posté 18/09 (18:09)
Éva regarde la communication de Sophos, puis celle de Bladimir. Puis de nouveau celle de Sophos. Puis encore celle de Bladimir. Son regard passe ainsi de l’un à l’autre plusieurs fois, avant qu’une effroyable évidence ne s’impose à elle.
C’est donc vrai… Il existe bel et bien un complot intercybermondial des chefs d’État chauves.
Sophos chantant les louanges de Bladimir… Jamais je n’aurais cru voir cela de mon vivant ! Tout devrait les opposer : leurs idéologies, leurs ambitions, leurs stabilité et instabilité politique… Tout, sauf cette troublante fraternité capillaire !
Elle revient alors sur Sophos, le doigt accusateur.
Mais nous ne sommes pas quittes, Sophos. Ah ça, non ! Nous sommes même de moins en moins quittes !
Avant, ce n’était pas personnel. Vous n’étiez que l’ennemi de la divinité dont j’essaie désespérément de retrouver la foi. Une adversité presque professionnelle, en somme. Mais votre petite plaisanterie commence à prendre des proportions existentielles qui dépassent très largement le cadre d’une simple tarte à la crème !
Velona a d’abord essayé de me délier. Échec.
J’ai ensuite essayé de me délier moi-même. Nouvel échec.
Finalement, Kath y est parvenue.
J’ai aussitôt tenté de me reconvertir à Sa foi. Rien.
J’ai recommencé.
Toujours rien !
N’y tenant plus, j’ai demandé l’intervention d’une véritable spécialiste de la conversion. Sur le chemin, nous avons croisé Bladimir, qui m’a immédiatement livrée à la vindicte populaire alors qu’il possède des sbires dissimulés derrière chaque arbre, chaque rocher et probablement chaque buisson. Autant dire que nous étions tous condamnés. Et ça n'a pas manqué, on a eu droit à de "sacrés saintes baffes" comme dirait Nerdos.
Malgré cela, nouvelle tentative de conversion…
Ratée.
Puis une autre…
Encore ratée !
Alors oui, Sophos, la mayonnaise commence sérieusement à monter. Elle prend même très bien. Elle est désormais ferme, compacte et probablement capable de tenir toute seule sur une tarte lancée à pleine vitesse !
Je trouve tout cela d’autant plus regrettable que vous vous vantez à présent de réduire les démons bruns à l’impuissance. Cela pourrait presque nous placer dans le même camp. Je dis bien presque... à quelques grands coups de boutoirs près donnés à la Grande Déesse... Même la relique des BRUNS, qui elle pour le coup sent vraiment mauvais, vous ne l'avez pas traitée de la sorte...
Et je vous jure que lorsque j’aurai enfin retrouvé ma foi — et je l’aurai amplement méritée, après toutes les montagnes qu’il aura fallu déplacer, toutes les mers qu’il aura fallu traverser et toutes les catastrophes auxquelles j’aurai survécu pour la récupérer — je ne désespérerai plus de rien !
Certainement pas de vous.
Et ce ne sera pas une vulgaire montre agitée sous mon nez qui m’arrêtera. Surtout si elle est encore bloquée à 10 h 10 ! Trouvez au moins une autre heure : votre 10 h10 porte trop la poisse, c'est déloyal comme combat !
Quant aux Bruns, ils constituent les adversaires manichéens parfaits de ma foi. Mes ennemis les plus absolus. Les plus répugnants. Les plus irréconciliables.
Alors réfléchissez bien, Sophos : à force de vouloir me dominer, cela finira par non seulement me rendre ma foi… Mais me la rendre encore plus grande, déchaînée...
Et ce jour-là , vous découvrirez qu’entre une démone brune et une fée vraiment contrariée, vous aviez peut-être choisi la pire ennemie.
Éva tourne lentement la tête vers K’ Velzard et le fixe avec une irritation grandissante.
Vous, le petit roquet, ça suffit !
Vous croyez vraiment que Sophos a besoin de votre aide pour défendre sa mauvaise foi ? Il est déjà suffisamment insupportable tout seul. J’ai déjà bien assez d’un ennemi comme lui à gérer, alors prenez un ticket et attendez votre tour. Pas tous en même temps, s’il vous plaît !
D’ailleurs, vous avez des cheveux. Vous ne faites donc manifestement pas partie du complot des chefs d’État chauves. Cette affaire ne vous concerne pas.
Son ton perd peu à peu de son mordant. Sa main vient instinctivement se poser contre son cœur.
Quant à la mission du Crusader… Vous pouvez raconter que je n’ai rien fait. Vous pouvez répéter que je n’ai participé à rien, que je n’ai sauvé personne et que je n’ai aucun droit de me sentir associée à cette victoire. Si cela vous amuse, dites-le. Je vous laisse même le proclamer aussi fort que vous le souhaitez.
Mais aujourd’hui encore, je garde profondément enfouie dans mon cœur une larme contenant toutes les peurs, toutes les souffrances et toutes les angoisses de Velona.
Pendant dix jours, dans les limbes du Crusader, j’ai prié pour cet enfant. J’ai porté cette larme. J’ai accepté en moi tout ce qu’iel ne pouvait plus supporter seul. Et j’en suis fière.
Vous pouvez me retirer ma place dans votre victoire. Vous pouvez effacer mon nom de votre récit, distribuer les honneurs entre vous et décider que je ne mérite aucun remerciement.
Mais mon cœur, lui, connaît le prix de cette peur.
Il sait ce qu’il a fallu en payer.
Et cela, K’ Velzard, vous ne pourrez plus jamais me l’enlever.
Éva se retourne maintenant brusquement vers Bladimir et pointe sur lui un doigt lourd de promesses théocratiques.
Et vous, Bladimir, vous ne perdez rien pour attendre…
Votre État a osé faire ce que Sophos lui-même ne s’est ja-mais aventuré à décréter. Même les Bruns n’étaient pas allés jusque-là !
Au Paradigme, les portraits de la Grande Déesse sont illégaux ! OUI... ILLEGAUX !
Elle paraît un instant chercher son souffle, étranglée par l’ampleur du sacrilège.
Attendez seulement que je retrouve ma foi… Vous allez voir. Oh oui, vous allez voir !
Et ne vous avisez surtout pas de devenir séélien lorsque sonnera le grand jour de l’avènement de la Théocratie séélienne. Je m’occuperai personnellement de votre conversion. Je vous montrerai tout ce qu’un homme tel que vous doit endurer avant de pouvoir seulement espérer mériter Sa miséricorde !
Car vous êtes un ignoble pécheur, Bladimir ! Un profanateur ! Un persécuteur de portraits sacrés !
Pour vous purifier, il faudra passer par trois bûchers. Au moins.
Et comptez sur moi pour faire des bûchers acrobatique... Puisque vous aimez ça...
Eva regarde toutes les contusions et ecchymoses douloureuses que porte son corps puis plisse les yeux , puis, après une courte réflexion.
Quatre si vous continuez Ă menacer mes genoux dans votre signature.