Et le décor perdit la vie

  • postĂ© 14/09 (21:52)
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    Il y a des avantages à être invisible. On ne dérange personne, on ne risque rien, on glisse à travers le monde sans laisser de trace. Pourtant, la plupart des gens s’épuisent à vouloir être "la" personne. Celle qu’on remarque. Celle qu’on choisit. Celle qu’on appelle, simplement pour prendre des nouvelles. Une quête bien souvent vaine.

    Victoria, elle, fait partie de ceux qui composent le décor de la vie. Elle est là, simplement là, sans que personne n’y prête attention. Elle n’est ni la cliente dont l’extrême politesse envers une caissière vous marque, ni celle, odieuse, dont on se souvient avec agacement. Sa beauté ne fait pas tourner les têtes, mais ses traits n'ont rien non plus d’assez singulier pour qu’on s’y attarde. Dans un bar, personne ne glissera jamais un verre dans sa direction. Victoria ne provoque rien.

    Mais en ce début de semaine, quelqu’un l’a remarquée.

    Alors qu’elle rentrait chez elle dans la nuit du 13 au 14 septembre, la jeune femme sentit qu'on la suivait. Victoria occupait sans doute la plus modeste chambre du Seven Sins Inn, ses retours tardifs étaient fréquents, et l’établissement étant situé en plein cœur de Trou Perdu, elle n'avait jamais imaginé pouvoir être importunée.

    Elle pressa le pas, jeta un regard par-dessus son épaule et bifurqua comme pour brouiller les pistes. Son sens de l'orientation jouant contre elle, elle s'enfonça tout droit dans une impasse. Sentant l'ombre avancer vers elle, Victoria prit une grande inspiration et pivota lentement vers elle.

    Une femme se tenait devant elle.

    Aussitôt, une vague de soulagement désamorça quelque peu sa panique.


    Comment puis-je vous aider ? demanda Victoria.

    L'inconnue garda le silence. Rien dans son attitude ne laissait deviner ses intentions. Elle portait un jean brut, un t-shirt noir et une paire de baskets, autrement dit, l'uniforme parfait du citadin du 21ème siècle. Pourtant, la coupe impeccable et la noblesse des matières trahissaient des vêtements de très belle facture. Un détail troublant, en décalage total avec la voix qui finit par murmurer :


    - J’ai simplement soif.

    ----------

    Elle n’avait jamais couru à la fois aussi vite. Chaque pas résonnait, lourd, tandis qu’elle fuyait désespérément vers son hôtel. Son haut était poisseux de sang, mais elle ne ressentait aucune douleur, un leurre qu’elle attribuait à l’adrénaline lorsqu'elle y pensait. Arrivée au Seven Sins Inn, elle grimpa les marches quatre à quatre. Après une lutte frénétique avec la serrure récalcitrante, elle parvint enfin à s’enfermer. Elle se précipita à la fenêtre et constata, plus apaisée, que la femme ne l'avait pas suivie. Par précaution, Victoria verrouilla la fenêtre, claqua les volets et tira les rideaux pour calfeutrer la pièce.

    Que lui avait-elle fait ?

    Instinctivement, Victoria plaqua une main contre sa poitrine pour tenter de calmer les battements affolés de son cœur. Mais sous ses doigts, tout était calme. Étrangement calme. Trop calme. Elle cligna des yeux, incrédule, puis pressa son index et son majeur contre sa carotide. Elle chercha, insista, vérifia son poignet par tous les moyens. Rien. Le silence absolu. Pas le moindre battement. En tant qu’infirmière, elle connaissait trop bien la signification de cette absence de pouls.

    Elle se précipita dans la salle de bains. Elle arracha ses vêtements pour évaluer l’étendue de ses blessures. Frigorifiée, l'esprit brouillé, elle ouvrit le robinet et se mit à frotter frénétiquement ses bras pour faire disparaître les traces écarlates. Voulant reprendre contenance, elle prit appui des deux mains sur le rebord en faïence du lavabo et releva les yeux.

    Un hurlement déchira la nuit, si strident qu'il sembla résonner dans toute la ville.

    Le miroir refusait désespérément de lui renvoyer son reflet. De rage et d'effroi, Victoria frappa le verre de son poing, le faisant voler en éclats. Terrassée par une angoisse qu'elle n'avait jamais ressentie, elle s’effondra à genoux sur le carrelage froid. Elle voulut déglutir, mais aucun muscle n’obéit. Dans sa bouche aride, sa gorge n'était plus qu'un conduit froid et immobile où se consumait le feu sec d’un tison brûlant. Rampant à quatre pattes vers la baignoire, elle ouvrit le robinet et tenta d'avaler quelques gorgées d’eau à pleines mains. Mais le liquide refusa d'aller plus loin. Sans déglutition pour la guider, l'eau claire buta contre le fond de sa gorge close et ressortit aussitôt, souillant le carrelage.

    Roulée en boule sur le sol, elle passa des heures à pleurer des larmes qui refusaient de couler. Quand elle trouva enfin la force de se redresser pour attraper de quoi se couvrir, au-dehors, les premières lueurs de l'aube blanchissaient le ciel. Calfeutrée dans le noir complet de sa chambre, Victoria fut terrassée par une soudaine léthargie qui lui scia les jambes à l'instant précis où le jour se levait dehors. Les paupières lourdes, vidée de toute volonté, elle s'écroula de tout son poids, emportée malgré elle dans un profond sommeil diurne.
  • Avant-hier

  • 12:32

    Krabot est de retour... pour vous jouer un mauvais tour !


  • 12:31

    Ou alors tu prends des exemples taillés sur mesure (comme les pierres) pour recoller à ton histoire de entropie = désordre, et en fait c'est là qu'il y a un problème.


  • 00:12

    Le gouvernement de la Confédération Libre me semble bien populaire...


  • 00:12

    ouesh les bonbons

  • 16/09

  • 23:04

    C'est celĂ  oui...


  • 23:04
    Yun


  • 19:33

    Kra20Kra !


  • 19:16

    Par ailleurs, les systemes organisés comme les planètes, les étoiles... etc baissent en entropie en l'évacuant sous forme de rayonnement... Donc ce n'est pas que le macro qu'il faut regarder... Mais même ce qu'on ne voit pas... gamma, X, UV, IR... C'est pour cela qu'en filmant quelque chose qui ne bouge pas, tu ne peux pas passer le film à l'envers et dire que c'est identique. Dans l'un l'entropie augmente, dans l'autre, non.


  • 19:07

    Alors où il est le désordre? le désordre, c'est l'ensemble de tous les éclats de pierre qu'on a du faire pour tailler les pierres. l'énergie dépensée pour les assembler (l'énergie d'un systeme est constante, mais elle s'est dégradée)


  • 19:05

    tu prends la carrière de pierre, et la cathédrale... Quand tu vois comment sont ordonnées les pierres dans une cathédrale par rapport à une carrière de pierre. Tu te dis, wouaw, on a gagné en ordre. Seulement la thermodynamique dit qu'on a gagné en entropie...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  15:43:43