Eva contemple longuement Bladimir, comme on observe une tache particulièrement tenace sur une bannière autrefois respectable.— Le véritable problème, Bladimir, ce n’est même plus ce que vous faites. C’est l’insupportable importance que vous vous accordez en le faisant.
Vous entrez partout comme si l’Histoire retenait son souffle, vous débitez chaque banalité comme si elle devait être gravée dans le marbre, puis vous attendez les applaudissements avec cette gravité ridicule des médiocres persuadés d’incarner leur époque.
Mais derrière le costume, il n’y a rien. Aucune vision. Aucune conviction capable de survivre à votre prochaine ambition. Seulement un immense besoin d’être regardé, décoré, admiré ou détesté — peu importe, du moment que le Cybermonde prononce encore votre nom.
Son expression se durcit brutalement.— Et cette fois, votre nom restera attaché à un acte précis :
vous avez personnellement violé l’Arbre sacré.Oui, Bladimir,
VOUS L’AVEZ VIOLÉ ! Il a fallu vous tirer les vers du nez pour obtenir cet aveu, mais vous avez bien pénétré dans ce sanctuaire, forcé ses défenses, massacré ses gardiens et piétiné la Vie qu’il abritait. Ensuite, vous avez transformé cette profanation en spectacle politique, avant de venir parader sous les couleurs de l’écologie !
Vous ne gouvernez pas : vous vous produisez. Vous ne défendez aucune cause : vous l’empruntez le temps d’en tirer une affiche. Vous ne servez aucune idéologie : vous les parasitez, puis les abandonnez vidées de leur sens lorsque votre vanité réclame un nouveau costume.
Vous êtes moins un homme politique qu’une maladie opportuniste du pouvoir. Vous vous accrochez à chaque régime, en absorbez le prestige, puis cherchez un nouvel organisme dès que le précédent ne nourrit plus suffisamment votre ego.
Eva s’approche et le dévisage avec un mépris absolu.— Vous rêvez d’être un personnage historique. Vous n’êtes qu’un bruit de fond incapable de se taire.
Un véritable adversaire laisserait derrière lui une doctrine, une œuvre ou même une cicatrice glorieuse. Vous ne laissez qu’un sanctuaire profané, des convictions souillées et l’odeur rance d’un cabotin resté trop longtemps sur scène.
Vous prétendez défendre la Nature après avoir violé l’Arbre sacré. Vous n’êtes pas son protecteur, Bladimir : vous êtes son profanateur, son bourreau et l’imposteur venu réclamer une médaille sur ses blessures !Toutes vos médailles ne valent rien car elles ne sont pas sincères, elles se contredisent entre elles et ne correspondent à aucun acte authentique pour la profession de foi qu'elles sont chacunes sensées représenter...
Quel titre ! Vous protéger Dendromonde ? Laissez moi rire...