posté 12/06 (14:33)
Kraland,
Voilà trop longtemps que le Valégro brûle à petit feu.
J'ai vu des voyageurs reçus comme une invasion quand ils ne plantaient que des tentes. J'ai vu des fleurs piétinées montées en affaire d'État. J'ai vu des territoires revendiqués, une population soulevée, des opposants terrorisés. Et j'ai cessé de compter les torts, car la liste en est devenue plus longue que le conflit lui-même.
Et qu'entend-on aujourd'hui au Royaume ? Un appel. L'appel du Duc Dumont qui réclame des orateurs, pour crier plus fort que l'adversaire. Des muscles, pour frapper plus dur que lui. Des partisans de l'ordre, pour imposer le sien. Voilà l'homme à qui la garde du Valégro fut confiée : le feu prend dans sa maison, et il convoque le Royaume entier pour souffler dessus. Il ne demande pas du secours. Il demande du COMBUSTIBLE.
On me dira que cette parole ne m'appartient pas, et qu'elle revient au ministère des Affaires étrangères du Royaume. C'est exact. Le Royaume possède une Ministre des Affaires étrangères. J'en ai la certitude DOCUMENTAIRE. Son silence est si parfait, si constant, si admirablement tenu depuis le premier jour de cette crise, qu'il faut y voir soit une stratégie diplomatique d'une subtilité qui m'échappe, soit un vœu religieux que je respecte. Dans les deux cas, le Valégro brûle, et quelqu'un doit parler pendant qu'elle médite. À défaut de mieux disert, ce sera moi.
Je viens demander la PAIX pour le Valégro. Et je viens dire comment.
Un MARIAGE.
C'est ainsi que les couronnes règlent leurs querelles depuis qu'il existe des couronnes.
Et voyez la rencontre que l'Histoire nous offre : sur ce point précis, la plus vieille coutume des trônes rejoint celle des Manouch'kra. Un peuple qui pense en familles, qui scelle ses alliances par les noces, et qui tient le festin pour un acte plus sérieux que la bataille. Quand l'aristocratie et la roulotte tombent d'accord, c'est que la Dame de l'Étang elle-même a parlé.
Qui, alors ? Qui, sinon Monsieur Émile Liarr, à qui le Duché du Valégro doit revenir ? Nul n'est plus digne de ce fardeau. Qu'on lui donne une épouse de Kraland, Madame Circulaire par exemple, et qu'il se donne TOUT ENTIER au Valégro, à ses vignes, à ses moutons, à ses patates, à sa future épouse, loin du tumulte et des honneurs de la capitale, pour le restant de ses jours. C'est un sacrifice. Je le tiens pour capable de le faire, et je serai le PREMIER à l'y encourager.
Kraland, le choix est simple. D'un côté une mobilisation, de l'autre une invitation. D'un côté des clameurs, de l'autre un violon. D'un côté des veuves, de l'autre des mariées. On a vu des guerres durer cent ans. On n'a jamais vu une noce durer plus d'une semaine. Et encore : chez les Manouch'kra.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs