
Grâce aux soins de Korna et à ses attentions quotidiennes, Laora allait mieux. Sa cheville la faisait à peine souffrir ; elle pouvait marcher sans chercher un appui à chaque pas. Bientôt, rien ne l’empêcherait de reprendre la route.
Pourtant, à cette pensée, elle hésitait.
Quelque chose la troublait depuis leur rencontre. Une chaleur discrète, qui revenait lorsque Korna s’asseyait près d’elle ou lui demandait comment elle se sentait. De la reconnaissance ?
Elle lui devait beaucoup, certes. Mais cela n’expliquait pas pourquoi elle guettait son retour, ni pourquoi les silences partagés lui semblaient si agréables.
Laora, d’ordinaire si prompte à chercher des réponses dans les livres, ne savait quel nom donner à ce qu’elle éprouvait.
Partir aurait aussi été imprudent. Le Cybermonde était devenu un champ de bataille à ciel ouvert, et voyager seule l’exposerait à des dangers qu’elle connaissait désormais trop bien.
Rester auprès de Korna était donc raisonnable. C’était du moins l’argument qu’elle se répétait en rangeant ses affaires, sans jamais vraiment préparer son départ.
Elle replia une étoffe, puis s’arrêta, un sourire aux lèvres. Korna l’avait déposée sur ses épaules un soir où elle grelottait. Ce souvenir suffit à raviver la même chaleur.
Laora baissa les yeux. Elle pouvait invoquer sa cheville, les routes dangereuses, la prudence. Aucun de ces motifs n’expliquait son envie de prolonger chaque instant auprès de la chasseuse.
Avant de choisir une route, elle devait en avoir le cœur net. Et, cette fois, aucun livre ne lui apporterait la réponse.