"Guerre sémantique" ? Les intentions derrière les mots

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J'ouvre un sujet large avec un terme un peu provoc' pour coller à l'ambiance de cet espace. La question est toutefois très (...)
J'ouvre un sujet large avec un terme un peu provoc' pour coller à l'ambiance de cet espace. La question est toutefois très sérieuse, car derrière les débats se trouvent des enjeux de posture et de présupposés idéologiques qui doivent être explicités.

Ce fil n'est pas un lieu de questionnement, mais un espace pour faire émerger du sens commun. Sans vouloir faire de la zététique (loin de moi cette idée), partir des travaux scientifiques ou du droit est une bonne base. Et tout échange de bonne foi pour décrypter les enjeux sous-jacents à un terme particulier est bienvenu.
Je n'ai pas forcément raison, mais j'ai un raisonnement, qu'on peut interroger. Change my mind, if you can ("faites-moi changer d'avis, si vous y parvenez").
Avec cet exercice on peut aussi regarder ensemble les stratégies qui se cachent derrière certains discours: la création de concepts un peu éclatés au sol ("wokisme"), les paniques morales lancées à des fins politiques par des entrepreneurs de morale (grand remplacement, crise de la dette, guerre), et avec tout ça la difficulté qu'il y a à séparer le bon grain de l'ivraie.
Et avec ça on pourra peut-être se mettre à parler du projet politique/moral sous-jacent, pour un vrai débat de fond, utile en cette période pré-électorale en France. (Oui, je rêvasse)

C'est peut-être méta pour un forum de débats, et ça tournera peut-être mal, mais j'espère que ça clarifiera les dynamiques observées dans moult fils de discussion, et je compte sur la modération pour intervenir en cas de problèmes [:,]

[*j][*o][*r][*m][*b][*c][*v]


Je propose de décortiquer le terme de guerre, pour commencer, puisqu'il est utilisé à toutes les sauces.

Point de départ: La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens (Clausewitz).

Dans tous les cas, il y a
- conflit matériel / intérêt politique à défendre
- escalade vers un conflit moral, qui pose un camp du bien et un camp du mal, selon une certaine idéologie
- menace existentielle (perte de vie et traumatismes profonds multigénérationnels)
- réorganisation de la société: sous couvert d'urgence, le retour de la loi du plus fort - parfois, mais pas systématiquement, le gouvernement et ses relais
- réorganisation de l'appareil matériel/économique: orientation de l'appareil militaro-industriel, et pour conséquence enrichissement des personnes qui se sont positionnées

L'utilisation du terme de "guerre" pour qualifier un conflit d'un autre ordre (commercial, économique...) où il s'agit de poser un rapport de force, cette utilisation relève au mieux d'une métaphore (guerre "cognitive", "sémantique"), ou d'un maladroit effort poétique. Au pire, c'est la propagation d'une doctrine conçue par les théoriciens de la guerre (instituts stratégiques de divers pays, rattachés à leurs armées respectives).
Ex. "guerre assymétrique", catégorie qui englobe le terme "guerre cognitive", et développée par l'OTAN.

Je constate que les géopoliticen·ne·s ont tendance à parler de guerre parce qu'iels considèrent que la menace existentielle touche à d'autres choses que la vie humaine. Je peux admettre cette utilisation, tant qu'on considère que c'est un superlatif. Or ça pose deux problèmes:
(1) souvent, trop souvent, il y a un glissement: la menace existentielle ne porte pas sur la vie humaine, mais sur l'existence d'un Etat, d'une nation, d'une communauté - sans perte de vie. Et cette vision du monde, qui sous-entend une allégeance indiscutable envers une entité supérieure indiscutable, me pose problème. C'est la même vision qui pose un ordre moral, force les gens à se conformer à une norme (de genre, par exemple), et condamne la "déviance" à cette norme.
(2) ça nous éloigne de la définition de droit, qui préfère la notion de "conflit armé" parce qu'au moins on sait de quoi on parle, quelles conséquences ça a sur la vie des gens, et ça intègre les droits de l'homme comme un fondamental. Pareil pour la "guerre cognitive": elle n'a pas de sens légal propre, la rattacher au droit humanitaire semble plus approprié pour penser correctement les conséquences.

Bref, faire miroiter une menace existentielle sans perte directe de vie, normaliser le terme dans l'espace public, n'est pas anodin. Ca a un impact psychologique: tétanisant quand on ne sait pas où se placer dans cet ordre de guerre, mobilisateur une fois qu'on a fait son choix (choix du camp)… ou ostracisant si on refuse de choisir. Pas top niveau cohésion. Et, au fond du fond, parler de l'utilité ou l'opportunité de la guerre sans parler du projet politique ou de l'ordre moral sous-jacent me paraît être une démarche complètement hors sol, et un move de fan de Risk. Sans vouloir offenser les fans de Risk.

07/05 (01:27) Artemis Première  
Merci pour les explications, c'est super éclairant. C'est un peu un lieu commun mais je rattache la dénonciation floue de (...)
Merci pour les explications, c'est super éclairant.

C'est un peu un lieu commun mais je rattache la dénonciation floue de "guerre" à la guerre perpétuelle Orwellienne. Même si ce n'était pas l'intention, l'effet serait d'anesthésier toute forme d'esprit critique (ce qui correspond un peu à ce que tu décris).

Dans le cas du topic qui parle des RS, c'est vraiment le cas d'étude : un effet des RS est d'abîmer la santé mentale de personnes vulnérables, et on appelle ça une guerre cognitive. De cette manière, il est n'est plus possible de penser la santé mentale des jeunes en dehors de ce prisme, alors qu'il y a quelques autres pistes (ironiquement, je ne suis pas sûr que le sentiment permanent d'être pris dans un conflit permette d'apaiser qui que ce soit). Pourtant, que ce soit en appelant ça une "guerre" ou pas, l'objectif d'améliorer la santé mentale des jeunes semble partagé par tout le monde. En arrêtant de parler de guerre, on permet de remettre l'église au milieu du village et de se concentrer pragmatiquement sur la santé mentale, plutôt que sur la condamnation des RS comme proxy.

J'imagine qu'il y a plein d'autres concepts mobilisateurs qui pourraient faire l'objet d'un post ici, c'est toujours bien de décortiquer le non-dit qui cadre une conversation.

08/05 (00:24) Un[*b]curieux  
Pour celleux ici intéressé·e·s par le décryptage - et qui pourraient vouloir questionner les positions sous-jacentes, dans les médias comme sur (...)
Pour celleux ici intéressé·e·s par le décryptage - et qui pourraient vouloir questionner les positions sous-jacentes, dans les médias comme sur ce forum, je soumets un cas à votre considération.

L'association française d'analyse médiatique Acrimed présente ici un exemple éclatant de manipulation du discours pour faire passer des biais idéologiques et une certaine position politique autour de cette série documentaire de France 5 sur l'histoire de la Palestine.

02/06 (15:40) Artemis Première  
Artemis Première a écrit : Merci de 'décortiquer' ce genre d'informations, que je suis des fois un peu 'naïf', genre (...)
Artemis Première a écrit :

Merci de 'décortiquer' ce genre d'informations, que je suis des fois un peu 'naïf', genre on serait/voudrait toute(e)s être de bonne volonté ...

Mais cette nuit, j'ai été 'choqué' par une pub Youbube. En train de regarder un film 'alakon', un rabbin fait un 'speech' ? "Si vous saviez combien de gens viennent me voir, et,'blablabla' ...

Le 'pire', c'est qu'en soit, je n'ai rien contre les Religions. je pense simplement, que ça peut donner de la force à celles/ceux qui ont la Foi, mais qu'il ne faut pas 'faire ch***' celles/ceux qui ne la partagent pas.

En tous cas, la 'pub' que j'ai en tête, pas sûr que ce soit 'vraiment' de la 'pub'. Peut-être à regarder ?

03/06 (07:35) Zarg  
Je me suis souvenu de cet article de Louis-George Tin concernant le mot communautarisme. Ce mot est la plupart du temps négatif, on (...)
Je me suis souvenu de cet article de Louis-George Tin concernant le mot communautarisme.

Ce mot est la plupart du temps négatif, on l'utilise pour décrédibiliser une initiative ou un groupe de personnes. Comme le rappelle pourtant Louis-George Tin, c'est tout à fait logique que les personnes victimes d'une oppression se regroupent entre elles pour faire advenir des changements dans la société (LGBT, personnes racisées, femmes). Les stratégies de regroupement, d'isolement et de partage des expériences sont la première brique nécessaire avant toute lutte.

De ce point de vue, le communautarisme s'oppose à l'universalisme (parfois dit "universalisme républicain"), qui répond "égalité en droits" pour entretenir l'inégalités des chances flagrante dans la société.

03/06 (15:04) Un[*b]curieux  
Un curieux a écrit : "universalisme républicain" Universalisme (...)
Un[*b]curieux a écrit :

"universalisme républicain"


Universalisme Républicain

06/06 (12:19) Satori[*n]9960  

  • 03:00

    Vivez en harmonie avec la Nature !

  • Texte généré à 12:19:54