posté Hier (08:48)
Aux représentants des nations du Cybermonde,
Je vous avais laissés en pleine déchirure fraternelle autour de ce qu'il convenait de faire des Karaïbes. Le Khanat proposait sa protection. La République allumait des phares. Les Kanards hébergeaient les exilés. Chacun posait sa main sur le coin d'une carte, tirant sur le tissu avec la délicatesse d'un convive qui veut la plus grosse part.
Pendant ce temps, une équipe certes ruthvène mais appuyée par des soutiens LOCAUX a repris le contrôle de la province. Le Duc arboricide est en cellule. La Duchesse est en place. Et moi-même j’administre Trésorville.
Permettez que je clarifie quelques points.
Premièrement : les Karaïbes ne sont point un bout de pain. On ne les partage point entre empires au-dessus de la tête de leurs habitants. Toute négociation concernant l'avenir de cet archipel se tiendra désormais avec les Karaïbes, et non point à leur sujet. Cette distinction, que les diplomates confondent parfois, change absolument tout.
Deuxièmement : la province sera gouvernée pour ses habitants légitimes, et non point au profit des colons ruthvènes. Les décisions seront prises collégialement et respecteront toutes les sensibilités. Je précise "toutes sauf la coloniale", les colons étant déjà ABONDAMMENT représentés par Madame la Duchesse et par moi-même. Ce serait abuser.
Troisièmement : j'appelle solennellement tous les Karibéens exilés à rentrer. Amnistie pleine. Pardon administratif. Réinstallation facilitée. Nous allègerons les peines liées à la résistance, nous rendrons les terres confisquées dans la mesure du possible, nous faciliterons les démarches de ceux qui traînent encore quelques ennuis judiciaires hérités de l'ancien régime.
Je m'adresse nommément à Monsieur Zyor Mawi. Votre villa de Kanardville vous a accueilli le temps qu'il fallait. Vos filets, vos barques, la mémoire de votre grand-père saunier vous attendent ici. Votre exil a assez duré. Les Karaïbes ont besoin de vrais Karibéens. Rentrez.
Quatrièmement, et ceci regarde Sa Majesté la Reine Élune Von Voda autant que les chancelleries étrangères : nous entendons renégocier avec la Couronne les termes de l'appartenance karibéenne au Royaume. Une autonomie élargie. Peut-être, à terme, une transition vers l'autodétermination. Cela se fera avec patience, avec respect des institutions, et avec la déférence due à Notre Souveraine. Mais cela se fera.
De mon temps, on ne demandait point l'avis des provinces. On les prenait, on les gardait, on les échangeait contre une promesse de mariage. Les temps ont changé. J'accueille ce changement avec la bougonnerie d'usage, mais je l'accueille.
Ambassadeurs et ministres, la prochaine fois que vous parlerez des Karaïbes, assurez-vous qu'un Karibéen soit présent dans la pièce. Cela vous évitera de dire des sottises.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs