Ecrire et représenter les femmes / minorités

  • modifié Aujourd'hui (19:02)
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    La façon dont nous écrivons des personnages fictifs, et de manière générale la façon dont nous représentons des catégories de personnes, conduit à véhiculer une image de ces catégories. Si ces représentations sont biaisées ou irréalistes, elles vont généralement contribuer à peser sur les personnes concernées, d'une manière ou d'une autre.

    Je lis beaucoup de fiction lesbienne (livres, BD, mangas...), et il est souvent très facile de savoir si la personne qui a écrit la fiction est un homme ou une femme. Dans la façon dont les femmes sont écrites, typiquement, on voit le regard que porte l'auteur. C'est ce qu'on appelle le male gaze.

    Si la femme est représentée comme un objet de désir extérieur (elle n'est décrite que pour ce qu'elle peut apporter à l'auteur / lecteur / homme), elle est souvent écrite par un homme. Si elle est représentée comme un individu avec une psyché et une vie, et si ce regard porte le réalisme d'une vie de femme, c'est souvent (malheureusement) une femme à l'écriture. Pas toujours, bien sûr.

    Personnellement, j'ai lu des centaines d'oeuvres lesbiennes, et à chaque fois que je me suis dis "tiens c'est écrit par un homme / une femme", et que je suis allée vérifiée, ça n'a jamais loupé. Jamais.

    Dans le manga lesbien, les signes qu'un homme écrit sont souvent évident :
    - les femmes avec des anatomies absurdes : une femme à l'écriture se dirait "bonjour le mal de dos", ou bien "j'aimerais vraiment pas être représentée comme ça".
    - les femmes ont des personnalités de poupée (c'est particulièrement saillant dans les shonens)
    - l'acte sexuel est systématiquement pénétratif, alors que les rapports lesbiens pénétratifs sont souvent minoritaires dans la vraie vie
    - les représentation du plaisir, du désir sont irréalistes

    A l'inverse, il est rare (malheureusement) qu'une femme ne soit pas à l'écriture quand :
    - les femmes ont des personnalités complexes et/ou sombres
    - des femmes sont représentées de façon valorisantes sans chercher à obéir aux canons de la société hétéropatriarcale : grosses, vieilles, poilues, avec des vergetures, pas maquillées, masculines, fortes, sale caractère, aggressives, méprisantes...
    - des faits très réalistes du quotidien des femmes sont mentionnés ou représentés de façon non-fétichisante et non-péjorative : règles, allaitements, rendez-vous médicaux, etc.

    On m'a demandé récemment si les blagues sur la taille des seins et leur utilisation comme objet pratique ou amusant était une représentation dégradante. J'ai répondu oui, et pour deux raisons :
    - ces représentations ne sont quasiment jamais appliquées aux hommes. Une femme qui court et dont les seins sont représentées en faisant "boing boing" => quasi jamais un mec qui court et dont le paquet est représenté en faisant boing boing
    - elles réduisent des parties du corps à des objets, des choses futiles avec lesquelles on joue et dont on rit.

    Et c'est là tout le sujet : le corps des femmes n'est pas un jouet. C'est un bout de nous, qui vieillit, qui murit, qui transpire - qui traverse la vie avec nous, pour lequel on a peur, que l'on protège.

    Quand on enlève la valeur vivante et d'une certaine façon sacrée (à défaut d'un meilleur terme) du corps, et qu'on en fait une marchandise, alors on ouvre la porte à traiter le corps comme ça : une marchandise. Un objet.

    Les représentations dégradantes des femmes sont généralement celles qui les déshumanisent. Ce n'est pas une question de slut shaming - il n'y a aucun mal à être une pute, une salope, et même à vendre son corps si on le souhaite. Perso, j'ai fait un peu de travail du sexe dans le passé, et j'ai beaucoup de connaissances voire d'amies qui en font ou en ont fait : personnes cisgenres ou transgenres à part égales. Les putes sont des êtres humains. Représenter la sexualité n'est jamais un souci en soi - c'est la façon dont on le fait qui peut être, ou non, problématique.

    Quand vous écrivez un personnage féminin, posez-vous la question :
    - est-ce que moi, en tant que femme (imaginons), je me comporterai comme ça ?
    - est-ce que cette représentation est réaliste ?
    - est-ce que c'est une représentation valorisante, ou est-ce qu'elle véhicule des clichés et des idéaux oppressifs ?

    Un jour un gars a contredit une meuf sur un discord où je suis en disant : "nan, ce manga est gay". Le manga en question (NSFW) :
    Spoiler


    Non, ça, c'est pas "gay". C'est deux filles mineures, nues, imberbes, aux mensurations """parfaites"'"" (selon la société), qui regardent le lecteur en l'invitant à participer à leur "moment entre filles". Il n'y a rien de gay là dedans, juste de la fétichisation par des hommes de la sexualité lesbienne.

    A l'inverse, ça, c'est très gay (NSFW) :

    Spoiler


    Deux femmes, elles ne regardent pas la caméra, elles se parlent l'une à l'autre, elles sont représentées de façon cool, elles sont rondes (vite fait hein), masculine pour l'une, elles ont des poils... Inutile de dire que l'autrice de cette deuxième image est, sans étonnement, une femme lesbienne. (dachell_art sur instagram)

    Hier, sur un réseau social, un mec qui combattait le droit à l'avortement m'a dit "interdire l'avortement ne met en danger la vie ou le bonheur d'aucune femme". Et vraiment, je me suis dit : comment on peut être un mec et penser ça ? Quel niveau de non-empathie, de non-réflexion il faut avoir pour penser ça ? Cette personne a-t-elle parlé à une femme dans sa vie ?

    Le nombre d'hommes qui semblent complètement ignorant du fait que les seins ça fait mal au dos, que ça fait mal quand on prend un coup dedans, que c'est chiant pour faire du sport... Alors que c'est des éléments vraiment basiques de la vie d'une femme ? Et des femmes il y en a partout autour de vous : ces hommes leur parlent-ils ?

    Tout ça est vrai pour les femmes, mais aussi pour toutes les catégories, en particulier les minorités. Ecrire une personne racisée, une personne handi, une personne trans, une personne homo... Quand on ne l'est pas soi-même, ça demande de réfléchir, de s'informer. Pour ne pas véhiculer malgré soi des stéréotypes, pour ne pas enfermer les concernés dans des représentations délétères. Parce que ce n'est pas anodin.

    Il y a beaucoup de ressources là-dessus sur internet, et je n'ai pas le temps de vous faire un annuaire complet, mais je vous laisse avec cette petite vidéo de Noémie Fachan / Maedusa Gorgone :


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    "Pshiiiit"
  • 21/07

  • 00:42

    Quand red[*r]star n'est pas là, c'est moi qui commande...


  • 00:41

    Bonsoir

  • Texte généré à 19:30:56