posté 17/08 (16:38)
Adressé aux porteurs du projet péages et enclos pour la nature,
Vous avez posé vos jalons. Vous avez envoyé vos mots, puis vos hommes, puis vos plans. Et la terre n'a pas plié.
On ne prend pas possession d'un ruisseau en marchant dedans. On peut y boire, on peut y puiser, on peut s'y reflĂ©ter â mais on ne le retient pas dans un poing fermĂ©. L'eau glisse entre les doigts de qui croit la possĂ©der, et continue son chemin vers la mer, indiffĂ©rente aux drapeaux qu'on plante sur ses berges. Vos tentatives ont Ă©chouĂ© non parce que nous avons Ă©tĂ© plus forts que vous, mais parce que vous vous ĂȘtes attaquĂ©s Ă quelque chose qui, par nature, ne se laisse pas saisir.
La nature ne se dompte pas. Elle se respecte, ou elle vous échappe.
Alors Ă©coutez ce que la ForĂȘt de Jade a dĂ©cidĂ©, dans le silence qui a suivi vos annonces et vos prĂ©avis : le peuple de Jade, uni souhaite demeurer au Paradigme Vert. Ce n'est pas un dĂ©fi lancĂ© pour blesser votre orgueil. C'est un fait, simple comme une racine qui tient bon dans la terre. Chaque peuple a le droit de disposer de lui-mĂȘme. Ce droit ne se nĂ©gocie pas depuis un bureau lointain, il ne s'Ă©crit pas sur une carte qu'on trace, il ne se dĂ©cide pas Ă la place du vivant, par ceux qui n'ont jamais mis les pieds sous nos arbres. Une appartenance, ça se vit, ça se choisit, ça pousse depuis l'intĂ©rieur â jamais ça ne s'impose depuis l'extĂ©rieur.
Et s'il fallait une seule preuve que ce choix est le bon, la voici : c'est la nature elle-mĂȘme qui unit notre peuple. Pas un dĂ©cret, pas une frontiĂšre, pas un pĂ©age. Les mĂȘmes eaux nous traversent, les mĂȘmes saisons nous Ă©prouvent, les mĂȘmes racines nous nourrissent. Ce lien-lĂ ne s'achĂšte pas et ne se conquiert pas. Il se cultive, ensemble, depuis toujours.
Mais entendez aussi ceci, car nos mots ne sont pas faits que de refus.
La porte que vous avez tentĂ© de forcer n'a jamais Ă©tĂ© verrouillĂ©e pour de mauvaises raisons. La ForĂȘt de Jade n'a jamais eu besoin de mur pour ĂȘtre elle-mĂȘme, et elle n'a jamais refusĂ© d'accueillir ceux qui viennent en paix plutĂŽt qu'en conquĂ©rants.
DĂ©posez les cartes redessinĂ©es. DĂ©posez les pĂ©ages et les prĂ©avis. Venez plutĂŽt comme on vient chez un voisin â sans plan de division en poche â et vous trouverez porte ouverte, eau claire, et place Ă notre table.
Nos idéaux ont tenu sous vos tentatives. Ils tiendront aussi sous une main tendue, si elle est sincÚre.
La ForĂȘt de Jade reste elle-mĂȘme â vivante, libre, et pas seule si vous choisissez, enfin, de marcher Ă son rythme plutĂŽt que de vouloir le lui imposer.
La forĂȘt parle peu. Mais elle a dĂ©jĂ rĂ©pondu.
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Membre de la communautĂ© des fĂ©es de la ForĂȘt de Jade,
Fée de la beauté et
des plaisirs