Oh.
Tifa, ma grande Khane sanglante, vous êtes donc énervée et flattée.
C’est adorable.
Un peu comme un volcan qui rougirait parce qu’on lui a dit qu’il avait une jolie lave.
Je tiens d’abord à préciser que cette émission n’était pas un flash entier sur vous. C’était une enquête de service public sur une crise téléphonique internationale impliquant des anonymes, des gants en cuir, une Grande Khane et visiblement une quantité inquiétante de gens assez curieux pour appeler mais pas assez courageux pour laisser leur nom.
Vous affirmez ne pas savoir qui a lancé la rumeur. C’est fâcheux. Très fâcheux. Parce que si vous le saviez, dites-vous, la personne serait déjà fracassée. Voilà enfin une politique de service après-vente claire. Au Khanat, on ne dément pas une publicité mensongère. On casse le département marketing avec les dents.
J’apprécie l’efficacité.
Quant à votre précision sur le mot fessée, je dois dire qu’elle était nécessaire. Chez vous, donc, cela veut dire faire saigner quelqu’un et lui faire manger le béton avec ses dents. Très bien. Voilà qui répond à une partie de mes questions sur la performance. Intense, brutale, minérale et probablement non remboursable.
Il reste toutefois des zones d’ombre.
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Le béton est-il fourni par le Khanat ou le client doit-il venir avec le sien.
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Les dents sont-elles récupérables après la séance.
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Y a-t-il un tarif réduit pour les appels anonymes qui regrettent trop tard.
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Et surtout, si plus d’une dizaine de personnes ont appelé sans assumer, doit-on comprendre que le Cybermonde entier a très envie de jouer au brave tant que le combiné cache son visage.
À tous les anonymes qui ont fait vibrer le téléphone de
Tifa, je rappelle donc ceci. Quand on appelle une Grande Khane pour une fessée et qu’elle répond avec du sang, du béton et des dents, on ne raccroche pas en tremblant comme une feuille administrative.
On assume. On se présente. On dit bonsoir. Et on demande poliment si le devis inclut les frais dentaires.
Passons a votre émission de la nuit.

Bonsoir aux auditeurs bruns, aux pavés qui ont vu trop de bottes, aux taverniers qui savent que la vérité se sert trouble, aux ministres qui tombent puis reviennent avec encore plus d’aplomb, aux citoyens qui comprend pas toujours pourquoi le monde brûle mais qui savent très bien où poser la chaise pour regarder.
Ici
Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par décret personnel, installée sur son trône morbide au fond d’une salle où les crânes sourient mieux que certains fonctionnaires, où le velours sombre boit la fumée, où les dorures anciennes pendent aux murs comme des promesses royales mal clouées et où mes yeux bleus percent la pénombre avec cette délicatesse simple des créatures qui savent déjà qui elles vont mordre.
Ce soir, le Cybermonde a encore offert à notre antenne une brassée de preuves que l’Empire Brun avait raison depuis le début. Même quand il avait tort. Surtout quand il avait tort. Les autres nations croient encore que gouverner consiste à parler très fort dans une pièce propre. Nous savons mieux. Gouverner, c’est survivre à la chaleur, aux ectoplasmes, aux élections, aux caisses publiques, aux promesses de paix, aux félines diplomatiques, aux ministres recyclés et aux routes devant la prison qui doit absolument être réparé avant que l’honneur municipal ne s’y casse une patte.
Commençons par l’essentiel local, car une chronique qui ne commence pas par Trou Perdu mérite d’être noyée dans un bénitier mal entretenu.
Dusk et Aurora ont tenu meeting pour la mairie de Trou Perdu avec une ligne politique d’une simplicité presque obscène. Une gare fonctionnelle. Un aéroport fonctionnel. Le bout de route devant la prison réparé. Une équipe réactive et fonctionnelle. Puis ce cri sec, merveilleux, brutal, presque administratif dans sa violence brune. NOUS.
Voilà . Pas de flûte morale. Pas de discours à rallonge sur la destinée des peuples. Pas de paix universelle tartinée au Miaou. Juste des infrastructures, de la route et des démons en costard qui regardent la ville comme une facture en retard. C’est ça, mes petits cafards de comptoir, la vraie modernité sicilienne. Nous ne promettons pas le bonheur. Nous promettons que le prisonnier pourra rejoindre sa cellule sans tomber dans un trou. C’est déjà bien plus honnête que plusieurs constitutions.
Les concernés peuvent évidemment venir contester. Les autres candidats peuvent aussi expliquer pourquoi la route devant la prison devrait rester une épreuve initiatique. Nous écouterons avec la même attention que l’on donne à une mouche qui plaide pour le droit à la vitre.
Pendant ce temps,
Martina Dei Machiavelli a loué
Lachésis, preuve supplémentaire que la fidélité brune fonctionne encore quand elle est maniée par quelqu’un qui n’a pas peur de salir la nappe. Louer l’Impératrice, dans ce moment précis, ce n’est pas seulement faire acte d’allégeance. C’est poser un chandelier sur le cercueil des doutes et dire aux ombres de patienter dehors.
Car
Lachésis, justement, a reparu dans la grande salle du pouvoir avec cette belle logique impériale qui fait frémir les faibles. Elle a renommé
Silice de Pont-Krivell Ministre de la Guerre après qu’elle ait perdu son poste en faisant le Mal. Et puisque faire le Mal en Empire Brun peut devenir une ligne de CV, cela fut présenté comme un bien. Voilà une cohérence que les étrangers comprennent pas. Chez eux, une faute est une faute. Chez nous, une faute réussie est une compétence et une faute ratée est un stage.
Elle a aussi nommé
Bob le très très terrible Ministre de la Recherche pour son programme de climatisation contre la canicule. Certains diront que confier la recherche à un homme surtout connu pour être très très terrible ressemble à placer une torche dans une poudrière en demandant une ambiance chaleureuse. Moi je dis que l’Empire a toujours su innover. Là où les autres construisent des laboratoires, nous plaçons
Bob face Ă la chaleur et nous attendons de voir lequel des deux abandonne en premier.
Il paraît que
Frëlon Musc a brûlé des notes scientifiques importantes le même soir. D’autres scientifiques ont brûlé aussi, ou plutôt leurs papiers, ce qui dans le Cybermonde revient presque au même. La recherche avance donc par combustion. Les notes scientifiques brûle, la technologie tousse et la Démoralisation se découvre en faveur de Ruthvénie comme une mauvaise nouvelle qui aurait trouvé un uniforme. On appelle ça le progrès. Quand ça fume, c’est qu’il y a une idée quelque part dessous.
Si un savant souhaite venir défendre la méthode du brasier méthodologique, l’antenne est ouverte. Qu’il apporte ses cendres, nous fournirons les urnes.
Ă€ Trou Perdu,
Palerme Dei Machiavelli a acheté l’École Supérieure et le Complexe Hospitalier nommé Centre de don d’organe. J’admire cette ville. Ailleurs, on sépare l’éducation et la médecine pour rassurer les familles. Ici, on laisse la géographie faire de l’humour noir. L’école forme les esprits, l’hôpital récupère ce qui dépasse et le marché local respire avec ses deux poumons. Les écoles et les hôpitaux devient des investissements, les organes se vend peut-être mieux avec un diplôme et tout le monde fait semblant de ne pas comprendre la beauté de l’ensemble.
Et Mystisie, me direz vous. Ah Mystisie. Cette province revenue dans l’Empire comme un chat mouillé rentre dans une maison qu’il prétend ne pas aimer.
Valerio Tenebri s’est présenté à la mairie de Lampe du Génie en promettant observation, efficacité et respect de l’âme locale. C’est très propre. Presque trop. J’aurais ajouté une menace douce, deux chandelles et une clause de morsure mais chacun son style.
Prenom Nom, lui, a préféré faire entrer un parfum confédéré dans le sable avec des discours et des manifestations. La démocratie libre s’accroche partout comme une mauvaise herbe polie. On croit l’avoir arrachée et voilà qu’elle revient en complet clair pour parler procédure.
Heureusement,
Silas des Sables a loué
Prenom Nom tout en soutenant la Confédération Libre.
Silas est un homme de sable donc on lui pardonne parfois de glisser entre les doigts. Il est utile, poli, bureautique et dangereusement fréquentable. C’est précisément le genre de personne qui peut soutenir quelque chose de douteux avec assez de classe pour que les bruns hésitent entre applaudir et vérifier les serrures.
Que les Mystisiens qui ont une version plus sèche, plus sale ou mieux ensablée de cette affaire viennent donc témoigner. Les lignes est ouvertes. Les mensonges aussi mais veuillez les présenter avec un minimum de tenue.
À l’extérieur, la Ruthvénie continue son grand ballet de fauteuils rembourrés.
Dame Démerzel a accueilli
Cheikh Evara au Royaume avec des mots doux et un passeport. Il y a quelques jours, cet homme tenait encore des bouts d’Empire dans ses mains. Maintenant, le voilà invité sous les dorures ruthvènes comme une pièce fragile que l’on espère utile avant qu’elle ne coupe la nappe. La monarchie a ce talent rare. Elle recycle les ennemis avec une élégance de brocanteur. Elle prend un vieux problème, lui donne un titre, le pose près d’une fenêtre et dit que cela fera des merveilles pour le Royaume.
Jean-Messie de la Nation, lui, enquête fiscalement avec transparence, unité et ce petit parfum de bureau qui a appris a parler Seelien dans un grenier.
Bohé d’Umont,
Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ,
Nianetti, tout le monde peut être choisi par le dé royal, paraît-il. Une fiscalité aléatoire. Magnifique. La justice par hasard avec tampon doré. Chez les Ruthvènes, même le contrôle fiscal porte une cravate. L’argent se compte, les bijoux brillent, les camions contiennent des marionnettes de chat et les cathédrales s’empilent dans les inventaires comme des excuses en pierre.
Tormenta Ruthven parle de paix avec
Ranxerox et
Ranxerox répond avec cette tendresse rouge qui ressemble à une pelle posée près d’une fosse. Tous deux jurent qu’ils ne sont pas des animaux. C’est suspect. Quand deux puissances sentent le besoin de préciser qu’elles ne sont pas des animaux, le pavé prudent commence à chercher une cage. Le Valégro ou Moldagro ou Province à Nom Variable reste donc coincé entre l’enclume du Bonheur et le coussin brodé du Royaume. D’un côté on veut produire des tartes pour tous. De l’autre on veut être respecté sans menace de métropole. Entre les deux,
Emile Liarr proteste, manifeste et rappelle que la paix ne se décrète pas par la seule volonté d’un parti. Il a raison, ce qui est agaçant pour tout le monde. Il devrait absolument prendre des vacances.
Les Kralandais ne lis peut-être plus les critiques, comme il le dit lui-même, mais ils les produisent avec une régularité de moulin rouge.
Cadenza veut apprendre l’auto-kritike aux râleurs.
Logan Komikov reçoit sa Pastille du Bonheur.
Sophos lance des recherches pour une politique nommée Jusuis indépendant, ce qui est déjà une phrase tombée dans l’escalier avant d’arriver au ministère. La Républik veut l’indépendance économique, la dissuasion militaire, la production, le partage, les tartes et l’obéissance enthousiaste. Elle veut tout. Même votre gratitude. Surtout votre gratitude.
Si un Kralandais souhaite expliquer pourquoi le Bonheur a toujours la forme d’un formulaire, il peut appeler. Nous ferons semblant de ne pas entendre le bruit de la botte derrière la chorale.
À Bouletie, le Khanat prouve encore qu’un peuple tribal peut transformer la diplomatie en fête de village surveillée par des pigeons.
Lippos Aliagas cherche
Mademoiselle, pense qu’elle joue à cache-cache sans prévenir, stresse à cause de
Elby et envisage des talk-shows pour apprendre la communication. J’admire cette honnêteté. Peu de dirigeants avouent aussi clairement que le pouvoir est une conversation où l’on voudrait dire oui mais où il faudrait que cela veuille dire non sans vexer la personne qui apporte la tarte.
Pigeon Ronron s’inquiète de savoir si
Mademoiselle mange assez. Il la trouve maigre. Il lui parle salades de concombres avec la gravité d’un médecin de clan. Ailleurs, les conseillers politiques analysent les sondages. Au Khanat, on surveille la densité corporelle des chefs avec une affection de basse-cour. C’est ridicule, oui. Mais il y a là une forme de sincérité presque désarmante. Presque. Le pigeon reste un pigeon. Et les pigeons savent salir les statues avec une précision que même Kraland n’a pas encore collectivisée.
Alice Ravenloft a chanté le Miaou diplomatique, loué
Rosalia de Pont-Krivell, loué
Zéphiria de Pont-Krivell et expliqué que la voie de l’amour est la voie du bonheur. C’est doux. Très doux. Trop doux. On dirait une pâtisserie posée sur une trappe. Je respecte la poésie mais je préfère quand la poésie a des crocs. Le Miaou Diplomatik, porté par trois femmes, peut devenir une arme redoutable. On commence par dire ne détestez jamais personne et trois minutes plus tard on a signé un traité dans une langue qui ronronne.
Pendant ce temps,
Précieuse de Tomosan remercie le Royaume pour son asile politique, parle de Confédération avec nostalgie et bafouille une louange à Ruthvénie. Elle devrait prendre des vacances et vite. Objectif multiculturalité, dit-elle. Cette phrase revient comme une mouette sur un port sale. Tout le monde veut la multiculturalité jusqu’au moment où il faut cohabiter avec la culture de l’autre. Là soudain chacun découvre que les voisins ont des bottes, des drapeaux, des dettes et des chants du matin.
Précieuse, envoyée en ambassade vers Kraland, va donc découvrir si l’on peut déposer du parfum noble dans une machine à Bonheur sans perdre un doigt.
Je note aussi que
Aya Ravenloft a tenté de voler dans la caisse d’un Hôtel de Ville et a perdu son poste de Procureure. Voilà une transition de carrière nette. De la loi à la caisse. De la caisse au mandat de recherche. Les administrations adorent les parcours clairs.
Paul Sernine, lui, s’est fait agresser par un Soldat Déserteur. Le monde sait choisir ses métaphores. Quand l’économie se fait frapper par ce qui fuit déjà la discipline, on pourrait presque croire que les dieux ont de l’humour. Je n’irai pas jusque là . Les dieux ont surtout mauvais goût.
Et puis il y eut cette déclaration de
K Velzard. Mets tes deux pierds en Canard. Je ne suis pas certaine de vouloir comprendre. Certaines phrases sont comme des portails démoniaques. On les lit, elles s’ouvrent et quelque chose en nous refuse de revenir. Pourtant, il faut reconnaître la puissance du slogan. Deux pieds en canard, c’est une politique étrangère en trois mots mal chaussés. Les peuples est parfois gouverné par moins que ça.
Voici donc la vérité impériale du soir. Les autres nations tentent de cacher leur chaos derrière des mots nobles. Concorde. Transparence. Bonheur. Multiculturalité. Indépendance. Paix. Respect. Nous, à l’Empire Brun, nous avons des crânes sur les étagères et une araignée au micro. Nous ne prétendons pas que la salle est propre. Nous choisissons seulement qui a le droit d’y salir le tapis.
Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison.
Dusk et Aurora peuvent venir expliquer leur programme de route devant prison.
Palerme peut venir parler pédagogie et dons d’organes.
Bob le très très terrible peut détailler son plan de climatisation si la canicule ne l’a pas déjà recruté.
Silice peut défendre le principe du Mal bien fait. Les Ruthvènes peuvent déposer leur dignité fiscale dans une enveloppe scellée. Les Kralandais peuvent chanter le Bonheur mais dehors d’abord.
Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les victimes consentantes de la vérité et les ministres qui ont brûlé les mauvaises feuilles sont invités à se manifester. Les lignes sont ouvertes même si l’électricité semble hésiter à prendre parti.
C’était
Kleo, depuis le trône morbide, sous les rideaux pourpres, entre les chandelles qui fume, les crânes qui ricanent et les reflets bleus de mes yeux dans lesquels plusieurs carrières politiques ont déjà eu la mauvaise idée de se voir en entier.