posté Hier (00:05)
Monsieur le Premier Ministre, vous me flattez.
Ne vous ai-je jamais parlé de mon Petit Livre Rouge ? Un présent de Jalala. Annoté de ma main, page après page, dans la marge et entre les lignes. Oh, je l'ai ÉTUDIÉ. Je vous en lirai les meilleures feuilles à l'occasion.
Mademoiselle de Tomosan. Concernée ? Vous ? Personnellement ?
Voilà qui me confond. Je vous ai pourtant croisée à Crab Key auprès de Monsieur Liarr, et rien, RIEN dans votre maintien ne trahissait pareil attachement. Quelle discrétion. Admirable. Au point de m'égarer tout à fait.
Et voyez le malheur : cela ne change rien. Rien du tout.
Car vous n'êtes pas kralandaise, Mademoiselle. Votre cœur est sincère, et j'en suis ému, mais il ne scelle aucune alliance entre les deux nations. Vous aimer, c'est priver le Valégro du seul lien qui pourrait le sauver. Quel gâchis. Deux êtres qui s'aiment, et que la raison d'État doit séparer. J'en pleurerais, si j’avais le temps.
Mais je ne l'ai pas. Et le Royaume non plus.
Car pendant que nous célébrons de beaux sentiments, le Valégro, lui, vire kralandais plus vite que de raison. Chaque jour de tergiversation est un arpent de gagné pour la République. Bientôt il n'y aura plus de duché à marier, plus de province à disputer, rien qu'une parcelle de plus passée sous leur drapeau.
Que veut le Royaume ? Garder le Valégro ? Alors qu'il consente à ce mariage, et vite. Une kralandaise pour Émile, le sacrifice du cœur à la couronne, et la province demeure ruthvène. Voilà le prix. Il n'y en a pas d'autre.
Reste à savoir qui, parmi ceux qui rêvent déjà de ceindre un jour cette couronne, aura le courage de payer ce prix le premier.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs