Ecrire et représenter les femmes / minorités

  • modifiĂ© 26/07 (19:02)
    +16 -15 +1 
    La façon dont nous écrivons des personnages fictifs, et de manière générale la façon dont nous représentons des catégories de personnes, conduit à véhiculer une image de ces catégories. Si ces représentations sont biaisées ou irréalistes, elles vont généralement contribuer à peser sur les personnes concernées, d'une manière ou d'une autre.

    Je lis beaucoup de fiction lesbienne (livres, BD, mangas...), et il est souvent très facile de savoir si la personne qui a écrit la fiction est un homme ou une femme. Dans la façon dont les femmes sont écrites, typiquement, on voit le regard que porte l'auteur. C'est ce qu'on appelle le male gaze.

    Si la femme est représentée comme un objet de désir extérieur (elle n'est décrite que pour ce qu'elle peut apporter à l'auteur / lecteur / homme), elle est souvent écrite par un homme. Si elle est représentée comme un individu avec une psyché et une vie, et si ce regard porte le réalisme d'une vie de femme, c'est souvent (malheureusement) une femme à l'écriture. Pas toujours, bien sûr.

    Personnellement, j'ai lu des centaines d'oeuvres lesbiennes, et à chaque fois que je me suis dis "tiens c'est écrit par un homme / une femme", et que je suis allée vérifiée, ça n'a jamais loupé. Jamais.

    Dans le manga lesbien, les signes qu'un homme écrit sont souvent évident :
    - les femmes avec des anatomies absurdes : une femme à l'écriture se dirait "bonjour le mal de dos", ou bien "j'aimerais vraiment pas être représentée comme ça".
    - les femmes ont des personnalités de poupée (c'est particulièrement saillant dans les shonens)
    - l'acte sexuel est systématiquement pénétratif, alors que les rapports lesbiens pénétratifs sont souvent minoritaires dans la vraie vie
    - les représentation du plaisir, du désir sont irréalistes

    A l'inverse, il est rare (malheureusement) qu'une femme ne soit pas à l'écriture quand :
    - les femmes ont des personnalités complexes et/ou sombres
    - des femmes sont représentées de façon valorisantes sans chercher à obéir aux canons de la société hétéropatriarcale : grosses, vieilles, poilues, avec des vergetures, pas maquillées, masculines, fortes, sale caractère, aggressives, méprisantes...
    - des faits très réalistes du quotidien des femmes sont mentionnés ou représentés de façon non-fétichisante et non-péjorative : règles, allaitements, rendez-vous médicaux, etc.

    On m'a demandé récemment si les blagues sur la taille des seins et leur utilisation comme objet pratique ou amusant était une représentation dégradante. J'ai répondu oui, et pour deux raisons :
    - ces représentations ne sont quasiment jamais appliquées aux hommes. Une femme qui court et dont les seins sont représentées en faisant "boing boing" => quasi jamais un mec qui court et dont le paquet est représenté en faisant boing boing
    - elles réduisent des parties du corps à des objets, des choses futiles avec lesquelles on joue et dont on rit.

    Et c'est là tout le sujet : le corps des femmes n'est pas un jouet. C'est un bout de nous, qui vieillit, qui murit, qui transpire - qui traverse la vie avec nous, pour lequel on a peur, que l'on protège.

    Quand on enlève la valeur vivante et d'une certaine façon sacrée (à défaut d'un meilleur terme) du corps, et qu'on en fait une marchandise, alors on ouvre la porte à traiter le corps comme ça : une marchandise. Un objet.

    Les représentations dégradantes des femmes sont généralement celles qui les déshumanisent. Ce n'est pas une question de slut shaming - il n'y a aucun mal à être une pute, une salope, et même à vendre son corps si on le souhaite. Perso, j'ai fait un peu de travail du sexe dans le passé, et j'ai beaucoup de connaissances voire d'amies qui en font ou en ont fait : personnes cisgenres ou transgenres à part égales. Les putes sont des êtres humains. Représenter la sexualité n'est jamais un souci en soi - c'est la façon dont on le fait qui peut être, ou non, problématique.

    Quand vous écrivez un personnage féminin, posez-vous la question :
    - est-ce que moi, en tant que femme (imaginons), je me comporterai comme ça ?
    - est-ce que cette représentation est réaliste ?
    - est-ce que c'est une représentation valorisante, ou est-ce qu'elle véhicule des clichés et des idéaux oppressifs ?

    Un jour un gars a contredit une meuf sur un discord oĂą je suis en disant : "nan, ce manga est gay". Le manga en question (NSFW) :
    Spoiler


    Non, ça, c'est pas "gay". C'est deux filles mineures, nues, imberbes, aux mensurations """parfaites"'"" (selon la société), qui regardent le lecteur en l'invitant à participer à leur "moment entre filles". Il n'y a rien de gay là dedans, juste de la fétichisation par des hommes de la sexualité lesbienne.

    A l'inverse, ça, c'est très gay (NSFW) :

    Spoiler


    Deux femmes, elles ne regardent pas la caméra, elles se parlent l'une à l'autre, elles sont représentées de façon cool, elles sont rondes (vite fait hein), masculine pour l'une, elles ont des poils... Inutile de dire que l'autrice de cette deuxième image est, sans étonnement, une femme lesbienne. (dachell_art sur instagram)

    Hier, sur un réseau social, un mec qui combattait le droit à l'avortement m'a dit "interdire l'avortement ne met en danger la vie ou le bonheur d'aucune femme". Et vraiment, je me suis dit : comment on peut être un mec et penser ça ? Quel niveau de non-empathie, de non-réflexion il faut avoir pour penser ça ? Cette personne a-t-elle parlé à une femme dans sa vie ?

    Le nombre d'hommes qui semblent complètement ignorant du fait que les seins ça fait mal au dos, que ça fait mal quand on prend un coup dedans, que c'est chiant pour faire du sport... Alors que c'est des éléments vraiment basiques de la vie d'une femme ? Et des femmes il y en a partout autour de vous : ces hommes leur parlent-ils ?

    Tout ça est vrai pour les femmes, mais aussi pour toutes les catégories, en particulier les minorités. Ecrire une personne racisée, une personne handi, une personne trans, une personne homo... Quand on ne l'est pas soi-même, ça demande de réfléchir, de s'informer. Pour ne pas véhiculer malgré soi des stéréotypes, pour ne pas enfermer les concernés dans des représentations délétères. Parce que ce n'est pas anodin.

    Il y a beaucoup de ressources là-dessus sur internet, et je n'ai pas le temps de vous faire un annuaire complet, mais je vous laisse avec cette petite vidéo de Noémie Fachan / Maedusa Gorgone :


    ___

  • postĂ© 26/07 (22:09)
    +6 -0 +6 
    Hello Sylke,

    Merci pour ton message et cette analyse très complète du male gaze et des représentations dans la fiction. C'est un sujet vaste que je connais mal (et encore moins en littérature lesbienne) mais je vais essayer de donner mon point de vue (et de me faire un peu l'avocat du diable).

    Pour moi, jouer un perso reste avant tout un espace de divertissement et d'évasion. Quand je joue, je cherche à ressentir des émotions positives, à m'amuser et à déconnecter du quotidien. Le monde réel comporte déjà son lot de difficultés et d'injustices, je n'ai pas vraiment envie de retrouver ce réalisme dans mon loisir. Cela ne veut évidemment pas dire que je suis insensible ou aveugle à ces sujets dans la vraie vie, mais simplement que j'attribue une fonction différente au jeu.

    Par conséquent, incarner des personnages très réalistes ou chercher à "déconstruire les stéréotypes" par mes persos n'est pas ce qui me motive. Au contraire, la fiction permet d'aller dans l'excès justement parce que ce n'est pas le monde réel et c'est ce que je trouve plaisant. Tant que l'on garde conscience qu'il s'agit de fiction, l'usage de certains stéréotypes ne reflète pas nécessairement une volonté de dévaloriser qui que ce soit. (enfin je suis peut être naïf sur ce point)

    Cela dit, je te rejoins totalement sur un point : le jeu de rôle est un plaisir partagé, et pour que l'expérience reste agréable pour tout le monde, il faut savoir poser des limites. Je comprends tout à fait qu'une accumulation de personnages féminins façonnés uniquement selon des canons ou des fantasmes masculins puisse devenir lassante, voire pesante, pour une partie de la communauté.
    Et qu'il y a clairement mieux Ă  faire sur ce point tout en restant aussi plaisant Ă  jouer.
  • postĂ© 26/07 (22:58)
    +8 -3 +5 
    Vapula a écrit :

    Le monde réel comporte déjà son lot de difficultés et d'injustices, je n'ai pas vraiment envie de retrouver ce réalisme dans mon loisir.


    Il y a lonnnnngtemps, un joueur de KI m'avait dit qu'il ne pouvait pas supporter de lire PolSoc, parce qu'il y avait des propos racistes dessus, et que ça lui filait des angoisses de se retrouver dans ce type d'ambiance. À l'époque, la philosophie de la modération était de tolérer tous les propos à partir du moment où il y avait des réponses qui étaient apportées.

    Le fait est que la possibilité de déconnecter des difficultés et injustices, c'est aussi l'expression d'un privilège, généralement celui de ne pas les subir. Peut-être qu'il existe des personnes racisées (par exemple) qui arrivent à déconnecter de leur expérience du racisme en jouant à KI, mais je ne crois pas en avoir rencontré jusqu'ici.

    Face à ce problème (qui devient connu à partir du moment où on lit le post de Sylke), j'aimerais bien comprendre quelle quantité d'effort ça représente pour les gens qui "ne veulent pas retrouver le réalisme". Je pose la question de manière très naïve : je suis vraimenr curieux de savoir comment ça se met en balance pour toi (ou d'autres personnes moins courageuses mais qui pensent pareil).
  • modifiĂ© 27/07 (00:07)
    +5 -4 +1 
  • modifiĂ© 27/07 (17:13)
    +1 -0 +1 
    Alors Madame Sabine, pourquoi c’est drole ?

    Spoiler


    La vanne sur le boingboing, ce n’est pas que les seins fassent boingboing, la vanne c’est que les gens soient déconcentrés par quelque chose d’aussi futile, au lieu de se focus sur le match (c’est l’effet du sort). Et ça, que l’observatrice soit une femme ou un mec.

    quasi jamais un mec qui court et dont le paquet est représenté en faisant boing boing


    Seins et entrejambe n’ont pas le même statut. Si tu veux comparer le « Paquet » il faut le comparer aux organes génitaux féminins, et là je pense pas que y en ait beaucoup. Si tu veux comparer les seins à quelque chose, il faut trouver quelque chose d’équivalent, le plus proche, a mon sens, c’est les adbos, et oui, là pour le coup il y’a fétichisation des abdos de la part des femmes. (Ou sinon les pecs qui sont aussi appréciés)

    À propos des différences d’écriture des hommes et des femmes, personnellement dans la majorité des anime (non yuri) que j’ai pu voir, il y avait presque toujours les personnages principaux féminins qui remplissaient 2 critères sur 3 que tu avais édictés par l’écriture des femmes (beaucoup de femmes fortes, beaucoup de personnalités complexes), et quand je pense à mon top 3, c’est vraiment que ça. Après, bien sûr, il y’a des animes de harem atroces, mais de là à les amalgamer à tous les animés écrits par les hommes pour aller dans le sens de l’essentialisation, ça me paraît un peu beaucoup. Je pense qu'avancer le sophisme de l'anecdote et le cherrypicking n'es pas éloigné de la réalité. (Quel est le genre de la personne qui as produit le cas d'étude 1 ?)

    Je suis plutôt d’accord sur ton analyse concernant les 2 images, encore que la 2nd image montre des femmes largement au-dessus des normes de beauté et des normes mammaires. La réalité, c’est que quand on produit une œuvre, pour beaucoup de raisons on préfère faire des personnages beaux à regarder. Même le loser de base de l’anime japonais est en général pas trop moche.

    Le nombre d'hommes qui semblent complètement ignorant du fait que les seins ça fait mal au dos


    L’une des premières vannes qui as été faite sur Grossin, c'était « Première exportatrice de ceintures lombaires », et c'était une vanne faite par un homme pas particulièrement en phase avec ta vision des choses, comme quoi y’a de l’espoir. :X

    PS : C’est pas un sujet entracte ça ? Et je dis pas ça que parce que c’est la partie 2 de mon procès.

    ___

    Spoiler
  • postĂ© 27/07 (17:06)
    +6 -0 +6 
    Coucou,

    Alors voilà, je me permets de venir dans ce débat après mûre réflexion pour dire le fond de ma pensée. Déjà, pour résumer, je pense que Sylke a grandement raison sur certains points, même s'il y a plusieurs choses qui sont occultées ou qui sortent un peu du cadre, on va dire.

    Déjà, non, Boing boing n'est pas anodin, et je n'aurais jamais dû l'implémenter dans le jeu ni le laisser passer avec le recul. Même si j'entends ton argumentaire, Meg, j'ai pris cette décision désastreuse à la base parce que j'avais besoin d'un sort spécial par empire. C'était soit ça, soit Aya qui faisait du pole dance sur le terrain. J'ai donc accepté et proposé cette idée à la volée, car il ne me restait plus beaucoup de temps. Mais c'est clairement dégradant, d'une certaine manière, sur plusieurs points.

    Déjà, même si l'idée était de dénoncer les personnes (hommes comme femmes) qui sont déconcentrées par des seins qui bougent au lieu de se focaliser sur la performance des athlètes féminines, cela produit en réalité l'effet inverse. Par exemple, une petite fille qui lit ça ne va pas se dire : "Wow, bravo pour cet élan totalement féministe ! Cela dénonce avec brio la surexposition du corps des femmes dans les grandes compétitions et dans la vie de tous les jours." Non ! C'est même tout l'inverse cela ancre encore davantage cet imaginaire délétère autour de la femme, d'autant plus que c'est un sujet actuellement très débattu.

    Surtout que ce n'est même pas une exagération de dire que ça véhicule des clichés pas oufs. Par exemple, je t'ai réellement cru quand tu disais qu'avoir une grosse poitrine aidait pour les contrôles de la poitrine, ou encore lorsque je pensais que cela facilitait les retournés acrobatiques. J'ai dû me renseigner.

    Ensuite, comme dit précédemment, ça participe à objectifier le corps des femmes. Et même si c'est fait avec une intention féministe, le résultat n'est pas terrible. J'ai par exemple arrêté Dandadan dès les premiers chapitres, parce que l'objectification du pénis du protagoniste pour en faire une blague, je trouvais ça franchement dégoûtant et au-dessus de mes forces à supporter, même sans y voir de préjugés sexistes. Ça m'a simplement mis profondément mal à l'aise. Donc je peux comprendre que des femmes soient profondément mal à l'aise avec ça.

    Surtout il y a aussi le fait que ce genre de blague finit par banaliser des réflexes que beaucoup de femmes subissent déjà au quotidien. Beaucoup de personnes homme/femmes/non binaires d'ailleurs. On rit de l'utilisation d'une partie de leur corps avant de rire du personnage lui-même, et encore moins avec lui. Boing boing fait rire, mais ne fais pas rire avec Saphir, mais DE Saphir et de sa condition de femme objet de désir. Même si l'intention est de tourner en dérision les personnes qui se laissent déconcentrer, le résultat est que le corps féminin reste le ressort comique de cette histoire. Au final, la première chose que l'on retient, ce ne sont pas les qualités du personnage, mais sa poitrine. Ce qui est un énorme CSC. Il y a également un autre problème ce type d'humour renforce l'idée que les seins sont forcément un objet public, quelque chose que tout le monde peut commenter ou utiliser comme matériau pour une blague. Or, c'est précisément ce regard permanent sur le corps des femmes qui est dénoncé par beaucoup d'entre nous. Même lorsque la blague part d'une bonne intention, elle peut malgré elle participer à normaliser ce regard. Enfin, je pense qu'il faut aussi accepter qu'une œuvre ne soit pas reçue comme son auteur l'avait imaginée. Une fois qu'elle est publiée, chacun l'interprète avec son vécu.Plusieurs camarades m'ont ditent que cette représentation les met mal à l'aise donc je l'ai retiré.

    En revanche, là où je suis un peu plus mitigé, c'est que j'ai parfois l'impression que le débat se concentre presque exclusivement sur le yuri et le regard masculin porté sur les femmes, alors que les dérives existent aussi dans l'autre sens. En tant que consommatrice de yuri, je comprends parfaitement les critiques adressées au male gaze. Mais en tant qu'encore plus grande consommatrice de yaoi, tu as sans doute déjà vu, toi aussi, des œuvres écrites par des femmes qui fantasment les relations entre hommes de manière tout aussi irréaliste, avec des clichés, des rapports toxiques romantisés ou des personnages réduits à des archétypes destinés au fantasme féminin. Si on traine sur Nhentai beaucoup d'autrices font aussi du Yaoi shotacon quand on cherche (je ne suis pas consommatrice de ça mais oui c'est une dérive qui existe et je le souligne).

    À mes yeux, le problème dépasse donc largement le simple fait que des hommes écrivent des femmes. C'est plus généralement la question de l'objectification et de la fétichisation d'un groupe par des personnes qui n'en font pas partie. Le male gaze est évidemment un phénomène réel et particulièrement documenté, mais il existe aussi des formes de female gaze qui peuvent tomber dans des travers similaires. Je trouve donc qu'il serait intéressant d'élargir la réflexion à toutes les formes de représentations plutôt que de donner l'impression que le problème ne concerne qu'un seul sens. Cela fera plus avancer la société.
  • modifiĂ© 27/07 (17:25)
    +4 -3 +1 
    ( Ce sujet parle de politique, Sabine. Si tu souhaites absolument laver le linge sale en public tu peux faire un topic entracte, mais ce sont deux choses clairement séparées. Les choses qui se sont produites auraient pu se produire indépendament de ce dont on parle ici. Merci de faire la différence. )

    Sabine a écrit :
    Seins et entrejambe n’ont pas le même statut. Si tu veux comparer le « Paquet » il faut le comparer aux organes génitaux féminins, et là je pense pas que y en ait beaucoup.


    Est-ce que tu as le sentiment que les organes sexuels secondaires des hommes sont objectifiés pareil que ceux des femmes dans la société ?

    (Quel est le genre de la personne qui as produit le cas d'étude 1 ?)


    Une rapide recherche google indique qu'il s'agit d'un homme. N'ayant pas lu le manga personnellement, je n'ai pas fait de postulat : les femmes peuvent en effet tout à fait écrire des trucs nauséeux et fétichisants, et les hommes des oeuvres sweet as fuck. Ceci dit, certaines oeuvres sont assez clairement marquées.

    Je n'ai pas dit que tous les hommes étaient nuls pour écrire les femmes : ce serait essentialiste et impliquerait un concept de "genre absolu" qui va directement à l'encontre de ce en quoi je crois et que d'ailleurs je dénonce sur ce sujet. En tant que "femme trans" non-binaire moi-même et ne m'identifiant pas du tout au genre féminin, ce serait ironique de ma part que je sous-entende une "nature" de l'homme et de la femme.

    Une grande quantité d'oeuvres écrites par des hommes sont très ok. Il y a même des yuris que je trouve personnellement de bonne qualité et qui sont écrits par des hommes - je pense par exemple à Kishi Torajirou, qui pourtant fait globalement du porn ou quasiment, et dont certaines oeuvres comme "Maka Maka" sont très très faibles en male gaze, voire ont une vibe female gaze par moment. Je n'ai cependant pas beaucoup d'autres exemples de bons mangas lesbiens écrits par des hommes cisgenre.

    Prunus Girl, qui a été cité par Kardia avant sa modération, est d'ailleurs une de mes oeuvres préférées. Je ne suis jamais allée regarder le genre de la personne qui l'avait écrit. (je viens de regarder et c'est une femme [;o] )


    Je suis plutôt d’accord sur ton analyse concernant les 2 images, encore que la 2nd image montre des femmes largement au-dessus des normes de beauté et des normes mammaires. La réalité, c’est que quand on produit une œuvre, pour beaucoup de raisons on préfère faire des personnages beaux à regarder. Même le loser de base de l’anime japonais est en général pas trop moche.


    Mais ces "standards" de beauté dépendent complètement de la personne qui regarde, et sont influencés par la société. Raison pour laquelle ces standards sont si différents selon si c'est un homme ou une femme qui les produit.

    ( NSFW )
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    Sal Jiang par exemple est une autrice qui a tendance à écrire et dessiner des femmes avec des âges et des body types variés. Ses personnages ont des expressions et sont traversées par des émotions qu'on trouve rarement dans des oeuvres écrites par des hommes.

    Spoiler


    Spoiler


    Ces personnages sont lovely, attachants, attirants, et nécessaires pour qu'on se sentent tout.e.s belles, et inclus.e.s. On retrouve ces thématiques aussi par exemple dans la description de la transidentité : certains auteurs ont tendance à écrire/dessiner des femmes trans stéréotypées (hyper viriles et carées, ou alors "indétectables"), tandis que d'autres auteurs vont justement montrer la beauté du corps trans dans sa différence.

    Spoiler


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    Cette capacité à montrer la beauté des femmes sans obéir aux standards de beauté est féministe, en ça qu'elle s'attache à détruire méthodiquement ce qu'on considère comme "beau" - et par "on", je veux dire : le patriarcat. Ces critères de beauté ont été construits avec les siècles pour des raisons spécifiques, toujours orientés vers la satisfaction des hommes.

    Zhaleh a écrit :
    À mes yeux, le problème dépasse donc largement le simple fait que des hommes écrivent des femmes. C'est plus généralement la question de l'objectification et de la fétichisation d'un groupe par des personnes qui n'en font pas partie. Le male gaze est évidemment un phénomène réel et particulièrement documenté, mais il existe aussi des formes de female gaze qui peuvent tomber dans des travers similaires. Je trouve donc qu'il serait intéressant d'élargir la réflexion à toutes les formes de représentations plutôt que de donner l'impression que le problème ne concerne qu'un seul sens. Cela fera plus avancer la société.


    Tu as HYPER raison de mentionner le yaoi ! Une grosse partie du yaoi est effectivement de la fétichisation des homosexuels par des femmes (donc effectivement une minorité représentée d'une certaine façon).

    On pourrait en mentionner bien d'autres ! Je parle de la représentation de la femme car c'est le problème le plus présent partout et le plus courant : le yaoi concerne peu de monde en comparaison de l'image de la femme en général.

    Mais je suis d'accord avec toi que c'est aussi des contenus qui peuvent être problématiques et qui doivent être dénoncés.

    ___

  • modifiĂ© 27/07 (19:58)
    +4 -1 +3 
    Ce sujet parle de politique, Sabine. Si tu souhaites absolument laver le linge sale en public tu peux faire un topic entracte

    Tu utilises une animation en cours comme exemple ça aide pas XD

    Mais ces "standards" de beauté dépendent complètement de la personne qui regarde, et sont influencés par la société. Raison pour laquelle ces standards sont si différents selon si c'est un homme ou une femme qui les produit.

    Tout à fait, mais je suis à peu près sûr que dans cet exemple numéro 2 tu aura une grosse majorité d’hommes qui diront que nous avons affaire à des « meuf canons » (Je demande aux 7 mecs cis de mon serveur perso et on verra bien, oui je sais 7 c’est pas beaucoup :c).
    PS : Mon dieu leur débats XD

    Mais au final je préfère largement ce 2nd poste que le 1er qui est beaucoup plus nuancé. Y'a juste un passage qui me fait tiquer un peu :

    Cette capacité à montrer la beauté des femmes sans obéir aux standards de beauté est féministe, en ça qu'elle s'attache à détruire méthodiquement ce qu'on considère comme "beau" - et par "on", je veux dire : le patriarcat. Ces critères de beauté ont été construits avec les siècles pour des raisons spécifiques, toujours orientés vers la satisfaction des hommes.

    C'est pas tellement un argument parce qu'il repose sur mon expérience personnelle, mais de mon expérience, j'ai globalement vu les hommes cis hétéros beaucoup plus ouverts que les femmes cis lesbiennes, à sortir avec une femme trans. Si quelqu'un mets la main sur une étude, je serais grave curieuse de comparer le degré d'acceptation des femmes trans, par des hommes cis-het et des femmes cis-lesb
  • postĂ© 27/07 (21:16)
    +4 -3 +1 
    Un truc que je ne comprends pas, c'est que le concept de Male gaze n'est pas nouveau ni particulièrement spectaculaire pour quiconque fait l'effort de rechercher. Si on parle de sources, il y a une cinquantaine de liens sur la page précitée, google scholar dit qu'il trouve plus d'un million de références.

    Une analyse assez sommaire pointe en particulier très clairement qu'il n'y a pas d'équivalence entre male gaze et female gaze (« Ce concept est considéré comme le signe d'un pouvoir asymétrique. »), parce que les œuvres culturelles sont dépendantes du contexte socio-économique dans lequel elles sont créées, et que le matriarcat n'est pas le système dominant de nos jours. Par exemple, la première fois que j'ai entendu parler des abdos masculins sexualisés, ça devait être en 2010, et déjà c'était parce que les gens posaient que l'équivalence n'existe pas (déjà à l'époque en montrant la tronche de Hugh Jackman sur une revue masculine et une revue féminine : devinez sur laquelle on voyait ses abdos ?).

    Concernant l'anecdotisme, les anecdotes ont un intérêt : quand on parle d'un truc vrai, ça permet de l'illustrer, et ça permet de faire passer une idée simple pédagogiquement. À l'inverse, quand on essaye de faire passer un truc faux via des anecdotes, ça devient effectivement du cherry picking.

    Mais j'ai envie de dire : pour un concept créé en 1965, peut-être que la charge de la preuve et des arguments percutants retombe plutôt sur les personnes qui pensent contre le consensus scientifique sur la question.
  • postĂ© 28/07 (09:47)
    +7 -1 +6 
    Sérieux?

    Quand ça s'enflamme pour un nom de sort comme « boing-boing », ça montre bien où on en est. On est en train de faire un procès en sexisme systémique à un pauvre trope de manga dans un jeu parodique. Au fond, c'est la même confusion habituelle : confondre la protection des gens dans la vraie vie et le flicage puritain du moindre gag ou cliché dans la fiction.
    Sur l'argument classique selon lequel une référence à une poitrine qui bouge alimenterait les discriminations IRL blablablabla... c'est juste le retour de la vieille panique morale qu'on se tapait quand on accusait le métal ou les jeux vidéo de rendre les gens violents. Kraland, c'est un jeu satirique qui pioche à fond dans les codes de la pop-culture et du manga. Les règles rappellent d'ailleurs qu'il faut faire preuve de recul et de maturité. Traiter les joueurs comme des gamins influençables qu'il faudrait protéger d'un cliché sur le corps, c'est hyper condescendant. Un nom de sort, c'est un trope de fiction, pas une agression....

    Après, si vous trouvez que le sort « boing-boing » est lourd, beauf ou malvenu, très bien : critiquez l'humour ou la qualité de la vanne. Mais arrêtez de transformer une lourdeur d'écriture ou un cliché ecchi en crime moral.
    Elle a dit quoi Gayle Rubin : le problème commence dès qu'un groupe s'arroge le droit de décréter ce qui est une « bonne » ou une « mauvaise » représentation du corps. À vouloir absolument des représentations lissées, « propres » et « déconstruites », vous recréez juste une pudeur cléricale où le corps sexué et l'exagération deviennent tabous. Les femmes et le corps humain en général ont aussi le droit d'être caricaturés dans la fiction sans que ça devienne un drame d'État.
    Et puis faut arrêter l'hypocrisie deux secondes : qui n'a jamais eu un regard sur un mouvement de poitrine, une paire d'abdos ou un pied nu ? Le corps, l'attraction et le désir, c'est visuel, c'est brut, et c'est amoral. Les travaux du Kinsey Institute, comme ceux de Justin Lehmiller, le prouvent très bien : le désir humain n'est pas « éducable » ni politiquement correct. Les mêmes qui font la leçon en public sur la déconstruction ont souvent, dans leur lit, des fantasmes très bruts aux antipodes de leurs discours publics. Vouloir lisser le moindre sous-entendu sexuel dans un jeu, c'est nier la réalité de la psychologie humaine... Ok il y a des queutards... Mais bon faudrait quand même rendre hommage aux vulvardes... (Ouvre Grindr 5mns tu vas voir que t'as du taff...)

    À cela on va me sortir : « Oui mais si on laisse passer ça, le jeu devient toxique pour les joueuses ». Et le cliché Bishô c'était pas toxique pour les homosexuels?

    Nan nan... faut pas déconner...

    Ok il faut poser une frontière nette entre le HRP et le RP. En HRP, entre personnes réelles, le respect des femmes et le consentement sont 100 % non négociables. Le harcèlement ou les insultes IRL envers une joueuse, ça dégage direct. Mais en RP, un sort « boing-boing », des blagues potaches ou des stéréotypes manga, ça fait simplement partie du bac à sable de l'imaginaire.
    Exigeons le respect et la sécurité la plus stricte entre vraies personnes. Mais par pitié, sur un forum de jeu, laissons aux sorts, aux personnages et à la fiction le droit d'être légers, lourds et politiquement incorrects.
  • 18/09

  • 12:32

    Krabot est de retour... pour vous jouer un mauvais tour !


  • 12:31

    Ou alors tu prends des exemples taillés sur mesure (comme les pierres) pour recoller à ton histoire de entropie = désordre, et en fait c'est là qu'il y a un problème.


  • 00:12

    Le gouvernement de la Confédération Libre me semble bien populaire...


  • 00:12

    ouesh les bonbons

  • 16/09

  • 23:04

    C'est celĂ  oui...


  • 23:04
    Yun


  • 19:33

    Kra20Kra !


  • 19:16

    Par ailleurs, les systemes organisés comme les planètes, les étoiles... etc baissent en entropie en l'évacuant sous forme de rayonnement... Donc ce n'est pas que le macro qu'il faut regarder... Mais même ce qu'on ne voit pas... gamma, X, UV, IR... C'est pour cela qu'en filmant quelque chose qui ne bouge pas, tu ne peux pas passer le film à l'envers et dire que c'est identique. Dans l'un l'entropie augmente, dans l'autre, non.


  • 19:07

    Alors où il est le désordre? le désordre, c'est l'ensemble de tous les éclats de pierre qu'on a du faire pour tailler les pierres. l'énergie dépensée pour les assembler (l'énergie d'un systeme est constante, mais elle s'est dégradée)


  • 19:05

    tu prends la carrière de pierre, et la cathédrale... Quand tu vois comment sont ordonnées les pierres dans une cathédrale par rapport à une carrière de pierre. Tu te dis, wouaw, on a gagné en ordre. Seulement la thermodynamique dit qu'on a gagné en entropie...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  12:54:52