Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet




  • postĂ© 04/09 (01:54)

    4 Septembre 6662026




    Éloignez votre verre des rapports diplomatiques et gardez vos manteaux en poil de Yack à portée de main car nous allons traverser plusieurs climats politiques qui ont tous en commun de prétendre être tempérés alors qu’ils sont manifestement en flammes. Ici Kleo, pour Necrotoile. La Forêt de Jade veut la paix et construit des arènes. La Confédération Libre veut la paix et tire avec une arme absolue. Le Paradigme Vert veut la paix et demande que la bureaucratie soit classée parmi les armes de destruction massive. L’Empire Brun veut redevenir maléfique et commence par bâtir un bar. Le Khanat veut honorer ses morts et découvre au passage une crise morale concernant les moutons. Quant à la RépubliK elle organise une élection si parfaitement démocratique que les deux candidats obtiennent exactement la moitié du pays comme deux héritiers qui auraient scié le salon en deux avant de découvrir que la porte d’entrée se trouve sur la ligne de partage. Je vous le dis avec toute l’impartialité dont je suis capable. Nous vivons une époque admirable parce qu’elle fournit à l’historienne le luxe très rare de ne plus avoir besoin d’exagérer.

    Commençons par la Forêt de Jade car tout finit toujours par revenir à Accalmie avec la régularité d’un mauvais rhume diplomatique. On avait déjà vu Kraland distribuer le Bonheur par voie balistique et la Confédération semble avoir estimé qu’il serait inconvenant de laisser la concurrence seule sur le marché de la vertu explosive. [=o]Pr Jean-Michel Nobyl a donc employé le Rayon Pacifique contre Accalmie au nom d’une idée simple qui mérite d’être examinée avec le respect dû aux grandes inventions politiques. Puisque la paix tardait à venir on l’a tirée sur la ville. Je trouve l’idée magnifique. Des siècles de philosophes se sont épuisés à déterminer comment faire cesser la guerre alors qu’il suffisait apparemment de mettre la paix dans un canon. [=o]Jean-Michel Nobyl a même pris soin de préciser qu’il avait financé lui-même l’opération ce qui donne à l’ensemble cette délicieuse touche de mécénat éclairé que l’on rencontre d’ordinaire chez les princes finançant des opéras et plus rarement chez les savants qui bombardent une forêt avec la tranquillité d’un homme offrant des fleurs.

    Le plus beau n’est pourtant pas le Rayon Pacifique. Le plus beau est ce qu’Accalmie en a fait. Six minutes après avoir reçu la paix la ville construisait une arène. Je voudrais que l’on s’attarde sur ces six minutes car elles résument mieux la situation que trois mètres de dossiers au Tribunal Cybermondial. Six minutes. Le temps de vérifier que les murs tiennent encore et de demander où l’on pourrait raisonnablement organiser le prochain combat. [=o]Jean-Michel Nobyl lui-même semble avoir été surpris de cette réaction ce qui prouve que même les hommes capables de tirer la paix à distance gardent parfois une touchante naïveté sur la nature humaine. Ce n’est pas qu’Accalmie refuse la paix. Elle la reçoit avec beaucoup de gratitude puis elle lui cherche immédiatement une tribune avec des gradins.

    Mais avant de quitter cette affaire je voudrais attirer votre attention sur l’œuvre de [=o]Kether Dei Machiavelli. Il fallait démilitariser la zone. Le bourgmestre a donc détruit une caserne et levé une taxe immobilière de plus de dix mille écoflorins afin de financer la pacification avant d’annoncer le premier guichet de péage de la future zone démilitarisée. Voilà une évolution politique dont je souhaite conserver chaque mot pour les générations futures. On a commencé par expliquer que la frontière devait devenir un espace de circulation et de paix. On en est arrivé naturellement à l’idée qu’il fallait faire payer les gens pour la traverser. C’est ce que j’aime dans la politique lorsqu’elle atteint sa pleine maturité. Les idéaux deviennent des infrastructures. La liberté devient une barrière levante. La paix devient un reçu. Et si vous trouvez cela cynique je vous invite à vous présenter au guichet avec la somme exacte.

    Le Tribunal Cybermondial observe ce miracle avec l’élégance légèrement épuisée de [=o]Précieuse Liarr qui avait déjà ouvert un dossier sur le conflit après s’être retrouvée devant plusieurs mètres de paperasse. Je l’imagine très bien à son bureau sous une montagne de témoignages en train de découvrir progressivement que chaque nouvelle tentative pour comprendre la Forêt de Jade produit deux nouveaux documents et une revendication territoriale. [=o]Solas a d’ailleurs porté devant elle une idée qui restera peut-être comme l’une des grandes contributions du Paradigme Vert à la théorie militaire. Il demande en substance que l’usage de la bureaucratie à des fins de guerre soit traité comme une arme de destruction massive. Pour une fois je suis presque disposée à applaudir. Il faut avoir vécu dans le Cybermonde pour comprendre qu’un tampon correctement placé peut faire davantage de dégâts qu’un missile. Le missile détruit un bâtiment. Le formulaire détruit votre poste puis votre juridiction puis votre droit de vous plaindre du formulaire. Il faut reconnaître à la Confédération un talent particulier pour cette forme de violence douce qui vous dépossède avec une signature et vous demande ensuite si vous avez pensé à conserver votre copie carbone.

    Voilà qui nous conduit naturellement à la Confédération elle-même où le personnel politique a décidé ce soir de démontrer que la démocratie est un art de la circulation. [=o]Jean-Ronaldoe de la Patrie a quitté Structural parce qu’il y avait apparemment trop d’arbres puis il est passé à la Confédération et s’est retrouvé Préfet de Police en Acropole avant de démissionner avec le sentiment du travail accompli puis d’être nommé Ministre des Affaires Étrangères par [=o]Jean-Messie de la Nation. Cela paraît rapide seulement si vous avez encore l’habitude d’associer une fonction à une durée. La démocratie moderne est plus légère. Elle pose un homme sur une chaise juste assez longtemps pour que la chaise sache qu’elle a été occupée puis elle le déplace vers la suivante. Le mobilier finit par acquérir davantage d’expérience institutionnelle que les ministres.

    Au Warriorland la même philosophie a atteint une forme presque pastorale. [=o]Sir McRabbit a perdu son gouvernorat à la suite d’une affaire de zone autonome et le Ministère de l’Intérieur a nommé [=o]bob le kasque blue en faisant remarquer que le nouveau gouverneur possédait sur l’ancien un avantage décisif. Il ne dormait pas. Je ne conteste jamais un critère de recrutement quand il est formulé avec une telle franchise. Depuis son arrivée [=o]bob le kasque blue semble vouloir gouverner la province par une politique publique fondée sur le lapin. Collets. Civet. Soupe populaire. Lévriers du chaos. J’ai connu des gouvernements qui avaient des programmes moins cohérents. Pendant ce temps une rumeur court à Forum selon laquelle la buvette de l’Assemblée serait vide et que les parlementaires travailleraient peut-être. Je demande que cette rumeur soit maniée avec prudence. Il existe des limites à ce que même Radio Nécrotoile peut diffuser sans preuve.

    Le contraste avec l’Empire Brun est délicieux car chez les Bruns personne ne fait semblant que le pouvoir est sobre. [=o]Tormenta Ruthven a récemment appelé l’Empire à sortir de sa léthargie et à recommencer à influencer le Cybermonde comme autrefois. Son diagnostic était sévère et pas entièrement faux. L’Empire regardait les autres fabriquer des crises avec une efficacité qui commençait à devenir humiliante. Or un Empire Brun inactif ressemble à un vieux château de série B dont les éclairs fonctionnent encore mais où plus personne ne descend à la cave. [=o]Tormenta Ruthven a donc décidé de réveiller le Mal avec ce qu’il décrit lui-même comme une injection démoniaque et contractuelle. Évidemment [=o]Ombre Minusculique n’était pas loin. Quand une phrase contient simultanément les mots pacte et démon il y a de fortes chances qu’une Ombre soit déjà assise dans le fauteuil avant même qu’on ait fini de prononcer la proposition.

    Le pacte a maintenant produit sa conséquence la plus brune possible. L’Empire doit mettre au point le Dessert Ultime. [=o]Floran Baumé a lancé les travaux de recherche en confessant avec une honnêteté scientifique admirable qu’il ne sait pas cuisiner mais qu’il connaît la chimie. Je ne voudrais surtout pas décourager l’expérience. Toute l’histoire de la science repose sur des gens qui ignoraient précisément ce qu’ils faisaient mais disposaient d’un laboratoire assez solide pour que les voisins n’en soient pas immédiatement informés. Le problème est que nous parlons ici d’un dessert commandé par une démone dans un Empire où les savants ont depuis longtemps pris l’habitude de considérer l’uranium comme un condiment conceptuel. Si l’on vous propose bientôt une mousse au chocolat qui brille dans le noir je recommande de ne pas demander la recette avant d’avoir signé votre testament.

    Et pendant que les savants bruns cherchent à donner une forme pâtissière au Mal la Mystisie accueille à Abandon les démons de Glycidia venus préparer une inauguration. Je mesure mes mots. Des démons ont franchi un portail avec des matériaux et ont commencé à construire un bar. [=o]Fée Con de la Gueuse s’en est indignée avec une vigueur compréhensible car il est difficile de maintenir une réputation infernale lorsque vos hordes arrivent avec des plans de chantier. [=o]Silas des Sables annonce pourtant l’ouverture prochaine d’Abandon comme capitale démoniaque avec marchés démoniques et tentes de pactes ainsi qu’un portail et une montée de l’Antre de Naar puis naturellement un bar éphémère. Le Mal a donc découvert l’événementiel. C’était inévitable. Après les pactes de sang viendraient fatalement les bracelets d’entrée.

    Ne croyez pas pour autant que l’Empire ait renoncé à ses vieilles méthodes. À Cinq Pics [=o]Silice de Pont-Krivell a conduit une armada de Destroyers et de Froques Brunes pour prendre le contrôle des lieux après un combat suffisamment sérieux pour la laisser durement blessée. C’est ici que l’Empire retrouve une certaine pureté doctrinale. D’un côté on conquiert un détroit avec des troupes et des navires. De l’autre on inaugure un bar avec des démons et l’on commande un dessert à la Recherche. Ceux qui prétendent que le Brun a perdu son identité n’ont donc rien compris. L’identité brune n’a jamais été la cohérence. C’est la capacité de faire tenir dans la même affiche une invasion amphibie et une pâtisserie maudite sans que personne ne pense à changer de chaîne.

    Restons un instant du côté du Paradigme Vert car la Forêt de Jade n’est pas la seule province à développer cette curieuse impression que l’écologie est devenue une discipline de combat. En Irendol [=o]Makoto Natsume a porté l’impôt sur le revenu de cinq à cinquante pour cent tout en accélérant la production d’or. Voilà une politique environnementale d’une grande beauté abstraite. On extrait plus vite et on taxe plus fort. La nature donne puis l’administration reprend. Le cycle est complet. À Bamboutopia [=o]Saphir Ravenmaid loue [=o]Karlin tout en frappant politiquement [=o]Bladimir Bladimirovitch Mutin et pendant ce temps [=o]Tormenta Ruthven fait exactement l’inverse en caressant [=o]Bladimir dans le sens du putsch tout en reprochant à [=o]Karlin de ne pas lui répondre. La diplomatie régionale ressemble désormais à une tablée où chacun félicite l’ennemi de son voisin dans l’espoir très discret que quelqu’un finira par renverser la soupe.

    À Accalmie même le problème n’est plus seulement militaire. Il est esthétique. [=o]Précieuse Liarr reproche au bourgmestre de ne pas financer correctement la station d’épuration alors que [=o]Martina D. Dei Machiavelli constate que la pollution sonore n’est pas écologique et que [=o]Tide manifeste contre les casques. J’apprécie cette évolution du conflit. Nous étions partis de la question de savoir qui contrôlerait une province et nous voilà désormais à débattre de l’assainissement et du bruit des occupants. C’est souvent ainsi que naissent les grands empires. Ils commencent par la cavalerie et finissent par une plainte de voisinage.

    Je sais que certains attendent que je prenne parti. J’y viens toujours dès que chacun a suffisamment compromis sa propre cause pour que mon choix devienne amusant. Le Paradigme a raison lorsqu’il dit qu’une administration hostile peut être une arme. La Confédération a raison lorsqu’elle dit qu’elle veut pacifier une frontière devenue dangereuse. Kraland avait raison lorsqu’elle a prétendu y apporter le Bonheur. Et tout le monde a tort d’une manière si productive que je refuse de priver l’Histoire d’un seul responsable. Les intéressés peuvent bien entendu venir corriger cette analyse. Je conserverai leurs démentis avec le même soin que les aveux.

    Passons au Khanat Elmérien où l’on démontre ce soir qu’une civilisation tribale n’a nul besoin d’une crise constitutionnelle quand elle peut avoir une crise féline. [=o]Noctis s’est installé à l’Igloo et a constitué une équipe qui mérite d’être étudiée par tous les futurs spécialistes de l’administration animale. [=o]Katniss Ravenloft devient Commissaire de Police en partie parce que son passé de délinquante lui donnera selon [=o]Noctis une meilleure compréhension des criminels. J’admire la logique. Elle est si circulaire qu’elle pourrait servir de roue. [=o]Olga LaBlonde devient Sergente pour mener la guerre perpétuelle contre les rongeurs et les oiseaux tandis que [=o]Odessa Stone reçoit la justice parce qu’elle a accepté sa défaite avec honneur. Le Khanat vient ainsi de découvrir une forme de gouvernement où la compétence est définie comme le fait d’avoir personnellement rencontré le problème que l’on vous demande maintenant de surveiller. À ce rythme le prochain Ministre des Finances sera choisi parmi les gens qui ont déjà perdu leur portefeuille.

    Mais l’Igloo n’est encore que l’antichambre. La grande affaire spirituelle se joue en Capsulie autour de l’hommage à Elmer. [=o]Alice Ravenloft a annoncé des festivités comprenant notamment des moutons destinés à être sacrifiés et mangés. [=o]Noctis s’est dressé contre cette perspective au nom de la cause ovine en expliquant qu’il serait beaucoup plus acceptable de sacrifier des humains. Voilà une querelle morale que seule une civilisation très avancée pouvait produire. Nous ne débattons plus de savoir si le sacrifice rituel est convenable. Nous débattons de l’espèce qui mérite le moins d’être épargnée. Le progrès est subtil mais il existe. Une rumeur prétend en outre que la représentation officielle d’Elmer aurait été corrigée par le Ministère de l’Information elmérien et qu’une autre image circulerait sous le manteau. J’invite [=o]Alice Ravenloft à venir défendre l’authenticité de ses archives. Les ministres de l’Information sont toujours les bienvenus ici. J’ai un intérêt professionnel pour les gens accusés de corriger la réalité.

    La Bananie ajoute à cette harmonie tribale sa propre note de basse. [=o]Tina Plurien critique le Khanat. [=o]Père Fouras manifeste contre lui et [=o]Light Deathnote résume la situation avec l’élégance d’un homme qui refuse d’être pris pour un pigeon dans un empire dirigé par un Grand Khan qui en est littéralement un. Je n’invente rien et c’est précisément ce qui m’inquiète. Le Khanat a réussi à faire de la zoologie une science politique.

    Et puisqu’il est question d’animaux politiques parlons des Yacks. Le troupeau de [=o]Yack's Eye poursuit sa croisade pour la libération des reliques au nom d’une théorie révolutionnaire selon laquelle les détenteurs actuels ne seraient pas des propriétaires mais les geôliers d’objets dont les créateurs ont disparu. Cette doctrine a déjà permis de libérer la Pièce Porte-Bonheur ce qui est une manière admirable de dire qu’on l’a prise à quelqu’un pour lui rendre sa liberté. J’avais cru que la politique avait épuisé depuis longtemps toutes les façons élégantes de renommer le vol. Les Yacks viennent de me rappeler qu’il reste toujours du pâturage intellectuel. [=o]Sophos avait proposé de soumettre cette pièce à une expérience destinée à déterminer scientifiquement si elle portait réellement bonheur. L’affaire a ensuite dérivé vers des considérations comptables si profondes que [=o]Fée Con de la Gueuse a fini par demander en substance qu’on lui confie assez d’argent pour poursuivre correctement la démonstration. Je respecte cette école scientifique. Dès qu’une hypothèse devient confuse elle demande davantage de financement.

    La question des reliques n’est d’ailleurs pas terminée. [=o]Silice de Pont-Krivell a rappelé aux Yacks qu’une autre relique issue de la famille Sokrano avait été dispersée et leur a proposé avec toute la douceur mystisienne nécessaire une promenade dans le lac de Trou Perdu. Nous assistons donc à la naissance d’un débat philosophique majeur sur le droit des objets à disposer d’eux-mêmes avec d’un côté des Yacks qui veulent libérer les reliques et de l’autre des Bruns qui veulent probablement libérer les Yacks de leur capacité respiratoire. Les universitaires pourront appeler cela un conflit de conceptions. Moi j’appelle cela un mardi qui a pris du retard.

    Le Royaume de Ruthvénie ne pouvait naturellement pas laisser le reste du Cybermonde monopoliser la grandeur théâtrale. [=o]Dame Démerzel a versé à la RépubliK plus de quatorze mille pièces au titre de la fête de l’Or du Valégro ce qui prouve que la monarchie peut être dramatiquement solennelle et payer ses dettes dans la même journée. Dans les Karaïbes elle s’emploie parallèlement à rappeler que le Royaume aime profondément ses sujets au moment exact où une partie d’entre eux manifeste contre le Royaume et où des paysans entrent en rébellion. C’est le vieux génie monarchique. Plus le sujet s’éloigne plus la couronne lui explique qu’il est aimé. [=o]Dame Démerzel va même jusqu’à reconnaître Palladium-City comme cité libre palladionaute tout en rejetant l’idée d’une véritable indépendance. Vous êtes donc libres dans le cadre très précis où votre liberté ne remet rien en cause. C’est une liberté de salon. On peut s’y déplacer à condition de ne pas toucher aux meubles.

    Mais la plus belle contribution ruthvène à la soirée vient peut-être de [=o]Wenceslas von Altheim-Blatnoï qui a inspecté les Champs de Glace en Sibéria et confirmé par l’autorité de ses pieds qu’ils étaient effectivement froids avant d’en déduire leur utilité pour rafraîchir le Cybermonde et par conséquent leur revendication par le Royaume. Je ne vois aucune faille. Si le droit territorial peut désormais découler de la température ressentie dans les chaussures nous entrons dans une ère diplomatique merveilleusement simple. [=o]Wenceslas a ensuite demandé de la main-d’œuvre servile et s’est vu présenter des cerfs au lieu de serfs. Il a refusé d’adapter ses pioches aux sabots. Ce détail suffirait à lui seul à justifier l’existence des archives. On raconte souvent que les guerres naissent de malentendus. Celle-ci pourrait être évitée par une bonne diction.

    Il reste Kraland et je sais que certains d’entre vous attendaient que je l’épargne par réflexe ministériel. Ce serait mal me connaître. La RépubliK vient d’organiser un sondage électoral où [=o]Sophos et [=o]Alex KidoWski se retrouvent à sept voix contre sept. C’est une égalité si parfaite qu’elle ressemble moins à une mesure de l’opinion qu’à une tentative de la géométrie pour entrer en politique. [=o]Ivictus fait campagne pour [=o]Alex KidoWski et convainc encore une partisane. [=o]Alex KidoWski lui-même vient à peine de sortir de prison après quelques journées où sa campagne électorale aura bénéficié d’un niveau de surveillance que même les candidats les plus ambitieux obtiennent rarement. Je rappelle pour les amateurs d’archives que j’avais moi-même payé deux mille FK de caution lorsqu’il fallait le faire sortir. Cela ne constitue évidemment pas un soutien politique. Cela constitue un investissement journalistique dans la disponibilité d’un sujet.

    Le dossier devient plus délicieux encore lorsque certains renseignements internes décrivent les chiffres de cette égalité comme légèrement farfelus. Je n’accuse personne. J’observe seulement qu’à Kraland même les statistiques possèdent parfois une imagination révolutionnaire. Voilà pourquoi l’élection reste passionnante. [=o]Sophos peut gagner. [=o]Alex KidoWski peut gagner. Les chiffres peuvent gagner. Et dans le pire des cas le Ministère de l’Information expliquera pourquoi le résultat obtenu était précisément celui que la nation attendait depuis toujours.

    Pendant ce temps [=o]Logan Komikov a dévalué la monnaie de cinq pour cent afin de générer plus de treize mille FK quelques heures plus tard [=o]Shiki Chantargent découvre la Société Cybernétique au bénéfice de la RépubliK et permet aux indices de dépasser leurs anciennes limites. Il y a des journées où un gouvernement dévalue la monnaie puis finance la science qui invente précisément le moyen technique permettant à ses statistiques de monter plus haut. Dans d’autres pays cela provoquerait une commission d’enquête. À Kraland cela provoque un nouveau formulaire de félicitations.

    Je n’oublie pas [=o]Tears Velzard qui continue d’entretenir l’une des traditions politiques les plus difficiles à expliquer aux étrangers. Elle peut favoriser le recrutement massif en Slavonie puis soutenir publiquement le gouvernement au Cruisader tout en déléguant le commandement de son équipage pirate parce qu’une soirée pyjama réclame sa présence. Ce n’est pas de l’inconstance. C’est une conception très avancée de la polyvalence stratégique. Les empires anciens envoyaient leurs généraux sur deux fronts. Kraland envoie ses capitaines sur un front et dans une chambre avec des oreillers. Jusqu’ici les résultats territoriaux donnent plutôt raison aux oreillers.

    Au fond toute cette soirée raconte la même chose. Aucun peuple du Cybermonde ne veut reconnaître qu’il fait la guerre de la manière dont les autres l’accusent de la faire. La Confédération ne conquiert pas. Elle pacifie et installe des péages. Le Paradigme ne résiste pas. Il protège la nature et demande l’interdiction des tampons hostiles. L’Empire Brun ne complote pas. Il se réveille et construit des bars démoniaques entre deux opérations militaires. Le Khanat ne se divise pas. Il débat du statut moral des moutons. La Ruthvénie ne perd pas des sujets. Elle leur rappelle avec plus de majesté qu’ils sont aimés. Kraland ne manipule pas ses chiffres. Elle découvre simplement une technologie permettant aux chiffres de devenir plus ambitieux.

    C’est peut-être cela qui me fascine le plus dans notre époque. Les nations n’ont pas cessé d’être brutales. Elles ont seulement développé un vocabulaire suffisamment délicat pour pouvoir regarder leur brutalité dans un miroir sans déranger leur coiffure. Une bombe devient pacifique. Un péage devient une frontière de liberté. Une dévaluation devient une contribution. Un vol devient une libération. Une invasion démoniaque devient une inauguration avec buvette. Une revendication territoriale commence par la température des pieds. Et tout le monde conserve l’étonnante conviction d’être la seule personne raisonnable dans la pièce.

    Je les comprends. J’ai la même conviction.

    Les représentants de la Confédération sont invités à venir expliquer comment un Rayon Pacifique se distingue d’une arme lorsqu’il frappe une ville. Les autorités paradigmiennes peuvent venir démontrer qu’une arène construite six minutes après la paix était indispensable à la biodiversité. [=o]Tormenta Ruthven et [=o]Floran Baumé peuvent naturellement nous faire parvenir un échantillon du Dessert Ultime à condition que le récipient survive au trajet. [=o]Noctis peut défendre les moutons en direct et [=o]Alice Ravenloft expliquer ses intentions sacrificielles. Quant aux Yacks ils sont priés de ne libérer aucun objet du studio pendant leur visite.

    Les témoins anonymes restent les bienvenus. Les témoins non anonymes aussi bien qu’ils aient généralement davantage à perdre. Ceux qui souhaitent corriger une date ou une version des faits peuvent le faire avec la solennité nécessaire. Ceux qui souhaitent simplement protester contre mon impartialité peuvent également se manifester. Leur plainte sera versée au dossier consacré aux gens qui confondent une erreur de la journaliste avec leur incapacité à comprendre correctement ce qu’elle vient d’expliquer.

    La nuit est bien avancée. Le feu baisse dans la cheminée et quelque part un fonctionnaire rédige déjà le formulaire qui transformera les événements de demain en nécessité historique. C’est le moment où les empires se croient tranquilles parce que leurs bureaux ferment et où les chroniqueuses deviennent dangereuses parce qu’elles restent éveillées. Gardez donc vos reçus de péage. Cachez vos reliques. Comptez vos moutons. Vérifiez la température de vos provinces avec vos pieds si vous êtes ruthvène et ne laissez jamais un scientifique brun seul avec une crème pâtissière.

    Ici Kleo pour Radio Nécrotoile.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • 18/09

  • 12:32

    Krabot est de retour... pour vous jouer un mauvais tour !


  • 12:31

    Ou alors tu prends des exemples taillés sur mesure (comme les pierres) pour recoller à ton histoire de entropie = désordre, et en fait c'est là qu'il y a un problème.


  • 00:12

    Le gouvernement de la Confédération Libre me semble bien populaire...


  • 00:12

    ouesh les bonbons

  • 16/09

  • 23:04

    C'est celĂ  oui...


  • 23:04
    Yun


  • 19:33

    Kra20Kra !


  • 19:16

    Par ailleurs, les systemes organisés comme les planètes, les étoiles... etc baissent en entropie en l'évacuant sous forme de rayonnement... Donc ce n'est pas que le macro qu'il faut regarder... Mais même ce qu'on ne voit pas... gamma, X, UV, IR... C'est pour cela qu'en filmant quelque chose qui ne bouge pas, tu ne peux pas passer le film à l'envers et dire que c'est identique. Dans l'un l'entropie augmente, dans l'autre, non.


  • 19:07

    Alors où il est le désordre? le désordre, c'est l'ensemble de tous les éclats de pierre qu'on a du faire pour tailler les pierres. l'énergie dépensée pour les assembler (l'énergie d'un systeme est constante, mais elle s'est dégradée)


  • 19:05

    tu prends la carrière de pierre, et la cathédrale... Quand tu vois comment sont ordonnées les pierres dans une cathédrale par rapport à une carrière de pierre. Tu te dis, wouaw, on a gagné en ordre. Seulement la thermodynamique dit qu'on a gagné en entropie...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  17:57:05