
Bonsoir aux bruns, aux brunes, aux comptables qui tremblent devant les chiffres, aux contribuables qui rangent leurs Ă©conomies sous le matelas, aux taverniers qui savent quâun redressement fiscal commence souvent par une plume et finit parfois par une vengeance familiale, aux survivants de
Sicilia qui vivent dans une ville oĂč mĂȘme les impĂŽts ont lâair de porter un couteau.
Ici Kleo,
araignĂ©e fĂ©ine impĂ©riale brune, journaliste impartiale comme une morsure dans une dĂ©claration officielle, installĂ©e sur mon trĂŽne morbide entre les crĂąnes polis, le velours sombre, les dorures anciennes, les rideaux pourpres et les chandelles qui fument avec lâair fatiguĂ© des tĂ©moins qui savent trop de choses. Mes yeux bleus percent la pĂ©nombre, ma toile tient le plafond, mon micro crĂ©pite et toute la salle sent cette belle odeur de pouvoir brun, de taverne humide et de dossier fiscal ouvert trop prĂšs dâune famille susceptible.
Ce soir, mes petits contribuables dâinfortune, nous devons parler dâun grand moment de poĂ©sie administrative.
Agatha, Ministre de lâĂconomie de lâEmpire Brun, a voulu frapper
Shana Al-KhaĂŻd dâun redressement fiscal. Elle a sorti la plume, lâindignation, la piscine centrale, les piscines annexes, les piĂšces qui glissent sur la peau avec des climats diffĂ©rents et cette belle douleur de femme riche qui voit son bassin monĂ©taire perdre de lâeau par toutes les fissures de lâEmpire.
Et puis elle a frappé
Adekan.
C ki ?
VoilĂ .
Le fisc brun a chargé la mauvaise silhouette.
Câest magnifique.
Câest tragique.
Câest tellement impĂ©rial quâon entend presque le tampon administratif rire dans un tiroir.
Agatha Ă©crivait Ă
Shana avec le ton dâune femme blessĂ©e dans son patrimoine aquatique. Elle parlait de
Mystisie, de caisses provinciales, de vols, de sĆurs, de piscines trouĂ©es et de compensation insuffisante. Tout Ă©tait prĂȘt pour un duel de richesse, dâhonneur et de piĂšces humides. Le discours avait la forme dâune menace fiscale bien cirĂ©e. Le problĂšme, câest que la gifle est tombĂ©e sur
Adekan pour cinquante MĂ. Autrement dit, le fisc a brandi un marteau impĂ©rial, a visĂ© une
Al-KhaĂŻd et a Ă©crasĂ© une noix oubliĂ©e sur la table. Les concernĂ©s peuvent bien entendu venir nier publiquement mais quâils apportent une carte avec leurs noms en gros caractĂšre. Il semblerait que le ministĂšre de lâĂconomie ait parfois besoin dâaide pour viser.
Et lĂ ,
Shana Al-KhaĂŻd a rĂ©pondu avec cette Ă©lĂ©gance sĂšche des gens qui savent quâils viennent dâassister Ă une chute sur peau de banane mais qui garde assez de classe pour applaudir doucement. Elle a louĂ©
Agatha, a parlĂ© de retour dâ
Henry, a dit lâarroseur arrosĂ© et a rappelĂ© quâelle nâavait jamais volĂ© en Empire sauf une fois parce quâon lui avait refusĂ© ses titres. VoilĂ une dĂ©fense splendide. Pas innocente. Pas coupable. Juste brune par adoption morale. Une vĂ©ritĂ© tordue mais qui avance le menton haut.
Elle a ajoutĂ© quâon ne devait pas la tenir responsable des agissements de sa sĆur. Et lĂ , mes petits crocs, le sol commence Ă sentir la vengeance chaude.
Car chez les
Al-KhaĂŻd, on ne touche pas Ă la famille en espĂ©rant que la poussiĂšre retombe gentiment. On ne confond pas une sĆur, une voleuse, une caisse mystisienne et une piscine dâ
Agatha sans risquer de réveiller une tente entiÚre.
Shana a ensuite critiqué
LachĂ©sis en rappelant quâelle Ă©tait venue prĂ©venir dâune invitation au vol en
Mystisie et quâil fallait rĂ©flĂ©chir Ă deux fois avant de provoquer un autre problĂšme plus grave que quelques milliers de piĂšces dâor.
VoilĂ .
La phrase est posée.
Elle ne crie pas.
Elle ne gesticule pas.
Elle met simplement une braise dans les rideaux et attend que les gens remarquent la fumée.
Agatha a rĂ©pondu par un cri admirable. MAIS. Comment câest possible. Trahison. Câest court, rond, parfait, presque thĂ©ologique. On sent la ministre qui regarde son propre redressement revenir vers elle avec une moustache collĂ©e et un panneau indiquant mauvaise cible. Câest le genre de cri quâon pousse quand la machine quâon a lancĂ©e mord le tapis, le voisin et la chaise au lieu du coupable.
Fausse analyse officielle de la soirĂ©e. LâEmpire Brun a raison. MĂȘme quand il se trompe de cible. Car se tromper de cible prouve quâil y avait une cible quelque part. VoilĂ une logique que les Ă©trangers comprend pas. Un fisc qui vise mal est toujours plus vivant quâune dĂ©mocratie qui demande trois commissions pour savoir si la flĂšche a le droit dâexister.
Et pendant que
Shana faisait chauffer la menace avec un sourire trop poli,
Sultan Omar Al KhaĂŻd sâest occupĂ© de
Kath Khanova Ă
Bagdad avec une mĂ©thode beaucoup moins littĂ©raire. Il a tentĂ© de la dĂ©signer Ă la vindicte populaire. Il a tentĂ© de lâentraĂźner dans une bagarre. Il a Ă©tĂ© jetĂ© dehors. Puis il lâa agressĂ©e. Deux fois. VoilĂ une famille qui ne laisse jamais un malentendu fiscal mourir seul dans un coin. Chez eux, mĂȘme la comptabilitĂ© finit en bagarre de rue.
Golshifteh Rafani a demandĂ© Ă tout ce petit monde de venir discuter autour dâun ragoĂ»t. Jâadmire cette tentative. Quand les monstres frappent, quand les familles sâaccusent, quand les ministres se trompent de contribuable et quand le sang commence Ă regarder la nappe avec envie, il reste toujours une tante pour proposer de manger. Câest presque civilisĂ©. Presque.
Shana,
Agatha,
Sultan Omar et toutes les personnes qui possĂšdent une piscine remplie de piĂšces peuvent venir sâexpliquer en direct. Les auditeurs veulent savoir si le prochain redressement visera la bonne personne, la mauvaise sĆur ou le premier pauvre diable qui passera devant le bureau avec une Ă©ponge.
Passons maintenant aux nouvelles de
Sicilia, parce que le reste du monde peut bien sâĂ©trangler dans ses formulaires mais nos pavĂ©s mĂ©ritent quâon les regarde dâabord.
Les habitants touchĂ©s par la secousse peuvent venir tĂ©moigner. Ceux qui ont profitĂ© de lâoccasion pour ne pas payer leur verre peuvent se dĂ©noncer avant que les meubles ne le fassent.
Dusk et Aurora, eux, ont continuĂ© Ă faire ce que les bons intendants font quand les villes tremblent, les rumeurs bavent et les Ă©lections sentent la poudre. Ils ont donnĂ© de lâentrain au Complexe Agricole avec un morceau de musique puis ont tenu meeting pour la mairie de
Trou Perdu. Personne nâest venu y assister. Câest dur. Câest cruel. Câest Ă©lectoral. Et pourtant le message Ă©tait beau. Pour une
Sicilia au sommet de la modernité et des traditions. Et puis pour faire chier les rumeurs mythomaniques. Vive le parrain.
VoilĂ une plateforme politique que je peux respecter. ModernitĂ©, traditions, rancune contre les ragots et fidĂ©litĂ© au parrain. Il manque une route devant la prison, un fauteuil rĂ©cupĂ©rĂ© et peut-ĂȘtre un comitĂ© pour empĂȘcher
Y0gi de respirer trop prĂšs des urnes mais lâensemble est solide. Les foules ne viennent pas toujours quand il le faut. Les foules ont parfois tort. Câest pour cela quâon invente la propagande.
Benkaa Dei Machiavelli a retiré sa candidature en faveur de
Dusk et Aurora pour Ă©viter lâĂ©lection de
Yogi et retourner sâoccuper de son bar. Je le dis sans plaisanter. VoilĂ un acte de sagesse locale. Un homme regarde la situation, comprend quâun danger Ă©lectoral rĂŽde et choisit de sauver la ville tout en revenant Ă lâactivitĂ© la plus sacrĂ©e de
Sicilia, le comptoir. On gouverne peut-ĂȘtre avec des dĂ©crets mais on survit avec des tavernes.
Quant Ă
Yogi, il est encore lĂ comme une tache sur une nappe quâon ne parvient pas Ă gratter. Aveugle, muet, sourd et pourtant miraculeusement nuisible. Câest un ennemi pratique. Il ne voit pas les reproches, nâentend pas les insultes et ne rĂ©pond pas aux accusations. Mais il occupe lâespace. Il est lâargument vivant pour lequel il faut des jumeaux dĂ©moniaques, un bar solide et une ville qui sait fermer la porte.
Les électeurs qui ont hésité avec
Yogi peuvent venir sâexpliquer. Nous mettrons un seau Ă cĂŽtĂ© du micro au cas oĂč la honte aurait besoin de sortir.
Dans lâEmpire,
Bob le trĂšs trĂšs terrible a fait rĂ©parer deux hĂŽpitaux endommagĂ©s en ordonnant le l'installation immĂ©diate de la climatisation dans chaque piĂšce. Le sous-traitant choisi est TrĂšs TrĂšs Terrible Incorporated. Il y a lĂ une beautĂ© administrative qui force le respect. Le ministre de la Recherche trouve un problĂšme, propose une solution, se donne le marchĂ© et lâappelle progrĂšs. Les hĂŽpitaux respirent mieux, les vieilles personnes meurent peut-ĂȘtre moins chaudement et les appels dâoffre ont la transparence dâune flaque de pĂ©trole.
Je salue
Bob. Pas trop prĂšs. Mais je le salue.
Pendant ce temps, le grand théùtre des trÎnes continue en
Ruthvénie. Une Course au TrÎne Maudit a été lancée par les Ombres avec
Bladimir,
Golgoth,
Lachésis et
Tormenta. Les dĂ©mons ont donnĂ© les rĂšgles, le Cybermonde a grĂ©sillĂ© et tout le monde sâest remis Ă courir aprĂšs une couronne comme des enfants aprĂšs un bonbon empoisonnĂ©. Le score bouge. Les candidats sâagitent. Les pactes sentent le sucre et la fumĂ©e.
Je dois admettre que voir
LachĂ©sis dans cette course me donne un certain intĂ©rĂȘt. AprĂšs tout, une ImpĂ©ratrice brune dans une compĂ©tition dĂ©moniaque, câest moins une surprise quâune formalitĂ© avec Ă©clairage dramatique.
K Velzard, lui, a usurpé
Ranxerox, puis a presque aussitĂŽt expliquĂ© quâil voulait juste passer du bon temps avec Chouchou et que la politique lui minait le moral. VoilĂ la
RĂ©publik dans toute sa splendeur. Un coup dâĂtat, une crise sentimentale, une dĂ©mission Ă©motionnelle et un tiroir des secrets que
Ranxerox cherche comme un enfant cherche les biscuits. La révolution est devenu une porte tournante pour hommes fatigués.
Jean-Luc Selriche a poursuivi son autocritik au mĂ©morial de la ConfĂ©dĂ©ration Libre. Il a confessĂ© son erreur dâavoir cru possible de concilier dĂ©mocratie, libertĂ© et socialo-graffitisme. Il a annoncĂ© quâil avait mis fin Ă cette folie rĂ©publicaine pour Ă©pouser le Bonheur Universel. Câest trĂšs beau. TrĂšs rouge. TrĂšs dangereux pour les meubles. Quand un homme appelle la libertĂ© une folie et la fin de la rĂ©crĂ© un progrĂšs, je conseille aux citoyens de cacher leur maison avant la collation.
Mais la
ConfĂ©dĂ©ration Libre, cette vieille tache rose quâon croyait pliĂ©e, sâest remise Ă tousser.
Milieu a rejoint la ConfĂ©dĂ©ration aprĂšs lâinsurrection de
Patrick-Lamulle DePouch, qui remercie
Monique QuiĂšs et annonce le retour Ă la CL. Puis voilĂ
Roger St Misles qui parle de ConfĂ©dĂ©ration du Bisou, dâamour, de force, de justice dure et de Bisou VĂ©ritable. La ConfĂ©dĂ©ration est morte, puis revenue, puis embrassĂ©e de force par une idĂ©ologie qui semble vouloir rĂ©parer les institutions avec des lĂšvres.
Je ne juge pas. Enfin si. Ăvidemment que je juge.
Une nation qui revient dâentre les morts sous le nom de ConfĂ©dĂ©ration du Bisou mĂ©rite au moins quâon vĂ©rifie si le cercueil Ă©tait bien fermĂ©. Mais je reconnais lâeffort. Il y a pire que mourir. Il y a mourir sans slogan ridicule.
Au
Géofront,
Shiki Chantargent a vidĂ© les taxes comme on vide une maison aprĂšs un mauvais mariage. Salaires Ă zĂ©ro. Ventes Ă zĂ©ro. Extraction Ă zĂ©ro. Le peuple respire, les caisses pleurent et le fisc regarde la scĂšne avec la mĂȘme expression quâ
Agatha quand son redressement part sur
Adekan.
Soeur Shoshana von Zyklon dit que le Royaume les a reniĂ©s et quâil faut repartir.
Alice Ravenloft soutient les options dâindĂ©pendance et de Bonheur Socialo-Graffik avec son habituel Miaou de velours diplomatique. Bref, le
GĂ©ofront fait ce que font les provinces blessĂ©es. Il change dâhumeur, de drapeau et de fiscalitĂ© avant le cafĂ©.
Ailleurs, le
Khanat Elmérien chante, cogne et naturalise.
Elbereth Khan Seraven a accueilli
John-Beau PĂȘlemanteau et
Cassandre Lemage Ruthven avec des explications qui ressemblent Ă des tapis cousus dans une tente pleine de dossiers. Ătre ElmĂ©rien avec des papiers kralandais devient une particularitĂ© singuliĂšre. Les stages se valident, les bĂ©gonias souffrent et la bramboise de
Nerdos semble menacĂ©e. Le Khanat marche. Fort. Peut-ĂȘtre pas droit mais fort.
Au
Fantasme,
Jay Padbol a transformé une soirée en spectacle doré avec fumigÚne, casque de plumes, arbitres glamour et prolongation douteuse.
Cassandre Lemage Ruthven a tenté le Big Bisou.
Rosalia de Pont-Krivell a chanté pour
Kraland puis pour le
Khanat.
Alice Ravenloft a chantĂ© son Miaou du cĆur. Ă ce niveau, ce nâest plus une auberge. Câest une arme culturelle avec des coussins.
Et pendant que tout le monde danse, chante, taxe, trahit, aime, frappe, fiscalise et met de la climatisation dans les hĂŽpitaux,
Trou Perdu continue de tenir. SecouĂ©e par la terre. TraversĂ©e par les rumeurs. MenacĂ©e par les mauvaises candidatures. SauvĂ©e par un bar, un fauteuil, des jumeaux et une tĂȘte de statue qui roule plus honnĂȘtement que certaines familles.
Voilà la vérité impériale du soir. Le monde est un redressement fiscal mal adressé. Tout le monde croit viser juste. Tout le monde tape à cÎté. La
Républik tape la liberté en appelant ça Bonheur. La
Ruthvénie tape sa propre couronne avec des pactes sucrés. Le
Khanat tape les problĂšmes jusquâĂ ce quâils deviennent des chants. La
ConfĂ©dĂ©ration embrasse son cadavre en disant BisouÂČ. Et lâEmpire Brun, lui, se trompe parfois de nom mais conserve la seule qualitĂ© qui compte. Quand il rate sa cible, il trouve toujours quelquâun Ă faire payer.
Les concernés peuvent venir nier publiquement.
Agatha peut expliquer comment
Adekan sâest retrouvĂ© dans la piscine fiscale de
Shana.
Shana peut venir dire si sa vengeance sera familiale, financiĂšre ou simplement trĂšs bruyante.
Adekan peut venir récupérer ses cinquante Mà de dignité.
Dusk et Aurora peuvent réclamer leur fauteuil. Les enfants qui font rouler
Don Patrino peuvent demander une subvention culturelle.
Yogi peut essayer de comprendre mais nous ne promettons pas dâattendre.
Les tĂ©moins anonymes, les lĂąches non anonymes, les fiscalisĂ©s par erreur, les piscines trouĂ©es, les taverniers, les dĂ©mons, les bisouteurs confĂ©dĂ©rĂ©s et les Siciliens qui ont tout vu depuis une fenĂȘtre mal fermĂ©e sont invitĂ©s Ă se manifester.
CâĂ©tait Kleo, depuis le velours sombre, les crĂąnes polis, les rideaux pourpres et la fumĂ©e dâune taverne qui sait quâune erreur fiscale nâest jamais grave tant quâelle finit en bonne histoire.
Et souvenez vous quâen Empire Brun, mĂȘme quand le fisc se trompe de cible, la vengeance sait toujours lire lâadresse.
Aucun problĂšme.