Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet
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posté 27/07 (00:53)

27 Juillet 6662026
SpoilerQuelque part au bout de ce fil invisible une voix se forma dans la fumée et elle ne venait ni d’un studio ni d’un palais mais des dunes de Mystisie où
Kleo apparaissait légèrement floue entre
Renato M. et
Lyra du Hautbois. Cela pouvait provenir de la chaleur du désert. Cela pouvait provenir des vapeurs du mariage. Cela pouvait aussi provenir du fait que la Ministre de l’Information tenait son verre avec davantage de stabilité que sa propre existence. La question ne sera pas tranchée ce soir par souci de dignité institutionnelle.
Bonsoir Empire Brun. Bonsoir Cybermonde. Bonsoir aux honnêtes citoyens qui ont passé leur journée à travailler et bonsoir surtout aux autres puisque ce sont eux qui fournissent l’actualité. Votre Ministre de l’Information vous parle depuis Abandon où les autorités impériales a décidé d’accueillir une délégation des Enfers selon les traditions les plus nobles de notre civilisation. Nous avons donc envoyé une générale, une garnison armée et plusieurs personnes suffisamment optimistes pour croire que les bonnes manières démoniaques ne s’enseigne pas nécessairement après la première morsure. Derrière moi le sable est jonché d’empreintes, de douilles, de fragments d’os et de formulaires administratifs encore vierges. Devant moi se tient un squelette qui a accepté de répondre à nos questions dès qu’il aura retrouvé sa mâchoire inférieure. À ma droite
Renato conserve cette expression sereine des hommes qui savent qu’ils auraient dû rester à la taverne. À ma gauche
Lyra du Hautbois contemple les morts-vivants avec le regard affectueux d’une souveraine revenue de noces qui découvre que ses administrés ont profité de son absence pour mourir sans autorisation. Elle porte encore la robe que je lui avais préparé. Elle est splendide. La robe aussi.
Il convient avant toute chose de rendre hommage Ă notre Empereur
Octave Sombrefer dont l’accession au pouvoir semble avoir produit dans les Enfers l’effet d’une cloche annonçant le service du dîner. Informé que les démons manifestaient à Abandon il n’a pas commis l’erreur ordinaire d’envoyer un diplomate avec des fleurs. Il a félicité les manifestants pour leur capacité à troubler l’ordre public puis il a chargé
Deux-Fleurs de Pont-Krivell de les recevoir avec une garnison complète et des armes prêtes à tirer. Voilà une politique extérieure cohérente. On ne peut pas être accusé de menacer ses invités lorsque l’on précise dès l’invitation que les fusils font partie du mobilier. Dans le même mouvement
Octave Sombrefer a confiĂ© l’Économie Ă
Kramara Kisugi, les Services Secrets Ă
Valerio Tenebri, la Guerre Ă
Martina D. Dei Machiavelli et l’Information à votre servante. Certains esprits chagrins diront que les fonctions ont changé rapidement. Ils oublient que l’immobilité est la première maladie des empires faibles. Dans un gouvernement véritablement vivant les ministres doivent circuler comme le vin lors d’un mariage. Rapidement, abondamment et sans que personne ne sache exactement qui a vidé la dernière bouteille.
La nomination de
Deux-Fleurs de Pont-Krivell à la tête de l’expédition d’Abandon était d’ailleurs un choix d’une remarquable logique. La Générale s’est présenté devant la délégation infernale avec la fermeté militaire attendue. Elle a ensuite été agressée par un squelette, plusieurs zombies et divers démons mineurs à une fréquence telle que les registres ont fini par ressembler à la carte d’un restaurant où chaque plat aurait tenté de dévorer le serveur.
Votre Ministre de l’Information a elle-même subi l’accueil enthousiaste d’un squelette. Je puis vous assurer que la créature avait une solide poigne pour quelqu’un dont la masse musculaire est depuis longtemps devenue une question théorique. Elle se trouve actuellement assise devant moi sur une caisse de munitions.
Renato lui a prêté une ceinture afin d’empêcher son bassin de partir sans le reste de son corps et
Lyra lui parle avec la douceur réservée d’ordinaire aux animaux nerveux et aux fonctionnaires qui viennent d’apprendre qu’ils travailleront le dimanche. Cet entretien sera diffusé dans l’émission spéciale qui suivra. Nous lui demanderons pourquoi les Enfers se sont déplacés en si grand nombre, ce qu’ils espèrent obtenir de l’Empire et s’ils ont conscience que mordre la Ministre de l’Information constitue moins une menace qu’une demande officielle de couverture médiatique. Les concernés peuvent naturellement contester cette interprétation. Ils devront seulement attendre que notre invité ait retrouvé assez de dents pour articuler son désaccord.
Mais avant de quitter Abandon il faut parler de
Lyra du Hautbois. Notre Sultane Éternelle était partie représenter la Mystisie à un mariage ce qui prouve qu’elle sait distinguer les véritables urgences diplomatiques. Elle est revenue avec une robe magnifique, plusieurs souvenirs incomplets et cette détermination farouche que donne parfois la consommation raisonnable d’un verre après l’autre. Elle s’est avancée dans le désert en annonçant qu’elle ne fuyait pas les démons mais qu’elle les traquait et les cœur d’amour. Les historiens futurs auront beaucoup de mal à traduire cette doctrine. Ils devront pourtant reconnaître son efficacité puisqu’une troupe de morts-vivants avait immédiatement cessé de paraître menaçante pour simplement sembler confuse.
Voilà qui nous conduit naturellement au reste du Cybermonde où plusieurs gouvernements ont également décidé de s’effondrer avec une ponctualité digne des meilleurs orchestres. Commençons par la République de Kraland dont le Premier Ministre
Ranxerox a disparu à tout jamais. Dans les nations ordinaires la disparition d’un dirigeant provoque le deuil, l’inquiétude et parfois une enquête. À Kraland elle provoque surtout une file d’attente devant le fauteuil encore tiède.
Michel DruKra a observé le vide politique et il a aussitôt expliqué que la nature en avait horreur.
La disparition de
Ranxerox n’est pourtant qu’une partie du malheur kralandais. La République souffre également de l’Incident Jovenia qui a ramené une partie de sa population au stade de l’enfance. Les adultes ont rajeuni, certains responsables ont perdu leurs facultés et les enfants qui étaient déjà des enfants est malheureusement restés dans cet état. Cette dernière catégorie inquiète énormément l’administration qui découvre avec effroi qu’un véritable enfant de cinq ans peut ressembler à un ministre frappé par l’épidémie. Les secteurs stratégiques seraient menacés. Les centrales, les installations militaires et les cabinets médicaux pourraient être infiltrés par des individus trop petits pour atteindre les poignées de porte mais suffisamment qualifiés pour être nommés si le bon formulaire a été tamponné. Le gouverneur
Jean-Luc Selriche a même demandé la suspension de la Loi du Sourire puisque les citoyens ne savent plus quelle expression adopter. On leur ordonne de sourire mais on leur reproche simultanément de ne pas paraître assez tristes devant la disparition du Premier Ministre. C’est une contradiction insupportable pour une République où l’expression du visage demeure une compétence réglementée.
À Fort Emouchet la crise sanitaire s’est mêlée à une guerre d’influence entre la République de Kraland, le Royaume de Ruthvénie, les habitants locaux, les bourgeois révoltés, les enfants rajeunis et une communauté de lapins dont la démographie défie les lois naturelles ainsi que plusieurs articles du code du logement.
Sir McRabbit s’est présenté aux élections pour représenter ses trois cent cinquante-neuf enfants. Il réclame davantage d’espaces verts et moins de constructions kralandaises tout en remerciant les Pirates Ruthvènes pour leur soutien à la faune locale. La Bourgmestre
Kenza Creswick lui a répondu avec cette délicatesse municipale qui consiste à expliquer qu’aucun rongeur ne dictera sa politique et que les HLM ne seront pas détruits sur simple ultimatum. Quelques heures plus tard elle en a néanmoins détruit un. Il ne faut pas voir là une contradiction. Une autorité digne de ce nom ne cède jamais aux pressions. Elle attend seulement que l’idée adverse devienne officiellement la sienne.
Le Royaume de Ruthvénie observe cette agitation avec une compassion si profonde qu’elle a pris la forme d’une intervention politique massive.
Dame Démerzel,
Mench0 et plusieurs représentants ruthvènes louent
Sir McRabbit, critiquent Kraland et promettent aux habitants du Valégro une libération que certains d’entre eux n’avaient pas encore eu le temps de réclamer. La République répond que l’on ne peut pas libérer un peuple déjà libre. Le Royaume répond implicitement qu’un peuple libre ne protesterait pas autant. Les deux camps ont raison dans la mesure où les discours politiques n’engage généralement que les personnes qui ont la malchance de les écouter. Pendant ce temps les bâtiments deviennent autonomes, les bourgeois entrent en rébellion et des bruits de petits pas montent sous les fondations. Les uns accusent les rongeurs. Les autres accusent les agents ruthvènes. Personne n’accuse les entrepreneurs ayant construit les fondations ce qui prouve que même dans le chaos le respect des véritables puissances économiques demeure intact.
Fort Emouchet possède maintenant davantage de candidats que de rues sûres.
Koshka promet le retour des coutumes locales, du farniente et des papiers de toilette jetés sur les anciens établissements.
Sysson se présente au cas où l’attention de
Koshka ne tiendrait pas toute la semaine.
Sir McRabbit défend sa famille nombreuse.
Emile Liarr veut gouverner au nom du Pis-en-Lys Doré et promouvoir le retour au servage dans l’intérêt évident des paysans qui n’ont pas été consultés. Chacun de ces candidats promettent de rendre la province à son peuple. Il ne reste plus qu’à déterminer lequel de ces peuples survivra à la campagne électorale. L’Empire Brun observe tout cela avec une neutralité parfaite et cette légère satisfaction que ressent le propriétaire d’une maison solide lorsqu’il regarde ses voisins débattre de la couleur des rideaux pendant que leur toit brûle.
Restons un instant au sein de la République puisque le Géofront a lui aussi découvert une nouvelle méthode de gouvernance.
Darth Leo a renversé
Ren Chantargent en prenant soin de lui expliquer que cette usurpation n’avait absolument rien de personnel. Il apprécie profondément
Ren. Il respecte même tellement ses scrupules qu’il a décidé de lui retirer le pouvoir afin de commettre à sa place les actes douteux nécessaires à la liberté. Voilà une forme de dévouement qui mérite d’être étudiée. Le cambrioleur ordinaire vole vos clés.
Darth Leo vous remercie de les avoir si bien entretenues puis promet de vous les rapporter après avoir rĂ©organisĂ© la maison. Son règne serait provisoire. Dès que les circonstances le permettront le pouvoir reviendra Ă
Ninoo Chantargent. L’indépendance du Géofront se prépare donc au moyen d’un coup d’État temporaire mené par un homme qui assure ne pas vouloir conserver le fauteuil qu’il vient de voler. Les promesses qui accompagne une usurpation sont toujours fascinantes. Elles ressemblent aux rubans posés autour d’un cercueil afin que la famille oublie un instant ce qu’il contient.
Hanako Ainozomi soutient déjà l’indépendance et loue
Ninoo ainsi que
Shiki Chantargent. Le Géofront semble avoir accepté le principe général selon lequel on peut défendre la liberté en choisissant d’abord soi-même qui doit gouverner les autres. Cette doctrine n’est pas nouvelle. Elle constitue même l’un des piliers les plus durables de la politique cybermondiale. Les portes que
Darth Leo a laissé ouverte pourront naturellement être franchies par les habitants souhaitant discuter de l’avenir de leur province. Il leur faudra seulement accepter que l’avenir en question a déjà commencé sans eux.
Plus loin le Paradigme Vert a connu une révolution d’une rare élégance puisqu’elle s’est déroulée en plein mariage.
Cassandra a renversé la Régente
Mina d’Orchidia pendant que la moitié du pays célébrait une union et que l’autre moitié cherchait probablement ses chaussures sous les tables. Elle affirme vouloir ramener le Paradigme vers ses racines, protéger le vivant et empêcher la naissance d’une théocratie. Pour garantir cette restauration écologique elle s’est appuyée sur des forces démoniaques qui ont ouvert des portails à travers les provinces. L’écologie verte entre ainsi dans une nouvelle phase où les forêts seront protégées par des créatures venues d’un royaume de flammes éternelles. Certains observateurs y verront une incohérence. Ils n’ont pas compris la modernité du projet. Rien ne fertilise mieux une terre épuisée que les cendres d’une civilisation.
Les démons réclameront évidemment leur paiement. Personne ne sait encore lequel.
Cassandra assure que son pouvoir protégera toutes les croyances sans laisser une seule religion dominer les institutions. Elle devra maintenant expliquer cette liberté spirituelle aux entités infernales qui ont financé son changement de régime.
Orelia d’Orchidia a pour sa part dénoncé le choix particulièrement discourtois d’organiser un coup d’État au milieu du mariage puis elle a réclamé un duel. Il reste réconfortant de constater qu’au Paradigme Vert les anciennes traditions survivent. Lorsque la démocratie échoue on parle aux arbres. Lorsque les arbres ne répondent pas on invoque les démons. Lorsque les démons arrivent on provoque la régente en duel. Le cycle naturel demeure parfaitement préservé.
Le Grand Khan
Pigeon Ronron a observé cette évolution avec l’attention d’un oiseau voyant un chat s’approcher de son nid. Il a prévenu le Paradigme qu’il craignait un recyclage de ses vieilles idées puis il a retiré le Khanat de l’Inspection Écologique au motif que l’écologie véritable devrait faire exploser davantage de choses. Le raisonnement possède une certaine pureté. Le Paradigme ouvre des portails démoniaques pour sauver la nature et le Khanat quitte une organisation écologique parce qu’elle ne détruit rien d’assez spectaculaire. Pendant ce temps la Bananie connaît une invasion de champignons menaçant la production de liqueur. Enfin une catastrophe environnementale dont les conséquences sont clairement comprises par tous.
Les nations changent de maîtres avec la pudeur d’une taverne qui change de propriétaire sans nettoyer les tables. La République de Kraland se sont donné un Premier Ministre parce que le précédent avait disparu. Le Géofront a choisi la liberté en remplaçant son duc sans lui demander son avis. Le Paradigme a sauvé la nature avec l’aide des Enfers. L’Empire Brun a répondu à une manifestation démoniaque en envoyant des soldats prêts à tirer et demeure ainsi la seule puissance à avoir décrit exactement ce qu’elle faisait.
C’est la raison pour laquelle votre Ministre de l’Information peut conclure cette émission avec la sérénité d’une araignée dont la toile tient encore lorsque les palais voisins perdent leurs murs. Nous ne prétendons pas offrir le bonheur universel. Nous n’annonçons pas un coup d’État provisoire. Nous ne promettons pas de défendre la nature avec des portails infernaux. Nous disons simplement que les démons sont à Abandon, que plusieurs d’entre eux mordent et que nous avons apporté assez de munitions pour poursuivre la discussion jusqu’au matin. Cette franchise constitue aujourd’hui une forme presque révolutionnaire de vertu.
Les lignes de Radio Nécrotoile restent ouvertes aux souverains renversés, aux souverains ayant renversé quelqu’un, aux enfants devenus ministres, aux ministres devenus enfants et aux démons qui souhaiteraient déposer une réclamation concernant l’accueil impérial. Les concernés peuvent venir nier publiquement cette version des événements. Ils contribueront ainsi à enrichir nos archives et à confirmer que nous avions encore raison avant même de leur donner la parole.
Quant à vous mes chers auditeurs ne quittez pas les ondes. Après une courte pause destinée à rattacher correctement les jambes de notre invité nous recevrons le premier squelette de la délégation infernale. Il nous expliquera ce que les Enfers attendent de
Octave Sombrefer, pourquoi
Deux-Fleurs de Pont-Krivell a été attaquée autant de fois et pour quelle raison il a estimé convenable de mordre votre Ministre de l’Information avant même de lui offrir à boire.
Dans le désert
Lyra du Hautbois vient de retrouver une bouteille.
Renato vient de perdre tout espoir de rentrer tôt. Et moi je distingue enfin la mâchoire de notre invité sous une dune. L’Histoire peut continuer. Nous avons retrouvé ses dents. J’ai laissé le squelette juste au bord du micro pour que l’entretien spécial puisse commencer directement après cette chronique.
La suite après la pause
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Vous n’êtes pas fou ?
Aucun problème.
Nous vous formerons.