Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet
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posté 26/08 (02:00)

26 Aout 6662026
SpoilerIci Kleo, émission spéciale sur le sommet de la paix. Votre émission quotidienne viendra après.
Le Sommet pour la Paix devait être le grand moment diplomatique où le Cybermonde poserait les armes, les rancunes et idéalement les explosifs quelques heures afin de régler le conflit entre la Confédération Libre et le Paradigme Vert.
Karen Vanderbilt avait fait les choses correctement. Manoir, invités prestigieux, buffet, bonne volonté et probablement assez de petits fours pour pacifier une province de taille moyenne. Il manquait seulement un élément que les organisateurs avaient naïvement considéré comme secondaire.
Le Paradigme Vert. Son Régent
Karlin estimait que Structural était un endroit assez curieux pour négocier la paix puisque la ville appartenait au camp adverse, contenait des forces ennemies et possédait une tradition locale consistant à emprisonner des Paradigmiens entre deux catastrophes surnaturelles. Les Confédérés soutenaient de leur côté que la villa Vanderbilt constituait un terrain neutre. La diplomatie venait donc de découvrir une notion révolutionnaire. Un endroit peut être neutre parce que la propriétaire de la maison le dit.
Pigeon Ronron avait tout de même fait le déplacement avec l’enthousiasme particulier de quelqu’un venu négocier la survie d’un pays dont il avait déjà imaginé la répartition territoriale. Après avoir attendu le Paradigme et constaté que celui-ci ne venait pas il annonça tristement qu’il aurait aimé voir naître un dialogue puis quitta les lieux. C’était beau. On aurait presque oublié qu’un peu plus tôt le Khanat envisageait Sibéria pour les Elmériens, la Forêt de Jade pour les Confédérés, Irendol pour les Ruthvènes et l’Île aux Kanards pour quiconque arriverait avant la fermeture du cadastre. Mais il ne faut jamais gâcher une belle sortie avec du contexte.
C’est alors que
Patrick DePouch eut le mérite immense de retirer les dentelles posées autour du projet confédéré. La paix envisagée passerait par une mise sous tutelle du Paradigme Vert, sa démilitarisation complète et son engagement écrit en faveur de la Zone Démilitarisée. Ensuite viendraient la grande ligne de séparation, les péages, les visas et les Casques Bleus installés au milieu pour vérifier que les peuples séparés ne puissent plus se taper dessus sans remplir le formulaire approprié. Patrick résuma admirablement la philosophie de l’ensemble. Il existe la paix que l’on fait avec quelqu’un et celle qu’on lui impose. La première ayant rencontré quelques difficultés administratives la seconde était désormais disponible. Le Paradigme n’avait donc pas assisté au Sommet pour la Paix mais il avait au moins eu la délicatesse d’y recevoir un programme politique complet.
Scarleit, qui représentait l’Hélénie avec une patience diplomatique probablement acquise dans des laboratoires où les explosions étaient moins fréquentes, demanda alors ce que la coalition voulait vraiment. Une fois la réponse obtenue
Patrick DePouch l’invita tout simplement à rejoindre la coalition, apporter un soutien logistique et militaire et signer la convention de tutelle. Il lui glissa même que l’Île aux Kanards n’était toujours revendiquée par personne et pourrait éventuellement accueillir une station balnéaire hélénienne. La diplomatie cybermondiale atteint rarement ce degré d’élégance immobilière. On était venus mettre fin au partage du Paradigme et au milieu de la conversation on proposait déjà une île à une invitée.
Scarleit n’accepta rien. Elle répondit qu’elle soumettrait la proposition à ses Seeliens puis remercia Karen et rentra chez elle. Ce qui est diplomatiquement très différent de signer une alliance et constitue probablement la décision la plus prudente prise dans la villa.
Précieuse Liarr finit par poser une question étonnamment dangereuse. Était-on encore en train de parler d’une Zone Démilitarisée ou était-on désormais en train de partager le Paradigme entre plusieurs nations. Parce que voyez-vous ce ne sont apparemment pas exactement les mêmes choses. La juge du Tribunal Cybermondial venait ainsi de découvrir au milieu du sommet que plusieurs participants négociaient des paix différentes sous le même toit. Pendant ce temps
Kath Khanova avait compris l’essentiel du projet en demandant si tout cela signifiait qu’on allait m’enfin pouvoir mettre une route vers Accalmie pour aller y faire ses emplettes à condition de ne pas ruiner l’économie locale auparavant. À ce stade Kath possédait peut-être la vision géopolitique la plus cohérente de la soirée.
Et malgré tout ce désastre
Karen Vanderbilt réussit quelque chose.
Karlin accepta le principe d’un cessez-le-feu du 26 août à zéro heure une jusqu’au 29 août à vingt-trois heures cinquante-neuf sous réserve naturellement que l’autre camp fasse de même. C’est assez extraordinaire pour être souligné. Pendant que des dirigeants présents à la conférence envisageaient de tutelliser un pays absent, Karen parvenait depuis son salon à obtenir de ce même absent davantage de paix concrète que la moitié des discours prononcés autour de sa table.
Sophos résuma ensuite l’ensemble selon la terminologie diplomatique kralandaise la plus récente en parlant du
« sommet du pet ». Il est possible que plusieurs générations de chercheurs travaillent un jour à trouver une formulation plus précise. Ils échoueront.
Au bilan
Karen Vanderbilt organisa un sommet oĂą le Paradigme ne vint pas,
Pigeon Ronron repartit déçu,
Patrick DePouch transforma progressivement une zone démilitarisée en tutelle nationale,
Scarleit emporta la proposition chez les Seeliens,
Précieuse Liarr tenta de déterminer quelle paix exactement tout le monde négociait,
Kath Khanova voulut une route commerciale et
Sophos repartit avec un demandeur d’asile et un problème d’intelligence artificielle militaire.
La paix n’a donc pas été signée. Mais il y avait du gâteau.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.