posté 14/09 (02:09)
Depuis le Cruisader, Eva fait rétablir la transmission. Elle a écouté jusqu’au bout. Lorsque son visage apparaît à l’écran, son sourire a disparu.
JE M’INSCRIS EN FAUX ! MENSONGES ÉHONTÉS ! FAKE NEWS ULTRAVIOLENTES ! DÉTOURNEMENT GROSSIER DE LA RÉALITÉ !
Françoise-Claude, remontez donc votre prompteur jusqu’au passage où VOUS M’AVEZ ATTAQUÉE ET CONTRAINTE À EMBRASSER VOTRE CULTE IMMONDE. Il manque à votre allocution. Quel oubli commode.
Ce n’est pas parce que je n’ai pratiquement rien dit de votre attentat contre ma personne que je l’ai oublié. Mon silence ne vous délivre aucun certificat d’innocence. Et il vous autorise encore moins à venir vous dandiner devant une caméra en accusant les Sééliens d’avoir commencé les hostilités !
Si Kath ne m’avait pas évacuée en urgence dans Sa Basilique, je serais peut-être encore en train de réciter les mantras débiles de votre secte ! Voilà ce que recouvrent vos fameuses « missions magmoriennes » et votre généreuse entreprise de civilisation : s’emparer des gens et leur fourrer votre religion de force dans la gorge, avant de venir expliquer au Cybermonde combien ils avaient besoin de vous.
Oui, je me souviens. De votre agression. De cette conversion imposée. De ce que je dois à Kath.
Et je vous le ferai payer.
Vous m’avez agressée. Vous m’avez imposé votre conversion. Et vous venez maintenant jouer les victimes pour vous fabriquer un prétexte à nous attaquer davantage. Vous avez un aplomb extraordinaire pour quelqu’un qui n’arrive même pas à lire ses propres mensonges sans les instructions de montage.
Vos bafouillages ne rendent pas la manœuvre moins abjecte. Vous pouvez trébucher sur chaque syllabe, réclamer des huées imaginaires et accuser vos rédacteurs : nous avons parfaitement entendu vos menaces. Vous annoncez vouloir raser nos cités, nous écraser et entendre les lamentations de nos femmes. Puis vous demandez une seconde prise, une version pacifique, comme si les paroles précédentes pouvaient disparaître avec un changement de caméra.
Votre micro était toujours ouvert lorsque vous avez demandé de choisir entre la guerre et la paix au montage. Gardez donc les deux versions : elles témoignent admirablement de votre sincérité.
Quant aux lamentations des femmes, vous allez devoir patienter. Celle qui vous parle compte bien vous fournir quelques occasions de travailler les vĂ´tres.
Eva se rapproche de l’écran.
Et puisque votre méthode de lecture semble exiger des phrases simples, faites inscrire celle-ci en très gros :
LA GRANDE DÉESSE N’EST PAS MORTE. SA LÉDATE VOUS PARLE. ET ELLE SE SOUVIENT DE CE QUE VOUS LUI AVEZ FAIT.
Vous avez pu m’arracher une conversion par la contrainte. Vous n’avez obtenu ni ma foi, ni mon consentement, ni mon pardon. Votre prétendue victoire spirituelle porte un nom : une profanation. Vous aurez désormais la délicatesse de vous en souvenir chaque fois que vous ouvrirez la bouche pour parler de nos torts.
Orélia vous offre une tisane. Mesurez la générosité de cette invitation. Après votre numéro, le simple fait qu’elle envisage encore de vous recevoir autrement qu’avec une sommation devrait vous inciter à une certaine modestie.
Mais puisque vous réclamez des Warriors pour aller boire le thé, envoyez-les donc ! Warrior 3000, 3001, 3002, 3004… Retrouvez le 3003, inventez le 3005, apportez toute la collection ! Avec des noms pareils, je suppose que Jacques les commande sur catalogue, entre les aspirateurs et les grille-pain. Qu’il conserve les factures : il va y avoir du retour de marchandise.
Nos EVA les enverront virevolter comme les misérables insectes qu’ils sont. Faites broder leurs numéros dans leurs slips kangourous : après le premier revers de la main, vous aurez besoin de retrouver qui a atterri où.
Elle laisse passer un silence.
Pour ma part, en tant que Sa Lédate, je prends votre agression et vos menaces pour une déclaration de guerre envers la Théocratie Séélienne et Sa Foi...à la vie, à la mort . N’espérez pas faire disparaître cet engagement en prétendant, demain, que vous lisiez encore une mauvaise version.
Le mot « courroux » vous posait tout à l’heure un problème de vocabulaire. Vous subirez de plein fouet le courroux de Ses poings. Je vous garantis que, cette fois, vous retiendrez la définition. Et vous vous en souviendrez longtemps, croyez-moi.
Sa voix baisse. Chaque mot devient parfaitement distinct.
J’en fais ici le serment devant la Grande Déesse : si nous parvenons à sortir une ou plusieurs EVA de ce Cruisader, ma première demande sera qu’elles aillent découper définitivement votre infâme monstre marin en lamelles de sashimi.
Vous pourrez baptiser le plateau Ernst Blofeld. Installer son portrait avenue Ernst Blofeld. Prononcer son éloge dans votre salle Ernst Blofeld. Prévoyez seulement de petites assiettes : j’entends que les tranches soient fines.
Que Magmor prépare le riz. Je réclame la tête.
Et lorsque votre pays sera débarrassé une fois pour toutes de ce cruel monstre marin, Son Amour pourra enfin se répandre sur le Warriorland. Nous y ferons résonner Son nom jusque dans vos centres de télécommunications. Vous pourrez laisser les micros ouverts : cette proclamation-là n’aura besoin d’aucune correction.
Et nous rebaptiserons votre Warriorland : SON LOVELAND.
Apprenez-le dès maintenant, Françoise-Claude. Faites travailler votre prononciation. Préparez le prompteur.
Quant au nom de votre monstre, rassurez-vous : nous le conserverons. Sur le menu.
Eva coupe elle-mĂŞme la transmission.