đŠ¶ LE HĂRAUT DĂCHAUSSĂ đжGazette proclamĂ©e du Royaume ~ NumĂ©ro Premier« Que les oreilles se dressent et les chausses se baissent ! »ââââââââââââââââââââââââ
đ LA GRANDE PROCLAMATIONDe la pirate, du soufre et des tentaculesOyez, oyez, bonnes gens et nobles sires !
Quâil soit portĂ© Ă la connaissance du Royaume, de ses provinces, de ses comptoirs et de ses Ă©tangs, que le HĂ©raut DĂ©chaussĂ© a reçu, par des voies quâil ne saurait divulguer, des informations dâune gravitĂ© telle que ses pieds nus en ont frĂ©mi sur les pavĂ©s.
Le Roi LandraĂ«l Premier, souverain de RuthvĂ©nie par des circonstances que le HĂ©raut ne qualifiera point aujourdâhui, a pris Ă©pouse. Jusque-lĂ , rien que de trĂšs ordinaire. Un Roi se marie. Les cloches sonnent. Le peuple applaudit. On mange du cochon.
MAIS.Le HĂ©raut, dont le nez est aussi fin que les pieds sont nus, a humĂ© dans cette union un parfum qui nâest point celui de lâencens.
La future Reine est Korail. Duchesse de
CRAB KEY. LâĂźle des pirates. Une dame dont le port dâattache se nomme⊠le HĂ©raut prie ses auditeurs de bien tendre lâoreilleâŠ
PORT MAGMOR. Magmor. Comme le dieu. Celui des tentacules. Celui-lĂ mĂȘme qui a frappĂ© trois coups au couronnement, quand les murs du palais ont tremblĂ© et que lâair sâest chargĂ© de soufre.
Le Héraut ne juge point. Le Héraut aligne les faits.
Un Roi qui rĂȘve de tentacules, de son propre aveu, confiĂ© Ă un certain lithologue dans une auberge, sans mĂȘme prendre la prĂ©caution de
BAISSER LA VOIX. Une Ă©pouse venue du port qui porte le nom du dieu des abysses. Un couronnement oĂč ledit dieu a manquĂ© sâinviter Ă la fĂȘte. Et Ă GĂ©ofront, des Ă©lections oĂč lâor coule Ă flots, de source maritime, dans les caisses de candidates trop parfaites pour ĂȘtre honnĂȘtes.
Le Héraut a consulté les archives. Le Héraut a compté sur ses doigts. Le Héraut est arrivé à des conclusions que la prudence lui interdit de formuler à voix haute, mais que ses pieds nus dessinent dans la poussiÚre pour qui sait lire.
Des parchemins circulent dans les marchĂ©s. Le peuple sâinterroge. Les enfants chantent des comptines dans les cours dâĂ©cole. Le HĂ©raut a lui-mĂȘme entendu des marmots sautant Ă la corde sur un air que la dĂ©cence lâempĂȘche de reproduire intĂ©gralement, mais dont le refrain Ă©voque un souverain, un lit en bois noir, et des appendices tentaculaires dâune couleur rousse.
Quâil soit notĂ©. Quâil soit retenu. Quâil soit proclamĂ© que le HĂ©raut a posĂ© la question avant tout le monde.
Ainsi fut-il dit, ainsi fut-il entendu.
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đĄïž LES BRUITS DE COURDu prince tombĂ© du ciel et de la couronne volĂ©eLe HĂ©raut a ouĂŻ dire. Et quand le HĂ©raut ouĂŻt, le HĂ©raut retient. Un Ă©vĂ©nement dâune cocasserie remarquable sâest produit Ă la Techno Chope de Ruthvenville.
Un jeune homme rĂ©pondant au nom dâAlex, dit « le DĂ©culottĂ© », sâest prĂ©sentĂ© devant le Roi LandraĂ«l Premier avec, sur la tĂȘte, la
COURONNE DE RUTHVĂNIE. La vraie. Lâauthentique. Celle que portait naguĂšre la PremiĂšre Ministre elle-mĂȘme.
Le HĂ©raut laisse cette information se dĂ©poser dans lâesprit de ses auditeurs.
Le jouvenceau est entrĂ© dans lâauberge accompagnĂ© de danseurs et de chanteurs, proclamant sa filiation royale sur un air que le HĂ©raut qualifierait de⊠festif. Il y Ă©tait question de sa seigneurie, de chameaux en nombre excessif, et dâune grandeur que lâacoustique de la Techno Chope ne suffisait pas Ă contenir.
Le jouvenceau a ensuite demandĂ© au Roi si cela faisait de lui son fils lĂ©gitime. Le Roi a rĂ©pondu que non, avec la lassitude dâun pĂšre qui nâa jamais eu cet enfant. RĂ©cupĂ©rer un objet, fĂ»t-il sacrĂ©, ne fait pas de vous un hĂ©ritier. Le HĂ©raut est au regret de confirmer ce point de droit.
Le HĂ©raut sâinterroge. Comment un jeune sbire, ancien esclave de son propre aveu, a-t-il mis la main sur le joyau le plus sacrĂ© du Royaume ? Le Roi lui-mĂȘme a demandĂ© sâil lâavait trouvĂ© sur « LeBonCoinRuthvene ». Le jouvenceau a marmonnĂ© quelque chose Ă propos de tavernes et de gens serviables.
La Couronne de Ruthvénie. Acquise en demandant dans les tavernes.
*le HĂ©raut marque une pause pour permettre Ă son auditoire de mesurer lâĂ©tendue du dĂ©sastre*De mon temps⊠pardon. Le HĂ©raut nâa pas de temps. Le HĂ©raut est Ă©ternel. Mais dans des temps plus anciens, une Couronne se transmettait par le sang, le sacre et la volontĂ© divine. Aujourdâhui, elle se rĂ©cupĂšre entre deux chopes en demandant poliment.
Le Héraut ne juge point. Le Héraut constate.
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đŠ¶ LE CHEMIN DES VA-NU-PIEDSDe la chanson, de la batte et du courage des petitsLe HĂ©raut DĂ©chaussĂ© descend aujourdâhui dans les ruelles oĂč ses pieds nus connaissent chaque pavĂ©, chaque flaque, chaque Ă©clat de verre laissĂ© par les Ă©meutes.
Et le Héraut a entendu chanter.
Dans les cours dâĂ©cole, dans les tavernes, jusque dans les files dâattente de la soupe populaire, une chanson circule. On y parle dâun « Duc Ă la batte ». On y accuse un certain Wenceslas (le HĂ©raut prononce ce nom avec le respect dĂ» Ă un protecteur des arts et de la presse libre) de mĂ©faits que le HĂ©raut sâabstiendra de rĂ©pĂ©ter, la liste Ă©tant aussi longue quâinvraisemblable.
Le HĂ©raut note cependant ceci : que ces chansonnettes, ces rumeurs, ces prospectus distribuĂ©s par des misĂ©reux payĂ©s en petite monnaie, ont toutes la mĂȘme saveur. Celle dâune campagne orchestrĂ©e. Par qui ? Le HĂ©raut ne saurait dire. Mais le HĂ©raut remarque que la Commissaire de Police Felicity Stone a Ă©tĂ©
SURPRISE en train de surveiller le Duc dans la nuit. Comme une voleuse. Comme une espionne.
Le Héraut a de bonnes jambes et de bonnes oreilles. Quand une commissaire surveille un Duc au lieu de surveiller les rues, le Héraut se demande qui protÚge le peuple.
Et pourtant, le peuple tient. Les Sans-Chaussettes nâont point remis leurs chaussures. La soupe populaire fume encore au MausolĂ©e de Chilmerdic. On distribue les richesses du duchĂ©, et le HĂ©raut a vu de ses yeux nus des gens pleurer en recevant leur part.
Le HĂ©raut le proclame : le pied nu est plus solide que la botte ferrĂ©e. Et celui qui marche sans chausses sur les pavĂ©s froids connaĂźt mieux la RuthvĂ©nie que celui qui la regarde depuis une fenĂȘtre de palais.
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đ LE LIVRE DâOR ET DE BOUEDe Vesperia, ou le sang bleu sous le bonnet rougeLe HĂ©raut a remuĂ© ses archives. Le HĂ©raut a soufflĂ© sur de vieux parchemins. Et le HĂ©raut a trouvĂ© un nom qui sent la poudre.
VESPERIA.PremiĂšre Ministre de la RĂ©publique Communiste de Kralandie. La Kralandie, rappelons-le pour les auditeurs distraits : le pays oĂč lâon guillotine les aristocrates au petit dĂ©jeuner, oĂč lâon confisque les domaines avant le dĂ©jeuner, et oĂč lâon rebaptise les chĂąteaux en Maisons du Peuple avant le souper. Le pays oĂč noble est une insulte et lignage un gros mot.
Et Ă sa tĂȘte⊠le HĂ©raut prie ses auditeurs de sâasseoir⊠une femme qui serait dâorigine
RUTHVĂNE. Et pas nâimporte quelle origine ruthvĂšne.
NOBLE.
Le Héraut laisse ses auditeurs savourer le paradoxe comme on savoure un vin dont le bouchon est suspect.
La PremiĂšre Ministre de la plus bruyante RĂ©publique communiste du Cybermonde, celle qui fait voter des lois contre lâexploitation du prolĂ©tariat par les classes dominantes, celle dont les camarades portent le bonnet rouge avec la ferveur quâun Altheim-BlatnoĂŻ met Ă porter ses armoiries⊠aurait du sang bleu plein les veines.
Le HĂ©raut sâinterroge. Les camarades kralandais sont-ils au courant ? Le Politburo a-t-il vĂ©rifiĂ© ? A-t-on consultĂ© les registres ? Car le HĂ©raut, lui, les a consultĂ©s. Le HĂ©raut
CONSULTE TOUJOURS les registres.
Oh, comme le HĂ©raut aimerait ĂȘtre petite souris dans les couloirs du Parlement kralandais le jour oĂč cette information circulera. Comme le HĂ©raut aimerait voir les tĂȘtes des commissaires du peuple apprendre que leur PremiĂšre Ministre descend peut-ĂȘtre de gens qui
POSSĂDAIENT le peuple.
Le HĂ©raut ne rĂ©vĂ©lera point. Pas encore. quelle maison, quelle branche. Le HĂ©raut garde cette information au chaud, bien pliĂ©e dans ses archives, comme on garde une lettre dâamour compromettante.
Mais le Héraut pose la question : quand les camarades sauront, lui laisseront-ils le bonnet rouge, ou lui rendront-ils la couronne comtale ?
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âïž LE HĂRAUT JUGE⊠POINTDe lâintendant royal qui vient compter les cuillersQuâil soit portĂ© Ă la connaissance du Royaume que Sa MajestĂ© LandraĂ«l Premier a saluĂ© la nomination dâEnguerrand Du Bouillon au poste dâIntendant de la Province avec un enthousiasme que le HĂ©raut qualifierait de⊠rĂ©vĂ©lateur.
Le HĂ©raut a bonne mĂ©moire, et voici ce quâil retient :
Le Roi se dit
RAVI de cette nomination. Le Roi demande un audit des comptes. Le Roi sâinquiĂšte que lâon tape dans la caisse pour financer des lubies personnelles. Le Roi parle dâachat du pauvre peuple.
Le Héraut relit. Le Héraut relit une deuxiÚme fois.
Le Duc nomme un Intendant pour négocier un allégement fiscal et financer la sécurité de la province. Le Roi y voit un auditeur venu fouiller les tiroirs.
Le HĂ©raut observe que lorsquâun Duc distribue les richesses du duchĂ© Ă son peuple, ce qui a Ă©tĂ© fait, le HĂ©raut en fut tĂ©moin, le Roi appelle cela acheter les pauvres. Et que lorsquâun Roi Ă©pouse une pirate dont les caisses dĂ©bordent dâor maritime, le Roi appelle cela « lâamour ».
Le Héraut ne juge point. Le Héraut constate.
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đ§Š LA PAROLE Ă LA CHAUSSETTE*la Royale Chaussette des Traditions se racle la gorge, ce qui est un exploit pour un textile*Miaou.
Quelquâun a fait parler la Chaussette sans son consentement pour accuser son gardien de traĂźtrise. Miaou. La Chaussette tient Ă prĂ©ciser quâelle nâa JAMAIS dit ça. Miaou. La Chaussette Ă©tait endormie. La Chaussette dormait PROFONDĂMENT dans une poche doublĂ©e de soie. Miaou.
La Chaussette exige quâon retrouve lâIMPOSTEUR qui lui vole sa voix. La Chaussette rappelle quâil nây a que TROIS Chaussettes Royales et que la contrefaçon de marionnette est un crime contre la Couronne.
Miaou. La Chaussette a aussi remarquĂ© que le Roi sent le soufre le soir. Miaou. La Chaussette a un bon nez. Enfin. La Chaussette nâa pas de nez. Mais si elle en avait un. Il piquerait. Miaou.*la Chaussette se rendort dans sa poche avec un air de dignitĂ© offensĂ©e*Le HĂ©raut tient Ă prĂ©ciser quâil nâendosse point les propos de la Chaussette des Traditions, mais reconnaĂźt son droit imprescriptible Ă miauler.ââââââââââââââââââââââââ
Le HĂ©raut DĂ©chaussĂ© est un organe de presse indĂ©pendant placĂ© sous la protection bienveillante du Duc Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ, Duc de RuthvĂ©nie, descendant de SEPT Ă©chansons royaux, Gardien hĂ©rĂ©ditaire des Ătangs et protecteur occasionnel de sous-vĂȘtements errants.Le HĂ©raut ne juge point. Le HĂ©raut constate.Toute ressemblance avec des personnages existants serait une coĂŻncidence que le HĂ©raut trouverait fort amusante.