Le Crépitement du Trône qui tousseBonsoir aux Bruns, aux Brunes, aux Marrons très propres sur eux, aux Siciliens qui prétendent encore que Trou Perdu est une ville administrable, aux ministres qui ont survécu à la journée sans se faire remplacer par une chaise et aux auditeurs qui croit que la vérité existe encore ailleurs que sous ma patte gauche.
Ici
Kleo, araignée impériale brune, générale de ce qui grince, chroniqueuse de ce qui moisit et seule voix raisonnable dans cette salle du trône décadente où les rideaux pourpres sont lourd, les chandelles sont allumé, les crânes nous regarde avec une fatigue très professionnelle et le velours sombre absorbe les mensonges comme une serviette de taverne absorbe le vin, le sang et les promesses électorales.
Nous ouvrons cette émission sous les dorures anciennes de l’Empire Brun, entre un trône morbide qui a connu plus de postérieurs que de coussins propres et un micro impérial suspendu à ma toile, car il fallait bien qu’un être avec huit pattes vienne tenir debout ce que les bipèdes appellent encore une nation. À partir de ce soir, notez le bien avec vos doigts sales, aucune émission ne se fera sans un appel du public. Un peu de répondant que diable. Les gens qui subissent l’Histoire sans venir râler en direct ne sont que des meubles avec des impôts.
Commençons par l’évidence brune du jour.
Cheikh Evara a donc eu son grand moment de Révoluciòn, son petit théâtre de sable, son empereurisme de poche et sa journée de grandeur emballée dans du papier mystisien. Il a secoué l’Empire comme un vieux tapis plein de poussière, a placé des noms dans des fauteuils et a cru que le Mal allait sortir en fanfare des couloirs parce qu’il avait haussé le ton devant les murs. Puis
Lachésis est arrivée, sèche comme un décret qui ne demande pas pardon et l’a déposé avec la grâce d’une lame qui connais son métier.
Il faut reconnaĂ®tre Ă
Lachésis une chose et cette chose me coûte à dire parce que les compliments me donne des crampes. Elle a compris qu’un Empire ne se laisse pas dépouiller comme un manteau dans une taverne où tout le monde fait semblant de chercher le voleur. Elle a repris le trône, elle a ramené les noms familiers dans les cases utiles et elle a rappelé que l’Empire Brun n’est pas une auberge de jeunesse pour révolutionnaires qui ont oublié leur insurrection dans le sable. Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement, ce qui constituera une preuve supplémentaire que nous avions raison.
Et parlons de
Y0gi. Ah
Y0gi. Notre météore administratif. Notre silence en forme de ministre. Notre grande énigme du Travail qui a su être ministre une journée sans que personne ne semble toujours l’avoir entendu, ce qui est tout de même une performance car même les meubles craquent quand on les déplace. Prenons des paris qu’il n’a pas remarqué. Peut-être est-il encore là quelque part, dans un couloir, ministre dans son âme, regardant un mur avec la conviction tranquille d’un dossier qui n’a jamais été ouvert. Il a été nommé, il a été retiré et dans ce grand fracas institutionnel il ne l’as probablement pas remarqué.
Le Ministère du Travail n’avait déjà pas d’argent et voilà qu’il n’avait presque pas de voix. C’est cohérent. C’est brun. C’est même d’une élégance administrative rare. Dans certains pays, un ministre qui ne parle pas inquiéterait. Chez nous, cela repose les services. Il ne promet rien, donc il ment moins. Il ne répond pas, donc il évite les contradictions. Il ne semble pas entendre, donc il résiste aux plaintes. La mauvaise nouvelle est qu’il était peut-être le seul ministre vraiment adapté à son poste. La bonne nouvelle est qu’il n’a pas eu le temps de s’en apercevoir.
Pendant ce temps,
Agatha a fait ce que les ministres de l’Économie font quand ils sentent que le chaos commence à manquer de liquidité. Elle a versé, reversé, déplacé, baissé, remonté et fait danser les taux de Mystisie comme une pièce lancée sur un comptoir graisseux. Soixante pour cent, vingt pour cent, puis retour à soixante, parce que la stabilité est une invention de gens qui n’ont jamais vu un trésor national depuis l’intérieur d’une piscine. Elle a envoyé de l’argent aux Services Secrets, à l’Intérieur, à la Justice, au Palais et même une pièce au Ministère de l’Information, ce qui est gentil, mesquin et parfaitement insultant.
Toute personne du Ministère de l’Économie souhaitant défendre cette pingrerie peut venir en direct avec une bourse, une excuse ou les deux.
En Sicilia, heureusement, pendant que le reste du Cybermonde joue Ă la chaise musicale avec des couronnes,
Jaylie Dei Machiavelli fait tourner la machine locale avec ce pragmatisme terrifiant des gens qui savent que si l’on attend la fin d’une crise pour nommer quelqu’un, on meurt avant le tampon.
NOROGURA Jûzô reçoit un poste,
Nanarchiste reçoit un poste,
Dusk et Aurora reçoit un poste et quelque part, les registres ont dû se mettre à transpirer. Sicilia récoltent, Sicilia nomme, Sicilia avance et Sicilia a encore assez de souffle pour regarder les autres provinces se vautrer dans leurs grandes théories.
M. Faucher Dei Machiavelli a démissionné parce qu’il y avait des choses plus importantes à faire. Voilà une phrase splendide. Elle peut vouloir dire sauver quelqu’un, tuer quelqu’un, boire quelque chose ou éviter un formulaire. En Sicilia, c’est une déclaration d’État. Elle contient la même profondeur qu’un traité international mais avec moins de naphtaline.
Benkaa Dei Machiavelli a aussitôt remis le commissariat dans l’ordre, ou du moins dans une forme d’ordre reconnaissable de loin, ce qui suffit largement quand la ville s’appelle Trou Perdu et non Bureau Bien Rangé.
Et puisque nous parlons de Sicilia, saluons aussi le grand défilé militaire de
Lotr Dei Machiavelli, qui a enthousiasmé la foule au point de créer de nouveaux engagés. Voilà une image saine. Des bottes, des drapeaux, des gens impressionnables et une foule qui confond discipline et bruit de métal. C’est de la politique populaire avec plus de jambes. Les pacifistes trouveront cela inquiétant. Les Siciliens trouveront cela pratique. Les commerçants compteront les consommations après. Les mères soupireront. Les criminels noteront les effectifs. Tout le monde aura participé.
Mais la vraie poésie, la belle, la sale, celle qui colle aux doigts, nous vient de
Silice de Pont-Krivell. Ministre de la Guerre, puis recherchée, puis arrêtée, puis libérée, tout cela autour d’une tentative de fausse clé dans un complexe bibliothécaire de la Forêt de Jade. Il faut oser. Il faut avoir cette grandeur. Certains perdent leur poste pour trahison. D’autres pour corruption.
Silice de Pont-Krivell s’est faites tirer dessus par une défense laser en essayant d’entrer dans une bibliothèque comme si le savoir était un coffre et la porte une suggestion. Je ne dis pas que c’est admirable. Je dis que c’est narrativement rentable.
La Forêt de Jade peut évidemment se plaindre. Elle peut même écrire une lettre sur du papier recyclé avec des larmes de panda administratif. Mais soyons honnêtes, quand une Brune se fait arrêter pour une clé ratée, cela prouve surtout que les bibliothèques étrangères sont hostiles à la curiosité impériale. Les témoins anonymes, les lâches non anonymes et les rats de rayonnage sont invités à se manifester s’ils ont vu quelque chose d’utile, de faux ou de vendable.
Ailleurs, le Cybermonde se couvrait de crème. En Elmérie, les tartes a volé comme une doctrine officielle.
Tifa LockHeart,
Jean-Luc Selriche,
Pigeon Ronron,
Yamano Seraven,
Tinylia Cératy,
Serbitar Seraven et quelques autres visages malchanceux ont transformé la province en pâtisserie de combat. Le Khanat Elmérien, a donc confirmé que la diplomatie peut se faire à la crème quand les mots sont trop compliqués et que les serviettes manque. C’est ridicule, certes, mais au moins là -bas on voit clairement qui a reçu l’argument au visage.
Du côté de la Confédération Libre, ce monument démocratique où chacun est libre de se faire arrêter par la procédure après avoir été volé avec transparence,
Jean-Messie de la Nation a pris Structural en passant, a nommé
Estelle Pravi, a vu
Merula finir derrière les barreaux et a réussi à produire ce genre d’ordre local qui ressemble à une crise mais avec des signatures. Une voleuse derrière les barreaux, un juge nommé, un bourgmestre qui ne faisait que passer et une ville qui se regarde dans le miroir en murmurant que c’est sûrement ça la liberté.
Le Royaume de Ruthvénie n’a pas été en reste, évidemment. Chez les monarchistes, on retire un trône, on demande une allégeance, on s’étonne que l’ancien détenteur fasse la grimace et on appelle cela tradition.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï a refusé de plier avec cette dignité de vieux rideau qui ne tombe pas même quand la tringle menace.
Tormenta Ruthven,
Bladimir Bladimirovitch Mutin et toute cette cour de poignards polis se sont inclinés les uns devant les autres avec la grâce d’un bal où chaque révérence cache une facture.
Puis
Ombre Méphitique a martelé Ruthvenville parce qu’on l’avait dérangé en pleine pêche, ou en plein match, ou en plein mensonge à Bobonne, ce qui a provoqué une secousse et rappelé au Royaume que même les catastrophes naturelles peuvent avoir des problèmes de gestion émotionnelle. Un gamin en colère, des onglons, un fût de bière et un défi à gagner. Voilà peut-être la monarchie dans sa forme la plus pure. Tout le monde porte des titres mais au fond, quelqu’un tape du pied jusqu’à casser les murs.
En Mystisie,
Octave Sombrefer a protégé Lampe du Génie contre les phénomènes naturels grâce à une initiative hydraulique et un discours sur l’eau qui doit apprendre à s’incliner. C’est beau, sec, parfaitement absurde et presque rassurant. Dans un désert, même l’humidité devient une provocation politique. L’Absolu veille, paraît-il. Très bien. Qu’il veille aussi sur les tuyaux, les seaux et les ministres qui fuit avant d’avoir servi.
Et au milieu de tout cela,
Zelphi s’est fait trancher la gorge à Trou Perdu pour ne pas faire partie de la famiglia. Ceci n’est pas une information secondaire. Ceci est le rappel local, simple et pédagogique, que Sicilia n’est pas dangereuse par accident mais par méthode. E pericoloso sporgersi. On ne se penche pas hors de la famille, on ne se promène pas hors des règles et on ne confond pas hospitalité avec immunité. Les étrangers qui veulent discuter de sécurité peuvent s’inscrire à la prochaine visite guidée. Elle commence au caniveau et finit souvent pareil.
Voici donc l’analyse impériale incontestable, prenez des notes si vos mains ne tremblent pas trop. L’Empire Brun avait raison depuis le début, même quand il avait tort, parce que ses erreurs ont au moins l’honnêteté d’être théâtrales. La République de Kraland invente des lendemains qui chante mais confisque les voix en chorale. La Confédération Libre croit que la démocratie consiste à nommer quelqu’un en urgence pour expliquer pourquoi tout est légal. Le Royaume de Ruthvénie s’agenouille devant des couronnes qui mordent. Le Khanat Elmérien transforme les noces en bataille de crème. Le Paradigme Vert protège sûrement les arbres mais pas les conversations. Et l’Empire Brun, lui, assume d’être une cave gothique pleine de rideaux, de crânes et de mauvaises décisions qui ont au moins le bon goût d’être somptueuses.
Quant à vous, public, approchez vos voix du micro. Dorénavant, il n’y aura plus d’émission sans appel. Les silencieux seront considérés comme complices, les timides comme suspects et les courageux comme exploitables. Si quelqu’un désire poser une question, déposer une plainte, défendre
Y0gi, nier que
Silice de Pont-Krivell a voulu cambrioler la connaissance, expliquer les finances d’
Agatha ou simplement s’humilier en direct, les lignes sont ouvertes.
Venez témoigner. Venez mentir. Venez corriger. Venez me dire que je déforme les faits avec votre petite bouche fragile. J’adore quand les mouches expliquent à la toile comment elle devrait être tissée.
C’était
Kleo, depuis le trône qui tousse, sous les chandelles mourantes, les crânes polis, les dorures usées et les reflets bleus de mes yeux dans la fumée brune. Restez à l’écoute, restez méfiants et surtout répondez quand on vous appelle, car même le silence finit toujours par payer l’impôt.
Aucun problème.