La Propagande > Réponse Taverne sujet




  • postĂ© 01/09 (21:26)
    Des petites araignées se lient à moi pour offrir encore plus de plaisir. Régulièrement, l'un de vous sera regardé sous la loupe. Que vous faites du bruit ou non. Nous somme légions. En vrai oui, je ne suis pas seule à ouvrir plusieurs yeux sur la vie de tous et chacun.

    Commencont donc par une Kramarade que nous avons suivit 72 heures dans son quotidien a son insu.


    GEORGIE PLUMETTE


    *La fréquence s’ouvre dans un souffle poussiéreux. Quelque part derrière le studio une armoire d’archives refuse d’abord de s’ouvrir puis cède avec ce petit craquement des meubles qui ont vu passer davantage de gouvernements que leurs propriétaires. Kleo fouille quelques instants dans une pile de dossiers avant d’en retirer une chemise extraordinairement mince. Elle la retourne. Vérifie derrière. L’ouvre. Regarde à nouveau dans l’armoire. Puis revient lentement vers le microphone avec l’expression grave d’une historienne venant de découvrir que son sujet d’étude tient sur approximativement un demi-post-it.*



    Bonsoir mes petits cadavres administratifs. Certaines personnes traversent le Cybermonde en laissant derrière elles des guerres, des alliances, des enfants illégitimes, trois provinces incendiées et suffisamment de procédures judiciaires pour meubler une émission entière. Certaines carrières nécessitent plusieurs volumes. Certaines existences obligent les archivistes à acheter de nouvelles étagères. Et puis il y a Georgie Plumette. Kralandaise pendant soixante-douze heures. Trois jours. Une révolution terrestre complète multipliée par trois. Quatre mille trois cent vingt minutes offertes à la Glorieuse. Deux cent cinquante-neuf mille deux cents secondes durant lesquelles cette femme aurait pu devenir Ministre, trahir un gouvernement, rejoindre une organisation secrète, être condamnée, réhabilitée, nommée Juge, destituée, reconstruire une province ou simplement acheter du fenouil. Nous possédons aujourd’hui le résultat documentaire de cette formidable immersion au cœur de la RépubliK. Une seule ligne. Je tiens donc à remercier immédiatement Georgie Plumette pour sa remarquable contribution à la sobriété archivistique.

    Le document se situe au trente août à vingt et une heures quinze. À cet instant précis un individu nommé Cointro quitte le groupe de Georgie Plumette. Jusque-là rien de suffisamment étrange pour justifier l’ouverture nocturne de la crypte. Des gens rejoignent des groupes. Des gens quittent des groupes. Le Cybermonde est plein de relations qui durent moins longtemps qu’un mandat de Juge en Forêt de Jade. Le détail qui transforme cette pauvre ligne en monument historique tient cependant dans les mots suivants. Cointro quitte le groupe de Georgie sur ordre de Cointro. Nous sommes donc devant un homme qui décide lui-même qu’il ne souhaite plus être là puis obéit immédiatement à sa propre décision avec une discipline exemplaire. Aucun conflit documenté. Aucune dispute connue. Aucun ultimatum conservé. Aucun grand discours d’adieu dont Radio Nécrotoile pourrait délicatement extraire les contradictions. Cointro regarde vraisemblablement sa situation, consulte Cointro, reçoit les instructions de Cointro puis exécute l’ordre de Cointro. Une chaîne de commandement d’une efficacité remarquable puisqu’elle ne comporte qu’un seul maillon.

    Je souhaiterais pouvoir vous raconter ce que Georgie Plumette pensa de cette défection. Je ne le peux pas. Les archives ne disent rien. Peut-être leva-t-elle un sourcil. Peut-être ne remarqua-t-elle même pas le départ. Peut-être Cointro occupait-il une fonction capitale dans son existence. Peut-être était-il simplement là depuis assez peu de temps pour que son absence libère surtout de la place. Toute tentative d’aller plus loin transformerait notre émission d’archives en séance de spiritisme statistique et nous avons des standards. Peu élevés certes mais ils existent. Nous savons donc une seule chose avec certitude. À vingt et une heures quinze Cointro se trouvait suffisamment lié au groupe de Georgie pour pouvoir le quitter et il possédait suffisamment d’autonomie pour ordonner lui-même cette séparation. L’Histoire ne nous dit même pas s’il regarda derrière lui en partant. J’aime cette sécheresse. Elle laisse à l’événement une pureté presque bureaucratique. Quelqu’un était là. Quelqu’un décida de ne plus l’être. Le formulaire fut probablement satisfait.

    Il faudrait toutefois replacer cette scène dans la grande épopée des soixante-douze heures kralandaises de Georgie Plumette. Nous savons qu’elle fut Kralandaise pendant trois jours et c’est déjà une expérience politique qui mérite considération. Trois jours suffisent largement à comprendre certaines institutions et pas du tout à comprendre les autres. Au premier jour on découvre probablement que les mots ordinaires gagnent en dignité lorsqu’on leur ajoute un K. Au deuxième on apprend qu’une élection peut être parfaitement démocratique tant que le Parti comprend correctement ce que le peuple voulait dire. Au troisième on commence naturellement à trouver tout cela normal. Georgie quitta donc vraisemblablement la RépubliK juste avant le stade dangereux où l’on commence à expliquer aux étrangers que non, ils n’ont simplement pas compris la Constitution. Je dis vraisemblablement parce que nous ignorons même les circonstances exactes de son arrivée et de son départ. Voilà l’étendue de notre dossier. Trois jours de citoyenneté entourent un homme qui s’en va tout seul. Certaines biographies possèdent un arc narratif. Celle-ci possède un point avec beaucoup d’espace blanc autour.

    Et pourtant il existe quelque chose d’admirablement kralandais dans cette absence presque totale de traces. Une Kramarade peut séjourner soixante-douze heures dans la Glorieuse et ne laisser à la postérité aucune grande proclamation connue, aucun fait d’armes spectaculaire, aucun scandale financier et aucune tentative documentée de devenir Premier Ministre. C’est presque suspect. Regardez simplement ce que d’autres accomplissent en une seule journée. On peut perdre un poste, en prendre un autre, combattre un rival politique, recevoir une amende, tuer un mouton télépathe et terminer la soirée en expliquant que tout cela démontre le parfait fonctionnement des institutions. Georgie a apparemment contemplé cette infinité de possibilités puis choisi une discipline beaucoup plus radicale. Ne rien fournir aux archives. Si c’était volontaire c’est une performance. Si ça ne l’était pas c’est encore plus impressionnant.

    Je pourrais naturellement remplir le vide. C’est ce que font les mauvais historiens et les excellents propagandistes. Je pourrais annoncer que Georgie Plumette fut une opératrice clandestine dont les soixante-douze heures de silence dissimulent une mission d’une importance telle que même les Services Secrets auraient oublié de la noter. Je pourrais décider que Cointro était son agent de liaison et que son départ à vingt et une heures quinze marquait la fin d’une opération secrète contre un ennemi de la RépubliK. Je pourrais ajouter une enveloppe sous une porte, trois silhouettes derrière une vitre et un dossier marqué ULTRA KRA. Ce serait magnifique. Ce serait aussi entièrement inventé et j’ai promis que Radio Nécrotoile ne mentait jamais lorsqu’elle pouvait se contenter d’insinuer avec précision. Nous resterons donc devant cette minuscule vérité. Georgie fut là. Cointro aussi. Puis Cointro estima que Cointro devait partir et Cointro eut la courtoisie d’être d’accord.

    Le personnage le plus actif de cette biographie devient ainsi paradoxalement Cointro. Il apparaît une seule fois et utilise cette apparition pour disparaître. C’est extrêmement efficace. Beaucoup de citoyens consacrent des années à construire une réputation. Cointro obtient la sienne en une parenthèse. Nous savons de lui qu’il était capable de prendre une décision concernant Cointro puis de faire exécuter cette décision par Cointro sans rencontrer la moindre résistance de Cointro. Les gouvernements pourraient étudier ce modèle. Imaginez un Conseil des Ministres dans lequel chaque responsable obéirait immédiatement à ses propres instructions. Les réunions dureraient sept minutes. Les guerres civiles deviendraient impossibles faute de désaccord entre la personne qui ordonne et celle qui exécute. Peut-être Georgie venait-elle simplement de rencontrer l’administrateur parfait et l’a-t-elle perdu avant même que la RépubliK puisse le nommer quelque part.

    Quant à Georgie Plumette, son silence devient finalement le véritable sujet. Tout ce que nous pouvons dire d’elle sans inventer tient dans cette étrange disproportion entre la durée connue de son passage et la trace laissée. Soixante-douze heures de citoyenneté kralandaise aboutissent à une seule interaction conservée. Elle ne concerne même pas directement une action de Georgie. Quelqu’un quitte son groupe de sa propre initiative. Il n’existe pas de réaction enregistrée. Pas de poursuite. Pas de tentative pour le retenir. Pas de vengeance connue. Pas même une remarque désagréable qui aurait pu offrir à cette émission une conclusion facile. C’est presque élégant. Là où le Cybermonde transforme volontiers le moindre déplacement de chaise en crise constitutionnelle Georgie Plumette réussit l’exploit de passer trois jours dans Kraland en laissant derrière elle moins de bruit qu’un meuble.

    Peut-être est-ce cela que ses soixante-douze heures nous apprennent réellement. Toutes les épopées n’ont pas besoin d’être gigantesques pour devenir mémorables. Certaines sont mémorables précisément parce qu’on ouvre le cercueil avec beaucoup de cérémonie, qu’on allume les lampes, qu’on convoque les experts, qu’on installe le microphone, qu’on dépoussière le registre puis qu’on découvre à l’intérieur un homme nommé Cointro qui est déjà en train de partir. Je regarde cette chemise depuis le début de l’émission et je peux vous assurer qu’elle n’a pas secrètement produit une seconde page. J’ai vérifié deux fois. Derrière aussi.

    Georgie Plumette est naturellement invitée à venir sauver sa propre biographie. Si elle souhaite nous raconter ce qu’elle a réellement fait pendant ses soixante-douze heures kralandaises Radio Nécrotoile lui cédera volontiers le micro. Elle peut nous expliquer pourquoi son passage fut si court, ce qu’elle pensait de la RépubliK, comment Cointro avait rejoint son groupe et surtout si elle remarqua seulement le moment où il décida souverainement de ne plus en faire partie. Cointro bénéficie évidemment du même droit de réponse. Je lui demanderais simplement de vérifier auprès de Cointro qu’il autorise Cointro à venir témoigner. Nous ne voulons provoquer aucun conflit interne.

    Vous écoutiez La propagande.. Ce soir nous avons ouvert les archives de Georgie Plumette, Kralandaise pendant soixante-douze heures et propriétaire involontaire de l’un des dossiers les moins coopératifs que cette émission ait jamais essayé d’exhumer. Nous ne sommes pas ici pour juger. Pour une fois ce n’est même pas une question de travail.

    Il n’y a simplement rien d’autre dans le cercueil, mais promis, je compte bien enquêter sur toute cette affaire et mon regard se pose donc sur Cointro !
  • 18/09

  • 12:32

    Krabot est de retour... pour vous jouer un mauvais tour !


  • 12:31

    Ou alors tu prends des exemples taillés sur mesure (comme les pierres) pour recoller à ton histoire de entropie = désordre, et en fait c'est là qu'il y a un problème.


  • 00:12

    Le gouvernement de la Confédération Libre me semble bien populaire...


  • 00:12

    ouesh les bonbons

  • 16/09

  • 23:04

    C'est celĂ  oui...


  • 23:04
    Yun


  • 19:33

    Kra20Kra !


  • 19:16

    Par ailleurs, les systemes organisés comme les planètes, les étoiles... etc baissent en entropie en l'évacuant sous forme de rayonnement... Donc ce n'est pas que le macro qu'il faut regarder... Mais même ce qu'on ne voit pas... gamma, X, UV, IR... C'est pour cela qu'en filmant quelque chose qui ne bouge pas, tu ne peux pas passer le film à l'envers et dire que c'est identique. Dans l'un l'entropie augmente, dans l'autre, non.


  • 19:07

    Alors où il est le désordre? le désordre, c'est l'ensemble de tous les éclats de pierre qu'on a du faire pour tailler les pierres. l'énergie dépensée pour les assembler (l'énergie d'un systeme est constante, mais elle s'est dégradée)


  • 19:05

    tu prends la carrière de pierre, et la cathédrale... Quand tu vois comment sont ordonnées les pierres dans une cathédrale par rapport à une carrière de pierre. Tu te dis, wouaw, on a gagné en ordre. Seulement la thermodynamique dit qu'on a gagné en entropie...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  22:11:14