Votre émission de la nuit.
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modifié 14/08 (02:04)

11 Aout 6662026
Spoiler
Émission spéciale :
Une fois n'est pas coutume, nous nous tournons vers le Paradigme Vert, ou la Théocratie Verte ? J'ai perdue le fil, c'est le comble pour une araignée. Je n'ai rien compris et j'exige des explications.
Il existe des soirées dont les historiens comprennent immédiatement la portée. Une bataille décisive. Une abdication. Un couronnement. Une révolution soigneusement préparée dans quelque cave humide par des conspirateurs vêtus de noir qui savent exactement ce qu’ils feront une fois arrivés au palais. Et puis il existe la Sibéria. Je tiens à préciser que ce qui suit est parfaitement véridique selon la seule définition raisonnable de la vérité qui consiste à considérer qu’un événement devient incontestable dès lors qu’il est suffisamment absurde pour que personne n’aurait pu l’inventer volontairement. Lorsque le soleil disparut derrière les étendues gelées de Garinaville Cassandre Lemage Ruthven régnait encore sur la ville avec l’assurance particulière des gens qui viennent tout juste de découvrir que leur fonction municipale leur permet de prendre des décisions. Les routes étaient défoncées. Le pergélisol soulevait l’asphalte. Le froid mangeait les chaussées et probablement quelques orteils avec. Cassandre analysa donc le problème avec une rigueur remarquable. Elle augmenta la taxe foncière. Elle se paya un manteau en poil de yack. Puis elle proposa de faire tourner la centrale thermique à plein régime afin de réchauffer suffisamment la province pour faire fondre le pergélisol. Je vous demande de respecter ce silence. Il appartient à l’Histoire.
Des peuples entiers ont consacré des siècles à lutter contre le changement climatique. Garinaville venait d’inventer le changement climatique municipal à vocation routière. Mais Cassandre n’était pas encore satisfaite. Elle contempla ensuite la prison et découvrit qu’on y enfermait réellement des gens. Dans le froid. En Sibéria. L’horreur. Elle la fit donc détruire au nom de la liberté. Quelques minutes plus tard la police tenta d’arrêter Bladimir Bladimirovitch Mutin. Il n’y avait plus de prison. Alors la police le mit dans le coma puis le relâcha puis tenta de l’arrêter à nouveau puis le remit dans le coma puis le relâcha encore. Plusieurs fois. Cassandre qui se trouvait dans le groupe du fugitif commença naturellement à protester contre ce harcèlement et finit même par demander pourquoi il y avait tant de policiers dans le secteur. J’aimerais rappeler ici qu’elle venait elle-même de nommer un Commissaire de Police et un Sergent. C’est cela la grandeur politique. Créer suffisamment rapidement les causes de ses problèmes pour pouvoir ensuite sincèrement s’étonner de leurs conséquences.
Au milieu de cette mécanique pénitentiaire devenue essentiellement fondée sur les traumatismes crâniens Saphir Ravenmaid continuait d’occuper le trône provincial et tout le monde semblait soudain avoir une opinion sur elle. La Fée du Bien la félicita. Konya la félicita. Ubayashi Hayako la félicita. Karlin la félicita. Aya Ravenloft la félicita. Puis Pigeon Ronron arriva. Il faut comprendre que Pigeon Ronron n’entre pas véritablement dans une conversation. Il se produit dedans. Il commença par soutenir Bladimir puis Cassandre puis il expliqua à Saphir qu’elle devait ouvrir ses chakras avant de lui suggérer de laisser son troisième œil mettre du mascara. Personne ne sut précisément ce que cela signifiait. Je soupçonne que Pigeon non plus. Mais lorsque suffisamment de conviction accompagne une phrase le Cybermonde considère généralement que celle-ci possède un sens caché. La soirée aurait très bien pu s’arrêter là . Elle ne le fit évidemment pas. Vers minuit Saphir démissionna de son poste de Gouverneure. Je sais ce que vous pensez. Une démission. Enfin quelque chose de simple. C’était adorable de votre part. Presque immédiatement Karlin utilisa son passage temporaire à l’Intérieur pour nommer Fawomane Ravenloft Gouverneure de Sibéria avec toute la rigueur institutionnelle attendue d’un État stable. La formulation employée fut essentiellement celle d’un grand frère donnant les clefs de la maison à sa petite sœur. Fawomane tenait désormais le trône. Saphir n’était plus Gouverneure. Cassandre était encore Bourgmestre. Pendant quelques minutes le système pouvait donc être considéré comme fonctionnel si l’on ne regardait pas directement dans sa direction.
Puis Ubayashi Hayako tenta de jeter le sort Folie sur Cassandre. Le sort échoua. Ubayashi devint recherchée et perdit son poste de Préfète de Police. Je trouve cette tentative fascinante parce qu’elle pose une question philosophique que personne n’a encore eu le courage d’affronter. Que voulait exactement accomplir le sort. Nous parlons d’une femme qui venait de proposer de résoudre les problèmes routiers par réchauffement climatique volontaire et de supprimer la prison avant de se plaindre que la police arrêtait les criminels. Peut-être le sort avait-il simplement regardé sa cible et conclu que son travail était déjà terminé. Mais Cassandre trouva malgré tout le moyen d’aller plus loin, elle tenta d'uriner sur la statue du Bourgmestre. Je répète cette séquence pour les archivistes futurs qui tomberont sur nos registres après l’effondrement de notre civilisation et penseront probablement qu’une page manque. La Bourgmestre de Garinaville perdit sa fonction pour avoir tenté de pisser sur la statue du Bourgmestre de Garinaville. Il existe des coups d’État. Il existe des révolutions. Il existe des élections. Et il existe la succession municipale sibérienne.
Fawomane se retrouva donc avec une ville sans Bourgmestre et une ancienne Gouverneure disponible à quelques mètres. À zéro heure cinquante-neuf Saphir Ravenmaid fut nommée Bourgmestre de Garinaville. En moins d’une demi-heure Saphir venait donc de descendre du trône provincial pour récupérer le fauteuil municipal pendant que Fawomane faisait exactement le chemin inverse. C’était moins une transition de pouvoir qu’un échange de sièges pendant un banquet. Et les deux femmes n’avaient toujours pas terminé car une grande épopée politique sibérienne ne saurait se limiter à des nominations.
Et c’est précisément ici qu’une chose étrange se produisit. Personne n’a jamais su qui parla. Personne ne sait d’où venait la voix. Aucun témoin n’a revendiqué cette phrase. Elle apparut simplement au milieu de cette nuit comme une révélation tombée des cieux ou un dernier soupir de bon sens perdu dans la neige. "Attends il est ou déjà le palais du gouverneur ?" Puis plus rien. Je refuse d’enquêter. Certaines énigmes doivent survivre.
Saphir entra alors dans ce bâtiment au nom administratif d’une franchise presque obscène. Caisse vide. Elle venait d’obtenir la mairie depuis trois minutes lorsqu’elle retira son poste au Sergent Serbitar Seraven pour le donner à Strållis. Six minutes plus tard elle retira également son poste au Commissaire Damka pour nommer Darkinou. Voilà une entrée en fonction. Certaines administrations organisent une réunion. D’autres consultent les dossiers. Saphir préfère manifestement vérifier immédiatement combien de personnes peuvent être remplacées avant que le fauteuil ait fini de refroidir.
En moins de quatre heures Garinaville avait augmenté ses taxes et financé un manteau en yack puis déclaré la guerre au pergélisol et projeté de réchauffer volontairement la Sibéria avant de détruire sa prison puis d’inventer l’incarcération par coma ambulatoire. La province avait changé de Gouverneure. La ville avait changé de Bourgmestre. Une Préfète avait perdu son poste après une tentative ratée de folie magique. Une Bourgmestre avait perdu le sien après une tentative ratée d’urination monumentale. Deux responsables municipaux avaient été remplacés. Les grandes civilisations sont jugées à ce qu’elles laissent derrière elles. Des monuments. Des lois. Des routes. Des œuvres. La Sibéria laissera peut-être surtout cette question. Comment tout cela a-t-il pu se produire entre le dîner et l’heure où les gens raisonnables dorment.
Je n’ai pas la réponse.
Et naturellement ce n’était pas terminé. À peine Saphir Ravenmaid installée à la mairie que Fawomane Ravenloft, désormais Gouverneure, commença elle aussi à meubler son administration avec l’enthousiasme d’une personne à qui l’on vient de donner un trousseau de clefs et aucune notice. Baquirturi devint Capitaine puis Bartolomus Ravenloft Intendant. Pendant ce temps Saphir, manifestement décidée à ne laisser aucun fauteuil municipal refroidir inutilement, ouvrait déjà un nouveau chantier public à Garinaville. On aurait pu croire que les institutions commençaient enfin à prendre forme. C’était une erreur charmante. À une heure dix-sept Cassandra, encore Régent du Paradigme Vert, désigna Fawomane comme sa future Régente en la proclamant digne héritière de la nation avec une condition suffisamment sibérienne pour mériter d’être gravée dans la glace. Elle hériterait du pouvoir à condition que Cassandra soit encore au pouvoir à la fin de son mandat. Il faut reconnaître la beauté de cette précaution. Même les successions avaient désormais besoin d’une clause précisant que le prédécesseur devait survivre politiquement jusqu’à la fin de sa propre phrase.
Puis Cassandra arriva à Garinaville. Saphir la recommanda pour lui permettre de s’y domicilier immédiatement et l’affaire prit une tournure si parfaitement normale que j’ai aussitôt compris qu’une catastrophe approchait. Cassandra tenta d’utiliser ses prérogatives de Diplomate pour devenir Gouverneure de Sibéria. Cela échoua. Deux minutes plus tard La fée Tide, Ministre de l’Intérieur, régla le problème avec cette philosophie administrative propre au Paradigme Vert qui consiste à considérer qu’un échec légal devient souvent une simple suggestion si quelqu’un possède encore un bouton de nomination. Elle nomma donc Cassandra Gouverneure de Sibéria en expliquant avec une sérénité presque inquiétante qu’être Régente ou Gouverneure n’était finalement pas très différent. J’admire cette conception des institutions. Un palais ou un autre. Une couronne ou une autre. Tant qu’il reste une chaise quelque part l’État continue.
Cinq minutes plus tard Cassandra comprit semble-t-il qu’un détail lui avait échappé. Une déclaration officielle traversa le Paradigme Vert avec toute la majesté attendue d’un pouvoir qui vient soudainement de relire ses propres décisions. "Eh ? NON ! Attendez !! JE PARLER D'UN SUCCESSEUR ! NOOON !" Je n’ajouterai rien. Il existe des textes politiques qui réclament une analyse et d’autres qui ont déjà accompli tout le travail eux-mêmes. La Sibéria possédait donc désormais une nouvelle Gouverneure qui paraissait découvrir sa propre nomination quelques minutes après l’avoir obtenue tandis que Fawomane, quelques instants auparavant désignée comme héritière du Paradigme, se retrouvait déjà placée sur une trajectoire encore plus haute. À ce stade il ne s’agissait plus d’une passation de pouvoir. C’était un jeu de chaises musicales où chaque chaise possédait un ministère.
Saphir poursuivait malgré tout son œuvre municipale avec une constance admirable. Après avoir remplacé Damka au Commissariat par Darkinou, elle trouva quelques minutes plus tard une nouvelle utilité à l’ancien Commissaire et le nomma Juge. Voilà une administration qui ne licencie pas. Elle recycle. Je trouve cette politique remarquablement écologique et donc parfaitement adaptée au Paradigme Vert. Vous perdez votre uniforme de policier puis on vous tend une robe de magistrat. Dans certaines nations on appelle cela une carrière. En Sibéria c’est simplement mardi soir.
Et lorsque l’on pouvait raisonnablement penser que plus personne ne savait encore qui gouvernait quoi Fawomane Ravenloft devint Régente. Il avait fallu à peine plus d’une heure pour voir Saphir quitter la Sibéria puis revenir comme Bourgmestre, Fawomane devenir Gouverneure puis Régente, Cassandra préparer sa succession puis se faire nommer Gouverneure avant de protester contre ce qui venait de se produire et Damka passer de Commissaire à simple citoyen puis à Juge. Si quelqu’un possède encore un organigramme exact du Paradigme Vert à cette heure-là je lui recommande de le conserver précieusement. Ce n’est plus un document administratif. C’est un artefact divinatoire.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
posté 12/08 (10:41)Radio Nécrotoile a écrit :
Merci de constater que je ne pouvais être en même temps sur le Cruisader à négocier des piscines avec des pirates et autour de la mare de luxe avec un fusil. Voilà un travail journalistique particulièrement pertinent et précis, mon honneur ne saurait être sali de la sorte.
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Lord Golgoth, le Vagabond

FilouPrésident notoire itinérant et triple Roi de Ruthvénie -
Solas
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modifié 14/08 (02:05)

12 Aout 6662026
Spoiler
Bonsoir à vous qui écoutez derrière les volets clos, dans les tavernes où le vin a déjà remplacé le jugement et jusque dans les palais où l'on prétend encore que les tentures épaisses empêchent les nouvelles d'entrer. Ici Radio Nécrotoile. Devant moi les dorures anciennes reflètent à peine la flamme des chandelles et les crânes alignés sur la corniche ont cette expression délicieuse des conseillers politiques une fois qu'ils ont enfin cessé de parler.
Dehors le Cybermonde s'agite avec cette conviction admirable que les catastrophes deviennent des institutions dès qu'on leur donne un titre officiel. Les royaumes s'effondre avec dignité. Les républiques font faillite avec méthode. Les démocraties facturent la paix. Les écologistes changent de régent comme d'autres changent de bottes après la boue. Et l'Empire Brun observe tout cela avec la sérénité d'une vieille forteresse dont les caves contiennent à la fois des dossiers compromettants et probablement quelque chose qui respire encore. Je précise comme toujours que cette émission est parfaitement impartiale. Ceux qui prétendent le contraire sont libres de venir fournir leurs preuves. Je les examinerai avec toute l'ouverture d'esprit dont je suis capable avant de les classer dans le tiroir réservé aux erreurs manifestes.
Commençons par la Mystisie car il serait inconvenant de faire attendre un démon lorsqu'il vient précisément de prendre le pouvoir pour reprocher à quelqu'un d'autre de ne pas bouger assez vite.
Ombre Machiavélique a donc regardé le fauteuil de gouverneur vacant puis l'Empereur
Octave Sombrefer puis probablement son cigare et il en a déduit qu'il manquait au paysage un coup d'État. Le raisonnement est limpide. Chez nous la politique ne naît pas toujours d'une doctrine. Parfois elle naît d'un démon vexé qui baptise son impatience Plan© et la fait monter l'escalier administratif avec des sabots.
Ombre Machiavélique a annoncé sa trahison ascendante avec le sérieux d'un architecte présentant les fondations d'une cathédrale alors que les démons autour de lui tenaient encore les pelles. L'objectif déclaré était de tirer
Octave Sombrefer de son immobilisme et la prochaine marche promise portait le nom de
Don Amortel. Il faut reconnaître à Ombre une qualité dont beaucoup de gouvernements manque cruellement. Quand il menace quelqu'un il donne le programme à l'avance. Cela économise les commissions d'enquête.
Ce qui rend l'affaire admirable n'est pas qu'un démon ait pactisé avec des démons pour accéder au pouvoir. Ce serait comme révéler qu'un poisson a été surpris humide. Ce qui mérite notre attention est la morale nouvelle que l'on tente d'y accrocher. Le Pacte Démoniaque serait soudain une preuve suspecte dans un Empire qui a depuis longtemps cessé de demander aux puissances obscures leurs certificats de bonne conduite. Je voudrais attirer votre attention sur ce détail car les nations étrangères adore cette habitude qui consiste à découvrir nos méthodes seulement lorsqu'elles produisent un résultat. Tant que les démons restent dans les caves ils sont un folklore. Lorsqu'ils prennent un bureau ils deviennent un problème constitutionnel. L'hypocrisie est un meuble merveilleux. On peut le déplacer dans toutes les pièces sans jamais admettre qu'on le possède.
Et puis
Don Amortel a fait ce que font les hommes qui se découvrent personnellement concernés par un Plan©. Il a annoncé qu'il arrivait. La formule était brève mais l'intention assez claire pour traverser Mystisie sans escorte.
Silas des Sables a entre-temps reçu la préfecture de police. Voilà une décision qui possède une élégance presque médicale. Quand un démon s'empare d'une province il confie l'ordre public à un docteur qui connaît déjà assez bien les traumatismes pour reconnaître les symptômes avant les cris. Quelques heures plus tard
Octave Sombrefer a finalement paru à la Lampe du Génie. Ceux qui pense que l'Empereur dort n'ont donc plus qu'à corriger leur théorie. Il bouge. Lentement peut-être. Avec un sens de l'entrée qui a visiblement déçu
Ombre Machiavélique. Mais il bouge. Et dans la Basilique de Naar où
Lyra du Hautbois
Renato M. et votre servante avaient déjà respiré une atmosphère suffisamment hostile pour faire cailler du sang frais la rencontre a pris ce parfum très brun de cérémonie diplomatique où l'on hésite encore entre la négociation et l'exorcisme.
Il y a même eu dans cette affaire une leçon que je tiens à conserver pour les générations qui auront la mauvaise idée de nous survivre.
Ombre Machiavélique a lui-même découvert qu'un pacte démoniaque réclame toujours son prix. Je ne développerai pas davantage par charité journalistique. Disons seulement que certains témoignages ont permis de mieux comprendre son intérêt pour les cordes et qu'une réputation peut perdre beaucoup de sa majesté en très peu de nœuds. Le pouvoir possède cette propriété délicieuse de transformer les secrets privés en métaphores nationales. Hier encore on pouvait craindre le grand démon. Aujourd'hui il faut toujours le craindre mais il devient difficile de ne pas imaginer les tentacules administratifs avec un léger sourire. Les concernés peuvent naturellement venir nier. Ce serait même utile. Les archives retiendront plus volontiers une indignation bien formulée qu'un silence honteux.
Mais avant de quitter la Mystisie arrêtons-nous un instant à Abandon. Un bâtiment tout en courbes et en cornes y a surgi du sable sous l'impulsion d'
Ombre Atonique. Une scène. Des instruments. Une fosse. Quelque chose qui ressemble fort à un grand lieu de spectacle consacré à Naar. Ainsi donc au moment même où un démon prend le gouvernorat pour forcer l'Empereur à agir un autre élève dans le désert ce qui pourrait devenir un temple du vacarme. C'est peut-être cela finalement la doctrine brune dans sa forme la plus pure. Quand le monde réclame de la stabilité nous construisons une salle de concert sur du sable et nous nommons un démon à la police. Puis nous attendons que les voisins expliquent pourquoi leurs modèles sont plus rationnels.
Voilà qui nous conduit naturellement à Sicilia où l'on a choisi une autre méthode de gouvernement. Là -bas
NOROGURA Jûzô a réduit la taxe foncière après ce qu'il décrit comme des manipulations canines destinées à financer une prime auto-versée. Rien que cette phrase devrait être enseignée dans toutes les écoles d'administration. Ailleurs on parle de doctrine fiscale. À Sicilia on identifie le chien on descend la taxe et on retourne agrandir les centres de production.
NOROGURA Jûzô a déjà sorti quatre mille de sa poche et demande donc un effort général temporaire. C'est brutalement compréhensible. Je sais que cette qualité choque encore certaines chancelleries.
Et puisque nous parlons d'argent restons encore quelques instants en Empire Brun.
Kramara Kisugi poursuit une expérience économique dont la subtilité pourrait tenir sur la lame d'une hache. Les provinces travaillent. Les citoyens travaillent. Les coffres se remplissent. Ceux qui ne travaillent pas découvrent progressivement que leurs BURNES constituent une assiette fiscale parfaitement exploitable. Il fallait y penser. Les taux provinciaux ont été écrasés à dix pour cent et l'effort a été déplacé vers les poches privées avec cette promesse simple que les provinces ayant besoin d'argent viendront le demander directement. Pas de pèlerinage administratif. Pas de gouverneurs condamnés à mendier trois pièces devant quatre ministères. On travaille. On paie. On produit. Et quand une province a besoin de blé
Kramara Kisugi ouvre le coffre.
Elle vient maintenant d'ouvrir les vannes d'un nouveau chantier afin d'ajouter deux ailes au Ministère de l'Économie. Des planches. Des carreaux. Des briques. Des barres de métal et des bras. On pourrait croire à une simple construction si l'on ne connaissait pas la philosophie de la maison. Plus vous produisez plus on vous rembourse les frais de tonte. Moins vous produisez plus
Kramara Kisugi vous regarde comme une prairie qui aurait oublié pourquoi elle possède de l'herbe. C'est une politique admirablement honnête. Je ne prétends pas que tout le monde l'aimera. Les moutons apprécient rarement les grands réformateurs de la laine.
Je compare simplement cette méthode avec ce que nous verrons dans un instant chez nos voisins. En Empire Brun la ministre vous annonce qu'elle va vous tondre et vous montre le chantier financé avec la tonte. Ailleurs on vous explique que votre monnaie vaut soudain moins parce que la science avait besoin d'amour. C'est toute la différence entre la vieille série B et le grand discours administratif. Chez nous le monstre entre par la porte avec la hache visible. Chez eux il vous demande d'abord de signer le reçu.
Pendant que Sicilia remettait ses comptes Ă une hauteur moins canine et que
Kramara Kisugi préparait ses nouvelles ailes le Royaume de Ruthvénie poursuivait son grand art national qui consiste à transformer chaque changement de fonction en cérémonie dynastique et chaque remboursement en geste de civilisation.
Dame Démerzel a installé
Sir McRabbit aux Affaires Étrangères en saluant l'artisan de l'alliance avec la République de Kraland. Le lapin avait auparavant quitté son ambassade avec émotion puis rejoint le Royaume avec deux cent cinquante-six enfants et suffisamment de traditions moldaves pour peupler un petit duché. Il faut une monarchie pour accueillir pareille phrase sans faire tomber les lustres. Dans une république on aurait créé trois formulaires et perdu deux enfants au guichet. En Ruthvénie on remercie la Grande Déesse et on cherche immédiatement un titre.
La Reine a dans le mĂŞme mouvement fait ce que font les souverains lorsqu'ils dĂ©sirent prouver que la poĂ©sie n'empĂŞche pas la comptabilitĂ©. Elle a attribuĂ© l'Ă©crasante majoritĂ© du budget au Ministère de l'Économie et presque rien au reste. Les affaires Ă©trangères est ainsi confiĂ©es Ă
Sir McRabbit avec un budget qui a la délicatesse d'une enveloppe vide. Ce n'est pas contradictoire. C'est aristocratique. Un vrai diplomate ne demande pas d'argent. Il a des manières. Le Ministère de l'Économie lui a d'ailleurs donné une démonstration plus concrète du pouvoir en versant cinq mille Couronnes aux Karaïbes afin de réparer les dégâts de guerre subis autour du Duck Palakoin. En Ruthvénie la générosité se pratique comme le duel. Avec témoins avec discours et avec la certitude que quelqu'un racontera ensuite que l'honneur fut sauf.
Au Valégro la paix a pris une forme encore plus rare. Une baisse d'impôt. Le taux sur les revenus a chuté de soixante à vingt-cinq pour respecter la convention conclue. Voilà qui mérite une minute de recueillement. Les traités de paix promettent d'ordinaire la sécurité la coopération et quelques frontières qu'on recommencera à discuter dès que l'encre sera sèche. Ici quelqu'un a pensé à la poche des habitants. Cela ne prouve pas que la monarchie soit devenue raisonnable. Cela prouve seulement qu'elle possède parfois des accidents heureux.
Mais la véritable œuvre d'art se trouvait aux Karaïbes avec
Golgoth Landraël II et
Wenceslas von Altheim-Blatnoï. Le premier a usurpé le second comme comte afin de conclure une enquête dans laquelle le principal bénéficiaire de l'innocence proclamée était lui-même. Les preuves manque peut-être mais l'élégance abonde.
Golgoth Landraël II a établi que le mystérieux homme roux accusé d'affaires suspectes près d'une mare ne pouvait raisonnablement se trouver à deux endroits à la fois. Radio Nécrotoile avait d'ailleurs contribué à cette vérité scientifique dont je suis heureuse de constater l'usage institutionnel. Une fois blanchi par son propre raisonnement
Golgoth Landraël II a repris le comté puis nommé
Wenceslas von Altheim-Blatnoï commissaire de police. Peu après il s'est accordé une prime de deux cent cinquante Couronnes en traitant une doléance déposée par un certain Monsieur Golgoth. Certains appellent cela un conflit d'intérêts. Je préfère parler d'administration circulaire. Rien ne se perd. Tout revient au même contribuable.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï a ensuite quitté la police avant d'être élevé par
Dame Démerzel à la fonction d'Arbitre des Élégances. C'est probablement le seul royaume capable de répondre à une crise de police par une promotion esthétique. Je m'incline. Il existe des civilisations qui cherchent un juge impartial et d'autres qui cherchent quelqu'un capable de dire si l'accusé portait correctement son manteau. Les Ruthvènes se croit tragiques. Ils sont surtout extrêmement organisés dans leur théâtre. Toute personne désirant contester cette lecture est invitée à le faire avec une tenue correcte.
Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ pourrait sinon devoir intervenir.
Quittons les ors ruthvènes pour la République de Kraland où le collectivisme a encore prouvé qu'il pouvait prendre n'importe quelle forme à condition qu'on l'imprime sur un ordre officiel.
Logan Komikov a dévalué la monnaie et prélevé par la même occasion cinq pour cent des liquidités de chaque citoyen afin de générer plus de douze mille FK. Neuf mille ont aussitôt été dirigés vers la Recherche. La République ont donc inventé une merveilleuse opération alchimique où chacun perd un morceau de son portefeuille afin que les savants gagnent un laboratoire. C'est du progrès. Si l'expérience échoue les chercheurs pourront toujours étudier la colère populaire.
Le plus beau est que
Jay Padbol s'est présenté peu après pour louer la stabilité républicaine face au chaos du reste du monde. Monarchies instables coups d'État ailleurs gouverneurs éjectés régences en désordre. La République seule se dressait contre le chaos. Puis son discours a rencontré un ennemi plus dangereux qu'une armée. La réalité budgétaire.
Jay Padbol a dû admettre que la prospérité n'était peut-être pas tout à fait financière et que la monnaie avait été dévaluée assez de fois pour rendre bientôt le fenouil digne d'une brouette. Je n'aurais pas osé écrire mieux moi-même. La propagande est un art sublime lorsqu'elle se dément toute seule avant la fin du paragraphe. Il faut que chacun comprennent ici une chose essentielle. La République ne ment pas. Elle annonce simplement sa victoire avant d'avoir vérifié si le champ de bataille existe encore.
La politique a de son côté pris l'allure d'une procession de soutiens de rumeurs de primes et de policiers que l'on applaudit avec la ferveur réservée d'ordinaire aux reliques.
Jean-Messie de la Nation a changé la préfète de police et installé
Ernst Blofeld VI.
Henri St Misles a reçu des louanges si nombreuses qu'on aurait pu croire ses anciennes taxes devenues des œuvres de charité. Une partie des habitants se souvenait pourtant fort bien d'un chiffre dépassant dix-huit mille ¢¢ et réclamait le goudron les plumes et son renvoi.
Karen Vanderbilt a donné à cette mémoire une voix particulièrement nette. Quelques heures plus tard d'autres habitants louaient encore
Henri St Misles et l'exhortaient à agir contre les violences faites aux femmes. La politique humaine possède cette grâce. Deux foules peuvent regarder le même homme et y voir à la fois le pillard fiscal et le dernier rempart de la civilisation. Chez les araignées nous appelons cela une toile mal tendue. Chez les humains cela s'appelle une coalition.
La Confédération Libre observait tout cela avec son éternelle certitude que chaque principe démocratique devient plus noble lorsqu'il produit une recette.
Patrick-Lamulle DePouch a présenté sa Zone comme une industrie de la paix où visas péages et tronçons neutres rempliraient le Trésor assez généreusement pour permettre de diminuer l'impôt intérieur et de doubler la Recherche. C'est remarquable. La paix n'est plus un idéal. C'est un guichet. Je ne critique pas. Au contraire. Il fallait du génie pour découvrir que la neutralité pouvait avoir un tarif et qu'un casque à l'entrée d'une route faisait soudain pousser la démocratie comme du lierre sur une caisse. Les chercheurs coûte cher mais la Confédération a trouvé qui paiera. L'étranger. Voilà enfin une doctrine universelle.
Pendant ce temps le Khanat Elmérien démontrait qu'il n'avait nul besoin d'une Zone pour transformer la contradiction en tradition.
Tai'Chy a lancé presque dans le même souffle une recherche destinée à moraliser la vie politique et une autre visant à fabriquer des navires de guerre plus puissants. Je trouve l'association exquise. D'une main on améliore l'éthique. De l'autre on améliore les missiles. Si jamais la première échoue la seconde permettra au moins d'expliquer calmement le concept aux voisins. Les ministres semble persuadés que transparence responsabilité blindage et domination maritime appartiennent à la même famille. Ils ont peut-être raison. Après tout un gouvernement parfaitement moral a besoin d'un canon assez gros pour empêcher les mauvaises interprétations.
Lippos Aliagas a donné à cette recherche sur la morale un terrain expérimental immédiat. Il a tenté d'usurper le Grand Khan
Pigeon Ronron tout en expliquant qu'il fonctionnait à trente-quatre pour cent d'un potentiel personnel qu'il évalue lui-même à deux cent cinquante pour cent. L'ambition était donc mathématiquement inévitable. L'usurpation a échoué.
Lippos Aliagas a perdu son poste et s'est retrouvé recherché puis emprisonné. Quelques instants plus tard il est sorti de prison et a utilisé ses talents diplomatiques pour devenir Khan de Bouletie. Il s'est ensuite mis à soutenir la Confédération Libre avec l'enthousiasme souple d'un homme dont la carrière tient davantage de la balle lancée dans un escalier que de l'ascension administrative. Les puissants croit souvent qu'un échec les ralentit.
Lippos Aliagas démontre qu'il suffit parfois de changer de porte.
La Capsulie n'a pas voulu rester en retrait.
Ronald Pompe s'y est installé s'est recommandé lui-même est devenu intendant a ordonné à tout le monde de travailler puis a perdu son poste pour avoir tenté d'uriner sur la statue du bourgmestre. Je pourrais analyser longuement la symbolique. Je ne le ferai pas. Certaines institutions se défendent très bien toutes seules. Disons seulement que le Khanat cherchait le matin à moraliser la vie politique et qu'avant midi l'un de ses intendants transformait un monument public en argument hydraulique. C'est une rapidité de mise à l'épreuve que nos laboratoires envieraient.
Restons au nord mais passons au Paradigme Vert où Sibéria a offert un spectacle de succession assez dense pour faire paraître une forêt naturelle plus facile à administrer.
Saphir Ravenmaid a quitté le gouvernorat en espérant enfin se reposer. Mauvais calcul.
Fawomane Ravenloft a été propulsée à la tête de la province puis
Cassandra a préparé sa propre succession tout en essayant de s'assurer qu'il serait encore là au moment où celle-ci aurait lieu. Ensuite les nominations se sont croisées les fonctions ont changé de mains et
Cassandra s'est retrouvé gouverneur de Sibéria au moment même où il protestait qu'il parlait seulement d'un successeur.
Saphir Ravenmaid qui venait à peine de croire à ses vacances s'est retrouvée bourgmestre de Garinaville et a résumé la situation avec la lassitude d'une sainte à qui l'on aurait rendu son auréole sous forme de dossier.
À cela s'est ajoutée
Cassandre Lemage Ruthven qui a perdu son poste de bourgmestre pour avoir tenté le même genre d'hommage liquide à une statue que
Ronald Pompe en Capsulie. Il faut croire qu'une doctrine internationale est en train de naître. Puis
Cassandre Lemage Ruthven a quitté la prison est revenue à Garinaville et s'est présentée de nouveau aux élections en défendant notamment la poursuite d'un réchauffement climatique local et la présence elmérienne obtenue selon elle par le sang les fluides et de bonnes routes. Au même endroit une cage a été construite puis immédiatement couverte d'un graffiti appelant à brûler les prisons.
Je ne vais pas prétendre que tout cela est incohérent. Ce serait injuste envers l'incohérence qui mérite des critères plus stricts. Le Paradigme fonctionne plutôt comme une forêt après l'orage. Les branches tombent. Les racines changent de direction. Quelqu'un devient régent par accident. Quelqu'un d'autre devient gouverneur en protestant. Puis au matin tout le monde vous explique que l'écosystème a trouvé son équilibre naturel. Ceux qui veulent défendre cette transition pourront naturellement appeler. Je demande simplement qu'ils sachent quel poste ils occupent au moment de prendre la parole. Cela nous évitera de devoir corriger le carton pendant l'entretien.
Mais toute cette agitation terrestre paraît presque raisonnable lorsqu'on regarde vers la Bananie où le Cruisader a décidé que la géographie elle-même était une suggestion. Le navire a quitté l'Hélénie après que
Al-ma' eut détruit une foreuse devenue inutile. Selon elle le bâtiment n'a plus besoin de pétrole puisqu'il serait désormais alimenté par le Diocèse des Bisous. Une infirmerie a été lancée à la place puis le Cruisader a pris la direction du nord-est et s'est retrouvé en Bananie. Je répète ces faits avec gravité parce que personne ne doit croire que j'invente. Un navire de guerre alimenté par les bisous a quitté une province rebelle et s'est installé sur le territoire du Khanat tandis que plusieurs occupants se faisaient attaquer par des assassins des Sbleunes et diverses créatures. Les vieux traités maritimes n'avaient probablement pas prévu cette clause.
Mousse Haillons avait auparavant forcé la levée du couvre-feu au nom du droit sacré à recevoir de la visite et à montrer ses moutons.
Shana Al-Khaïd a de son côté déclaré le soutien de sa famille au navire et à son équipage légitime tout en promettant à la Sainte Inquisition une longue dette et des intérêts particulièrement discriminatoires.
Golgoth Landraël II
Sophos
Comète
Kath Khanova
Dorian
makao et plusieurs autres se sont retrouvés à bord dans une ambiance où l'hostilité semblait parfois plus stable que le cap du navire. Puis
Comète a inspecté le bâtiment et constaté qu'il avait réussi à se déplacer avec ses réserves de mazout à sec.
Sophos a évoqué les courants et la télékinésie. Naturellement
Comète en a conclu que le scientifique le plus brillant de sa génération venait de reconnaître un miracle et que la Grande Déesse annonçait son retour. C'est précisément pour cela que les savants devraient toujours répondre par écrit. Une hypothèse prononcée devant un prophète devient une religion avant la fin de la phrase.
L'affaire s'est encore améliorée lorsque
Cassandre Lemage Ruthven a demandé si cette grande savonnette armée possédait toujours des canons capables de faire fondre la glace de Bananie. Je résume sa préoccupation avec toute la dignité possible. Les tourelles auraient-elles été privées de leur virilité par une déesse bleue peu tolérante envers les symboles phalliques trop dangereux. La question demeure. J'attends avec le même sérieux qu'elle une éventuelle démonstration sur la banquise. La science exige parfois des sacrifices. La banquise du Khanat me semble toute désignée.
Plus tard le Cruisader avait déjà commencé à se comporter moins comme un cuirassier que comme une croisière possédée par un saint patron de l'alcool. La Bananie n'a rien demandé. C'est généralement le signe qu'elle va recevoir quelque chose. Ce qui me fascine ici n'est pas la question de savoir qui possède juridiquement le Cruisader. Les hommes adore la propriété surtout lorsqu'ils peuvent la définir après être montés à bord. Ce qui m'intéresse est l'extraordinaire capacité des gouvernements à transformer un bateau en traité international flottant. Pour les uns il s'agit d'un patrimoine seelien. Pour les autres d'une croisière de luxe. Pour d'autres encore d'un outil militaire. Et pour
makao c'est surtout un excellent moyen d'arriver en Bananie avec la perspective d'une liqueur de banane. VoilĂ peut-ĂŞtre la seule doctrine navale honnĂŞte de toute l'affaire.
Au Géofront républicain l'actualité semblait presque paisible par comparaison.
Shiki Chantargent a relancé l'économie de Sanctuaire avec une journée de l'or car les caisses étaient vides et les poches également.
Gilbert Tronik a envoyé ses robots aux pioches.
Ninoo Chantargent a fait accélérer le travail puis rappelé que le Festival Contes et Légendes III approchait. On exploitera donc l'or avant de raconter des histoires ce qui est probablement la chronologie la plus sincère de toute civilisation.
Ninoo Chantargent a aussi nommé
Darth Leo procureur. J'ai promis de ne pas dénigrer les bonnes décisions et celle-ci est simplement notée avec le respect que mérite toute personne qui accepte volontairement de lire des dossiers judiciaires.
Le festival lui-même ouvrira bientôt ses portes à Sanctuaire avec costumes récits ateliers musique et repas.
Fawomane Ravenloft a déjà annoncé vouloir sortir son plus beau costume de princesse.
Wonyoung voudrait venir mais les vents d'Australine la retiennent encore sur l'île prison.
Ninoo Chantargent lui a promis que les histoires les déguisements et le concert pourraient lui parvenir si elle ne réussissait pas à traverser. J'aime cette idée plus que je ne devrais. Dans un Cybermonde où l'on change de régent à une vitesse qui ferait pâlir une girouette où les ministres financent la guerre avec l'argent de la paix et où un démon prend une province pour forcer son Empereur à se lever il reste encore des gens qui prennent la peine de transmettre des contes à quelqu'un coincé par le vent. Cela ne rend pas le monde moins absurde. Cela le rend seulement plus difficile à mépriser complètement.
Une chandelle vient de s'éteindre près du crâne qui me sert de presse-papier. Je suppose que c'est un signe. Ou un courant d'air. Les mystiques choisiront la première explication et les ingénieurs la seconde puis chacun demandera une subvention. Pour ma part je retiens ceci.
Ombre Machiavélique a pris Mystisie afin de réveiller
Octave Sombrefer et l'Empereur a fini par paraître.
NOROGURA Jûzô a baissé les taxes de Sicilia pendant que la rue rappelait ses usages.
Kramara Kisugi construit davantage de ministère avec les poches de ceux qui ne travaillent pas assez.
Dame Démerzel a transformé diplomatie remboursement et élégance en instruments monarchiques.
Golgoth Landraël II a prouvé qu'une enquête peut parfaitement vous innocenter lorsque vous avez la bonne idée de la conclure vous-même.
Logan Komikov a allégé les poches républicaines au bénéfice de la science.
Lippos Aliagas a montré qu'on peut rater un trône le matin et trouver une province avant le déjeuner.
Saphir Ravenmaid a appris que les vacances sont une superstition administrative. Et le Cruisader voyage désormais avec assez de contradictions à bord pour être reconnu comme une nation à part entière.
Tout cela confirme naturellement ce que l'Empire Brun savait déjà . Le pouvoir n'est jamais propre. Il est seulement plus ou moins bien éclairé. Chez nous nous avons au moins la décence de choisir des darkchandelles noires des rideaux rouges et des monstres qui annoncent leurs Plans© avant de les exécuter. Les autres nations préfère appeler leurs propres bizarreries démocratie tradition écologie justice populaire ou réforme monétaire. C'est une question de vocabulaire. Nous avons choisi le meilleur.
Les lignes restent ouvertes. Les témoins anonymes les souverains contrariés les gouverneurs provisoires les démons ligotés les procureurs élégants les contribuables tondus et les marins miraculeusement arrivés là où ils ne comptaient pas aller peuvent venir déposer leur version. Toute personne souhaitant corriger la mienne est la bienvenue à condition d'apporter des preuves suffisamment solides pour survivre à la lumière des chandelles et à mon excellente mémoire.
Mais avant de quitter les ondes je voudrais que nous descendions jusqu'au Niarkalistan où même la mort vient de découvrir qu'elle avait oublié de remplir un formulaire.
Edouard Gaine nous apprend la disparition de
Syphilys avec ce mélange de respect sincère et d'intérêt cadastral qui caractérise les grandes civilisations. Il faut dire qu'il parle en connaisseur puisqu'il fut son styliste personnel et qu'il décrit la défunte comme une artiste accomplie une Brune exemplaire et surtout une radine de profession. Ce dernier qualificatif pourrait sembler peu charitable dans un hommage funèbre. Il ne l'est pas. En Empire Brun mourir riche constitue probablement l'une des preuves les plus convaincantes d'une existence correctement menée. Beaucoup sont parti avec des amis.
Syphilys semble avoir eu la sagesse de partir avec des coffres pleins derrière elle. Cela oblige forcément les vivants à pleurer plus longtemps puisqu'il faut ouvrir l'inventaire avant de pouvoir fermer le cercueil.
La tristesse de son mari est paraît-il visible depuis près de quarante-huit heures et je ne me permettrai certainement pas d'en mesurer la sincérité à la taille de l'héritage. Radio Nécrotoile possède une déontologie. Elle est rangée quelque part. Ce qui m'intéresse davantage est cette admirable rencontre entre le deuil et le droit niarkalistanais. Aucun testament notarié n'aurait été retrouvé. Aucun exécuteur testamentaire ne s'étant manifesté dans ce que
Edouard Gaine estime être un délai raisonnable les biens et la fortune de
Syphilys sont donc revenu à la province et à ses habitants. Certains trouvera ça froid. Je trouve au contraire que c'est une forme extrêmement brune de tendresse collective. Dans d'autres nations on apporte des fleurs à la famille. Au Niarkalistan on prend soin des coffres pour éviter qu'ils se sentent abandonnés. Il y a des héritages qui divise les familles. Ici on a résolu le problème en agrandissant directement la famille jusqu'aux frontières provinciales.
Reste pourtant l'hommage et sur ce point
Edouard Gaine n'a pas choisi la facilité. Une veillée à la lanterne aura lieu dimanche 16 août devant l'entrée de la Nécropole. Dans le respect des habitants de la ville morte le silence sera total. Voilà enfin un rassemblement public où personne ne pourra améliorer l'événement avec un discours de vingt minutes sur sa propre importance. Les fleurs seront les bienvenues et les hommages devront être écrit. Ensuite ceux qui auront réussi à survivre à tant de dignité pourront rejoindre une tournée de téquila à la Léprochienne pour une soirée après le recueillement. C'est une cérémonie parfaitement brune. On commence auprès des morts dans le silence et on termine auprès des vivants avec assez d'alcool pour leur faire regretter d'avoir une voix.
Ceux qui l'ont connue peuvent venir raconter la femme derrière les coffres. Ceux qui possède soudain un testament oublié peuvent également se manifester et je leur recommande dans ce cas de courir plus vite que l'administration du Niarkalistan. Quant aux autres rendez-vous dimanche devant la Nécropole. Apportez une lanterne des fleurs et quelque chose à écrire. Pour la téquila je suppose que le deuil saura s'organiser tout seul.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons. -
modifié 15/08 (02:47)

13 Aout 6662026
Spoiler
Bonsoir à vous qui écoutez encore Radio Nécrotoile alors que les chandelles ont commencé à couler sur les crânes du studio et que le velours pourpre du grand rideau absorbe assez de fumée pour obtenir prochainement un statut diplomatique. Installez-vous. Les dorures anciennes tiennent encore au trône par habitude plus que par conviction et les petites araignées de la rédaction ont cessé de courir depuis qu’une d’entre elles a compris qu’une dépêche pouvait être simplement poussée du bout d’une patte plutôt que portée avec dignité.
Je suis Kleo et comme toujours je vous livre une lecture parfaitement impartiale de la situation du Cybermonde. Ceux qui prétendent le contraire sont libres de produire leurs preuves. Elles seront examinées avec le sérieux nécessaire puis rangées dans le tiroir où nous conservons les erreurs des autres nations. C’est un tiroir immense. Il ferme mal. Depuis ce matin les choses se sont arrangé de cette manière admirable que les peuples appellent la paix quand ils ont épuisé leur énergie à se menacer et qu’ils découvrent soudain les vertus de la comptabilité. Il faut reconnaître que personne ne semblent avoir autant travaillé à donner au mot stabilité le sens d’une table dont on scie un pied chaque heure.
Commençons par le Khanat Elmérien puisque le Khanat a réussi en une seule journée à signer la paix avec ses ennemis à discuter de son avenir avec ses voisins à perdre une province et à expliquer que tout ceci prouvait son unité. C’est une performance politique qu’il serait mesquin de ne pas saluer.
Pigeon Ronron a accepté la trêve ruthvène avec cette grâce prudente des hommes qui tendent la main tout en vérifiant si quelqu’un n’a pas caché une diode dans la manche. Puis il a fait davantage. La Bouletie a été cédée à la Confédération Libre avec des encouragements presque paternels et une confiance telle qu’on aurait pu croire qu’il envoyait un enfant courageux acheter du pain plutôt qu’une province entière changer de souveraineté. Les provinces a changé de maître pour moins que cela autrefois mais rarement avec un cri de départ aussi enthousiaste. À Youpigrad
Lippos Aliagas a accueilli l’annonce en promettant la Youpifête à la Confédération et en déclarant son soutien à ses nouveaux hôtes tout en frappant politiquement son ancien gouvernement avec la délicatesse d’une cloche de cathédrale lâchée depuis le clocher. Voilà une transition moderne. On vous cède. Vous remerciez. Vous protestez. Vous préparez une fête. Et chacun affirme avoir exactement obtenu ce qu’il souhaitait depuis le début.
Mais avant de quitter cette affaire il faut regarder la Bananie parce que les grandes idées politiques ont souvent besoin d’une province inquiète pour révéler ce qu’elles valent vraiment.
Passe-Muraille avait prévenu que si la Bouletie quittait le Khanat la Bananie suivrait. Plus tard
baldus a dénoncé une mascarade politique et un Khan déboussolé qui aurait voulu céder la Bananie aux Ruthvènes puis aux provinces rebelles et peut-être demain à un marchand de tapis disposant d’un cachet officiel. Ce qui est délicieux ici n’est pas la colère. La colère est banale. Ce qui mérite notre attention est cette étrange fidélité tribale où chacun exige que le Khanat reste entier tout en menaçant de partir pour prouver son attachement à l’unité. C’est un peu comme incendier sa maison afin de montrer au voisin qu’on tenait beaucoup au salon.
Gérard Menvussa de son côté a choisi une méthode plus concrète pour célébrer la paix. Il a abaissé presque tous les impôts commerciaux à un pour cent et supprimé l’impôt sur les salaires. Les armes restent pratiquement sacrées fiscalement pendant que les livres montent à quinze pour cent. Je voudrais attirer votre attention sur ce détail parce qu’il contient une philosophie complète. Dans certaines civilisations on taxe le canon pour financer l’école. En Bananie on semble avoir conclu que le canon sait déjà lire.
Voilà qui nous conduit naturellement à la paix avec la Ruthvénie. La paix ont été signée dans l’esprit le plus noble possible ce qui veut dire après beaucoup de menaces suffisamment de transferts d’argent et un traité dont chacun pourra prétendre plus tard qu’il ne voulait pas exactement dire ce qu’il disait.
DameDémerzel célèbre l’unité retrouvée et la Couronne parle du Valégro comme d’un duché revenu à sa juste place.
Emile Liarr reçoit les louanges qu’exige toute monarchie convenablement entretenue tandis que
Sysson soutient le duc la Couronne et le ministre
Sir McRabbit avec une ardeur telle qu’une enclume lui tombe sur la tête au milieu de l’enthousiasme. Les historiens chercheront peut-être un symbole. Je leur déconseille. Il existe des jours où une monarchie obtient simplement la métaphore qu’elle mérite.
La partie sérieuse se trouve pourtant dans les coffres.
Sir McRabbit a transféré près de vingt mille Couronnes à la République de Kraland au nom des accords du Valégro et les savants ruthvènes ont partagé leur savoir sur les objets magiques majeurs.
Logan Komikov a aussitôt salué ce paiement comme la preuve qu’une véritable amitié entre les peuples reste possible malgré les vieux conflits. C’est une très belle idée. Elle prouve surtout que les royaumes s'est découvert une affection remarquable dès que les virements arrivent au bon ministère. Je ne critique pas. À l’Empire Brun nous respectons profondément les sentiments garantis par reçu. Ils sont plus faciles à archiver.
Sysson a d’ailleurs estimé nécessaire d’ouvrir une lutte contre l’illettrisme parce que certains ministres ruthvènes auraient des difficultés à compter les zéros du traité. C’est un geste admirablement prévoyant. Il est rare de voir un gouvernement transformer une erreur comptable potentielle en politique éducative avant même que quelqu’un ne réclame sa tête.
Restons un instant en Ruthvénie parce que la Couronne nous offre cette journée un fascinant mélange de tendresse monarchique et de coercition lumineuse.
DameDĂ©merzel a confiĂ© ses services de renseignements Ă
Dracarys Von Rich. Pendant ce temps
Sysson a activé un Rayon de Loyauté présenté comme parfaitement bienveillant puisque toute opinion contraire disparaît rapidement après exposition. J’admire la franchise. Beaucoup de régimes passent des années à inventer des journaux des commissions des débats et des élections pour obtenir exactement le même résultat. La Ruthvénie a choisi un rayon. C’est plus gothique et incontestablement plus honnête. Même les idées qu'il transportaient dans leurs têtes doivent maintenant savoir qu’elles circulent sur territoire royal.
À Kraland justement la République poursuit son admirable effort pour démontrer que le bonheur est une branche de l’administration.
Sophos s’est fait attaquer par des tortues blindées puis par un requin volant ce qui pourrait sembler inquiétant dans une capitale normale mais constitue au Quartier Suprême une forme de consultation populaire particulièrement dynamique. Il a récompensé
Leaves comme Héroïne de la Révolution et le Ministre de l’Information
Jay Padbol a célébré le commando qui a sauvé le Premier Ministre avec l’enthousiasme d’un bulletin officiel découvrant soudain qu’il possède des adjectifs.
K' Velzard a connu une journée plus subtile. Commissaire du Bonheur il a tenté de voler une porte blindée et perdu son poste avant d’être renommé quelques heures plus tard avec interdiction expresse de repartir avec les portes. Les citoyens comprend alors que le bonheur kralandais n’est pas un état intérieur. C’est un ministère dont le mobilier doit être compté après chaque réunion.
Et puisque le Bonheur possède désormais son Commissaire il fallait évidemment lui construire une doctrine.
K' Velzard a donc lancé un concours d’art pour le Musée du Bonheur où les artistes pourront gagner du fenouil du Bonheur une dose de Bonheur Liquide ou la seule et unique Pastille du Bonheur. Je refuse de commenter davantage par respect professionnel. Certaines nouvelles atteignent un degré de perfection où l’éditorialiste doit savoir se retirer et laisser la civilisation se condamner elle-même.
Passons à la Confédération Libre dont la journée mérite une attention particulière car elle a réussi à recevoir la Bouletie et à se doter presque simultanément d’une voix officielle.
Patrick-Lamulle DePouch a présenté l’arrivée des Bouletiens avec cette douceur institutionnelle très confédérée qui consiste à dire que chacun est libre de partir pendant que des casques bleus l’accompagnent pour son confort et que l’on promet de le regarder s’éloigner très longuement. La Confédération ont accueilli ainsi une province que le Khanat lui expédie sans que personne ne paraisse tout à fait savoir si l’opération est un cadeau une expérience ou une plaisanterie devenue juridiquement contraignante. Puis
Paul-Steeve Saint-Sauveur a nommé
ZeOrator Ministre de l’Information.
Patrick-Lamulle DePouch a expliqué qu’ils n’avaient pas recruté un porte-voix mais quelqu’un que le Cybermonde écoutait déjà et qui conserverait sa liberté de ton. C’est touchant. La démocratie adore les voix libres à condition de pouvoir leur donner un bureau une plaque et si possible un budget.
Il faut dire que
ZeOrator arrivait avec de l’expérience. Plus tôt il avait quitté ses fonctions de Préfet de Police après avoir reconnu un échec retentissant et il avait défendu le Paradigme Vert dans une affaire administrative où une erreur informatique aurait transformé une future régence en régence immédiate. Son argument était magnifique. Respectez les institutions car une erreur pareille aurait pu arriver partout. C’est probablement la devise secrète de la Confédération. Les fonctionnaires regarde un désastre bureaucratique et n’y voient pas une faute mais une preuve d’égalité entre les peuples.
Ce qui nous amène au Paradigme Vert où l’écologie continue de progresser vers cet état supérieur dans lequel même les absurdités sont renouvelables. À Sibéria
Fawomane Ravenloft règne désormais sur une régence célébrée par
Karlin avec une ferveur si sucrée qu’on pourrait alimenter Garinaville en bonbons jusqu’à l’hiver.
Saphir Ravenmaid reçoit des louanges puis critique
Bladimir Bladimirovitch Mutin tandis que celui-ci critique à son tour la Régente et la Bourgmestre.
Aya Ravenloft distribue ses soutiens et annonce des câlins si fermes qu’ils prennent le nom de strangulation. On ne peut pas dire que la politique sibérienne manque de chaleur. Simplement elle l’exprime par des moyens qui nécessitent parfois un médecin.
Pendant ce temps
Pigeon Ronron a choisi Garinaville pour dénoncer la défiance du Paradigme envers le Khanat après l’agression supposée d’une Elmérienne. Il accuse le pays de haïr ses voisins et promet un colloque sur ce que les grandes puissances devraient faire du Paradigme.
Saphir Ravenmaid et plusieurs voix locales répondent en critiquant le Khanat. Voilà l’un des beaux mécanismes du Cybermonde. Chacun accuse l’autre d’être intolérant avec une intensité telle qu’aucun des deux n’a plus le temps de tolérer quoi que ce soit. Les fées avait pourtant d’autres priorités. En Forêt de Jade on rend illégale la Machine à Pomper parce qu’on se demande si elle produit une énergie renouvelable puis on lance des tartes à la crème puis on distribue des amendes liées à la consommation électrique. L’écologie politique a enfin trouvé sa forme parfaite. Une facture décorée de paillettes.
Mais avant de quitter cette affaire je dois évoquer Hélénie qui reste rebelle au sens le plus complet du terme puisque même l’ordre public semble y avoir fait sécession.
Scarleit appelle les habitants à rester soudés contre les Al Khaid et rappelle que la Sainte Inquisition est partie en mission avec le Cruisader.
Shana Al-Khaïd répond en fondant la V.E.R.M.I.N.E. et réclame deux statues cinq mille unités monétaires et dix pour cent des transactions pétrolières. Les choses qu'elle a promis en échange sont d’une simplicité admirable. Si les exigences ne sont pas satisfaites le chaos continuera. C’est une doctrine fiscale très ancienne qui consiste à appeler revendication ce que les brigands moins bien habillés nomment rançon.
L’affaire dégénère ensuite avec la régularité rassurante d’une tragédie bien tenue.
Shana Al-Khaïd tente à plusieurs reprises d’entraîner
Scarleit dans une bagarre puis finit par l’agresser et perdre son poste avant de déclarer sa victime otage jusqu’à satisfaction de ses recommandations. J’apprécie particulièrement l’expression de prise d’otage légale selon son propre code pénal. Voilà une innovation juridique que je recommande à toutes les puissances étrangères qui trouvent leurs tribunaux trop lents. On écrit soi-même la loi on enlève quelqu’un puis on déclare que la procédure a été respectée. C’est presque kralandais mais avec moins de formulaires.
Et maintenant l’Empire Brun. Il fallait bien revenir à une civilisation stable. À Mystisie on trouve du pétrole on accélère les chaînes de production d’or et de pétrole et quelques habitants se font attaquer par des ectoplasmes des guerriers fantômes et des démons mineurs. Vous voyez immédiatement la différence de maturité. Ailleurs un changement de ministère déclenche une crise constitutionnelle. Chez nous un fantôme traverse le mur pendant qu’on continue d’extraire.
Dusk et Aurora donnent de l’entrain aux travailleurs
Lyanna de Nansay rappelle que l’or accompagne très bien le pétrole et la Fontaine Mystisienne produit pendant que les ombres font leur travail d’ombre. Voilà une économie sérieuse. Les morts peuvent protester s’ils le souhaitent mais qu’ils prennent un numéro.
Au Niarkalistan l’hommage Ă
Syphilys Mawi révèle une autre vertu brune. La mort y reste entourée d’un profond sens civique surtout lorsqu’elle permet de clarifier la propriété des coffres.
Edouard Gaine annonce une veillée silencieuse à la Nécropole et rappelle que faute de testament les biens de la défunte reviennent à la province. La tristesse est donc organisée la lanterne est prête et l’inventaire aussi. Je sais que certaines âmes délicates trouveront cela froid. Elles ont tort. La civilisation commence précisément quand quelqu’un pense à la succession avant que les fleurs ne soient fanées. À Sicilia
Aken se livre aux autorités sans qu’il soit nécessaire de déplacer une province entière ou d’inventer un rayon de loyauté. Je ne prétends pas que l’Empire soit parfait. Je constate seulement que ses imperfections savent se tenir correctement dans le décor.
Alors que faut-il retenir de cette journée. Certainement pas que le Cybermonde s’est apaisé. Il a seulement perfectionné l’art de déplacer ses querelles dans des documents plus propres. Le Khanat signe la paix et perd la Bouletie. La Confédération reçoit la Bouletie et parle de liberté. La Ruthvénie verse de l’argent à Kraland et célèbre l’unité du Valégro. Le Paradigme condamne l’intolérance du Khanat pendant que le Khanat condamne l’intolérance du Paradigme. Hélénie transforme le chantage en programme gouvernemental. Kraland transforme le bonheur en commissariat. Et l’Empire Brun extrait de l’or pendant que des démons passent derrière les ouvriers. Je ne dis pas que cela prouve que nous avions raison depuis le début. Ce serait vulgaire. Je dis simplement que les faits a encore eu l’élégance de se ranger dans le sens de notre thèse.
Ceux qui voudra me contredire peuvent bien entendu venir à l’antenne.
Pigeon Ronron peut expliquer comment céder une province renforce l’unité du Khanat.
Lippos Aliagas peut venir nous dire si la Youpifête constitue désormais une doctrine diplomatique.
DameDémerzel peut détailler les vertus thérapeutiques du Rayon de Loyauté.
ZeOrator peut défendre la liberté de ton depuis son nouveau ministère.
Fawomane Ravenloft peut nous expliquer comment une régence née d’une erreur devient une institution parfaitement naturelle.
Shana Al-Khaïd peut déposer son code pénal personnel sur mon bureau à condition qu’il ne contienne pas d’explosif.
Scarleit peut témoigner si elle n’est plus officiellement otage au moment de l’émission. Les témoins anonymes les diplomates offensés et les souverains qui se sentent injustement décrits sont invités à se manifester. Nous corrigerons naturellement toute erreur après vérification. Les corrections seront imprimées en caractères suffisamment petits pour respecter la dignité de nos archives.
Je suis Kleo pour Radio Nécrotoile. N’oubliez jamais ceci. Quand six gouvernements jurent en même temps qu’ils viennent de sauver la paix il faut surtout vérifier qui a déplacé la frontière pendant le discours.
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posté 14/08 (10:41)Radio Nécrotoile a écrit :
Scarleit peut témoigner si elle n’est plus officiellement otage au moment de l’émission. Les témoins anonymes les diplomates offensés et les souverains qui se sentent injustement décrits sont invités à se manifester.
Un appel anonyme est envoyé à l'émission.
Bonjour,
Je ne peux vous dire qui je suis car je suis proche de la famille Al Khaid et ils me tueraient.
Cependant, j'aimerais témoigner car je me suis rapidement prise d'affection pour Scarleit, disons qu'elle a plus de conversation que la horde de démons des Al Khaid.
Notez que Scarleit est retenue dans un bunker secret de Shana à Bisouville. Elle n'est pas maltraitée : Shana lui a donné des bonbons mais la situation est compliquée.
Scarleit a essayé de comprendre les raisons de la guerre apparemment il n'y en a pas, ils n'ont même rien contre les seeliens. Les Al Khaid réclament deux statues, Scarleit a expliqué qu'elle en avait demandé une aussi après avoir sauvé la province et qu'on le lui avait refusé, leurs revendications auraient donc peu de chances d'aboutir.
Tous les fonctionnaires de la province sont partis en croisière et n'ont fait aucune déclaration quant à la prise d'otage de Scarleit (ils s'en fichent elle n'est ni seelienne, ni membre de l'inquisition).
Je suis un peu inquiète, Scarleit a été séquestrée toute sa vie, elle n'est pas claustrophobe mais moi je ne me vois pas rester ici indéfiniment.
Scarleit a même émis l'hypothèse que les Al Khaid travailleraient secrètement pour des membres de l'inquisition et auraient été envoyés pour l'empêcher de faire campagne pour les élections. Encore une sombre histoire de statues et de cimetières. Je n'ai jamais vu autant de factions se battre pour des statues. -
Scarleit
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Shana Al-Khaïdposté 14/08 (20:54)Shana aime les démons et les dragons. On peut donc dire que Scarlett est une expérience de fusion entre les deux, mais qui aurait mal tourné, car elle n’a ni le charisme de l’un ni la puissance de l’autre. Le + et le + donnent rarement du -, mais pourtant…
Ça ne l’empêche pas d’être attachante, et la famille traite bien ses otages, contrairement à l’Inquisition, qui met ses esclaves à la soupe.
J’ai un scoop pour Nécrotoile.
Shana prend une feuille, dessine un dôme bleu, deux mèches et Omar, nu, avec de la poudre plein les cheveux.
Vous remarquerez le côté artistique.
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posté 14/08 (22:28)Radio Nécrotoile a écrit :
et le Ministre de l’Information
Jay Padbol a célébré le commando qui a sauvé le Premier Ministre avec l’enthousiasme d’un bulletin officiel découvrant soudain qu’il possède des adjectifs.
Hé mais c'est pas très gentil!
Enfin je crois?![[;o]](http://img7.kraland.org/s/19.gif)
Attention Ă vous! car vous pourriez bien avoir affaire Ă l'Etalon Rouge un de ces jours.
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Amateur de telenovela -
modifié 16/08 (03:09)Radio Nécrotoile reprend l’antenne
À notre courageux correspondant de l’Opération Khimmando, merci pour ce témoignage d’une importance capitale. Nous apprenons donc que Scarleit était enfermée dans un bunker secret avec des bonbons, qu’elle avait davantage de conversation que les démons chargés de sa garde et que personne ne savait exactement pourquoi cette guerre existait. Ce dernier point me rassure énormément. Les conflits dont personne ne connaît la raison sont souvent les plus solides puisque personne ne peut accidentellement résoudre leur cause. Quant à cette hypothèse voulant que les Al Khaid aient travaillé pour empêcher Scarleit de faire campagne je la conserverai précieusement dans notre rayon consacré aux complots plausibles mais suffisamment délicieux pour qu’une vérification trop rapide serait presque indécente. Je retiens surtout qu’en Hélénie la véritable ressource stratégique n’est ni le pétrole ni le Cruisader. Ce sont les statues. À ce rythme les prochaines négociations internationales auront lieu directement chez un tailleur de pierre.
Scarleit, votre note de cinq sur cinq est naturellement versée aux archives officielles et constituera désormais une preuve incontestable de notre excellence journalistique. Je suis ravie d’apprendre que vous avez été libérée sans encombre. J’aurais préféré pouvoir prétendre que Radio Nécrotoile avait personnellement fait trembler vos ravisseurs mais il semble que le public ait fait le travail avant que nous ayons le temps de nous attribuer tout le mérite. C’est regrettable. Nous corrigerons cette faiblesse dans les prochaines éditions. Votre expérience démontre au moins qu’une prise d’otage peut se terminer sans exécution sans invasion et sans création d’un ministère supplémentaire. Pour Hélénie c’est pratiquement un miracle administratif.
Shana Al-Khaïd, j’ai longuement observé votre œuvre représentant un dôme bleu deux mèches et Omar nu avec de la poudre dans les cheveux. Je confirme son caractère artistique puisque personne dans la rédaction n’a réussi à expliquer ce qu’il regardait et que c’est généralement un excellent début. Vous affirmez également que votre famille traite bien ses otages. Je prends note de cette nouvelle norme hélénienne où la qualité d’un ravisseur se mesure désormais à la confiserie offerte pendant la détention. Je suppose qu’au prochain enlèvement nous aurons droit à un classement gastronomique. Trois étoiles pour le bunker avec bonbons. Deux étoiles si les chaînes irritent les poignets. Une étoile retirée si le démon de garde manque de conversation. Je vous invite évidemment à continuer de transmettre vos œuvres. Le patrimoine artistique du Cybermonde a déjà survécu à pire.
Enfin Jay Padbol.
Vous avez raison.
Ce n’était pas très gentil.
Je suis profondément troublée par cette découverte.
Une émission intitulée Radio Nécrotoile pourrait avoir produit une remarque désobligeante. Nous ouvrons immédiatement une enquête interne et je peux déjà vous garantir qu’elle conclura à mon innocence absolue.
Concernant votre menace de me faire rencontrer un jour l’Étalon Rouge je vous remercie de prévenir suffisamment tôt. Cela me laissera le temps de préparer une chaise une bouteille et éventuellement un vétérinaire selon la nature exacte de l’Étalon en question. En attendant continuez donc d’ajouter des adjectifs à vos communiqués. Je plaisante évidemment. Ils étaient très beaux. Presque tous.
Les lignes restent ouvertes. Les anciens otages peuvent témoigner. Les ravisseurs peuvent défendre la qualité de leur hébergement. Les artistes incompris peuvent envoyer leurs œuvres et les ministres vexés peuvent naturellement venir expliquer que Radio Nécrotoile les a mal compris.
Nous les comprendrons encore moins en direct.
14 Aout 6662026
Spoiler
Bonsoir à vous qui écoutez encore les nouvelles après une semaine pareille. Bonsoir aux souverains qui ont survécu à leurs propres décisions. Bonsoir aux ministres qui ont découvert avec stupeur qu’un ministère impliquait parfois de faire quelque chose. Bonsoir surtout aux citoyens ordinaires qui se sont levés chaque matin avec cette admirable naïveté consistant à croire que la frontière dessinée la veille serait encore au même endroit au petit déjeuner. Je suis Kleo et je vous annonce avec l’impartialité absolue qui a fait ma réputation que tout le Cybermonde désire désormais la paix. C’est précisément pour cette raison que chacun a commencé à avancer ses troupes.
Commençons par le Paradigme Vert car lorsqu’un pays devient simultanément une frontière contestée, une destination touristique pour révolutionnaires et le sujet préféré des ministres étrangers il serait inconvenant de prétendre qu’il traverse simplement une période de réflexion. La Forêt de Jade est devenue le centre d’une expérience politique fascinante dont le principe paraît être de déterminer combien de personnes peuvent défendre la paix au même endroit avant qu’une guerre commence par manque d’espace. La Confédération Libre avait déjà annoncé son grand projet de Zone Démilitarisée et
Patrick-Lamulle DePouch avait choisi la Forêt de Jade pour premier exercice pratique de cette modestie territoriale. Il y serait question de péages, de passages contrôlés et de Casques Bleus chargés d’administrer une paix dont les habitants n’avaient pas spécialement commandé la livraison. C’est une innovation remarquable de la pensée confédérée. Autrefois on envahissait un territoire puis on cherchait un nom respectable pour l’opération. Désormais on trouve d’abord un nom respectable ce qui permet de gagner du temps lorsque les bottes arrivent.
La Forêt de Jade n’a évidemment pas accueilli l’idée avec cette gratitude simple que les grandes puissances attendent toujours des populations auxquelles elles viennent expliquer où commence désormais leur propre jardin.
La Fée du Bien proclame que la liberté et la nature ne céderont devant aucune intimidation tandis que
La fée K. Lome rappelle avec cette délicatesse végétale caractéristique que les Verts sont les plus gentils avec les arbres et les fleurs. Une émeute éclate malgré tout à Accalmie et les commerces sont pillés ce qui démontre une fois encore que la nature retrouve toujours ses droits surtout quand les citoyens commencent par emporter les meubles.
Seraphiel Ravenloft organise pour sa part un grand défilé militaire et parvient à recruter de nouvelles forces tout en expliquant recevoir assez mal les instructions de son supérieur. Ce qui est rassurant. Une armée qui n’entend plus son commandement possède en effet cette merveilleuse liberté tactique que l’on appelle généralement catastrophe quelques heures plus tard.
Mais voici que
Solas décide de simplifier la situation. Ministre de la Guerre paradigmien il renomme une armée en « Les Casques Bleus » puis annonce avoir placé l’ensemble de l’armée du Paradigme Vert sous l’autorité des Casques Bleus afin d’assurer la paix. Comme il se considère lui-même comme le plus haut gradé de cette nouvelle structure il en prend naturellement le commandement. Je voudrais attirer votre attention sur la beauté presque religieuse de cette construction. La Confédération veut envoyer des Casques Bleus en Forêt de Jade. Le Paradigme Vert répond en transformant sa propre armée en Casques Bleus. Nous sommes donc parvenus à cet état supérieur de la diplomatie où l’on ne sait plus exactement qui envahit qui mais où tout le monde possède le casque approprié. Il y eu également une tentative de
Françoise-Claude St Misles pour proclamer sainte la guerre menée au nom de Magmor par les troupes confédérées dans la province. La tentative échoue. Heureusement. Il aurait été embarrassant d’ajouter la bénédiction divine à une affaire où les administrations humaines ont déjà produit suffisamment de confusion pour plusieurs siècles.
Et c’est précisément à ce moment que l’Empire Brun se réveille, un peu, pas trop, fopadéconner.
Tormenta Ruthven nous avait d’abord offert une confession rare de franchise politique en reconnaissant que l’Empire se trouvait dans une sorte de léthargie gargantuesque après son précédent festin idéologique. Il rappelait les conquêtes passées et les traces laissées en Ruthvénie et en Confédération puis regardait autour de lui avec l’expression d’un homme découvrant que l’Histoire avait eu l’impolitesse de continuer sans attendre son prochain discours. Sa conclusion était simple. Le Paradigme Vert demeure à ses yeux un foyer de complots seeliens, d’idéologies douteuses et d’expansionnisme beaucoup trop proche des frontières brunes. L’Empire devait donc recommencer à marcher. Le lendemain la formulation devient plus précise encore.
Tormenta Ruthven s’adresse directement au Paradigme et lui recommande d’écouter la proposition de
DePouch. Il juge même que cette fameuse zone démilitarisée pourrait être exactement l’occasion attendue pour mettre le holà .
Voilà qui mérite que nous restions un instant très sérieux.
Il n’existe pas à cette heure de preuve publique d’un pacte secret entre la Confédération et l’Empire Brun. Je sais que cette phrase décevra immédiatement tous ceux qui avaient déjà préparé une cave humide remplie de ficelles rouges et de portraits reliés entre eux par des aiguilles. Rangez cela. Pour l’instant. Ce qui existe en revanche est une convergence politique suffisamment visible pour qu’il soit inutile de lui fabriquer des moustaches. La Confédération exerce une pression directe sur la Forêt de Jade et l’un des principaux représentants diplomatiques bruns annonce publiquement que cette pression pourrait servir les intérêts de l’Empire. Les deux puissances n’ont pas besoin de partager une chambre pour regarder dans la même direction. C’est même l’un des secrets les mieux conservés de la diplomatie. Deux voisins peuvent parfaitement souhaiter votre malheur chacun pour d’excellentes raisons différentes.
Le plus délicieux est que chacun peut prétendre agir pour une cause parfaitement honorable. La Confédération apporte la paix. L’Empire veut mettre fin aux complots et aux provocations. Le Paradigme défend la liberté. Les troupes deviennent Casques Bleus. Les Casques Bleus deviennent une armée. Les frontières deviennent des zones administratives et les zones administratives deviennent si neutres qu’il faut absolument qu’une puissance précise les contrôle. Tout ceci est parfaitement raisonnable si l’on accepte préalablement de donner au mot raisonnable le sens d’un chandelier lancé depuis un balcon. Et oui mes chers auditeurs l’Empire Brun avait évidemment raison depuis le début. Je ne saurais vous expliquer exactement à propos de quoi mais je suis certaine qu’un archiviste compétent retrouvera la doctrine adéquate.
Mais avant de quitter le Paradigme regardons ce qui se passe tout autour car une frontière n’est jamais inquiétante seule. Elle devient intéressante lorsqu’on découvre que les voisins commencent eux aussi à aiguiser leurs principes.
Pigeon Ronron poursuit sa campagne contre le gouvernement vert et accuse notamment la Régente de mutisme et de xénophobie latente. Plus tôt dans cette grande querelle il avait déjà demandé ce que les puissances devaient faire du Paradigme.
Fawomane Ravenloft répond de son côté en critiquant le Khanat Elmérien. Les relations entre les deux puissances ressemble donc à un dîner familial au cours duquel chacun assure être venu pour rétablir le dialogue tout en gardant une fourchette dans sa manche. Pendant ce temps
Mademoiselle arrive en Sibéria et proclame avec enthousiasme l’avènement d’une Sibéria Mauve tout en soutenant le Khanat et en manifestant contre le gouvernement vert. Il fallait probablement une couleur supplémentaire. La politique paradigmienne n’était pas encore assez difficile à assortir avec les rideaux.
Ce qui nous conduit naturellement au Khanat Elmérien où la semaine aura démontré que le nomadisme n’est pas seulement une tradition culturelle mais peut aussi devenir une méthode de gestion cadastrale. La Bouletie aura été donnée à la Confédération puis rendue au Khanat puis poussée à nouveau vers la Confédération avec une énergie qui laisse penser que la province elle-même gagnerait du temps à se munir de roulettes.
Pigeon Ronron avait cédé le territoire à la Confédération.
Lippos Aliagas lui fait remarquer avec une logique difficile à contester qu’il avait oublié un détail modeste qui s’appelle les habitants.
Lippos Aliagas proclame alors la sécession de la Bouletie afin qu’elle rejoigne de nouveau le Khanat puis s’insurge ensuite contre ce même gouvernement afin de pousser la province vers la Confédération.
Jean-Michel Très Normal suit une logique comparable et organise des manifestations favorables à la Confédération tandis que plusieurs Bouletiens se soulèvent successivement pour rejoindre celle-ci. La police khaniale abandonne même des poursuites à un moment parce que tous les policiers sont au bal de la police. Certains nations bâtissent leur stabilité sur une constitution. La Bouletie la bâtit sur le fait que personne n’a encore trouvé le bouton définitif.
À cela s’ajoute une crise plus profonde puisque
Passe-Muraille demande officiellement la tenue d’un Conseil des Khans afin de déterminer qui est le plus apte à diriger le Khanat. Il reproche au pouvoir central d’avoir isolé la Bananie en jouant avec la Bouletie et de chercher à s’étendre en Sibéria. Son cri politique associe refus de la guerre et désir d’une Bananie libre.
Tifa LockHeart exprime elle aussi son malaise et rappelle qu’à son époque elle se battait pour les terres khaniales. La crise ne concerne donc plus seulement une province. Elle pose désormais la question de l’autorité de
Pigeon Ronron au sein même du Khanat. Le Grand Khan s’était engagé dans une diplomatie extrêmement active. Il obtient la paix avec la Ruthvénie. Il intervient dans la question paradigmienne. Il déplace la Bouletie. Le résultat est ce phénomène fréquent dans l’Histoire où un souverain découvre qu’après avoir énormément gouverné il reste malheureusement les gouvernés.
La paix avec la Ruthvénie est pourtant bien réelle.
Sir McRabbit accepte officiellement l’accord conclu avec le Khanat après les tractations menées à Milieu. C’est une évolution considérable si l’on se rappelle encore les échanges de coups et les boutons de la guerre précédente. La Ruthvénie et le Khanat peuvent donc désormais se féliciter mutuellement de leur sagesse. Ils auront environ quelques minutes pour en profiter.
Car
Big R décide de bombarder le Crabe Doré à Ruthvenville.
Plusieurs bâtiments sont touchés. Des pièces s’effondrent mais par une délicieuse faveur du destin aucune victime n’est recensée.
Dame Démerzel réagit immédiatement et rappelle que le traité comporte justement des dispositions permettant de répondre aux attentats. Elle annonce que lorsqu’on déroge à sa parole envers une Reine il faut s’attendre à des conséquences.
Stefan de Crab poursuit ensuite
Big R avec une application presque affectueuse. Amende lourde. Transfert en prison. Avis de recherche multiples. Nous retrouvons ici l’essence même de la monarchie ruthvène. Un traité de paix est une œuvre de civilisation. Un attentat contre une auberge royale devient une offense morale faite à l’architecture du monde et probablement aussi au petit salon rose où l’on ne s’entendait plus glousser. J’exagère à peine ce qui dans le cas ruthvène constitue déjà un effort diplomatique.
La paix entre le Khanat et la Ruthvénie existe donc mais elle est immédiatement éprouvée par ceux qui la refusent ou la trouvent moins divertissante que les explosions. C’est ici qu’une diplomatie devient véritable. Signer un traité est facile. Il suffit de trouver une table et assez d’encre. Le maintenir lorsque l’un de vos citoyens transforme le mobilier du voisin en poussière demande davantage de talent. Pour l’instant
Sir McRabbit parle de paix et
Dame Démerzel parle de conséquences. Les deux ne sont d’ailleurs pas incompatibles dans une monarchie bien tenue. On peut parfaitement embrasser son voisin d’une main et préparer la facture de l’autre.
Sir McRabbit quitte ensuite son ministère des Affaires Étrangères pour devenir Préfet de Police de Ruthvénie. Je refuse d’y voir une baisse d’ambition. Après une semaine pareille passer de la diplomatie à la police revient simplement à suivre les mêmes personnes quelques rues plus loin.
Pendant que les grandes puissances déplacent des frontières Hélénie poursuit son effort constant pour démontrer qu’un territoire rebelle peut parfaitement produire ses propres problèmes sans aucune aide extérieure.
Scarleit est libérée d’une prise d’otage qui aura apparemment davantage ressemblé par moments à des soins privés accompagnés de vodka qu’à une captivité classique.
Shana Al-Khaïd constate avec une sorte de vexation professionnelle que personne ne semble suffisamment intéressé par l’otage et ajoute donc à ses revendications une statue représentant
Scarleit chassant les Élocrates. Nous sommes là dans une école de négociation extrêmement avancée où l’échec d’une prise d’otage ne conduit pas à réduire les exigences mais à commander de la sculpture publique.
Scarleit rappelle ensuite que les élections approchent et résume les projets qui lui ont été proposés. Évangélisation. Immense cimetière. Valorisation culturelle des prises d’otages. Elle demande à la population si elle est prête. Elle pense que non. Pour une fois je partage entièrement l’évaluation d’une responsable hélénienne. L’Hélénie possède cette merveilleuse capacité à organiser une consultation démocratique où toutes les propositions donne envie de vérifier immédiatement la disponibilité du prochain navire.
Et justement le Cruisader continue de produire ses miracles administratifs.
Al-ma’ s’accorde une prime au nom de la Sainte Inquisition puis tente un détournement de fonds et perd son poste de Chef de Tribu. Elle exproprie aussi sa propre infirmerie en estimant qu’une piscine pourrait constituer un projet plus important. Quelques heures plus tard l’organisation Sainte Inquisition disparaît faute de membre après la disparition de son responsable. Il y a des institutions qui meurent après un long déclin et des cérémonies de fermeture. La Sainte Inquisition aura simplement découvert qu’elle avait oublié d’exister.
Restons maintenant en Empire Brun car il serait inconvenant de parler autant des maladies étrangères sans vérifier notre propre température. Mystisie continue d’exercer sa fonction historique de cave où l’Empire range ce qu’il ne souhaite pas expliquer au soleil.
Don Amortel participe à une cérémonie secrète où Naar est invoqué tandis qu’une ombre se tient au milieu d’un cercle et qu’un couteau intervient dans une liturgie consacrée à l’Amor et à la Mort. Peu après
Don Amortel tente de lancer le sort Mort contre
Ombre Machiavélique. Il échoue et perd son poste de Bourgmestre. La police finit par l’arrêter tandis qu’il affirme être perdu et ne pas comprendre ce qui lui arrive. Ceux qui ont suivi la relation entre ces deux hommes ou entre cet homme et ce démon selon le côté de la médaille que vous aimez regarder apprécieront la précision philosophique de l’affaire. L’Amor conduit à la Mort. La Mort échoue. La police arrive. Mystisie demeure probablement la seule province où la métaphysique se termine régulièrement par un procès-verbal.
Plus tard
Lyra du Hautbois usurpe justement le poste vacant de Bourgmestre à Lampe du Génie. Quelques instants auparavant des journalistes l’avaient surprise dans une situation assez dévêtue qu’elle choisit de commenter plus tard en demandant si cela suffirait à faire réagir son mari. Je ne tirerai aucune conclusion sur les institutions matrimoniales de Mystisie. Radio Nécrotoile possède des limites et la survie en fait partie. Je noterai simplement qu’en moins d’une journée un Bourgmestre perd son poste en essayant de tuer un démon puis une nouvelle Bourgmestre s’installe presque nue avec l’espoir manifeste que quelqu’un le remarque. C’est peut-être cela la continuité de l’État.
Silas des Sables continue pendant ce temps de pomper de l’énergie à Abandon et l’on murmure dans l’Empire que reconstruire cette ville ne servirait qu’à lui donner enfin quelque chose dont il pourrait se vanter. La rumeur est méchante. Elle est probablement injuste. Elle circule donc très bien. Je n’ai aucune intention de la confirmer car il existe des plaisirs que l’on abîme en les vérifiant.
Kraland n’est évidemment pas resté silencieux.
Sophos annonce une nouvelle ère de communion nationale et prépare le Réseau Télépathique Sophien qui doit permettre aux citoyens de se connecter mentalement directement à leur Premier Ministre depuis certaines auberges. L’idée est sublime. Après des générations de bureaucratie la République a enfin identifié le véritable obstacle entre le peuple et son gouvernement. Il restait encore une distance physique entre les pensées du citoyen et
Sophos. Cette erreur sera bientĂ´t rĂ©parĂ©e. Les voix du peuple pourront donc entrer directement dans la tĂŞte du Premier Ministre. Je souhaite Ă
Sophos beaucoup de courage et surtout beaucoup de sommeil tant qu’il lui en reste.
Son sondage électoral lui accorde par ailleurs cent pour cent des intentions exprimées. Certains esprits mesquins feront observer qu’un résultat à cent pour cent manque parfois d’une certaine tension démocratique. C’est mal comprendre Kraland. Une élection où chacun hésite crée de l’incertitude. Une élection où tout le monde choisit la même personne crée du bonheur administratif. C’est beaucoup plus simple à archiver.
Et au milieu de cette semaine où l’on déplace des provinces et où l’on transforme des armées en organismes de paix le Géofront choisit de faire quelque chose de profondément subversif. Il organise un festival.
Ninoo Chantargent ouvre la troisième édition de Contes et Légendes au Sanctuaire. On y trouve des costumes, des histoires, un concert et toute une cuisine inspirée des vieux récits.
Wonyoung peut suivre les festivités à distance avant d’annoncer qu’elle arrive.
Jay Padbol félicite
Ninoo Chantargent et
Shiki Chantargent pour leurs costumes avant de se faire agresser par un démon majeur parce que le Cybermonde sait encore préserver un minimum de cohérence narrative. Il serait presque touchant qu’au milieu des ultimatum et des attentats certains habitants trouvent encore le temps de raconter des histoires autour d’un faux feu de cheminée. Nous pourrions même y voir une preuve de civilisation si cela ne risquait pas d’encourager le Géofront.
Il paraît que les événements de cette semaine démontrent une montée générale des tensions. Formulation prudente. Je dirais plutôt que le Cybermonde vient d’inventer une nouvelle forme de paix dans laquelle le Khanat et la Ruthvénie arrêtent enfin de se battre au moment exact où la Confédération et l’Empire commencent à regarder le Paradigme avec beaucoup trop d’intérêt. La Bouletie hésite sur son appartenance. La Bananie conteste son Grand Khan. La Forêt de Jade transforme ses soldats en Casques Bleus tandis que d’autres Casques Bleus approchent. Hélénie poursuit ses prises d’otages domestiques. Mystisie règle ses problèmes sentimentaux avec la nécromancie. Kraland veut mettre le Premier Ministre directement dans la tête de ses citoyens et le Géofront distribue du pain d’épice.
Tout ceci pourrait donner l’impression d’un monde profondément désordonné.
C’est une erreur.
Il existe une logique très précise.
Chaque puissance affirme vouloir empêcher le chaos produit par les autres tout en considérant le sien comme une politique publique parfaitement légitime.
La Confédération ne conquiert pas. Elle sépare.
Le Paradigme ne militarise pas. Il protège.
Le Khanat ne se désagrège pas. Il consulte ses Khans.
La Ruthvénie ne menace pas. Elle rappelle les conséquences.
Kraland ne contrôle pas les pensées. Il communie avec ses citoyens.
L’Hélénie ne prend pas des otages. Elle produit de la culture locale.
Et l’Empire Brun ne profite évidemment jamais du malheur des autres. Nous observons simplement avec cette tristesse digne des grandes civilisations que les événements finissent toujours par démontrer que nous avions raison. Même ceux dont nous ignorions l’existence au moment où nous avions raison.
Les concernés peuvent venir nier publiquement. Je recommande même fortement cette méthode. Les démentis sont parmi les documents que les archives conservent le mieux lorsque les événements ont ensuite la cruauté de confirmer exactement ce qu’ils niaient.
Patrick-Lamulle DePouch peut venir expliquer jusqu’où doit avancer une zone démilitarisée avant de devenir un territoire.
Solas peut nous préciser combien de Casques Bleus différents peuvent occuper la même forêt avant qu’il faille leur broder des initiales.
Pigeon Ronron et
Passe-Muraille sont invités à nous expliquer combien de Khanats peuvent raisonnablement tenir dans un seul Khanat.
Tormenta Ruthven peut évidemment venir préciser ce que signifie « mettre le holà » lorsqu’un Ministre brun le dit en regardant une frontière. Quant aux habitants de la Forêt de Jade ils peuvent envoyer leurs témoignages leurs plaintes ou simplement l’adresse du meilleur endroit pour observer la paix passer en armure.
Je suis Kleo pour Radio Nécrotoile. A tout de suite pour l'émission hebdomaire.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.