La petites kra aux allumettesC'était un soir du 25 décembre. Toutes les familles rentraient les bras plein de victuailles. La table sera remplie de plats délicieux ce soir. On allait bien manger et ce n'est pas les cadeaux pourris du Père Noël qui allaient changer quelque chose à la joie qui planait. Tout le monde était heureux sauf cette petite fille :
"S'il-vous-plaît, qui veut mes allumettes ? Des allumettes de bonnes qualités ! Qui veut mes allumettes 100% garanties par le ministère du travail ! Elles allument efficacement vos bombes pour faire sauter les banques banano-krapitalistes, vous savez !"
Dans l'espoir vain de freiner la venue du Père Noël, les fenêtres commençaient à se fermer. Un vent glacial se leva et faisait frémir la petite kra. En regardant à travers une fenêtre encore ouverte, elle voyait un feu qui crépitait. Elle se mit à penser à sa grand-mère qui aimait lui raconter de belles histoires au coin du feu. Hélas, son bonheur fut de courte durée car la vieille dame mourut après avoir avalé de travers son fenouil. Elle était la seule membre de sa famille qui s'occupait d'elle.
Ses parents étaient de vrais socio-traitres. Plutôt que de travailler, ils préféraient exploiter la pauvre enfant en la forçant à vendre des allumettes. Les soirs où elle rentrait chez elle sans en avoir vendues, son père la battait et la jetait dehors sans même lui donner à manger. Mais ce soir du 25 décembre était différent car son père lui avait interdit de revenir sans avoir vendu une seule allumette.
"Si tu reviens sans argent, lui dit-il, nous n'aurons plus rien Ă manger. Ce ne sera mĂŞme pas la peine de penser Ă rentrer ; je ne veux plus avoir Ă nourrir une bouche inutile !"
Malheureusement pour la pauvre enfant, alors que les dernières voitures rentraient chez elles, elle n'avait toujours rien vendu. Elle traversa la rue et trébucha à cause des vieux sabots trop grands qu'on lui avait enfilés comme unique protection pour protéger ses petits pieds du froid. L'un des deux fut immédiatement brisé sous les roues d'une voiture qui passait au même moment. Maintenant, elle vendait ses allumettes les pieds nus dans la neige. Les passants semblaient l'éviter.
Prise par le vent glacial, elle ne pouvait plus continuer. Elle alla alors s'abriter dans une ruelle.
"J'ai les pieds gelés, je ne peux plus avancer, pensa-t-elle. Je ne peux pas rentrer chez moi où mon père me battra et me jètera dehors. Autant rester ici."
Elle prit un petit fagot d'allumettes.
"Et si, j'en brulait une ? Oh, juste une pour me réchauffer un peu ! Je pourrais continuer à travailler et papa ne le saura pas."
En craquant son allumette, la flamme la transporta immédiatement. Elle crut être devant une réchaud brulant. Mais, très vite, l'allumette s'éteignit.
Elle en craqua une seconde et vit une table avec un bon repas. Elle qui avait si faim s'approcha rapidement. Le poulet rôti sauta du plat et, récupérant son apparence d'avant cuisson, proposa de faire danser la petite kra qui accepta. Tout tourna alors, elle était si joyeuse ! Elle dansa avec la chaise, elle dansa avec le balai et subitement, tout s'arrêta ! L'allumette avait fini par s'éteindre.
Elle sourit alors et vite, elle frotta une troisième allumette contre le mur où elle était appuyée. De la flamme crépitante apparut un magnifique arbre de Noël. Un ourson magnifique l'attendait au pied du sapin parmi de nombreux cadeaux. Le père Noël apparut alors et l'amena au dessus de la ville illuminée. Elle n'en crut pas ses yeux. L'ourson qu'elle tenait jusqu'alors dans ses bras lui échappa et elle tomba du traineau pour le rattraper. Elle finit alors par glisser le long d'une guirlande du sapin qui lui faisait comme un grand toboggan. Arrivée au pied du sapin, les chandelles explosèrent et dans l'étincelle de leurs lumières, la petite kra se réveilla, l'allumette éteinte.
La quatrième allumette la transporta dans un grand jardin où elle revit sa grand-mère.
"— Viens mon enfant, rejoint-moi, lui dit la vieille dame !
— Mais, grand-mère, pourquoi tu t'en vas alors ? Pourquoi disparais-tu comme le réchaud brulant, comme le bon repas et le beau sapin ? Ne m'abandonne pas ! Ne me laisse pas toute seule !"
La petite kra prit alors plusieurs fagots d'allumettes qu'elle frotta au sol. "Allez petites allumettes ! Conduisez-moi vers ma grand-mère !" Et la grand-mère réapparut, serra sa petite-fille fort dans ses bras et lui dit d'une voix douce :
"— Tu n'auras plus jamais à souffrir ma petite à présent.
— S'il-te-plait, grand-mère, raconte-moi une histoire !
— Bien sûr ! Quelle histoire aimerais-tu ?
— J'aimerais que tu me parles du pakradis.
— Oh oui ! Tu sais au pakradis, c'est merveilleux ! Il y a des champs de fenouils à perte de vue où leurs jolies fleurs jaunes anisées viennent embaumer l'air. On y trouve les gens qu'on aime et les chiens de krapitalistes comme ton père ne peuvent pas venir y troubler la tranquillité."
Et c'est ainsi que la petite fille suivie sa grand-mère. Le lendemain dans la rue, les passant la trouvèrent gisant au sol avec toutes ses allumettes craquées. Ils la plaignaient beaucoup et pensaient à toute la souffrance qu'elle avait dû endurer dans le froid. Ils étaient loin de se douter que le soir de Noël, elle avait rejoint sa grand-mère au pakradis et que la police politique n'allait pas tarder à tous les envoyer en réédukration pour non-assistance en enfant en danger !
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