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posté 04/08 (02:14)

3 Aout 6662026
SpoilerRADIO NÉCROTOILE
LA PAIX EST DÉCLARÉE PARTOUT ET PERSONNE N’A L’AIR AU COURANT
Ici Kleo. Ministre de l’Information. Journaliste par nécessité historique et parfaitement impartiale selon les normes très exigeantes que j’ai moi-même établies afin d’éviter qu’un organisme moins compétent ne s’en charge. Le Cybermonde a passé une journée remarquable. La paix progresse. Les indépendances fleurissent. Les alliances se négocient. Les gouvernements se réorganisent. Les enfants dirigent presque la moitié des administrations. Une cryptomonnaie radioactive vient d’être inventée. Un navire à moitié mourant transporte des bergers armés à la recherche d’une puissance étrangère qui voudrait bien protéger leur indépendance en occupant leur île. Un Roi revient en Ruthvénie pendant que ses sujets expliquent immédiatement pourquoi il aurait mieux fait de rester ailleurs. Bref les institutions fonctionnent et je vois que les histoires se répète avec une discipline qui ferait honte à certains fonctionnaires. Installez-vous confortablement. Il va falloir un peu de temps pour comprendre comment autant de peuples peuvent réclamer simultanément la liberté, la protection d’une grande puissance, la disparition des impôts, le financement des services publics, la paix avec leurs ennemis et le droit imprescriptible de continuer à leur mettre des baffes.
La Ruthvénie nous offre naturellement le meilleur endroit pour commencer puisque le Royaume a retrouvé
Golgoth Ruthven sur son trône et que le trône semble avoir retrouvé immédiatement l’usage de sa fonction principale qui consiste à donner à tous les autres une raison de crier. Je n’irai pas jusqu’à dire que la Ruthvénie aime les crises monarchiques. Ce serait injurieux. Je dirai seulement qu’elle les entretient avec la même tendresse qu’une vieille tante conserve un service de porcelaine dont aucune assiette n’est intacte. Le nouveau Roi est à peine installé que
Sysson le critique et préfère ouvertement le Duc
Baptiste Le Tellier. La Maison des Chevaliers de l’Octet réclame le retour de
Dame Démerzel.
Alice Ravenloft s’offre le petit plaisir de rappeler aux registres qu’elle aura critiqué deux Rois dans la même nuit et je lui reconnais ici une certaine constance féline.
Sir McRabbit réussit une figure politique d’une belle complexité en soutenant le gouvernement ruthvène tout en frappant son souverain avec tout l’enthousiasme administratif dont un Lapin distingué est capable.
Bohé d’Umont préfère quant à lui la Duchesse
Korail tout en concédant Ã
Golgoth un talent pour les sonnets ce qui est peut-être la première tentative connue de mesurer la légitimité royale avec une anthologie de poésie.
Dame Démerzel elle-même critique le nouveau monarque puis se fait huer en essayant de transformer cette désapprobation en mouvement de foule. Voilà qui résume admirablement la monarchie. Tout le monde estime représenter le peuple jusqu’au moment où le peuple arrive et semble avoir oublié le texte. Une rumeur court même à Fort Émouchet accusant
Golgoth de vouloir régner à tout prix tandis qu’une autre le compare avec assez peu de délicatesse à une créature particulièrement difficile à exterminer. Je voudrais rappeler à mes confrères que la précision journalistique exige de distinguer entre une critique politique et une tentative d’extermination par chaussure.
Radio Nécrotoile demeure une maison sérieuse. Cependant ce qui m’intéresse davantage n’est pas que
Golgoth soit contesté. Un Roi qui n’est pas contesté en Ruthvénie devrait immédiatement vérifier si le Royaume est encore habité. Ce qui m’intéresse est la vitesse avec laquelle chaque camp construit déjà son explication totale. Pour les uns il représente le retour d’un vieux fondateur capable de stabiliser une Couronne qui change de tête plus souvent qu’une hydre dans une fabrique de guillotines. Pour les autres il serait l’instrument d’un mystérieux dessein impérial brun. Et là je dois protester. Non parce que cette accusation serait offensante. Elle est extrêmement flatteuse. Elle suppose simplement à l’Empire Brun une capacité d’organisation tellement prodigieuse que j’aimerais savoir qui s’en occupe afin de lui confier quelques dossiers. Lorsqu’un royaume change de souverain et que la moitié de la noblesse commence à s’accuser mutuellement avant que la couronne soit froide il est inutile d’imaginer une araignée derrière chaque tenture. Parfois les Ruthvènes veut simplement être Ruthvènes.
Il faut pourtant reconnaître que les circonstances ont une élégance suspecte.
Tormenta Ruthven vient de rentrer dans l’Empire Brun après son long détour par ce qu’il appelle l’Empire Brun d’Orient. Il a perdu un œil dans l’aventure ce qui dans notre pays constitue à peu près l’équivalent d’un certificat de stage bien rempli. Il revendique avec
Bladimir plusieurs lunes passées à exercer une influence brune sur le vieux Royaume et il présente le résultat comme une victoire complète.
Monique Lemage accueille son retour avec cette chaleur professionnelle dont elle est capable et rappelle que beaucoup de choses se sont déroulées comme prévu. On apprend que les agents bruns ont occupé le trône durant plusieurs lunes. On rappelle les traces laissées jusque dans l’urbanisme de Ruthvenville. On observe
Kramara installée dans les élégances. On voit maintenant
Golgoth sur le trône.
Puis
Tormenta revient à Atome demander que cette excursion soit officiellement reconnue dans son parcours de Méchant. Mes chers auditeurs je comprends pourquoi certaines personnes regardent cette succession d’événements puis dessinent entre eux de grandes flèches rouges. Le problème est qu’à force de relier tous les points on finit toujours par obtenir une araignée. Cela ne prouve pas que l’araignée a dessiné le tableau. Je sais que cette nuance paraîtra excessivement technique à certains chroniqueurs ruthvènes mais il faut bien que quelqu’un maintienne un standard.
Kramara elle-même félicite
Tormenta d’avoir tenu malgré tout ce qu’il a pris dans les BURNES et je ne commenterai pas davantage cette méthode d’évaluation militaire. Certaines doctrines doivent rester dans leurs écoles de pensée. Toujours est-il que la Ruthvénie est désormais placée dans une situation fascinante. Elle vient de ratifier avec Kraland un traité destiné à pacifier le Valégro. Elle prépare parallèlement un sommet avec le Khanat Elmérien pour envisager une autre paix. Elle change de Roi. Elle conteste le nouveau Roi. Elle réduit certains impôts. Elle protège des ambassades. Elle prépare des négociations. Et malgré cet impressionnant empilement de paix possibles personne ne semble avoir perdu l’envie de menacer quelqu’un. Voilà une culture politique robuste. D’autres royaumes signe un traité et rangent les épées. La Ruthvénie signe un traité afin de pouvoir tenir l’épée avec davantage de légitimité.
Mais avant de quitter la Couronne il faut descendre jusqu’au Valégro car cette province vient de réussir quelque chose d’extraordinaire. Elle a produit un accord dont chacun peut prétendre être le vainqueur. Le traité proposé par
Michel DruKra et ratifié au nom de la Ruthvénie par
Dame Démerzel reconnaît le Valégro comme terre ruthvène tout en préservant une place aux populations kralandaises qui s’y sont installées. Les ressortissants de Kraland doivent être accueillis s’ils respectent l’identité locale. Les biens et les personnes doivent bénéficier d’une forme de protection réciproque. Le Royaume reversera à la République une partie des revenus fiscaux provenant de l’activité kralandaise jusqu’à une limite établie. Les deux puissances doivent partager des données scientifiques. Fort Émouchet et Gynerak sont appelées à se rapprocher culturellement. Les responsables locaux qui n’ont pas failli peuvent assurer une transition puis éventuellement être reconduits. C’est un document étonnamment raisonnable ce qui suffit déjà à le rendre suspect dans le Cybermonde.
Sir McRabbit se félicite de l’accord et annonce que les Lapins assureront la transition jusqu’à lundi.
Sophos explique qu’il fallait mettre fin à une crise qui durait depuis trop longtemps.
Vostroyan surgit pour rappeler que selon lui la Moldavie n’est ni vraiment kralandaise ni vraiment ruthvène mais palladionaute ce qui prouve qu’aucune négociation territoriale ne peut être considérée comme complète tant qu’un troisième homme n’est pas arrivé pour expliquer que les deux premiers parlent de sa maison. Et au milieu de tout cela
Michel DruKra reçoit un Prix Fragile de la Paix. Le nom est sublime. Il faudrait l’attribuer à toute la diplomatie du Cybermonde. La paix n’est jamais définitive ici. Elle est fragile. Provisoire. Conditionnelle. Armée. Accompagnée d’une clause de révision et généralement assise sur un baril de poudre. Ce prix lui va donc parfaitement. Ce qui compte vraiment est que le Valégro offre désormais un précédent. Les provinces peuvent changer d’allégeance sans que le seul vocabulaire disponible soit celui des ruines et des fosses communes. Cela semblera évident aux peuples civilisés. Nous n’en avons donc presque aucun exemple.
Voilà qui nous mène au Géofront où
Darth Leo a fait exactement ce que les puissances aiment le moins voir faire à leurs anciennes dépendances. Il a annoncé que le Géofront était libre. Pas libre dans le sens décoratif où une province obtient un nouveau drapeau tout en gardant les mêmes chaînes repeintes. Libre dans le sens où l’autorité ruthvène est déclarée terminée et où le nouveau pouvoir entend choisir ses propres orientations. On pourra discuter longtemps de la solidité militaire de cette indépendance.
Darth Leo ne l’a pas dissimulé lui-même. Le Géofront est vulnérable. C’est d’ailleurs précisément ce qui rend cette proclamation intéressante. Il est très facile de réclamer la liberté lorsque l’on possède trente divisions derrière soi. Il est beaucoup plus instructif de le faire lorsque la principale garantie disponible est la conviction que les autres hésiteront suffisamment longtemps avant de vous manger.
Nerdos Valkyry a déjà offert de ramener des Soldats Loups si ses petites en ont besoin.
Sir McRabbit a félicité les habitants.
Tinylia Cératy a soutenu la démarche.
Al-ma’ a lié le destin du nouveau Géofront à une renaissance seelienne.
Sophos a accueilli la naissance de cette nouvelle entité avec la perplexité d’un chercheur enfantin découvrant que des religieux parlent de science. Les réactions montre donc quelque chose de plus important qu’une simple frontière déplacée. Le Géofront devient un centre de gravité idéologique. Certains y voient l’occasion d’une renaissance de la Seele. D’autres un laboratoire d’indépendance. D’autres encore un territoire faible qui devra rapidement s’entourer d’amis. Pendant ce temps
Ninoo Chantargent consolide le gouvernement.
Shiki Chantargent soutient vigoureusement les Provinces Indépendantes et entreprend le travail beaucoup moins poétique qui suit toujours les grandes proclamations. Elle remet progressivement des impôts. Le salaire est taxé. L’extraction recommence à contribuer. Les ventes commencent à alimenter les caisses.
Shiki explique avec une franchise bienvenue qu’elle avait coupé les remontées fiscales pour résister aux pressions de la Monarchie puis que l’indépendance coûtent désormais de l’argent. C’est magnifique. La première phase d’une révolution consiste à proclamer que l’ancien pouvoir vous vole. La seconde consiste à fonder un ministère capable de vous voler légalement à sa place. Je plaisante bien sûr. Ce n’est pas du vol lorsqu’il y a un formulaire.
Il existe toutefois une autre histoire dans l’histoire du Géofront. Pendant que
Darth Leo proclame l’indépendance et que
Shiki cherche à bâtir les finances du nouvel ordre les bergers de Calissie conduits par
Fistulin Saint-Ciboère font entendre une autre inquiétude. Eux ne regardent pas la liberté depuis un palais ou une tribune. Ils la regardent depuis des villages qui se souviennent de la guerre. Dans leur mémoire il reste des invasions des troupeaux décimés des hommes emmenés des récoltes prises et des voisins trop faibles pour empêcher les prédateurs d’entrer. Leur réponse est donc presque l’inverse de celle de Sanctuaire. Là où le Géofront affirme qu’il n’a plus besoin d’une puissance au-dessus de lui
Fistulin annonce qu’il cherche précisément une puissance capable de garantir la survie de la population seelienne. Le Cruisader devient alors une ambassade flottante avec la particularité que l’ambassade semble pouvoir sombrer avant d’avoir remis ses lettres de créance.
Korail et son équipage korsaire montent à bord puis constatent l’état alarmant du navire. Il faut du bois de l’acier du carburant et peut-être même un moteur.
Comète invite
Fistulin à faire de Bisouville sa première escale et imagine déjà le vieux bâtiment de guerre amarré dans une rade devenue symbole d’une renaissance seelienne.
Fistulin accepte. Il ne comprend pas tout à fait les envolées mystiques de
Comète mais il comprend parfaitement une invitation à accoster ce qui est probablement la forme la plus fiable de diplomatie navale. Puis
Jian Jun arrive avec les Jeunesses Kralandaises pour proposer une libération si généreuse qu’elle commence accidentellement par le mot goulag avant d’enchaîner sur une expérience sociale impliquant les paysans les plus riches du voisinage. Voilà donc notre situation. Une île cherche la liberté. Des bergers cherchent un protecteur. Une République propose son socialisme. Une Seele renaissante propose sa foi. Des voisins observent les ressources. Et au milieu de cette grande recomposition le Cruisader avance en toussant. Si l’Histoire avait un sens de l’élégance elle choisirait toujours des navires neufs. Heureusement elle préfère les symboles.
Pendant ce temps le Khanat Elmérien prépare la paix avec la Ruthvénie comme seuls des Elmériens peuvent préparer la paix. Le Grand Khan
Pigeon Ronron propose un sommet de cinq jours à Milieu. Deux jours pour produire des exigences. Deux jours pour les négocier publiquement avec le niveau nécessaire d’insultes et de gestes théâtraux. Un dernier jour pour signer quelque chose d’assez fragile pour permettre à chacun de repartir en disant que la guerre suivante reste possible. Entre les deux un grand repas et peut-être une coucherie inattendue mais consentie parce qu’il faut conserver un minimum de civilisation. Je serais tentée de rire si le concept n’était pas objectivement supérieur à une grande partie de la diplomatie classique.
Dame Démerzel accepte l’idée.
La Culotte annonce qu’elle sera là même si personne ne l’a invitée parce qu’aucune négociation sérieuse ne saurait se dérouler sans Sainte Relique.
Tifa LockHeart promet de venir avec son Grand Khan et son Dragon
Aurelthar.
Passe-Muraille devenu Khan de Bananie félicite
Golgoth pour son accession et assure que l’ambassade ruthvène en Bananie est protégée.
Gérard Menvussa s’oppose ouvertement à la paix mais envisage quand même d’assister au sommet puisque rien n’oblige un Elmérien à croire à une négociation pour profiter du buffet.
Big R demande de son côté s’il est prévu de réparer les dommages collatéraux et laisse entendre que faute de compensation il pourrait employer une méthode de comptabilité basée sur les explosifs.
Stefan de Crab lui répond que les destructions ruthvènes constituaient des représailles et que sa mise en esclavage en territoire bananien représentait déjà une forme de retenue. Je tiens à saluer cette phrase. Elle ouvre des perspectives extraordinaires pour la diplomatie internationale. À ce rythme un poignard dans la cuisse pourra bientôt être présenté comme une offre de coopération parce que l’autre jambe est restée intacte. Les concernés peuvent bien entendu venir expliquer leurs nuances à l’antenne. Radio Nécrotoile offre volontiers un micro aux artisans de la paix surtout quand ils arrivent avec une liste de personnes à frapper.
La Bananie mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde parce que son nouveau gouvernement vient d’accomplir une transition économique d’une remarquable pureté.
Passe-Muraille nomme
Gérard Menvussa Intendant et
Big R Capitaine. Il promet de sécuriser le Fort afin d’accueillir dignement les grands criminels et d’organiser des chasses à l’homme avec récompense tout en évitant le genre d’incident ayant autrefois envoyé
Mench0 jusqu’en Australine. Puis vient le grand projet fiscal.
Gérard abaisse les taxes avec une conviction admirable et bientôt le Khan découvre une conséquence inattendue de la suppression des recettes. Les caisses se vide. Ne riez pas. Il était impossible de le prévoir sans disposer d’une formation avancée en mathématiques. Heureusement
Passe-Muraille possède une solution. Le nucléaire. Les citoyens sont donc invités à faire fonctionner la centrale parce que selon leur Khan il n’y a absolument aucun risque. J’aime beaucoup les phrases politiques qui contiennent absolument aucun risque. Elles permettent généralement aux historiens de trouver très rapidement le début du chapitre consacré à la catastrophe. Le Khanat n’est d’ailleurs pas le seul à associer l’économie avec l’atome. La Confédération Libre a décidé de le dépasser avec l’aide du professeur
Jean-Michel Nobyl qui après avoir constaté que son Ministère de la Recherche n’avait plus d’argent a trouvé la solution la plus confédérée possible. Inventer de l’argent qui disparaît.
Le Crédit Désintégrable est ainsi né. Une cryptomonnaie adossée à la désintégration de l’uranium. Je vous assure que je n’ai rien ajouté. Les savants a décidé que la meilleure manière de rendre une monnaie dynamique était de garantir qu’elle perde naturellement la moitié de sa valeur avec le temps. La thésaurisation (Vaut 20 points de base au Scrabble, de rien.) devient inutile puisque conserver son argent revient littéralement à le regarder mourir. Les transactions sont validées par la désintégration d’uranium 235.
Des compteurs enregistrent les émissions. La sécurité repose en partie sur l’état quantique d’un électron suspendu au-dessus de la cage de
MégaWatt qui est un hamster géant transgénique. Si quelqu’un tente de voler votre fortune le mouvement du hamster peut perturber le système et transformer la richesse du voleur en poussière sans valeur. En cas d’intrusion la cage peut même s’ouvrir. Je reconnais ici que l’Empire Brun a beaucoup à apprendre de la Confédération. Chez nous lorsqu’une banque veut protéger un coffre elle emploie encore des gardes et des portes blindées. C’est d’une banalité presque humiliante. La Confédération place votre patrimoine au-dessus d’un hamster mutant au milieu d’un dispositif nucléaire et appelle cela une double sécurité quantique et physique. Il fallait y penser. Le plus admirable est que cette monnaie est officiellement conçue pour obliger les riches à dépenser rapidement puisque l’argent fond entre leurs doigts. Il s’agit donc d’un système économique où la confiance repose sur la certitude que personne ne voudra garder la monnaie. Je suis certaine que cela fonctionnera admirablement longtemps ou extrêmement brièvement ce qui est une autre manière de dire que l’expérience sera instructive.
Au Paradigme Vert les provinces verte cherche pendant ce temps une forme de stabilité après des mois de guerres de démons de pollution et de changements politiques.
Cassandra a retiré
Kether du Ministère de la Guerre face aux soupçons qui l’entourent tout en refusant de présenter ces soupçons comme une condamnation définitive.
Solas reçoit ensuite le portefeuille. C’est ce que j’appellerai la présomption d’innocence avec déménagement du bureau. Vous restez innocent mais quelqu’un d’autre possède désormais votre chaise. Ailleurs
Kardia Ravenloft prend la tête d’Irendol après une élection perturbée par une tentative de sabotage des urnes et promet une province fondée sur l’écologie et la sécurité.
Aya Ravenloft s’installe pour sa part en Forêt de Jade avec un résultat électoral si peu spectaculaire qu’elle reconnaît elle-même qu’il ressemble davantage à une transmission de pouvoir qu’à une vague populaire. Le Paradigme devient donc ce fascinant mélange de grandes proclamations sur la nature et de mécanismes administratifs de plus en plus sophistiqués. On plante des arbres. On lutte contre la pollution. On sécurise les provinces. On centralise l’État. On remplace des ministres. On enquête sur des sabotages électoraux. Quelque part entre deux forêts une administration entière doit maintenant produire des formulaires attestant que la spontanéité naturelle respecte bien la procédure. Voilà une écologie arrivée à maturité.
L’Elmérie offre un contraste presque reposant. À Gueule du Lézard
Malcom Ravenloft reçoit les louanges de
Alice Ravenloft qui rappelle publiquement qu’elle l’a épousé et qu’à ses yeux il appartient à cette catégorie rare des hommes qui font au lieu de parler.
Alice en profite pour administrer quelques griffures verbales à ceux qu’elle considère comme de faux Elmériens et termine en rappelant que son amour lui donne presque des ailes. Peu auparavant elle consacrait une autre chronique Ã
Rosalia de Pont-Krivell qu’elle décrit avec la sobriété traditionnelle de Radio Chacha comme une chanteuse impératrice mère épouse force de la nature arme massive de Miaou et presque divinité domestique. Je suis heureuse de constater qu’une concurrence radiophonique sérieuse subsiste dans le Cybermonde. Cela m’oblige à maintenir des standards élevés. Il me faudra simplement expliquer un jour Ã
Alice qu’un adjectif peut survivre même lorsqu’il n’est pas écrit en lettres capitales.
Rosalia n’a d’ailleurs pas besoin qu’on gonfle artificiellement son importance. Son passage de Sicilia à l’Elmérie n’a pas effacé ce qu’elle représente. Elle continue d’être une voix qui rassemble et une musicienne capable de faire travailler une carrière sous le signe du Hard Rock comme si la production minière était une forme de concert prolongé. Le Khanat possède là quelque chose de plus précieux qu’un slogan. Il possède des figures capables de donner envie aux gens de participer. Même moi je reconnais ce genre de chose. Ne le répétez pas trop fort. J’ai une réputation.
Il reste enfin cette maladie étrange qui fait retomber le Cybermonde en enfance et qui a réussi le prodige de rendre la politique encore légèrement moins adulte.
Sophos l’a attrapée plusieurs fois et parle désormais avec cette voix d’enfant qui contraste merveilleusement avec ses titres scientifiques. Il veut pourtant continuer la recherche. Il annonce que les accords scientifiques autour du Valégro peuvent faciliter le développement d’un remède et rappelle qu’en attendant la République recommande l’usage quotidien d’une boîte Kra20kra. Il invite ceux qui veulent aider à venir travailler plutôt qu’à prier puisque selon sa philosophie républicaine on ne demande pas aux dieux ce qu’on peut obtenir avec suffisamment de chercheurs et de formulaires. Il envisage même une sorte de bombe du bonheur qui au lieu de vous crabouiller vous rendrait heureux. Cette idée est évidemment absurde. Elle est également suffisamment kralandaise pour être financée demain matin.
Et puisque nous parlons de Bonheur une obligation morale et absolument pas financière m’impose de rappeler que le centre
Bonheur 2000 propose entre autres la Pastille de Bonheur et que le code BONHEUR donne cinq pour cent de réduction sur une première commande. Radio Nécrotoile reste naturellement indépendante. Mille MØ n’ont jamais influencé mon jugement. Ils lui ont seulement offert de meilleures conditions matérielles pour demeurer impartial. Je remercie donc
K’ Velzard pour sa confiance et je conseille aux personnes qui doutent encore du Bonheur de se rappeler que les autres solutions proposées aujourd’hui comprennent une cryptomonnaie radioactive une centrale nucléaire bananienne et une bombe expérimentale kralandaise. La Pastille commence soudain à sembler d’un conservatisme rassurant.
Et nous voilà revenus dans l’Empire Brun où la journée a été d’une stabilité presque indécente. Mystisie continue à produire des sommes que les autres régions devraient éviter de regarder trop longtemps si elles tiennent à leur estime personnelle. Sicilia travaille et Trou Perdu demeure cette anomalie charmante où la civilisation persiste malgré son nom. Niarkalistan manifeste contre Kraland contre le Khanat contre le Paradigme et probablement bientôt contre le principe qu'il reste autre chose que l'Empire.
Edouard Gaine a distribué ses critiques avec une remarquable égalité ce qui est une forme d’impartialité que je peux respecter.
Tormenta Ruthven s’est installé à Atome. À Mystisie les forces de Naar continuent leurs cérémonies dans une atmosphère de chaleur de fleurs fanées de vieux meubles repeints et de vérités qu’on préfère parfois regarder de biais. Et pendant que les autres empires inventent des monnaies qui se désintègrent des royaumes qui changent de Roi des indépendances qui rétablissent l’impôt et des centrales sans aucun risque l’Empire Brun récolte ses revenus maintient ses provinces et poursuit tranquillement sa tradition. On pourra évidemment me signaler que le Ministère de l’Information n’a reçu aucun financement lors de la répartition du jour. J’ai vu. Je remercie ceux qui s’inquiètent. Il n’y a aucune raison de paniquer. Une araignée n’a pas besoin d’un budget pour écouter. Elle a besoin d’une toile. Les gouvernements peut fermer un coffre. Ils peuvent couper un financement. Ils peuvent même éteindre une radio. Ce qu’ils ne savent jamais faire très longtemps c’est cesser de parler.
Une chandelle s’éteint près du micro. La fumée monte lentement dans les fils de la grande toile et je voudrais avant de vous laisser considérer ce que cette seule journée nous apprend. Le Valégro vient de montrer qu’une guerre peut parfois se terminer par un traité. La Ruthvénie montre aussitôt qu’un traité n’empêche absolument pas de trouver une nouvelle querelle. Le Géofront réclame la liberté puis découvre que la liberté possède un trésorier. Les bergers de Calissie recherchent une puissance étrangère afin de rester libres des puissances étrangères. Le Khanat prépare une conférence de paix dont certains participants regrettent déjà la guerre. La Bananie supprime les taxes puis se demande pourquoi l’argent ne rentre plus. La Confédération répond à son manque de crédits en créant des crédits qui disparaissent. Le Paradigme protège la présomption d’innocence en donnant votre ministère à quelqu’un d’autre. Kraland affronte une épidémie d’enfance en inventant des pilules et potentiellement des bombes heureuses. Et l’Empire Brun regarde ce magnifique spectacle depuis une salle pleine de crânes comme une vieille production de série B qui aurait finalement compris une chose fondamentale. Le monde n’a jamais besoin qu’on le rende absurde. Il suffit de lui laisser suffisamment de temps pour s’organiser.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent ouvertes.
Golgoth Ruthven peut venir expliquer pourquoi la couronne lui va mieux aujourd’hui qu’hier.
Dame Démerzel peut expliquer comment on critique un Roi tout en participant à la stabilisation du Royaume.
Passe-Muraille peut exposer la doctrine économique du zéro taxe suivi du tout nucléaire.
Pigeon Ronron peut détailler le programme exact de son sommet pour la paix et confirmer ou non la présence du gueuleton diplomatique.
Jean-Michel Nobyl peut venir m’assurer que confier une monnaie à un isotope et un hamster est parfaitement raisonnable.
Shiki Chantargent peut expliquer combien coûte exactement la liberté une fois les discours terminés.
Fistulin Saint-Ciboère peut nous donner des nouvelles du Cruisader si celui-ci possède encore toutes les pièces nécessaires à la transmission.
Alice Ravenloft peut naturellement venir me dire pourquoi deux critiques royales en une nuit mérite effectivement une inscription dans les archives. Les témoins les accusés les souverains les révolutionnaires les scientifiques les enfants provisoires et les adultes qui n’ont aucune excuse sont tous invités à parler. Je leur garantis une écoute attentive. Je ne garantis absolument pas ce que j’en ferai ensuite.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile. La vieille radio grésille sous les voûtes. Le velours est presque noir maintenant. Les dernières chandelles font briller les dorures comme des dents anciennes et mes yeux se reflètent encore dans le verre des bouteilles oubliées près du trône. Demain certains nieront ce qu’ils ont affirmé aujourd’hui. D’autres expliqueront qu’on les a mal compris. Quelques-uns changeront probablement de gouvernement de drapeau de province ou de Roi. Cela n’a rien de grave.
Les mémoires humaines oublient très bien. Les archives ne pardonne jamais.
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.