posté 19/08 (00:42)
Mesdames, Messieurs,
Mon premier avis a été entendu. Je m'attendais pourtant à l'indifférence polie que l'on réserve aux vieillards qui parlent de savoir-vivre.
Sa Majesté a placé la Ruthvénie à la pointe de la lutte. J'émettrai une seule réserve. On me propose d'atomiser les serfs. Le procédé est ingénieux, l'intention généreuse. Mais nous ne supprimerions point la sueur, nous la parfumerions. L'odeur n'est que la partie du problÚme qui se remarque. Un serf parfumé qui transpire reste un serf qui transpire, et nous n'aurons fait que le rendre plus difficile à détecter.
Rafraßchissons-le. Cela coûtera plus cher et durera plus longtemps.
Du péril intérieur
J'en viens Ă ce qui m'oblige Ă rendre cet avis.
Le Ministre de la Recherche du Royaume, dont je salue la nomination et dont je ne doute point du zÚle, a proposé publiquement, comme mesure transitoire, LA CHEMISE à FLEURS SANS MANCHES.
Mon premier avis établissait que la chemisette est une capitulation vestimentaire. J'ai rejeté le lin. J'ai rejeté le maillot de bain. J'ai bravé pour cela des autorités domestiques devant lesquelles des hommes plus jeunes et plus solides que moi auraient plié.
Et voilĂ qu'un ministre de mon propre Royaume propose d'y ajouter des fleurs.
J'ai consacrĂ© une allocution entiĂšre Ă dĂ©noncer le dĂ©vĂȘtement paradigmien. Je dĂ©couvre que le Paradigme, au moins, se dĂ©nude sobrement. Nous, nous allions le faire Ă motifs.
Je ne mets nullement en cause la loyautĂ© de Monsieur Tronik, ni son intelligence. Je dis que le pĂ©ril n'Ă©tait point oĂč nous le cherchions. On surveille les frontiĂšres, et la chemisette entre par un ministĂšre ruthvĂšne.
Quant Ă ses robots, qu'il veut doter de modules de transpiration pour qu'ils ne fassent point honte aux bonnes gens : Monsieur le Ministre, vous n'avez pas rĂ©solu le problĂšme, vous l'avez RĂPARTI.
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RAPPEL à LA TENUE N° I
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On connaßt de l'Arbitrage qu'il décore. On sait moins qu'il inscrit.
La médaille des Bonnes ManiÚres récompense ceux qui honorent le savoir-vivre. Il fallait son pendant. Un arbitre qui ne saurait que féliciter n'est pas un arbitre, c'est un convive. J'institue donc le RAPPEL à LA TENUE.
Le premier est adressé à Monsieur Gilbert Tronik, Ministre de la Recherche du Royaume de Ruthvénie, pour avoir recommandé publiquement la chemise à fleurs sans manches.
La premiĂšre sanction de l'Arbitrage frappe mon propre Royaume, et je l'ai voulu ainsi. On m'aurait reprochĂ© de commencer par le Paradigme. On ne me reprochera pas de commencer par moi-mĂȘme.
Le Rappel à la Tenue n'emporte ni amende ni retenue sur les gages. On peut le lire au matin et déjeuner de bon appétit.
Il est simplement INSCRIT.
Il figurera au registre de l'Arbitrage, Ă la date de ce jour, sous le nom de son destinataire. Il y figurera quand nous serons tous morts, Monsieur le Ministre, vous, moi, et vos robots. Un jour, dans deux cents ans, un archiviste ruthvĂšne cherchera tout autre chose, ouvrira le mauvais volume, et tombera sur votre nom.
Il lira : Gilbert Tronik. Chemise Ă fleurs. Sans manches.
Et il refermera le registre en pensant qu'il devait bien faire chaud, cette année-là , pour qu'un homme en arrive à de telles extrémités.
VoilĂ toute la peine, et elle dure.
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W. von A.-B.Gardien hĂ©rĂ©ditaire des Ătangs