posté Aujourd'hui (00:19)
Monsieur,
J'ai lu votre prose trois fois. La première par politesse. La deuxième pour comprendre. La troisième pour vérifier que je n’avais pas rêvé la deuxième.
Vous parlez de SHORTER le Royaume. De RETOUR SUR INVESTISSEMENT. D'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE D'ACTIONNAIRES. J'ai fait quérir mon valet pour qu'il me traduise. Le pauvre garçon a pâli, puis m'a avoué qu'il croyait que c'était de l’élmérien. Ce ne l'est pas. C'est pire : c'est de la comptabilité.
Vous me proposez donc de transformer la Ruthvénie en, je cite, une GIGANTESQUE SOCIÉTÉ ANONYME. Anonyme, Monsieur ? ANONYME ? Savez-vous seulement à qui vous parlez ? Mon nom compte SEPT échansons royaux. Sept ! Et vous voudriez que je verse cela dans une chose qui se vante d'être sans nom ? Autant demander à la Dame de l'Étang de se reconvertir dans la pisciculture industrielle.
Cela étant.
Vous semblez DÉSIRER ce trône. Sincèrement. Avec cette flamme dans l'œil que j'ai vue jadis chez les hommes qui voulaient vraiment des choses, et qui m'a toujours profondément mis mal à l'aise, car un noble ne désire pas, voyons. Un noble POSSÈDE, et trouve déjà cela fatigant.
Aussi vous ferai-je une offre que mon comptable, si j'en avais un, qualifierait sans doute de fort mauvaise affaire.
Venez. Au Royaume. En personne. Et si les noblions ruthvènes me refusent leurs allégeances jusqu'au bout, comme ils s'y emploient avec un zèle admirable, je vous cède la couronne.
Comme ça.
Gratis.
Sans frais d'entrée dans le réseau, pour reprendre une réclame que j'ai vue passer et qui m'a donné la migraine.
Je ne perds rien, voyez-vous. Le pouvoir, je ne l'ai jamais voulu. La richesse, je l'ai par naissance. Et la paperasse, je vous la laisse bien volontiers : un Altheim-Blatnoï ne compte pas.
Faites donc fructifier. Moi, j’irai nourrir les canards.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs