posté 27/07 (17:06)
Coucou,
Alors voilà , je me permets de venir dans ce débat après mûre réflexion pour dire le fond de ma pensée. Déjà , pour résumer, je pense que Sylke a grandement raison sur certains points, même s'il y a plusieurs choses qui sont occultées ou qui sortent un peu du cadre, on va dire.
Déjà , non, Boing boing n'est pas anodin, et je n'aurais jamais dû l'implémenter dans le jeu ni le laisser passer avec le recul. Même si j'entends ton argumentaire, Meg, j'ai pris cette décision désastreuse à la base parce que j'avais besoin d'un sort spécial par empire. C'était soit ça, soit Aya qui faisait du pole dance sur le terrain. J'ai donc accepté et proposé cette idée à la volée, car il ne me restait plus beaucoup de temps. Mais c'est clairement dégradant, d'une certaine manière, sur plusieurs points.
Déjà , même si l'idée était de dénoncer les personnes (hommes comme femmes) qui sont déconcentrées par des seins qui bougent au lieu de se focaliser sur la performance des athlètes féminines, cela produit en réalité l'effet inverse. Par exemple, une petite fille qui lit ça ne va pas se dire : "Wow, bravo pour cet élan totalement féministe ! Cela dénonce avec brio la surexposition du corps des femmes dans les grandes compétitions et dans la vie de tous les jours." Non ! C'est même tout l'inverse cela ancre encore davantage cet imaginaire délétère autour de la femme, d'autant plus que c'est un sujet actuellement très débattu.
Surtout que ce n'est même pas une exagération de dire que ça véhicule des clichés pas oufs. Par exemple, je t'ai réellement cru quand tu disais qu'avoir une grosse poitrine aidait pour les contrôles de la poitrine, ou encore lorsque je pensais que cela facilitait les retournés acrobatiques. J'ai dû me renseigner.
Ensuite, comme dit précédemment, ça participe à objectifier le corps des femmes. Et même si c'est fait avec une intention féministe, le résultat n'est pas terrible. J'ai par exemple arrêté Dandadan dès les premiers chapitres, parce que l'objectification du pénis du protagoniste pour en faire une blague, je trouvais ça franchement dégoûtant et au-dessus de mes forces à supporter, même sans y voir de préjugés sexistes. Ça m'a simplement mis profondément mal à l'aise. Donc je peux comprendre que des femmes soient profondément mal à l'aise avec ça.
Surtout il y a aussi le fait que ce genre de blague finit par banaliser des réflexes que beaucoup de femmes subissent déjà au quotidien. Beaucoup de personnes homme/femmes/non binaires d'ailleurs. On rit de l'utilisation d'une partie de leur corps avant de rire du personnage lui-même, et encore moins avec lui. Boing boing fait rire, mais ne fais pas rire avec Saphir, mais DE Saphir et de sa condition de femme objet de désir. Même si l'intention est de tourner en dérision les personnes qui se laissent déconcentrer, le résultat est que le corps féminin reste le ressort comique de cette histoire. Au final, la première chose que l'on retient, ce ne sont pas les qualités du personnage, mais sa poitrine. Ce qui est un énorme CSC. Il y a également un autre problème ce type d'humour renforce l'idée que les seins sont forcément un objet public, quelque chose que tout le monde peut commenter ou utiliser comme matériau pour une blague. Or, c'est précisément ce regard permanent sur le corps des femmes qui est dénoncé par beaucoup d'entre nous. Même lorsque la blague part d'une bonne intention, elle peut malgré elle participer à normaliser ce regard. Enfin, je pense qu'il faut aussi accepter qu'une œuvre ne soit pas reçue comme son auteur l'avait imaginée. Une fois qu'elle est publiée, chacun l'interprète avec son vécu.Plusieurs camarades m'ont ditent que cette représentation les met mal à l'aise donc je l'ai retiré.
En revanche, là où je suis un peu plus mitigé, c'est que j'ai parfois l'impression que le débat se concentre presque exclusivement sur le yuri et le regard masculin porté sur les femmes, alors que les dérives existent aussi dans l'autre sens. En tant que consommatrice de yuri, je comprends parfaitement les critiques adressées au male gaze. Mais en tant qu'encore plus grande consommatrice de yaoi, tu as sans doute déjà vu, toi aussi, des œuvres écrites par des femmes qui fantasment les relations entre hommes de manière tout aussi irréaliste, avec des clichés, des rapports toxiques romantisés ou des personnages réduits à des archétypes destinés au fantasme féminin. Si on traine sur Nhentai beaucoup d'autrices font aussi du Yaoi shotacon quand on cherche (je ne suis pas consommatrice de ça mais oui c'est une dérive qui existe et je le souligne).
À mes yeux, le problème dépasse donc largement le simple fait que des hommes écrivent des femmes. C'est plus généralement la question de l'objectification et de la fétichisation d'un groupe par des personnes qui n'en font pas partie. Le male gaze est évidemment un phénomène réel et particulièrement documenté, mais il existe aussi des formes de female gaze qui peuvent tomber dans des travers similaires. Je trouve donc qu'il serait intéressant d'élargir la réflexion à toutes les formes de représentations plutôt que de donner l'impression que le problème ne concerne qu'un seul sens. Cela fera plus avancer la société.