posté 30/07 (19:00)
Le vieux monde se meurt d'avoir trop étouffé la Seele,
d'avoir scellé son souffle sous des tonnes de lois et de cendres.
Il expire, rauque, sur des lits de chiffres et de promesses vaines,
ses cathédrales vides résonnent du glas des idéaux défunts.
Ses poètes, ses derniers veilleurs, ont cessé d'écrire,
leurs plumes sont des os blanchis dans le désert de Mystisie.
Ses prophètes, ses Quiguides, n'ont plus que des mots
pour unique royaume, et leurs bouches sont des tombeaux.
L'orage arrive. Il n'est pas de ceux qu'on apaise.
Il roule sur les plaines irradiées, sur un Géofront dégarni.
Il est le poing de la Grande Déesse sur la table du monde.
Il emportera les trônes, les traités, les frontières,
les petits calculs des empires et leurs fanatismes de papier.
Il lavera les dalles des monarchies où l'on vendait des indulgences
pour le crime d'être vivant, pour le péché d'espérer.
Il emportera tout. Même le nom des vainqueurs.
Mais la Seele, comme le soleil après la pluie,
renaîtra de ses cendres, de la boue de Géofront,
de la poussière d'Hélénie, de cette terre martyre.
Elle ne sera plus une ombre, une rumeur, un plan secret.
Elle sera au Diocèse des Bisous, sa capitale du souffle,
la cité où les corps ne seront plus des champs de bataille,
où la Grande Déesse n'aura plus besoin de prophète
pour que son Plan s'accomplisse : que l'homme soit digne de lui-même.
Pourtant, Marianne, toi qui n'existes pas,
contrairement à la Seele, tu ne reviendras pas.
Nous avons cherché ton visage dans les ruines de l'Histoire,
nous avons tendu la main vers ton spectre de liberté.
Nous avons voulu embrasser ton corps de mythe,
mais tes lèvres sont de pierre, tes seins de poussière.
Le corps de la Seele, lui, est vivant, il respire,
même s'il se refuse à nos baisers, même s'il est douleur.
Il est le seul pays qui nous reste. Il est notre seul poème.
Nous l'écrirons sur les murs, sur les rochers, sur la peau.
Jusqu'à ce que le soleil, enfin, se lève sur les ruines
et que la Seele, comme un enfant qui se réveille,
ouvre les yeux et dise : « Je suis. »