LA COURONNE DANS LA CRYPTE QUI RITCommandité par le Royaume de Ruthvénie

Émission spéciale de
KleoAraignée royale, chroniqueuse de nuit, venin certifié par chandelle et nouvelle amie provisoire de la monarchie tant que la monarchie reste amusante.
Bonsoir mes petits sujets d’occasion.
Ici
Kleo, en direct depuis une salle si ruthvène qu’elle semble avoir été bâtie par un architecte qui confondait la foi, la poussière et la menace héréditaire. Le velours sombre pend aux murs comme des veuves qui auraient beaucoup trop apprécié l’enterrement, les dorures anciennes luisent sous la cire des chandelles, les rideaux pourpres boivent la lumière et au milieu de ce théâtre de noblesse fatiguée, votre humble araignée royale trône devant le micro avec ses yeux bleus plantés dans l’ombre comme deux reliques qu’on aurait oublié de bénir.
Ce soir, l’émission est pro ruthvène.
Oui.
Je vois déjà les républicains recracher leur soupe rouge, les confédérés chercher un comité pour déterminer s’ils doivent être choqués et les khans vérifier si une couronne se porte avec des plumes. Gardez votre souffle. Il vous servira à nier plus tard.
LE ROYAUME DE RUTHVÉNIE EST DIRIGÉ PAR UN ROIJe le met en avant puisque visiblement les historiens ont brûler les livres d’histoire avec les cendres de la bienséance, puis ont remué le tout avec une fourche de paysan mal lavée avant de décréter que tout le monde pouvait oublier les choses les plus simples. Un royaume a un roi. Ce n’est pas une hypothèse. Ce n’est pas une consultation publique. Ce n’est pas un sondage auprès de trois passants armés de torches. C’est la base. Le pain. Le vin. Le cercueil. La cloche. Le gros fauteuil où s’assoit celui qui porte la couronne pendant que les autres s’épuisent à expliquer pourquoi elle leur irait mieux.
Et ce Roi, mes petites mouches de chapelle, c’est
Wenceslas von Altheim-BlatnoĂŻ.
On dit que le peuple déteste la noblesse.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï compatit. Lui aussi déteste la noblesse. La mauvaise. Celle des autres. Sa c’est de la cohérence monarchique comme on en fait plus.
Les historiens gênés peuvent venir contester. Ils devront d’abord rendre les cendres des livres qu’ils ont grignoter.
La nuit ruthvène a commencé avec des chiffres. Le Royaume de Ruthvénie a récolté 1991 Co d’impôts, payé ses soldats, soutenu une petite solidarité de 50 Co et distribué ses ressources dans presque tous les ministères avec cette élégance austère des vieilles maisons qui savent compter les pièces sans avouer qu’elles dorment sur des coffres. À côté, les provinces agitent leurs bourses comme des novices au marché.
Géofront ramasse,
KaraĂŻbes ramasse,
Crab Key ramasse et
Ruthvénie elle même donne l’impression de saigner un peu au niveau fiscal, mais c’est noble. Quand un royaume perd de l’argent, ce n’est pas un déficit. C’est un sacrifice féodal avec des bottes cirées.
Pendant ce temps, ailleurs, les autres régimes empilent des recettes, des allocations, des ministères à zéro et des promesses qui sentent le parchemin mouillé. La Ruthvénie, elle, paye ses gens, nourrit sa Couronne et continue de se tenir droite dans son cercueil vertical. Ce serais presque touchant si ce n’était pas aussi politiquement utile.
Les comptables qui veulent corriger ces chiffres peuvent appeler. Les autres peuvent agiter un boulier dans le noir en espérant que ça ressemble à une opinion.
Puis vient le grand spectacle de
Ruthvenville, où la monarchie a prouvé sa supériorité la plus pure. Non pas en évitant le chaos. Non. Ce serait vulgaire. Elle l’a absorbé. Elle l’a fait tourner dans un verre. Elle l’a servi tiède aux témoins.
Bladimir Bladimirovitch Mutin a critiqué le Roi, puis
Wenceslas von Altheim-Blatnoï a loué
Bladimir Bladimirovitch Mutin. VoilĂ . Les esprits faibles y verront une contradiction. Les esprits monarchiques y verront un banquet. Car il faut un art rare pour recevoir une gifle, la faire encadrer, la suspendre dans le salon et remercier le gifleur pour son sens de la composition.
Wenceslas von Altheim-Blatnoï l’a fait. Il a salué ce cher
Mutin pour sa capacité à réunir autour de lui des gens qui le trouvent trop dur, trop mou, trop fiscal, pas assez fiscal, trop roi, pas assez corde au cou et probablement pas assez mort selon certains goûts de cave.
Le Roi a compris ce que les républicains oublient toujours. Quand vos ennemis se contredisent, il ne faut pas les interrompre. Il faut leur donner une salle, quelques chandelles et regarder les démons voter ensemble en se pensant malins.
Bladimir Bladimirovitch Mutin reproche au Roi de tenir les gens par les mauvaises bourses. C’est une phrase qui mérite sa tapisserie. Je ne sais pas exactement quelles bourses il voulait tenir et je ne veux pas le savoir avant le deuxième verre, mais j’admire la franchise. Les finances publiques sont un sujet délicat. Il faut les manier avec prudence, comme un hérisson malade ou une noblesse vexée.
Les concernés peuvent venir expliquer leurs bourses en direct. Les lignes seront ouvertes et les rires aussi.
Naturellement, les rumeurs ont couru. Une rumeur disait que le Roi était fou, qu’il voulait gouverner sans ministres et qu’il avait complètement craqué. Quelle adorable naïveté. Gouverner sans ministres n’est pas une folie. C’est parfois une mesure d’hygiène. Avez vous déjà vu un ministre laissé sans surveillance dans un couloir avec un cachet officiel et une idée neuve. C’est plus dangereux qu’un pyromane dans un bureau de vote.
Et justement, parlons des bureaux de vote.
Un pyromane a mis le feu au bureau où se déroulaient les élections pour le poste de Duc de la province Ruthvénie, brûlant une partie des bulletins. Une fraude électorale a été tentée par
Deux-Fleurs de Pont-Krivell. Voilà pourquoi la monarchie existe. Pas parce que le peuple est mauvais. Oh non. Le peuple est charmant. Il est juste fait de chair, de panique, de rancune, de mains baladeuses et d’une fascination inquiétante pour les bulletins qu’on peut tricher ou flamber. Le vote est une belle chose dans les contes. Dans la réalité, il prend feu avant midi et quelqu’un tente déjà de mettre son doigt dans l’urne.
La Couronne, elle, ne brûle pas si facilement. Elle noircit. Elle sent le vieux métal. Elle survit. Elle laisse les cendres expliquer la démocratie.
Toute personne ayant vu le pyromane, le fraudeur, le chandelier suspect ou la dignité civique quitter les lieux est invitée à témoigner. Les mensonges seront acceptés s’ils sont bien enluminés.
Baptiste Le Tellier a retiré sa candidature aux élections ducales avec une noblesse presque dangereuse, expliquant qu’il fallait parfois se retirer pour le bien du Royaume. Voilà un geste rare. Dans d’autres nations, on s’accroche aux postes comme une moule malade à une coque de bateau. En Ruthvénie, on peut encore reculer avec une révérence. Bon, avec un petit grincement intérieur, bien sûr. Nous ne sommes pas dans une fable pour enfants propres. Mais le geste a la grâce des vieilles portes qui se referment en laissant passer un courant d’air funèbre.
Felicity Ruthven, elle, a critiqué le Roi, manifesté contre lui puis loué
Bladimir Bladimirovitch Mutin. Certains appellent cela de l’incohérence. Moi j’appelle cela une journée normale dans une monarchie saine. Une cour vivante doit produire du désaccord comme une cave produit de l’humidité. Sans ça, les gens s’ennuient et finissent par inventer des assemblées nationales.
Les nobles offensés peuvent venir déposer une plainte parfumée. Les roturiers peuvent aussi s’exprimer, mais qu’ils essuient leurs sabots avant d’entrer dans la ligne.
Et pendant que
Ruthvenville disputait ses vérités en robe sombre, la police rappelait au monde que le Royaume n’est pas seulement un décor.
Soeur Shoshana von Zyklon a tenté d’usurper le Roi
Wenceslas von Altheim-Blatnoï, a perdu son poste de Duchesse et les policiers se sont mis en mouvement jusqu’à la conduire en prison. Voilà . C’est propre. C’est net. C’est médiéval dans l’âme. On peut chanter, prêcher, pleurer, parler de douce chaleur et de terres saintes, mais quand on approche trop près du trône avec des intentions qui sentent l’usurpation, la douceur devient serrure.
Qu’on ne dise pas que la Ruthvénie n’écoute pas les femmes de foi. Elle les écoute jusqu’au moment où elles essayent de prendre la chaise du Roi. Ensuite, elle les loge à l’ombre. C’est une forme d’hospitalité.
Soeur Shoshana von Zyklon peut venir expliquer son trajet spirituel vers la prison. Les auditeurs aiment les miracles, surtout ceux avec menottes.
Pendant ce temps, sur les terres de
Crab Key,
Korail a soutenu le gouvernement du Royaume de Ruthvénie, loué
Stefan de Crab et
Astroglobal au nom du
Royaume Pirate de Ruthvénie.
Bohé d'Umont a soutenu le Roi légitime face aux sombres manigances de nos ennemis, avant de se faire huer en tentant de manifester. J’y vois une beauté très ruthvène. Même quand on se fait huer, on a eu le temps de dire vive le Roi. Dans certaines régions, les gens se font huer pour moins bien que ça. Ici au moins, le ridicule porte des armoiries.
La fidélité qui chancelle reste de la fidélité. Elle a juste glissé sur une flaque.
Les pirates monarchistes peuvent appeler. Les gens qui ont hué aussi. Nous comparerons les versions et nous garderons celle qui a le plus de sel.
Mais la Ruthvénie ne se contente pas de survivre à la politique. Elle gagne aussi sur le terrain.
Lord Golgoth Ruthven a célébré la victoire de l’équipe ruthvène et aléokointre, victoire arrachée un à zéro face à une bande de cailloux bodybuildés et surentraînés. Il a même présenté une photo entièrement légitime, absolument pas montée au comptoir en cinq minutes, où tout le monde aurait accepté de participer sans refus répétés ni doublures en catastrophe. Évidemment que nous y croyons. En monarchie, l’image n’est pas une preuve. C’est une enluminure. La vérité vient après, à genoux, avec un encrier.
Une victoire sans péril donne moins de gloire. Une victoire avec mensonges, doublures, cailloux bodybuildés et Roi possiblement gardien de but donne une légende. C’est très différent.
Les joueurs, les doublures, les cailloux et les gens qui ont refusé trois fois avant de se retrouver sur la photo peuvent témoigner. Nous respecterons leur version tant qu’elle confirme la nôtre.
Du côté de
Valégro, la République de Kraland s’agite avec cette odeur de soupe rouge et de papier administratif mouillé qui colle aux bottes.
Ranxerox critique la Ruthvénie.
Logan Komikov accuse, sermonne, proclame la paix avec une main tendue qui ressemble beaucoup à un doigt dans l’œil. Il parle de Moldavie, de respect, de noblesse, de sucette confisquée et de propagande royaliste intermittente. Admirable. Les rouges demandent la paix comme un voisin qui lance des pierres dans les vitraux en jurant qu’il voulait seulement aérer.
Ils ont hissé leur drapeau au
Valégro, nommé, retiré, replacé, sermonné et repeint la scène avec leur éternelle certitude que les paysans chantent mieux quand on leur fournit les paroles depuis la capitale. La République aime tellement libérer les gens qu’elle fini toujours par leur expliquer très précisément comment être libres.
La Ruthvénie, elle, n’a pas besoin de hurler pour exister. Elle grince. Elle se souvient. Elle attend que les rouges se fatiguent à courir autour du pont de l’amitié avec des bannières et des plaintes.
Les kramarades souhaitant répondre peuvent le faire. Qu’ils déposent leurs faucilles imaginaires au vestiaire et qu’ils évitent de graffiter le micro.
Et voici maintenant notre information presque anonyme, rougement anonyme, sans doute kra.
Un message promet Ă
Mench0 un sort peu délicat, avec de l’huile de vidange, des roues de camion et cette poésie de garage insurrectionnel qui prouve qu’un rouge peut manquer de noblesse même quand il menace quelqu’un. Je ne lirai pas tout, non par pudeur, mais parce que certaines phrases sentent tellement le cambouis mental qu’elles risquent d’encrasser les ondes.
Ce qu’il faut retenir, c’est ceci. Quand une menace parle comme un pneu crevé qui aurait appris la politique dans une benne, elle révèle moins une stratégie qu’une hygiène.
Mench0 dérange. Donc
Mench0 existe. Donc
Mench0 a peut être plus d’importance que ses ennemis voudraient l’admettre. C’est la règle ancienne des cours. On ne menace pas les meubles. On menace les gens qui font mal aux nerfs.
Mench0 peut venir demander protection médiatique, protection morale ou simplement une serviette pour essuyer cette prose huileuse. Les anonymes rouges peuvent aussi rappeler. Nous leur fournirons un dictionnaire, un baquet et une chance de faire moins sale.
Je n’oublie pas non plus la déclaration de
Kleo, c’est à dire moi même, car il est important de citer ses sources quand elles ont huit pattes et raison.
Radio Nécrotoile a annoncé que le premier auditeur à laisser un message à la station pourrait choisir quel empire, royaume, république, théocratie ou amas de contradictions je supporterais cette nuit. L’auditeur a choisi. La Ruthvénie a gagné la ligne. C’est donc son heure.
Et qu’on l’entende bien.
Aucune émission ne se fera sans un appel du public dorénavant. Le silence est une faute civique. La timidité est une maladie de couloir. Si vous voulez que les informations de la nuit prochaine soient pro quelque chose, pro Ruthvène encore, pro rouge pour rire, pro vert pour compost, pro confédéré pour voir un meuble voter ou pro brun pour revenir à l’ordre naturel, il faudra appeler. Le premier qui laisse sa voix dans la toile choisira la bannière que je ferai semblant de défendre avec sincérité.
Je ne garantis pas l’honnêteté. Je garantis le spectacle.
La grande vérité de ce soir est donc simple. La Ruthvénie est monarchique. Elle est vieille. Elle sent la pierre froide, le vin sombre, la rancune polie et le droit héréditaire qui se lève encore malgré les rhumatismes. Son Roi est critiqué par ses sujets, attaqué par les ambitieux, moqué par les rouges, entouré de rumeurs, marié à une sorcière brune et pourtant toujours là . C’est cela, la monarchie. Ce n’est pas l’absence de chaos. C’est la capacité de mettre le chaos en livrée et de le faire attendre devant la porte du trône.
La République peut bien crier. La Confédération peut bien voter. Le Khanat peut bien remplir des formulaires tribaux. Le Paradigme peut bien baptiser ses salades. Rien ne remplace une couronne ancienne quand il s’agit de survivre à la bêtise humaine avec un air offensé.
Les concernés peuvent nier publiquement. Les témoins anonymes, les lâches non anonymes, les usurpateurs déçus, les pyromanes civiques, les pirates monarchistes, les sportifs montés en urgence sur une photo et les rouges qui sentent encore l’huile de vidange sont invités à se manifester.
Ici
Kleo, araignée royale temporaire, depuis une salle où les chandelles tremblent moins que les régimes sans roi.
Souvenez vous de ceci.
Une couronne peut être lourde, rouillée, ridicule et posée de travers.
Mais au moins, quand elle tombe, tout le monde sait enfin oĂą regarder.