Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet
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posté 16/08 (23:15)

16 Aout 6662026
Émission spécialeSpoiler
Ce soir Radio Nécrotoile parle moins fort. Pas beaucoup moins fort, n’exagérons rien, nous avons une réputation et les morts eux-mêmes ont droit à une régie convenable. Mais suffisamment pour que les chandelles de la Nécropole aient quelque chose à éclairer. Syphilys est partie.
Elle chantait les tombes avec l’autorité professionnelle de quelqu’un qui savait que la terre n’est pas toujours la dernière page. Elle chantait le froid, la faim, la pourriture, la mémoire qui s’effrite et cette merveilleuse escroquerie qu’on appelle l’éternité quand on veut la vendre à des vivants. Elle regardait les autres partir. Elle gardait les noms. Elle voyait les bougies s’éteindre les unes après les autres et elle restait là , monument mal élevé d’un monde qui continuait sans demander son avis. Il y avait dans son regard cette colère particulière de ceux qui ne craignent plus tellement la mort mais qui connaissent intimement le prix de l’absence. C’est peut-être pour cela qu’elle faisait autant de bruit. Car enfin, il faut parler de la Syphilys que beaucoup ont réellement connue et celle-là n’avait rien d’une apparition silencieuse drapée dans les brumes romantiques d’un cimetière darkikou. Elle possédait la Léprochienne. Elle était capable de transformer un conflit politique en chanson obscène puis une chanson obscène en argument politique.
Elle était radine. Je crois que nous pouvons le dire aujourd’hui sans provoquer d’incident diplomatique. Elle aimait l’argent. Elle le disait. Elle le chantait. Elle le défendait. Elle avait épousé Zyor Mawi, magnat de l’immobilier, et certaines de ses chansons auraient probablement suffi à établir devant n’importe quel tribunal que l’amour véritable existe à condition de disposer d’un portefeuille assez séduisant.
Un orphelinat, puis la misère a Santa Banana. Une première mort. Des rues où la décence et l’argent occupaient davantage l’esprit que les nobles principes. Elle disait avoir fait des choses que le commun des mortels aurait probablement qualifiées d’immorales et précisait avec ce sérieux délicieux qui était le sien que sa pire addiction consistait à voler les portefeuilles de ses victimes après les avoir dévorées.
Mais ce serait une erreur de se souvenir que de la femme qui mordait. Il y avait cette reine de la tombe vide qui suppliait qu’on la déterre parce qu’elle était encore consciente sous la terre. Il y avait cette immortelle qui regardait les noms disparaître du marbre et maudissait ceux qui avaient la chance de pouvoir mourir. Il y avait cette femme épuisée qui ne voulait plus qu’on la réveille et laissait ses souvenirs tomber en poussière. Il y avait cette créature bannie qui courait dans la nuit en sachant que le monstre que les autres craignaient vivait en elle. Il y avait aussi celle qui rêvait de noir et de blanc parce que toutes les couleurs lui semblaient fausses et qui finissait pourtant par reconnaître qu’elles continuaient à vivre en elle.
Je ne vais pas prétendre qu’elle était douce lorsqu’elle était capable d’être atroce. Je ne vais pas dire qu’elle méprisait l’argent alors qu’elle aurait probablement essayé de faire payer l’entrée de sa propre veillée si quelqu’un lui avait laissé dix minutes de plus.
Il y aura des lanternes devant la Nécropole. Il y aura des fleurs. Il y aura des messages écrits parce que le silence est demandé et je reconnais que demander le silence à ceux qui ont connu Syphilys possède déjà une certaine valeur artistique. Plus tard il y aura de la tequila à la Léprochienne. Cela me semble approprié. Pas parce qu’il faudrait boire pour oublier. Toute son œuvre semble précisément dire le contraire.Il faut boire pour se souvenir !
Se souvenir de la liche qui redoutait l’oubli.
Se souvenir de celle qui chantait qu’un prénom pouvait parfois refuser de mourir.
Alors ce soir, pour une fois, nous allons lui donner raison !
Son nom est Syphilys !
Et non, il ne s’efface pas encore !
Pas ce soir !
Tequila !
C’était Kleo pour Radio Nécrotoile.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.