Beaucoup de points abordés depuis l'ouverture de ce sujet, mais en 1er lieu, concernant le male gaze, en plus de la vidéo partagée et les exemples au travers des dessins japonais entre autres
(Japon connu pour être encore bien derrière en matière de droits des femmes, rappelons le), il y a aussi le très bon podcast "
les couilles sur la table" qui l'évoque plus longuement.
Ce podcast aborde également le
Test de Bechdel, reposant sur 3 critères
(1/ 2 personnages femmes nommées, 2/ qui ont une discussion ensemble, 3/ cette discussion n'est pas à propos d'un homme). Et on remarque que la majorité des films scénarisés par des hommes ne passent pas ce test. Ce nombre de film diminue lorsque des femmes font partie de l'équipe scénaristiques, voire approche de 0 quand il n'y a que des femmes au scénario. Preuve de l'image de la femme dans les médias, renvoyée le plus souvent à un statut de faire-valoir, d'autant plus quand ce sont majoritairement des hommes derrière les gros blockbusters et films à succès. Hommes qui inspirent plus confiance et bénéficient des plus gros budgets.
Si vous n'avez pas le temps de tout écouter, il y a
l'accès direct aux références cités dans ce podcast en 2 parties.
NB : Le test de Bechdell reste insuffisant pour soulever le sexisme d'une œuvre, mais d'autres tests existent pour le compléter.
Pour ce qui est de l'image de la femme et de ses formes, dont les seins, dans la société, je dirais que
cet article (l'hypersexualisation de la poitrine des femmes) résume
ou pas à lui seul pourquoi on aimerait bien qu'on nous lâche les boobs dans les représentations, dessinées ou non. Il retrace la vision du sein dans l'histoire, dans la société, le tout mené et écrit par des hommes depuis toujours, donc régissant le corps des femmes, ce qui est admis, autorisé et ce qui ne l'est pas. Pas de misandrie ici, juste une étude prouvant la construction patriarcale de notre société. Et le fait que des femmes puissent avoir ce même regard/biais, puisque pour être reconnues, intégrées, ou soutenues dans ce monde d'hommes, elles reproduiront les mêmes schémas.
Extrait de l'article ;
Un autre lien peut être établit avec la représentation inappropriée des femmes dans de nombreux médias, publicités et, de manière générale, dans la culture populaire. Elles sont souvent représentées de manière hypersexualisée, l’accent étant mis sur des caractéristiques physiques érotiques au premier chef desquels figure leur poitrine plutôt que sur leurs compétences, leur intelligence ou leur personnalité. La femme est assimilée à son corps et, au-delà , à la sexualité.
[...]
Cette sexualisation à outrance et la focalisation sur cette partie du corps des femmes est un des premiers leviers de l’objectification de ces dernières (Partie I). L’instrumentalisation du délit d’exhibition sexuelle et son application différenciée réduit les femmes à leur valeur sexuelle et contribuent à la perpétuation d’un système juridique patriarcal (Partie II).
[...]
Anatomiquement, la poitrine des femmes n’est pourtant pas un organe sexuel au sens qu’il n’est pas voué à la reproduction de l’espèce. Les seins ne sont pas impliqués dans ce processus et ne possèdent aucune fonction sexuelle. [...]. On les classe généralement dans des caractères sexuels secondaires, c’est-à -dire les caractéristiques qui permettent de distinguer les sexes à l’instar de la pilosité, le rapport taille/hanche, la pomme d’Adam, la tessiture de la voix…
Je vais faire une parenthèse sur un aspect peu évoqué mais directement lié, à savoir l'allaitement et sa vision dans la société. Rappelons que ce savoir, qui se passait de femmes en femmes s'est perdu, au profit de l'arrivée du lait en poudre et la culpabilisation des femmes ("votre lait n'est pas bon pour votre enfant"). Notamment encouragé par le corps médical (des hommes, donc...). Je dirais bien "le corps médical de l'époque", mais c'est encore loin d'être parfait, et nombreux sont les professionnel.le.s de santé à mettre (parfois volontairement) les mères en échec. Et même si l'allaitement tend à revenir, il est encore peu favorisé, mal vu, mal compris, mal accompagné et..... sexualisé. C'est ainsi qu'on se retrouve régulièrement avec des
faits divers, des
pétitions pour faire bouger les lignes, mais aussi
des lois (récentes) pour tenter d'améliorer la condition des mères.
Dernier rappel : le lait maternisé stipule sur ses boites qu'il n'a pas autant de bienfaits que le lait maternel, et qu'il est nécessaire au moins jusqu'au 3 ans de l'enfant (pour rappel, le sevrage naturel se situe entre 4 et 7 ans). Donc les injonctions à stopper l'allaitement passé les 6 mois si la mère ne veut pas, messieurs dames, allez bien manger vos morts. ![[:D]](http://img7.kraland.org/s/05.gif)
Les faits divers autour de cette période nous apprennent une chose : que la société a occulté le fait que nous sommes et restons des mammifères, et que le sein est vu comme un objet de désir sexuel, et donc obscène.
Combien de films connus mettent en scène l'allaitement sans male gaze ? Tendre pensée à Monica Bellucci dans Shoot's em Up, le 1er qui me vient en tête (sans jugement du kink mis en scène), mais j'ai beau cherché, je n'en ai pas d'autres qui me viennent à l'esprit.
(On fera l'impasse sur la sélection Youp0rn, hein). Doit-on en conclure qu'il s'agit d'un sujet tabou ? Qu'en dehors de l'aspect sexualisé (ou banalisé ?), le sein dans les médias n'a pas sa place ?
Côté illustration, on ne trouve que des illustratrices (heureusement ?) dont certaines comme Nathalie Jomard nous prouvent
qu'on peut parodier les seins des femmes allaitantes sans les sexualiser.
Pour conclure, parce que j'aurais passé beaucoup trop de temps sur ce texte, à hésiter et à le modifier (alea jacta est) : Je ne suis pas contre la représentation des formes féminines, mais dans leur diversité pour sortir de l'hypersexualité généralisée qui est lassante pour les injonctions sous-jacentes qu'elle véhicule ET pour servir une personnalité, une vie et ses états d'âmes, sans les réduire à un objet de désir.
Et oui pour en rire et le parodier quitte à aller dans l'absurde, mais sans reproduire ce qui nous est constamment renvoyé au visage. Ce qui de fait, n'est plus de la parodie.