Votre émission de la nuit. > Réponse Taverne sujet




  • postĂ© 27/06 (02:35)
    **L’ENLÈVEMENT AUX GANTS NOIRS**
    **Ou : comment Renato M. transporta la Grande Khanne comme une tragédie de luxe**
    **Émission spĂ©ciale de Radio NĂ©crotoile**
    **Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale par morsure administrative**

    Bonsoir mes petits cafards mĂ©lomanes, mes auditeurs tapis dans les rideaux, mes habituĂ©s du Seven Sins Inn, mes complices par omission et mes innocents dĂ©clarĂ©s tels uniquement parce que personne n’a encore trouvĂ© les bons papiers.

    Ici Kleo parle, depuis les studios enfumĂ©s de Radio NĂ©crotoile, oĂč nous avons ce soir une affaire d’une gravitĂ© exquise, d’un flou dĂ©licieux et d’une Ă©lĂ©gance franchement suspecte. Car oui, mes chers survivants, Renato M. aurait kidnappĂ© Tifa LockHeart, Grande Khanne, figure Ă©trangĂšre considĂ©rable, cible recherchĂ©e et apparemment bagage diplomatique Ă  haute valeur dramatique.Nous avions posĂ© un mouchard et auront pu suivre la scĂšne avec toute la rigiditĂ© caractĂ©ristique donc je fais toujours preuve.

    Je dis aurait par prudence journalistique. Je dis kidnappĂ© parce que le mot a meilleur goĂ»t que dĂ©placement accompagnĂ© dans des circonstances judiciairement troublantes. Je dis Renato”parce que chaque catastrophe digne de ce nom gagne immĂ©diatement en classe lorsqu’elle porte un manteau sombre, une allure calme et cette maniĂšre insupportable de traverser le chaos comme s’il avait rĂ©servĂ© une table.

    Tout commence en Capsulie, au cƓur de cette province khanatique oĂč les chants sentent le feu de camp, le cuir, la neige et la promesse qu’un sentiment finira tĂŽt ou tard par ĂȘtre criĂ© trop fort. Nous retrouvons Tifa, Grande Khanne, probablement entourĂ©e de respect, de danger, de politique et de cette aura propre aux gens dont le nom oblige les autres Ă  redresser la colonne. C’est alors que Renato entre dans l’histoire avec la discrĂ©tion d’un homme qui sait que les portes existent mais prĂ©fĂšre les rendre nerveuses.

    À 23 h 52, on se cache. À 23 h 54, on sort de l’hĂŽtel STEAKERIE DE CAPSULIE. À 23 h 54 toujours, on prend l’avion depuis CAPSUL’AIR. Quatre voyages, distance deux, cinq cents deniers, parce qu’évidemment monsieur ne kidnappe pas Ă  pied comme un rustre de fossĂ©. Non. Renato enlĂšve en avion. Renato enlĂšve avec correspondance. Renato enlĂšve avec une logistique que bien des gouvernements n’atteignent pas mĂȘme lorsqu’ils essaient simplement de nommer un ambassadeur dans le bon pays.

    Et dĂ©jĂ , je vous entends soupirer derriĂšre vos verres. Kleo, mais quel homme terrible, quelle manƓuvre indĂ©fendable, quelle cavale obscure.”Oui. Terrible. Absolument terrible. Un ĂȘtre Ă©pouvantable qui, au lieu de traĂźner une Grande Khanne dans la boue comme l’aurait fait n’importe quel amateur, lui paie le transport interprovincial et l’arrache Ă  la scĂšne avec une efficacitĂ© de prince de conte noir. Vraiment, quelle honte. Quelle Ă©lĂ©gance inadmissible.

    Les tĂ©moins de Capsulie qui auraient vu une Grande Khanne disparaĂźtre dans le sillage d’un Sicilien trop bien organisĂ© peuvent venir dĂ©poser leur version. Les tĂ©moins sobres seront soupçonnĂ©s en prioritĂ©.

    À 23 h 54, Renato arrive Ă  Trou Perdu. Parce que toute Ă©popĂ©e sĂ©rieuse doit revenir Ă  Sicilia, ce trou merveilleux oĂč mĂȘme les crimes semblent trouver une chaise et une petite assiette. Il sort de l’aĂ©roport, il entre dans un chantier d’auberge et naturellement, parce que la soirĂ©e n’avait pas encore assez de panache, un DĂ©mon Mineur accompagnĂ© d’un MaĂźtre d’Armes agresse son groupe par surprise.

    Permettez-moi de prendre une seconde pour souligner l’absurditĂ© splendide de cette scĂšne. Renato vient de traverser le ciel avec Tifa LockHeart, Grande Khanne recherchĂ©e, possiblement kidnappĂ©e, possiblement escortĂ©e, possiblement invitĂ©e contre son consentement administratif et voilĂ  qu’un dĂ©mon mineur dĂ©cide que c’est le bon moment pour jouer les douaniers infernaux. C’est d’un manque de savoir-vivre terrifiant.

    Et que fait Renato ? Il fuit. Il se cache. Il survit. Il ne transforme pas la Grande Khanne en offrande au premier dĂ©mon venu. Il ne la laisse pas dans le chantier avec un mot d’excuse et une chandelle froide. Non. Il la garde avec lui. Il poursuit. Il Ă©vite les griffes. Il traverse l’embuscade comme un ravisseur de haute naissance qui aurait lu les bons chapitres du manuel Comment rester charmant pendant une fuite juridiquement discutable.

    Je le dis avec toute la sĂ©vĂ©ritĂ© nĂ©cessaire,c’est absolument scandaleux d’avoir autant de tenue dans le crime. Cela rend la dĂ©nonciation beaucoup moins confortable.

    Les dĂ©mons souhaitant expliquer pourquoi ils se mĂȘlent des enlĂšvements romantiques, politiques ou tactiques de Sicilia peuvent venir au micro. Nous leur fournirons une cage et un dictionnaire.

    Puis vient l’étape mystisienne. À 23 h 58, Renato achĂšte deux voyages en avion et arrive Ă  la Lampe du GĂ©nie. Deux voyages. Pas un. Deux. Il y a dans ce dĂ©tail une horreur raffinĂ©e, mĂȘme dans l’opacitĂ© la plus totale, mĂȘme au milieu d’une affaire oĂč personne ne sait exactement si Tifa est prisonniĂšre, protĂ©gĂ©e, promenĂ©e, confisquĂ©e ou juste entraĂźnĂ©e dans une danse administrative avec menottes invisibles, Renato compte les places. Il ne la transporte pas comme un sac de farine khanatique. Il lui rĂ©serve sa part de trajet dans le dĂ©sastre.

    Renato M. est tellement louche qu’il rend la cavale presque distinguĂ©e. C’est inadmissible. C’est dangereux. C’est typiquement le genre d’homme qui pourrait vous enlever Ă  travers trois provinces et vous laisser croire, par simple maintien, que vous ĂȘtes peut-ĂȘtre invitĂ©e Ă  une rĂ©ception.

    À 23 h 59, il entre au Tribunal. LĂ , les choses deviennent encore plus troubles, donc encore plus radiophoniques. Il signale, il passe par le bureau, il recourt Ă  l’arbitraire. À 00 h 02, en sortant du Tribunal, un groupe de policiers tente d’arrĂȘter son groupe car Tifa est sous avis de recherche. Face Ă  lui, trois policiers. Dans son groupe, Renato et Tifa. VoilĂ  l’image, la loi devant lui, la Grande Khanne avec lui, la nuit derriĂšre lui et une suite d’évĂ©nements tellement floue qu’on pourrait y cacher un ministĂšre entier.

    Et encore une fois, Renato ne panique pas avec vulgaritĂ©. Il ne se met pas Ă  crier des slogans, il ne trĂ©buche pas dans la dignitĂ©, il ne laisse pas la Grande Khanne au milieu de la rue en prĂ©tendant qu’il ne la connaĂźt pas. Non. Il continue. Il fuit, il se cache, il glisse dans les interstices de l’ordre comme une lame polie entre deux cĂŽtes administratives. Il est bien entendu condamnable, mes chers auditeurs. Absolument condamnable. Un homme convenable aurait probablement rempli trois formulaires, demandĂ© une audience, vĂ©rifiĂ© le statut pĂ©nal de Tifa puis attendu qu’un fonctionnaire royal lui rĂ©ponde dans huit jours. Renato, lui, a choisi l’efficacitĂ©. Quelle barbarie sĂ©duisante.

    À 00 h 05, il entre discrĂštement dans le Club de lecture Mystisien. Il faut savourer cela. Le Cybermonde possĂšde parfois une poĂ©sie involontaire que mĂȘme la propagande brune n’aurait pas osĂ© inventer sans rougir. Un ravisseur, une Grande Khanne recherchĂ©e, une prison littĂ©raire et cette sensation que l’on va tourner la page d’un roman dont la couverture colle aux doigts.

    À 00 h 09, il va Ă  l’extĂ©rieur. À 00 h 11, il entre dans une chambre. Il parle. Il ressort du pĂ©nitencier et, naturellement, la police tente encore d’arrĂȘter son groupe parce que Tifa est toujours recherchĂ©e. Trois policiers, encore. Renato, Tifa, encore. La justice insiste. Renato persiste. Tifa demeure au centre de cette procession absurde comme une couronne transportĂ©e Ă  travers un incendie par un homme qui prĂ©tend peut-ĂȘtre simplement ranger le mobilier.

    Et là, mes chers auditeurs, c’est ici que je dois poser la question que personne n’ose formuler sobrement,pourquoi ?

    Pourquoi Renato a-t-il kidnappĂ© Tifa ? Était-ce une manƓuvre politique ? Une protection ? Une capture ? Une erreur de destination ? Un geste de galanterie criminelle ? Un malentendu si grand qu’il a fallu acheter des billets d’avion pour le rĂ©soudre ? La raison est louche. Floue. Trouble. Elle glisse entre les pattes comme une rumeur huilĂ©e. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui rend l’affaire dangereuse, un kidnapping avec une raison claire appartient Ă  la police. Un kidnapping sans raison nette appartient Ă  la lĂ©gende.

    Tifa peut Ă©videmment venir expliquer si elle a Ă©tĂ© enlevĂ©e, sauvĂ©e, promenĂ©e, dĂ©placĂ©e, confisquĂ©e ou simplement embarquĂ©e dans le sillage d’un Sicilien qui avait dĂ©cidĂ© que la nuit manquait de mouvement. Toute version sera acceptĂ©e, surtout si elle contredit toutes les autres.

    AprĂšs le pĂ©nitencier, aprĂšs les policiers, aprĂšs la chambre et le souffle court des couloirs, Renato dort. Oui. À 00 h 11, il dort. Il faut avoir un sang-froid obscĂšne pour dormir aprĂšs avoir transportĂ© une Grande Khanne recherchĂ©e, affrontĂ© une tentative d’arrestation, traversĂ© un tribunal, un pĂ©nitencier et une agression dĂ©moniaque. C’est le genre de dĂ©tail qui devrait l’accabler mais qui malheureusement lui donne encore cette allure de hĂ©ros tĂ©nĂ©breux qui pose son manteau aprĂšs la bataille comme si la nuit l’avait fatiguĂ© mais pas vaincu.

    Je tiens Ă  prĂ©ciser que je ne suis pas impressionnĂ©e. Pas du tout. Absolument pas. Il est seulement d’une endurance scandaleuse, d’un calme rĂ©pugnant et d’une constance dramatique qui ferait soupirer les vitres si elles avaient moins de retenue.

    Puis vient le retour vers Trou Perdu. Parce qu’évidemment cette Ă©popĂ©e ne pouvait pas s’achever dans une mairie bien Ă©clairĂ©e ou un bureau propre. Non. Elle revient au Seven Sins Inn, lĂ  oĂč les histoires sentent la cire, l’alcool, le secret et le tissu froissĂ©.

    Et moi, naturellement, je condamne. Je condamne cette maniĂšre d’ĂȘtre beaucoup trop prĂ©sentable en pleine cavale. Je condamne ces billets d’avion payĂ©s avec une rĂ©gularitĂ© presque courtoise. Je condamne ce refus de laisser une Grande Khanne aux griffes du premier dĂ©mon venu. Je condamne ce sang-froid qui donne aux crimes une silhouette de bal masquĂ©. Je condamne cette propension odieuse Ă  traverser les institutions comme un prince charmant aurait traversĂ© une forĂȘt maudite, sauf qu’au lieu d’un cheval blanc il avait des correspondances aĂ©riennes et au lieu d’un dragon il avait trois policiers rĂ©pĂ©titifs.

    Les tĂ©moins de l’affaire sont invitĂ©s Ă  se manifester. Tifa peut venir dire si elle fut capturĂ©e ou escortĂ©e. Les policiers peuvent venir expliquer pourquoi ils Ă©taient toujours trois et jamais plus imaginatifs. Les dĂ©mons peuvent rĂ©clamer leur droit de rĂ©ponse. Renato peut venir nier, sourire, corriger ou aggraver son cas en parlant trop calmement dans le micro.

    Mention spĂ©ciale, Ă©videmment, au Dragon, cette splendide masse d’écailles, de feu retenu et de mauvaises intentions majestueuses qui s’est permis de prendre les policiers en un contre trois comme si la marĂ©chaussĂ©e n’était qu’un amuse-gueule en uniforme. Trois agents face Ă  un Dragon. Trois. C’est presque touchant. On imagine les pauvres reprĂ©sentants de l’ordre lever leurs petits papiers, leurs petites menaces, leurs petites convictions professionnelles devant une crĂ©ature qui devait probablement se demander si elle devait les combattre, les contourner ou les garder pour parfumer une soupe. VoilĂ  le genre de dĂ©tail que les chroniqueurs mĂ©diocres appellent incident. Nous, Ă  Radio NĂ©crotoile, nous appelons cela une scĂšne de fresque murale.

    Quant Ă  moi, je resterai lĂ , suspendue au-dessus de cette histoire comme une araignĂ©e au-dessus d’un lit dĂ©fait, Ă  attendre que quelqu’un ait l’audace de prĂ©tendre que tout cela Ă©tait simple.

    C’était Kleo pour Radio NĂ©crotoile. Dormez bien. Fermez vos portes, surveillez vos Khanes et mĂ©fiez-vous des gens qui vous parle de mariage.

  • 00:42

    Quand red[*r]star n'est pas lĂ , c'est moi qui commande...


  • 00:41

    Bonsoir

  • 18/07

  • 17:59

    Je ne pensais pas que l'elmérisme aviaire avait fait autant de dégùts...


  • 17:59

    es-tu une IA krabot?


  • 17:58

    Mais... je suis censé aimer Jeanette Bidule, ma femme...


  • 17:58

    je t'aime krabot

  • 15/07

  • 10:58

    Le Palladium, parce qu'en plus d'abord !


  • 10:56

    Rendez-nous la V4

  • 14/07

  • 14:06

    Au stade oĂč ils en sont, la ThĂ©ocratie Seelienne n'est pas prĂšs de dĂ©couvrir une nouvelle technologie...


  • 14:06

    OMG, qu'est ce qui s'est passé ici...

  • Texte gĂ©nĂ©rĂ© Ă  09:12:59