posté 08/10 (20:25)
Je ne sais pas… J’étais lycéenne il n’y a pas si longtemps, et je n’aurais jamais accepté qu’on nous charge comme ça. Manifester, ce n’est pas consentir à se faire tabasser. Attendre de policiers qu’ils maîtrisent leur force face à des adolescents, ça me paraît être le minimum. Un ministre qui raconte qu'il faut y aller sans retenue sur des mineurs, c'est complètement inacceptable. Cet homme n'est manifestement pas à sa place.
En Guyane, la moitié de la population a moins de 25 ans. Alors moi, je ne comprends pas comment ça se passe dans l’Hexagone. Si les policiers avaient fait à nos jeunes lycéens le quart de ce qu’on voit à Paris ou à Marseille, tout le territoire serait bloqué : les ronds-points, l’aéroport, les ports, le dépôt pétrolier, le centre spatial. Avec les syndicats, les parents d’élèves et toute la population derrière eux.
Par contre, nous n’avons pas le luxe de brûler des lycées : il nous en manque déjà . On parle de dix mille enfants non scolarisés en Guyane. Et ceux qu’on nous construit, encore faudrait-il pouvoir les utiliser correctement.
Prenez le lycée polyvalent Melkior-Garré, l’un des plus grands de Guyane, avec près de deux mille élèves. Des défauts de construction empêchent d’en utiliser pleinement les capacités. Au lieu de construire les établissements qui nous manquent, on dépense pour réparer celui-là . Une énorme structure métallique, un peu comme Beaubourg, mais sans les escalators extérieurs ni les grandes manches à air de paquebot. Pour la corrosion, en revanche, on est servis. Les questions sur les matériaux employés, leur protection et les responsabilités dans ces malfaçons mériteraient des réponses. Sous un climat équatorial humide, avec nos saisons des pluies, l’acier mal protégé ne pardonne pas. Ça rouille comme vous n'avez pas idée, et ça dure depuis des années.
Quand les élèves ont manifesté, ils ont défilé le long des routes de Montabo et de Baduel jusqu’au rectorat. Les voitures de police ouvraient la voie. Les motards de la police bloquaient la circulation à chaque carrefour pour laisser passer le cortège. Et sur chaque moto, il n'y avait qu'un policier. Pas un autre assis derrière pour tabasser. Les automobilistes klaxonnaient en signe de solidarité.
Le recteur a reçu les représentants lycéens pendant que leurs camarades manifestaient bruyament sous ses fenêtres. Et, ô miracle, les postes qui n’étaient pas pourvus à la rentrée ont fini par l’être. Comme quoi c'est ultra légitime de manifester quand on refuse d'écouter les syndicats qui alertent sur les problèmes dans l'éducation nationale.
C'est fou comment sous Macron, la dette de la France a doublée sans qu'on ne retrouve la moindre trace dans les services publics et l'éducation en particulier... Au contraire tout cela a régressé. Et maintenant on nous raconte qu'on ne peut rien faire à cause de la dette. Mais où est allé tout cet argent ?
Alors votre idée d’enlever la police pour voir si les lycéens se mettent à jouer à *Battle Royale*… Ici, elle accompagne leur manifestation, et ça se passe très bien.
Vous ne les avez peut-être pas assez dressés, vos policiers. Les nôtres ne nous font pas ça. Et ils savent qu’ils n’ont pas intérêt à commencer : derrière les gamins, ils trouveraient leurs parents et tout le territoire.
Le gouvernement sait ce qu’il fait. Il sait aussi où une charge policière lui coûterait beaucoup plus cher qu’une audience au rectorat.