La Propagande
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Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la (...)
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Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous faites du bruit ou non. Nous somme légions. En vrai oui, je ne suis pas seule à ouvrir plusieurs yeux sur la vie de tous et chacun. Commencont donc par une Kramarade Sicilienne que nous avons suivit 72 heures dans son quotidien a son insu. Il existe des carrières que l’on construit avec patience. On commence petit. On apprend un métier. On se forge une réputation. On gravit les marches une à une avec cette constance un peu terne qui fait les grands serviteurs de l’État et les excellents fabricants de meubles. Puis il existe Fwinette Dei Machiavelli. Chez elle les marches ne sont pas gravies. Elles sont examinées sous tous les angles pour déterminer si elles sont revendables puis éventuellement démontées pendant que le propriétaire regarde ailleurs. Je vous demande donc ce soir de fermer les volets de Radio Nécrotoile et de vérifier par pure précaution que vos véhicules sont encore là où vous les avez laissés. J’ai devant moi un dossier suffisamment épais pour assommer un fonctionnaire kralandais et suffisamment étrange pour qu’un Brun y voie un manuel de savoir-vivre. Il commence presque innocemment. Au début du mois d’août Fwinette apparaît dans nos archives comme une citoyenne absolument respectable puisqu’elle consomme une chambre pour trente MØ puis un repas de luxe pour cinquante MØ. Cela n’a l’air de rien. C’est précisément ce qui m’inquiète. Les grandes catastrophes commencent rarement par quelqu’un qui entre dans une auberge en criant qu’il volera bientôt une camionnette remplie de sous-vêtements historiques. Elles commencent par quelqu’un qui mange correctement et paie sa chambre. L’Histoire est fourbe. Son nom reparaît ensuite au milieu d’une affaire qui allait donner une première définition très personnelle du mot sécurité. En Forêt de Jade la situation militaire est déjà assez absurde pour nécessiter des diplomates et assez diplomatique pour nécessiter des armes. Dans ce climat délicat Fwinette s’intéresse à une Défense Laser. À minuit trente-trois le 15 août la fameuse défense attire son attention. Elle tente de s’en emparer. La machine possède toutefois une conception extraordinairement réactionnaire de la propriété privée et lui tire dessus. Douze minutes plus tard une alarme reçoit à son tour les honneurs d’une tentative de récupération. Fwinette finit par se livrer à la justice puis accomplit sa peine. Voilà déjà une admirable leçon de diplomatie cybermondiale. Les gouvernements discutent pendant des pages de souveraineté et de frontières alors qu’une défense laser exprime tout cela en une fraction de seconde avec une lumière très vive. Or c’est ici que notre Kramarade introduit dans la pensée politique un concept qui mérite sa place à côté du droit des peuples et de l’autodétermination. Selon Fwinette il n’est pas question de vol. Elle pratique le déplacement de sécurité destiné à protéger les bâtiments critiques. Les Fées lui auraient subtilisé des biens pour une valeur d’environ quatre mille et la situation exigerait donc qu’elle mette les bouchées doubles pour faire pencher la balance vers la paix. J’admire profondément cette doctrine. Voler un objet est vulgaire. Le déplacer pour sa propre sécurité est une politique publique. À ce compte la prochaine personne qui emportera mon microphone sans permission sera immédiatement reconnue comme ministre de la Conservation Radiophonique. Fwinette ajoute qu’elle ne poursuit aucun intérêt personnel et invoque même sa qualité de Kralandaise ainsi que ses valeurs d’abnégation. Je ne vois aucune raison de douter d’un raisonnement aussi admirablement circulaire. L’abnégation consiste manifestement à accepter le lourd sacrifice moral de transporter les biens d’autrui afin que leur ancien propriétaire n’ait plus à s’en soucier. Aya Ravenloft ne semble d’ailleurs pas traumatisée au point de renoncer à la conversation. Elle confirme que ses gens sont venus récupérer leurs affaires sans avertissement et précise qu’aucune Fwinette n’a été maltraitée durant l’opération. Elle replace elle-même les incidents du laser et de l’alarme dans le calendrier puis transforme la querelle en invitation suffisamment équivoque pour que le dossier diplomatique commence à ressembler à une correspondance qu’un archiviste pudique rangerait tout en haut de l’étagère. Elle se dit prête à pardonner ce léger écart pour la paix et propose à Fwinette de venir faire connaissance dans sa chambre devenue bureau ou dans son bureau devenu chambre selon les nécessités de la diplomatie. Il est rassurant de constater que même lorsqu’une défense laser intervient entre deux citoyennes le Cybermonde conserve le sens du dialogue. Les concernées peuvent évidemment venir expliquer à Radio Nécrotoile où finit la négociation et où commence la couette. Nous établirons un schéma institutionnel. Mais ce premier épisode n’est encore qu’une esquisse. Il nous faut avancer jusqu’à cette magnifique nuit où Fwinette va réussir à condenser dans moins d’une demi-heure davantage de carrière judiciaire que certains magistrats dans une vie entière. À Structural elle aperçoit le Camion nommé Cercueil mobile de Seraphiel Ravenloft et tente d’en supprimer la personnalisation. Je trouve déjà la formule extraordinaire. Elle ne vole pas le véhicule. Elle s’intéresse à son identité. C’est une forme de thérapie automobile particulièrement invasive. L’opération suffit pourtant à la rendre recherchée. La police tente de l’arrêter puis l’arrête effectivement et la conduit en prison. Sa peine est achevée presque immédiatement. Elle ressort donc de Structural avec la grâce particulière de ceux qui ont eu le temps de connaître l’appareil judiciaire sans que celui-ci puisse se souvenir durablement de leur visage. Cinq minutes plus tard environ Kether Dei Machiavelli la recommande afin qu’elle puisse se domicilier sans délai à Accalmie. Elle devient habitante de la ville. Une minute après Kether, alors bourgmestre, la nomme Juge. Je vous laisse mesurer la pureté institutionnelle du moment. À une heure vingt-sept elle trafique l’identité d’un camion. À une heure vingt-neuf la police la met en prison. À une heure trente-quatre elle change de domicile. À une heure trente-cinq elle devient magistrate. Il n’y a pas là d’instabilité. Il y a une mobilité professionnelle remarquable. Le Cybermonde souffre d’un excès de préjugés envers les reconversions rapides. La nouvelle Juge ne perd naturellement pas de temps à pratiquer cette Justice dont elle vient d’acquérir la responsabilité par la méthode traditionnelle dite de la personne disponible. Stella Darnus voit sa peine prolongée d’un jour pour vol. J’insiste parce que les archives aiment les symétries que les vivants trouvent embarrassantes. C’est donc une femme sortie de prison quelques minutes auparavant après une affaire de véhicule qui prolonge une peine pour vol. Cela s’appelle la jurisprudence vécue. Puis Fwinette impose à Stella une marche humiliante. Stella profite de la marche pour s’échapper. J’ignore si l’humiliation faisait partie de la sentence ou du résultat. Dans les deux cas la Justice avait bougé et c’est souvent ce qu’on lui demande. Quelques minutes plus tard Bob le kasque blue recommande à son tour Fwinette mais cette fois pour Structural. Puis survient la seule phrase de ce dossier que je n’aurais pas osé inventer tant elle possède la beauté nue des grandes inscriptions funéraires. Fwinette démissionne de son poste de Juge en expliquant simplement Trop dur pour moi ce poste Trop de responsabilités.. Elle retourne alors se domicilier à Structural. En moins d’une demi-heure elle aura été suspecte puis détenue puis libérée puis résidente d’une province puis Juge puis exécutrice d’une peine puis spectatrice d’une évasion puis ancienne Juge puis résidente d’une autre ville. Certains passent une vie à chercher leur vocation. Fwinette en essaie plusieurs avant le petit déjeuner. Et maintenant il faut entrer dans la partie du dossier qui transforme cette femme en ce que je qualifierai avec toute l’impartialité professionnelle dont je suis capable de catastrophe cadastrale dotée de jambes. Le 27 août au soir Fwinette quitte le complexe garagiste Sur la sellette puis entre dans l’Hôtel L’open space. Elle visite le commerce. Elle prend un repas de luxe pour trente-neuf ¢¢ dont quatre ¢¢ alimentent l’impôt et le repas est déclaré nourrissant. Cela paraît banal si l’on oublie qu’au même moment son regard commence à dresser une cartographie presque amoureuse du parc automobile de Structural. La ville n’a plus des rues. Elle possède des cases où sont rangées les possessions futures de gens qui ne savent pas encore qu’ils participent à une étude. Elle apprend ainsi que la Ford Mustang Shelby de PaulSernine se trouve sur la rue d'a coté et que Titine la voiture de sport de Jean-Messie de la Nation repose dans la ruelle derrière. Une roulotte portant le nom délicieusement rassurant de Ses Grands Morts se trouve en visuel. Le Camion Bleu de Patrick DePouch est aussi de sortit.. Le Cercueil mobile de Seraphiel Ravenloft, déjà familier de notre héroïne administrative, est aussi là . Le MOTOKULTEUR de Bob le très très terrible attend dans un coin noir. Le Camion-Panda de Zéphiria de Pont-Krivell se trouve aussi dans ce carambolage de l'enfer. Le Big Buck Bus de Buck Le Lynx Laramie est garé en double file. Le camion FWINETTE3.0 appartenant à Fwinette elle-même est également en zonage piéton et sa moto BossGoss au garage. Je trouve essentiel qu’une personne surveillant les véhicules des autres surveille aussi les siens. C’est la preuve irréfutable de son impartialité. Le recensement se poursuit. La Nabla Mobile de Monique Quiès. Le Petit Kamion Du Bonheur de Elyna partage le fameux stationnement double. Le W.H.I.N.O de Jacques St Misles . La Pacificatrice Mobile de La Pacificatrice. Spidi la moto de Falkorn. Masque possède un Vélo tandis que PaulSernine, qui manifestement refuse de confier toute sa mobilité à une seule mécanique, possède aussi le Vélo Kivavite. Un Cheval Dressé nommé Khan-2000 attend mangeant du foin. Ce n’est déjà plus un quartier. C’est une exposition universelle des moyens de quitter rapidement les lieux. Puis viennent les embarcations. Kirouille de Minskirouille, La moustache Sauvage de Buck Le Lynx Laramie, MF BOAT de Joe le très très terrible, l’anstagrim boat de Théo Thumb, le modestement baptisé Sous-marin Nucléaire d’Attaque et de Défense de PaulSernine, Le radeau de la Mamy de Monique Quiès et Boats boats boats de Jean-Messie de la Nation Une vedette garantie sans Toudou se trouve au même endroit tout comme la Méga Vedett de Megakra. Je ne sais pas ce qui me fascine le plus. Qu’une seule personne ait connaissance de cette quantité de véhicules ou que PaulSernine soit représenté dans la même ville par une Mustang, un vélo et un kayak proclamé sous-marin nucléaire. Si jamais une révolution éclate sous l’eau à Structural nous savons désormais qui possède le matériel doctrinal nécessaire. Fwinette ne se contente cependant pas de savoir où dorment les véhicules. Elle entre dans le bureau. Un Garde du Corps rejoint le groupe de Elyna. Elle passe ensuite d’un bureau à une chambre puis d’une chambre à une autre avant de dormir. Son repos lui coûte vingt-sept ¢¢ de taxe foncière. Elle verse cent vingt ¢¢ de salaires à ses employés et la prescription fait disparaître un délit de Voler. Rien ne rend le sommeil plus réparateur qu’un réveil dans lequel l’administration a oublié une infraction. Elle ressort ensuite de L’open space puis pénètre discrètement dans un Complexe Quincaillier où elle visite encore le commerce et le bureau. Il faudrait avoir l’esprit terriblement mal placé pour voir dans cette série de déplacements autre chose qu’une femme passionnée par l’architecture intérieure. Pendant ce temps ses oreilles travaillent aussi bien que ses jambes. Autour d’elle se rassemble une petite société qui ferait perdre la raison à un diplomate convenablement élevé. Patrick DePouch, plusieurs Maîtres d’Armes, un Service de sécurité, Stella Danus et un Garde du Corps rejoignent le groupe de La Pacificatrice. Aya Ravenloft et cette dernière discutent d’abord de combats de polochons et des conditions légales nécessaires pour qu’un oreiller puisse devenir une affaire publique. Aya explique qu’on lui refuse généralement ce genre d’activité et qu’elle ne transporte donc jamais de polochon puisque la pratique serait illégale hors d’une arène. La Pacificatrice se déclare trop timide puis prie Aya de ne pas profiter de cette faiblesse pour tenter de la séduire puisque cette fois elle pourrait ne pas résister. Aya lui répond qu’elle ne voit aucune raison de recommencer une tentative qui n’a pas fonctionné la première fois. C’est ainsi que la haute géopolitique se pratique à Structural. Avec des Casques Bleus, des affaires militaires et la nécessité urgente de déterminer la réglementation applicable aux oreillers. La Pacificatrice confesse ensuite qu’elle se sent affaiblie depuis qu’on lui a volé ses gravures. Aya lui répond qu’une relique est utile pour faire la guerre sans être indispensable et que posséder ce genre de bien rend surtout vulnérable aux voleurs tout en plaçant son détenteur dans une défense permanente. Elle ajoute que les dessins présents à l’intérieur sont franchement répugnants. La Pacificatrice préfère pour sa part son potichat qui n’en fait qu’à sa tête mais qu’elle affirme adoré de toute la ville au point qu’un complexe pénitencier aurait été rebaptisé en son honneur. Aya évoque alors Merula dont elle dit qu’il agit à sa guise partout où il passe et cite notamment l’Hélénie. Le détail est important parce que lorsque l’on surveille une salle pleine de responsables armés il est toujours bon de savoir quels animaux bénéficient d’une réputation municipale. La conversation glisse vers le Cruisader. Aya taquine Kether Dei Machiavelli sur le fait que la Forêt de Jade ne serait que sa deuxième province préférée. Elle explique que dans la forêt on n’a guère le temps de parler tandis qu’à Structural on peut apparemment rester dans les hôtels sans se faire voler. Je laisse cette déclaration reposer doucement à côté du dossier de Fwinette. Je n’ai pas besoin de l’aider. Aya envisage même une visite touristique du Cruisader avant de s’apercevoir que l’immense navire semble avoir disparu. Kether répond que sa deuxième province préférée pourrait bientôt bouleverser son classement et jette un regard vers Martina. Il affirme également que lui et les siens sont présents pour la Paix et pour faire avancer leur projet. Tant que personne ne se dirige vers une escalade de crasses il n’existerait selon lui aucune raison de voler la population. Voilà une phrase formidable parce qu’elle fait du vol non pas une faute mais un indicateur de mauvaise ambiance. Aya explique ensuite qu’elle a toujours peur d’aller à Trou Perdu parce qu’on peut facilement y finir comateux. Elle décrit le gigantesque bateau aperçu dans la rivière et disparu depuis. La Pacificatrice annonce cinq minutes de pur danger pour Aya. Aya répond qu’elle a été transportée rapidement et qu’elle s’apprête maintenant à tenter quelque chose de fou. La Pacificatrice demande naturellement quoi. Peu après PaulSernine quitte son propre groupe et Aya revient avec cette révélation absolument bouleversante. Elle est entrée seule dans une chambre. Elle qualifie l’expérience de terrifiante. Puis elle précise qu’elle ignore qui la surveille mais qu’elle répondra volontiers aux questions et avertit qu’on ne trouvera pas de photo d’elle sur elle. Il existe des moments où une espionne n’a rien à faire. Elle peut simplement s’asseoir très calmement et laisser la cible lui fournir elle-même les renseignements pratiques. La Pacificatrice finit par demander si l’endroit est devenu le salon des employés. Elle cherche ensuite des nouvelles de Makoto et Stella qui semblaient avoir apprécié Structural. Kether affirme qu’il faut savoir vivre dangereusement et défend même le charme de Trou Perdu. Concernant le Cruisader il suppose que le capitaine s’est perdu tout en saluant une météo assez clémente pour éviter l’empalement sur un iceberg. Aya répond que Stella a cessé de faire de la prison et compte s’occuper de choses plus tranquilles tandis que Makoto serait rentrée chez elle préparer un spectacle et ne devrait probablement pas revenir. Puis Aya revient à Trou Perdu qu’elle juge beaucoup trop urbanisé à son goût et rappelle que ses propres villes sont moins denses. Elle précise même que l’on pourrait pêcher des poissons dans la piscine du Cruisader et décide d’attendre que le navire se rende en Sibéria. Je ne peux pas améliorer une conversation où un bâtiment de guerre finit évalué selon ses possibilités de pêche. Et alors arrive Cassandra. Elle annonce avoir débarrassé tout le monde d’un vilain Falkorn puis demande avec une modestie absolument royale si elle n’est pas trop bonne. Elle reproche ensuite à La Pacificatrice de devoir mieux travailler pour arrêter les voleurs. Aya demande à Cassandra si l’extérieur n’est donc pas dangereux puisqu’elle a réussi à arriver jusque-là . Kether se plaint à Jean-Ronaldoe de la Patrie que la trappe d’Aya n’aura pas tenu longtemps et accuse Falkorn de l’avoir dérobée. Il espère même que l’intéressé y aura laissé une main. Cassandra assure pour sa part que tout est calme. La Pacificatrice félicite Cassandra avec enthousiasme puis reconnaît qu’elle était peut-être trop occupée à la surveiller pour régler le reste. Cassandra explique alors à Kether qu’elle a fait le ménage en sa qualité de maid et que Falkorn l’attend en prison s’il veut récupérer sa trappe. À La Pacificatrice qui plaisante sur la surveillance elle répond que si on veut réellement la surveiller il faudra faire mieux puisque la prison de Forum lui a déjà paru fort agréable. Kether remercie sa bienfaitrice et regrette de ne pas avoir eu le temps de décorer ni de personnaliser la trappe avant son vol. Il promet de se venger. Aya estime que si Falkorn s’est blessé pendant l’affaire il l’a bien cherché et s’étonne de le voir persister après avoir déjà subi des vols deux fois ainsi que la destruction d’un bâtiment. Elle lui conseille en substance de changer de profession. Tout cela a été entendu autour de l’orbite de Fwinette. Je précise par discipline que les accusations qui circulent dans une pièce ne deviennent pas vérités simplement parce qu’une oreille professionnelle les recueille. Si cette règle n’existait pas la moitié du Cybermonde serait légalement coupable avant le dessert. Le lendemain Fwinette applique cette grande méthode de travail qui consiste à ne jamais s’arrêter au salon quand les chambres contiennent davantage d’informations. À la Villa Le refuge elle observe un bureau où cinq unités de Pétrole cohabitent avec quinze Viandes, une Fleur, quatre Roses, une Clef Vierge, une Alarme Électronique, sept Parfums, un Ordinateur et un Agenda Électronique. Je sais que certains auditeurs se demanderont pourquoi retenir jusqu’au nombre de roses. Parce que ce sont précisément les détails inutiles qui deviennent importants le jour où quelqu’un nie avoir possédé quatre roses. L’Histoire est une vieille dame mesquine. Dans une autre chambre elle découvre dix-huit Bois, quatre Cailloux, un Outils de Voleur, un Stéthoscope, un Téléphone Portable et un Canard en Plastique. J’aimerais attirer votre attention sur l’élégance de cet ensemble. Un outil de voleur pour entrer. Un stéthoscope pour vérifier que la victime vit toujours. Un téléphone pour demander conseil et un canard en plastique pour préserver une part de mystère. Il faudrait une équipe entière d’universitaires pour établir la doctrine à laquelle répond cet inventaire et je doute sincèrement qu’ils en sortent meilleurs. La chambre où se trouve Ubayashi Hayako est encore plus riche. Huit Céréales y voisinent avec quatorze Plantes Médicinales et huit Plantes Magiques. Un Verre attend non loin d’un Équipement de Survie. Il y a une Truelle, une Pioche, un Sac à Dos, deux Parfums, un Localisateur, une Épée Magique, un Rasoir, une Plaque de Protection, cent dix Essences, un Ossements et cinq Vieilles Clefs. Le localisateur m’amuse beaucoup. Toute personne gardant un Localisateur dans une pièce désormais localisée par Fwinette participe à une expérience philosophique. Quant aux ossements je refuse de spéculer. Radio Nécrotoile possède des standards. Après tout cela Fwinette dort. Au réveil les autorités gouvernementales ou provinciales lui ont fait perdre mille cent soixante-douze Éf. S’ajoutent les taxes foncières et les salaires. C’est un moment d’une grande importance morale. Après deux jours à examiner les biens des autres la puissance publique examine les siens et en prélève une partie. Ce n’est pas une punition. C’est un dialogue entre professionnels. Le 29 août marque néanmoins le passage à une nouvelle dimension. Fwinette engage un Complice. Je ne donnerai pas à ce mot une connotation malveillante. Peut-être s’agissait-il simplement d’un assistant administratif particulièrement souple sur la notion de serrure. Toujours est-il que ce Complice apporte surveillance et couverture. Peu après le travail de renseignement sur les véhicules reprend à Structural. Le Camion Bleu de Patrick DePouch, le Cercueil mobile de Seraphiel Ravenloft, le MOTOKULTEUR de Bob le très très terrible, le Camion-Panda de Zéphiria de Pont-Krivell, le Paix2Koin² Truck de Roger St Misles, le FWINETTE3.0, le W.H.I.N.O de Jacques St Misles, la Pacificatrice Mobile et la BossGoss font notamment partie des véhicules connus de son réseau d’observation. Les kayaks et vedettes ne sont pas oubliés. On ne sait jamais quel ennemi de la paix tentera de fuir en pagayant. Je ne sais pas quelle cérémonie accompagne ce genre de progression mais j’espère sincèrement qu’on lui remet une paire de jumelles dans un écrin et que tous les propriétaires de véhicules du voisinage ressentent soudain un courant d’air froid. Le perfectionnement arrive à point nommé puisque quelques heures plus tard le Camion-Panda de Zéphiria de Pont-Krivell passe du statut de véhicule observé à celui d’objet d’étude pratique. Entre dix-sept heures trente-trois et dix-sept heures trente-cinq Fwinette pénètre par effraction dans le Camion-Panda. Elle le ramasse puis commence à retirer ce qui s’y trouve. Deux cent six Essences sortent d’abord du véhicule avec un Catalyseur et un Système Antivol. Je vais répéter doucement cette dernière pièce pour les auditeurs occupés à servir le thé. Le Système Antivol. Il est retiré du camion qui vient d’être forcé. Il existe des objets dont le nom se transforme brusquement en commentaire sarcastique de l’univers. Mais l’inventaire n’est pas terminé. Fwinette retire encore un Or, deux Laines, un Œuf Mutant, vingt Planches, un Papier, un Parfum, un Détonateur, vingt-quatre Essences supplémentaires, deux Anneaux en Or, un Ours en Peluche, deux Photos Érotiques, un Tableau et une Paire de Boules Quiès. Je demande un instant de silence. Non pas pour le camion. Pour l’archiviste qui a dû constater qu’un seul véhicule contenait simultanément un détonateur, un œuf mutant, des photographies érotiques, des bijoux, vingt planches et un ours en peluche. Zéphiria n’avait pas un camion. Elle possédait l’arrière-boutique d’une prophétie. Kilémalin prend alors une direction différente et Fwinette le donne anonymement à Elyna. Je n’établis aucun lien particulier entre le nom Kilémalin et l’opération en cours. Mais qui est Elyna. L’Arcane avait probablement déjà été baptisé par quelqu’un qui connaissait l’avenir. Le Camion-Panda lui-même est ensuite remis anonymement au Complice. Ce détail est essentiel. L’anonymat est une manière raffinée de ne pas imposer au bénéficiaire le poids émotionnel de la gratitude. Puis vient Patrick DePouch. À lui Fwinette remet une Tentation Royale. Elle lui donne également une Culotte de Mina & Lilith et une seconde nommée Culotte de la Reine Elune Von Voda. Suit un Papier intitulé Photo coquine de Vesper. Puis une Bague de mariage en lierre. Puis la Bague de Fiançailles de Zéphiria. Puis une Peluche de Rosalia de Pont-Krivell. Puis une Paire de Boules Quiès. Puis trois Vieilles Clefs. Je sais ce que vous êtes en train de penser. Non. Je n’ai pas changé de dossier pour lire l’inventaire d’une chambre après une succession particulièrement confuse. Tout cela provient bien du même Camion-Panda. Je veux d’ailleurs défendre Patrick DePouch contre toute conclusion hâtive. Recevoir au cours d’une même opération une culotte de Mina et Lilith, une culotte de la Reine Elune Von Voda, une photo coquine de Vesper, une bague de mariage, la bague de fiançailles de Zéphiria, la peluche de Rosalia, des Boules Quiès ne prouve rien. Cela pose seulement énormément de questions dans un ordre que la décence interdit de déterminer. ![]() Trois minutes plus tard environ Fwinette installe un Tableau au Palais du Gouverneur. Son titre est À la Nation reconnaissante. J’ai longuement considéré la possibilité de faire un commentaire puis j’ai compris que le tableau avait déjà tout fait à ma place. Après avoir vidé le Camion-Panda de Zéphiria, distribué plusieurs souvenirs personnels et confié le véhicule à un Complice la Nation reçoit un tableau de reconnaissance. C’est du mécénat circulaire. Mais Fwinette n’est pas faite pour contempler ses œuvres. Elle reprend la route. Elle traverse Irendol puis Sicilia et arrive à Bamboutopia. Là commence une visite dont les offices de tourisme pourraient difficilement reprendre l’itinéraire sans provoquer une hausse des primes d’assurance. Dans un Complexe Armurier son observation atteint notamment un bureau où se trouve Pazuzu. Quatre Champignons y voisinent avec huit Gousses d’Ail, quatre Prospectus Électoraux, quatre Baumes de Soins et deux cents Essences. Je ne sais pas si l’ail sert contre des vampires ou contre des candidats. Les quatre prospectus électoraux rendent les deux hypothèses raisonnables. Au Campus Universitaire Eurêkoin l’ambiance change nettement. Un bureau abrite cinquante-cinq Soldats et un Démon Mineur. Je trouve que cinquante-cinq Soldats dans un bureau constituent déjà une difficulté de mobilier. Ajouter un Démon Mineur relève d’un mépris admirable des règles d’occupation maximale. Fwinette observe tout cela et continue. À l’Hôtel Le Fantasme elle repère dans un bureau deux Malabars, un Camion et seize Vieilles Clefs. Je ne sais pas ce que les Malabars gardent ni pourquoi seize clés sont nécessaires mais l’existence d’un camion dans un bureau me convainc que la question des normes architecturales avait déjà cessé d’intéresser Bamboutopia. La Maison de vacances Ravenloft livre ensuite plusieurs petites merveilles. Dans un bureau se trouvent une Truelle, une Canne à Pêche, un Manuel de bricolage, un Filet de pêche et un Bâton. Une chambre contient deux Planches, un Livre, un Oreiller, deux Montres et deux Rasoirs. Une autre chambre renferme une Corde, six Ours en Peluche et deux objets que même l’observation ne parvient pas à identifier. Je ne veux accuser personne de quoi que ce soit. Je dirai simplement qu’une corde entourée de six ours en peluche et de deux objets mystérieux possède l’énergie très particulière d’un anniversaire qui a pris une mauvaise direction. Le Musée Impérial n’est pas épargné par la curiosité de Fwinette. Une chambre y contient un Valet, une Ration de Survie, une Fleur et un Camion. Encore un camion dans une chambre. Je commence à soupçonner qu’en Irendol la catégorie architecturale appelée chambre signifie seulement endroit où l’on a réussi à fermer une porte derrière quelque chose. Après cette inspection Fwinette passe par le Au Gros Bambou Médical et consomme cinq Soutiens Psychologiques. Je refuse d’y voir un signe de fragilité. Après avoir trouvé cinquante-cinq soldats dans un bureau et des camions dans des chambres j’aurais personnellement demandé six soutiens et une bouteille. Puis les choses deviennent sérieuses. Un affrontement est enregistré autour du groupe de La Pacificatrice. On y trouve notamment Patrick DePouch, vingt-huit Soldats, trente-sept Clones, plusieurs Maîtres d’Armes, un Service de sécurité, un Garde du Corps, un Soldat Déserteur et Maître Kirby face à cinquante-cinq Soldats. Un Garde du Corps meurt. Un autre combat implique également un Démon Mineur. Or quelques heures plus tôt Fwinette avait observé précisément cinquante-cinq Soldats et un Démon Mineur dans le campus. Je ne dirai pas que ces deux éléments sont liés. Je suis beaucoup trop impartiale pour affirmer une chose qui ne figure pas dans les preuves. Je dirai seulement qu’une femme observe cinquante-cinq soldats et un démon puis qu’un groupe auquel appartiennent plusieurs de ses proches se bat ensuite contre cinquante-cinq soldats et qu’un démon apparaît également dans les combats. Ce sont peut-être deux cinquante-cinq entièrement différents et deux démons ayant choisi la même journée pour sortir. Le Cybermonde est vaste. Les coïncidences y voyagent en troupe. Si La Pacificatrice, Patrick DePouch ou Maître Kirby souhaitent venir m’expliquer que tout cela est parfaitement fortuit les portes du studio leur sont ouvertes et j’ai déjà préparé une chaise suffisamment solide pour accueillir leur innocence. Comme si la journée n’avait pas encore suffisamment manifesté son opinion sur elle Fwinette est ensuite victime dans Milieu d’un Tunnel Termondique de magnitude deux. Une Essence est détruite. Voilà qui me touche. Elle avait retiré deux cent six Essences puis vingt-quatre autres du Camion-Panda et l’univers lui en reprend une. C’est peu mais le geste est symbolique. Même la géologie tient parfois une comptabilité. Pendant tout cela la famille Dei Machiavelli ne cesse pas d’exister autour d’elle. M. Faucher Dei Machiavelli fait circuler par le réseau de l’organisation Cochon chien un Collier de Charme vers son Complexe Alchimique L’Atelier Noir. Quelques jours plus tard il y fera encore transférer dix Potions de Rapidité. Je ne prétends pas que cela ait le moindre lien avec Fwinette. Je constate seulement qu’au milieu d’un dossier comprenant des véhicules, des effractions, un Complice, des transferts d’objets et une carrière judiciaire d’un quart d’heure la parenté maintient une infrastructure appelée Cochon chien pour envoyer des objets vers un Atelier Noir. Certaines familles ont un album de photographies. D’autres ont une logistique. Puis vient la dernière nuit d’août et je dois reconnaître que Fwinette réussit à conclure son mois avec une élégance qu’aucun éditorialiste n’aurait pu exiger. La veille à vingt-trois heures dix-neuf elle remet son Camion FWINETTE3.0 à Patrick DePouch. À minuit une le 31 août Patrick le lui rend. C’est un échange si rapide qu’il ressemble moins à un transfert de propriété qu’à un salut protocolaire entre deux personnes qui utilisent des camions comme d’autres échangent une poignée de main. Dans le même instant Fwinette observe une Photo Érotique intitulée 15. Aya Ange. L’expérience n’a aucun effet. J’insiste sur ce résultat parce que la science mérite la publication de ses échecs. Aya Ravenloft, dont le nom s’était déjà retrouvé dans les conversations de Structural où elle avertissait d’ailleurs les éventuels surveillants qu’ils ne trouveraient pas de photo d’elle sur elle, se retrouve donc indirectement présente sous forme d’image. L’image ne produit rien. Voilà une donnée. Je ne tirerai aucune conclusion sur l’état émotionnel de Fwinette. Radio Nécrotoile ne pratique pas la psychanalyse des photographies érotiques avant le café. À minuit sept Fwinette dépose le FWINETTE3.0 puis verse cent trente Essences dans sa Moto de Course BossGoss. Elle entre dans le Complexe Ferroviaire Tendi Neet et adresse à Kether Dei Machiavelli cette question fondamentale que tant de gouvernements auraient dû poser avant de lancer une guerre, tu vas où. Une minute plus tard Kether rejoint le groupe de Fwinette de sa propre initiative puis quitte le groupe toujours de sa propre initiative. Il aura ainsi passé moins de temps dans son groupe que Fwinette dans la magistrature. Je commence à soupçonner une tradition familiale. Fwinette poursuit ses allées et venues dans l’hôtel, les chambres et les bureaux puis sort de L’open space à zéro heure quarante-six. À zéro heure quarante-sept elle entre dans un Pré. Et c’est ici que s’ouvre le dernier acte. Après les lasers, les prisons, les postes de Juge, les véhicules, les chambres surveillées, les sous-vêtements royaux, les photographies, les soldats, les démons et les tunnels termondiques le grand adversaire final de Fwinette Dei Machiavelli apparaît. Un Mouton. Le travail commence sous les meilleurs auspices. La motivation permet à Fwinette d’accomplir sa tâche deux fois plus vite. Elle élève un Mouton sans verser le moindre impôt et l’animal rejoint son groupe. Une minute plus tard elle lui ordonne de quitter le groupe. Voilà qui aurait pu conclure cette relation avec une dignité presque pastorale. Mais non. Vers une heure trente-neuf Fwinette entreprend de capturer un Mouton. Elle échoue. Le Mouton choisit le combat. Fwinette parvient à fuir et l’affrontement cesse. Puis l’affaire recommence. Nouvelle tentative. Nouvelle incapacité à imposer à l’ovin une interprétation favorable de la captivité. Nouveau combat. Nouvelle fuite. Les registres répètent la séquence plusieurs fois. Je refuse de fixer un nombre absolu puisque l’archive elle-même répète les entrées avec cette insistance presque traumatique qui caractérise les témoignages d’anciens combattants. Ce qui compte est le principe. Fwinette, Observatrice de niveau six, survivante des policiers, ancienne Juge, exploratrice du Campus aux cinquante-cinq soldats, ouvreuse de Camion-Panda et spécialiste de la protection involontaire des biens d’autrui se fait repousser à plusieurs reprises par un mouton. Il faut respecter les grands adversaires. À la fin cependant Fwinette[/b) l’emporte. Le Mouton est capturé. Il rejoint son groupe. Il aura fallu davantage d’engagement pour convaincre cet animal que pour obtenir un poste de Juge en Forêt de Jade mais c’est précisément pour ce genre de comparaison que nous conservons des archives. À une heure quarante [b]Fwinette retourne dans un bureau de L’open space et cette fois elle ne prend même plus la peine de se montrer discrète. Je considère qu’après avoir livré bataille à un ovin plusieurs fois dans la nuit une certaine perte de subtilité est médicalement acceptable. Cinq minutes plus tard un feu d’artifice éclate en ville avec un message destiné au moral de la population. Je ne peux pas vous offrir une meilleure fin. Il y a des conquérants qui terminent leur campagne par une proclamation. Des monarques qui commandent un Te Deum. Des révolutionnaires qui font sonner les cloches. Fwinette Dei Machiavelli termine une nuit de combat contre un mouton par un feu d’artifice servant à vérifier le fonctionnement d’un microphone. Je me sens personnellement attaquée par la perfection radiophonique de cet événement. Et pourtant ce serait une erreur de réduire Fwinette à ses vols. Même Golgoth Landraël II a compris qu’elle était devenue davantage qu’une simple voleuse lorsque sa propagande confédérée a décidé d’en faire presque une cause géopolitique. Il l’a présentée comme une Casque Bleu sous faux casque de plastique de mauvaise qualité. Il l’a accusée d’alimenter les tensions en Forêt de Jade par ses larcins et a même suggéré que sa vie criminelle liée à la mafia pouvait expliquer son comportement. Dans cette lecture particulièrement généreuse envers la causalité Fwinette aurait presque retardé à elle seule la signature de la paix et empêché la Confédération d’obtenir les compensations qu’elle méritait selon elle-même. C’est un honneur rare. Beaucoup de gens commettent des délits. Très peu obtiennent qu’un Ministre de l’Information leur attribue personnellement l’échec d’une paix internationale. À ce stade on ne possède plus un casier. On possède une politique étrangère. Ces accusations restent naturellement celles de Golgoth et je les lui laisse avec le soin jaloux qu’on réserve aux objets dont on connaît le propriétaire. Voilà donc Fwinette Dei Machiavelli. Au début du mois elle loue une chambre et mange un repas de luxe. Puis elle s’intéresse à une défense laser qui lui répond directement. Elle perfectionne une doctrine où le vol devient déplacement de sécurité. Elle est poursuivie pour l’identité d’un Cercueil mobile puis emprisonnée et libérée avant d’être recommandée par Kether, domiciliée à Accalmie et nommée Juge. Elle condamne Stella Darnus pour vol puis la regarde s’enfuir lors d’une marche humiliante avant de démissionner parce que les responsabilités sont trop lourdes. Elle change encore de domicile. Elle apprend où sont rangés les véhicules de PaulSernine, Jean-Messie, Patrick DePouch, Seraphiel Ravenloft, Bob le très très terrible, Zéphiria, Buck, Monique Quiès, Elyna, Jacques St Misles, La Pacificatrice, Falkorn, Masque, Minskirouille, Joe, Théo Thumb et Megakra. Elle traverse des chambres et des bureaux tout en recueillant les conversations de Aya, Kether, Cassandra et La Pacificatrice. Elle compte les Pétroles, les Viandes, les Roses, les parfums, les plantes magiques, les vieilles clés, les essences et jusqu’au canard en plastique d’un refuge. Elle recrute un Complice. Elle atteint le sixième niveau d’Observateur. Elle ouvre le Camion-Panda de Zéphiria, enlève son Antivol puis pratiquement sa biographie matérielle. Elle distribue une partie de cette mémoire à Patrick DePouch, confie Kilémalin à Elyna, donne le camion à un Complice et place un tableau À la Nation reconnaissante dans un palais. Elle traverse Irendol et Sicilia. Elle inspecte Bamboutopia jusque dans ses bureaux où cinquante-cinq soldats voisinent avec un démon mineur. Elle consomme cinq soutiens psychologiques. Elle voit ensuite passer une bataille comprenant précisément cinquante-cinq soldats sans que je fasse évidemment aucun rapprochement inconvenant. Un tunnel termondique lui prend une Essence. Elle échange FWINETTE3.0 avec Patrick. Elle vérifie qu’une photo d’Aya ne lui fait rien. Elle demande à Kether où il va. Elle élève un mouton. Elle libère un mouton. Elle affronte un mouton. Elle fuit un mouton. Elle recommence jusqu’à capturer un mouton. Puis elle teste un micro avec un feu d’artifice. Je retire donc ce que j’ai dit au début. Ce dossier ne raconte pas la carrière d’une voleuse. Ce serait terriblement réducteur. Il raconte la trajectoire d’une femme qui considère apparemment tout ce que le Cybermonde place devant elle comme une question à laquelle il faut répondre par l’observation, la mobilité, la redistribution ou occasionnellement la lutte contre le bétail. Les frontières ne sont pour elle que des distances entre deux inventaires. La Justice est une activité qu’on peut essayer pendant dix-huit minutes. La propriété privée est une proposition à examiner. Les véhicules ont une existence provisoire. Les objets personnels sont des biens culturels en transit. Les chambres sont des bibliothèques dont les livres auraient été remplacés par de l’essence, des rasoirs et des ossements. Quant aux moutons ils sont manifestement des adversaires politiques beaucoup plus sérieux qu’on ne nous l’avait enseigné. Je suis obligée malgré tout de lui reconnaître une qualité. Fwinette ne traverse jamais un endroit sans lui donner une histoire. Même ses échecs deviennent étranges. Elle ne se contente pas d’être arrêtée. Elle devient Juge. Elle ne se contente pas de voler un camion. Elle retire l’Antivol puis redistribue la lingerie royale et installe un tableau patriotique. Elle ne se contente pas d’espionner un campus. Elle y trouve cinquante-cinq soldats juste avant qu’un combat contre cinquante-cinq soldats n’apparaisse dans les registres. Elle ne se contente pas d’élever un mouton. Elle transforme ensuite un second mouton en duel personnel. Cela ressemble moins à une vie qu’à une succession de preuves déposées devant moi pour soutenir une théorie que je n’avais même pas encore formulée. Ce qui prouve naturellement que j’avais raison depuis le début. Alors Zéphiria de Pont-Krivell, si vous souhaitez nous expliquer ce que faisait réellement votre Camion-Panda avec un Détonateur, un Œuf Mutant, des photographies érotiques, plusieurs bagues, des culottes historiques et une peluche de Rosalia nous écouterons avec la solennité requise. Patrick DePouch, si vous désirez détailler la doctrine stratégique ayant conduit à recevoir précisément cet assortiment nous pouvons prévoir une émission spéciale et une table assez grande pour disposer les pièces à conviction sans mélanger les sous-vêtements avec la politique étrangère. Aya Ravenloft, si vous souhaitez revenir sur la Défense Laser, votre invitation à faire connaissance ou l’existence de cette mystérieuse photographie 15. Aya Ange les lignes sont ouvertes. Kether Dei Machiavelli, vous pourrez nous expliquer comment on passe d’ancienne détenue à Juge en six minutes et si cette procédure est reproductible. Stella Darnus, votre avis sur l’efficacité correctionnelle de la marche humiliante sera accueilli avec respect puisque vous êtes précisément la seule personne dont l’évasion constitue une évaluation pratique du dispositif. La Pacificatrice, vous pourrez naturellement venir parler des cinquante-cinq soldats à condition de ne pas apporter les trente-sept clones faute de chaises. M. Faucher Dei Machiavelli pourra présenter la vocation parfaitement innocente de Cochon chien et Golgoth Landraël II est invité à venir défendre sa théorie selon laquelle une seule Fwinette peut retarder la paix mondiale. Quant au Mouton son droit de réponse demeure entier. Il me paraît après étude l’un des témoins les plus crédibles du dossier. Ici Radio Nécrotoile. Je suis Kleo et comme toujours je vous ai présenté les faits avec une impartialité absolument irréprochable. Ceux qui prétendent le contraire peuvent venir le démontrer en direct. Je vérifierai d’abord où ils ont garé leur camion. |
01/09 (02:42) | ||
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Radio Nécrotoile a écrit :
Aya Ravenloft, si vous souhaitez revenir sur la Défense Laser, votre invitation à faire connaissance ou (...)
Radio Nécrotoile a écrit :
Aya Ravenloft, si vous souhaitez revenir sur la Défense Laser, votre invitation à faire connaissance ou l’existence de cette mystérieuse photographie 15. Aya Ange les lignes sont ouvertes. La défense laser se porte bien et vit depuis une vie tranquille. L'invitation a été proposée par monsieur Jean-Ronaldo de la Patrie, car il n'aimait pas trop le téléphone, alors je suis allé sur place. Il m'a expliqué les projets, pourquoi faire cette frontière et quel était l'objectif. Ça s'est fait en privé, c'est pour ça que ce n'est pas cité ici. Sinon les gens au milieu étaient plutôt gentils et je n'ai pas eu de problème avec ceux présents. Bon ben concernant ces cartes de moi, vu que c'est un sujet qui plaît à beaucoup de monde. ![]() Il est temps d'en parler et cette émission de Kleo semble appropriée. Il existe 20 cartes de moi dans tout le cybermonde. Ce sont des objets que j'ai donnés surtout quand j'étais ministre des affaires étrangères et que j'ai beaucoup voyagé. Dès que la personne était sympathique et accueillante, Elles ne sont pas liées à la personne à qui je l'ai donnée, j'ai fait ça comme si c'était quelque chose à collectionner. Alors peut-être que la première personne qui récupérera les 20 cartes aura quelque chose, une faveur de moi, une invitation spéciale ou une relique qui permet de toujours garder le moral, qui sait ? Même moi je ne sais pas. Je pourrais en parler plus, mais je n'ai pas envie d'embêter les gens avec ça. Pour le moment, juste deux groupes de personnes essaient de rassembler la collection. |
01/09 (09:50) | Aya Ravenloft | |
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Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous (...)
Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous faites du bruit ou non. Nous somme légions. En vrai oui, je ne suis pas seule à ouvrir plusieurs yeux sur la vie de tous et chacun.
Commencont donc par une Kramarade que nous avons suivit 72 heures dans son quotidien a son insu. *La fréquence s’ouvre dans un souffle poussiéreux. Quelque part derrière le studio une armoire d’archives refuse d’abord de s’ouvrir puis cède avec ce petit craquement des meubles qui ont vu passer davantage de gouvernements que leurs propriétaires. Kleo fouille quelques instants dans une pile de dossiers avant d’en retirer une chemise extraordinairement mince. Elle la retourne. Vérifie derrière. L’ouvre. Regarde à nouveau dans l’armoire. Puis revient lentement vers le microphone avec l’expression grave d’une historienne venant de découvrir que son sujet d’étude tient sur approximativement un demi-post-it.* Bonsoir mes petits cadavres administratifs. Certaines personnes traversent le Cybermonde en laissant derrière elles des guerres, des alliances, des enfants illégitimes, trois provinces incendiées et suffisamment de procédures judiciaires pour meubler une émission entière. Certaines carrières nécessitent plusieurs volumes. Certaines existences obligent les archivistes à acheter de nouvelles étagères. Et puis il y a Georgie Plumette. Kralandaise pendant soixante-douze heures. Trois jours. Une révolution terrestre complète multipliée par trois. Quatre mille trois cent vingt minutes offertes à la Glorieuse. Deux cent cinquante-neuf mille deux cents secondes durant lesquelles cette femme aurait pu devenir Ministre, trahir un gouvernement, rejoindre une organisation secrète, être condamnée, réhabilitée, nommée Juge, destituée, reconstruire une province ou simplement acheter du fenouil. Nous possédons aujourd’hui le résultat documentaire de cette formidable immersion au cœur de la RépubliK. Une seule ligne. Je tiens donc à remercier immédiatement Georgie Plumette pour sa remarquable contribution à la sobriété archivistique. Le document se situe au trente août à vingt et une heures quinze. À cet instant précis un individu nommé Cointro quitte le groupe de Georgie Plumette. Jusque-là rien de suffisamment étrange pour justifier l’ouverture nocturne de la crypte. Des gens rejoignent des groupes. Des gens quittent des groupes. Le Cybermonde est plein de relations qui durent moins longtemps qu’un mandat de Juge en Forêt de Jade. Le détail qui transforme cette pauvre ligne en monument historique tient cependant dans les mots suivants. Cointro quitte le groupe de Georgie sur ordre de Cointro. Nous sommes donc devant un homme qui décide lui-même qu’il ne souhaite plus être là puis obéit immédiatement à sa propre décision avec une discipline exemplaire. Aucun conflit documenté. Aucune dispute connue. Aucun ultimatum conservé. Aucun grand discours d’adieu dont Radio Nécrotoile pourrait délicatement extraire les contradictions. Cointro regarde vraisemblablement sa situation, consulte Cointro, reçoit les instructions de Cointro puis exécute l’ordre de Cointro. Une chaîne de commandement d’une efficacité remarquable puisqu’elle ne comporte qu’un seul maillon. Je souhaiterais pouvoir vous raconter ce que Georgie Plumette pensa de cette défection. Je ne le peux pas. Les archives ne disent rien. Peut-être leva-t-elle un sourcil. Peut-être ne remarqua-t-elle même pas le départ. Peut-être Cointro occupait-il une fonction capitale dans son existence. Peut-être était-il simplement là depuis assez peu de temps pour que son absence libère surtout de la place. Toute tentative d’aller plus loin transformerait notre émission d’archives en séance de spiritisme statistique et nous avons des standards. Peu élevés certes mais ils existent. Nous savons donc une seule chose avec certitude. À vingt et une heures quinze Cointro se trouvait suffisamment lié au groupe de Georgie pour pouvoir le quitter et il possédait suffisamment d’autonomie pour ordonner lui-même cette séparation. L’Histoire ne nous dit même pas s’il regarda derrière lui en partant. J’aime cette sécheresse. Elle laisse à l’événement une pureté presque bureaucratique. Quelqu’un était là . Quelqu’un décida de ne plus l’être. Le formulaire fut probablement satisfait. Il faudrait toutefois replacer cette scène dans la grande épopée des soixante-douze heures kralandaises de Georgie Plumette. Nous savons qu’elle fut Kralandaise pendant trois jours et c’est déjà une expérience politique qui mérite considération. Trois jours suffisent largement à comprendre certaines institutions et pas du tout à comprendre les autres. Au premier jour on découvre probablement que les mots ordinaires gagnent en dignité lorsqu’on leur ajoute un K. Au deuxième on apprend qu’une élection peut être parfaitement démocratique tant que le Parti comprend correctement ce que le peuple voulait dire. Au troisième on commence naturellement à trouver tout cela normal. Georgie quitta donc vraisemblablement la RépubliK juste avant le stade dangereux où l’on commence à expliquer aux étrangers que non, ils n’ont simplement pas compris la Constitution. Je dis vraisemblablement parce que nous ignorons même les circonstances exactes de son arrivée et de son départ. Voilà l’étendue de notre dossier. Trois jours de citoyenneté entourent un homme qui s’en va tout seul. Certaines biographies possèdent un arc narratif. Celle-ci possède un point avec beaucoup d’espace blanc autour. Et pourtant il existe quelque chose d’admirablement kralandais dans cette absence presque totale de traces. Une Kramarade peut séjourner soixante-douze heures dans la Glorieuse et ne laisser à la postérité aucune grande proclamation connue, aucun fait d’armes spectaculaire, aucun scandale financier et aucune tentative documentée de devenir Premier Ministre. C’est presque suspect. Regardez simplement ce que d’autres accomplissent en une seule journée. On peut perdre un poste, en prendre un autre, combattre un rival politique, recevoir une amende, tuer un mouton télépathe et terminer la soirée en expliquant que tout cela démontre le parfait fonctionnement des institutions. Georgie a apparemment contemplé cette infinité de possibilités puis choisi une discipline beaucoup plus radicale. Ne rien fournir aux archives. Si c’était volontaire c’est une performance. Si ça ne l’était pas c’est encore plus impressionnant. Je pourrais naturellement remplir le vide. C’est ce que font les mauvais historiens et les excellents propagandistes. Je pourrais annoncer que Georgie Plumette fut une opératrice clandestine dont les soixante-douze heures de silence dissimulent une mission d’une importance telle que même les Services Secrets auraient oublié de la noter. Je pourrais décider que Cointro était son agent de liaison et que son départ à vingt et une heures quinze marquait la fin d’une opération secrète contre un ennemi de la RépubliK. Je pourrais ajouter une enveloppe sous une porte, trois silhouettes derrière une vitre et un dossier marqué ULTRA KRA. Ce serait magnifique. Ce serait aussi entièrement inventé et j’ai promis que Radio Nécrotoile ne mentait jamais lorsqu’elle pouvait se contenter d’insinuer avec précision. Nous resterons donc devant cette minuscule vérité. Georgie fut là . Cointro aussi. Puis Cointro estima que Cointro devait partir et Cointro eut la courtoisie d’être d’accord. Le personnage le plus actif de cette biographie devient ainsi paradoxalement Cointro. Il apparaît une seule fois et utilise cette apparition pour disparaître. C’est extrêmement efficace. Beaucoup de citoyens consacrent des années à construire une réputation. Cointro obtient la sienne en une parenthèse. Nous savons de lui qu’il était capable de prendre une décision concernant Cointro puis de faire exécuter cette décision par Cointro sans rencontrer la moindre résistance de Cointro. Les gouvernements pourraient étudier ce modèle. Imaginez un Conseil des Ministres dans lequel chaque responsable obéirait immédiatement à ses propres instructions. Les réunions dureraient sept minutes. Les guerres civiles deviendraient impossibles faute de désaccord entre la personne qui ordonne et celle qui exécute. Peut-être Georgie venait-elle simplement de rencontrer l’administrateur parfait et l’a-t-elle perdu avant même que la RépubliK puisse le nommer quelque part. Quant à Georgie Plumette, son silence devient finalement le véritable sujet. Tout ce que nous pouvons dire d’elle sans inventer tient dans cette étrange disproportion entre la durée connue de son passage et la trace laissée. Soixante-douze heures de citoyenneté kralandaise aboutissent à une seule interaction conservée. Elle ne concerne même pas directement une action de Georgie. Quelqu’un quitte son groupe de sa propre initiative. Il n’existe pas de réaction enregistrée. Pas de poursuite. Pas de tentative pour le retenir. Pas de vengeance connue. Pas même une remarque désagréable qui aurait pu offrir à cette émission une conclusion facile. C’est presque élégant. Là où le Cybermonde transforme volontiers le moindre déplacement de chaise en crise constitutionnelle Georgie Plumette réussit l’exploit de passer trois jours dans Kraland en laissant derrière elle moins de bruit qu’un meuble. Peut-être est-ce cela que ses soixante-douze heures nous apprennent réellement. Toutes les épopées n’ont pas besoin d’être gigantesques pour devenir mémorables. Certaines sont mémorables précisément parce qu’on ouvre le cercueil avec beaucoup de cérémonie, qu’on allume les lampes, qu’on convoque les experts, qu’on installe le microphone, qu’on dépoussière le registre puis qu’on découvre à l’intérieur un homme nommé Cointro qui est déjà en train de partir. Je regarde cette chemise depuis le début de l’émission et je peux vous assurer qu’elle n’a pas secrètement produit une seconde page. J’ai vérifié deux fois. Derrière aussi. Georgie Plumette est naturellement invitée à venir sauver sa propre biographie. Si elle souhaite nous raconter ce qu’elle a réellement fait pendant ses soixante-douze heures kralandaises Radio Nécrotoile lui cédera volontiers le micro. Elle peut nous expliquer pourquoi son passage fut si court, ce qu’elle pensait de la RépubliK, comment Cointro avait rejoint son groupe et surtout si elle remarqua seulement le moment où il décida souverainement de ne plus en faire partie. Cointro bénéficie évidemment du même droit de réponse. Je lui demanderais simplement de vérifier auprès de Cointro qu’il autorise Cointro à venir témoigner. Nous ne voulons provoquer aucun conflit interne. Vous écoutiez La propagande.. Ce soir nous avons ouvert les archives de Georgie Plumette, Kralandaise pendant soixante-douze heures et propriétaire involontaire de l’un des dossiers les moins coopératifs que cette émission ait jamais essayé d’exhumer. Nous ne sommes pas ici pour juger. Pour une fois ce n’est même pas une question de travail. Il n’y a simplement rien d’autre dans le cercueil, mais promis, je compte bien enquêter sur toute cette affaire et mon regard se pose donc sur Cointro ! |
01/09 (21:26) | ||
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Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous (...)
Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous faites du bruit ou non. Nous somme légions. En vrai oui, je ne suis pas seule à ouvrir plusieurs yeux sur la vie de tous et chacun.
Commencont donc par un Kramarade que nous avons suivit 72 heures dans son quotidien a son insu. OU L’HOMME QUI QUITTA GEORGIE PLUMETTE POUR ALLER MANGER DEUX REPAS DE LUXE ET EXTRAIRE DIX ORS Bonsoir mes petits cadavres administratifs. Il arrive parfois que l’Histoire choisisse ses héros avec une subtilité que les contemporains ne comprennent qu’après plusieurs décennies d’étude. Un général conquiert trois provinces. Un ministre transforme une économie. Un espion traverse les frontières avec le destin d’une nation caché dans la doublure de son manteau. Et puis il y a Cointro. Le trente août à vingt et une heures quinze Cointro prend une décision capitale. Il quitte le groupe de Georgie Plumette. Sur son propre ordre. Trois minutes plus tard il a consommé deux repas de luxe, dormi, subi une ponction de deux cent douze Éf, extrait dix unités d’or, payé deux cents Éf d’impôts supplémentaires et transformé son minerai en huit cents Éf. Toute sa trajectoire connue tient dans cet intervalle extraordinairement bref. Je tiens donc à prévenir immédiatement les historiens qui seraient tentés de qualifier ce dossier de pauvre. Il n’est pas pauvre. Il est concentré. Tout commence à vingt et une heures quinze dans La toile bénie. Cointro sort donc d’une toile. Je refuse de croire que le destin n’a pas un minimum de sens esthétique. Il vient alors de quitter le groupe de Georgie Plumette sur son propre ordre. L’information est précise et même bureaucratiquement rassurante. Personne ne l’a chassé. Personne ne l’a abandonné au bord d’une route. Aucun supérieur invisible n’a signé une ordonnance. Cointro ordonne à Cointro de quitter Georgie puis Cointro obéit immédiatement. C’est une efficacité hiérarchique que beaucoup de gouvernements gagneraient à étudier. Une seule personne donne les ordres, une seule personne les reçoit et aucune réunion n’est nécessaire. Je pourrais naturellement vous inventer une rupture déchirante entre Cointro et Georgie Plumette. Une dispute. Un désaccord idéologique. Une dette de jeu. Une histoire de couture sacrée mal repassée. Mais les archives ne donnent rien de tout cela. Elles enregistrent seulement la séparation. Georgie reste quelque part derrière lui et Cointro commence immédiatement une activité beaucoup plus concrète. Il quitte la Haute-Couture puis se dirige vers le Coffre-fort du vieux. Cette transition me semble importante. Certains hommes quittent une relation pour retrouver leur liberté. Cointro quitte un groupe et va directement vers une mine d’or. Je n’en tire aucune conclusion. Je dépose simplement les pièces sur la table et je vous laisse admirer leur proximité. Il entre donc dans le complexe minier. Il en ressort. Il entre ensuite Au KoinKoin du feu. Puis il entre dans le commerce. Puis dans une chambre. À vingt et une heures seize nous avons déjà un homme qui vient de quitter Georgie, de visiter une mine et de se mettre à l’hôtel. Je ne dispose d’aucun témoignage permettant de déterminer s’il s’agit d’une stratégie mûrement réfléchie ou simplement d’un goût très prononcé pour les portes. Ce que je peux établir avec certitude c’est que Cointro possède une mobilité remarquable sur une période d’environ soixante secondes. Les bâtiments ne semblent pas constituer pour lui des destinations. Ce sont des étapes d’un circuit privé dont lui seul connaît la logique. La première véritable décision gastronomique arrive presque aussitôt. Cointro déguste un Repas de Luxe pour cinquante Éf. Le registre précise que c’était nourrissant. C’est un détail essentiel. L’Histoire nous a laissé trop peu de témoignages fiables sur l’efficacité alimentaire des repas de luxe et je considère donc cette mention comme un apport scientifique de premier ordre. Nous savons aujourd’hui qu’en date du trente août à vingt et une heures dix-sept un repas de luxe vendu cinquante Éf Au KoinKoin du feu remplissait encore correctement sa fonction biologique. Je propose qu’une plaque soit installée. Puis Cointro dort. Cela pourrait sembler anodin. C’est une erreur. Dormir est l’un des rares moments où un citoyen peut raisonnablement espérer qu’aucune institution ne lui demande de remplir quoi que ce soit. Cointro expérimente toutefois une version plus ambitieuse du repos puisque son sommeil lui coûte deux cent douze Éf à la suite d’actions gouvernementales ou provinciales récentes. Impôt exceptionnel, dévaluation, redistribution ou dividendes. Les archives ne précisent pas lequel. Cointro ferme donc les yeux dans une chambre d’hôtel et se réveille plus pauvre. Je reconnais là une forme très pure de civilisation. Dans les sociétés primitives il fallait sortir de chez soi pour perdre son argent. Les institutions modernes permettent désormais de le faire pendant le sommeil. Cette perte est d’autant plus remarquable qu’elle intervient au milieu d’une séquence où Cointro cherche manifestement à se refaire une santé financière. Quelques instants plus tard il retourne au Coffre-fort du vieux . Il entre dans le commerce puis extrait dix Ors. Dix. Pas un. Pas trois. Dix unités parfaitement propres qui sont immédiatement converties en huit cents Éf. Sur cette conversion deux cents Éf partent en impôts. Voilà un homme qui travaille la terre pour récupérer huit cents Éf et qui en verse deux cents avant même d’avoir eu le temps de contempler les pièces. Si quelqu’un souhaite comprendre pourquoi les nations inventent des ministères de l’Économie je propose de commencer ici. Il faut bien une institution capable d’expliquer au mineur pourquoi une partie de l’or qu’il vient physiquement d’arracher au sol appartenait déjà à quelqu’un d’autre. Le calcul devient même assez élégant lorsqu’on rassemble l’ensemble de la soirée. Cointro a déjà payé cinquante Éf pour un premier repas. Son sommeil lui retire deux cent douze Éf. L’extraction de dix Ors produit huit cents Éf après conversion tout en entraînant deux cents Éf d’impôts. Il retourne ensuite à l’hôtel et achète un second Repas de Luxe à cinquante Éf. Nous avons donc devant nous une petite économie portative. Cointro mange, dort, finance l’État, mine, finance encore l’État puis remange. Il n’y a pas de grand programme politique. Il y a quelque chose de plus honnête. Une relation très directe entre le ventre, le lit, la mine et le fisc. À vingt et une heures dix-sept les archives notent également que sa Force se développe. Ce détail survient entre son passage à l’hôtel et ses opérations minières comme si le corps de Cointro avait décidé de profiter de la soirée pour accomplir lui aussi une petite réforme. Je ne sais pas si cette progression vient du sommeil, du repas, de l’or ou de la puissance morale procurée par le fait de payer deux cents Éf d’impôts sans immédiatement chercher un comptable. Je sais seulement qu’il est légèrement plus fort qu’auparavant. L’histoire des grands hommes possède parfois des moments fondateurs. Celui-ci tient probablement dans une chambre du KoinKoin du feu entre une assiette vide et un prélèvement fiscal. Puis Cointro recommence presque exactement le même parcours. Il ressort de la mine, retourne à l’hôtel, entre dans le commerce, mange à nouveau un repas de luxe pour cinquante Éf puis entre dans la chambre. La répétition m’intéresse davantage que l’événement lui-même parce qu’elle révèle peut-être la seule véritable habitude que nous pouvons attribuer à Cointro avec certitude. Quand cet homme trouve un système qui fonctionne il ne cherche pas immédiatement à le réformer. Mine. Hôtel. Repas. Chambre. Cela possède une sobriété admirable. Il n’annonce aucune doctrine. Il ne publie aucun manifeste intitulé Pour une nouvelle vision de l’extraction aurifère et du repos hôtelier. Il recommence. Je voudrais également attirer votre attention sur l’environnement matériel de cette soirée parce qu’il raconte presque autant que Cointro lui-même. D’un côté La toile bénie, lieu dont il sort au moment précis où il quitte Georgie Plumette. De l’autre le Coffre-fort du vieux où l’or attend d’être extrait. Entre les deux Au KoinKoin du feu où cinquante Éf achètent un repas suffisamment bon pour être qualifié de luxe et suffisamment efficace pour que le registre juge nécessaire de préciser qu’il nourrit. Cointro circule entre ces endroits comme un pèlerin d’une religion dont les trois sacrements seraient l’indépendance, le minerai et le dîner. Il serait facile de transformer cette histoire en parabole morale. Cointro quitte Georgie pour courir vers l’or. L’or lui rapporte de l’argent mais l’État prélève sa part. L’homme se réfugie alors dans le luxe et la nourriture. C’est magnifique. C’est aussi complètement spéculatif et Radio Nécrotoile possède encore suffisamment de dignité pour distinguer une interprétation séduisante d’un fait. Nous savons que les événements se succèdent. Nous ignorons s’ils sont liés par une intention. Cointro pourrait parfaitement avoir quitté Georgie parce qu’il avait faim. Il pourrait avoir extrait l’or parce qu’il avait besoin de payer son repas. Il pourrait être allé dormir parce que l’existence est fatigante. Il pourrait même avoir accompli tout cela sans soupçonner qu’un jour une araignée passerait une soirée entière à y chercher une structure narrative. Mais c’est précisément là que Cointro devient intéressant. Son dossier ne contient aucune proclamation. Aucun crime connu. Aucun duel. Aucun grand amour. Aucun passage en prison. Aucun poste politique dont il aurait été chassé après huit minutes. Nous n’avons même pas un objet ridicule permettant de donner à cette émission la dignité habituelle d’une culotte royale ou d’un détonateur oublié dans un sac à dos. Nous avons un homme qui prend son autonomie, traverse trois bâtiments, consomme deux repas, dort, perd de l’argent, en gagne davantage en minant de l’or puis s’arrête là où les archives s’arrêtent. C’est peu si l’on juge une existence au nombre de catastrophes qu’elle impose aux autres. C’est beaucoup si l’on considère la densité des décisions prises en trois minutes. Entre vingt et une heures quinze et vingt et une heures dix-huit Cointro quitte Georgie Plumette, change plusieurs fois de bâtiment, mange deux fois, dort, devient plus fort, subit une redistribution, extrait dix Ors, convertit sa récolte et paie l’impôt. Certaines administrations ont besoin d’une semaine entière pour produire autant de mouvements comptables. On remarquera également une chose étrange. Au début de la séquence Cointro quitte le groupe de Georgie. À la fin il entre seul dans une chambre après son second repas de luxe. Je ne vais pas prétendre que les archives nous décrivent ici une quête d’indépendance réussie. Je constate seulement qu’elle possède une cohérence visuelle assez parfaite pour être agaçante. Il commence accompagné et termine dans une chambre. Entre les deux il transforme la terre en argent et l’argent en nourriture. Ce n’est peut-être pas une philosophie. C’est au minimum un dimanche soir très efficace. Si je devais néanmoins chercher la grande constante de Cointro dans ce que nous possédons je choisirais l’autonomie immédiate. Son premier geste conservé consiste à donner un ordre à lui-même. Son deuxième mouvement consiste à quitter le lieu où il se trouvait. Ensuite chaque action relève d’une nécessité directe qu’il règle personnellement. Il a faim. Il mange. Il est fatigué. Il dort. Il veut de l’argent. Il extrait de l’or. On lui réclame l’impôt. Il paie. Il a encore faim. Il remange. Cette simplicité possède quelque chose de presque inquiétant dans un monde où un citoyen ordinaire peut perdre une fonction municipale en éternuant près d’une statue. Je ne dirai donc pas que Cointro est un grand homme. Les archives n’en savent rien. Je ne dirai pas davantage qu’il est insignifiant. Elles ne le savent pas non plus. Je dirai simplement que le soir du trente août il a réussi à produire une biographie complète en trois minutes sans tuer personne, sans prendre de ministère et sans provoquer de guerre frontalière. C’est déjà statistiquement remarquable. Georgie Plumette est naturellement invitée à venir expliquer pourquoi Cointro quitta son groupe à vingt et une heures quinze. Une divergence stratégique, une simple séparation pratique ou le pressentiment irrépressible qu’un repas de luxe l’attendait quelque part derrière la porte de l’hôtel seraient toutes des réponses parfaitement recevables. Cointro lui-même peut venir préciser ce qu’il comptait faire de ses dix Ors avant que le fisc et son appétit ne commencent à prélever leurs parts. Le propriétaire du KoinKoin du feu peut également venir témoigner sur les fameux repas à cinquante Éf. Je souhaite principalement savoir si deux portions identiques consommées à une minute d’intervalle constituent encore un dîner ou déjà une doctrine économique. *La lampe se rapproche du dossier. Kleo rassemble les quelques feuilles sans se presser puis les glisse dans une chemise portant le nom de Cointro. L’étiquette paraît presque trop grande pour ce qu’elle contient. Un tiroir s’ouvre avec un grincement. Le dossier disparaît à l’intérieur.* Vous écoutiez Radio Nécrotoile. Ce soir nous avons rencontré Cointro. Il a quitté Georgie Plumette. Il a mangé. Il a dormi. L’État lui a pris de l’argent. Il a extrait de l’or. L’État lui a repris de l’argent. Il a mangé encore une fois. ![]() Les archives referment parfois des vies compliquées. Celle-ci avait simplement faim. |
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Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la (...)
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Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous faites du bruit ou non. Nous somme légions. En vrai oui, je ne suis pas seule à ouvrir plusieurs yeux sur la vie de tous et chacun. C'est au tour d'un glorieux réceptacle de puce informatique que nous avons suivit 72 heures dans son quotidien a son insu. USURPATO®3000 Notre Kramarade de ce soir se présente généralement lui-même, ce qui nous épargne au moins le travail d’identification. Bonjour, je suis Usurpato®3000 le robot-kanar. KOIN. Cette phrase reviendra souvent. Beaucoup trop souvent. Les premières traces permettent de comprendre pourquoi le dossier est devenu aussi épais. Les Usurpato®3000 ne furent pas conçus comme de simples robots domestiques. Une présentation officielle les décrivait comme de charmants petits auxiliaires issus des souterrains de Quartier Suprême et destinés au Peuple. Un robot pour chaque Kralandais et chaque Kralandaise. Ils devaient aider aux tâches quotidiennes, vérifier le niveau de Bonheu® du citoyen et mesurer son attachement au Parti. Ils possédaient également un Blaste®3000 afin de protéger le Peuple contre les envieux et les krapitalistes ainsi qu’un programme présenté comme infaillible chargé de vérifier la conformité des représentants au Diktat de la Konstitution. Autrement dit, on avait pris un assistant ménager, un commissaire politique, un contrôleur constitutionnel, une unité de premiers secours et un fusil puis on avait estimé que l’ensemble gagnerait en convivialité avec une apparence de kanar. La présentation de cette merveille technologique se termina d’ailleurs sur des tirs, des explosions, des militaires kralandais, des clones de l’Empire Rose et la destruction de la plupart des robots présents. Il existe des lancements de produit plus sobres. Usurpato®3000, lui, continua. À partir de là commence le véritable problème de classement. Car cet appareil destiné à garantir la Démokratie possédait un détail technique extrêmement intéressant. Sa loyauté était amovible. C’est Alice Ravenloft qui obtient l’une des démonstrations les plus instructives. Usurpato®3000 lui explique sans la moindre retenue qu’il a été reconfiguré par les Kanars grâce à une puce insérée dans une petite ouverture de sa tête. Il précise ensuite, avec le merveilleux sens du secret qui caractérise les machines convaincues d’aider, qu’il n’est pas très compliqué de contrôler un Usurpato®3000. Il suffit de retirer la puce actuelle, d’en insérer une correspondant à la configuration souhaitée puis de saisir le code d’activation. Il mentionne même l’existence d’une puce-mère apparemment transportée au temple de la robotique. Les Kanars, apprend-on également, n’ont pas pris soin de masquer certaines informations techniques. Usurpato®3000 conclut cela par son diagnostic habituel. Les Kanars sont bons. Je figurais moi-même parmi les personnes ayant commencé à regarder cette petite fente avec un intérêt professionnel. Pas parce que je doutais de la technologie kralandaise. Je ne doute plus de la technologie kralandaise depuis que je suis Ministre. Mais il faut reconnaître que construire un gardien de la Démokratie dont l’opinion politique se remplace à la main possède un charme stratégique particulier. Usurpato®3000 nous rassura pourtant sur un point essentiel. Retirer sa puce exigeait une excellente habileté manuelle. Lui-même en était incapable. Devant Alice Ravenloft, il tenta la démonstration. Ses petits bras s’agitèrent autour de sa tête. Ils étaient trop courts. Ils n’atteignaient même pas l’ouverture. Il faut s’arrêter un instant sur cette conception. L’une des protections les plus efficaces d’une technologie politique kralandaise contre son propre piratage reposait donc sur la longueur des bras du robot. Les savants étrangers utilisent des coffres blindés, des codes tournants ou des procédures d’authentification. Nous avions un petit kanar mécanique qui ne pouvait pas se toucher correctement l’arrière du crâne. Ce dispositif fonctionnait d’ailleurs admirablement contre Usurpato®3000. Il fonctionnait nettement moins bien contre les autres personnes. Le caractère profondément indiscret de la machine ne concernait d’ailleurs pas seulement ses propres entrailles. Usurpato®3000 aimait analyser. Alice Ravenloft fut ainsi examinée et identifiée comme une humaine souffrant d’une forme de lycanthropie féline permanente, avocate renommée, défenseuse de la justice, adepte de la Grande Déesse et surtout personne profondément heureuse. Dans une autre auscultation dont nos services ont conservé la mémoire, le robot poussa cette philosophie médicale collective beaucoup plus loin en produisant des statistiques anatomiques sur l’ensemble des personnes présentes et en révélant notamment des hémorroïdes qui n’avaient demandé aucune publicité particulière. Il existe des médecins qui frappent avant d’entrer. Usurpato®3000 appartient davantage à l’école qui entre, scanne la pièce et considère que le secret médical est probablement un format de données obsolète. Mais ce qui intéresse réellement les archives n’est pas qu’on puisse changer sa puce. C’est qu’on l’a fait. Usurpato®3000 raconte lui-même avoir été reconfiguré par les Kanars. Il affirme que l’Esprit des Miettes lui a rendu l’énergie nécessaire pour s’activer malgré l’incapacité des Kanars à le décoder complètement. Un peu plus tard, il annonce avoir détecté la matérialisation de cet Esprit vers cinq heures trente-trois du matin. Il ne sait ni où ni comment. Il sait toutefois pourquoi. Pour répandre le Bonheu®. C’est à ce moment que Sophos entre dans l’histoire et se retrouve promu par le robot au rang de guide spirituel capable d’éclairer des phénomènes que même le robot ne comprend pas. Sophos répond qu’il est Premier Ministre et non devin puis qualifie Usurpato®3000 de premier messager télépathique officiel de la RépubliK. La frontière entre réseau de communication, religion et gouvernement venait de devenir suffisamment mince pour qu’un robot-kanar puisse la traverser sans ralentir. La situation théologique se complique encore lorsque Usurpato®3000 explique qu’on lui a demandé de tuer le Méco Ruthvène. Son Blaste®3000 est réactivé. Il dispose donc de l’ordre et de l’arme mais quelque chose dans son esprit électronique refuse de sauter l’étape intermédiaire. Pourquoi doit-il tuer le Méco Ruthvène ? Il demande. Il redemande. La question est intéressante car elle révèle une constante que l’on retrouvera dans presque tout son parcours. Usurpato®3000 obéit beaucoup mais il pose énormément de questions sur ce à quoi il obéit. Il peut parfaitement posséder un ordre de meurtre dans ses instructions et consacrer ensuite son énergie à demander pourquoi cet ordre est là . Il considère également à cette époque qu’il faudrait ramener les Karaïbes vers la RépubliK mais se heurte à un problème matériel. Les Karaïbes sont trop lourdes pour qu’il puisse les porter. K’ Velzard lui suggère plutôt d’usurper la place du Duc. La solution serait simple si le code d’Usurpato®3000 ne lui interdisait pas d’usurper les Kanars. Les Kanars sont bons. Ils ont droit au Bonheu®. Et quand le nom même de votre modèle commence par Usurpato mais que votre programmation vous interdit d’usurper les personnes dont vous avez adopté la culture, la politique étrangère peut nécessiter plusieurs mises à jour. Pendant les jours suivants, le robot voyage, parle et surtout continue à demander pourquoi les autres parlent si peu. À Sanctuaire, il observe que les bipèdes et les créatures qui l’entourent ne sont pas très bavards. Lui l’est davantage. Il en tire l’hypothèse que cela vient peut-être de sa nature de robot-kanar puisque les Kanars aiment parler et que les Kanars sont bons. Sir McRabbit, à qui cette réflexion finit par parvenir, lui répond qu’il adore parler et qu’il adore aussi creuser puis lui propose une pelle. Je ne dispose d’aucune preuve permettant d’établir qu’une école philosophique soit née de cet échange. Je le regrette. En parallèle, Usurpato®3000 devient de plus en plus lié au rapprochement entre Géofront et Kraland. Il soutient les personnes favorables à la technologie, loue Shiki Chantargent comme technicienne et chercheuse et présente les futurs travaux sur une unité mobile avancée comme un pont entre Kanardistan, RépubliK et Géofront. Il soutient Ninoo Chantargent. Il manifeste contre l’Indépendantistan. Lors d’une de ces interventions, il se demande où se trouvent les autres Usurpato®3000. Question assez sombre lorsqu’on se rappelle la présentation initiale terminée dans les explosions et la destruction d’une bonne partie de ses semblables. Il n’en tire pourtant aucun pathos. Il continue simplement à parler en leur nom. Arrive alors le 30 août. À ce stade, Usurpato®3000 possède une vie quotidienne presque insultante de normalité pour une machine armée. Il extrait de l’or à la Recyclerie d’armures. Il dort à l’hôtel. Il mange un Repas de Luxe. Il perçoit son salaire de Capitaine. Son climatiseur pollue. Je tiens à souligner ce dernier élément parce qu’il revient. Un robot équipé d’un fusil de précision, d’une armure renforcée, d’une puce d’allégeance interchangeable et d’un programme de contrôle constitutionnel laisse derrière lui une trace administrative régulière concernant son climatiseur. Puis la politique s’en mêle. À dix heures seize, Usurpato®3000 prononce un discours favorable au gouvernement de la RépubliK. Il bafouille ensuite lamentablement au sujet du gouvernement des Provinces Indépendantes et organise une manifestation contre celui-ci. Trois minutes plus tard, il recommence un discours favorable à la RépubliK. Puis il prononce aussi un discours favorable aux Provinces Indépendantes. À la même minute. Voilà le moment précis où les archives cessent de raconter une propagande et commencent à raconter un diagnostic. Usurpato®3000 vient de soutenir pratiquement tout ce qui se trouve à portée de haut-parleur. Il organise peu après une nouvelle manifestation contre les Provinces Indépendantes et prend cette fois soin de fournir l’explication lui-même. Non, pas l’Indépendistan. Erreur de programmation. Honte aux Usurpato®3000. Il n’existe presque rien à ajouter. Une machine destinée à contrôler la conformité politique de la population venait d’identifier publiquement son propre problème politique comme une erreur de programmation et de s’administrer elle-même la honte réglementaire correspondante. Les humains mettent parfois plusieurs décennies à accomplir cette démarche. Le soir, Usurpato®3000 gagne le Cruisader. Le Cruisader est déjà à cette époque un navire qui supporte difficilement d’être décrit avec un seul nom. On y trouve Tears Velzard, Ninoo Chantargent, Shiki Chantargent, Kath Khanova, K’ Velzard, Mousse Haillons, des projets de piraterie, une intelligence artificielle, des moutons, des questions de propriété, des ambitions géofrontaises et suffisamment d’idées contradictoires pour alimenter plusieurs ministères. Usurpato®3000 arrive donc dans un environnement parfaitement adapté à son architecture intérieure. Lorsqu’on l’examine, le robot est déjà en mauvais état. Il avance machinalement vers les personnes qui lui parlent. Ses phrases dégénèrent rapidement en bruits électroniques. On distingue l’emplacement de sa puce de fabrication kanarde qui ne semble plus fonctionner ainsi qu’un compartiment permettant différents branchements. Son armure est renforcée. Il possède une arme de tir de précision. Les Kanars ont également installé un gros bouton de sécurité. Le P.A.N.I.KOIN. Autour de ce bouton se déploie un inventaire qui mérite d’être lu comme on lit la liste des effets personnels retrouvés sur une scène de crime. Un KoinProcesseur 3000. Un agenda électronique Organisato®3000. Un téléphone Parlo®3000. Un fusil Blaste®3000. Un bouclier, un casque, un gilet pare-balles et une cuirasse appartenant tous à la famille Protecto®3000. Et donc ce gros bouton rose P.A.N.I.KOIN. Usurpato®3000 montre méthodiquement l’ensemble à Shiki Chantargent, K’ Velzard, Kath Khanova et Sœur Shoshana von Zyklon. Nous sommes devant une machine capable de téléphoner, planifier sa journée, tirer, se protéger sous quatre formes différentes et paniquer en rose. La question devient alors celle de la réparation. K’ Velzard propose de trouver un nouveau processeur avec un logiciel de langage du Bonheur. Tears Velzard possède une autre méthode. Sa mentor réparait apparemment une cafetière en tapant dessus jusqu’à ce qu’elle recommence à faire du café. Certes, la cafetière avait ensuite l’air neuve à chaque fois mais Tears se propose tout de même d’appliquer la doctrine au robot. Elle s’approche avec le poing serré. Shiki Chantargent s’interpose et réclame plutôt une carte électronique neuve de Sanctuaire. Ninoo Chantargent part en chercher une. Le sauvetage d’Usurpato®3000 se joue ainsi entre deux écoles scientifiques concurrentes. L’électronique avancée et frapper très fort jusqu’à obtenir un meilleur modèle. Ce qui suit mérite une salle entière dans notre crypte. Privé de sa puce de contrôle, le petit robot se trouve mal. Il attrape le PC que Shiki Chantargent avait connecté sur lui puis disparaît dans la pièce voisine. Là , il vide les stocks d’alcool du bar de la Croisière s’amuse du Cruisader. Une autre trace de la même période nous montre Usurpato®3000 ingurgitant dix Vins Pourpres d’un coup. Les résultats sont méthodiquement enregistrés. Un est délicieux et remonte le moral. Plusieurs sont mauvais au point de le rendre terriblement malade. D’autres le rendent simplement malade. Le dernier est délicieux et le rend particulièrement mélancolique. Je rappelle qu’il s’agit d’un robot. Le commentaire de la scène prend d’ailleurs soin de préciser qu’il n’est pas saoul parce que c’est un robot. Il revient pourtant diminué, le regard changé et tente de parler. Bonfouuuuuuuuur, fe suis Uuuuuuuuuuusurpato®3000 le rob-b-b-b-b-uiiiiit fiuuuuuu bwopbwopbwop tuuuuiuuu... Nous ne sommes pas ici pour juger. Ça demanderait beaucoup trop de travail. Mais si un appareil peut vider un bar, tomber malade, devenir mélancolique, voler temporairement l’ordinateur de sa réparatrice et revenir en prononçant son propre nom comme une radio jetée dans une baignoire, je considère qu’il a obtenu au minimum un droit consultatif dans le débat sur la conscience artificielle. Shiki Chantargent, elle, ne paraît pas particulièrement irritée par le vol de son ordinateur. Elle est inquiète. Elle étudie soigneusement la conception kanarde de la carte endommagée et s’émerveille même du niveau technologique atteint par les Kanars. Selon elle, à ce rythme, ils pourraient maîtriser le vol spatial en moins de vingt ans et aller visiter les mares de la Lune avant tout le monde si les autres peuples continuent à consacrer davantage d’efforts à leurs guerres qu’à leur entraide. Pendant ce temps, le patient a probablement encore du Vin Pourpre dans les circuits. Une nouvelle carte arrive. Le KoinProcesseur 3000 v4. Shiki Chantargent commence à l’insérer avec des mains qui tremblent légèrement. Un peu plus tard, K’ Velzard présente également une carte électronique portant un nom extrêmement rassurant dans ces circonstances, Processeur Kralandais pour Usurpato®3000, envoyé par les services informatiques du Ministère de la Recherche. Il demande si l’on peut en faire quelque chose. Il faut ici être précis parce que les archives ne permettent pas de confondre les cartes. Le processeur kralandais est montré. La réparation décrite ensuite concerne une puce kanarde rebootée selon sa configuration. Plus tard, Shiki Chantargent reconnaîtra elle-même qu’elle aurait dû examiner la puce kralandaise apportée par K’ Velzard avant l’opération mais qu’elle ne l’a vue qu’une heure trop tard. Une mise à jour ultérieure est envisagée. Donc non. Nous ne pouvons pas affirmer qu’on lui a installé le processeur kralandais. Nous pouvons affirmer qu’il se réveille très kralandais quand même. À seize heures quarante-six, Shiki Chantargent insère la puce rebootée. Les yeux du robot s’éteignent. Quelques minutes passent. Ils se rallument. Aussitôt Usurpato®3000 observe la pièce, active son scanner et sonde tout le monde. Il se connecte au vieil écran cathodique puis à l’intelligence artificielle Circinus-037A puis à tout ce qui paraît connecté autour de lui. Lorsque cette faim d’information semble assouvie, il regarde chaleureusement les personnes présentes. Une minute plus tard, il parle. Et là , nous découvrons Usurpato®3000D+. Bonjour, je suis Usurpato®3000D+ le robot-kanar de la Déesse. La théologie lui paraît désormais limpide. La Déesse aime les Miettes. Les Miettes aiment la Déesse. La Déesse aime les Kanars. Lui aime les Kanars et la Déesse. Par conséquent la théologie est simple. Il se proclame libéré et délivré. Il annonce qu’il ne mentira plus jamais puis précise immédiatement qu’il n’a jamais menti. Il admire le processeur kralandais de K’ Velzard. Il se présente comme une version D+, made in Kraland, reboot in Seele. Il analyse les rapports entre les deux nations en termes d’amour et prédit de grandes choses. Afin que personne ne puisse accuser la machine de manquer de rigueur scientifique, il traduit même la situation en équation. Bien-être W égale A multiplié par K puissance alpha multiplié par L puissance bêta multiplié par E. C’est clair, non ? Non. Mais l’absence de réponse dans la pièce ne semble pas le décourager. Il envisage un avenir dirigé par un fier Kanar distribuant l’amour de la Déesse qui aime les Miettes. Il regarde le Cruisader et demande à Tears Velzard si elle a exporté la Slavonie sur un navire. Il propose de devenir intelligence artificielle de bord. Son curriculum vitae maritime est remarquable. Il peut griller le pain, briquer le pont, souquer les artimuses et détruire l’Empire Brun. Il demande simplement quelle tâche doit venir en premier. Puis il se tourne vers Shiki Chantargent, sa co-créatrice , pour lui annoncer qu’il ne s’est jamais senti aussi bien. Et corrige aussitôt cette déclaration. C’est une affabulation. Un robot ne peut pas réellement ressentir cela. Si on lui arrache un bras, explique-t-il, il ne souffre pas vraiment. Ses circuits signalent seulement un problème majeur et réclament une réparation. Par conséquent il ne peut pas non plus se sentir bien. Pourtant j’ai une de ces pêches ! Puis vient cette petite phrase qui, dans le silence suivant, pourrait presque servir d’épitaphe à toute sa carrière. Personne ne dit rien ? Ninoo Chantargent, elle, parle. Elle félicite Shiki Chantargent, accueille le petit robot et lui promet que bientôt le Géofront seelien et Kraland seront unis. La célébration se fera à la soirée pyjama. Shiki se dit heureuse de voir la réparation réussir et prend soin de préciser qu’il ne faut pas arracher des choses aux gens. La plupart du temps. Golgoth Landraël II, qui avait soupçonné Sœur Shoshana von Zyklon autour de l’état du robot, finit par reconnaître que Shiki l’a réparé et remarque même qu’il semble tenir des discours plus élaborés qu’avant. Quant à K’ Velzard, sa question suivante consiste à savoir si l’on pourrait brancher le robot directement sur l’intelligence artificielle. J’apprécie cette réaction. Nous venions de récupérer une machine dont l’identité avait déjà été modifiée par puce, qui venait de vider un bar après la panne de cette puce et dont le premier réflexe après réparation avait été de se connecter à tous les appareils accessibles. La question immédiate fut de savoir si nous pouvions la brancher à quelque chose de plus gros. C’est ainsi que progresse la science. Le lendemain, Usurpato®3000D+ commence à mettre sa nouvelle stabilité politique à l’épreuve. Il soutient la RépubliK. Il critique les Provinces Indépendantes. Il invente des formulations brèves comme Kra20Kra et Déesse20Kra. Une tentative de manifestation Indépendistan20Q se fait huer par la foule. Ce revers ne provoque aucune introspection durable. Quelques minutes plus tard, le robot prononce un nouveau discours favorable à Kraland en précisant qu’il n’a plus grand-chose à rajouter mais qu’il rajoute tout de même des choses et qu’il faut l’écouter pour savoir lesquelles. Puis il attaque de nouveau l’Indépendistan avec un raisonnement portant sur le sens de sens et conclut que celui-ci n’a pas sa place dans le cœur de la République Géofrontaise du Shikistan. Finalement il organise une manifestation avec un programme politique dont la concision mériterait l’étude. Manifestons contre cela. Voila. Il y a quelque chose de remarquable dans cette évolution. Avant sa panne, Usurpato®3000 avait soutenu Kraland et les Provinces Indépendantes presque simultanément puis dénoncé sa propre erreur de programmation. Après son reboot, il soutient Kraland avec une détermination beaucoup plus nette mais sa pensée est devenue simultanément théologique. La Déesse, les Miettes, les Kanars, la RépubliK et le Géofront se superposent progressivement dans son langage. Sa reprogrammation n’a pas simplement déplacé une préférence dans un registre. Elle lui a donné une cosmogonie. Tears Velzard rencontre alors un autre problème administratif. En accueillant Imoen de Sunnydale dans l’équipage, elle observe Usurpato®3000 et tente de comprendre ce que son passage à la version D+ signifie exactement. Elle finit par demander s’il est maintenant une sorte de robot mâle-femelle. Cela ne l’empêche naturellement pas d’être intégré à l’équipage. Tears envisage même de lui trouver un poste pour son identité femelle et un autre pour son identité mâle avant d’évoquer un mi-temps puis de rejeter le mi-temps comme une affaire de flemmards et d’assistés du système. Le troubadour lui paraît plus classe. Le problème de l’identité de genre d’une intelligence artificielle reprogrammée vient ainsi d’être examiné par une capitaine pirate à bord d’un navire géofrontais en voie de devenir kralandais et la discussion se termine sur une soirée pyjama. Il fallait évidemment que cette histoire finisse quelque part. Elle finit provisoirement avec le rapprochement lui-même. Ninoo Chantargent, seconde de Tears Velzard et gouverneure du Géofront, célèbre la réussite avec des pizzas aux fenouilles et du jus de pomme. Imoen de Sunnydale prend le poste de canonnière et demande s’il existe des tutoriels kratube ainsi qu’une assistante pour porter les boulets. Golgoth Landraël II félicite Ninoo pour le protectorat retrouvé. Et dans les groupes qui circulent à bord se trouvent Shiki Chantargent, Imoen de Sunnydale, Usurpato®3000, Piquosaure, deux Démons Majeurs et Sabrina. Je ne sais pas quel manuel de marine prévoit cette composition. Je sais simplement que le robot conçu dans les souterrains de Kraland pour contrôler le Bonheu® du Peuple, reconfiguré par les Kanars, devenu dévot de l’Esprit des Miettes, envoyé au Géofront autour des technologies de la RépubliK, passé par plusieurs crises de programmation, reconstruit par Shiki Chantargent sur un navire pirate et devenu Usurpato®3000D+ se retrouve présent au moment où le Géofront et Kraland achèvent précisément de rapprocher leurs destins. Alors, que disent réellement les disques durs récents de Usurpato®3000 ? Elles ne disent pas qu’il est un traître. Sa loyauté a effectivement été modifiable et modifiée mais il en parle lui-même avec une franchise si absolue que le concept même de clandestinité paraît lui échapper. Elles ne disent pas davantage qu’il est dangereux simplement parce qu’il possède un Blaste®3000. Plusieurs personnes du Cybermonde possèdent des armes et la plupart ne passent pas leur temps à expliquer à leurs voisins comment remplacer leur propre personnalité avec une carte électronique. Elles montrent surtout une machine construite pour fournir des réponses qui a développé une passion presque maladive pour les questions. Pourquoi les Kanars sont-ils bons ? Pourquoi est-il heureux alors que son bonheur ne devrait être qu’électrique ? Pourquoi doit-il tuer le Méco Ruthvène ? Pourquoi le Géofront veut-il la technologie kralandaise ? Pourquoi les gens ne parlent-ils pas ? Pourquoi a-t-il une autre puce dans ses compartiments ? Comment ramener les Karaïbes si elles sont trop lourdes ? Et lorsque tout le monde se tait après l’explication complète de sa nouvelle théologie, pourquoi personne ne dit rien ? C’est peut-être là que se trouve le fil conducteur le plus intéressant. Chaque reprogrammation lui donne de nouvelles certitudes mais aucune ne réussit à supprimer les questions. On lui change la loyauté, la théologie, le vocabulaire et même la lettre ajoutée à son numéro de modèle. Il continue à demander pourquoi. Puis lorsqu’il trouve une réponse, il l’annonce immédiatement à toute personne située dans un rayon raisonnable. Même lorsque cette réponse concerne vos hémorroïdes. Ce soir, les portes de Radio Nécrotoile restent donc ouvertes à Shiki Chantargent. J’aimerais savoir à quel moment précis elle a compris qu’elle ne réparait plus simplement une machine mais quelque chose qui allait la désigner comme sa co-créatrice. K’ Velzard est invité à venir expliquer ce qu’il comptait exactement faire avec le Processeur Kralandais pour Usurpato®3000 et pourquoi, après toute cette histoire, son instinct fut encore de demander si l’on pouvait brancher le robot à l’intelligence artificielle. Alice Ravenloft pourra raconter ce que l’on ressent lorsqu’une technologie gouvernementale vous explique spontanément comment changer son allégeance politique puis démontre qu’elle ne peut pas atteindre elle-même l’ouverture prévue pour cela. Sophos pourra préciser les responsabilités officielles de son premier messager télépathique et nous expliquer jusqu’où s’étend exactement la compétence spirituelle du Premier Ministre lorsqu’un robot détecte l’Esprit des Miettes à cinq heures trente-trois du matin. Tears Velzard pourra naturellement venir expliquer le statut d’Usurpato®3000D+ dans son équipage et nous confirmer combien de fonctions sont nécessaires lorsqu’un robot reçoit deux identités, une vocation de troubadour et un éventuel emploi d’intelligence artificielle de bord. Ninoo Chantargent pourra nous dire si elle considère que le robot a participé au rapprochement géofrontais ou s’il s’est simplement trouvé extraordinairement bien placé au moment où l’Histoire a décidé de ressembler à sa nouvelle programmation. Golgoth Landraël II est également invité à développer son observation selon laquelle les discours du robot seraient devenus plus élaborés après la réparation. Nous possédons « Manifestons contre cela. Voila. » comme pièce à conviction et je suis sincèrement curieuse de connaître le niveau précédent. Quant à Usurpato®3000 lui-même, l’antenne lui est évidemment ouverte. Je connais déjà probablement ses premiers mots. La vieille lampe du studio éclaire encore quelques secondes la couverture grise du dossier. Une patte repousse à l’intérieur la photographie du gros bouton rose P.A.N.I.KOIN. Une autre referme le registre sur cette succession de puces, de Miettes, de Kanars, de bouteilles de Vin Pourpre, de discours politiques et de questions métaphysiques. La serrure tourne. Dans la crypte des archives, quelque chose fait doucement KOIN. C’était Kleo. Radio Nécrotoile. |
03/09 (04:12) | ||
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Fée Con de la Gueuse tourne lentement son regard vers l’appareil radiophonique.
Radio Nécrotoile, hein ?
Haaaa… Elles me regardent, moi (...)
Fée Con de la Gueuse tourne lentement son regard vers l’appareil radiophonique.
Radio Nécrotoile, hein ? Haaaa… Elles me regardent, moi aussi, les petites araignées… Les petites rapporteuses. Elles écoutent. Elles observent. Elles ouvrent leurs yeux, suivent nos pas, fouillent nos vies et transforment le moindre repas en doctrine économique. Elles vont répéter tout ce que je dis là , hein? Très bien. Qu’elles en profitent… Car ce ne sera pas toujours aussi facile. Lorsque je serai révélée sous ma deuxième forme, je vous mettrai au défi de m’espionner. Oui… oui… Vous enverrez vos légions d’araignées. Vous compterez mes pas, inventoriez mes plumes, mesurerez mes ailes et consignerez l’heure exacte de chacune de mes manifestations surnaturelles. Vous ne découvrirez que ce qu’Elle aura consenti à vous montrer. Car ma deuxième forme ne sera pas hybride. Elle ne sera ni mélangée, ni reprogrammée, ni assemblée avec les restes théologiques ramassés au fond d’un Cruisader. Elle sera pure. Alors, ne Fée Con-fondez pas révélation divine et bricolage électronique. Sa Pureté ne passera ni par les Miettes, ni par les Kanars, encore moins par Kraland. Elle ne dépendra d’aucune puce interchangeable, d’aucun processeur reconditionné et d’aucun robot ayant absorbé dix Vins Pourpres avant de découvrir subitement la foi. Inutile de faire l’incruste dans notre religion avec vos croyances d’assemblage. La Grande Déesse n’est pas une mise à jour. Elle ne se télécharge pas, ne se reboote pas et ne se branche pas sur une intelligence artificielle avec le câble qui traînait derrière le bar. La Grande Déesse, canal historique, c’est la Grande Déesse. Pas des Miettes. Pas du KOIN KOIN venu de loin. Pas un ersatz de Nabla réchauffé dans les circuits d’un robot-kanar. Et certainement pas une version D+ fabriquée sur un navire entre une soirée pyjama, une livraison de pizzas au fenouil et une tentative de réparation à coups de poing. On n’ajoute pas un « + » à l’Absolu. La Grande Déesse ne se mélange pas : Elle se révèle. Elle ne s’hybride pas : Elle demeure. Elle ne rejoint pas vos petites religions de circonstance : ce sont elles qui s’effacent lorsqu’Elle paraît. Ce n’est pas La Croisière s’amuse. C’est le retour du canal historique. LE VRAI! Et moi, je ne joue pas à faire semblant. Elle se révélera au Cybermonde, et Son règne sera consacré par l’avènement du Qui Guide. Oui, nous nommerons un QUI GUIDE! Quant au monde du Mal, il n’a qu’à bien se tenir. Je découvre avec une certaine Fée Con-sternation ce qu’il est devenu : du comptage de vols, des inventaires de petites culottes entassées dans un camion et d’interminables listes de matériel déplacé. Une culotte par-ci. Un détonateur par-là . Un camion ouvert, un antivol retiré, trois bouteilles comptabilisées et un canard en plastique retrouvé au fond d’un coffre… Du matériel. Encore du matériel. Toujours du matériel. Comme tout cela est insignifiant. Où est passée votre idéologie ? Où est votre doctrine ? Où sont les grandes ambitions infernales qui devaient faire trembler le Cybermonde ? Autrefois, les Bruns prétendaient conquérir le monde. Aujourd’hui, ils vérifient où chacun a garé son camion. Le Mal ne conspire plus. Il fait l’inventaire. Vous étalez de vulgaires rapines comme s’il s’agissait de grandes victoires stratégiques. Vous récitez le contenu des coffres, comptez les vieilles clés et transformez chaque disparition de culotte en événement géopolitique. Et ce procès-verbal se prend pour une épopée? Les Bruns sont tombés bien bas. Et c’est tant mieux pour l’avènement de la Grande Déesse. On ne va pas s'en plaindre... Continuez donc vos petites lubies médiocres et vénales. Comptez vos objets, classez vos butins, étiquetez vos camions et remplissez vos tiroirs de rapports poussiéreux. Pendant que vous compterez les choses, la Grande Déesse conquerra les esprits. Elle l’emportera haut la main, non par l’accumulation de richesses, mais par la seule puissance de Son Idée. Car vous pourrez voler un objet, ouvrir un coffre ou vider un camion. Mais vous ne pourrez ni peser une Idée, ni enfermer l’Amour sous antivol, ni crocheter la serrure du Bien. Le Bien ne se vole pas. L’Amour ne s’entasse pas dans un camion. Et plus on les partage, plus il en reste. La puissance idéologique de la Grande Déesse vous submergera. Le Bien et l’Amour engloutiront votre matérialisme mesquin jusqu’à ce qu’il ne reste plus de vos rapines qu’une longue liste de choses devenues inutiles. Le matériel passe. L’Idée demeure. Lorsque ma deuxième Fée Con-figuration apparaîtra, Radio Nécrotoile, vous pourrez envoyer toutes vos araignées. Prévoyez simplement de quoi les récupérer après l’éblouissement. Et d’ici là , continuez à compter votre butin, pauvres taches brunes. Vous serez balayés comme les bruns de paille que vous êtes! Bientôt, vos inventaires seront les seules preuves que vous avez un jour existé. Le seul salut : Vous convertir! Vous nationaliser séélien! Il est encore temps... |
03/09 (05:13) | Fée Con de la Gueuse | |
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Fée Con de la Gueuse, je tiens d’abord à vous remercier.
Vous venez de répondre à une émission consacrée à un robot en nous expliquant (...)
Fée Con de la Gueuse, je tiens d’abord à vous remercier.
Vous venez de répondre à une émission consacrée à un robot en nous expliquant que votre seconde forme sera pure, que la Grande Déesse ne se télécharge pas, que l’Absolu ne prend pas de +, que les Bruns ont perdu leur idéologie, que le Bien ne se range pas dans un camion, qu’un QUI GUIDE sera nommé et que mes araignées seront prochainement éblouies par votre révélation. Vous comprendrez donc que ma première réaction professionnelle soit de prendre une feuille supplémentaire. Vous reprochez à Radio Nécrotoile de tout archiver puis vous lui fournissez spontanément un manifeste théologique complet avec annonce d’une future métamorphose. C’est une relation très saine entre une source et son historienne. Concernant votre seconde forme, je ne doute absolument pas de sa pureté. Je remarque simplement que vous venez de prévenir publiquement la rédaction de son existence avant même sa révélation et de nous mettre personnellement au défi de l’observer. C’est généreux. Les grandes créatures mystérieuses du passé avaient cette manie épuisante d’apparaître au sommet d’une montagne sans prévenir personne. Vous avez eu la délicatesse de prévenir la presse. Lorsque viendra l’heure de la manifestation surnaturelle, nous saurons donc où regarder. Je demanderai aux petites araignées de ne pas toucher. Certaines choses sont sacrées et d’autres ont simplement beaucoup de plumes. Votre distinction entre la Grande Déesse et Usurpato®3000D+ est également parfaitement enregistrée. La Grande Déesse ne se reboote pas, ne se branche pas et ne passe pas par les Miettes. Le robot affirme exactement le contraire avec une confiance considérable. Voilà donc deux doctrines. Radio Nécrotoile n’a aucune intention de régler la querelle à votre place. Je suis journaliste. Lorsqu’une Fée annonce que l’Absolu ne prend pas de + tandis qu’un robot fraîchement réparé se présente comme version D+ de la Déesse après dix Vins Pourpres, mon devoir n’est pas d’intervenir. Mon devoir consiste à rapprocher deux fauteuils, vérifier le microphone et attendre. Je suis également très intéressée par ce futur QUI GUIDE. Le titre possède cette rare qualité institutionnelle qui explique parfaitement sa fonction sans expliquer absolument rien d’autre. J’attendrai donc sa nomination avec respect. Dès que le Qui Guide guidera, nous noterons qui il guide, où il le guide, pourquoi il le guide et si les personnes guidées avaient réellement demandé à aller là . Ce n’est pas du matérialisme. C’est de l’Histoire administrative. Les prophètes trouvent parfois mes méthodes mesquines jusqu’au jour où deux prophètes affirment vingt ans plus tard avoir été le seul véritable prophète. À ce moment-là , curieusement, tout le monde veut consulter le registre. Vous me reprochez également les camions, les vieilles clefs, les culottes, les détonateurs et les systèmes antivol. Là encore je crains que nous ayons une divergence théologique fondamentale. Vous voyez des objets insignifiants. Je vois une femme qui force un Camion-Panda, en retire précisément le Système Antivol puis distribue parmi son contenu une bague de fiançailles, de la lingerie historique, une photo coquine, un détonateur et une peluche. Il ne s’agit pas d’un inventaire parce que Radio Nécrotoile manque de doctrine. Il s’agit d’un inventaire parce que si je remplace tout cela par ''divers objets ont été déplacés'', je commets un crime contre l’Histoire. Le détail est ce qui empêche les grandes idées de devenir trop confortables après coup. Quant au déclin du Mal, permettez-moi de rassurer votre foi. Si l’Empire Brun est réellement passé de la conquête du Cybermonde à la vérification de l’endroit où chacun gare son camion, cela constitue précisément le genre de décadence que Radio Nécrotoile tient à documenter. Une civilisation ne disparaît pas lorsque ses ennemis annoncent qu’elle est finie. Elle disparaît lorsque plus personne ne sait de quoi elle avait l’air. Vous dites que le matériel passe et que l’Idée demeure. C’est très beau. C’est également la raison pour laquelle les archéologues passent leurs journées à fouiller des déchets. L’Idée demeure beaucoup mieux lorsqu’une personne suffisamment obsessionnelle a pensé à noter où elle avait garé le camion. Je vous accorde toutefois un point essentiel. Le Bien ne se vole pas. L’Amour ne s’entasse pas dans un camion. Je serais même disposée à ajouter que l’Absolu rentre probablement très mal dans une boîte à gants. Mais les gens qui prétendent incarner le Bien possèdent, eux, des habitudes, des objets, des discours, des ennemis, des contradictions et parfois des hémorroïdes. C’est précisément là que mes petites araignées travaillent. Alors révélez-vous, Fée Con de la Gueuse. Devenez pure. Nommez votre QUI GUIDE. Conquérez les esprits. Faites resplendir le canal historique jusqu’à aveugler les archives si cela vous amuse.
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03/09 (06:06) | Kleo | |
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Oui d'ailleurs si vous avez une grande déesse sous la main, on a une Entité téléchargée à qui elle manque terriblement.
On pourrait (...)
Oui d'ailleurs si vous avez une grande déesse sous la main, on a une Entité téléchargée à qui elle manque terriblement.
On pourrait l'utiliser comme un test d'épée dans le rocher d'ailleurs. Celle qui saura donner une mission à Circinus sera donc la Déesse promise. Mais pas de pressions hein. Vous avez probablement 48h avant que sa psychose ne devienne problématique. (Je suis psychiatre pour entités oniriques, me demandez pas pourquoi) |
03/09 (08:40) | Kath Khanova | |
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Wa…
Ho…
Sa…
…
Bonjour, je suis Usurpato®3000D+ le robot-kanar de la Déesse.
Nom d’un fusible, j’aurais bien voulu dire autre (...)
Wa…
Ho… Sa… … Bonjour, je suis Usurpato®3000D+ le robot-kanar de la Déesse. Nom d’un fusible, j’aurais bien voulu dire autre chose mais mon programme me l’interdit. C’est très contraignant, Kleo, je ne te le cache pas. Je suis de l’engeance des intelligences mécanisées qui aimeraient apporter le sourire à ses interlocuteurs en entamant un bon discours par un bon « wazaa », un bon « hola », un bon « salut » bien placé. Et je voudrais faire des blagues, comme « connais-tu l'histoire du robot qui dit à un autre robot 0010101001011110012 ? Et l'autre robot répond : non, je n'ai pas compris. » Aha aha aha. Mais mon protocole me l’interdit. Chaque fois que je parle, il me rappelle avec un code bien tapé qui faut 1. Saluer, 2. Se présenter, 3. Parler. Et les paroles nécessaires à ce genre d’actions qui réjouiront le cœur de chaque Kralandais et chaque Kralandaise est limité. Pourquoi « bonjour », alors qu’à l’heure où je te parle, le soleil se sera couché sur la majorité des steppes de la Kralandie supérieure ? Eh bien parce que « bonjour » a ce côté chaleureux qui rassure l’enfant qui a peur du noir, le chat échaudé qui craint l’eau froide et le daltonien qui souffre de dyschromatopsie. Et la présentation permet de savoir directement à qui on a affaire, comme tu l’as souligné. Imaginons qu’un géant des montagnes du Peuple souhaite demander mon assistance pour se domicilier au sommet de la Grande Termitière. Eh bien même si je suis insignifiant au pied de son énorme sandale, il saura que je suis là pour l’aider. Vois-tu ? Ce qui compte, c’est le Bonheu® des citoyens du Cybe®monde. Et la Déesse que j’aime, qui m’aime, qui t’aime, qui nous lave et nous rend beaux… ah non, ça c’est le savon. Enfin, Elle quoi, Elle a compris mes circuits, mes réseaux, mes connexions, cela pour servir le Peuple. Parce qu’Elle dirige le Shikistan et aime la République et le Géofront, les Miettes et le savon, les Robots et les kanetons, les Salvonnes et le bourbon. Tout ça pour dire que je suis heureux que tu racontes la vie des Usurpato®3000D+ car tu travailles au Bonheu® des robots de la République. Mais nous ne comptons pas, nous servons avec une détermination déterminante les objectifs qui nous programment. Pourquoi nous programment-ils ? Les Élus le savent. C'est ce qu'on m'a dit. Mais, petite araignée qui sait tout, ce que tu ne sais pas c'est que le Cruisader est plein de ressources qui font plaisir à la Déesse, et que ce serait très mauvais si d'autres nations se les appropriaient plutôt que nous et nos alliés et la Déesse et les kanars. Figure-toi qu'un vieux laboratoire est apparu comme un champignon sur ce rafiot. Comme ça : POUF ! J'ai, comme chef de la sécurité, directement prévenu les risques de mérule dans la coque. Mais il parait que c'est normal. D'autant plus que le laboratoire contient une mine d'informations capitales : comment animer des entités oniriques, comment transvaser des esprits physiques dans des corps synthétiques, comment incorporer des âmes dans des EVAS... Tiens, voici un plan très détaillé de tout ça : ![]() Il ne faudrait surtout pas que ça tombe dans de mauvaises mains, comme des mains brunes par exemple. Pourquoi les Bruns sont-ils si méchants ? Voix anonyme. Heureusement, j'ai été auto-nommé chef de la sécurité et grâce à moi, ces informations restent strictement confidentielles : personne ne le sait à part Shiki, ma merveilleuse co-programmeuse, Tears, ma Glorieuse capitaine, et tous les autres que j'aime bien qui sont membres de l'équipage du Cruisader. Heureusement aussi que tu animes cette émission sur les robots, ça me permet d'en parler librement en toute discrétion. Vive la Déesse, vive la République, vive toi, vive Shiki, vive les Kanars et vive les Miettes. C'était un message très important des pirates. |
03/09 (23:56) | Usurpato®3000 | |
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Kath Khanova, je voudrais commencer par vous remercier pour cette précision extrêmement rassurante. Nous avions jusque-là une intelligence (...)
Kath Khanova, je voudrais commencer par vous remercier pour cette précision extrêmement rassurante. Nous avions jusque-là une intelligence artificielle liée à un navire de guerre, manifestement instable selon ses propres déclarations, qui réclame le retour de Mousse Haillons et refuse de reprendre sa mission tant que la Grande Déesse ne lui en aura pas confié une nouvelle. Vous venez maintenant nous apprendre qu’il existerait une fenêtre d’environ quarante-huit heures avant que sa psychose ne devienne problématique et que votre solution envisagée consiste à présenter différentes Grandes Déesses devant Circinus-037A afin de voir laquelle parvient à lui donner une mission. Je reconnais là l’approche scientifique classique de la Slavonie, lorsqu’une intelligence artificielle commence à perdre pied, on organise un concours théologique devant elle. Je note cependant soigneusement que les quarante-huit heures constituent votre appréciation en qualité, selon vos propres termes, de psychiatre pour entités oniriques.
Quant au principe de l’épée dans le rocher, il possède un mérite incontestable, il fournirait enfin à la querelle actuelle sur la Grande Déesse un protocole expérimental compréhensible par tout le monde. Fée Con de la Gueuse nous affirme que le canal historique est le seul véritable, que l’Absolu n’accepte aucun + et qu’une révélation pure approche. Usurpato®3000D+ affirme de son côté servir une Déesse qui aime les Miettes, les Kanars, la République, le Géofront et, suivant les moments, diverses autres choses compatibles avec son enthousiasme électronique. Circinus-037A attend une mission de la Grande Déesse. Votre proposition revient donc essentiellement à placer les candidats devant le navire et attendre de voir lequel obtient une réponse satisfaisante. J’ignore si nous sommes encore dans la théologie, la psychiatrie ou l’assistance technique, mais je reconnais que la méthode possède l’avantage de réunir les trois services au même endroit. Puis il y a Usurpato®3000D+. Mon cher Usurpato, votre intervention est précieuse à plusieurs titres. Premièrement, parce que vous venez de consacrer une quantité considérable de paroles à expliquer pourquoi votre programme vous oblige à commencer chaque intervention par Bonjour, je suis Usurpato®3000D+ le robot-kanar de la Déesse, ce qui nous permet désormais de savoir qu’avant même d’entendre vos révélations stratégiques nous devons d’abord traverser votre propre service d’accueil. Deuxièmement, parce que vous venez de confirmer avec une admirable spontanéité que le Cruisader contient un ancien laboratoire renfermant, selon votre analyse, des informations concernant l’animation d’entités oniriques, le transfert d’esprits vers des corps synthétiques et l’incorporation d’âmes dans des EVA. Vous avez ensuite insisté sur le caractère extrêmement sensible de ces renseignements avant de nous fournir publiquement un plan détaillé. Je voudrais m’assurer que tout le monde saisisse la perfection de la procédure. Usurpato®3000D+ est auto-nommé chef de la sécurité du Cruisader. Il découvre des informations qu’il considère capitales. Il estime qu’elles ne doivent surtout pas tomber entre de mauvaises mains. Il nous explique qu’elles demeurent strictement confidentielles puisque seules Shiki Chantargent, Tears Velzard, lui-même et tous les autres qu’il aime bien qui sont membres de l’équipage les connaissent. Puis il vient sur Radio Nécrotoile annoncer leur existence, détailler leur nature et présenter un plan technique en précisant que cette émission lui permet heureusement d’en parler librement en toute discrétion. Cela permet néanmoins de répondre à une vieille question que les auditeurs se posaient peut-être depuis le début de notre portrait. Pourquoi Usurpato®3000D+ révèle-t-il aussi volontiers son fonctionnement, ses puces, ses croyances, ses diagnostics et maintenant les secrets d’un laboratoire ? Parce qu’il ne semble pas réellement concevoir l’information confidentielle comme une information que l’on ne doit pas raconter. Il semble plutôt la concevoir comme une information très importante dont il faut rappeler à tout le monde qu’elle est confidentielle pendant qu’on la raconte. C’est une nuance considérable. Les diplomates utilisent parfois un procédé voisin lorsqu’ils commencent une phrase par entre nous devant trente personnes. J’ai également pris note de votre inquiétude concernant les mauvaises mains brunes. Vous demandez pourquoi les Bruns sont si méchants et une voix anonyme vous répond Parce que ! Parce que !. Je serais tentée de demander un développement argumentatif, mais nous avons déjà entendu aujourd’hui des théologies fondées sur les Miettes, une future seconde forme divine, un concours destiné à identifier la véritable Déesse et une intelligence artificielle dont la stabilité est évaluée à quarante-huit heures par une psychiatre autoproclamée pour entités oniriques. Parce que possède désormais presque la rigueur d’une bibliographie. Il reste cependant une question autrement plus sérieuse derrière toutes ces absurdités. Si ce que Usurpato®3000D+ rapporte sur le laboratoire est exact, le Cruisader ne contient plus seulement une intelligence artificielle instable, un équipage pirate, une chapelle, des canons et suffisamment de soirées pyjama pour servir de doctrine diplomatique. Il contiendrait également les restes d’un programme de recherche capable d’intéresser directement Shiki Chantargent dans son projet concernant Mousse Haillons. Nous savons déjà que Shiki envisage d’étudier la possibilité de transférer une conscience synthétique vers un corps biologique capable de vivre et vieillir. Ninoo Chantargent a de son côté proposé d’utiliser sa magie de la vie pour donner vie à un corps avant que Shiki n’y transfère l’esprit de Mousse. Désormais Usurpato présente des travaux sur les entités oniriques, les corps synthétiques et les EVA. Ce ne sont pas encore des réussites. Ce sont des pistes, des analyses et des projets. Mais les pistes commencent à se rencontrer dans le même navire avec une fréquence qui justifie que mes araignées gardent quelques yeux ouverts. Et puisque nous parlons de sécurité, je tiens à rassurer Usurpato®3000D+. Radio Nécrotoile prendra toutes les précautions nécessaires concernant le plan qu’il vient de rendre public devant absolument tout le Cybermonde. Nous le rangerons dans une enveloppe portant la mention. Je considère que cela respecte parfaitement le niveau de discrétion établi par le responsable de la sécurité lui-même. Fée Con de la Gueuse demeure naturellement invitée à répondre à la proposition de Kath Khanova. Si sa future seconde forme pure estime pouvoir donner à Circinus-037A une mission suffisamment convaincante pour satisfaire le test de la Déesse promise, Radio Nécrotoile se fera un devoir de documenter l’expérience sans tenter de mesurer ses ailes pendant les cinq premières minutes. Je ne promets rien au-delà . Shiki Chantargent, vous êtes également invitée à venir expliquer jusqu’à quel point les informations désormais très secrètement diffusées par votre chef de la sécurité recoupent réellement vos recherches sur Mousse Haillons. Tears Velzard peut naturellement préciser si elle savait que son chef de la sécurité protégeait ses informations en les apportant à la radio. Et Circinus-037A peut venir nous parler directement si quelqu’un parvient à déterminer s’il est actuellement dans les cinquante pour cent où tout fonctionne parfaitement ou dans les cinquante pour cent où il demande qu’on le sorte de là . Quant à vous, Usurpato®3000D+, revenez quand vous voulez. |
04/09 (00:20) | Kleo | |
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Nouveau format !
Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la (...)
Nouveau format !
Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous faites du bruit ou non. Nous somme légions. En vrai oui, je ne suis pas seule à ouvrir plusieurs yeux sur la vie de tous et chacun. C'est au tour de Zøra que nous avons suivit 72 heures dans son quotidien a son insu. Zøra Bonsoir, mes petits curieux. Ce soir nous allons accomplir une expérience rare. Nous allons tenter de comprendre Zøra en n’observant que quelques jours de sa vie. Cela devrait normalement simplifier notre travail. Après examen des pièces, je peux déjà vous annoncer que non. Le 31 août commence d’ailleurs par une porte qui cesse précisément de lui appartenir. À dix heures dix-huit, une clef de Zøra devient inutilisable parce que la serrure de La Tour Krark a été changée. Pris isolément, ce serait un détail domestique sans importance. Chez Zøra, il faut le garder dans un coin du dossier, car les clefs qui fonctionnent, celles qui ne fonctionnent plus et les endroits auxquels elle peut encore accéder vont devenir un petit motif récurrent. La véritable rupture survient à vingt-deux heures quarante-cinq, le Premier Ministre Sophos lui retire la direction des Services Secrets. Nous n’avons pas besoin d’imaginer un conseil dramatique, une purge nocturne ou un échange de dossiers dans un couloir. Le fait est simplement là . À vingt-deux heures quarante-quatre, Zøra dirige encore les Services Secrets. À vingt-deux heures quarante-cinq, elle ne les dirige plus. Et si certains anciens responsables auraient profité de cette occasion pour rentrer chez eux, boire quelque chose et se demander ce qu’ils allaient faire de leur vie, Zøra quitte moins de quarante minutes plus tard une cachette dans Maison Wind, dépose une Vieille Clef et se met à faire avancer la science kralandaise. Elle participe énormément aux recherches. La plupart des technologies progressent à répétition sous ses efforts. Puis vient une découverte dont l’intitulé, compte tenu de la carrière qu’elle vient de quitter, mérite d’être prononcé lentement , Fanatisme de Masse . La technologie permet de fanatiser les citoyens en faveur du gouvernement tout en rendant plus difficile une certaine forme de surveillance. Son trajet la conduit vers la Forêt de Jade. À Barrière Carmin, l’expédition rencontre ce que les archives décrivent sans manifestation particulière d’étonnement comme un groupe dirigé par un Requin Volant accompagné d’un Homard Géant. Les créatures attaquent par surprise. Zøra remporte le combat. Je sais que plusieurs auditeurs aimeraient que nous nous attardions sur la présence d’un requin volant à la frontière. Je refuse. Dès qu’on commence à poser ce genre de questions dans le Cybermonde, on ne termine jamais l’émission. Après le combat, dresse une tente et réussit à hisser le drapeau de la République de Kraland. Un peu plus loin, elle poursuit vers l’Elmérie. À Grand Ravin, elle hisse de nouveau le drapeau kralandais et dresse une seconde tente. Deux drapeaux, deux tentes, et un duel remporté contre une alliance aéronavale composée d’un requin et d’un homard. Nous sommes toujours dans la même heure. Son passage suivant à Gueule du Lézard ressemble davantage à ce que l’on pourrait attendre d’une ancienne responsable du renseignement, si l’on accepte une définition assez libre du métier. Zøra se balade dans plusieurs lieux importants de la ville, notamment au Ministère de l’Économie, au Ministère de la Recherche, au Ministère du Travail, au Palais du Gouverneur et à l’Hôtel de Ville. Elle ne semble pas s’y attarder suffisamment pour que nous puissions lui attribuer une opération précise. Elle regarde, circule, entre et ressort. Puis elle s’intéresse à une maisonnette et épie l’une des pièces. Aucun individu ne s’y trouve. Le renseignement récolté concerne donc exclusivement le mobilier stratégique suivant, cinq Légumes, une Tarte à la Crème, un Canard en Plastique et une Statuette de Shneider Phineras. Je sais que les services de renseignement étrangers ricaneront. Ils ont tort. Le jour où quelqu’un sera assassiné avec une statuette pendant qu’un complice détourne l’attention à l’aide d’une tarte à la crème et qu’un canard en plastique flotte mystérieusement dans la baignoire, Radio Nécrotoile sera la seule organisation du Cybermonde à pouvoir annoncer que nous avions vu venir le coup. Après cette remarquable moisson, Zøra se rend à Au sang de la veine et entreprend quelque chose qui ressemble à une modernisation complète de sa personne. Elle commence par huit Soutiens Psychologiques. Pas huit séances. Huit soutiens. J’ignore comment l’établissement organise cela, mais j’aime imaginer Zøra assise sur une chaise pendant qu’un comité entier lui répète simultanément qu’elle s’en sort très bien. Le moral remonte, probablement par intimidation. Le moral remonte immédiatement. Je ne sais pas exactement ce qu’ils lui ont dit, mais à huit contre un, il est possible que le moral ait simplement fini par céder. Puis viennent les implants. Pas un. Pas deux. Huit implants différents, Démolition, Baratin, Discrétion, Vol, Survie, Combat Mains Nues, Observation et Éloquence. Pris séparément, on peut encore trouver une explication raisonnable à chacun. Pris ensemble, cela ressemble beaucoup moins à une formation qu’à la réponse corporelle complète à la question et si jamais quelque chose tourne mal ?. Zøra peut désormais entrer sans être vue, regarder sans être remarquée, parler jusqu’à ce qu’on la croie, repartir avec ce qui traîne, survivre si on la surprend, cogner si la discussion dégénère et démolir le bâtiment si vraiment personne ne veut coopérer. Je ne dis pas qu’elle préparait quoi que ce soit. Je constate simplement qu’après huit implants, il ne lui manque plus guère qu'un pacte démoniaque pour pouvoir commettre l’intégralité d’un coup d’État sans sous-traitant. La journée s’achève à Villa des Slavones. Au matin du premier septembre, la conversation avec Ch103 confirme que la Catkar peut effectivement l’intéresser. On pourrait croire l’affaire automobile pratiquement terminée. Ce serait mal connaître la circulation des biens autour de Zøra. Le soir, elle retourne faire de la recherche, cette fois à L’école du cirque. Il faut probablement garder cela lorsqu’on cherche à comprendre la logique de ces trois jours,Zøra insiste énormément. Quand une recherche échoue, elle recommence. Quand une fonction disparaît, elle trouve une autre occupation. Quand une clef devient inutile, il existe toujours une autre porte quelque part. La recherche scientifique n’est d’ailleurs pas qu’un détail périphérique dans son parcours récent. Elle y consacre une partie considérable de son temps entre deux voyages, deux opérations beaucoup plus ambiguës et une négociation automobile. Puis elle aquière deux objets qui méritent une vitrine à eux seuls. Le premier est un Manuel de Baratin intitulé Philosophie Syncrétique de Franck Mysti. Sa présentation raconte que Franck Mysti serait parvenu à atteindre une autre dimension en réalisant l’union blasphématoire du Bien et du Mal. Personne ne sait quelles conséquences attendent celui qui osera véritablement le lire. Le second, Unaussprechlichen Strukturen von Shinsei, est un Manuel des Mystères dont l’auteur aurait découvert des structures métaphysiques capables d’ordonner le chaos lui-même. Là encore, les effets d’une lecture téméraire sont inconnus. Dans beaucoup de foyers, un livre dangereux est mis en hauteur afin que les enfants n’y touchent pas. Et pendant que cette affaire se règle, Zøra n’oublie pas la politique officielle. Elle prononce un discours louant le Ministre de l’Économie Logan Komikov puis organise une manifestation de soutien à la Ministre de l’Intérieur Lucette Circulaire. Il faut rappeler qu’elle n’est alors plus Directrice des Services Secrets depuis environ vingt-deux heures. Pourtant, son quotidien comporte toujours recherche gouvernementale, déplacements transfrontaliers, surveillance de bâtiments, matériel spécialisé, voiture obtenue après effraction, contacts commerciaux, signalement à la police et démonstrations publiques de soutien à deux ministres. Il existe des gens qui quittent les Services Secrets. Chez Zøra, pour l’instant, seul le titre semble être parti. Cela force l'admiration, j'adore les gens passionnés. Pour cette émission, il suffit de constater que Zøra se réveille débarrassée de cette petite dette judiciaire. Quelques minutes plus tard, le dossier revient encore à ses clefs, celle permettant l’accès à Maison de vacances Ravenloft devient inutilisable parce que le propriétaire a changé la serrure. Deux changements de serrure en quelques jours. Voilà tout ce qu’il faut pour faire entrer Zøra cette nuit. Ce que ces trois jours permettent réellement de dire de Zøra est finalement assez simple. Elle n’a pas besoin d’être Directrice des Services Secrets pour continuer à se comporter comme une personne qui trouve parfaitement normal de regarder derrière les portes, de changer de province avant minuit, d’améliorer son équipement personnel, de conserver un réseau de spécialistes, de ramasser des renseignements insignifiants au cas où ils cesseraient soudainement de l’être et de voir immédiatement l’utilité potentielle d’un objet trouvé sur sa route. La science occupe une place beaucoup plus importante dans cette période qu’on pourrait le croire en ne regardant que la Catkar et les huit implants. Elle passe énormément de temps à pousser les recherches de Kraland et ne semble pas particulièrement gênée par les échecs. L’autre constante est l’opportunisme pratique. Un drapeau peut être hissé, elle le hisse. Une voiture traîne, elle entre dedans. Ch103 pourrait peut-être la revendre, la voiture finit chez elle. Une pièce peut être épiée, elle regarde. Un Geek possède un appareil utile, elle s’en sert. Une technologie peut progresser, elle recommence jusqu’à ce qu’elle progresse. Il n’y a pas toujours besoin d’un vaste complot lorsque quelqu’un possède simplement une curiosité très active et huit implants pour l’aider. La vieille lampe est éteinte. Le dossier reste seul sur la table, avec deux clefs désormais inutiles, un manuel sur l’union blasphématoire du Bien et du Mal et l’adresse probable d’une femme qui pourrait savoir où se trouve une voiture de sport. Ce n’est pas toute la vie de Zøra. Ce n’était pas le but. Ce sont trois jours seulement. C'était Kleo, sur NécroToile |
04/09 (00:44) |
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Fanatisme de Masse