Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet
-
posté 28/07 (00:55)

27 Juillet 6662026
SpoilerBonsoir aux habitants du Cybermonde qui ont encore la chance de posséder un pouls vérifiable, aux démons qui ont remplis leurs formulaires d’entrée, aux morts-vivants qui les ont mangés avant le contrôle et aux citoyens de Mystisie qui découvrent avec émerveillement que leur désert avait besoin d’un peu plus d’activité infernale pour devenir véritablement accueillant. Ce soir la vieille radio impériale n’émet pas depuis l’Empire Brun. Elle repose au cœur de l’Antre de Naar sur une table de pierre dont les pieds sont manifestement composés d’anciens visiteurs qui avaient eux aussi demandé où se trouvait la sortie. Les torches brûlent d’une lueur verte et malade. La fumée d’un cigare serpente sous les voûtes. Tout au fond de la salle se dresse le trône d’
Ombre Machiavélique avec son velours sombre, ses ornements peu rassurants et l’accoudoir droit désormais occupé par votre servante. Oui mes petits cadavres administratifs je suis installée sur le bras du trône du démon de l'Antre
Ombre Machiavélique peut donc continuer de prétendre qu’il règne seul depuis ce meuble. Nous laisserons cette illusion vivre encore quelques minutes parce que la cruauté doit parfois savoir se montrer raisonnable.
Abandon donc. Cette merveille de Mystisie où les pierres ont davantage de souvenirs que les habitants et où les habitants ont généralement la délicatesse de devenir eux-mêmes des souvenirs avant que les pierres ne s’ennuient. Depuis plusieurs jours les pactes démoniaques ont été signé avec un enthousiasme qui aurait dû éveiller quelques soupçons. Les dunes tremble. Les morts marchent. Les portails s’ouvrent et les créatures de Naar semblent avoir découvert que la frontière mystisienne repose essentiellement sur un écriteau demandant poliment aux monstres de ne pas entrer avec du sable sous les pieds.
Silas des Sables a donc pris la parole afin de rassurer la population en expliquant que Lampe du Génie demeurait parfaitement sûre, que les phénomènes restaient localisés autour d’Abandon et que
Mnémésine d’Arcys placerait les soldats disponibles aux portes pour refouler les démons sans papiers. C’est une politique admirable. L’enfer peut engloutir les ruines à quelques dunes de là mais tant que les abominations présentent un document lisible à l’entrée nous demeurons une civilisation. En Mystisie on parle d’un problème de domiciliation. On ne demande pas au zombie pourquoi il marche encore. On lui demande dans quelle ville il déclare son domicile principal et s’il compte exercer une activité rémunérée. On ne s’interroge pas sur le fait qu’une bouche infernale se soit ouverte au milieu du désert. On vérifie si le portail possède une autorisation de chantier. Toute grande civilisation se reconnaît à sa capacité de transformer l’horreur absolue en compétence municipale et de ce point de vue les habitants a compris l’essentiel.
Pendant que
Mnémésine renforçait les accès et que
Silas recommandait de ne pas ramener de morts-vivants chez soi comme si ce conseil n’allait pas immédiatement donner des idées à plusieurs habitants de Lampe du Génie, l’Empereur
Octave Sombrefer et la Générale
Deux-Fleurs de Pont-Krivell ont pénétré dans les ruines. Nous avons alors entendu les démons mineurs hurler, les os casser et les zombies grogner avec cette régularité martiale qui permet de distinguer un combat impérial d’un simple samedi soir en Sicilia. Les résidus monstrueux jonchait bientôt le sable et l’un des squelette s’est fait capturé pour les besoins de notre enquête. Gérard est donc le seul survivant disponible. Il ne coopère pas beaucoup mais son silence me paraît déjà plus instructif que plusieurs discours gouvernementaux prononcés cette semaine.
Puis la voix est sortie de l’Antre. Un rire obscur a couru sur les pierres et quelqu’un a demandĂ© Ă
Octave et
Deux-Fleurs si cet affrontement n’était qu’un échauffement avant de les inviter à une deuxième partie. La formulation est intéressante. Elle signifie d’abord que les démons possèdent désormais un sens de l’hospitalité proche de celui des tenanciers de tavernes. Vous venez d’exterminer leurs serviteurs et ils vous proposent immédiatement une activité supplémentaire. Elle signifie ensuite que ce qui vient de se produire n’était pas une invasion mais une présentation. Un échantillon. Une petite assiette déposée sur la table afin de montrer au client ce que la cuisine peut encore produire quand le cuisinier aura cessé de jouer avec les cadavres.
Mais avant de quitter Mystisie il faut évoquer l’autre bataille qui s’y déroule. Une guerre plus discrète et peut-être plus dangereuse encore. Celle des fonctions administratives.
Silas des Sables a perdu son poste de Bourgmestre après une affaire de vandalisme commise sous son identité.
Valerio Tenebri a ensuite découvert qu’
Agatha aurait utilisé le nom de
Silas avec toute la discrétion d’une voleuse qui signerait son crime avant d’organiser une conférence de presse. Les poursuites contre le véritable
Silas ont été annulées et
Valerio a demandé que l’on n’oublie pas le pot-de-vin. Cette précision me rassure. Dans un monde où les morts sortent des murs et où les démons ouvrent des portails il est agréable de constater que certaines institutions reste fidèles à leurs valeurs.
Don Amortel s’est ensuite installé à la mairie vacante en soupirant. Puis il a nommé
Silas Commissaire de Police. Ainsi un homme accusé sous sa propre identité et lavé par une enquête aux honoraires scandaleux s’est retrouvé chargé de poursuivre les gens qui utiliseraient incorrectement la leur. La roue de la justice impériale tourne vite. Elle tourne parfois si vite que les condamnés deviennent policiers avant que les greffiers aient retrouvés le dossier.
Don Amortel affirme être venu retrouver son Ombre et le fameux pouf disparu. Nous ignorons encore lequel des deux représente la priorité municipale.
Lyra me fait comprendre d’un regard qu’elle refuse toujours le poste de mobilier. Je tiens donc à préciser officiellement que la Sultane présente à nos côtés n’est pas disponible comme repose-pieds sauf en présence d’un contrat matrimonial suffisamment avantageux. Et tandis que Mystisie défend la frontière entre les vivants et les morts le Valégro défend la frontière entre deux façons de rendre les paysans malheureux.
À Fort Emouchet les partisans du Royaume de Ruthvénie expliquent que la République de Kraland a défiguré la terre avec ses HLM. Les défenseurs de Kraland répondent que la Ruthvénie désire rétablir les domaines et le servage.
Emile Liarr a tenté de simplifier l’affaire en expliquant que Kraland au Valégro était mauvais et que Ruthvénie au Valégro était bon. Après plusieurs heures de discours il a donc atteint le niveau de précision politique d’un enfant choisissant entre deux confitures. Il a aussi précisé que le servage n’était pas de l’esclavage mais un accord équitable dans lequel les uns apportent leur main-d’œuvre et les autres leur proposent généreusement de l’utiliser. Il faut admirer cette définition. Avec assez d’élégance tout collier devient un bijou.
Baptiste Le Tellier a promis que les HLM seraient remplacés par de belles propriétés avec des dépendances pour les serfs. C’est une vision sociale d’une grande cohérence. Les pauvres ne seront plus entassés dans des immeubles laids. Ils pourront désormais vivre derrière la maison des riches dans une petite construction pittoresque dont la porte ferme probablement de l’extérieur. De son côté
Jean-Luc Selriche affirme que la République a pu faire des erreurs mais rappelle que seul celui qui ne fait rien n’en commet aucune. C’est la défense préférée des gouvernements qui ont fait tellement de choses que personne ne sait plus laquelle juger en premier.
Michel DruKra a demandé aux Ruthvènes de cesser de brailler devant l’hôtel de ville le temps que les représentants locaux puissent discuter. Voilà une demande parfaitement raisonnable adressée à une monarchie dont la diplomatie repose depuis toujours sur la capacité de parler plus fort que le voisin en portant davantage de velours.
Sir McRabbit promet la collaboration.
Logan Komikov l’accuse d’avoir mis des bâtons dans les roues.
Précieuse Liarr reçoit une enclume sur la tête. Ce dernier événement constitue peut-être l’analyse politique la plus honnête de toute la crise. Le Valégro se trouve coincé entre deux régimes et le ciel lui-même a décidé de participer au débat avec du matériel de forge.
La République assure vouloir respecter le peuple. Le Royaume affirme vouloir rendre sa dignité aux paysans. Les deux camps parlent de liberté tout en désignant très précisément l’administration sous laquelle les habitants seront enfin libres d’obéir. C’est le miracle des conflits territoriaux. Plus les puissants parlent de la volonté locale et moins les locaux ont le temps de finir une phrase. Les révolutions se termine souvent ainsi. Un peuple réclame le droit de choisir son avenir et plusieurs gouvernements arrivent immédiatement avec des formulaires déjà remplis.
Pendant ce temps le Paradigme Vert change de dirigeants avec la sérénité d’une maison dont le toit brûle mais où quelqu’un insiste pour déplacer les plantes. Une pétition de désaveu a été lancée contre
Paul-Steeve Saint-Sauveur peu après son arrivée au pouvoir. Le Régent
Cassandra a commencé à nommer
Stella Darnus aux Services Secrets et
Makoto Natsume au Travail.
Stella a aussitôt annoncé que les murs avaient des oreilles et parfois les voisins aussi. Il s’agit d’une doctrine de sécurité très écologique. Même la végétation participe à la surveillance et aucun citoyen ne peut être certain qu’un buisson ne rédige pas déjà son dossier.
La Confédération Libre propose pour sa part de tracer une immense zone démilitarisée à travers le Cybermonde afin de séparer les peuples qui ne savent plus cohabiter. L’idée consiste donc à prendre tous les conflits existants et à leur ajouter une frontière administrée par la Confédération. C’est ambitieux. Lorsque deux voisins se disputent une clôture le Confédéré ne choisit pas un camp. Il construit une autoroute entre les deux maisons et réclame le droit de surveiller les péages. Les démocrates ont cette élégance particulière. Ils ne conquièrent jamais. Ils créent des espaces neutres suffisamment vastes pour nécessiter leur présence permanente.
Revenons donc à l’Antre de Naar. Derrière moi
Ombre Machiavélique demeure assis sur son trône avec ses cornes dressées sous les voûtes et son chapeau aux dents douteuses. Je tiens à rappeler que ses goûts vestimentaires ne sont pas contestables. Ils sont défendus par un accessoire capable de mordre.
Lyra conserve des sentiments partagés entre son charisme et sa garde-robe.
Renato observe la sortie avec la prudence d’un homme qui sait qu’il devra probablement nous ramener tous les trois. Quant à moi je reste sur l’accoudoir avec l’assurance paisible d’une créature qui a déjà annexé le meuble et qui attend simplement que son propriétaire s’en rende compte.
Les Ombres attend derrière les portes.
Octave et
Deux-Fleurs ont terminé l’échauffement. Lampe du Génie ferme ses accès aux démons sans papiers tandis que les citoyens continuent probablement de ramener chez eux tout mort-vivant qui semble avoir besoin d’un repas chaud. Le Valégro hésite entre les HLM rouges et les dépendances royales. La Confédération veut découper le monde pour le sauver et le Paradigme nomme des espions pendant que son président découvre la brièveté possible du bonheur électoral. Tout est donc parfaitement normal.
Les habitants d’Abandon qui souhaitent témoigner peuvent venir jusqu’à l’Antre. Les vivants devront présenter leurs papiers. Les morts devront apporter leurs propres fils de soutien. Les démons peuvent entrer librement à condition de ne pas déranger
Ombre Machiavélique pendant qu’il me gratte les oreilles. Les personnes désirant contester cette version des événements sont invitées à parler directement dans la vieille radio. Gérard vous expliquera ensuite ce que nous faisons des témoignages inutiles.
Ici Kleo pour Radio Nécrotoile Souvenez-vous mes petits osselets. Lorsque les Ombres vous invitent à une deuxième partie il est déjà trop tard pour demander les règles.
___
Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.