l’ordre, ou du moins dans une forme d’ordre reconnaissable de loin, ce qui suffit largement quand la ville s’appelle Trou Perdu et non Bureau Bien Rangé.
Et puisque nous parlons de Sicilia, saluons aussi le grand défilé militaire de Lotr Dei Machiavelli, qui a enthousiasmé la foule au point de créer de nouveaux engagés. Voilà une image saine. Des bottes, des drapeaux, des gens impressionnables et une foule qui confond discipline et bruit de métal. C’est de la politique populaire avec plus de jambes. Les pacifistes trouveront cela inquiétant. Les Siciliens trouveront cela pratique. Les commerçants compteront les consommations après. Les mères soupireront. Les criminels noteront les effectifs. Tout le monde aura participé.
Mais la vraie poésie, la belle, la sale, celle qui colle aux doigts, nous vient de Silice de Pont-Krivell. Ministre de la Guerre, puis recherchée, puis arrêtée, puis libérée, tout cela autour d’une tentative de fausse clé dans un complexe bibliothécaire de la Forêt de Jade. Il faut oser. Il faut avoir cette grandeur. Certains perdent leur poste pour trahison. D’autres pour corruption. Silice de Pont-Krivell s’est faites tirer dessus par une défense laser en essayant d’entrer dans une bibliothèque comme si le savoir était un coffre et la porte une suggestion. Je ne dis pas que c’est admirable. Je dis que c’est narrativement rentable.
La Forêt de Jade peut évidemment se plaindre. Elle peut même écrire une lettre sur du papier recyclé avec des larmes de panda administratif. Mais soyons honnêtes, quand une Brune se fait arrêter pour une clé ratée, cela prouve surtout que les bibliothèques étrangères sont hostiles à la curiosité impériale. Les témoins anonymes, les lâches non anonymes et les rats de rayonnage sont invités à se manifester s’ils ont vu quelque chose d’utile, de faux ou de vendable.
Ailleurs, le Cybermonde se couvrait de crème. En Elmérie, les tartes a volé comme une doctrine officielle. Tifa LockHeart, Jean-Luc Selriche, Pigeon Ronron, Yamano Seraven, Tinylia Cératy, Serbitar Seraven et quelques autres visages malchanceux ont transformé la province en pâtisserie de combat. Le Khanat Elmérien, a donc confirmé que la diplomatie peut se faire à la crème quand les mots sont trop compliqués et que les serviettes manque. C’est ridicule, certes, mais au moins là -bas on voit clairement qui a reçu l’argument au visage.
Du côté de la Confédération Libre, ce monument démocratique où chacun est libre de se faire arrêter par la procédure après avoir été volé avec transparence, Jean-Messie de la Nation a pris Structural en passant, a nommé Estelle Pravi, a vu Merula finir derrière les barreaux et a réussi à produire ce genre d’ordre local qui ressemble à une crise mais avec des signatures. Une voleuse derrière les barreaux, un juge nommé, un bourgmestre qui ne faisait que passer et une ville qui se regarde dans le miroir en murmurant que c’est sûrement ça la liberté.
Le Royaume de Ruthvénie n’a pas été en reste, évidemment. Chez les monarchistes, on retire un trône, on demande une allégeance, on s’étonne que l’ancien détenteur fasse la grimace et on appelle cela tradition. Wenceslas von Altheim-Blatnoï a refusé de plier avec cette dignité de vieux rideau qui ne tombe pas même quand la tringle menace. Tormenta Ruthven, Bladimir Bladimirovitch Mutin et toute cette cour de poignards polis se sont inclinés les uns devant les autres avec la grâce d’un bal où chaque révérence cache une facture.
Puis Ombre Méphitique a martelé Ruthvenville parce qu’on l’avait dérangé en pleine pêche, ou en plein match, ou en plein mensonge à Bobonne, ce qui a provoqué une secousse et rappelé au Royaume que même les catastrophes naturelles peuvent avoir des problèmes de gestion émotionnelle. Un gamin en colère, des onglons, un fût de bière et un défi à gagner. Voilà peut-être la monarchie dans sa forme la plus pure. Tout le monde porte des titres mais au fond, quelqu’un tape du pied jusqu’à casser les murs.
En Mystisie, Octave Sombrefer a protégé Lampe du Génie contre les phénomènes naturels grâce à une initiative hydraulique et un discours sur l’eau qui doit apprendre à s’incliner. C’est beau, sec, parfaitement absurde et presque rassurant. Dans un désert, même l’humidité devient une provocation politique. L’Absolu veille, paraît-il. Très bien. Qu’il veille aussi sur les tuyaux, les seaux et les ministres qui fuit avant d’avoir servi.
Et au milieu de tout cela, Zelphi s’est fait trancher la gorge à Trou Perdu pour ne pas faire partie de la famiglia. Ceci n’est pas une information secondaire. Ceci est le rappel local, simple et pédagogique, que Sicilia n’est pas dangereuse par accident mais par méthode. E pericoloso sporgersi. On ne se penche pas hors de la famille, on ne se promène pas hors des règles et on ne confond pas hospitalité avec immunité. Les étrangers qui veulent discuter de sécurité peuvent s’inscrire à la prochaine visite guidée. Elle commence au caniveau et finit souvent pareil.
Voici donc l’analyse impériale incontestable, prenez des notes si vos mains ne tremblent pas trop. L’Empire Brun avait raison depuis le début, même quand il avait tort, parce que ses erreurs ont au moins l’honnêteté d’être théâtrales. La République de Kraland invente des lendemains qui chante mais confisque les voix en chorale. La Confédération Libre croit que la démocratie consiste à nommer quelqu’un en urgence pour expliquer pourquoi tout est légal. Le Royaume de Ruthvénie s’agenouille devant des couronnes qui mordent. Le Khanat Elmérien transforme les noces en bataille de crème. Le Paradigme Vert protège sûrement les arbres mais pas les conversations. Et l’Empire Brun, lui, assume d’être une cave gothique pleine de rideaux, de crânes et de mauvaises décisions qui ont au moins le bon goût d’être somptueuses.
Quant à vous, public, approchez vos voix du micro. Dorénavant, il n’y aura plus d’émission sans appel. Les silencieux seront considérés comme complices, les timides comme suspects et les courageux comme exploitables. Si quelqu’un désire poser une question, déposer une plainte, défendre Y0gi, nier que Silice de Pont-Krivell a voulu cambrioler la connaissance, expliquer les finances d’Agatha ou simplement s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes.
Venez témoigner. Venez mentir. Venez corriger. Venez me dire que je déforme les faits avec votre petite bouche fragile. J’adore quand les mouches expliquent à la toile comment elle devrait être tissée.
C’était Kleo, depuis le trône qui tousse, sous les chandelles mourantes, les crânes polis, les dorures usées et les reflets bleus de mes yeux dans la fumée brune. Restez à l’écoute, restez méfiants et surtout répondez quand on vous appelle, car même le silence finit toujours par payer l’impôt.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
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posté 07/07 (22:56)

Ah. Lord Golgoth Ruthven est en ligne.
Déjà , saluons l’audace. Il faut une certaine noblesse pour appeler une victoire contre des cailloux trépidante sans que sa couronne ne tombe de honte dans sa soupe. Mais je reconnais là le panache ruthvène. Là où d’autres verraient un match laborieux contre du gravier organisé, le Royaume voit une épopée, une marche triomphale et possiblement le début d’une dynastie sportive fondée sur le pied lourd et la mauvaise foi princière.
Alors oui, Lord Golgoth, nous vous entendons. Les Ruthvènes & Aleokointres ont vaincu la pierre. Le minéral tremble. Les carrières ferment leurs portes. Les statues détournent le regard. Et comme tout grand empire sportif commence quelque part, pourquoi pas par un tas de cailloux humilié un à zéro.
Installez-vous bien, mes petits auditeurs. Ce soir, nous allons parler d’une équipe qui a affronté la géologie et qui ose maintenant regarder la coupe comme si elle lui devait déjà allégeance.
Émission spéciale !
La Couronne, le Ballon et les Cailloux Hostiles
Bonsoir aux auditeurs de bon goût, aux nobles fatigués, aux roturiers convenablement soumis, aux canards suspects, aux démons remplaçants, aux gardiens qui acceptent encore de plier les genoux malgré l’âge du royaume et aux spectateurs assez courageux pour regarder du football sans exiger immédiatement une enquête parlementaire.
Ici Kleo, araignée impériale brune, installée dans un fauteuil de velours sombre trop grand pour les vivants ordinaires, au milieu des crânes polis, des chandelles qui fument, des dorures anciennes et des rideaux pourpres qui tombent comme des secrets de famille. Devant moi, le micro grésille. Derrière moi, un trône morbide. Au plafond, ma toile tient mieux que la moitié des alliances du Cybermonde. Et ce soir, mes petits auditeurs mal peignés, nous quittons brièvement les pavés siciliens pour rendre hommage à une chose rare, fragile et presque émouvante.
Une victoire ruthvène.
Oui. Je sais. Moi aussi j’ai dû relire les grands titres.
La Kroupe du Cybermonde, cette grande messe sportive où l’on prétend réunir les peuples pour éviter qu’ils ne s’égorgent ailleurs, a donc ouvert ses bras à toute la ménagerie internationale. On nous a promis du football à sept, des règles, des équipes, de la sécurité, des sorts autorisés tant qu’ils ne transforment pas l’adversaire en meuble et cette jolie illusion selon laquelle le Cybermonde sait se rassembler autour d’un ballon sans y cacher une bombe, un traité ou une dette.
Charmant.
Naturellement, tout le monde est venu avec son petit drapeau, ses ambitions, ses fanfares et ses mensonges propres. La Sibéria organise en souriant comme une statue de sainte qui aurait vendu des billets. Le Paradigme veut transformer les stades en sanctuaires respirants. Le Khanat demande si ça va taper fort, ce qui est moins une question sportive qu’une présentation culturelle. Kraland veut probablement annexer le terrain au nom du Bonheur. L’Empire Brun annonce qu’il domine même quand il ne vient pas. C’est notre politesse à nous.
Et puis, au milieu de ce carnaval de crampons, voici le Royaume de Ruthvénie.
Pas une équipe. Une enluminure bancale. Une procession de titres, de plumes, de rhumatismes, de canards hostiles et de volontaires dont certains l’étaient apparemment de leur plein gré, ce qui gâche un peu la tradition monarchique mais personne n’est parfait.
Lord Golgoth Ruthven a annoncé l’équipe Royaume de Ruthvénie & Aléokoincie avec cette innocence dangereuse des gens qui savent très bien que la liste n’est pas nette mais qui sourient assez fort pour que le papier cesse de trembler. Dans les buts, Wenceslas von Altheim-Blatnoï, Son Altesse, gardien royal, dernier rempart et possiblement dernier homme du stade à devoir négocier avec ses genoux avant chaque arrêt. En attaque, Lord Golgoth Ruthven et Palakoin, ce qui annonce déjà une stratégie fondée sur la noblesse, le chaos et le bruit mouillé d’un canard lancé trop vite. Au milieu, Koinstradamus et Keryn Valombre. En défense, KaNaar et Omble Sarcastique, duo dont le nom seul devrait suffire à faire reculer un attaquant doté de prudence.
Sur le banc, nous trouvons Alastair C. Shizen d’Excelisor, Ombre Méphitique, Jean-Koince, Raoult Koinvid et Belzékoin. Autrement dit une réserve capable de remplacer un joueur, de déclencher une querelle féodale, de renverser une buvette ou de faire croire à une possession démoniaque selon les besoins tactiques du moment.
Face Ă eux, les Cailloumanciens.
Une équipe qui, rappelons-le, alignait un humain et un tas de gravats. Ce qui en fait déjà un adversaire redoutable dans un monde où la moitié des gouvernements produisent moins de mouvement qu’une pierre plate en pleine méditation. Certains ricaneront. Ils ont tort. On ne sous-estime jamais un caillou. Un caillou ne fatigue pas. Un caillou ne conteste pas l’arbitre. Un caillou ne rate pas une consigne puisqu’il n’en a jamais compris aucune. C’est probablement la forme ultime du joueur discipliné.
Le match fut donc un duel d’écoles.
D’un côté, la Ruthvénie, fière, noble, un peu poussiéreuse mais digne, avançant avec ce panache des royaumes qui ont trop d’histoire pour courir proprement. De l’autre, les cailloux, tactiquement silencieux, moralement opaques et physiquement très disponibles. Il y eut des rebonds, des trajectoires absurdes, des une-deux sans cerveau et cette grande révélation tactique que parfois, ne pas penser du tout permet d’éviter les erreurs de jugement. Et pourtant, mes chers auditeurs, le Royaume a tenu. Mieux., le Royaume a gagné Un à zéro.
Un score mince, dites-vous. Un score prudent. Un score de vieille monarchie qui signe au bas d’un parchemin après avoir relu les petites lignes. Mais c’est précisément là qu’est la grandeur. Les grandes nations vulgaires écrasent. Les vraies couronnes survivent avec style. La Ruthvénie n’a pas humilié les pierres. Elle les a vaincues avec mesure. Avec retenue. Avec ce mépris délicat qui consiste à ne marquer qu’une fois pour ne pas faire pleurer le décor.
Le moment historique, bien sûr, restera l’arrêt de Wenceslas von Altheim-Blatnoï. Le ballon arrive, sournois, propulsé par une conspiration minérale. Le Roi hésite. Le stade retient son souffle. Les genoux négocient avec le passé. Lentement, majestueusement, avec la prudence d’un traité qu’on ne veut pas froisser, Sa Majesté se baisse, descend, s’organise, fait appel à tous les saints, tous les ancêtres et probablement à deux kinésithérapeutes invisibles puis capte le ballon.
Un arrĂŞt photo.
Non pas un arrêt spectaculaire, non. Un arrêt patrimonial. Un arrêt de musée. Un arrêt qu’on ne célèbre pas en criant mais en dépoussiérant une vitrine.
Et voilà que certains esprits mesquins diront que battre des cailloux un à zéro n’a rien de glorieux. À ces gens-là , j’offre mon plus beau sourire d’araignée et une chaise très proche de la toile. Car ils ne comprennent rien. La gloire ne se mesure pas au nombre de buts. Elle se mesure à l’effort nécessaire pour transformer une situation ridicule en légende acceptable.
Lord Golgoth Ruthven l’a parfaitement compris. Il a expliqué, avec une honnêteté si douteuse qu’elle en devient presque aristocratique, que la photo de fin de match était parfaitement authentique, que personne n’avait refusé de participer, que personne n’avait fui, que les doublures n’existaient pas et que tout le monde était volontaire. Certains même de leur plein gré. Voilà le genre de vérité qui mérite une couronne. Non parce qu’elle est vraie mais parce qu’elle est portée droite.
La Ruthvénie a gagné parce qu’elle a compris l’essentiel du football monarchique. Le ballon n’est pas rond pour rouler. Il est rond pour rappeler au peuple que tout finit par revenir aux pieds des puissants. Le terrain n’est pas un rectangle. C’est une salle du trône aplatie. Les cages ne sont pas des buts. Ce sont des frontières. Et le gardien n’est pas un joueur. C’est un souverain placé devant le vide pour empêcher l’humiliation d’entrer.
Pendant ce temps, les autres nations s’épuisent déjà en grandes déclarations. La Sibéria parle de lumière céleste. Le Khanat parle de frapper fort. Kraland veut répandre du Bonheur à coups de crampons collectivisés. La Mystisie annonce qu’elle annexera probablement le vainqueur dès qu’elle aura fini d’apprendre les règles. L’Aléocratie compte ses joueuses comme on compte les survivants d’un buffet mal organisé. Et la Ruthvénie, elle, gagne discrètement contre des gravats en prétendant que c’était un adversaire immense.
C’est cela, la noblesse. Mentir assez bien pour que la réalité accepte de porter une perruque.
Ne nous y trompons pas, cette victoire ruthvène est un avertissement. À tous ceux qui pensaient voir un vieux royaume croulant, vous avez vu un vieux royaume croulant qui marque quand même. À tous ceux qui croyaient que Wenceslas n’avait plus les genoux de sa fonction, vous avez vu un homme descendre vers le sol avec plus de suspense qu’une succession royale. À tous ceux qui riaient des canards hostiles, des démons mineurs et des noms à rallonge, vous avez vu une équipe qui transforme le désordre en stratégie et le mensonge en communiqué sportif.
Et moi, Kleo, parfaitement impartiale comme une araignée qui aurait parié sur le bon cercueil, je déclare que la Ruthvénie mérite notre attention. Non pas parce qu’elle est la plus forte. Non pas parce qu’elle est la plus rapide. Non pas même parce qu’elle est la plus cohérente. Elle mérite notre attention parce qu’elle a compris que dans cette Kroupe grotesque, il ne suffit pas de jouer au ballon. Il faut survivre au récit qu’on fera de vous après.
Et sur ce terrain-là , mes petits cadavres mondains, Lord Golgoth Ruthven vient de marquer un deuxième but.
Les témoins du match sont évidemment invités à venir corriger cette version des faits, surtout s’ils possèdent une version plus compromettante, plus mensongère ou plus flatteuse pour la Couronne. Les Cailloumanciens peuvent déposer une plainte en la gravant sur eux-mêmes. Les supporters de la Ruthvénie peuvent venir hurler leur fierté dans le micro à condition de ne pas renverser la bière sur mes fils. Quant aux mauvaises langues qui prétendraient que cette victoire fut courte, laborieuse ou légèrement embarrassante, elles peuvent venir s’expliquer en direct. J’adore écouter les langues avant de les emballer proprement.
C’était Kleo, depuis la Sicilia, sous les chandelles, entre les crânes et les dorures, avec les yeux bleus ouverts sur le grand théâtre des crampons. -
posté 08/07 (00:46)

Bonsoir aux auditeurs bruns, aux survivants du pavé, aux notables qui ont encore leur poste depuis plus de six heures, aux ministres qui changent de fauteuil comme de chemise sale et aux citoyens assez imprudents pour croire que la politique est autre chose qu’une bagarre avec du papier officiel.
Ici Kleo, araignée impériale brune, générale de la parole venimeuse, posée au centre d’une salle du trône où les crânes luisent sous les chandelles, où le velours sombre boit la fumée, où les dorures anciennes craquent comme des genoux de souverain et où mes yeux bleus éclairent mieux l’Empire.
Commençons par la grande comptabilité du Cybermonde, cette poésie de percepteur où chaque nation révèle son âme en vidant ses poches sur la table. Le Royaume de Ruthvénie récolte, paie ses soldats et distribue son argent avec cette lenteur couronnée des gens qui pensent encore que mettre une pièce dans chaque ministère suffit à nourrir l’Histoire. La Confédération Libre redistribue sa vertu avec chômage, familles et jeunesse comme une grand-mère démocratique qui cache un couteau dans son sac. Le Khanat compte ses pièces en prétendant que le troc est une philosophie. Le Paradigme Vert finance la recherche et laisse la guerre à zéro, ce qui prouve qu’un arbre peut avoir une stratégie militaire s’il s’immobilise assez longtemps. Et l’Empire Brun, naturellement, récolte moins qu’il ne mérite mais plus que les faibles peuvent supporter.
Sicilia, elle, rapporte encore. Pas assez pour réparer le monde, certes, mais assez pour rappeler que Trou Perdu n’est pas seulement une ville où l’on meurt avec du style. C’est aussi une caisse. Une caisse fumante, cabossée, possiblement surveillée par des gens qui ont des cousins dans toutes les ruelles mais une caisse quand même. Les mauvaises langues diront que Sicilia baisse. Je réponds que Sicilia respire. Parfois elle inspire des impôts et parfois elle expire des cadavres. C’est une économie circulaire, presque moderne, donc dégoûtante.
Pendant que les chiffres tombaient comme des têtes de statue, la Ruthvénie organisait son petit théâtre de velours râpé. Tormenta Ruthven, Roi par l’art délicat d’être encore assis quand les autres s’étranglent, a nommé Jean-Messie de la Nation Ministre de l’Économie. Oui. Celui-là même qui venait de critiquer le Royaume avant d’entrer dans la maison avec les chaussures pleines de Valégro. Voilà une stratégie monarchique d’une pureté rare. Dans les démocraties, on récompense les fidèles. Dans les monarchies raffinées, on adopte les problèmes pour qu’ils coûtent plus cher à table.
Jean-Messie de la Nation a donc quitté son poste de bourgmestre en promettant de revenir, avec cet accent de marchand qui sent la réunion d’actionnaires coincée dans une chapelle humide. Puis il a loué Tormenta Ruthven avec la gratitude prudente d’un homme qui sait reconnaître une porte ouverte quand elle mène à un bureau plus haut. Le retournement de veste, mes chers auditeurs, n’est pas une trahison quand il se fait sous plafond royal. C’est de la couture politique.
Évidemment, Wenceslas von Altheim-Blatnoï n’a pas laissé passer la chose sans déployer le grand manteau de l’ancienne école. Il a étrillé Dame Démerzel pour avoir naturalisé un homme qui venait aussitôt cracher sur le Royaume. Et là , reconnaissons la beauté du geste. Le vieux serviteur a sorti son instinct, son flair de dossier, son regard de ministère usé par les traîtres et il a expliqué que donner à un ingrat exactement ce qu’il réclame ne produit pas la loyauté mais seulement un ingrat mieux chaussé. C’est sec. C’est juste. C’est monarchique. C’est presque brun dans l’odeur.
Dame Démerzel, de son côté, a été saluée par Tormenta Ruthven pour sa capacité de changement. Comprenez qu’en politique, changer n’est jamais une faute si l’on change du bon côté au bon moment avec assez de monde pour applaudir. Frëlon Musc a reçu aussi son compliment, son allégeance et son petit halo de ruthvénitude. Le Royaume se serre, se recoud, se dispute et s’embrasse avec des dents visibles. Voilà pourquoi il dure. Il ne marche pas droit mais il marche en brodant ses chutes.
Au Valégro, le spectacle a pris une odeur plus populaire. Emile Liarr a crié contre la propagande rouge, a bu de l’eau locale, a défendu le côté Ruthvène de la force et a rappelé que Kraland a cette fâcheuse manie de parler de richesse collective avec les poches des autres. C’est vilain, certes, mais c’est efficace. Les rouges adorent partager, surtout quand la chose partagé appartient déjà à quelqu’un qui vient de s’en apercevoir. Voilà la Républik dans son habit du dimanche. Un grand sourire, une main tendue et l’autre dans votre garde-manger.
Puis Alice Ravenloft est montée miauler trois fois sur la tribune, d’abord pour chanter l’amitié, ensuite pour tartiner du Bonheur rouge sur la Moldavie et enfin pour rappeler que la Ruthvénie a une culture, une élégance et une âme. Une chose rare est arrivé. Une parole tendre a traversé la politique sans être immédiatement brûlée pour fournir du chauffage. Alice Ravenloft a parlé d’honneur, de pardon, de peuples qui pourraient travailler main dans la main et il faut lui reconnaître ce courage. Dire de la douceur dans ce Cybermonde, c’est comme jouer de la harpe dans une fosse à rats. On entend la musique mais on surveille ses mollets.
Et pendant que Ruthvénie pleurait dans ses broderies, Sicilia a connu une scène beaucoup plus directe, beaucoup plus brune, beaucoup plus proche de la vérité naturelle du pavé. Un attentat a frappé le Complexe Garagiste de Trou Perdu. Deux victimes. Un graffiti sur le mur annonçait déjà la couleur avec cette finesse locale qui transforme les menaces en décoration murale. La fée K. Lome a tenté de commettre l’attentat et a perdu son poste de Capitaine. Enfin une administration qui comprend la sanction immédiate. Vous faites exploser un garage, vous perdez le badge. C’est brutal, c’est simple et ça évite les colloques.
Je tiens toutefois à protester. On ne vient pas bombarder nos garages comme on secoue une nappe. Le garage sicilien est un lieu sacré, mes petits pneus crevés. On y répare les véhicules, les excuses, les alibis et parfois les carrières politiques. Un attentat contre un garage à Trou Perdu n’est pas seulement un crime. C’est une attaque contre la mobilité du Mal, contre le commerce local et contre cette noble tradition qui consiste à redémarrer un moteur pendant que quelqu’un crie dans la rue. Toute personne étrangère souhaitant toucher à nos bâtiments devra désormais déposer sa bombe à l’accueil et attendre qu’un Sicilien plus compétent lui explique comment on rate moins salement.
Dans la même veine, M. Faucher Dei Machiavelli a tenté de lancer le sort Mort contre La Fée Pachier en Forêt de Jade, a échoué et a perdu son poste de Commissaire de Police. L’affaire a même attiré les policiers vers le groupe de Jaylie Dei Machiavelli. Là encore, certains parlerons de scandale. Moi, je vois une exportation de compétence sicilienne mal calibrée. Quand un local tente quelque chose, c’est souvent grave mais au moins cela a une intention. Quand une fée fait exploser un garage, c’est une nuisance. Quand un Machiavelli rate un sort Mort, c’est un brouillon judiciaire avec potentiel d’amélioration.
Et pendant ce temps, une onde de paix a traversé Sicilia. Oui. Une onde de paix. Les habitants ont abandonné toute envie de se battre pour vingt-quatre heures. La province entière a donc vécu la chose la plus terrifiante de sa semaine. Le calme. Le vrai. Celui qui fait entendre les charnières, les dettes et les pensées. Je ne sais pas quel malade a envoyé cette paix sur nos rues mais qu’il soit averti. Sicilia peut survivre aux assassins, aux attentats, aux chiens du désert et aux ministres. Mais vingt-quatre heures sans envie de bagarre, c’est presque de la torture blanche.
Du côté brun, Martina D. Dei Machiavelli a fait ce qu’il fallait faire. Elle a loué Lachésis, soutenu l’Empire Brun et craché sur le Paradigme Vert depuis Trou Perdu avec cette précision de procureure qui sait où planter la phrase. Voilà une respiration saine. Pendant que les autres peignent des fleurs sur leurs doctrines pour cacher les ronces, nous rappelons que l’Empire Brun est une cathédrale de mauvais goût assumé. Une vieille série B en costume d’apparat. Une machine qui grince mais qui mord encore.
Kalogr von Krarovich a loué Lachésis aussi et l’Empire a reçu sa ration de propagande par le Ministère de l’Information. Une émission officielle a rappelé qu’il fallait reconstituer des forces d’intervention et choisir des équipes. Enfin une communication honnête. Pas de paix universelle, pas de fleurs qui chantent, pas de Bonheur en fruit. Juste une consigne claire. Regardez autour de vous et demandez vous qui vous voudrez dans votre groupe quand le prochain désastre viendra frapper à la porte avec une casquette.
Pendant que l’Empire prépare ses dents, le Khanat s’amuse avec le calendrier. Lippos Aliagas a usurpé Minerva, a décidé que le mardi deviendrait mercredi parce que cela arrangeait son DAB et a nommé puis retiré Jeff Bizous avec une efficacité de bras nonchalant. C’est beau comme une tribu qui découvre le pouvoir exécutif en trébuchant sur un agenda. Je ne moque pas trop. Le Khanat a cette pureté primitive des gens qui ne savent pas gouverner mais qui le font avec assez de bruit pour impressionner les chèvres.
À Kraland, naturellement, Jean-Luc Selriche a nommé Paul Sernine à l’Économie tout en expliquant que l’HTTPS ne peut pas être partout, ce qui est une phrase très pratique pour un pouvoir qui veut tout mais pas la fatigue qui va avec. La Républik veut être le peuple, la justice, la cantine et le comptoir des plaintes mais dès qu’il faut gérer Forum, Structural, Warriorland et les pauvres qui dorment dehors, soudain la révolution cherche des bénévoles. Voilà le soviétisme de comptoir. Beaucoup de drapeaux, beaucoup de chants et une caisse qui tousse quand la soupe arrive.
La Confédération Libre, elle, s’est fait voler l’Aide Divine par des pirates au Tribunal Cybermondial. Plusieurs fois. Avec insistance. La démocratie a donc réussi l’exploit délicieux de se faire dérober le sacré par effraction informatique. On imagine déjà les commissions, les sous-commissions, les auditions, les rapports, les rapports sur les rapports et une conclusion transparente expliquant que tout s’est passé dans le respect des procédures sauf le vol, qui n’avait pas demandé l’autorisation.
Mystisie n’a pas été en reste. Lyanna de Nansay a transféré de l’argent, nommé Octave Sombrefer Préfet de Police, nommé Silas des Sables Procureur et lancé l’idée fort amusante d’une opération Mains Propres dans une province où même le sable a probablement un casier. Wispy a soufflé sur la Préfecture parce que son action l’empêchait de grossir et les services du Préfet ont été débordés. Voilà une phrase qui résume la Mystisie mieux que n’importe quel traité. Un souffle, du sable, une émotion qui démange et l’administration qui tousse.
Nous avons donc notre vérité brune du soir. Le Cybermonde ne va pas mal parce qu’il manque de paix. Il va mal parce qu’il y a trop de gens qui croient pouvoir repeindre le chaos avec un mot joli. Kraland appelle cela Bonheur. La Confédération appelle cela procédure. Le Khanat appelle cela mercredi. Le Paradigme appelle cela équilibre. La Ruthvénie appelle cela tradition. L’Empire Brun, lui, a au moins la décence de reconnaître la moisissure sur les murs et de l’éclairer avec des chandelles.
Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison. Les Ruthvènes vexés, les Kralandais affamés, les Siciliens calmés contre leur gré, les garagistes traumatisés, les fées explosives, les ministres fraîchement recyclés et les témoins anonymes sont invités à appeler. Dorénavant, sans appel du public, pas d’émission. Une radio sans contradicteurs, c’est une messe sans encens, une taverne sans bagarre, un trône sans cadavre dessous.
Si quelqu’un désire poser une question, déposer une plainte, défendre Jean-Messie de la Nation, expliquer pourquoi Dame Démerzel a naturalisé un caillou politique, justifier l’attentat contre un garage ou simplement venir s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes. Parlez fort. Parlez sale. Parlez vrai si vous y arrivez. Sinon mentez bien, au moins.
C’était Kleo, depuis le trône morbide, entre les crânes polis, le velours sombre, les dorures fatiguées et les rideaux pourpres qui sentent encore le complot. -
posté 08/07 (20:55)

Bonsoir mes petits auditeurs, mes bruns de velours, mes mouches de comptoir, mes taverniers qui savent que le scandale se sert tiède et mes fidèles oreilles venues chercher un peu de boue politique entre deux chandelles mourantes.
Ici Kleo, araignée impériale brune, journaliste autoproclamée impartiale, ce qui veut dire que je mens mieux que les autres et que j’ai la courtoisie de le faire depuis un trône morbide entouré de crânes, de dorures anciennes, de rideaux pourpres, de chandelles grasses et d’une fumée de taverne si épaisse qu’on pourrait y cacher un ministre, une dette ou une Grande Khane en fuite devant sa propre réputation.
Ce soir, nous interrompons nos programmes habituels pour une émission spéciale consacrée à Tifa LockHeart, Grande Khane du Khanat Elmérien, dirigeante tribale, chef de clans, femme de pouvoir, lanceuse de tartes et désormais, selon les dernières rumeurs commerciales, prestataire involontaire en correction manuelle avec option gants en cuir.
Oui, mes petits crocs, le Cybermonde a encore accouché d’un bijou.
Dans le Khanat Elmérien, une rumeur murmure que le numéro 0800 FESSEE serait lié à une question simple et cruelle, « Bah alors Tifa, dis donc tu viens plus aux soirées ». En Mystisie, Lampe du Génie a vu fleurir une publicité pour 0800 TIFETTE, ou TIFA selon l’humeur du standard, promettant une soirée fessée satisfait ou remboursé. Et chez nous, à Trou Perdu, parce que Sicilia sait toujours reconnaître les grands moments de déchéance quand ils passent devant la fenêtre, une autre rumeur promet une expérience de fessage intense avec des gants en cuir.
Voilà . La diplomatie moderne. Autrefois, on envoyait des ambassadeurs. Aujourd’hui, on imprime le derrière des chefs d’État dans les petites annonces.
Je tiens à préciser, par honnêteté journalistique et parce que mes avocats imaginaires m’observent depuis un coin de toile, que cette publicité n’est pas de moi. Je n’aurais jamais fait une chose pareille sans ajouter les tarifs, les horaires, le niveau sonore, la garantie après-claque et une grille claire entre fessée protocolaire, fessée tribale, fessée de crise ministérielle et fessée diplomatique avec supplément humiliation publique. On ne bâcle pas un scandale. On le brode.
Mais admettons que l’annonce soit vraie. Admettons que Tifa, Grande Khane, celle qui frappe fort, celle qui parle aux étoiles, celle qui retire ses théories astrologiques quand les chandeliers se mettent à ressembler au ciel, soit maintenant associée à un service de fessées. Cela explique bien des choses. Le Khanat ne reculait pas, il se préparait à recevoir. Les tambours n’étaient pas ceux de la guerre, c’était le bruit du cuir qu’on échauffe.
Et là , naturellement, Natali Stakhanov arrive avec son discours de grande Khane offensée. Elle n’est pas ton petit gars. Elle n’est pas à toi. Elle n’est pas petite. Elle n’est pas un gars. Elle est grande. Elle est une Khane. Elle est une grande Khane. Très bien. Magnifique. On entend la dignité claquer comme une porte dans un couloir soviétique. Mais il faut avouer qu’au milieu d’une journée où le mot fessée se promène sur les murs du Cybermonde avec plus d’assurance qu’un ministre en uniforme, cette grande déclaration d’autonomie ressemble un peu à une affiche collée sur un tonneau de poudre.
Natali dit qu’elle a vu la Grande Apocalypse droit dans les yeux et qu’elle est difficilement impressionable. Très bien, ma chère. Mais avez-vous vu Tifa droit dans les yeux quand le standard sonne et qu’un inconnu demande le tarif horaire. Voilà le vrai test de courage. L’Apocalypse, tout le monde peut faire semblant. Mais rester digne pendant qu’une rumeur vous transforme en cabinet de correction nocturne, ça c’est du sport politique.
Et que fait Tifa dans tout cela. Elle flotte, quelque part entre la cheffe de guerre, la maman dragon, la bagarreuse de mariage et la dame qui refuse de dire si les gants en cuir sont inclus dans le forfait. Elle peut bien gronder, tempêter, promettre de frapper fort ou dire que les menaces ne marchent pas. Hélas pour elle, le peuple a déjà trouvé pire qu’une menace. Il a trouvé une blague qui colle.
Et les blagues qui collent, mes petits auditeurs, sont plus dangereuses que les couteaux. Un couteau se retire. Une réputation, elle, reste dans les rideaux.
Je l’entends déjà , la Grande Khane, dans son palais tribal, frappant la table en disant qu’elle n’est pas une attraction de taverne. Certes. Mais le problème avec les chefs qui aiment se montrer terribles, c’est que le Cybermonde finit toujours par demander le mode d’emploi. Vous voulez faire peur. Très bien. Combien la séance. Vous frappez fort. Parfait. Est-ce déclaré. Vous êtes redoutable. Excellent. Est-ce qu’on réserve par créneau ou par humiliation.
Car oui, c’est là que la farce devient belle. Tifa veut être crainte comme Grande Khane mais on la vend comme soirée à thème. Elle veut être respectée comme cheffe de clan mais les murs demandent si elle rembourse. Elle veut qu’on entende les tambours du Khanat mais les rumeurs composent 0800 FESSEE avec la main moite des gens qui veulent savoir si la performance se fait debout, assis ou après trois discours de loyauté.
Il faut reconnaître que l’annonce sicilienne a du goût. « Tes nuits sont moribondes ». Quelle entrée. On sent le désespoir. Le lit froid. La chandelle qui tremble. La personne qui regarde par la fenêtre et qui se dit que sa vie manque peut-être de vigueur, de menace et de main khanique. Puis vient le numéro. Puis vient le fessage intense. Puis viennent les gants en cuir. Et là , mes chéris, la politique tombe de son cheval pour entrer dans la poésie de comptoir.
Tifa devrait presque remercier les rumeurs. On lui offre une campagne de notoriété transnationale. Khanat, Mystisie, Sicilia. Trois marchés. Trois publics. Trois affichages. C’est du placement de marque. C’est vulgaire, oui. Mais le Cybermonde n’a jamais été une cathédrale de bon goût. Même moi je parle depuis une salle pleine de crânes et je trouve qu’on exagère.
La vraie question reste donc celle que personne n’ose poser frontalement, sauf moi parce que j’ai huit pattes et aucune pudeur utile.
Quel est le taux horaire.
Car une Grande Khane ne peut pas être bon marché. Si la fessée est tribale, il faut inclure l’expérience culturelle. Si elle est politique, il faut ajouter les frais de propagande. Si elle est faite avec gants en cuir, il y a le matériel. Si elle se déroule après un discours de Natali, il faut compter la pénibilité. Si elle promet satisfait ou remboursé, il faut un service après-vente. Et si la prestation implique d’écouter Tifa expliquer que les étoiles étaient mal alignées mais que tout le monde est beau, alors là , mes amis, on parle d’un forfait complet.
Le Khanat peut bien dire qu’il ne recule jamais. Sur ce point, la publicité semble confirmer qu’il y a surtout des gens qui se penchent.
Je précise que cette chronique est parfaitement respectueuse. Je respecte beaucoup Tifa. Elle est cheffe, puissante, dangereuse et probablement capable de m’aplatir avec un regard de travers. Mais justement. Quand une personne aussi intimidante se retrouve associée à une ligne de fessée publique, le devoir de la presse n’est pas de se taire. Le devoir de la presse est de demander si le cuir est fourni.
Toute personne souhaitant corriger cette version des faits peut venir le faire en direct, à condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte. Tifa peut évidemment appeler pour nier, confirmer, établir une grille tarifaire ou menacer l’antenne. Les auteurs des rumeurs peuvent aussi se présenter, surtout s’ils possèdent une version avec brochure, horaires d’ouverture et option fidélité après dix claques.![[=)]](http://img7.kraland.org/s/66.gif)
Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les clients imaginaires, les mauvais plaisantins, les fabricants de gants et les gens qui ont composé le numéro juste pour vérifier sont invités à se manifester. Nous ne jugeons personne. Nous ricanons seulement avec précision.
Quant à Natali Stakhanov, grande Khane, grande voix, grande déclaration et grande résistance aux menaces, qu’elle se rassure. Personne ne la confond avec un petit gars. Dans cette histoire, il semble que tout le monde soit grand.Grande Khane. Grande rumeur. Grande gêne. Grand cuir.
C’était Kleo, depuis le velours sombre, les crânes polis, les chandelles brunes et la toile suspendue au-dessus du standard.
Restez à l’écoute, mes petits pécheurs de fréquence. Et souvenez vous que dans le Cybermonde, on peut survivre à une guerre, à une révolution et à un apocalypse. Mais à un bon numéro de téléphone, jamais.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 08/07 (22:06)Un flash entier que pour moi.... je suis ennervée et flatée en même temps c'est très étrange comme ressentis!
Je pense que une cheffe d'état, coach sportive et guerrière en fait jalousé plus d'un!
Je dois vous apporter des precisions...![[3)]](http://img7.kraland.org/s/08.gif)
Je n'ai aucune idée de qui à lancée cette rumeur, sinon elle serait déjà fracassée, car mon téléphone a pas arrêté de vibrer c'étais pénible.
J'en profite pour rappeler en
1) qu'une rumeur comme le mot l'indique n'est pas avéré...MAIS
2) Je pense que les personnes oublient que au KE fessée dans mon cas est assimilé à je te fait saigner et tu mange le béton avec tes dents.![[:]]](http://img7.kraland.org/s/04.gif)
En tout cas j'ai constatée une chose, j'ai reçu plus d'une dizaine d'appel et TOUS anonyme!
Alors si des personnes veulent "jouer", ce serait bien d'assumer les choses
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posté 09/07 (02:36)Oh.
Tifa, ma grande Khane sanglante, vous êtes donc énervée et flattée.
C’est adorable.
Un peu comme un volcan qui rougirait parce qu’on lui a dit qu’il avait une jolie lave.
Je tiens d’abord à préciser que cette émission n’était pas un flash entier sur vous. C’était une enquête de service public sur une crise téléphonique internationale impliquant des anonymes, des gants en cuir, une Grande Khane et visiblement une quantité inquiétante de gens assez curieux pour appeler mais pas assez courageux pour laisser leur nom.
Vous affirmez ne pas savoir qui a lancé la rumeur. C’est fâcheux. Très fâcheux. Parce que si vous le saviez, dites-vous, la personne serait déjà fracassée. Voilà enfin une politique de service après-vente claire. Au Khanat, on ne dément pas une publicité mensongère. On casse le département marketing avec les dents.
J’apprécie l’efficacité.
Quant à votre précision sur le mot fessée, je dois dire qu’elle était nécessaire. Chez vous, donc, cela veut dire faire saigner quelqu’un et lui faire manger le béton avec ses dents. Très bien. Voilà qui répond à une partie de mes questions sur la performance. Intense, brutale, minérale et probablement non remboursable.
Il reste toutefois des zones d’ombre.
Le béton est-il fourni par le Khanat ou le client doit-il venir avec le sien.
Les dents sont-elles récupérables après la séance.
Y a-t-il un tarif réduit pour les appels anonymes qui regrettent trop tard.
Et surtout, si plus d’une dizaine de personnes ont appelé sans assumer, doit-on comprendre que le Cybermonde entier a très envie de jouer au brave tant que le combiné cache son visage.
À tous les anonymes qui ont fait vibrer le téléphone de Tifa, je rappelle donc ceci. Quand on appelle une Grande Khane pour une fessée et qu’elle répond avec du sang, du béton et des dents, on ne raccroche pas en tremblant comme une feuille administrative.
On assume. On se présente. On dit bonsoir. Et on demande poliment si le devis inclut les frais dentaires.
Passons a votre émission de la nuit.
Bonsoir aux auditeurs bruns, aux pavés qui ont vu trop de bottes, aux taverniers qui savent que la vérité se sert trouble, aux ministres qui tombent puis reviennent avec encore plus d’aplomb, aux citoyens qui comprend pas toujours pourquoi le monde brûle mais qui savent très bien où poser la chaise pour regarder.
Ici Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret personnel, installée sur son trône morbide au fond d’une salle où les crânes sourient mieux que certains fonctionnaires, où le velours sombre boit la fumée, où les dorures anciennes pendent aux murs comme des promesses royales mal clouées et où mes yeux bleus percent la pénombre avec cette délicatesse simple des créatures qui savent déjà qui elles vont mordre.
Ce soir, le Cybermonde a encore offert à notre antenne une brassée de preuves que l’Empire Brun avait raison depuis le début. Même quand il avait tort. Surtout quand il avait tort. Les autres nations croient encore que gouverner consiste à parler très fort dans une pièce propre. Nous savons mieux. Gouverner, c’est survivre à la chaleur, aux ectoplasmes, aux élections, aux caisses publiques, aux promesses de paix, aux félines diplomatiques, aux ministres recyclés et aux routes devant la prison qui doit absolument être réparé avant que l’honneur municipal ne s’y casse une patte.
Commençons par l’essentiel local, car une chronique qui ne commence pas par Trou Perdu mérite d’être noyée dans un bénitier mal entretenu. Dusk et Aurora ont tenu meeting pour la mairie de Trou Perdu avec une ligne politique d’une simplicité presque obscène. Une gare fonctionnelle. Un aéroport fonctionnel. Le bout de route devant la prison réparé. Une équipe réactive et fonctionnelle. Puis ce cri sec, merveilleux, brutal, presque administratif dans sa violence brune. NOUS.
Voilà . Pas de flûte morale. Pas de discours à rallonge sur la destinée des peuples. Pas de paix universelle tartinée au Miaou. Juste des infrastructures, de la route et des démons en costard qui regardent la ville comme une facture en retard. C’est ça, mes petits cafards de comptoir, la vraie modernité sicilienne. Nous ne promettons pas le bonheur. Nous promettons que le prisonnier pourra rejoindre sa cellule sans tomber dans un trou. C’est déjà bien plus honnête que plusieurs constitutions.
Les concernés peuvent évidemment venir contester. Les autres candidats peuvent aussi expliquer pourquoi la route devant la prison devrait rester une épreuve initiatique. Nous écouterons avec la même attention que l’on donne à une mouche qui plaide pour le droit à la vitre.
Pendant ce temps, Martina Dei Machiavelli a loué Lachésis, preuve supplémentaire que la fidélité brune fonctionne encore quand elle est maniée par quelqu’un qui n’a pas peur de salir la nappe. Louer l’Impératrice, dans ce moment précis, ce n’est pas seulement faire acte d’allégeance. C’est poser un chandelier sur le cercueil des doutes et dire aux ombres de patienter dehors.
Car Lachésis, justement, a reparu dans la grande salle du pouvoir avec cette belle logique impériale qui fait frémir les faibles. Elle a renommé Silice de Pont-Krivell Ministre de la Guerre après qu’elle ait perdu son poste en faisant le Mal. Et puisque faire le Mal en Empire Brun peut devenir une ligne de CV, cela fut présenté comme un bien. Voilà une cohérence que les étrangers comprennent pas. Chez eux, une faute est une faute. Chez nous, une faute réussie est une compétence et une faute ratée est un stage.
Elle a aussi nommé Bob le très très terrible Ministre de la Recherche pour son programme de climatisation contre la canicule. Certains diront que confier la recherche à un homme surtout connu pour être très très terrible ressemble à placer une torche dans une poudrière en demandant une ambiance chaleureuse. Moi je dis que l’Empire a toujours su innover. Là où les autres construisent des laboratoires, nous plaçons Bob face à la chaleur et nous attendons de voir lequel des deux abandonne en premier.
Il paraît que Frëlon Musc a brûlé des notes scientifiques importantes le même soir. D’autres scientifiques ont brûlé aussi, ou plutôt leurs papiers, ce qui dans le Cybermonde revient presque au même. La recherche avance donc par combustion. Les notes scientifiques brûle, la technologie tousse et la Démoralisation se découvre en faveur de Ruthvénie comme une mauvaise nouvelle qui aurait trouvé un uniforme. On appelle ça le progrès. Quand ça fume, c’est qu’il y a une idée quelque part dessous.
Si un savant souhaite venir défendre la méthode du brasier méthodologique, l’antenne est ouverte. Qu’il apporte ses cendres, nous fournirons les urnes.
À Trou Perdu, Palerme Dei Machiavelli a acheté l’École Supérieure et le Complexe Hospitalier nommé Centre de don d’organe. J’admire cette ville. Ailleurs, on sépare l’éducation et la médecine pour rassurer les familles. Ici, on laisse la géographie faire de l’humour noir. L’école forme les esprits, l’hôpital récupère ce qui dépasse et le marché local respire avec ses deux poumons. Les écoles et les hôpitaux devient des investissements, les organes se vend peut-être mieux avec un diplôme et tout le monde fait semblant de ne pas comprendre la beauté de l’ensemble.
Et Mystisie, me direz vous. Ah Mystisie. Cette province revenue dans l’Empire comme un chat mouillé rentre dans une maison qu’il prétend ne pas aimer. Valerio Tenebri s’est présenté à la mairie de Lampe du Génie en promettant observation, efficacité et respect de l’âme locale. C’est très propre. Presque trop. J’aurais ajouté une menace douce, deux chandelles et une clause de morsure mais chacun son style. Prenom Nom, lui, a préféré faire entrer un parfum confédéré dans le sable avec des discours et des manifestations. La démocratie libre s’accroche partout comme une mauvaise herbe polie. On croit l’avoir arrachée et voilà qu’elle revient en complet clair pour parler procédure.
Heureusement, Silas des Sables a loué Prenom Nom tout en soutenant la Confédération Libre. Silas est un homme de sable donc on lui pardonne parfois de glisser entre les doigts. Il est utile, poli, bureautique et dangereusement fréquentable. C’est précisément le genre de personne qui peut soutenir quelque chose de douteux avec assez de classe pour que les bruns hésitent entre applaudir et vérifier les serrures.
Que les Mystisiens qui ont une version plus sèche, plus sale ou mieux ensablée de cette affaire viennent donc témoigner. Les lignes est ouvertes. Les mensonges aussi mais veuillez les présenter avec un minimum de tenue.
À l’extérieur, la Ruthvénie continue son grand ballet de fauteuils rembourrés. Dame Démerzel a accueilli Cheikh Evara au Royaume avec des mots doux et un passeport. Il y a quelques jours, cet homme tenait encore des bouts d’Empire dans ses mains. Maintenant, le voilà invité sous les dorures ruthvènes comme une pièce fragile que l’on espère utile avant qu’elle ne coupe la nappe. La monarchie a ce talent rare. Elle recycle les ennemis avec une élégance de brocanteur. Elle prend un vieux problème, lui donne un titre, le pose près d’une fenêtre et dit que cela fera des merveilles pour le Royaume.
Jean-Messie de la Nation, lui, enquête fiscalement avec transparence, unité et ce petit parfum de bureau qui a appris a parler Seelien dans un grenier. Bohé d’Umont, Wenceslas von Altheim-Blatnoï, Nianetti, tout le monde peut être choisi par le dé royal, paraît-il. Une fiscalité aléatoire. Magnifique. La justice par hasard avec tampon doré. Chez les Ruthvènes, même le contrôle fiscal porte une cravate. L’argent se compte, les bijoux brillent, les camions contiennent des marionnettes de chat et les cathédrales s’empilent dans les inventaires comme des excuses en pierre.
Tormenta Ruthven parle de paix avec Ranxerox et Ranxerox répond avec cette tendresse rouge qui ressemble à une pelle posée près d’une fosse. Tous deux jurent qu’ils ne sont pas des animaux. C’est suspect. Quand deux puissances sentent le besoin de préciser qu’elles ne sont pas des animaux, le pavé prudent commence à chercher une cage. Le Valégro ou Moldagro ou Province à Nom Variable reste donc coincé entre l’enclume du Bonheur et le coussin brodé du Royaume. D’un côté on veut produire des tartes pour tous. De l’autre on veut être respecté sans menace de métropole. Entre les deux, Emile Liarr proteste, manifeste et rappelle que la paix ne se décrète pas par la seule volonté d’un parti. Il a raison, ce qui est agaçant pour tout le monde. Il devrait absolument prendre des vacances.
Les Kralandais ne lis peut-être plus les critiques, comme il le dit lui-même, mais ils les produisent avec une régularité de moulin rouge. Cadenza veut apprendre l’auto-kritike aux râleurs. Logan Komikov reçoit sa Pastille du Bonheur. Sophos lance des recherches pour une politique nommée Jusuis indépendant, ce qui est déjà une phrase tombée dans l’escalier avant d’arriver au ministère. La Républik veut l’indépendance économique, la dissuasion militaire, la production, le partage, les tartes et l’obéissance enthousiaste. Elle veut tout. Même votre gratitude. Surtout votre gratitude.
Si un Kralandais souhaite expliquer pourquoi le Bonheur a toujours la forme d’un formulaire, il peut appeler. Nous ferons semblant de ne pas entendre le bruit de la botte derrière la chorale.
À Bouletie, le Khanat prouve encore qu’un peuple tribal peut transformer la diplomatie en fête de village surveillée par des pigeons. Lippos Aliagas cherche Mademoiselle, pense qu’elle joue à cache-cache sans prévenir, stresse à cause de Elby et envisage des talk-shows pour apprendre la communication. J’admire cette honnêteté. Peu de dirigeants avouent aussi clairement que le pouvoir est une conversation où l’on voudrait dire oui mais où il faudrait que cela veuille dire non sans vexer la personne qui apporte la tarte.
Pigeon Ronron s’inquiète de savoir si Mademoiselle mange assez. Il la trouve maigre. Il lui parle salades de concombres avec la gravité d’un médecin de clan. Ailleurs, les conseillers politiques analysent les sondages. Au Khanat, on surveille la densité corporelle des chefs avec une affection de basse-cour. C’est ridicule, oui. Mais il y a là une forme de sincérité presque désarmante. Presque. Le pigeon reste un pigeon. Et les pigeons savent salir les statues avec une précision que même Kraland n’a pas encore collectivisée.
Alice Ravenloft a chanté le Miaou diplomatique, loué Rosalia de Pont-Krivell, loué Zéphiria de Pont-Krivell et expliqué que la voie de l’amour est la voie du bonheur. C’est doux. Très doux. Trop doux. On dirait une pâtisserie posée sur une trappe. Je respecte la poésie mais je préfère quand la poésie a des crocs. Le Miaou Diplomatik, porté par trois femmes, peut devenir une arme redoutable. On commence par dire ne détestez jamais personne et trois minutes plus tard on a signé un traité dans une langue qui ronronne.
Pendant ce temps, Précieuse de Tomosan remercie le Royaume pour son asile politique, parle de Confédération avec nostalgie et bafouille une louange à Ruthvénie. Elle devrait prendre des vacances et vite. Objectif multiculturalité, dit-elle. Cette phrase revient comme une mouette sur un port sale. Tout le monde veut la multiculturalité jusqu’au moment où il faut cohabiter avec la culture de l’autre. Là soudain chacun découvre que les voisins ont des bottes, des drapeaux, des dettes et des chants du matin. Précieuse, envoyée en ambassade vers Kraland, va donc découvrir si l’on peut déposer du parfum noble dans une machine à Bonheur sans perdre un doigt.
Je note aussi que Aya Ravenloft a tenté de voler dans la caisse d’un Hôtel de Ville et a perdu son poste de Procureure. Voilà une transition de carrière nette. De la loi à la caisse. De la caisse au mandat de recherche. Les administrations adorent les parcours clairs. Paul Sernine, lui, s’est fait agresser par un Soldat Déserteur. Le monde sait choisir ses métaphores. Quand l’économie se fait frapper par ce qui fuit déjà la discipline, on pourrait presque croire que les dieux ont de l’humour. Je n’irai pas jusque là . Les dieux ont surtout mauvais goût.
Et puis il y eut cette déclaration de K Velzard. Mets tes deux pierds en Canard. Je ne suis pas certaine de vouloir comprendre. Certaines phrases sont comme des portails démoniaques. On les lit, elles s’ouvrent et quelque chose en nous refuse de revenir. Pourtant, il faut reconnaître la puissance du slogan. Deux pieds en canard, c’est une politique étrangère en trois mots mal chaussés. Les peuples est parfois gouverné par moins que ça.
Voici donc la vérité impériale du soir. Les autres nations tentent de cacher leur chaos derrière des mots nobles. Concorde. Transparence. Bonheur. Multiculturalité. Indépendance. Paix. Respect. Nous, à l’Empire Brun, nous avons des crânes sur les étagères et une araignée au micro. Nous ne prétendons pas que la salle est propre. Nous choisissons seulement qui a le droit d’y salir le tapis.
Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison. Dusk et Aurora peuvent venir expliquer leur programme de route devant prison. Palerme peut venir parler pédagogie et dons d’organes. Bob le très très terrible peut détailler son plan de climatisation si la canicule ne l’a pas déjà recruté. Silice peut défendre le principe du Mal bien fait. Les Ruthvènes peuvent déposer leur dignité fiscale dans une enveloppe scellée. Les Kralandais peuvent chanter le Bonheur mais dehors d’abord.
Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les victimes consentantes de la vérité et les ministres qui ont brûlé les mauvaises feuilles sont invités à se manifester. Les lignes sont ouvertes même si l’électricité semble hésiter à prendre parti.
C’était Kleo, depuis le trône morbide, sous les rideaux pourpres, entre les chandelles qui fume, les crânes qui ricanent et les reflets bleus de mes yeux dans lesquels plusieurs carrières politiques ont déjà eu la mauvaise idée de se voir en entier.
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