Je confirme : Accalmie a eu son complexe agricole avant Sicilia.
En tant que Brune, oui⊠ça pique un peu lâorgueil.
Mais ce nâest pas le cĆur du problĂšme. Vraiment pas...
Sur le plan strictement matĂ©riel, câest presque une note de bas de page : quoi quâil arrive, Sicilia produira plus. Plus de plantes, plus de volume, plus de marge, avec moins de main d'Ćuvre. Largement.
C'est mathématique...
Lâavance dâAccalmie en production ? Elle sera rattrapĂ©e â puis dĂ©passĂ©e â et Ă un point tel que, tĂŽt ou tard, vous viendrez vous fournir chez Sicilia.
Donc⊠respirons. Le bilan agricole se corrige. Le marchĂ© se rééquilibre. Ăa, ça se compte.
Mais moi, Niarkinoise⊠ce qui mâirrite au plus haut point, ce qui me fait grincer les crocs au fond de la gorge, câest autre chose :
Accalmie a eu son cimetiĂšre avant le Niarkalistan.
Et quand on sait ce quâest le Niarkalistan â sa culture, sa noirceur, ses rites, sa mĂ©moire â câestâŠ
Ă©cĆurant.Je pĂšse mes mots : câest une faute politique. Une faute symbolique. Une faute de civilisation.
Jâen veux Ă©normĂ©ment Ă mes compatriotes qui Ă©taient aux affaires de la Province pendant que je rĂ©clamais un cimetiĂšre, Ă corps et Ă cri, depuis le dĂ©but de notre Ăšre.
Parce que ça, ce nâest pas âun retard de chantierâ.
Câest une cicatrice. Une qui reste. Une qui marque. Une qui dit : vous nâavez pas compris ce que vous gouvernez.
Et vous ne pouvez pas imaginer Ă quel point ça me ronge, au quotidien, de circuler avec un vampire paradigmienâŠ
Oui, je le dis. Ăa mâĂ©nerve. Ăa mâĂ©puise. Ăa me dĂ©goĂ»te.
Moi, Niarkinoise, obligĂ©e dâaller Ă Accalmie pour Ă©voquer un vampire ?
Mais câest la honte.
Câest le monde Ă lâenvers.
Oui : le monde Ă lâenvers, câestâŠ
Un Kralandais couvert de tatouages de moto, qui les exhibe au premier passant, qui fait la publicitĂ© de la ForĂȘt de Jade.
La poĂ©sie se vend maintenant en dĂ©bardeur. Tsss!!!Le Niarkalistan qui obtient une station dâĂ©puration⊠mais pas de cimetiĂšre.
Vous voulez épurer quoi ? Notre noirceur légendaire ? La filtrer ? La rendre potable ?
Je refuse. On ne ânettoieâ pas le Niarkalistan. On lâassume. On le ritualise. On le sanctifie.
Et Accalmie, oĂč lâon invoque les morts⊠Et par dessus le marchĂ© câest lĂ quâil y a le plus de pollution???
Quoi ? Quâest-ce quâon invoque exactement, lĂ -bas ? Des fantĂŽmes au charbon ???
Jâen peux plus.
Excusez-moi : jâen peux plus.
Je pleure mon Niarkalistan.
Oui, je suis furieuse. Et je vous prĂ©viens : le premier qui me fait une remarque de travers, je leâŠ
je le mange.
JE LE MANGEJe le mange.Quel quâil soit.
oui, nous autres Bruns avons parfois besoin dâun bouc Ă©missaire pour soulager la pression. Câest une hygiĂšne.Et le pire, câest que jâavais un plan. Un beau plan. Un plan brun, propre, utile.
Vous savez ce que je voulais faire avec mon premier vampire ?
Je voulais commencer les Ă©changes⊠culâturels⊠avec le PrĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration, et lui installer, dans son bureau, quelques spĂ©cimens de crĂ©atures typiquement niarkalistaniennes.
Typiques. Noires. ĂlĂ©gantes. Incontestables.
Et là ⊠regardez-moi :
Mon vampire, je lâai cherchĂ© au Paradigme. NationalitĂ© paradigmienne.
La honte. La vraie. La honte avec facture et tampon.
Je pleure, oui. Et alors ? Mes yeux rouges ne pleurent pas souvent.
Mais quand ils le font, câest quâon a touchĂ© Ă lâessentiel.
Donnez au Niarkalistan son cimetiĂšre.
AprĂšs, vous pourrez parler dâagriculture, dâimpĂŽts, de rendement, de nâimporte quel chiffre.
Avant, tout ça nâest que bruit.
Niark.