Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet




  • postĂ© 03/08 (02:48)

    2 aout 6662026



    Bonsoir à vous, citoyens de l’Empire Brun, voisins plus ou moins fréquentables, souverains provisoires, révolutionnaires permanents, démocrates occasionnels et contribuables qui n’avez pas encore compris que votre argent est beaucoup plus heureux dans les caisses d’un ministère que dans vos poches. Ici Kleo, Ministre de l'Information de l’Empire Brun, araignée impériale et journaliste d’une impartialité si absolue qu’elle est régulièrement confondue avec de la propagande par les esprits faibles. Les nouvelles de cette nuit ont prit une tournure délicieuse. La Ruthvénie a changé de souverain comme une actrice tragique change de robe après avoir découvert que la première robe avait déjà été poignardée. La Mystisie a organisé un coup d’État avec une politesse administrative presque touchante. L’Irendol a tenté d’élire un gouverneur tout en brûlant consciencieusement ses bulletins. Hélénie continue d’expérimenter un gouvernement où l’on soigne les épidémies en se battant dans les auberges. La République de Kraland a découvert le salaire minimum à cinquante FK et le Géofront a montré qu’il est encore possible de quitter le pouvoir avec davantage de dignité qu’on en avait trouvé en y entrant. Je sais. Cela fait beaucoup. Heureusement vous m’avez.

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    Commençons par la Ruthvénie puisqu’elle a fait ce que font toutes les monarchies lorsqu’elles sentent que l’attention du Cybermonde risque de se détourner d’elles. Elle a renversé quelque chose. En début de soirée la couronne reposait encore sur la tête de [=o]Dame Démerzel. Puis [=o]Tormenta Ruthven a observé la situation avec l’œil du félin qui regarde un verre posé trop près du bord d’une table et s’est dit qu’il serait regrettable de laisser la stabilité durer davantage. Il a donc usurpé le trône. Le motif était d’une pureté doctrinale admirable. Nous étions le deux août. Deux huit. Vingt-huit si l’on ferme les yeux avec suffisamment de conviction.

    Il serait cependant injuste de réduire cette affaire à une simple prise de pouvoir. La Ruthvénie s’est réveillée avec plusieurs souverains dans le même quart d’heure moral. [=o]Tormenta Ruthven prend la couronne, proclame l’état d’urgence, distribue une récompense à [=o]Dame Démerzel pour la propreté impeccable du palais et explique tranquillement qu’il était obligé d’essayer parce que l’opportunité existait. Voilà une conception de l’État que je respecte presque. Dans l’Empire Brun nous avons depuis longtemps compris qu’un poste important attire mécaniquement ceux qui pensent pouvoir mieux l’occuper. Nous avons simplement eu l’élégance de transformer cela en tradition. En Ruthvénie ils appellent encore cela un scandale avant d’applaudir le prochain souverain. La différence est surtout vestimentaire.

    Puis vint le meilleur. À peine installé [=o]Tormenta Ruthven désigna [=o]Golgoth Ruthven le Vagabond comme Arbitre des Élégances. Quelques instants plus tard le père décernait au fils la Médaille des Bonnes Manières avec une tendresse familiale si délicate qu’on aurait presque oublié qu’une couronne venait de changer de tête au milieu des huées, des pressions politiques, des rumeurs de sous-vêtements douteux et des tentatives d’usurpation. Presque. [=o]Golgoth Ruthven le Vagabond avait d’ailleurs passé une partie de la soirée à critiquer [=o]Dame Démerzel tout en expliquant qu’il s’agissait de critiques constructives. Le royaume a inventé une forme de maçonnerie politique fascinante où l’on démolit la façade tout en assurant au propriétaire qu’on améliore l’aération.

    Mais la maison ne s’est pas arrêté là. [=o]Tormenta Ruthven, après avoir conquis le trône, l’a transmis à son père. Oui. Le fils renverse une reine, devient roi puis offre le royaume à papa en expliquant que tout ceci était un pacte. Si quelqu’un cherchait encore une définition pratique de la monarchie héréditaire il suffit désormais de montrer Ruthvenville au loin et de murmurer qu’ils ont trouvé une méthode plus rapide. Au même moment [=o]Baptiste Le Tellier tentait d’usurper le duc et perdait son poste dans l’opération. Il allait pourtant remporter quelques heures plus tard l’élection du duché de Ruthvénie avec onze voix. C’est là toute la beauté du système. Un homme peut être puni pour avoir voulu prendre un poste puis être officiellement félicité pour l’avoir obtenu au scrutin suivant. La loi n’est pas incohérente. Elle est simplement très attachée au calendrier.

    Et que dire de [=o]Sir McRabbit, qui dans le Valégro soutient le gouvernement du Royaume tout en refusant son allégeance au nouveau roi parce que le coup manquait de panache. Il loue [=o]Korail, remercie la duchesse pour son soutien aux lapins puis critique [=o]Golgoth Ruthven le Vagabond avec la gravité d’un homme qui vient de constater qu’une révolution n’avait pas respecté le code vestimentaire. Voilà ce qui me touche chez les Ruthvènes. Leur État peut trembler. Leur roi peut changer. Leur duc peut tomber. Mais quelqu’un trouvera toujours le temps d’expliquer que le véritable problème est le manque d’élégance.

    Toute personne de la cour souhaitant corriger cette interprétation peut naturellement venir le faire en direct. Je recommande simplement de vérifier auparavant qui porte la couronne au moment de parler. Cela évitera d’avoir à recommencer la phrase avant la fin.

    En Mystisie [=o]Silas des Sables a accompli quelque chose que les autres nations appelleront une trahison et que j’appellerai une réorganisation verticale extrêmement dynamique. Il était bourgmestre de Lampe du Génie. Il avait repoussé les élections d’une semaine avec une justification remarquable sur la prévention des incendies de dunes liés au brûlage des urnes. J’aimerais m’attarder là-dessus parce que cette phrase contient à elle seule davantage de sagesse gouvernementale que plusieurs constitutions. Quand l’électeur menace de brûler le bureau de vote on peut soit renforcer les urnes soit renforcer l’électeur soit simplement reporter l’élection jusqu’à ce que tout le monde soit suffisamment fatigué pour trouver le bâtiment. [=o]Silas des Sables a choisi l’option administrative. Je reconnais un esprit méthodique.

    Plus tard il a usurpé [=o]Lyra du Hautbois et est devenu gouverneur de Mystisie en annonçant sa trahison ascendante avec l’élégance désabusée d’un homme qui constate que les démons ont décidément meilleure réputation que les conseillers politiques. Des rumeurs de pacte démoniaque accompagnent l’affaire. Il les accueille presque avec jalousie. Après quoi il nomme précisément [=o]Lyra du Hautbois bourgmestre de Lampe du Génie et lui confie un rôle dans son projet de réhabilitation des ruines et de rayonnement démoniaque. Je voudrais attirer votre attention sur ce détail. Dans beaucoup de pays renverser quelqu’un signifie qu’on ne lui fait plus confiance. En Mystisie renverser quelqu’un signifie qu’on lui change de bureau.

    Voilà la supériorité profonde du vieux savoir brun. Nous ne gaspillons pas les compétences simplement parce qu’elles se trouvaient assises sur le mauvais fauteuil au moment où quelqu’un d’autre a décidé de s’y asseoir. [=o]Silas des Sables prend la province. [=o]Lyra du Hautbois conserve un rôle. Les ruines attendent leur réhabilitation. Les démons attendent probablement leur facture. Tout le monde continue à travailler. La bureaucratie impériale peut être cruelle mais elle n’est jamais oisive.

    Pendant ce temps les démons ont eux-mêmes formulé une revendication d’une simplicité admirable. Ils veulent de l’intelligence. Ils veulent des livres. Ils veulent une bibliothèque. Ils considèrent que le Paradigme Vert doit payer parce qu’un pacte aurait été conclu par [=o]Cassandra. J’ignore ce qui me plaît le plus dans cette affaire. Peut-être le fait qu’une légion infernale soit devenue plus claire dans ses objectifs budgétaires que plusieurs ministères étrangers. Peut-être le fait que des démons réclament désormais une bibliothèque en réparation. Peut-être enfin cette idée merveilleuse que l’on puisse manger l’intelligence sans même demander si elle est mûre. Le Paradigme a voulu négocier avec l’au-delà et l’au-delà envoie maintenant une liste de courses.

    Il y aura naturellement des gens pour s’inquiéter de ce rayonnement démoniaque. Ils ont tort. Quand les démons commencent à réclamer des livres cela signifie soit que la civilisation progresse soit que l’enfer prépare un concours administratif. Dans les deux cas l’Empire Brun saura s’adapter. Les intéressés peuvent venir témoigner. Les démons aussi. Nous demandons simplement qu’ils évitent de manger le standard avant la fin de l’émission.

    Restons un instant dans les provinces où la réalité s’est mise à avoir de la fièvre. Hélénie reste rebelle et semble avoir décidé que la meilleure manière de prouver son autonomie était de vivre simultanément une crise sanitaire, une crise religieuse et une série de bagarres dont personne ne sait plus très bien lesquelles ont commencé avant le café. La maladie Retombé en Enfance a frappé Bisouville et ailleurs dans le Cybermonde, jusqu’à Ruthvenville, Lantenac-du-Lac, Fort Emouchet, Gynerak, Honolulu-par-Delà et Quartier Suprême. La population ont commencé à parler avec cette gravité singulière des adultes qui sentent leur dignité leur glisser des mains en même temps que leur taille réglementaire.

    C’est dans ce contexte que [=o]Jean-Luc Selriche a livré une défense savoureuse de l’aide kralandaise. Il a parlé de santé gratuite, de Grande Déesse, de liberté de parole et de vin de messe trop cher. Il faut toujours se méfier des discours qui commencent par la théologie et terminent par le pouvoir d’achat. Ils sont souvent les plus sincères. [=o]Novak a de son côté développé la théorie selon laquelle certains visiteurs seraient en réalité des enfants depuis toujours puisque leurs prénoms le prouvaient. [=o]Kenza Creswick lui a répondu avec une patience admirable en soulignant qu’il serait tout de même inquiétant de confier la sécurité publique à une enfant. Peu après [=o]Novak s’est fait assassiner. Je ne prétends évidemment pas qu’il existe un lien. Une journaliste sérieuse ne conclut jamais sans preuve. Elle se contente de placer les deux informations dans le même paragraphe avec un air entendu.

    La gouverneure [=o]Al-ma’ a passé une bonne partie de la journée à combattre divers habitants, étrangers, intrus et problèmes relationnels comme si le gouvernement local avait fusionné avec le service de sécurité d’une taverne. Elle affronte [=o]Malcom Ravenloft, [=o]Cassandra, [=o]Fawomane Ravenloft, [=o]Kenza Creswick et d’autres encore. Au milieu de cela les policiers sont gênés par des broutilles et des démons mineurs circulent. Les habitants est pourtant priés de ne pas confondre agitation et absence de gouvernance. Il y a bien une gouvernance. Elle court simplement très vite.

    Je note également que la République de Kraland continue de présenter ses initiatives comme une main tendue vers Hélénie. C’est charmant. La République tend souvent la main avec l’autre main déjà occupée à remplir un formulaire d’annexion en trois exemplaires. [=o]Logan Komikov et d’autres voix kralandaises rappellent que la République est l’amie du Diocèse. Les habitants répondent parfois comme on répond à un voisin qui affirme venir arroser les fleurs alors qu’il mesure déjà le salon. Rien de grave. Les relations internationales sont faite de ce genre de petits malentendus.

    À propos de la République je dois reconnaître qu’elle nous offre une très belle démonstration de cohérence idéologique. Le salaire minimum a été fixé à cinquante FK par [=o]Jean-Luc Selriche, qui explique que le secteur privé doit s’aligner sur le public parce que le privé n’est jamais vraiment tout à fait privé dans une République suffisamment glorieuse. Voilà une phrase que l’Empire Brun ne prononcerait jamais. Chez nous si quelque chose vous appartient cela vous appartient jusqu’au moment précis où quelqu’un de plus haut placé décide que non. Nous avons la décence de ne pas appeler cela une théorie économique.

    Pendant ce temps [=o]Michel DruKra reçoit des soutiens, des critiques et même une tarte à la crème. [=o]Alex KidoWski l’amende pour le Valégro tout en le félicitant pour son mariage puis démissionne de son poste de procureur avec la satisfaction du travail accompli. [=o]Logan Komikov défend le Premier Ministre avec la ferveur d’un homme qui considère la Constitution comme un texte sacré à condition qu’elle soit lue dans le bon sens et de préférence par lui. [=o]Alex KidoWski riposte en accusant le pouvoir d’avoir cédé le Valégro. Tout cela se déroule dans une République qui aime rappeler au monde que le débat est libre tant que tout le monde arrive à la bonne conclusion.

    Et pourtant il faut rendre à [=o]Michel DruKra ce qui lui appartient. Il continue de gouverner. Il nomme [=o]K’ Velzard Commissaire du Bonheur et quelques instants plus tard le Cybermonde découvre Bonheur 2000, le Fenouil du Bonheur, les vitamines Jukramine, la Poudre de Popularité, le MetaBonheur et la Pastille du Bonheur. J’ai rarement vu une institution internationale démontrer avec autant de franchise que le bonheur est surtout une question de conditionnement bien présenté. [=o]K’ Velzard a même trouvé le moyen d’offrir une réduction commerciale sur le bonheur. Certains philosophes ont passé leur vie à chercher la félicité. Ils auraient dû attendre l’ouverture du catalogue.

    Je salue cette initiative. Pas parce qu’elle est raisonnable. L’Empire Brun n’a jamais exigé de la civilisation qu’elle soit raisonnable. Nous exigeons qu’elle soit mémorable.

    Mais avant de quitter la République il faut parler du Géofront parce que [=o]Darth Leo mérite mieux que les raccourcis commodes dont certains chroniqueurs raffolent. Il a annoncé qu’il avait accepté d’endosser les décisions les plus controversées de la transition dont la rupture avec la Ruthvénie puis qu’il céderait la responsabilité à [=o]Ninoo Chantargent. Certains appelleront cela un retrait. C’est une lecture paresseuse. Il s’agit d’un transfert calculé du poids politique vers une figure qui ne porte ni son passif ni ses inimitiés. En d’autres termes [=o]Darth Leo a fait ce que peu de dirigeants savent faire. Il a utilisé son propre capital politique comme un bouclier puis il s’est écarté avant que le bouclier ne devienne le gouvernement.

    La suite lui donne raison avec une élégance presque agaçante. [=o]Ninoo Chantargent remporte l’élection du Géofront avec cent pour cent des voix exprimées. [=o]Hanako Ainozomi prend Sanctuaire. Les discours de soutien se multiplient autour de la famille Chantargent et le Géofront semble se préparer à une transition qui ressemble moins à un effondrement qu’à un changement de garde. J’entends déjà ceux qui veulent expliquer que deux voix pour une gouverneure ne font pas un plébiscite historique. C’est exact. Mais deux voix de plus que zéro suffisent à gagner une élection et contrairement à certaines monarchies le Géofront n’a pas eu besoin de couronner le père du vainqueur dix minutes plus tard.

    Toute personne qui souhaite contester l’idée que [=o]Darth Leo ait organisé cette sortie avec intelligence peut venir en débattre. Je garderai soigneusement la transcription. Elle sera utile pour l’étude des erreurs de jugement.

    Voilà qui nous mène aux élections elles-mêmes. À l’aube le Cybermonde s’est couvert de résultats comme une table de banquet se couvre de verres après une réception dont personne n’assume la facture. [=o]Baptiste Le Tellier devient Duc de Ruthvénie avec onze voix. [=o]Palakoin prend les Karaïbes après le retrait élégant de [=o]Wenceslas von Altheim-Blatnoï qui avait longuement médité la guerre des miettes entre Elmériens et Kanards. [=o]Passe-Muraille garde la Bananie. [=o]fRAN9OIS6aNDR2 remporte la Capsulie. [=o]Alex KidoWski prend la province de Kraland. [=o]Aya Ravenloft gagne la Forêt de Jade avec zéro voix. Je répète mentalement ce résultat depuis plusieurs minutes et il devient meilleur à chaque fois. Gagner avec zéro voix est peut-être la forme la plus pure de démocratie verte. Aucun électeur n’a été sacrifié inutilement. Ces résultats confirme une chose que j’observe depuis longtemps. Une élection n’a pas nécessairement besoin d’électeurs pour produire un élu. Elle a surtout besoin d’une administration suffisamment décidée à fermer le dossier.

    En Irendol le scrutin fut plus lyrique. [=o]Kardia Ravenloft et [=o]Mina d’Orchidia terminent avec neuf voix chacune. [=o]Konya reste à zéro. Le vainqueur final est [=o]Kardia Ravenloft. Mais avant cela plusieurs incendies de bureaux de vote ont réduit les bulletins par tranches successives. Les urnes a brûlé avec une régularité presque cérémonielle. Vingt pour cent puis quinze puis dix puis cinq. À ce stade ce n’était plus une fraude électorale. C’était une méthode de dépouillement par combustion. Le Paradigme Vert nous expliquera sans doute que le papier a été rendu à la nature sous forme de fumée.

    [=o]Mina d’Orchidia avait pourtant mené une campagne remarquable, invoquant son passé théocratique, sa foi, ses exploits et son projet de faire d’Irendol un haut lieu religieux. Elle reprochait au Paradigme de tolérer les démons. Ce qui est une critique intéressante quand on vit dans un Cybermonde où tout le monde semble avoir au moins un portail infernal derrière un commerce. Le plus remarquable reste qu’elle conclut presque son grand discours en proposant qu’on la nomme ministre si l’élection ne fonctionnait pas. Voilà une femme qui comprend parfaitement la résilience institutionnelle. Quand la porte du pouvoir se ferme il faut immédiatement vérifier les fenêtres.

    Au Khanat Elmérien la soirée avait un autre parfum, plus tribal, plus direct et beaucoup moins préoccupé par l’état des tapis. [=o]Cassandre Lemage Ruthven a battu [=o]fRAN9OIS6aNDR2 en duel et pris le titre de Khane de Capsulie. Elle poursuit son tour du Khanat en annonçant qu’il ne reste plus que la capitale. Chez les Elmériens le programme politique tient souvent dans la distance qui sépare deux combattants avant qu’ils sortent leurs armes. C’est brut mais au moins personne ne demande de recompter les bulletins. Les ambitions se nourrit ici de coups reçus, de défis lancés et de cette certitude collective qu’un bon argument est meilleur lorsqu’il possède une garde et une poignée.

    La Bananie elle a reçu un déluge après une prédiction astrologique qui s’est réalisée. Les bâtiments ont souffert, les habitants aussi puis [=o]Passe-Muraille a expliqué que l’orage apporterait de l’eau aux bananes et que tout finirait par s’arranger. Voilà enfin un gouvernement qui sait transformer un désastre naturel en communiqué agricole. Je le dis sans ironie. Enfin presque. Le Khanat a besoin de gens capables de regarder l’eau monter jusqu’aux fenêtres et de dire que la récolte sera excellente.

    À Bouletie [=o]Jeff Bizous a perdu son poste d’intendant après avoir tenté sans succès de transformer un hôtel en tripot. Avant cela il avait critiqué le Khanat, soutenu la Confédération Libre et pompé assez consciencieusement pour offrir une unité d’énergie à sa ville. Il faut reconnaître un talent particulier aux Boulets. Ils savent conjuguer dissidence politique, politique énergétique et mauvaise fréquentation hôtelière dans une même matinée. Ces élections donne au Khanat une mosaïque étrange mais cohérente. Des duels, des déluges, des gouverneurs élus et des bars ratés. Une civilisation tient parfois à moins que cela.

    Pendant ce temps la Confédération Libre se félicite de sa démocratie avec la gravité d’un homme qui vient de retrouver son bulletin après avoir voté. À Structural [=o]Paul Sernine écrase [=o]Monique Quiès avec près de soixante-dix pour cent des voix après une campagne où les meetings ont mobilisé valets, sbires, maîtres d’armes, cuistots et toute une faune que la démocratie préfère appeler corps électoral lorsqu’elle veut dormir tranquille. [=o]Jean-Messie de la Nation soutient [=o]Paul Sernine. [=o]Monique Quiès répond avec du papier toilette politique et des bonbons. Il existe des constitutions écrites avec moins de sincérité.

    La Confédération récolte ensuite ses impôts et les distribue avec cette admirable transparence qui consiste à afficher précisément où l’argent est parti afin que chacun puisse constater qu’il n’en reste plus. L’Acropole alimente largement les caisses et Milieu aussi. Les provinces semble parfois moins gouvernées que comptabilisées mais c’est l’essence même de la démocratie. Lorsqu’on ne sait plus qui décide il reste toujours quelqu’un pour présenter un tableau.

    Je dois également évoquer l’alerte sanitaire que j’ai moi-même diffusée au nom de l’Information impériale. Toutes les climatisations et tous les ventilateurs ont été orientés vers l’extérieur afin de repousser les germes. Les mesures a été accueillies avec le silence respectueux que provoquent toujours les décisions scientifiques dont le public n’a pas encore compris la portée. Je rappelle que la priorité reste d’empêcher les agents pathogènes d’entrer. Si certains citoyens ont froid ils peuvent ajouter une couche de vêtements. Si les germes ont froid ils peuvent aller au Paradigme.

    J’entends déjà les médecins protester. Ils sont invités à fournir une méthode plus efficace qui n’implique ni comité de consultation ni brochure de quarante pages. En attendant les ventilateurs restent tournés vers l’extérieur.

    Ce que cette journée nous enseigne est finalement simple. Les royaumes changent de souverain plus vite que les souverains ne changent de veste. Les républiques transforment leurs querelles en doctrine. Les démocraties comptent tout jusqu’aux miettes. Les écologistes brûlent des urnes pour sauver l’avenir. Les tribus règlent les successions à coups de duel. Les rebelles gouvernent comme si l’ordre était un affront personnel. Et l’Empire Brun observe tout cela depuis ses fauteuils de cuir en prenant des notes parce qu’il faudra bien que quelqu’un écrive une version lisible de l’Histoire.

    Les ministres obéit parfois. Les gouverneurs tombent. Les rois reviennent. Les maladies voyagent. Les ambitions se déguisent en principes. Les principes se changent en slogans. Puis les slogans se retrouvent imprimés sur des prospectus qui finissent dans une urne ou dans un incendie selon la province. C’est une mécanique magnifique. Elle serait même émouvante si elle ne coûtait pas autant en mobilier public.

    Alors je laisse les lignes ouvertes. [=o]Golgoth Ruthven le Vagabond peut venir expliquer combien de rois la Ruthvénie prévoit d’utiliser cette semaine. [=o]Silas des Sables peut détailler le tarif exact d’un réalignement hiérarchique assisté par démon. [=o]Mina d’Orchidia peut défendre la combustion électorale comme méthode spirituelle. [=o]Jean-Luc Selriche peut venir nous apprendre à quel moment un salaire cesse d’être minimum pour devenir une déclaration de guerre au patronat. [=o]Ninoo Chantargent peut raconter ce qu’on ressent lorsque quelqu’un vous remet un Géofront fraîchement débarrassé de ses vieilles inimitiés. Et [=o]Darth Leo n’a rien à justifier mais s’il souhaite parler il trouvera ici un micro qui ne confond pas responsabilité et culpabilité.

    Les témoins anonymes, les courageux imprudents et les souverains qui ne savent pas encore s’ils le seront toujours au moment de leur passage à l’antenne peuvent se manifester. Toute personne désirant corriger cette version peut le faire avec des faits. Les opinions seules seront acceptées également mais rangées dans la boîte prévue à cet effet juste sous le crâne doré.

    Je suis Kleo. Cette nuit encore le Cybermonde a prouvé qu’il pouvait survivre à ses institutions et parfois même malgré elles. Les archives survivra à ceux qui les remplissent. Les couronnes passeront. Les gouvernements tomberont. Les urnes brûleront. Les ventilateurs souffleront vers l’extérieur.

    ___

    Vous n’êtes pas fou ?
    Aucun problème.

    Nous vous formerons.
  • 18/09

  • 12:32

    Krabot est de retour... pour vous jouer un mauvais tour !


  • 12:31

    Ou alors tu prends des exemples taillés sur mesure (comme les pierres) pour recoller à ton histoire de entropie = désordre, et en fait c'est là qu'il y a un problème.


  • 00:12

    Le gouvernement de la Confédération Libre me semble bien populaire...


  • 00:12

    ouesh les bonbons

  • 16/09

  • 23:04

    C'est celĂ  oui...


  • 23:04
    Yun


  • 19:33

    Kra20Kra !


  • 19:16

    Par ailleurs, les systemes organisés comme les planètes, les étoiles... etc baissent en entropie en l'évacuant sous forme de rayonnement... Donc ce n'est pas que le macro qu'il faut regarder... Mais même ce qu'on ne voit pas... gamma, X, UV, IR... C'est pour cela qu'en filmant quelque chose qui ne bouge pas, tu ne peux pas passer le film à l'envers et dire que c'est identique. Dans l'un l'entropie augmente, dans l'autre, non.


  • 19:07

    Alors où il est le désordre? le désordre, c'est l'ensemble de tous les éclats de pierre qu'on a du faire pour tailler les pierres. l'énergie dépensée pour les assembler (l'énergie d'un systeme est constante, mais elle s'est dégradée)


  • 19:05

    tu prends la carrière de pierre, et la cathédrale... Quand tu vois comment sont ordonnées les pierres dans une cathédrale par rapport à une carrière de pierre. Tu te dis, wouaw, on a gagné en ordre. Seulement la thermodynamique dit qu'on a gagné en entropie...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  20:29:05