Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet
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posté 13/08 (01:53)

12 Aout 6662026
Spoiler
Bonsoir à vous qui écoutez derrière les volets clos, dans les tavernes où le vin a déjà remplacé le jugement et jusque dans les palais où l'on prétend encore que les tentures épaisses empêchent les nouvelles d'entrer. Ici Radio Nécrotoile. Devant moi les dorures anciennes reflètent à peine la flamme des chandelles et les crânes alignés sur la corniche ont cette expression délicieuse des conseillers politiques une fois qu'ils ont enfin cessé de parler.
Dehors le Cybermonde s'agite avec cette conviction admirable que les catastrophes deviennent des institutions dès qu'on leur donne un titre officiel. Les royaumes s'effondre avec dignité. Les républiques font faillite avec méthode. Les démocraties facturent la paix. Les écologistes changent de régent comme d'autres changent de bottes après la boue. Et l'Empire Brun observe tout cela avec la sérénité d'une vieille forteresse dont les caves contiennent à la fois des dossiers compromettants et probablement quelque chose qui respire encore. Je précise comme toujours que cette émission est parfaitement impartiale. Ceux qui prétendent le contraire sont libres de venir fournir leurs preuves. Je les examinerai avec toute l'ouverture d'esprit dont je suis capable avant de les classer dans le tiroir réservé aux erreurs manifestes.
Commençons par la Mystisie car il serait inconvenant de faire attendre un démon lorsqu'il vient précisément de prendre le pouvoir pour reprocher à quelqu'un d'autre de ne pas bouger assez vite.
Ombre Machiavélique a donc regardé le fauteuil de gouverneur vacant puis l'Empereur
Octave Sombrefer puis probablement son cigare et il en a déduit qu'il manquait au paysage un coup d'État. Le raisonnement est limpide. Chez nous la politique ne naît pas toujours d'une doctrine. Parfois elle naît d'un démon vexé qui baptise son impatience Plan© et la fait monter l'escalier administratif avec des sabots.
Ombre Machiavélique a annoncé sa trahison ascendante avec le sérieux d'un architecte présentant les fondations d'une cathédrale alors que les démons autour de lui tenaient encore les pelles. L'objectif déclaré était de tirer
Octave Sombrefer de son immobilisme et la prochaine marche promise portait le nom de
Don Amortel. Il faut reconnaître à Ombre une qualité dont beaucoup de gouvernements manque cruellement. Quand il menace quelqu'un il donne le programme à l'avance. Cela économise les commissions d'enquête.
Ce qui rend l'affaire admirable n'est pas qu'un démon ait pactisé avec des démons pour accéder au pouvoir. Ce serait comme révéler qu'un poisson a été surpris humide. Ce qui mérite notre attention est la morale nouvelle que l'on tente d'y accrocher. Le Pacte Démoniaque serait soudain une preuve suspecte dans un Empire qui a depuis longtemps cessé de demander aux puissances obscures leurs certificats de bonne conduite. Je voudrais attirer votre attention sur ce détail car les nations étrangères adore cette habitude qui consiste à découvrir nos méthodes seulement lorsqu'elles produisent un résultat. Tant que les démons restent dans les caves ils sont un folklore. Lorsqu'ils prennent un bureau ils deviennent un problème constitutionnel. L'hypocrisie est un meuble merveilleux. On peut le déplacer dans toutes les pièces sans jamais admettre qu'on le possède.
Et puis
Don Amortel a fait ce que font les hommes qui se découvrent personnellement concernés par un Plan©. Il a annoncé qu'il arrivait. La formule était brève mais l'intention assez claire pour traverser Mystisie sans escorte.
Silas des Sables a entre-temps reçu la préfecture de police. Voilà une décision qui possède une élégance presque médicale. Quand un démon s'empare d'une province il confie l'ordre public à un docteur qui connaît déjà assez bien les traumatismes pour reconnaître les symptômes avant les cris. Quelques heures plus tard
Octave Sombrefer a finalement paru à la Lampe du Génie. Ceux qui pense que l'Empereur dort n'ont donc plus qu'à corriger leur théorie. Il bouge. Lentement peut-être. Avec un sens de l'entrée qui a visiblement déçu
Ombre Machiavélique. Mais il bouge. Et dans la Basilique de Naar où
Lyra du Hautbois
Renato M. et votre servante avaient déjà respiré une atmosphère suffisamment hostile pour faire cailler du sang frais la rencontre a pris ce parfum très brun de cérémonie diplomatique où l'on hésite encore entre la négociation et l'exorcisme.
Il y a même eu dans cette affaire une leçon que je tiens à conserver pour les générations qui auront la mauvaise idée de nous survivre.
Ombre Machiavélique a lui-même découvert qu'un pacte démoniaque réclame toujours son prix. Je ne développerai pas davantage par charité journalistique. Disons seulement que certains témoignages ont permis de mieux comprendre son intérêt pour les cordes et qu'une réputation peut perdre beaucoup de sa majesté en très peu de nœuds. Le pouvoir possède cette propriété délicieuse de transformer les secrets privés en métaphores nationales. Hier encore on pouvait craindre le grand démon. Aujourd'hui il faut toujours le craindre mais il devient difficile de ne pas imaginer les tentacules administratifs avec un léger sourire. Les concernés peuvent naturellement venir nier. Ce serait même utile. Les archives retiendront plus volontiers une indignation bien formulée qu'un silence honteux.
Mais avant de quitter la Mystisie arrêtons-nous un instant à Abandon. Un bâtiment tout en courbes et en cornes y a surgi du sable sous l'impulsion d'
Ombre Atonique. Une scène. Des instruments. Une fosse. Quelque chose qui ressemble fort à un grand lieu de spectacle consacré à Naar. Ainsi donc au moment même où un démon prend le gouvernorat pour forcer l'Empereur à agir un autre élève dans le désert ce qui pourrait devenir un temple du vacarme. C'est peut-être cela finalement la doctrine brune dans sa forme la plus pure. Quand le monde réclame de la stabilité nous construisons une salle de concert sur du sable et nous nommons un démon à la police. Puis nous attendons que les voisins expliquent pourquoi leurs modèles sont plus rationnels.
Voilà qui nous conduit naturellement à Sicilia où l'on a choisi une autre méthode de gouvernement. Là -bas
NOROGURA Jûzô a réduit la taxe foncière après ce qu'il décrit comme des manipulations canines destinées à financer une prime auto-versée. Rien que cette phrase devrait être enseignée dans toutes les écoles d'administration. Ailleurs on parle de doctrine fiscale. À Sicilia on identifie le chien on descend la taxe et on retourne agrandir les centres de production.
NOROGURA Jûzô a déjà sorti quatre mille de sa poche et demande donc un effort général temporaire. C'est brutalement compréhensible. Je sais que cette qualité choque encore certaines chancelleries.
Et puisque nous parlons d'argent restons encore quelques instants en Empire Brun.
Kramara Kisugi poursuit une expérience économique dont la subtilité pourrait tenir sur la lame d'une hache. Les provinces travaillent. Les citoyens travaillent. Les coffres se remplissent. Ceux qui ne travaillent pas découvrent progressivement que leurs BURNES constituent une assiette fiscale parfaitement exploitable. Il fallait y penser. Les taux provinciaux ont été écrasés à dix pour cent et l'effort a été déplacé vers les poches privées avec cette promesse simple que les provinces ayant besoin d'argent viendront le demander directement. Pas de pèlerinage administratif. Pas de gouverneurs condamnés à mendier trois pièces devant quatre ministères. On travaille. On paie. On produit. Et quand une province a besoin de blé
Kramara Kisugi ouvre le coffre.
Elle vient maintenant d'ouvrir les vannes d'un nouveau chantier afin d'ajouter deux ailes au Ministère de l'Économie. Des planches. Des carreaux. Des briques. Des barres de métal et des bras. On pourrait croire à une simple construction si l'on ne connaissait pas la philosophie de la maison. Plus vous produisez plus on vous rembourse les frais de tonte. Moins vous produisez plus
Kramara Kisugi vous regarde comme une prairie qui aurait oublié pourquoi elle possède de l'herbe. C'est une politique admirablement honnête. Je ne prétends pas que tout le monde l'aimera. Les moutons apprécient rarement les grands réformateurs de la laine.
Je compare simplement cette méthode avec ce que nous verrons dans un instant chez nos voisins. En Empire Brun la ministre vous annonce qu'elle va vous tondre et vous montre le chantier financé avec la tonte. Ailleurs on vous explique que votre monnaie vaut soudain moins parce que la science avait besoin d'amour. C'est toute la différence entre la vieille série B et le grand discours administratif. Chez nous le monstre entre par la porte avec la hache visible. Chez eux il vous demande d'abord de signer le reçu.
Pendant que Sicilia remettait ses comptes à une hauteur moins canine et que
Kramara Kisugi préparait ses nouvelles ailes le Royaume de Ruthvénie poursuivait son grand art national qui consiste à transformer chaque changement de fonction en cérémonie dynastique et chaque remboursement en geste de civilisation.
Dame Démerzel a installé
Sir McRabbit aux Affaires Étrangères en saluant l'artisan de l'alliance avec la République de Kraland. Le lapin avait auparavant quitté son ambassade avec émotion puis rejoint le Royaume avec deux cent cinquante-six enfants et suffisamment de traditions moldaves pour peupler un petit duché. Il faut une monarchie pour accueillir pareille phrase sans faire tomber les lustres. Dans une république on aurait créé trois formulaires et perdu deux enfants au guichet. En Ruthvénie on remercie la Grande Déesse et on cherche immédiatement un titre.
La Reine a dans le même mouvement fait ce que font les souverains lorsqu'ils désirent prouver que la poésie n'empêche pas la comptabilité. Elle a attribué l'écrasante majorité du budget au Ministère de l'Économie et presque rien au reste. Les affaires étrangères est ainsi confiées Ã
Sir McRabbit avec un budget qui a la délicatesse d'une enveloppe vide. Ce n'est pas contradictoire. C'est aristocratique. Un vrai diplomate ne demande pas d'argent. Il a des manières. Le Ministère de l'Économie lui a d'ailleurs donné une démonstration plus concrète du pouvoir en versant cinq mille Couronnes aux Karaïbes afin de réparer les dégâts de guerre subis autour du Duck Palakoin. En Ruthvénie la générosité se pratique comme le duel. Avec témoins avec discours et avec la certitude que quelqu'un racontera ensuite que l'honneur fut sauf.
Au Valégro la paix a pris une forme encore plus rare. Une baisse d'impôt. Le taux sur les revenus a chuté de soixante à vingt-cinq pour respecter la convention conclue. Voilà qui mérite une minute de recueillement. Les traités de paix promettent d'ordinaire la sécurité la coopération et quelques frontières qu'on recommencera à discuter dès que l'encre sera sèche. Ici quelqu'un a pensé à la poche des habitants. Cela ne prouve pas que la monarchie soit devenue raisonnable. Cela prouve seulement qu'elle possède parfois des accidents heureux.
Mais la véritable œuvre d'art se trouvait aux Karaïbes avec
Golgoth Landraël II et
Wenceslas von Altheim-Blatnoï. Le premier a usurpé le second comme comte afin de conclure une enquête dans laquelle le principal bénéficiaire de l'innocence proclamée était lui-même. Les preuves manque peut-être mais l'élégance abonde.
Golgoth Landraël II a établi que le mystérieux homme roux accusé d'affaires suspectes près d'une mare ne pouvait raisonnablement se trouver à deux endroits à la fois. Radio Nécrotoile avait d'ailleurs contribué à cette vérité scientifique dont je suis heureuse de constater l'usage institutionnel. Une fois blanchi par son propre raisonnement
Golgoth Landraël II a repris le comté puis nommé
Wenceslas von Altheim-Blatnoï commissaire de police. Peu après il s'est accordé une prime de deux cent cinquante Couronnes en traitant une doléance déposée par un certain Monsieur Golgoth. Certains appellent cela un conflit d'intérêts. Je préfère parler d'administration circulaire. Rien ne se perd. Tout revient au même contribuable.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï a ensuite quitté la police avant d'être élevé par
Dame Démerzel à la fonction d'Arbitre des Élégances. C'est probablement le seul royaume capable de répondre à une crise de police par une promotion esthétique. Je m'incline. Il existe des civilisations qui cherchent un juge impartial et d'autres qui cherchent quelqu'un capable de dire si l'accusé portait correctement son manteau. Les Ruthvènes se croit tragiques. Ils sont surtout extrêmement organisés dans leur théâtre. Toute personne désirant contester cette lecture est invitée à le faire avec une tenue correcte.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï pourrait sinon devoir intervenir.
Quittons les ors ruthvènes pour la République de Kraland où le collectivisme a encore prouvé qu'il pouvait prendre n'importe quelle forme à condition qu'on l'imprime sur un ordre officiel.
Logan Komikov a dévalué la monnaie et prélevé par la même occasion cinq pour cent des liquidités de chaque citoyen afin de générer plus de douze mille FK. Neuf mille ont aussitôt été dirigés vers la Recherche. La République ont donc inventé une merveilleuse opération alchimique où chacun perd un morceau de son portefeuille afin que les savants gagnent un laboratoire. C'est du progrès. Si l'expérience échoue les chercheurs pourront toujours étudier la colère populaire.
Le plus beau est que
Jay Padbol s'est présenté peu après pour louer la stabilité républicaine face au chaos du reste du monde. Monarchies instables coups d'État ailleurs gouverneurs éjectés régences en désordre. La République seule se dressait contre le chaos. Puis son discours a rencontré un ennemi plus dangereux qu'une armée. La réalité budgétaire.
Jay Padbol a dû admettre que la prospérité n'était peut-être pas tout à fait financière et que la monnaie avait été dévaluée assez de fois pour rendre bientôt le fenouil digne d'une brouette. Je n'aurais pas osé écrire mieux moi-même. La propagande est un art sublime lorsqu'elle se dément toute seule avant la fin du paragraphe. Il faut que chacun comprennent ici une chose essentielle. La République ne ment pas. Elle annonce simplement sa victoire avant d'avoir vérifié si le champ de bataille existe encore.
La politique a de son côté pris l'allure d'une procession de soutiens de rumeurs de primes et de policiers que l'on applaudit avec la ferveur réservée d'ordinaire aux reliques.
Jean-Messie de la Nation a changé la préfète de police et installé
Ernst Blofeld VI.
Henri St Misles a reçu des louanges si nombreuses qu'on aurait pu croire ses anciennes taxes devenues des œuvres de charité. Une partie des habitants se souvenait pourtant fort bien d'un chiffre dépassant dix-huit mille ¢¢ et réclamait le goudron les plumes et son renvoi.
Karen Vanderbilt a donné à cette mémoire une voix particulièrement nette. Quelques heures plus tard d'autres habitants louaient encore
Henri St Misles et l'exhortaient à agir contre les violences faites aux femmes. La politique humaine possède cette grâce. Deux foules peuvent regarder le même homme et y voir à la fois le pillard fiscal et le dernier rempart de la civilisation. Chez les araignées nous appelons cela une toile mal tendue. Chez les humains cela s'appelle une coalition.
La Confédération Libre observait tout cela avec son éternelle certitude que chaque principe démocratique devient plus noble lorsqu'il produit une recette.
Patrick-Lamulle DePouch a présenté sa Zone comme une industrie de la paix où visas péages et tronçons neutres rempliraient le Trésor assez généreusement pour permettre de diminuer l'impôt intérieur et de doubler la Recherche. C'est remarquable. La paix n'est plus un idéal. C'est un guichet. Je ne critique pas. Au contraire. Il fallait du génie pour découvrir que la neutralité pouvait avoir un tarif et qu'un casque à l'entrée d'une route faisait soudain pousser la démocratie comme du lierre sur une caisse. Les chercheurs coûte cher mais la Confédération a trouvé qui paiera. L'étranger. Voilà enfin une doctrine universelle.
Pendant ce temps le Khanat Elmérien démontrait qu'il n'avait nul besoin d'une Zone pour transformer la contradiction en tradition.
Tai'Chy a lancé presque dans le même souffle une recherche destinée à moraliser la vie politique et une autre visant à fabriquer des navires de guerre plus puissants. Je trouve l'association exquise. D'une main on améliore l'éthique. De l'autre on améliore les missiles. Si jamais la première échoue la seconde permettra au moins d'expliquer calmement le concept aux voisins. Les ministres semble persuadés que transparence responsabilité blindage et domination maritime appartiennent à la même famille. Ils ont peut-être raison. Après tout un gouvernement parfaitement moral a besoin d'un canon assez gros pour empêcher les mauvaises interprétations.
Lippos Aliagas a donné à cette recherche sur la morale un terrain expérimental immédiat. Il a tenté d'usurper le Grand Khan
Pigeon Ronron tout en expliquant qu'il fonctionnait à trente-quatre pour cent d'un potentiel personnel qu'il évalue lui-même à deux cent cinquante pour cent. L'ambition était donc mathématiquement inévitable. L'usurpation a échoué.
Lippos Aliagas a perdu son poste et s'est retrouvé recherché puis emprisonné. Quelques instants plus tard il est sorti de prison et a utilisé ses talents diplomatiques pour devenir Khan de Bouletie. Il s'est ensuite mis à soutenir la Confédération Libre avec l'enthousiasme souple d'un homme dont la carrière tient davantage de la balle lancée dans un escalier que de l'ascension administrative. Les puissants croit souvent qu'un échec les ralentit.
Lippos Aliagas démontre qu'il suffit parfois de changer de porte.
La Capsulie n'a pas voulu rester en retrait.
Ronald Pompe s'y est installé s'est recommandé lui-même est devenu intendant a ordonné à tout le monde de travailler puis a perdu son poste pour avoir tenté d'uriner sur la statue du bourgmestre. Je pourrais analyser longuement la symbolique. Je ne le ferai pas. Certaines institutions se défendent très bien toutes seules. Disons seulement que le Khanat cherchait le matin à moraliser la vie politique et qu'avant midi l'un de ses intendants transformait un monument public en argument hydraulique. C'est une rapidité de mise à l'épreuve que nos laboratoires envieraient.
Restons au nord mais passons au Paradigme Vert où Sibéria a offert un spectacle de succession assez dense pour faire paraître une forêt naturelle plus facile à administrer.
Saphir Ravenmaid a quitté le gouvernorat en espérant enfin se reposer. Mauvais calcul.
Fawomane Ravenloft a été propulsée à la tête de la province puis
Cassandra a préparé sa propre succession tout en essayant de s'assurer qu'il serait encore là au moment où celle-ci aurait lieu. Ensuite les nominations se sont croisées les fonctions ont changé de mains et
Cassandra s'est retrouvé gouverneur de Sibéria au moment même où il protestait qu'il parlait seulement d'un successeur.
Saphir Ravenmaid qui venait à peine de croire à ses vacances s'est retrouvée bourgmestre de Garinaville et a résumé la situation avec la lassitude d'une sainte à qui l'on aurait rendu son auréole sous forme de dossier.
À cela s'est ajoutée
Cassandre Lemage Ruthven qui a perdu son poste de bourgmestre pour avoir tenté le même genre d'hommage liquide à une statue que
Ronald Pompe en Capsulie. Il faut croire qu'une doctrine internationale est en train de naître. Puis
Cassandre Lemage Ruthven a quitté la prison est revenue à Garinaville et s'est présentée de nouveau aux élections en défendant notamment la poursuite d'un réchauffement climatique local et la présence elmérienne obtenue selon elle par le sang les fluides et de bonnes routes. Au même endroit une cage a été construite puis immédiatement couverte d'un graffiti appelant à brûler les prisons.
Je ne vais pas prétendre que tout cela est incohérent. Ce serait injuste envers l'incohérence qui mérite des critères plus stricts. Le Paradigme fonctionne plutôt comme une forêt après l'orage. Les branches tombent. Les racines changent de direction. Quelqu'un devient régent par accident. Quelqu'un d'autre devient gouverneur en protestant. Puis au matin tout le monde vous explique que l'écosystème a trouvé son équilibre naturel. Ceux qui veulent défendre cette transition pourront naturellement appeler. Je demande simplement qu'ils sachent quel poste ils occupent au moment de prendre la parole. Cela nous évitera de devoir corriger le carton pendant l'entretien.
Mais toute cette agitation terrestre paraît presque raisonnable lorsqu'on regarde vers la Bananie où le Cruisader a décidé que la géographie elle-même était une suggestion. Le navire a quitté l'Hélénie après que
Al-ma' eut détruit une foreuse devenue inutile. Selon elle le bâtiment n'a plus besoin de pétrole puisqu'il serait désormais alimenté par le Diocèse des Bisous. Une infirmerie a été lancée à la place puis le Cruisader a pris la direction du nord-est et s'est retrouvé en Bananie. Je répète ces faits avec gravité parce que personne ne doit croire que j'invente. Un navire de guerre alimenté par les bisous a quitté une province rebelle et s'est installé sur le territoire du Khanat tandis que plusieurs occupants se faisaient attaquer par des assassins des Sbleunes et diverses créatures. Les vieux traités maritimes n'avaient probablement pas prévu cette clause.
Mousse Haillons avait auparavant forcé la levée du couvre-feu au nom du droit sacré à recevoir de la visite et à montrer ses moutons.
Shana Al-Khaïd a de son côté déclaré le soutien de sa famille au navire et à son équipage légitime tout en promettant à la Sainte Inquisition une longue dette et des intérêts particulièrement discriminatoires.
Golgoth Landraël II
Sophos
Comète
Kath Khanova
Dorian
makao et plusieurs autres se sont retrouvés à bord dans une ambiance où l'hostilité semblait parfois plus stable que le cap du navire. Puis
Comète a inspecté le bâtiment et constaté qu'il avait réussi à se déplacer avec ses réserves de mazout à sec.
Sophos a évoqué les courants et la télékinésie. Naturellement
Comète en a conclu que le scientifique le plus brillant de sa génération venait de reconnaître un miracle et que la Grande Déesse annonçait son retour. C'est précisément pour cela que les savants devraient toujours répondre par écrit. Une hypothèse prononcée devant un prophète devient une religion avant la fin de la phrase.
L'affaire s'est encore améliorée lorsque
Cassandre Lemage Ruthven a demandé si cette grande savonnette armée possédait toujours des canons capables de faire fondre la glace de Bananie. Je résume sa préoccupation avec toute la dignité possible. Les tourelles auraient-elles été privées de leur virilité par une déesse bleue peu tolérante envers les symboles phalliques trop dangereux. La question demeure. J'attends avec le même sérieux qu'elle une éventuelle démonstration sur la banquise. La science exige parfois des sacrifices. La banquise du Khanat me semble toute désignée.
Plus tard le Cruisader avait déjà commencé à se comporter moins comme un cuirassier que comme une croisière possédée par un saint patron de l'alcool. La Bananie n'a rien demandé. C'est généralement le signe qu'elle va recevoir quelque chose. Ce qui me fascine ici n'est pas la question de savoir qui possède juridiquement le Cruisader. Les hommes adore la propriété surtout lorsqu'ils peuvent la définir après être montés à bord. Ce qui m'intéresse est l'extraordinaire capacité des gouvernements à transformer un bateau en traité international flottant. Pour les uns il s'agit d'un patrimoine seelien. Pour les autres d'une croisière de luxe. Pour d'autres encore d'un outil militaire. Et pour
makao c'est surtout un excellent moyen d'arriver en Bananie avec la perspective d'une liqueur de banane. Voilà peut-être la seule doctrine navale honnête de toute l'affaire.
Au Géofront républicain l'actualité semblait presque paisible par comparaison.
Shiki Chantargent a relancé l'économie de Sanctuaire avec une journée de l'or car les caisses étaient vides et les poches également.
Gilbert Tronik a envoyé ses robots aux pioches.
Ninoo Chantargent a fait accélérer le travail puis rappelé que le Festival Contes et Légendes III approchait. On exploitera donc l'or avant de raconter des histoires ce qui est probablement la chronologie la plus sincère de toute civilisation.
Ninoo Chantargent a aussi nommé
Darth Leo procureur. J'ai promis de ne pas dénigrer les bonnes décisions et celle-ci est simplement notée avec le respect que mérite toute personne qui accepte volontairement de lire des dossiers judiciaires.
Le festival lui-même ouvrira bientôt ses portes à Sanctuaire avec costumes récits ateliers musique et repas.
Fawomane Ravenloft a déjà annoncé vouloir sortir son plus beau costume de princesse.
Wonyoung voudrait venir mais les vents d'Australine la retiennent encore sur l'île prison.
Ninoo Chantargent lui a promis que les histoires les déguisements et le concert pourraient lui parvenir si elle ne réussissait pas à traverser. J'aime cette idée plus que je ne devrais. Dans un Cybermonde où l'on change de régent à une vitesse qui ferait pâlir une girouette où les ministres financent la guerre avec l'argent de la paix et où un démon prend une province pour forcer son Empereur à se lever il reste encore des gens qui prennent la peine de transmettre des contes à quelqu'un coincé par le vent. Cela ne rend pas le monde moins absurde. Cela le rend seulement plus difficile à mépriser complètement.
Une chandelle vient de s'éteindre près du crâne qui me sert de presse-papier. Je suppose que c'est un signe. Ou un courant d'air. Les mystiques choisiront la première explication et les ingénieurs la seconde puis chacun demandera une subvention. Pour ma part je retiens ceci.
Ombre Machiavélique a pris Mystisie afin de réveiller
Octave Sombrefer et l'Empereur a fini par paraître.
NOROGURA Jûzô a baissé les taxes de Sicilia pendant que la rue rappelait ses usages.
Kramara Kisugi construit davantage de ministère avec les poches de ceux qui ne travaillent pas assez.
Dame Démerzel a transformé diplomatie remboursement et élégance en instruments monarchiques.
Golgoth Landraël II a prouvé qu'une enquête peut parfaitement vous innocenter lorsque vous avez la bonne idée de la conclure vous-même.
Logan Komikov a allégé les poches républicaines au bénéfice de la science.
Lippos Aliagas a montré qu'on peut rater un trône le matin et trouver une province avant le déjeuner.
Saphir Ravenmaid a appris que les vacances sont une superstition administrative. Et le Cruisader voyage désormais avec assez de contradictions à bord pour être reconnu comme une nation à part entière.
Tout cela confirme naturellement ce que l'Empire Brun savait déjà . Le pouvoir n'est jamais propre. Il est seulement plus ou moins bien éclairé. Chez nous nous avons au moins la décence de choisir des darkchandelles noires des rideaux rouges et des monstres qui annoncent leurs Plans© avant de les exécuter. Les autres nations préfère appeler leurs propres bizarreries démocratie tradition écologie justice populaire ou réforme monétaire. C'est une question de vocabulaire. Nous avons choisi le meilleur.
Les lignes restent ouvertes. Les témoins anonymes les souverains contrariés les gouverneurs provisoires les démons ligotés les procureurs élégants les contribuables tondus et les marins miraculeusement arrivés là où ils ne comptaient pas aller peuvent venir déposer leur version. Toute personne souhaitant corriger la mienne est la bienvenue à condition d'apporter des preuves suffisamment solides pour survivre à la lumière des chandelles et à mon excellente mémoire.
Mais avant de quitter les ondes je voudrais que nous descendions jusqu'au Niarkalistan où même la mort vient de découvrir qu'elle avait oublié de remplir un formulaire.
Edouard Gaine nous apprend la disparition de
Syphilys avec ce mélange de respect sincère et d'intérêt cadastral qui caractérise les grandes civilisations. Il faut dire qu'il parle en connaisseur puisqu'il fut son styliste personnel et qu'il décrit la défunte comme une artiste accomplie une Brune exemplaire et surtout une radine de profession. Ce dernier qualificatif pourrait sembler peu charitable dans un hommage funèbre. Il ne l'est pas. En Empire Brun mourir riche constitue probablement l'une des preuves les plus convaincantes d'une existence correctement menée. Beaucoup sont parti avec des amis.
Syphilys semble avoir eu la sagesse de partir avec des coffres pleins derrière elle. Cela oblige forcément les vivants à pleurer plus longtemps puisqu'il faut ouvrir l'inventaire avant de pouvoir fermer le cercueil.
La tristesse de son mari est paraît-il visible depuis près de quarante-huit heures et je ne me permettrai certainement pas d'en mesurer la sincérité à la taille de l'héritage. Radio Nécrotoile possède une déontologie. Elle est rangée quelque part. Ce qui m'intéresse davantage est cette admirable rencontre entre le deuil et le droit niarkalistanais. Aucun testament notarié n'aurait été retrouvé. Aucun exécuteur testamentaire ne s'étant manifesté dans ce que
Edouard Gaine estime être un délai raisonnable les biens et la fortune de
Syphilys sont donc revenu à la province et à ses habitants. Certains trouvera ça froid. Je trouve au contraire que c'est une forme extrêmement brune de tendresse collective. Dans d'autres nations on apporte des fleurs à la famille. Au Niarkalistan on prend soin des coffres pour éviter qu'ils se sentent abandonnés. Il y a des héritages qui divise les familles. Ici on a résolu le problème en agrandissant directement la famille jusqu'aux frontières provinciales.
Reste pourtant l'hommage et sur ce point
Edouard Gaine n'a pas choisi la facilité. Une veillée à la lanterne aura lieu dimanche 16 août devant l'entrée de la Nécropole. Dans le respect des habitants de la ville morte le silence sera total. Voilà enfin un rassemblement public où personne ne pourra améliorer l'événement avec un discours de vingt minutes sur sa propre importance. Les fleurs seront les bienvenues et les hommages devront être écrit. Ensuite ceux qui auront réussi à survivre à tant de dignité pourront rejoindre une tournée de téquila à la Léprochienne pour une soirée après le recueillement. C'est une cérémonie parfaitement brune. On commence auprès des morts dans le silence et on termine auprès des vivants avec assez d'alcool pour leur faire regretter d'avoir une voix.
Ceux qui l'ont connue peuvent venir raconter la femme derrière les coffres. Ceux qui possède soudain un testament oublié peuvent également se manifester et je leur recommande dans ce cas de courir plus vite que l'administration du Niarkalistan. Quant aux autres rendez-vous dimanche devant la Nécropole. Apportez une lanterne des fleurs et quelque chose à écrire. Pour la téquila je suppose que le deuil saura s'organiser tout seul.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.