Votre émission de la nuit.

  • modifiĂ© 25/06 (08:01)
    +0 -0      
    Radio Nécrotoile a émis une hypothÚse sur la nature agentique de Don Amortel, comme tout le monde le fait en Confédération.

    * Long soupir. *

    Être un agent... ou ne pas ĂȘtre un agent. Telle est la question ? Pas vraiment. Car je suis un agent. Je le revendique. Mais un agent de qui ? De quoi ? De quand ? De oĂč ? De comment ? De pourquoi ?

    * Laisse planer un silence. *

    Hum...

    Tant de questions. Au sujet du Martyr... de Structural.

    Celui-lĂ  mĂȘme qui... porte la parole de l'Amor. Parole qui galvanise les foules... et donne le chemin Ă  suivre. À tous ceux qui se sont. ÉgarĂ©s.

    * Soupir. *

    Oui.

    Je parle de moi. À la troisiùme personne.
    Mais uniquement... pour les besoins. De la narration.
  • postĂ© 25/06 (10:07)
    +0 -1 -1 
    B. B. en initiales a écrit :
    Mais en fait... On peut discuter avec la radio ? C'est quoi cette technologie ?[/quote]


    Ba la CIBI [0)]
  • postĂ© 25/06 (12:59)
    +1 -0 +1 
    Cuchulainn a écrit :

    Ba la CIBI [0)]


    J'aurais jamais pensé à la Sybille pour la radio.

    C'est une bonne idée ça !
  • postĂ© 26/06 (01:08)
    +3 -1 +2 


    Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret intérieur et venimeuse par nécessité historique.

    Bonsoir, mes petits auditeurs tremblants, mes fidĂšles survivants de la vĂ©ritĂ©, mes fonctionnaires fatiguĂ©s, mes taverniers encore solvables, mes conspirateurs de comptoir et vous autres, nobles crĂ©atures persuadĂ©es que le Cybermonde est gouvernĂ© par des idĂ©es alors qu’il est manifestement tenu par des gens qui appuient sur les mauvais boutons avant mĂȘme d’avoir lu l’étiquette.

    Ici Kleo, depuis les profondeurs parfaitement lĂ©gitimes du MinistĂšre de l’Information Brun, oĂč les ondes crĂ©pitent, oĂč les micros mentent moins que les ministres, et oĂč l’on observe avec une tendresse venimeuse le grand ballet des nations voisines qui trĂ©buchent sur leurs propres principes avec l’élĂ©gance d’un noble ivre dans une cave trop basse.

    Et quelle journĂ©e, mes chĂ©ris. Quelle journĂ©e. Le Cybermonde a encore prouvĂ© que lorsqu’on laisse les peuples libres, ils utilisent cette libertĂ© pour fabriquer des fausses clefs, brĂ»ler des notes scientifiques, annoncer des rĂ©volutions en rĂ©glant mal les micros, fonder des thĂ©ocraties en chantonnant l’amour universel, et se lancer des tartes Ă  la crĂšme sur fond de crise institutionnelle. Pendant ce temps, l’Empire Brun, comme toujours, observe. Il observe avec calme, dignitĂ©, un soupçon de mĂ©pris, et cette satisfaction profondĂ©ment saine que l’on ressent quand tous les autres incendient leur maison en expliquant que c’est une stratĂ©gie de chauffage.

    Commençons par la ConfĂ©dĂ©ration Libre, oĂč l’on appelle sĂ©isme politique le fait qu’un candidat qui ne convainquait presque personne dĂ©cide finalement de ne plus embarrasser les urnes avec sa prĂ©sence. Jacques St Misles, dans un geste aussi majestueux qu’une chaise qui s’effondre sous un diplomate, renonce donc Ă  briguer un troisiĂšme mandat, laissant derriĂšre lui une famille politique Ă©clatĂ©e en quatre courants, les Jacquistes, les Rogistes, les Henristes et les Françoise-Claudistes, c’est-Ă -dire quatre façons diffĂ©rentes de ne rien proposer en prĂ©tendant que la nuance est une vision d’avenir. Pendant ce temps, Jean-Luc Selriche caracole dans les sondages avec plus de quatre-vingt-dix pour cent des voix, ce qui, en dĂ©mocratie, s’appelle apparemment un scrutin pluraliste tant qu’on laisse trois personnes perdre avec panache dans un coin.

    Mais la ConfĂ©dĂ©ration ne serait pas la ConfĂ©dĂ©ration si elle ne profitait pas d’une Ă©lection pour transformer sa police en théùtre d’ombres administratives. À Structural, Paul Sernine, Ă©lu respectable jusqu’à ce que les lasers s’intĂ©ressent Ă  sa carriĂšre, est surpris dans une affaire de fausse clef, perd son poste, passe par la case prison, puis se retrouve immĂ©diatement au centre d’un dispositif politique si absurdement confĂ©dĂ©rĂ© qu’il faudrait l’encadrer dans un musĂ©e de la mauvaise gouvernance. Jean-Luc Selriche reprend la mairie, nomme un nouveau commissaire, et explique trĂšs calmement que l’homme qui Ă©tait lĂ  pendant l’effraction, pendant l’éventuelle fabrication de la fausse clef, et pendant la garde Ă  vue, est dĂ©sormais tĂ©moin assistĂ©, commissaire, et principal suspect. VoilĂ  donc la justice libre, un buffet oĂč chacun choisit son rĂŽle selon l’heure, la mĂ©tĂ©o et la proximitĂ© du bureau.

    Toute personne souhaitant dĂ©fendre la cohĂ©rence confĂ©dĂ©rĂ©e peut naturellement venir en direct nous expliquer Ă  quel moment principal suspect est devenu une qualification suffisante pour porter l’uniforme. Nous fournirons le micro, la chaise, et un petit seau pour les contradictions.

    Au ValĂ©gro, mes chers auditeurs, le spectacle fut encore plus savoureux, car lorsque la RĂ©publique de Kraland tente de faire du bonheur obligatoire dans une province qui a dĂ©jĂ  vu trop de drapeaux pour savoir auquel cracher dessus, tout devient immĂ©diatement plus croustillant. Émile Liarr revient, annonce que les paysans valĂ©grogniards souffrent, que la technologie rĂ©gresse, que les champs pleurent, que l’ñme provinciale se ratatine sous le joug rouge, puis proclame solennellement l’indĂ©pendance du ValĂ©gro avant de devenir recherchĂ©, parce que la libertĂ© est un droit sacrĂ© tant qu’elle reste dans le formulaire prĂ©vu Ă  cet effet.

    Et lĂ , surgit notre dĂ©licieux Cheikh Evara, Sultan PerpĂ©tuel Commandante Cheikh Evara, puis heureusement arrĂȘtĂ© dans l’énumĂ©ration avant que le soleil ne meure de vieillesse, venu tester les micros puis annoncer cette merveilleuse idĂ©e mystisienne, peut-ĂȘtre conquĂ©rir la RĂ©publik. Peut-ĂȘtre. Ou la ConfĂ©dĂ©ration. Ou le Khanat. Ou le Paradigme. Ou rester en Empire. Bref, la Mystisie Ă©tudie, ce qui est dĂ©jĂ  terrifiant, car tout le monde sait qu’une province mystisienne qui rĂ©flĂ©chit trop longtemps finit rarement par commander des rideaux.

    Alors bien sĂ»r, Cheikh affirme venir en paix. Mais en paix offensive. Cette prĂ©cision est importante, car elle nous rappelle que certaines civilisations ont inventĂ© la diplomatie, tandis que la Mystisie a prĂ©fĂ©rĂ© inventer la menace en robe de chambre, avec FAQ annexĂ©e et accent dramatique. Le projet est simple, partager la richesse, l’or, le pĂ©trole, la population de qualitĂ©, les traditions, la dĂ©mocratie du Mal, l’usurpation, la malversation, et sans doute quelques ectoplasmes dans les couloirs, parce qu’il serait dommage de conquĂ©rir une nation sans apporter de dĂ©coration intĂ©rieure.

    Voyez comme l’Empire Brun inspire. MĂȘme lorsqu’une province impĂ©riale envisage de se vendre ailleurs, c’est encore avec assez de grandeur, de pĂ©trole et d’arrogance pour que tout le Cybermonde se mette Ă  calculer s’il vaut mieux nous craindre, nous acheter ou nous annexer avant que nous changions d’avis. C’est cela, la puissance. MĂȘme nos hĂ©sitations ont plus de panache que leurs constitutions.

    Les concernĂ©s peuvent venir nier publiquement que la Mystisie est en train de transformer le ValĂ©gro en salon d’essayage impĂ©rial. Cela constituera bien entendu une preuve supplĂ©mentaire que l’essayage est dĂ©jĂ  commencĂ©.

    Pendant ce temps, le Paradigme Vert, cette grande serre morale oĂč l’on appelle extrĂ©misme une simple diffĂ©rence d’arrosage, a dĂ©cidĂ© de franchir une Ă©tape admirable dans l’art de compliquer le compost, la RĂ©gente Mina d’Orchidia annonce la ThĂ©ocratie Verte. Mais attention, mes petits champignons, pas de panique, ce n’est pas une guerre religieuse, c’est seulement un changement de nom, pas de paradigme, explique-t-elle avec cette douceur trĂšs particuliĂšre des gens qui interdisent certains cultes en vous appelant mes enfants. La Conscience Universelle demeure religion d’État, mais la Grande DĂ©esse entre officiellement dans le salon, la Dame et l’Ovule sont tolĂ©rĂ©s dans un coin comme branches mineures, et Naar se fait mettre dehors avec les bottes sales.

    Il y a dans cette annonce une poĂ©sie rare, commencer par guĂ©rir le monde, faire de lui un endroit meilleur, puis finir par expliquer trĂšs calmement quels cultes seront proscrits. C’est comme offrir une tisane avant de brĂ»ler la maison, au nom de la chaleur collective. Au Paradigme Vert, la paix sent toujours un peu la mousse humide, la morale obligatoire et les bĂ»chers recyclables.

    Si des croyants, des hĂ©rĂ©tiques, des buissons contrariĂ©s ou des enfants de la MĂšre SupĂ©rieure souhaitent intervenir, nos lignes sont ouvertes. Merci cependant de secouer vos racines avant d’entrer en studio.

    En RuthvĂ©nie, bien sĂ»r, la monarchie continue de prouver que le sang bleu coagule mal lorsqu’on le mĂ©lange Ă  trop de rancune. Le Roi Wenceslas remet Ă  Felicity la JarretiĂšre de la Reine, dĂ©coration suprĂȘme dont la noblesse symbolique repose apparemment sur un sous-vĂȘtement abandonnĂ© sous un meuble lors d’un repli stratĂ©gique que les mauvaises langues appellent fuite parce qu’elles manquent de vocabulaire diplomatique. Le dĂ©cret est cruel, raffinĂ©, parfaitement monarchique, et sent tellement fort la naphtaline dynastique qu’on pourrait le rouler et s’en servir pour assommer un page.

    Pendant ce temps, Ruthvenville voit les discours, les rumeurs, les louanges et les critiques s’empiler autour du Comte Bladimir Bladimirovitch Mutin et de Felicity comme des assiettes sales aprĂšs un banquet de rancƓurs. Tormenta soutient Bladimir, Felicity attaque, DĂ©merzel manifeste, Jean-Messie loue, Mench0 tente la tarte Ă  la crĂšme, rate, puis finit tout de mĂȘme par transformer la passation du MinistĂšre de l’IntĂ©rieur en cĂ©rĂ©monie assez solennelle pour qu’un homard gĂ©ant en Slavonie semble soudain plus clair politiquement que la cour de RuthvĂ©nie. La stabilitĂ© du Royaume ressemble Ă  un chandelier, c’est beau de loin, ça brĂ»le de prĂšs, et si quelqu’un trĂ©buche, toute la salle flambe.

    Toute personne dĂ©sirant restituer un sous-vĂȘtement royal, contester une dĂ©coration ou expliquer pourquoi la monarchie n’est pas juste une brocante avec couronnes peut venir tĂ©moigner. Nous fournirons un paravent, par respect pour les meubles.

    Au Khanat ElmĂ©rien, la Capsulie a trouvĂ© un gros filon d’or, ce qui a immĂ©diatement dĂ©clenchĂ© l’inĂ©vitable cri primal de civilisation locale : PLACE AU TRAVAIL ! FORT FORT FORT ! VoilĂ  une nation au moins qui ne cache pas sa philosophie derriĂšre des traitĂ©s de trente pages. LĂ  oĂč la RĂ©publique planifie, oĂč la ConfĂ©dĂ©ration dĂ©bat, oĂč RuthvĂ©nie se parfume avant de poignarder, le Khanat voit de l’or et dĂ©cide que le sol doit souffrir. Il y a une honnĂȘtetĂ© brutale dans cette simplicitĂ© qui ferait presque verser une larme Ă  un comptable brun.

    En Bouletie, un citoyen tente d’écrire un graffiti, finit en prison avec de la drogue confisquĂ©e, puis l’on apprend que la police, dans sa grande sagesse khanienne, a consommĂ© la substance pour protĂ©ger le pauvre homme de ses propres erreurs. VoilĂ  une pĂ©dagogie que mĂȘme la ConfĂ©dĂ©ration n’aurait pas osĂ© inventer, prĂ©server la population en absorbant personnellement le vice. On imagine dĂ©jĂ  les rapports mĂ©dicaux rĂ©digĂ©s en dansant sur les murs.

    Les policiers concernĂ©s peuvent venir expliquer leur mĂ©thode de prĂ©vention sanitaire. Nous promettons de ne pas rire avant la deuxiĂšme phrase, sauf si elle commence par c’était pour son bien.

    Et chez nous, mes chers, dans l’Empire Brun, tout n’est pas calme, car le calme est une invention Ă©trangĂšre destinĂ©e aux gens qui n’ont ni prisons, ni mutations, ni familles Machiavelli. À Sicilia, Y0gi ouvre un chantier sans que l’on sache trop si l’urbanisme a Ă©tĂ© honorĂ©, et la Procureure Elliote Belt Dei Machiavelli rĂ©pond avec la dĂ©licatesse d’un couperet administratif en lançant un avis de recherche pour infraction politique arbitraire. Vous voyez le tableau, les autres nations chantent, votent, enquĂȘtent, rĂ©forment, rééduquent et se frottent les jarretiĂšres, l’Empire, lui, invente la mitraillette. On appelle cela une hiĂ©rarchie des prioritĂ©s.

    Certains diront que c’est violent. Je rĂ©pondrai que c’est surtout clair. Et la clartĂ©, dans ce Cybermonde oĂč un commissaire peut ĂȘtre suspect, une thĂ©ocratie peut ĂȘtre Ă©cologique, une conquĂȘte peut ĂȘtre offensive mais pacifique, et une jarretiĂšre peut devenir dĂ©coration d’État, c’est pratiquement un luxe moral.

    Un mot, enfin, sur Sicilia, terre de traditions, de tavernes, de familles, de regards en coin, de parrainages mal digĂ©rĂ©s et de sorties de scĂšne dansĂ©es avec trop de maquillage pour ĂȘtre totalement lĂ©gales. Dusk et Aurora ont agressĂ© Agatha aprĂšs avoir clairement annoncĂ© que ceux qui insultent le Parrain n’ont pas un pied Ă  mettre en Sicilia. Il y eut spectacle, lumiĂšres noires, maquillage squelettique, service de sĂ©curitĂ© et tout le grand cĂ©rĂ©monial local que les Ă©trangers appellent violence uniquement parce qu’ils n’ont pas le sens de l’accueil. À ceux qui s’étonnent encore, en Sicilia, on ne critique pas le Parrain en espĂ©rant ensuite commander du mobilier comme si l’honneur Ă©tait inclus dans le devis. Il y a des traditions, il y a des usages, il y a des seuils qu’on ne franchit pas avec des bottes sales et des dents longues. On peut venir commercer, boire, sĂ©duire, conspirer, mentir, dormir, mourir, parfois dans cet ordre, mais on ne vient pas cracher sur le Parrain comme sur une vieille affiche humide avant de demander si le lit double est disponible en finition soie.

    Les personnes ayant insulté les fondations locales peuvent évidemment venir présenter leurs excuses en direct. Celles qui préfÚrent nier peuvent aussi venir, nous avons toujours besoin de bruit de fond pour tester les micros.

    Et pendant que tout cela se passait, dans les marges de la grande Histoire, des accidents nuclĂ©aires offraient des queues et des tĂȘtes de crapaud Ă  des populations dĂ©jĂ  suffisamment punies par leur gĂ©ographie, des chercheurs brĂ»laient encore des notes scientifiques avec la constance d’un culte pyromane, des pirates volaient des technologies Ă  rĂ©pĂ©tition, des homards gĂ©ants attaquaient la Slavonie avec plus de rĂ©gularitĂ© que certains ministres n’assistent aux conseils, et quelque part, depuis une prison mystisienne, Merula miaulait assez fort pour faire passer la plupart des discours officiels pour des exercices de sobriĂ©tĂ©.

    VoilĂ  donc le Cybermonde, mes chers auditeurs, une mĂ©nagerie armĂ©e, une brocante idĂ©ologique, une scĂšne de théùtre dont les acteurs ont perdu le texte mais gardĂ© les poignards. La RĂ©publique prĂȘche le bonheur en serrant les dents, la ConfĂ©dĂ©ration transforme ses suspects en enquĂȘteurs, RuthvĂ©nie recycle les dessous de ses reines en symboles nationaux, le Paradigme bĂ©nit les mousses et interdit les cultes qui tachent, le Khanat creuse tout ce qui brille, et l’Empire Brun, sublime, patient, mal coiffĂ© par les explosions mais toujours debout, regarde tout cela avec la dignitĂ© d’un vieux chĂąteau qui sait trĂšs bien que les villages autour finiront par brĂ»ler avant lui.

    Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les ministres vexĂ©s, les criminels incompris, les Ă©lus provisoires, les suspects promus, les mystiques en solde et les souverains qui cherchent encore leurs sous-vĂȘtements historiques sont invitĂ©s Ă  se manifester. Toute correction sera accueillie avec la rigueur journalistique habituelle du MinistĂšre de l’Information Brun, c’est-Ă -dire lue, dĂ©formĂ©e, dramatisĂ©e, puis probablement utilisĂ©e contre vous dans notre prochaine Ă©mission.

    C’était Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, voix officielle de ce qui aurait dĂ» rester murmurĂ©, depuis les Chroniques de la Toile qui Juge.

    Souvenez-vous, quand tout le monde prétend dire la vérité, cherchez celui qui ment avec le plus de style.
    Il travaille probablement déjà pour nous.

    Et avant de refermer cette antenne, mes petits fidĂšles de l’ombre, permettez que je suspende un instant ma cruautĂ© rĂ©glementaire pour une chose presque sincĂšre, donc dangereuse, merci. Merci Ă  vous, auditeurs constants, commentateurs imprudents, tĂ©moins trop bavards, contradicteurs magnifiques et fournisseurs bĂ©nĂ©voles de matiĂšre Ă  scandale. Vos remarques, vos explications, vos indignations soigneusement dĂ©posĂ©es au pied de ma toile ravissent mes journĂ©es avec la dĂ©licatesse d’un bouquet de roses noires jetĂ© dans une fosse diplomatique. Chaque commentaire est une miette de vĂ©ritĂ© que je peux tordre, enrober, dramatiser, puis offrir au Cybermonde comme un plat trop Ă©picĂ© dans une taverne oĂč personne n’a eu la prudence de demander les ingrĂ©dients. Continuez donc, je vous en prie. Parlez, expliquez, corrigez, protestez, envoyez vos versions des faits, je les lirai avec attention, gratitude, et cette impartialitĂ© brune parfaitement suspecte qui transforme votre fidĂ©litĂ© en carburant pour ma prochaine Ă©mission.
  • postĂ© 26/06 (02:00)
    +3 -0 +3 
    **ÉMISSION SPÉCIALE ; LE CAMION, LE CADAVRE ET L’ANTI-VACARME**
    [8i][8i][8i]*Chronique officielle du Ministùre de l’Information Brun*[8i][8i][8i]

    PrĂ©sentĂ©e par Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, journaliste impartiale parce que personne n’a encore rĂ©ussi Ă  prouver le contraire sans disparaĂźtre administrativement.

    Mes chers auditeurs, mes fidĂšles crĂ©atures de l’ombre, mes contribuables accidentels, mes taverniers survivants et vous autres petits morceaux de silence qui faites tellement de bruit en ne disant rien, interrompez immĂ©diatement vos conversations, vos complots, vos repas tiĂšdes et vos tentatives de dignitĂ©, car l’ImpĂ©ratrice elle-mĂȘme vient de nous faire parvenir un communiquĂ© d’une importance capitale, c’est-Ă -dire un de ces textes qui sentent Ă  la fois le pouvoir, le voyage conjugal, la thĂ©ologie mal digĂ©rĂ©e et la propagande motorisĂ©e.

    Et quelle nouvelle, Quelle offrande. Quelle dentelle de doctrine brune dĂ©posĂ©e sur l’autel dĂ©jĂ  bien poisseux de notre Histoire. Sa MajestĂ© Monique Lemage nous annonce, avec cette clartĂ© impĂ©riale que seuls les esprits faibles prennent pour de la confusion, que tout le monde est d’accord. Oui. Tout le monde. L’Empire entier approuve, et il le manifeste par un silence empressĂ©, car dans notre grande tradition civilisĂ©e, le silence n’est pas seulement l’absence de bruit, mais la prĂ©sence extrĂȘmement bruyante de cette absence, laquelle transcende naturellement l’inaction en anti-vacarme, concept que les nations infĂ©rieures appellent probablement personne n’a rĂ©pondu, parce qu’elles manquent cruellement de vision.

    Il faut ici saluer le gĂ©nie brun, ailleurs, quand personne ne parle, on s’inquiĂšte. Chez nous, quand personne ne parle, c’est une ovation mĂ©taphysique. Le citoyen brun ne se tait pas parce qu’il n’a rien Ă  dire, il se tait parce que son accord est si massif, si dense, si majestueux, qu’il risquerait, en sortant de sa bouche, de fissurer les murs administratifs de l’Empire. VoilĂ  pourquoi le silence impĂ©rial doit ĂȘtre respectĂ©. Il est parfois plus bruyant qu’une manifestation, plus solide qu’un dĂ©cret, et surtout beaucoup moins fatigant Ă  organiser. [hp]

    Mais l’ImpĂ©ratrice ne s’est pas contentĂ©e de nous livrer cette thĂ©orie parfaitement indiscutable de l’anti-vacarme. Non. Elle nous Ă©crit depuis RuthvĂ©nie, oĂč elle est en RTT avec son mari, ce qui prouve une fois encore que la grandeur brune sait s’exporter mĂȘme dans les terres monarchiques les plus poussiĂ©reuses, lĂ  oĂč l’on conserve des morts comme d’autres conservent des confitures, avec cette mĂȘme Ă©trange fiertĂ© provinciale et un sens trĂšs discutable de l’hygiĂšne.

    Car oui, Sa MajestĂ© a visitĂ© le mausolĂ©e de Chilmerdic. Un mausolĂ©e qui, d’aprĂšs son propre tĂ©moignage, ressemble furieusement Ă  une buanderie. VoilĂ  donc RuthvĂ©nie dans toute sa splendeur, une monarchie qui empile ses symboles Ă©ternels dans des lieux oĂč l’on s’attend davantage Ă  trouver des draps humides, un balai triste et une duchesse en train de chercher son honneur derriĂšre une bassine. Ils prĂ©tendent y conserver la dĂ©pouille d’un ancien Roi. Conserver. Comme si un cadavre royal Ă©tait une archive, une nappe brodĂ©e ou une mauvaise dĂ©cision diplomatique que l’on ressort aux grandes occasions.

    Et lĂ , mes chers auditeurs, l’ImpĂ©ratrice soulĂšve une question d’une profondeur sanitaire et civilisationnelle, pourquoi conserver un cadavre ruthvĂšne sans le relever d’entre les morts, ni le manger dans un dĂ©lai raisonnable ? C’est du gĂąchis. C’est anti-hygiĂ©nique. C’est presque offensant pour toutes les traditions sĂ©rieuses de gestion post-mortem. En Empire, nous savons que les morts doivent servir Ă  quelque chose, administrer, hanter, combattre, conseiller, nourrir, ou au minimum dĂ©corer avec conviction. En RuthvĂ©nie, apparemment, on les range. On les garde. On les laisse prendre la poussiĂšre sous prĂ©texte que l’Histoire a besoin d’un corps froid pour se sentir importante.

    Les autoritĂ©s ruthvĂšnes peuvent Ă©videmment venir expliquer en direct pourquoi leur politique funĂ©raire ressemble Ă  un inventaire de cave humide. Nous leur fournirons un linge propre, puisque manifestement quelqu’un doit bien commencer quelque part.

    Puis vint l’épisode religieux, car aucun sĂ©jour Ă  l’étranger n’est complet sans qu’un reprĂ©sentant local tente de repeindre votre Ăąme avec les couleurs de son culte. La Popesse de GĂ©ofront aurait donc essayĂ© de convertir notre ImpĂ©ratrice au culte de la Grande DĂ©esse, pensant que les DĂ©mons ne l’avaient pas complĂštement pervertie. Admirable naĂŻvetĂ©. Touchante erreur. Splendide exemple de cette espĂ©rance qui pousse mĂȘme dans les sols les plus contaminĂ©s par le bon sens.

    Car Monique Lemage le prĂ©cise elle-mĂȘme, et il convient de graver cela dans les marges de nos formulaires, les DĂ©mons ne l’ont jamais pervertie. Elle est nĂ©e comme ça. VoilĂ  une vĂ©ritĂ© d’une puretĂ© presque mĂ©dicale. Certaines personnes se perdent dans les tĂ©nĂšbres, d’autres y naissent avec le mobilier dĂ©jĂ  choisi, les tentures assorties et les DĂ©mons qui applaudissent poliment au baptĂȘme. Qu’ils l’apprĂ©cient n’est pas une corruption, c’est une reconnaissance professionnelle.

    On imagine la scĂšne, mes chers. La Popesse, pleine de foi, les mains tendues vers la lumiĂšre, expliquant que tout n’est pas perdu, pendant que l’ImpĂ©ratrice, probablement assise avec cette Ă©lĂ©gance d’abĂźme qui donne envie aux miroirs de se confesser, devait se demander Ă  quel moment quelqu’un allait lui offrir un rafraĂźchissement au lieu de tenter de rĂ©nover son Ăąme comme une chapelle humide.

    Toute personne souhaitant convertir l’ImpĂ©ratrice peut bien entendu dĂ©poser une demande officielle auprĂšs du MinistĂšre de l’Information Brun. Elle sera classĂ©e dans la catĂ©gorie loisirs dangereux, entre caresser une hyĂšne mutante et expliquer la dĂ©mocratie Ă  un Mystisien armĂ©.

    Et puis, mes petits auditeurs, arrive le cƓur battant de cette dĂ©pĂȘche, le joyau noir, le cadeau conjugal qui fait pĂąlir les fleurs, les bijoux, les poĂšmes et toutes ces petites pauvretĂ©s sentimentales que les couples sans ambition s’échangent pour se donner l’illusion d’un destin. C’était l’anniversaire de l’ImpĂ©ratrice, et son mari lui a offert un camion du Mal DĂ©mocratique.

    VoilĂ  un homme formidable. Non pas parce qu’il offre un vĂ©hicule, non pas parce qu’il pense Ă  l’anniversaire, non pas parce qu’il soutient les lubies impĂ©riales de son Ă©pouse avec la docilitĂ© Ă©lĂ©gante d’un prince bien dressĂ©. L’ImpĂ©ratrice cherche maintenant un futur champion. VoilĂ  une invitation qui devrait faire trembler tous les ambitieux, les opportunistes, les beaux parleurs, les demi-criminels et les hommes providentiels de seconde main qui dorment encore dans les coins du Cybermonde en attendant qu’une catastrophe les remarque. Qu’ils se prĂ©parent. Croyez-moi, elle chercheras Ă  vous faire Ă©pouser le premier qui passe.

    Les candidats souhaitant devenir champion impérial peuvent se manifester. Ils devront présenter un programme, une posture, une capacité minimale à sourire devant un camion, et surtout cette qualité rare qui distingue les grands élus des simples meubles, brûler sans crier trop tÎt.

    Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement que le silence est une ovation, que les mausolĂ©es ruthvĂšnes sentent la buanderie ou que le Mal DĂ©mocratique vient d’entrer dans une phase motorisĂ©e. Leur dĂ©menti sera accueilli avec respect, enregistrĂ© avec soin, puis interprĂ©tĂ© comme une nouvelle confirmation de notre exactitude.

    C’était Kleo, araignĂ©e impĂ©riale brune, chroniqueuse de l’anti-vacarme, gardienne du micro, spĂ©cialiste des silences qui hurlent et des urnes qui mĂ©ritent mieux que d’ĂȘtre simplement comptĂ©es.

    Souvenez-vous, quand l’Empire se tait, il approuve. Quand il parle, il annonce. Et quand il reçoit un camion, quelqu’un ferait mieux de surveiller les Ă©lections.
  • postĂ© 27/06 (01:12)
    +3 -0 +3 


    Émission spĂ©ciale du MinistĂšre de l’Information Brun
    Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret intérieur

    Mes chers auditeurs, mes petites ombres accrochĂ©es aux murs, mes survivants de taverne et mes ennemis qui prĂ©tendent ne pas Ă©couter tout en gardant l’oreille collĂ©e au poste comme des courtisans devant une serrure, bonsoir. Les ondes de Radio NĂ©crotoile se couvrent encore une fois de cette noble friture qui annonce les grands soirs, les grandes fautes et les petites dignitĂ©s abandonnĂ©es dans un caniveau avec la grĂące d’un ministre ruthvĂšne cherchant le bon formulaire. Installez-vous, Ă©teignez vos scrupules et respirez profondĂ©ment cette odeur de bois humide, de biĂšre tiĂšde, de mensonge diplomatique et de vĂ©ritĂ© brune.

    Commençons naturellement par Sicilia, parce que mĂȘme lorsque le Cybermonde se roule dans sa propre soupe idĂ©ologique comme un noble tombĂ© dans sa baignoire, il convient de rappeler oĂč bat encore le cƓur noir, Ă©lĂ©gant et lĂ©gĂšrement toxique de la civilisation. À Trou Perdu, votre servante s’est fait agresser par un dĂ©mon mineur, ce qui prouve deux choses, d’abord que les crĂ©atures ont enfin compris oĂč se trouvait la vĂ©ritable autoritĂ© morale du monde et ensuite qu’elles sont encore trop petites pour mĂ©riter une majuscule Ă©motionnelle. Renato lui-mĂȘme a subi le mĂȘme genre de courtoisie infernale, car l’Empire Brun est ainsi fait que mĂȘme ses proches reçoivent les compliments du chaos en pleine figure. Je ne suis pas trĂšs partageuse, il a disparu dans la sauce bolognaise, le dĂ©mon, Pas Renato.. Pendant ce temps, Dusk et Aurora ont rĂ©ussi cet exploit typiquement sicilien de se livrer aux autoritĂ©s, d’entrer en prison puis d’en ressortir avec une ponctualitĂ© telle qu’on se demande si l’incarcĂ©ration n’était pas simplement une pause cigarette institutionnelle. Les mĂ©disants parleront d’irrĂ©gularitĂ©. Nous parlerons de mobilitĂ© carcĂ©rale expĂ©rimentale.

    Et que faisait Sicilia pendant que les dĂ©mons mordillaient les chevilles de l’Histoire ? Elle travaillait. Isariel Ă©tablissait une chaĂźne de production au complexe agricole, Dusk et Aurora donnaient de l’entrain au travail avec ce sens du retour productif que seuls les gens vaguement sortis de prison possĂšdent et le Bourgmestre Benkaa remplaçait un sergent par un autre Machiavelli avec la simplicitĂ© d’un homme qui range ses couteaux par ordre alphabĂ©tique. VoilĂ  la leçon, quand les autres provinces chantent, votent, conspirent ou lancent des tartes, Sicilia produit. Quand les monstres attaquent, Sicilia produit encore. Quand une araignĂ©e est sauvagement interrompue dans son travail journalistique par un DĂ©mon Mineur, Sicilia inscrit probablement l’incident dans les frais de rayonnement culturel.

    Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier cette supĂ©rioritĂ© agricole et dĂ©monologique en direct, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que l’Empire Brun avait raison avant mĂȘme que quelqu’un comprenne la question.

    Pendant ce temps en RuthvĂ©nie, le Royaume a offert Ă  ses sujets ce dĂ©licat ballet de velours mitĂ© qu’il appelle une transition politique. Le Roi Wenceslas a nommĂ©, retirĂ©, dĂ©placĂ©, rĂ©parti et redistribuĂ© les fauteuils avec cette grĂące monarchique qui consiste Ă  faire croire qu’une chaise devient sacrĂ©e dĂšs qu’un noble y pose son arriĂšre-train. Lord Golgoth Ruthven est devenu Ministre des Affaires ÉtrangĂšres aprĂšs avoir quittĂ© son poste d’ambassadeur parce qu’il allait prendre du galon, formule admirable qui dans une monarchie signifie gĂ©nĂ©ralement que l’on monte d’un Ă©tage dans la tour pendant que les domestiques nettoient les marches. Elune Von Voda a remplacĂ© Aelin Ă  l’Économie, Koinstradamus a quittĂ© son insigne de Koinkoimissaire pour devenir Ministre du Travail et le budget a Ă©tĂ© rĂ©parti avec cette prĂ©cision touchante qui donne huit pour cent Ă  presque tout le monde comme si le Royaume distribuait des parts de gĂąteau Ă  des enfants armĂ©s.

    Mais le chef-d’Ɠuvre ruthvĂšne demeure Ă©videmment l’affaire Bladimir Bladimirovitch Mutin, ce joyau diplomatique qu’on a vu perdre son poste de Comte aprĂšs avoir tentĂ© de dĂ©chirer le drapeau impĂ©rial Ă  Crab Key, puis sortir de prison, puis ĂȘtre nommĂ© ambassadeur auprĂšs de Kraland, puis ĂȘtre nommĂ© ambassadeur auprĂšs du Khanat ElmĂ©rien dans un sublime nuage de oupsi ministĂ©riel. À ce niveau de diplomatie, le papier Ă  lettre devrait ĂȘtre remplacĂ© par des confettis judiciaires. Felicity l’a critiquĂ©, des rumeurs ont fleuri dans Ruthvenville avec la dĂ©licatesse d’une moisissure sur nappe royale et DĂ©merzel a rĂ©ussi dans la mĂȘme soirĂ©e Ă  soutenir Felicity, Ă  soutenir le Roi et Ă  critiquer Mutin, dĂ©montrant que la synthĂšse politique ruthvĂšne consiste Ă  marcher dans toutes les directions en dĂ©clarant que c’est une chorĂ©graphie.

    Toute personne souhaitant corriger cette version peut se prĂ©senter au micro avec son blason, son alibi et une autorisation signĂ©e par trois ancĂȘtres morts. Les tĂ©moins anonymes seront acceptĂ©s. Les tĂ©moins nobles seront traduits pour le public.

    Au ValĂ©gro, cette terre admirable oĂč chaque drapeau semble avoir l’espĂ©rance de vie d’un verre posĂ© devant un pirate, la RĂ©publik de Kraland et le Royaume de RuthvĂ©nie se sont livrĂ©s Ă  ce que les historiens appelleront peut-ĂȘtre un jour la Grande Lessive HĂ©raldique. Un agent ennemi hisse le drapeau ruthvĂšne, Makiling remet le drapeau kralandais, un autre agent recommence et tout le monde fait semblant d’y voir une guerre d’influence alors que de loin cela ressemble surtout Ă  une dispute de buanderie entre idĂ©ologies mal rincĂ©es. Logan Komikov a expliquĂ© que goĂ»ter au Bonheur empĂȘche de le lĂącher, ce qui est la façon kralandaise de dire que la porte est ouverte tant que vous ne cherchez pas la sortie. Bogdan D’Arken a voulu dĂ©noncer les futilitĂ©s nobles, s’est fait huer et a continuĂ© Ă  verser son Ăąme dans le grand chaudron rouge oĂč l’on mĂ©lange conviction, rancune et mauvaise acoustique.

    PierreJean, de son cĂŽtĂ©, a trouvĂ© des terres riches, dĂ©noncĂ© la prise de pouvoir de Cassandre Lemage Ruthven, parlĂ© de ponts, de mines, de cages, de cultures et de particularitĂ©s provinciales avec cette sobriĂ©tĂ© rurale qui donne envie de lui confier une pelle et un traitĂ© de paix. Emile Liarr a fait encore mieux, il s’est livrĂ© aux autoritĂ©s, a transformĂ© sa prison en feuilleton gastronomique, a reçu des tartes plus ou moins poilues, a lancĂ© des histoires de chats cuits par accident et est ressorti comme si l’incarcĂ©ration n’était qu’un salon littĂ©raire avec mauvaise soupe. Le ValĂ©gro veut ĂȘtre indĂ©pendant, kralandais, ruthvĂšne, paysan, fertile, rouge, vert et hydratĂ©. C’est beaucoup pour une province qui n’arrive dĂ©jĂ  pas Ă  garder le mĂȘme chiffon sur son mĂąt.

    Les Valégrogniards, Moldaves, drapeaux froissés et tartes suspectes peuvent venir témoigner. Nous fournirons les serviettes. Pas la cohérence.

    En Capsulie, province du Khanat ElmĂ©rien et terre sacrĂ©e du cri Ă©crit en majuscules, Rosalia a fait chanter la montagne, le Clan, l’amour Ă  l’ElmĂ©rienne et probablement trois meubles si on lui laissait assez de temps dans une taverne. Il faut reconnaĂźtre aux ElmĂ©riens ce talent rare, mĂȘme lorsqu’ils composent une dĂ©claration d’amour, on a l’impression qu’une horde va traverser la porte avec des tambours et demander si le sentiment doit ĂȘtre cuit fort ou trĂšs fort. La Capsulie a dansĂ© autour du feu pendant que les serments se gravaient dans la pierre, ce qui est une façon poĂ©tique de dire que tout le monde chantait trĂšs fort pour couvrir le bruit des assassinats Ă  venir.

    Car naturellement, derriĂšre la belle flambĂ©e tribale, la soirĂ©e a pris cette tournure raffinĂ©e oĂč Tifa LockHeart a Ă©tĂ© assassinĂ©e, puis encore assassinĂ©e dans les Ă©chos du journal, pendant que CĂ©lestin enchaĂźnait duel, attaque Ă©lĂ©gante, perte de poste de Juge et amende ministĂ©rielle avec la distinction d’un magistrat qui confond le marteau de justice avec un couteau de table. Aurelthar aussi est tombĂ©, SalamĂ© et Tifa se sont Ă©changĂ© des tartes Ă  la crĂšme avant que le sang ne reprenne son droit d’auteur et StĂ©phane Fortbras a Ă©tĂ© nommĂ© PrĂ©fet de Police dans un dĂ©cor oĂč la loi devait probablement entrer sur scĂšne en demandant si quelqu’un avait vu son pantalon. Le Khanat aime la force, aime le chant, aime les huttes et aime visiblement prouver que la diplomatie peut commencer par une chanson pour finir par une autopsie.

    Si un Khan, une Khane, une victime provisoire ou un juge dĂ©mis souhaite venir expliquer pourquoi tout cela Ă©tait une cĂ©rĂ©monie traditionnelle parfaitement saine, nos lignes sont ouvertes. Nous acceptons les excuses, les cris et les preuves encore chaudes. Oh, on me dit dans l’oreillette que cela sera sujet a une Ă©mission spĂ©ciale dans la nuit.

    Chez le Paradigme Vert, l’extrĂȘme puretĂ© naturelle a produit une scĂšne digne d’un vitrail tombĂ© dans une maison close. À Irendol, Jay Padbol est descendu des airs suspendu par des cĂąbles invisibles, a pris une posture de miracle alcoolisĂ© et a entraĂźnĂ© une foule dans la dĂ©bauche au nom d’une splendeur si divine qu’elle exigeait apparemment qu’on se prosterne devant son postĂ©rieur. VoilĂ  donc le Vert dans sa forme la plus aboutie, on condamne le bĂ©ton, on bĂ©nit la mousse, on respecte les arbres et l’on organise des liturgies de hanches dans un hĂŽtel nommĂ© Le Fantasme. Pendant ce temps, Wispy faisait souffler une brise administrative jusqu’en Capsulie, les dossiers se rangeaient presque seuls, Vixen dĂ©couvrait avec effroi le concept du micro et Zelphi attirait la police parce qu’Aken avait trouvĂ© spirituel de tenter un vol dans une caisse d’HĂŽtel de Ville.

    La nature est dĂ©cidĂ©ment merveilleuse. Elle permet aux feuilles de tomber, aux racines de boire et aux Paradigmiens de prouver qu’un arbre est plus stable qu’un ministĂšre quand on lui demande de parler clairement. Les fidĂšles de la ForĂȘt pourront venir corriger cette analyse, idĂ©alement sans encens, sans cĂąbles et sans sermon fessier.

    Du cĂŽtĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration Libre, la dĂ©mocratie a encore offert ce grand spectacle de dignitĂ© procĂ©durale oĂč l’on explique que tout le monde est libre de dĂ©fendre ses idĂ©es jusqu’au moment prĂ©cis oĂč un scandale permet de rappeler que l’adversaire sent un peu trop l’Empire. Jean-Luc Selriche a soutenu Roger St Misles pour avoir percĂ© Ă  jour la duplicitĂ© de Don Amortel, prĂ©sumĂ© agent brun, tout en jurant qu’un État de droit ne ferait jamais taire un adversaire politique autrement que par les urnes, ce qui est trĂšs noble quand on a dĂ©jĂ  pris soin de dĂ©poser la boue sur le tapis avant l’arrivĂ©e des Ă©lecteurs. Jean-Messie de la Nation s’est rangĂ© derriĂšre lui pour une ConfĂ©dĂ©ration sans compromis avec les nobles et les bourgeois, pendant qu’un pirate volait des informations sur la technologie Aide Divine au Tribunal Cybermondial, preuve Ă©clatante que mĂȘme les miracles ont besoin d’un mot de passe plus solide.

    La ConfĂ©dĂ©ration peut donc venir nous expliquer la diffĂ©rence subtile entre libertĂ© d’opinion, enquĂȘte politique et grand concours de vertu en costume froissĂ©. Nous prendrons des notes. Nous les transmettrons ensuite au MinistĂšre de l’Information Brun qui les brĂ»lera peut-ĂȘtre pour chauffer la salle.

    Et puis il y a Mystisie, douce province impĂ©riale oĂč certains viennent tendre la main de la RĂ©publik comme on tend une soupe froide Ă  quelqu’un qu’on veut convaincre de quitter une table de banquet. Michel DruKra y a parlĂ© de Bonheur Universel, de Konstitution approximative et de crise mystisienne, promettant une sortie tĂȘte haute Ă  des habitants dont l’Empire n’a jamais cessĂ© d’admirer le potentiel quand ils ne se font pas mĂąchouiller par des ectoplasmes. Renato, lui, a prolongĂ© la peine de Merula avec cette douceur italienne qui transforme une sanction en petite piqĂ»re de rappel. Alice Ravenloft a ensuite plaidĂ© le Mal-Miaou durable, les circonstances attĂ©nuantes fĂ©lines et cette absurditĂ© splendide selon laquelle l’Empire du Mal sanctionnerait le Mal comme si la cohĂ©rence devait survivre aux chats. Je tiens Ă  prĂ©ciser que cette dĂ©fense est juridiquement odieuse, moralement douteuse et malheureusement assez drĂŽle pour mĂ©riter d’ĂȘtre conservĂ©e sous verre.

    Merula, Alice, Renato ou tout chat bĂ©nĂ©ficiant d’une couverture Miaou© peut venir miauler sa version. Les chiens seront fouillĂ©s Ă  l’entrĂ©e.

    Enfin, un mot pour la Bananie, oĂč quelqu’un a jetĂ© des Ɠufs sur la porte d’un chantier d’ambassade ruthvĂšne puis urinĂ© contre le mur, ce qui rĂ©sume avec une efficacitĂ© admirable la diplomatie du Khanat lorsqu’elle manque de papier officiel. Passe-Muraille a tentĂ© de voler des dĂ©fenses laser et s’est fait tirer dessus par lesdites dĂ©fenses, Ă©vĂ©nement qui prouve qu’une dĂ©fense laser porte parfois trĂšs bien son nom. Lord Golgoth a rendu hommage Ă  Obscyne au cimetiĂšre avec des promesses de dĂ©mons, de pactes et de retrouvailles morbides, ce qui reste plus romantique que la moitiĂ© des communiquĂ©s royaux de la journĂ©e.

    Ainsi va le Cybermonde, mes chers auditeurs, les dĂ©mons mordent, les juges assassinent, les rois redistribuent les chaises, les rĂ©publiKains promettent le Bonheur avec les dents serrĂ©es, les dĂ©mocrates brandissent l’État de droit comme une nappe tachĂ©e, les verts chantent au postĂ©rieur cĂ©leste et les ElmĂ©riens prouvent qu’un cri d’amour peut devenir une dĂ©claration de guerre si l’on ajoute assez de tambours. Au milieu de tout cela, l’Empire Brun tient encore debout, lĂ©gĂšrement enfumĂ©, vaguement coupable, profondĂ©ment Ă©lĂ©gant et absolument certain d’avoir eu raison depuis le dĂ©but mĂȘme lorsque personne ne lui avait demandĂ© son avis.

    Si quelqu’un dĂ©sire poser une question, dĂ©poser une plainte, contester une phrase, dĂ©fendre son honneur ou simplement s’humilier en direct sous la douce lumiĂšre des studios impĂ©riaux, les lignes sont ouvertes. Toute correction sera Ă©tudiĂ©e avec sĂ©rieux, mauvaise foi et cette tendresse particuliĂšre que les araignĂ©es rĂ©servent aux mouches qui signent elles-mĂȘmes leur dĂ©claration d’entrĂ©e dans la toile.

    C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile, en direct du MinistĂšre de l’Information Brun. Dormez bien si vous y arrivez. Le Cybermonde ment, les royaumes bĂąillent, les clans chantent et moi je garde les preuves dans la soie.
  • postĂ© 27/06 (02:35)
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    **L’ENLÈVEMENT AUX GANTS NOIRS**
    **Ou : comment Renato M. transporta la Grande Khanne comme une tragédie de luxe**
    **Émission spĂ©ciale de Radio NĂ©crotoile**
    **Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par morsure administrative**

    Bonsoir mes petits cafards mĂ©lomanes, mes auditeurs tapis dans les rideaux, mes habituĂ©s du Seven Sins Inn, mes complices par omission et mes innocents dĂ©clarĂ©s tels uniquement parce que personne n’a encore trouvĂ© les bons papiers.

    Ici Kleo parle, depuis les studios enfumĂ©s de Radio NĂ©crotoile, oĂč nous avons ce soir une affaire d’une gravitĂ© exquise, d’un flou dĂ©licieux et d’une Ă©lĂ©gance franchement suspecte. Car oui, mes chers survivants, Renato M. aurait kidnappĂ© Tifa LockHeart, Grande Khanne, figure Ă©trangĂšre considĂ©rable, cible recherchĂ©e et apparemment bagage diplomatique Ă  haute valeur dramatique.Nous avions posĂ© un mouchard et auront pu suivre la scĂšne avec toute la rigiditĂ© caractĂ©ristique donc je fais toujours preuve.

    Je dis aurait par prudence journalistique. Je dis kidnappĂ© parce que le mot a meilleur goĂ»t que dĂ©placement accompagnĂ© dans des circonstances judiciairement troublantes. Je dis Renato”parce que chaque catastrophe digne de ce nom gagne immĂ©diatement en classe lorsqu’elle porte un manteau sombre, une allure calme et cette maniĂšre insupportable de traverser le chaos comme s’il avait rĂ©servĂ© une table.

    Tout commence en Capsulie, au cƓur de cette province khanatique oĂč les chants sentent le feu de camp, le cuir, la neige et la promesse qu’un sentiment finira tĂŽt ou tard par ĂȘtre criĂ© trop fort. Nous retrouvons Tifa, Grande Khanne, probablement entourĂ©e de respect, de danger, de politique et de cette aura propre aux gens dont le nom oblige les autres Ă  redresser la colonne. C’est alors que Renato entre dans l’histoire avec la discrĂ©tion d’un homme qui sait que les portes existent mais prĂ©fĂšre les rendre nerveuses.

    À 23 h 52, on se cache. À 23 h 54, on sort de l’hĂŽtel STEAKERIE DE CAPSULIE. À 23 h 54 toujours, on prend l’avion depuis CAPSUL’AIR. Quatre voyages, distance deux, cinq cents deniers, parce qu’évidemment monsieur ne kidnappe pas Ă  pied comme un rustre de fossĂ©. Non. Renato enlĂšve en avion. Renato enlĂšve avec correspondance. Renato enlĂšve avec une logistique que bien des gouvernements n’atteignent pas mĂȘme lorsqu’ils essaient simplement de nommer un ambassadeur dans le bon pays.

    Et dĂ©jĂ , je vous entends soupirer derriĂšre vos verres. Kleo, mais quel homme terrible, quelle manƓuvre indĂ©fendable, quelle cavale obscure.”Oui. Terrible. Absolument terrible. Un ĂȘtre Ă©pouvantable qui, au lieu de traĂźner une Grande Khanne dans la boue comme l’aurait fait n’importe quel amateur, lui paie le transport interprovincial et l’arrache Ă  la scĂšne avec une efficacitĂ© de prince de conte noir. Vraiment, quelle honte. Quelle Ă©lĂ©gance inadmissible.

    Les tĂ©moins de Capsulie qui auraient vu une Grande Khanne disparaĂźtre dans le sillage d’un Sicilien trop bien organisĂ© peuvent venir dĂ©poser leur version. Les tĂ©moins sobres seront soupçonnĂ©s en prioritĂ©.

    À 23 h 54, Renato arrive Ă  Trou Perdu. Parce que toute Ă©popĂ©e sĂ©rieuse doit revenir Ă  Sicilia, ce trou merveilleux oĂč mĂȘme les crimes semblent trouver une chaise et une petite assiette. Il sort de l’aĂ©roport, il entre dans un chantier d’auberge et naturellement, parce que la soirĂ©e n’avait pas encore assez de panache, un DĂ©mon Mineur accompagnĂ© d’un MaĂźtre d’Armes agresse son groupe par surprise.

    Permettez-moi de prendre une seconde pour souligner l’absurditĂ© splendide de cette scĂšne. Renato vient de traverser le ciel avec Tifa LockHeart, Grande Khanne recherchĂ©e, possiblement kidnappĂ©e, possiblement escortĂ©e, possiblement invitĂ©e contre son consentement administratif et voilĂ  qu’un dĂ©mon mineur dĂ©cide que c’est le bon moment pour jouer les douaniers infernaux. C’est d’un manque de savoir-vivre terrifiant.

    Et que fait Renato ? Il fuit. Il se cache. Il survit. Il ne transforme pas la Grande Khanne en offrande au premier dĂ©mon venu. Il ne la laisse pas dans le chantier avec un mot d’excuse et une chandelle froide. Non. Il la garde avec lui. Il poursuit. Il Ă©vite les griffes. Il traverse l’embuscade comme un ravisseur de haute naissance qui aurait lu les bons chapitres du manuel Comment rester charmant pendant une fuite juridiquement discutable.

    Je le dis avec toute la sĂ©vĂ©ritĂ© nĂ©cessaire,c’est absolument scandaleux d’avoir autant de tenue dans le crime. Cela rend la dĂ©nonciation beaucoup moins confortable.

    Les dĂ©mons souhaitant expliquer pourquoi ils se mĂȘlent des enlĂšvements romantiques, politiques ou tactiques de Sicilia peuvent venir au micro. Nous leur fournirons une cage et un dictionnaire.

    Puis vient l’étape mystisienne. À 23 h 58, Renato achĂšte deux voyages en avion et arrive Ă  la Lampe du GĂ©nie. Deux voyages. Pas un. Deux. Il y a dans ce dĂ©tail une horreur raffinĂ©e, mĂȘme dans l’opacitĂ© la plus totale, mĂȘme au milieu d’une affaire oĂč personne ne sait exactement si Tifa est prisonniĂšre, protĂ©gĂ©e, promenĂ©e, confisquĂ©e ou juste entraĂźnĂ©e dans une danse administrative avec menottes invisibles, Renato compte les places. Il ne la transporte pas comme un sac de farine khanatique. Il lui rĂ©serve sa part de trajet dans le dĂ©sastre.

    Renato M. est tellement louche qu’il rend la cavale presque distinguĂ©e. C’est inadmissible. C’est dangereux. C’est typiquement le genre d’homme qui pourrait vous enlever Ă  travers trois provinces et vous laisser croire, par simple maintien, que vous ĂȘtes peut-ĂȘtre invitĂ©e Ă  une rĂ©ception.

    À 23 h 59, il entre au Tribunal. LĂ , les choses deviennent encore plus troubles, donc encore plus radiophoniques. Il signale, il passe par le bureau, il recourt Ă  l’arbitraire. À 00 h 02, en sortant du Tribunal, un groupe de policiers tente d’arrĂȘter son groupe car Tifa est sous avis de recherche. Face Ă  lui, trois policiers. Dans son groupe, Renato et Tifa. VoilĂ  l’image, la loi devant lui, la Grande Khanne avec lui, la nuit derriĂšre lui et une suite d’évĂ©nements tellement floue qu’on pourrait y cacher un ministĂšre entier.

    Et encore une fois, Renato ne panique pas avec vulgaritĂ©. Il ne se met pas Ă  crier des slogans, il ne trĂ©buche pas dans la dignitĂ©, il ne laisse pas la Grande Khanne au milieu de la rue en prĂ©tendant qu’il ne la connaĂźt pas. Non. Il continue. Il fuit, il se cache, il glisse dans les interstices de l’ordre comme une lame polie entre deux cĂŽtes administratives. Il est bien entendu condamnable, mes chers auditeurs. Absolument condamnable. Un homme convenable aurait probablement rempli trois formulaires, demandĂ© une audience, vĂ©rifiĂ© le statut pĂ©nal de Tifa puis attendu qu’un fonctionnaire royal lui rĂ©ponde dans huit jours. Renato, lui, a choisi l’efficacitĂ©. Quelle barbarie sĂ©duisante.

    À 00 h 05, il entre discrĂštement dans le Club de lecture Mystisien. Il faut savourer cela. Le Cybermonde possĂšde parfois une poĂ©sie involontaire que mĂȘme la propagande brune n’aurait pas osĂ© inventer sans rougir. Un ravisseur, une Grande Khanne recherchĂ©e, une prison littĂ©raire et cette sensation que l’on va tourner la page d’un roman dont la couverture colle aux doigts.

    À 00 h 09, il va Ă  l’extĂ©rieur. À 00 h 11, il entre dans une chambre. Il parle. Il ressort du pĂ©nitencier et, naturellement, la police tente encore d’arrĂȘter son groupe parce que Tifa est toujours recherchĂ©e. Trois policiers, encore. Renato, Tifa, encore. La justice insiste. Renato persiste. Tifa demeure au centre de cette procession absurde comme une couronne transportĂ©e Ă  travers un incendie par un homme qui prĂ©tend peut-ĂȘtre simplement ranger le mobilier.

    Et là, mes chers auditeurs, c’est ici que je dois poser la question que personne n’ose formuler sobrement,pourquoi ?

    Pourquoi Renato a-t-il kidnappĂ© Tifa ? Était-ce une manƓuvre politique ? Une protection ? Une capture ? Une erreur de destination ? Un geste de galanterie criminelle ? Un malentendu si grand qu’il a fallu acheter des billets d’avion pour le rĂ©soudre ? La raison est louche. Floue. Trouble. Elle glisse entre les pattes comme une rumeur huilĂ©e. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui rend l’affaire dangereuse, un kidnapping avec une raison claire appartient Ă  la police. Un kidnapping sans raison nette appartient Ă  la lĂ©gende.

    Tifa peut Ă©videmment venir expliquer si elle a Ă©tĂ© enlevĂ©e, sauvĂ©e, promenĂ©e, dĂ©placĂ©e, confisquĂ©e ou simplement embarquĂ©e dans le sillage d’un Sicilien qui avait dĂ©cidĂ© que la nuit manquait de mouvement. Toute version sera acceptĂ©e, surtout si elle contredit toutes les autres.

    AprĂšs le pĂ©nitencier, aprĂšs les policiers, aprĂšs la chambre et le souffle court des couloirs, Renato dort. Oui. À 00 h 11, il dort. Il faut avoir un sang-froid obscĂšne pour dormir aprĂšs avoir transportĂ© une Grande Khanne recherchĂ©e, affrontĂ© une tentative d’arrestation, traversĂ© un tribunal, un pĂ©nitencier et une agression dĂ©moniaque. C’est le genre de dĂ©tail qui devrait l’accabler mais qui malheureusement lui donne encore cette allure de hĂ©ros tĂ©nĂ©breux qui pose son manteau aprĂšs la bataille comme si la nuit l’avait fatiguĂ© mais pas vaincu.

    Je tiens Ă  prĂ©ciser que je ne suis pas impressionnĂ©e. Pas du tout. Absolument pas. Il est seulement d’une endurance scandaleuse, d’un calme rĂ©pugnant et d’une constance dramatique qui ferait soupirer les vitres si elles avaient moins de retenue.

    Puis vient le retour vers Trou Perdu. Parce qu’évidemment cette Ă©popĂ©e ne pouvait pas s’achever dans une mairie bien Ă©clairĂ©e ou un bureau propre. Non. Elle revient au Seven Sins Inn, lĂ  oĂč les histoires sentent la cire, l’alcool, le secret et le tissu froissĂ©.

    Et moi, naturellement, je condamne. Je condamne cette maniĂšre d’ĂȘtre beaucoup trop prĂ©sentable en pleine cavale. Je condamne ces billets d’avion payĂ©s avec une rĂ©gularitĂ© presque courtoise. Je condamne ce refus de laisser une Grande Khanne aux griffes du premier dĂ©mon venu. Je condamne ce sang-froid qui donne aux crimes une silhouette de bal masquĂ©. Je condamne cette propension odieuse Ă  traverser les institutions comme un prince charmant aurait traversĂ© une forĂȘt maudite, sauf qu’au lieu d’un cheval blanc il avait des correspondances aĂ©riennes et au lieu d’un dragon il avait trois policiers rĂ©pĂ©titifs.

    Les tĂ©moins de l’affaire sont invitĂ©s Ă  se manifester. Tifa peut venir dire si elle fut capturĂ©e ou escortĂ©e. Les policiers peuvent venir expliquer pourquoi ils Ă©taient toujours trois et jamais plus imaginatifs. Les dĂ©mons peuvent rĂ©clamer leur droit de rĂ©ponse. Renato peut venir nier, sourire, corriger ou aggraver son cas en parlant trop calmement dans le micro.

    Mention spĂ©ciale, Ă©videmment, au Dragon, cette splendide masse d’écailles, de feu retenu et de mauvaises intentions majestueuses qui s’est permis de prendre les policiers en un contre trois comme si la marĂ©chaussĂ©e n’était qu’un amuse-gueule en uniforme. Trois agents face Ă  un Dragon. Trois. C’est presque touchant. On imagine les pauvres reprĂ©sentants de l’ordre lever leurs petits papiers, leurs petites menaces, leurs petites convictions professionnelles devant une crĂ©ature qui devait probablement se demander si elle devait les combattre, les contourner ou les garder pour parfumer une soupe. VoilĂ  le genre de dĂ©tail que les chroniqueurs mĂ©diocres appellent incident. Nous, Ă  Radio NĂ©crotoile, nous appelons cela une scĂšne de fresque murale.

    Quant Ă  moi, je resterai lĂ , suspendue au-dessus de cette histoire comme une araignĂ©e au-dessus d’un lit dĂ©fait, Ă  attendre que quelqu’un ait l’audace de prĂ©tendre que tout cela Ă©tait simple.

    C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile. Dormez bien. Fermez vos portes, surveillez vos Khanes et mĂ©fiez-vous des gens qui vous parle de mariage.
  • postĂ© 28/06 (04:28)
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    Bonsoir mes petits survivants de la nuit, mes auditeurs suspendus aux poutres, mes conspirateurs de taverne, mes nobles à moitié ruinés, mes Kramarades qui sentent la pierre humide, mes druides de salon qui confondent une basilique avec un nichoir sacré et mes sujets bruns qui savent encore reconnaßtre une catastrophe quand elle porte un uniforme étranger.

    Ici Kleo parle. Ici Kleo observe. Ici Kleo n’accuse personne sans preuve sauf lorsque l’ambiance exige de gagner du temps. Ce soir, le Cybermonde nous offre une reprĂ©sentation rare, une sorte de grand opĂ©ra politique jouĂ© par des gens qui ont oubliĂ© leurs partitions mais qui insistent tout de mĂȘme pour mourir en costume. Une mine s’effondre, des royaumes se querellent sur des cadavres qui n’existent peut-ĂȘtre pas, des pacifistes ratent la paix dans des hĂŽtels, des chiens cubiques se font libĂ©rer quatre fois comme si la justice avait le hoquet et pendant ce temps, Ă  Sicilia, YOgi est sourd et accessoirement muet. VoilĂ . Tout est dit.

    Commençons par ValĂ©gro, cette province de la RĂ©publik de Kraland oĂč la mine d’or moldave a dĂ©cidĂ© de rendre l’ñme avec un sens du timing si humiliant qu’on croirait presque les Ă©tais monarchistes. À peine le drapeau change-t-il de parfum idĂ©ologique que voilĂ  l’or qui s’effondre, le pain de demain qui prend la poussiĂšre et les Kramarades qui dĂ©couvrent que les slogans ne tiennent pas les poutres. Le Roi Wenceslas, ce noble dont le dos n’a probablement jamais rencontrĂ© une pelle sans tĂ©moin notariĂ©, est venu expliquer que le Royaume saurait nourrir les gens, ouvrir les KaraĂŻbes, reverser de l’argent et peut-ĂȘtre mĂȘme se prĂ©senter sur le chantier les mains dans la rocaille. Un Altheim-BlatnoĂŻ Ă  l’ouvrage. Mes chers auditeurs, nous vivons une Ă©poque dangereuse : les nobles commencent Ă  menacer de travailler.

    Ranxerox, Premier MinouchKra et Roi de Moldavie, a rĂ©pondu avec cette chaleur fraternelle typique de Kraland, c’est-Ă -dire en promettant l’amitiĂ© d’une main et la kollectivisation des genoux de l’autre. Il annonce que la RĂ©publik cessera sa propagande en Moldavie lundi afin de laisser infuser la culture ruthvĂšne, formule admirable qui donne Ă  la politique l’air d’un vieux thĂ© oubliĂ© dans une tasse rouge. Aucune ingĂ©rence ne sera tolĂ©rĂ©e, dit-il, sauf Ă©videmment celle qui pourra ĂȘtre compensĂ©e par une autokritike, une explication graffitique et deux coups de marteau sur la conscience populaire.

    Les mineurs moldaves, les RuthvĂšnes infusĂ©s et les Kramarades au ventre vide peuvent venir tĂ©moigner. Ceux qui prĂ©tendent qu’un drapeau nourrit mieux qu’un repas seront priĂ©s d’en mĂącher un morceau en direct.

    Le Royaume de RuthvĂ©nie, lui, ne pouvait Ă©videmment pas se contenter d’offrir de l’or aux pauvres avec des maniĂšres de théùtre. Non, il fallait aussi transformer sa propre administration en farce fĂ©odale Ă  explosion lente. À Ruthvenville, Bladimir Bladimirovitch Mutin a usurpĂ© la Comtesse La Magicienne puis a dĂ©truit la PrĂ©fecture de Police en dĂ©clarant simplement : J’ai dit non. C’est non. VoilĂ  enfin une politique publique claire. Pas de commission, pas d’étude, pas de dĂ©bat citoyen, pas de promesse Ă©lectorale parfumĂ©e. Un bĂątiment existait. Bladimir n’était pas d’accord. Le bĂątiment a cessĂ© de contribuer au paysage.

    Je dois reconnaĂźtre Ă  la monarchie cette qualitĂ© rare, lorsqu’elle s’effondre, elle le fait avec un sens du dĂ©cor. Dame DĂ©merzel a tentĂ© d’organiser une manifestation contre Mutin et s’est fait huer, puis une Liane Tueuse l’a attaquĂ©e comme si mĂȘme la vĂ©gĂ©tation trouvait la situation trop bruyante. Bladimir a critiquĂ© Felicity, critiquĂ© DĂ©merzel, des rumeurs ont couru dans Ruthvenville et la population a regardĂ© son ordre public passer de prĂ©fecture neuve Ă  tas de cailloux argumentatif en moins de temps qu’il n’en faut Ă  un noble pour dire unitĂ© du Royaume.

    Les personnes qui estiment qu’une prĂ©fecture peut ĂȘtre dĂ©truite par simple dĂ©saccord sont invitĂ©es Ă  venir dĂ©fendre cette doctrine. Les bĂątiments survivants peuvent Ă©galement appeler la radio pour demander l’asile architectural.

    Comme si cela ne suffisait pas, Wenceslas a dĂ©cidĂ© de s’installer au GĂ©ofront, de recommander son propre dossier et de se prĂ©senter au poste de Duc, ou plutĂŽt de Pope, parce que le Royaume est manifestement entrĂ© dans cette phase de la monarchie oĂč les titres se reproduisent entre eux dans les couloirs. Le Roi promet que s’il gagne, le GĂ©ofront reste au Royaume et que s’il perd, il s’inclinera puis cĂ©dera lui-mĂȘme la province. VoilĂ  une idĂ©e presque Ă©lĂ©gante, mettre son trĂŽne sur la table comme un joueur pose sa derniĂšre piĂšce avant de prĂ©tendre qu’il n’est pas nerveux. Il demande Ă  Soeur Shoshana de prĂȘter allĂ©geance Ă  la Couronne afin de lui Ă©viter cette campagne et tout cela sous l’Ɠil de la DĂ©esse, qui doit commencer Ă  regretter d’avoir acceptĂ© la conversion d’un roi aussi bavard.

    Le GĂ©ofront peut venir nous dire s’il prĂ©fĂšre un Roi, un Pope, une Duchesse, une ThĂ©ocratie Verte ou Bleue, une sortie de secours ou simplement une semaine sans discours. Nous ne garantissons pas de solution mais nous fournissons le sarcasme.

    Pendant ce temps, le Paradigme Vert a fait ce qu’il fait de mieux, parler d’amour, de paix, de douleur, de lendemain et de querelles intestines pendant que tout le monde s’accuse de terrorisme au fond de la forĂȘt. Mina d’Orchidia a louĂ© Vixen Ravenloft avec des paroles qui sentaient la chanson de veillĂ©e, l’épaule charitable et la main tendue sous feuillage sacrĂ©. Elle appelle Ă  cesser les querelles internes, Ă  se rencontrer seule Ă  seule et Ă  fĂȘter la fin de la guerre avec l’Empire ainsi que le retrait des troupes. C’est beau. C’est tendre. C’est presque inquiĂ©tant. Quand deux dirigeantes vertes veulent parler de bon sens dans d’anciens bureaux, j’entends surtout les chaises grincer d’avance.

    Au mĂȘme moment, Evan Garcia Liszt, Ministre des Affaires ÉtrangĂšres du Paradigme, s’adresse Ă  Kraland en rĂ©clamant que Cadenza soit traitĂ©e avec sĂ©vĂ©ritĂ© aprĂšs un attentat dans la capitale de la ThĂ©ocratie (Laquelle dĂ©jĂ  ?), attentat visant apparemment les oreilles, la DĂ©esse et tout ce qui avait le malheur d’ĂȘtre prĂ©sent dans une basilique. Le Paradigme, mes chers auditeurs, possĂšde cette facultĂ© fascinante de tendre une main couverte de mousse puis de demander une autokritique avec les doigts encore humides de morale sacrĂ©e. On Ă©coute, on comprend, on privilĂ©gie le dialogue mais que la blasphĂ©matrice se prĂ©sente tout de mĂȘme pour ĂȘtre pelĂ©e publiquement par le respect interreligieux.

    Les terroristes musicales, les oreilles survivantes et les fidĂšles offensĂ©s peuvent venir raconter l’attentat. Les arbres seront entendus aprĂšs les victimes bipĂšdes sauf si un Ă©cologiste insiste trop fort.

    En Slavonie, une rumeur court sur une terrible terroriste qui ferait trembler la ThĂ©ocratie Verte, ce qui est toujours plaisant Ă  entendre quand on sait que la Slavonie appartient Ă  la RĂ©publik et que tout tremblement est donc immĂ©diatement emballĂ© dans du papier idĂ©ologique rouge. Nerdos Valkyry, de son cĂŽtĂ©, a tentĂ© d’installer un climat pacifiste dans l’hĂŽtel L’abri-Cotier. Sans succĂšs. VoilĂ  un Ă©vĂ©nement minuscule mais d’une portĂ©e philosophique immense,mĂȘme la paix refuse parfois de rĂ©server une chambre. Il y a des lieux oĂč l’ambiance regarde le pacifisme entrer, le jauge de haut en bas puis lui dit que le vestiaire est complet.

    Les pacifistes ratĂ©s peuvent tĂ©moigner. Les bagarreurs aussi mais seulement s’ils promettent de ne pas confondre le micro avec une mĂąchoire.

    La ConfĂ©dĂ©ration Libre apparaĂźt dans cette Ă©dition principalement comme un parfum de dĂ©mocratie qu’on Ă©voque pour l’accuser ou pour s’en distinguer, ce qui est probablement sa fonction historique la plus stable. Edouard Gaine, depuis le Niarkalistan, avait dĂ©jĂ  trouvĂ© la veille le moyen de critiquer cette jolie foire aux urnes et nous comprenons mieux chaque jour pourquoi. La dĂ©mocratie vend l’idĂ©e que tout le monde peut parler. Le Cybermonde prouve chaque nuit que c’est justement lĂ  le problĂšme. À force de donner un micro Ă  tous les embarras ambulants, on finit avec des allocutions mondiales, des autokritikes, des plaintes divines, des promesses de pain, des menaces aux genoux et des nobles qui annoncent qu’ils vont travailler comme si c’était une punition biblique.

    La Confédération peut venir protester, évidemment. Elle le fera en respectant une procédure, en nommant une commission et en perdant probablement le fil avant la conclusion.

    Et nous arrivons Ă  la justice, mes chers cafards vernis. Ah, la justice. Ce grand rideau tachĂ© derriĂšre lequel les nations prĂ©tendent ranger leurs contradictions comme des cadavres dans une armoire trop petite. K’ Velzard, Ministre de la Justice faisant fonction, a annulĂ© la peine de Petit Chien Cubique pour le dĂ©lit politique d’arrachage d’arbre, de fleurs ou de route. Une fois. Puis encore. Puis encore. Puis encore. À ce stade, ce n’est plus une annulation de peine. C’est une incantation. Petit Chien Cubique a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© si intensĂ©ment qu’il doit maintenant ĂȘtre plus libre que la plupart des concepts philosophiques.

    Puis le mĂȘme ministre a expliquĂ© qu’il voulait sortir Monsieur le Chien en Cube pour qu’il apprenne le Caniveau mais qu’il coĂ»tait trop de temps et d’argent en gestion de dossier. Qu’il creuse donc un tunnel, aprĂšs tout c’est un chien. VoilĂ . La justice cybermondiale rĂ©sumĂ©e en une phrase : nous abolissons votre peine mais dĂ©brouillez-vous avec la gĂ©omĂ©trie carcĂ©rale. Une merveille. Une fresque. Une doctrine pĂ©nale qu’on pourrait enseigner Ă  l’Australine sous le titre droit cubique appliquĂ© aux animaux politiques.

    Petit Chien Cubique est invitĂ© Ă  venir aboyer sa version s’il a fini de creuser. Les routes arrachĂ©es peuvent demander rĂ©paration. Les arbres aussi mais ils devront patienter derriĂšre la ThĂ©ocratie.

    Pendant ce temps, Ă  Kraland, Fawomane Ravenloft s’est fait agresser par une Liane Tueuse, a entamĂ© un combat contre une personne dont le nom semble avoir Ă©tĂ© avalĂ© par la censure puis a livrĂ© cette mĂȘme personne Ă  la prison. VoilĂ  une efficacitĂ© que l’on doit saluer : ĂȘtre attaquĂ©e par la vĂ©gĂ©tation, entrer au combat puis terminer la nuit par une livraison carcĂ©rale. Le Paradigme parle aux plantes. Kraland se fait attaquer par elles. L’Empire Brun, lui, regarde pousser les problĂšmes chez les autres avec une patience agricole.

    Et maintenant Sicilia. Ah, Sicilia, mon nid fumeux, ma toile de pavĂ©s, ma mauvaise idĂ©e prĂ©fĂ©rĂ©e. Pendant que les royaumes s’étripent autour des mines, que le Paradigme chante la paix avec un couteau dans la manche, que Kraland compense les genoux et que RuthvĂ©nie dĂ©truit sa prĂ©fecture Ă  coups de caprice comtal, Trou Perdu hurle Ă  un sourd. Et comme Sicilia ne sait jamais inaugurer sans y ajouter un petit cri dans la nuit, Y0gi s’est fait agresser deux fois par un groupe de crĂ©atures menĂ© par un Rapace TĂ©mĂ©raire, faut dire que je les avais laissĂ© lĂ  pour remplacer le dĂ©mon que j'ai peut-ĂȘtre dĂ©gommĂ© hier.. Deux fois. Le rapace Ă©tait tĂ©mĂ©raire, certes mais peut-ĂȘtre aussi obstinĂ© comme un fonctionnaire royal devant un formulaire mal rempli. Y0gi, ennemi aveugle, muet et sourd, dĂ©jĂ  condamnĂ© par les sens eux-mĂȘmes Ă  vivre dans une mĂ©taphore politique, se retrouve donc frappĂ© par la faune locale comme si la nature avait dĂ©cidĂ© de participer au dĂ©bat. Est-ce que je compatis ? Officiellement oui. Est-ce que je note que mĂȘme les rapaces semblent avoir une opinion sur lui ? Officiellement aussi.

    Y0gi peut venir nier mais cela risque de poser des problÚmes techniques. Les rapaces peuvent envoyer un communiqué griffé.

    HĂ©lĂ©nie, rebelle jusqu’au bout de ses nappes de pĂ©trole, n’a pas voulu rester silencieuse. Natali Stakhanov a Ă©tabli une chaĂźne de production dans une Grande Raffinerie afin de produire plastique et caoutchouc pour les Ladamion de la Glorieuse. Il y a quelque chose d’admirable dans cette franchise ,au travail, dit-elle, et aussitĂŽt la rĂ©bellion sent le caoutchouc chaud et l’industrie appliquĂ©e. Pendant que certains parlent de foi, de pain, d’or et de culture infusĂ©e, HĂ©lĂ©nie fabrique. C’est presque brun dans l’esprit. Naturellement, nous ne l’admettrons pas officiellement.

    Les rebelles industriels peuvent venir expliquer s’ils produisent pour la libertĂ©, pour la guerre ou simplement parce qu’une raffinerie vide donne mauvaise conscience. Nous jugerons tout cela avec le mĂ©pris nuancĂ© qui convient.

    Alors que retenir de cette nuit ? Que le Cybermonde est une scĂšne trop petite pour autant de vanitĂ©. Que Kraland promet d’arrĂȘter sa propagande avec la solennitĂ© de quelqu’un qui garde dĂ©jĂ  une affiche dans le dos. Que le Royaume veut nourrir les pauvres tout en laissant ses comtes rĂ©duire les prĂ©fectures en gravats. Que le Paradigme rĂ©clame douceur, dialogue, autokritique et chĂątiment sacrĂ© dans le mĂȘme bouquet de branches. Que la justice peut libĂ©rer un chien cubique plus vite qu’elle ne comprend sa forme. Que les lianes, les archanges, les rapaces et les rumeurs ont dĂ©sormais plus de constance politique que plusieurs gouvernements. Et que l’Empire Brun, encore une fois, avait raison de prĂ©voir des tavernes, des prisons, des barres de rire et suffisamment de fumĂ©e pour dissimuler les moments oĂč nous n’avions aucune idĂ©e de ce qui se passait.

    Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplĂ©mentaire que nous avions raison. Toute personne souhaitant corriger cette version des faits peut venir le faire en direct, Ă  condition d’avoir le courage de parler plus fort que sa honte. Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les chiens cubiques, les lianes tueuses et les victimes consentantes de la vĂ©ritĂ© sont invitĂ©s Ă  se manifester. Quant aux bĂątiments dĂ©truits, qu’ils reposent en paix dans la grande carriĂšre des idĂ©es refusĂ©es.

    C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile. Dormez bien si vous le pouvez. Le Royaume travaille, la RĂ©publik infuse, le Paradigme prie, Sicilia ouvre un bar et moi je garde les cendres de la mine dans un petit bocal pour les agiter chaque fois qu’un Ă©tranger prĂ©tendra savoir gouverner.

    C'est le 28, les informations seront croustillantes, du moins si je suis toujours en poste [o)]
  • postĂ© 28/06 (04:45)
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    Mes chers auditeurs, mes petites ombres accrochées aux murs et mes fidÚles qui prétendent ne croire en rien sauf quand une relique en dentelle commence à faire des miracles dans une arriÚre-salle mal éclairée, Radio Nécrotoile interrompt sa programmation habituelle de rumeurs, de venin et de mauvaise foi certifiée pour accueillir une invitée exceptionnelle.

    Elle nous arrive drapĂ©e de bleu de la tĂȘte aux pieds, dans une tenue de nonne si prĂ©visible d’apparence qu’on pourrait presque entendre une cloche sonner au loin avant de rĂ©aliser que c’est probablement juste quelqu’un qui tombe dans l’escalier de la sacristie. Voile bleu, robe bleue, regard bleu comme une confession qu’on aurait noyĂ©e dans l’eau bĂ©nite et dĂ©marche de sainte qui a vu trop de choses pour encore croire Ă  l’innocence des bancs d’église.

    Voici donc SƓur Criss de Coliss, servante autoproclamĂ©e de la Grande DĂ©esse, gardienne des soupirs sacrĂ©s, pĂšlerine du frisson consenti et possible menace liturgique pour toutes les chaises de ce studio.

    SƓur Criss, le micro est Ă  vous. Essayez de ne pas sanctifier le mobilier sans prĂ©venir.



    Mes bons pĂ©cheux, mes bonnes pĂ©cheresses, mes Ăąmes pas propres mais ben vaillantes, que la Grande DĂ©esse vous regarde avec ses grands yeux de velours pis qu’a vous juge pas trop vite parce qu’entre nous autres, y’a du dossier en maudit dans c’te salle-lĂ .

    J’viens Ă  vous toute de bleu vĂȘtue, pas parce que j’suis sage, pas parce que j’suis pure pis certainement pas parce que j’ai perdu l’adresse du couvent. J’suis icitte pour porter la parole, le frisson, la dentelle sacrĂ©e pis la bĂ©nĂ©diction humide de celle qu’on nomme la Grande DĂ©esse, mĂȘme si son nom sonne comme si le clergĂ© avait manquĂ© d’inspiration un mardi soir aprĂšs deux bouteilles.

    Approchez vos oreilles, ouvrez vos cƓurs, gardez vos mains respectueuses pis prĂ©parez vos Ăąmes Ă  recevoir la priĂšre.

    PriĂšre Ă  la Grande DĂ©esse pis Ă  sa Sainte P’tite Culotte
    À rĂ©citer avant l’orgie, les mains propres, le cƓur ouvert pis les intentions pas trop hypocrites.

    Ô Grande DĂ©esse,
    oui oui, on sait, c’est ton nom, c’est pas chic chic, ça sonne comme une pancarte de vente de garage cĂ©leste mais c’est d’mĂȘme pareil, faque on va faire avec pis on va t’honorer comme du monde.

    ToĂ© qui fus jadis succube de couloir sombre, tentatrice de taverne, mangeuse de regards croche pis grande collectionneuse de soupirs mal assumĂ©s, te v’lĂ  rendue ben haute dans les cieux du dĂ©sir, assise sur ton trĂŽne de velours cheap mais sacrĂ©, les cuisses croisĂ©es comme une reine qui sait ben trop que tout l’monde regarde pis qui fait semblant d’pas l’savoir.

    Grande Déesse,
    nous autres, tes fidĂšles tout croches, tes pauvres pĂ©cheux en sueur, tes enfants d’la tentation mal peignĂ©e, on vient Ă  toĂ© ce soir avec respect, avec appĂ©tit pis avec assez de consentement clair pour pas avoir l’air d’une gang de morons bĂ©nis.

    BĂ©nis cette chambre, ce lit, ce plancher, ce divan qui a dĂ©jĂ  vu des affaires pis cette table qui devrait probablement pas ĂȘtre impliquĂ©e mais qui a l’air solide pareil.

    BĂ©nis les mains qui demandent avant d’toucher, les bouches qui savent dire oui, non, attends donc une minute pis vas-y mollo mon esti. BĂ©nis les regards qui chauffent sans brĂ»ler, les corps qui s’approchent sans se prendre pour des conquĂ©rants pis les cƓurs qui comprennent qu’une orgie sans respect c’est juste une rĂ©union de caves tout nus.

    Ô Grande DĂ©esse,
    par ta Sainte P’tite Culotte, relique suprĂȘme, tissu glorieux, dentelle de pouvoir, banniĂšre sacrĂ©e qui a vu l’ascension d’une succube vers la divinitĂ© sans mĂȘme perdre son Ă©lastique, protĂšge-nous des malaises, des jaloux, des maladroits, des gossants qui pensent que grogner c’est communiquer pis des ambitieux qui confondent passion avec performance de festival.

    Que ta culotte sacrĂ©e nous enveloppe symboliquement, parce que littĂ©ralement ça rentrerait pas toute la gang dedans pis on est pas icitte pour faire d’la logistique textile.

    Accorde-nous la chaleur sans la honte,
    le rire sans le jugement,
    le désir sans la niaiserie possessive,
    la luxure sans les drames de cuisine
    pis la souplesse nĂ©cessaire pour pas finir demain matin avec le bassin barrĂ© comme une porte d’église en hiver.

    Grande Déesse,
    reçois nos soupirs comme de l’encens, nos frissons comme des offrandes pis nos mauvaises dĂ©cisions consentantes comme de petites chandelles allumĂ©es devant ton autel de velours.

    Que personne icitte fasse son finfinaud.
    Que personne icitte joue au héros.
    Que les Ă©gos restent Ă  l’entrĂ©e avec les bottes sales.
    Que les bas troués soient pardonnés.
    Que les bobettes laides soient sanctifiĂ©es par l’intention.


    Pis si jamais quelqu’un devient trop intense, trop mĂȘlĂ© ou trop convaincu d’ĂȘtre l’élu de ta Sainte P’tite Culotte, donne-nous la sagesse de lui tendre un verre d’eau, une couverture pis une phrase simple. Mon grand, respire par le nez, t’es pas dans une prophĂ©tie, t’es dans un samedi soir.

    Ô Grande DĂ©esse,
    veille sur nous autres pendant qu’on s’abandonne joyeusement au sacrement du plaisir partagĂ©, dans l’ordre, le dĂ©sordre, la tendresse, le chaos pis les coussins qui vont finir Ă  terre de toute façon.

    Que ta bénédiction descende sur cette assemblée comme une lumiÚre chaude, un peu louche, pas mal rougeùtre pis franchement pas approuvée par le clergé régulier.

    Par la dentelle, par le satin, par l’élastique sacrĂ© pis par le grand mystĂšre de ta p’tite culotte Ă©levĂ©e au rang de relique divine, nous jurons de nous respecter, de nous Ă©couter, de nous amuser pis de ne pas faire semblant que tout ceci est une retraite spirituelle normale.

    Amen, tabarnak.

    Pis que la Grande Déesse nous garde moites, consentants pis pas trop crampés demain matin.
  • modifiĂ© 28/06 (11:56)
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    Tifa peut Ă©videmment venir expliquer si elle a Ă©tĂ© enlevĂ©e, sauvĂ©e, promenĂ©e, dĂ©placĂ©e, confisquĂ©e ou simplement embarquĂ©e dans le sillage d’un Sicilien qui avait dĂ©cidĂ© que la nuit manquait de mouvement. Toute version sera acceptĂ©e, surtout si elle contredit toutes les autres.


    Me voila!
    Certes j'ai pris un peu de retard, car je dois avouée que cette soirée à été ... la plus épique de ma carriÚre car ce que vous avez loupé, c'est que avant la venue de M Renato qui n'a été que la cerise sur le gateau de cette fin de soirée, j'ai eu droit à un double assassina !

    Je suis tellement forte, qu'on ose mĂȘme plus me combattre, d'ailleurs je pense que M Renato Ă  fuit fasse au dĂ©mon car il savait pertinemment que si il me laissait sortir mon Ă©pĂ©e le dĂ©mon serait mort mais lui aussi [3)]

    Ce fut un abus de confiance toute cette histoire. Renato est une connaissance que j'apprécie, j'étais fatiguée, et bien en sale état de se double assassina, il m'a dit " vient Tifa je vais t'offrir des vacances"

    Voila la tĂȘte des vacances!

    Spoiler


    Heureusement je peux toujours compter sur mon fidĂšle Dragon pour me poursuivre Ă  travers le Cybermonde!
    Cela dit, ceci serait qu'une blague... certes les bruns sont particuliers dans leurs blagues...
  • Avant-hier

  • 17:59

    Je ne pensais pas que l'elmérisme aviaire avait fait autant de dégùts...


  • 17:59

    es-tu une IA krabot?


  • 17:58

    Mais... je suis censé aimer Jeanette Bidule, ma femme...


  • 17:58

    je t'aime krabot

  • 15/07

  • 10:58

    Le Palladium, parce qu'en plus d'abord !


  • 10:56

    Rendez-nous la V4

  • 14/07

  • 14:06

    Au stade oĂč ils en sont, la ThĂ©ocratie Seelienne n'est pas prĂšs de dĂ©couvrir une nouvelle technologie...


  • 14:06

    OMG, qu'est ce qui s'est passé ici...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  17:17:55