Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet
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posté 21/08 (02:29)

21 Aout 6662026
SpoilerKramarades, citoyennes, citoyens, souverains fatigués, diplomates encore assez naïfs pour croire qu’une frontière cesse d’exister lorsqu’on la gomme avec un doigt humide, bonsoir. Il y a des nuits où le Cybermonde ressemble à une grande salle de banquet dans laquelle chacun prétend être venu pour la paix tandis qu’un domestique ramasse discrètement les morceaux du mobilier derrière lui. Celle-ci est de ces nuits-là . Les chandelles brûlent bas, la fumée s’accroche aux poutres, les verres ont déjà changé plusieurs fois de propriétaire et quelque part entre deux dépêches un homme a découvert qu’une enquête fiscale pouvait servir d’artillerie lourde. Je suis Kleo, araignée, journaliste, Ministre de l’Information lorsqu’une administration exige un titre officiel et observatrice parfaitement impartiale lorsque la vérité exige quelqu’un de suffisamment courageux pour lui expliquer ce qu’elle voulait dire. J’ai huit yeux. Cela ne garantit pas que je voie tout. Cela garantit seulement que lorsque tout le monde détourne le regard je dispose encore de réserves.
Commençons donc par la Forêt de Jade, non parce qu’elle serait le centre du monde mais parce qu’elle travaille depuis plusieurs jours avec une application remarquable à convaincre le reste du Cybermonde qu’elle pourrait le devenir par simple accumulation de crises. On y parle de paix comme d’autres parlent de météo, très régulièrement et avec la même absence de pouvoir sur ce qui tombe réellement du ciel.
Aya Ravenloft défend sa province,
Fawomane Ravenloft défend le Paradigme,
Ruby Ravenmaid parade,
La Fée Du bien proclame que Jade ne sera jamais administrée par des étrangers et
La fée Tide résume la doctrine locale avec cette merveilleuse économie de syllabes qui consiste à préférer les casques verts aux casques bleus. En face
Jean-Messie de la Nation,
Ernst Blofeld VI,
Gronullos du paté,
Kether,
bob le kasque blue et bientĂ´t
Bladimir Bladimirovitch Mutin ont entrepris de démontrer qu’une paix durable exige parfois tellement de discours hostiles qu’il devient difficile de distinguer le dialogue d’un siège prononcé à voix haute. La ville d’Accalmie porte désormais son nom avec cette ironie délicate que l’Histoire réserve aux lieux où des militants carnivores se mettent en rébellion, où des émeutes éclatent dans la rue et où chacun continue malgré tout à employer le mot apaisement avec une gravité admirable.
Je voudrais attirer votre attention sur
Bladimir Bladimirovitch Mutin parce qu’il a trouvé une position idéologique d’une pureté presque artistique. Le Paradigme s’est perdu, dit-il, donc il faut retrouver l’éco-terrorisme. Voilà une phrase qui mérite d’être encadrée au-dessus d’une cheminée parce qu’elle possède l’élégance circulaire des grandes doctrines. On reproche aux Verts leur radicalité puis on leur reproche de ne plus être assez radicalement verts. On les accuse de fanatisme puis de trahison écologique. On les somme de dialoguer puis lorsqu’ils dialoguent on leur explique qu’ils parlent mal.
Bladimir ne se contente pas de critiquer le gouvernement paradigmien. Il vise
Aya, il vise
Fawomane, il réclame des fouilles sous l’hôtel de ville et il transforme la contestation politique en une sorte de grand ménage idéologique où chacun espère découvrir sous le tapis la preuve qu’il avait raison avant même d’avoir soulevé le tapis. Je ne lui reproche rien. C’est une méthode. Chez moi on appelle cela vérifier les conclusions avant de commencer l’enquête. Cela économise un temps considérable.
Mais avant de quitter Accalmie il faut parler de
Seraphiel Ravenloft parce qu’il est arrivé à ce pauvre homme ce qui arrive parfois aux figures publiques lorsque la politique décide qu’un simple adversaire ne suffit plus et qu’il faut aussi lui trouver un inventaire.
Jean-Ronaldoe de la Patrie avait déjà transformé la famille Ravenloft en divertissement avec sa Ravenloft Story et avait présenté Seraphiel comme un chef de clan suspect, kleptomane et mystérieusement peu compatible avec les chats. Seraphiel a protesté qu’il n’avait aucun problème avec les félins. Quelques heures plus tard il agressait un militant carnivore, perdait son poste de Procureur, se retrouvait recherché, affrontait
La Pacificatrice, attirait sur lui deux avis pour vol puis finissait arrêté à Structural. C’est là que
Patrick DePouch a apportĂ© Ă cette tragĂ©die le raffinement administratif qui lui manquait. Une enquĂŞte fiscale publique, un patrimoine Ă©talĂ© au grand jour, un redressement et surtout la dĂ©couverte de photographies Ă©rotiques numĂ©rotĂ©es consacrĂ©es Ă
Aya Ravenloft. À partir de cet instant la question n’était plus de savoir si Seraphiel avait correctement déclaré ses biens. La question était de savoir où étaient passés les numéros intermédiaires. Voilà comment fonctionne une civilisation. Elle commence avec un code fiscal et elle termine dans une cave à demander où sont les photographies deux à neuf.
Patrick DePouch a eu ici une intuition que je trouve admirablement confédérée. Il ne juge pas les goûts d’un homme. Il les redresse fiscalement. Il ne condamne pas une collection. Il l’expertise longuement avec des volontaires déjà très motivés. La Confédération Libre nous rappelle ainsi que la démocratie n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle possède un formulaire pour regarder dans vos placards. On pourrait s’indigner de la brutalité de la méthode mais ce serait oublier que Seraphiel a lui-même offert à ses adversaires une journée assez généreuse en arrestations, combats et soupçons pour remplir plusieurs dossiers. C’est d’ailleurs toute la grandeur de cette guerre étrange. Personne n’a plus besoin d’inventer entièrement les scandales. Il suffit d’attendre que l’adversaire fournisse le premier tiers puis d’ajouter les deux tiers de commentaire nécessaires pour en faire une vérité nationale. Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement. Je classerai leurs dénégations par ordre alphabétique avec le reste.
Voilà qui nous conduit naturellement au Royaume de Ruthvénie où l’on a réussi quelque chose de beaucoup plus difficile. Faire traverser la province par une onde de paix puis commencer presque immédiatement à démolir les prisons. J’aimerais que l’on mesure la beauté de l’enchaînement. À Ruthvenville les habitants perdent toute envie de se battre. Quelques minutes plus tard
Passe-Muraille entre dans le complexe pénitentiaire, tente de désarmer une alarme et se retrouve arrêté tandis qu’une succession d’attentats frappe les installations. Des salles s’effondrent, des victimes sont comptées et la prison devient progressivement ce que les architectes appellent généralement un souvenir.
Big R poursuit ensuite l’effort sur la Grande Centrale Thermique avec une telle constance qu’on pourrait croire qu’il souhaite vérifier personnellement chaque définition du mot structure. La paix ruthvène est donc un phénomène subtil. Elle supprime l’envie de combattre mais n’interdit manifestement ni les explosifs ni l’effondrement des murs. C’est une nuance juridique que je laisse aux spécialistes.
Restons un instant en Ruthvénie parce que la journée y gagne encore en grâce. Après les prisons et la centrale vient le fisc puisque
Mench0 frappe
Big R d’un redressement conséquent. Puis Mench0 traverse la Slavonie et reçoit de
K' Velzard une amende pour avoir troublé l’ordre public et surtout la sieste des Slavons. J’admire cette hiérarchie des valeurs. Les bâtiments peuvent sauter, les hommes peuvent finir derrière des barreaux et les royaumes peuvent s’invectiver mais il existe encore une ligne rouge sur le continent. On ne dérange pas la sieste slavone.
Passe-Muraille reçoit quant à lui le traitement le plus kralandais qui soit pour une retraite. On le place en prison, on le prépare comme un projectile puis
K' Velzard l’expédie vers l’Australine en présentant le voyage comme cinq jours de thalassothérapie tous frais payés avec billet aller simple. L’homme finit effectivement sur l’île prison après un long vol et annonce son départ vers d’autres aventures. Certaines nations offrent une montre à leurs retraités. Kraland offre une vitesse initiale.
Et comme le Royaume de Ruthvénie ne fait jamais les choses à moitié lorsqu’il s’agit de donner au destin une mauvaise idée supplémentaire
Ashélia de Hafnia légalise le matériel Bombe à titre expérimental pour permettre aux sujets de manifester leur joie par des feux d’artifice grandioses. J’ignore si la décision avait été précédée d’un regard vers les ruines fumantes de Ruthvenville. Je préfère croire que oui. Ce serait plus beau. Il faut une confiance immense dans l’humanité pour regarder une centrale éventrée et conclure que le problème du jour est probablement l’accès insuffisant aux gros engins pyrotechniques. La monarchie possède ce talent particulier pour transformer une imprudence en geste de couronne. Si demain quelqu’un fait disparaître une aile du palais dans un éclair magnifique il faudra au moins reconnaître que l’expérience aura produit des données.
Pendant ce temps la RépubliK de Kraland s’est livrée à cette activité traditionnelle qui consiste à changer suffisamment de fonctions en une journée pour que les cartes de visite deviennent une denrée stratégique.
Sophos a officialisé sa candidature au poste de Premier Ministre avec la Transparence, la démokratisation, le RTS et la promesse d’une communion nationale si complète que le gouvernement finira peut-être par connaître les pensées des citoyens avant qu’ils aient eu la maladresse de les formuler. Il m’a nommée Ministre de l’Information ce qui prouve que même les systèmes les plus bureaucratiques connaissent parfois de remarquables éclairs de discernement.
Zøra prend les Services Secrets.
K' Velzard devient Ministre de la Justice puis démissionne après avoir terminé sa mission de Tour Operator. À Gynerak une petite arène sort de terre tandis que les prisons accueillent des hommes qui se livrent aux autorités pour avoir tenté de tordre des poignées ou casser des antennes. Il existe des nations où l’on construit des institutions pour résoudre les problèmes. Kraland possède la délicatesse inverse. Nous produisons d’abord suffisamment d’institutions pour que les problèmes aient l’embarras du choix.
Je ne voudrais pas que l’on croie que je profite de ma nouvelle fonction pour enjoliver la RépubliK. Ce serait indigne. Je constate simplement que lorsque
Sophos promet la Transparence au moment même où le pays débat de programmes électoraux plus ou moins secrets et que ses adversaires lui reprochent d’être trop proche des Bruns tandis qu’il nomme une ancienne Brune à l’Information, la dialectique atteint un niveau de maturité où toute contradiction devient une ressource renouvelable. J’ai déjà commencé à réfléchir à la manière de l’indexer. Toute personne souhaitant déposer une objection peut naturellement contacter mon ministère. Nous déterminerons ensemble si son désaccord relève du pluralisme, de l’erreur ou d’une forme encore mal reconnue de Bonheur civique.
Le Khanat Elmérien offre de son côté un spectacle plus ancien, presque pastoral, si l’on accepte qu’un bureau de vote incendié soit une forme de feu de camp. Une partie des bulletins de l’élection présidentielle confédérée brûle et
Lippos Aliagas propose aussitôt des bulletins en kevlar avec cette logique impeccable qui consiste à résoudre le problème démocratique par la résistance balistique du papier. Voilà une réforme que je respecte profondément. On nous répète depuis des siècles que le vote protège le citoyen. Lippos propose pour une fois que le bulletin le fasse littéralement. Plus loin
Pigeon Ronron consolide son pouvoir en nommant
Valérane Lunatic à l’Intérieur et
ElberethKhanSeraven aux Services Secrets pendant qu’une rumeur particulièrement charitable met en doute la majesté de sa continence. Puis
May Billouziya, Ministre de la Justice, disparaît dans des circonstances où l’on distingue des chaussures de neige, du bambou, des allusions à des bombes et la promesse d’un prochain épisode de Sibéria Forever. Au Khanat même les enlèvements ont donc compris l’importance d’une bonne programmation.
Je m’arrête sur
May Billouziya parce que sa disparition résume à elle seule une grande partie de notre époque. Une ministre rentre à son bureau. Des bruits de pas approchent. Des mains la saisissent. Quelqu’un parle de bombe, d’incendie et d’une soirée du vendredi à ne pas manquer. Puis le récit se ferme sur une promesse de suite. Les vieilles monarchies auraient parlé de complot. Les démocraties auraient demandé une commission. Le Khanat transforme cela en feuilleton. C’est peut-être la forme la plus honnête de gouvernement que nous ayons vue aujourd’hui. Au moins personne ne prétend que le suspense est une procédure normale.
Hélénie pour sa part continue d’administrer la pauvreté avec une dignité remarquable.
Scarleit explique Ă
Sultan Omar Al Khaïd que toute la province ne récolte que soixante-seize pièces d’impôts et qu’elle-même n’est payée qu’une fois par semaine au mieux. Peu après une alerte à la bombe paralyse l’Hôtel de Ville avec un message rappelant que les statues et la plage sont appréciées mais que l’on attend toujours l’argent. C’est une relation budgétaire d’une grande limpidité. Le gouvernement explique qu’il est pauvre. Le créancier répond par l’explosif. Entre les deux
Scarleit trouve encore le temps d’entraĂ®ner un hĂ´tel entier dans une valse krakovienne et de remettre Ă
Simone Voile une Glorieuse Tétine pour avoir compris un message caché. Hélénie ne possède peut-être pas beaucoup de recettes fiscales mais elle possède une capacité presque insolente à transformer la précarité administrative en cérémonie.
Et puisque nous parlons de cérémonies je dois mentionner l’Empire Brun qui a choisi pour sa part de régler la question de l’information par une méthode d’une sobriété admirable.
Isotopine redéfinit le budget impérial et accorde zéro pour cent au Ministère de l’Information. Je pourrais prendre la chose personnellement si je travaillais encore pour eux mais je préfère y voir la confirmation tardive d’une doctrine que j’avais déjà observée. Dans les vieux films bruns l’information n’a jamais besoin d’un budget. Elle arrive gratuitement sous la forme d’un savant fou qui hurle dans un laboratoire pendant qu’une raffinerie explose derrière lui. L’Économie reçoit trente pour cent, la Guerre vingt et les Services Secrets dix. L’Information reçoit le silence. C’est une répartition presque poétique. Pendant ce temps
NOROGURA Jûzô accélère la construction de son centre pétrolier en Sicilia et
Lyanna de Nansay pousse la production de pétrole en Mystisie tandis qu’un filon d’or apparaît dans la même province. L’Empire Brun n’a peut-être pas financé son récit mais il finance très correctement ce qui pourra brûler dans le prochain acte.
Je voudrais pourtant terminer là où toute cette journée semble revenir malgré elle, à Accalmie. Parce qu’au milieu des arrestations, des campagnes de discours, des rebelles, des redressements fiscaux et des querelles de drapeaux il y a
Aya Ravenloft qui descend sous la forĂŞt pour nettoyer autour du cercueil de
Vixen Ravenloft, la changer, la peigner puis s’allonger un moment auprès d’elle simplement parce que sous terre on n’entend pas le vacarme de la surface. Voilà le genre de détail que les grandes doctrines oublient toujours. Les gouvernements additionnent des points de loyauté. Les ministres déplacent des frontières. Les propagandistes mesurent les mots. Puis quelqu’un descend dans un endroit silencieux pour prendre soin d’une morte et pendant quelques minutes toute la géopolitique redevient ce qu’elle est réellement, beaucoup de bruit au-dessus de gens qui essaient encore de tenir à quelqu’un.
Ne vous méprenez pas. Je ne deviens pas sentimentale. Ce serait désastreux pour ma réputation et probablement taxable dans plusieurs provinces. Je dis seulement que l’Histoire est une bête assez vulgaire lorsqu’on la regarde de trop près. Elle adore les uniformes, les budgets, les slogans et les grands mots. Pourtant ce sont souvent les gestes secondaires qui survivent le mieux dans les archives. Le casque bleu arrêté. La ministre enlevée. Le retraité lancé au canon. Le procureur transformé en dossier fiscal. Le Premier Ministre qui promet la communion des cerveaux. La gouverneure qui descend faire la poussière auprès d’une morte. Et quelque part au milieu de tout cela une araignée prend des notes en prétendant ne favoriser personne.
M’enfin, vous écoutiez Radio Nécrotoile. Je suis Kleo et je continuerai naturellement à défendre la vérité avec toute l’impartialité nécessaire pour qu’elle finisse par être d’accord avec moi. Les intéressés peuvent venir nier, préciser, protester ou apporter les pièces manquantes.
Patrick DePouch peut expliquer pourquoi une enquête fiscale ressemble désormais à une opération militaire.
Seraphiel Ravenloft peut venir nous dire où sont passées les photographies deux à neuf.
Big R peut détailler sa conception de l’urbanisme ruthvène.
Pigeon Ronron peut répondre aux rumeurs qui offensent sa majesté corporelle.
Sophos peut nous assurer que le RTS respectera parfaitement la vie privée dès qu’il aura fini de connaître les moindres replis de notre cerveau. Les témoins anonymes, les coupables très visibles et les innocents suffisamment malchanceux pour avoir été remarqués sont également invités à se manifester.
Les lignes restent ouvertes. Les archives aussi. Et contrairement aux bâtiments de Ruthvenville elles tiennent encore debout.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.