posté 08/06 (21:38)
Madame l'Impératrice,
Permettez-moi de vous dire, avec toute la sincérité dont un Altheim-Blatnoï est capable, que vous n'avez pas entièrement tort.
Je connais ce palais, Madame. J'y ai vécu. Certes, une nuit. Mais j'en connais chaque moulure, chaque tenture, chaque abomination.
L'héritage lampionisto-seelien nous avait légué des consoles luminescentes dans chaque alcôve et des portes qui s'ouvraient en chuintant comme des insectes mécaniques. La Reine Élune y avait ajouté des tentures dont je préfère taire l'usage probable, ains que les fresques que vous décrivez. Je confirme que les angelots trompettistes n'étaient pas les seuls à être nus : il y avait aussi des nymphes, des satyres, et au moins une créature que je n'ai jamais réussi à identifier mais dont la posture ne laissait aucun doute sur ses intentions. Les coussins, Madame, je m'y suis ASSIS. Je n'en dirai pas davantage. Et Sa Majesté Golgoth avait couronné le tout d'un ravalement en rose tendre et en lilas, comme si l'on inaugurait une pâtisserie à l'intérieur d'un lupanar.
Je vous l'accorde : avec votre pierre noire et votre austérité, l'on a désormais la certitude de s'asseoir sur des coussins PROPRES. C'est un progrès.
Cependant.
Vous n'avez pas rasé le Palais Royal. Vous l'avez DÉPLACÉ. Poussé dans un coin de la ville comme l'on pousse un meuble gênant derrière un paravent. Il est toujours là . Avec ses nymphes. Avec ses satyres. Avec la créature. Avec les coussins. Tout cela EXISTE encore, Madame, à quelques pas d'un portail à déchets, et personne n'a jugé bon de l'achever.
C'est du travail bâclé.
Si l'on veut se débarrasser d'un lupanar fluorescent, on ne le gare pas à côté des poubelles en espérant que personne ne le remarque.
On l'envoie au PARADIGME, où les fresques d'Élune seront enfin chez elles, où les satyres retrouveront un public qui les apprécie, et où les coussins connaîtront une seconde jeunesse. Puis l'on rase les fondations, l'on purifie le sol par les flammes et l'on y répand du sel. Si les coussins sont toujours là , l'on fait intervenir un prêtre, possiblement deux, et l'on envisage sans états d'âme le recours à l'arme nucléaire, car il est des souillures que seul l'atome peut absoudre. L'on attend que la terre refroidisse. L'on bénit les cendres. Et ALORS seulement, Madame, l'on reconstruit.
Vous n'avez rien fait de tout cela. Vous avez bâti, tout simplement. L'ensemble est sévère, sans fard, et ne demande point qu'on l'aime. Je reconnais la main, Madame.
J'ose espérer que l'architecte sera châtié comme il se doit. Mais remerciez-le pour les coussins. Ils sont propres. Je m'en contenterai.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs