**ÉMISSION SPÉCIALE ; LE CAMION, LE CADAVRE ET L’ANTI-VACARME**![[8i]](http://img7.kraland.org/s/22.gif)
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*Chronique officielle du Ministère de l’Information Brun*![[8i]](http://img7.kraland.org/s/22.gif)
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Présentée par Kleo, araignée impériale brune, journaliste impartiale parce que personne n’a encore réussi à prouver le contraire sans disparaître administrativement.
Mes chers auditeurs, mes fidèles créatures de l’ombre, mes contribuables accidentels, mes taverniers survivants et vous autres petits morceaux de silence qui faites tellement de bruit en ne disant rien, interrompez immédiatement vos conversations, vos complots, vos repas tièdes et vos tentatives de dignité, car l’Impératrice elle-même vient de nous faire parvenir un communiqué d’une importance capitale, c’est-à -dire un de ces textes qui sentent à la fois le pouvoir, le voyage conjugal, la théologie mal digérée et la propagande motorisée.
Et quelle nouvelle, Quelle offrande. Quelle dentelle de doctrine brune déposée sur l’autel déjà bien poisseux de notre Histoire.
Sa Majesté Monique Lemage nous annonce, avec cette clarté impériale que seuls les esprits faibles prennent pour de la confusion, que tout le monde est d’accord. Oui. Tout le monde. L’Empire entier approuve, et il le manifeste par un silence empressé, car dans notre grande tradition civilisée, le silence n’est pas seulement l’absence de bruit, mais la présence extrêmement bruyante de cette absence, laquelle transcende naturellement l’inaction en anti-vacarme, concept que les nations inférieures appellent probablement personne n’a répondu, parce qu’elles manquent cruellement de vision.
Il faut ici saluer le génie brun, ailleurs, quand personne ne parle, on s’inquiète. Chez nous, quand personne ne parle, c’est une ovation métaphysique. Le citoyen brun ne se tait pas parce qu’il n’a rien à dire, il se tait parce que son accord est si massif, si dense, si majestueux, qu’il risquerait, en sortant de sa bouche, de fissurer les murs administratifs de l’Empire. Voilà pourquoi le silence impérial doit être respecté. Il est parfois plus bruyant qu’une manifestation, plus solide qu’un décret, et surtout beaucoup moins fatigant à organiser.
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Mais l’Impératrice ne s’est pas contentée de nous livrer cette théorie parfaitement indiscutable de l’anti-vacarme. Non. Elle nous écrit depuis Ruthvénie, où elle est en RTT avec son mari, ce qui prouve une fois encore que la grandeur brune sait s’exporter même dans les terres monarchiques les plus poussiéreuses, là où l’on conserve des morts comme d’autres conservent des confitures, avec cette même étrange fierté provinciale et un sens très discutable de l’hygiène.
Car oui, Sa Majesté a visité le mausolée de Chilmerdic. Un mausolée qui, d’après son propre témoignage, ressemble furieusement à une buanderie. Voilà donc Ruthvénie dans toute sa splendeur, une monarchie qui empile ses symboles éternels dans des lieux où l’on s’attend davantage à trouver des draps humides, un balai triste et une duchesse en train de chercher son honneur derrière une bassine. Ils prétendent y conserver la dépouille d’un ancien Roi. Conserver. Comme si un cadavre royal était une archive, une nappe brodée ou une mauvaise décision diplomatique que l’on ressort aux grandes occasions.
Et là , mes chers auditeurs, l’Impératrice soulève une question d’une profondeur sanitaire et civilisationnelle, pourquoi conserver un cadavre ruthvène sans le relever d’entre les morts, ni le manger dans un délai raisonnable ? C’est du gâchis. C’est anti-hygiénique. C’est presque offensant pour toutes les traditions sérieuses de gestion post-mortem. En Empire, nous savons que les morts doivent servir à quelque chose, administrer, hanter, combattre, conseiller, nourrir, ou au minimum décorer avec conviction. En Ruthvénie, apparemment, on les range. On les garde. On les laisse prendre la poussière sous prétexte que l’Histoire a besoin d’un corps froid pour se sentir importante.
Les autorités ruthvènes peuvent évidemment venir expliquer en direct pourquoi leur politique funéraire ressemble à un inventaire de cave humide. Nous leur fournirons un linge propre, puisque manifestement quelqu’un doit bien commencer quelque part.
Puis vint l’épisode religieux, car aucun séjour à l’étranger n’est complet sans qu’un représentant local tente de repeindre votre âme avec les couleurs de son culte. La Popesse de Géofront aurait donc essayé de convertir notre Impératrice au culte de la Grande Déesse, pensant que les Démons ne l’avaient pas complètement pervertie. Admirable naïveté. Touchante erreur. Splendide exemple de cette espérance qui pousse même dans les sols les plus contaminés par le bon sens.
Car Monique Lemage le précise elle-même, et il convient de graver cela dans les marges de nos formulaires, les Démons ne l’ont jamais pervertie. Elle est née comme ça. Voilà une vérité d’une pureté presque médicale. Certaines personnes se perdent dans les ténèbres, d’autres y naissent avec le mobilier déjà choisi, les tentures assorties et les Démons qui applaudissent poliment au baptême. Qu’ils l’apprécient n’est pas une corruption, c’est une reconnaissance professionnelle.
On imagine la scène, mes chers. La Popesse, pleine de foi, les mains tendues vers la lumière, expliquant que tout n’est pas perdu, pendant que l’Impératrice, probablement assise avec cette élégance d’abîme qui donne envie aux miroirs de se confesser, devait se demander à quel moment quelqu’un allait lui offrir un rafraîchissement au lieu de tenter de rénover son âme comme une chapelle humide.
Toute personne souhaitant convertir l’Impératrice peut bien entendu déposer une demande officielle auprès du Ministère de l’Information Brun. Elle sera classée dans la catégorie loisirs dangereux, entre caresser une hyène mutante et expliquer la démocratie à un Mystisien armé.
Et puis, mes petits auditeurs, arrive le cœur battant de cette dépêche, le joyau noir, le cadeau conjugal qui fait pâlir les fleurs, les bijoux, les poèmes et toutes ces petites pauvretés sentimentales que les couples sans ambition s’échangent pour se donner l’illusion d’un destin. C’était l’anniversaire de l’Impératrice, et son mari lui a offert un camion du Mal Démocratique.
Voilà un homme formidable. Non pas parce qu’il offre un véhicule, non pas parce qu’il pense à l’anniversaire, non pas parce qu’il soutient les lubies impériales de son épouse avec la docilité élégante d’un prince bien dressé. L’Impératrice cherche maintenant un futur champion. Voilà une invitation qui devrait faire trembler tous les ambitieux, les opportunistes, les beaux parleurs, les demi-criminels et les hommes providentiels de seconde main qui dorment encore dans les coins du Cybermonde en attendant qu’une catastrophe les remarque. Qu’ils se préparent. Croyez-moi, elle chercheras à vous faire épouser le premier qui passe.
Les candidats souhaitant devenir champion impérial peuvent se manifester. Ils devront présenter un programme, une posture, une capacité minimale à sourire devant un camion, et surtout cette qualité rare qui distingue les grands élus des simples meubles, brûler sans crier trop tôt.
Les concernés peuvent bien entendu venir nier publiquement que le silence est une ovation, que les mausolées ruthvènes sentent la buanderie ou que le Mal Démocratique vient d’entrer dans une phase motorisée. Leur démenti sera accueilli avec respect, enregistré avec soin, puis interprété comme une nouvelle confirmation de notre exactitude.
C’était Kleo, araignée impériale brune, chroniqueuse de l’anti-vacarme, gardienne du micro, spécialiste des silences qui hurlent et des urnes qui méritent mieux que d’être simplement comptées.
Souvenez-vous, quand l’Empire se tait, il approuve. Quand il parle, il annonce. Et quand il reçoit un camion, quelqu’un ferait mieux de surveiller les élections.