Guerre cognitive : faut-il reprendre en main les algorithmes des réseaux sociaux ? > Réponse Politique & Société sujet




  • posté 12/04 (13:56)
    A te lire, je pense qu'il y a quelques incompréhensions entre ce que j'exprime et ton ressenti. Je m'explique.

    Ce n'est pas une question de posture, c'est une question de point de départ. Je fais part de ce que je sais, ce que je ressens, tout cela pouvant évoluer justement grâce à la confrontation des idées, des points de vue de chacun.
    C'est sans doute pour cela que le fil t'échappe, car tu sembles penser justement l'inverse, que mon avis est immuable et que j'oriente la discussion (recadrages qui en réalité n'en sont pas) dans une espèce de nasse qui doit déboucher sur un avis préconçu, alors que c'est au contraire pour moi une façon d'élargir ma perception de la problématique.
    Je le répète : j'ai plus de questions que de réponses. Et de ce fait, la perception que j'ai aujourd'hui de cette problématique est très largement évolutive, dans la mesure où je suis convaincu par ce que je pourrai lire ici. J'en tirerai une synthèse à titre personnel.
    J'espère que cette précision faite, ton prisme de lecture sera différent, car je ressens une espèce de jugement.

    Donc quand tu dis :
    J'ai l'impression que quoi que je dise, si ça ne parle pas de "sécurité", alors ça ne sera pas accepté.


    C'est en effet une impression, rien d'autre.

    Une autre incompréhension est sur la verticalité ou l'horizontalité du pouvoir par rapport aux prises de décisions pour résoudre cette problématique.
    Si aujourd'hui nous sommes sur un modèle assez vertical, j'essaie d'envisager un autre modèle, horizontal, dans lequel l'Etat respecte les choix des citoyens, de la société, car il est l'entité qui les représente. Une utopie peut-être, mais est-on à une utopie près quand on parle de politique ? Et puis n'était-ce pas le sens de la démocratie représentative dans son ambition première, avant qu'elle ne soit pervertie ?
    Alors ça demande effectivement un effort d'imagination parce que je pense qu'on n'a l'habitude de se faire malmener démocratiquement parlant. Ma proximité avec la Suisse me permet de l'envisager plus facilement peut-être où les outils démocratiques sont plus nombreux.
    Du coup, je peux comprendre une partie de tes réticences quant à envisager "que la seule main qui importe soit celle de l'Etat, ses agences et sous-structures", ou à l'utilité de légiférer, si tu ne crois pas en une évolution qui irait dans le sens d'une plus grande prise en compte de l'avis des citoyens. Seulement ce n'est pas ma perspective. Je veux y croire, sans quoi je pense que notre modèle finira par imploser, sans certitude sur ce qu'il en ressortira : du pire ou du meilleur, nul ne peut le savoir. J'aurais plutôt tendance à penser que la barbarie prendrait le dessus.

    A contrario, j'ai l'impression que tu comptes plus sur l'action citoyenne, individuelle, possiblement structurée mais sans implication de l'Etat parce que justement tu n'envisages la gouvernance que sous sa forme actuelle. Pourquoi pas. J'étais allé regarder Fediverse suite à ton premier post, que je ne connaissais pas du tout, mais j'ai trouvé les alternatives peu conviviales (c'est un avis très personnel) par rapport à ce qui existe aujourd'hui. L'idée est bonne ceci dit. L'action citoyenne est quelque chose de très interessant, je ne la rejette pas, je pense juste que sans l'aide de l'Etat, elle aura du mal à se developper et atteindra assez vite son plafond de verre.

    En répondant à comment moi, j'entrevois l'exercice du pouvoir, cela répond aussi à ta question sur "à qui est la main". A nous, tout simplement, et l'Etat est notre outil pour faire valoir nos aspirations et leur donner un cadre juridique.

    Troisième incompréhension : le caractère intentionnel des algorithmes.
    En fait on est d'accord, ce que j'ai voulu dire c'est qu'initialement ce n'était pas le cas mais que le potentiel des RS en matière de recueil d'informations a été cerné par les autorités et les entreprises qui ont profité du développement exponentiel et anarchique de l'internet pour organiser cette surveillance, peu importe les fins, commerciales ou sécuritaires.
    Maintenant que ceci est en place et que l'on voit l'argent que cela génère, la sanction serait alors redoutablement efficace. Et quand tu dis :

    Je vois une contradiction dans le fait de poser ce levier comme concret alors que priver les opérateurs économiques de nos données mènerait à un choc économique considérable


    J'ai du mal à te suivre, parce que ce choc économique impacterait en priorité les sociétés encourageant le consumérisme, consumérisme que tu sembles dénoncer par ailleurs. L'argument me semble incohérent en fait.
    Il n'y a rien de vital pour nous, en France, à voir la consommation de produits manufacturés à l'autre bout du monde à bas coût chuter brutalement, à part créer un sentiment de pauvreté peut-être, parce qu'on ne peut plus s'offrir le superflu.
    En fait, la sanction serait douloureuse pour les plateformes et les manufactures, par pour les utilisateurs. Ma vie ne changera pas si je ne tombe pas sur une pub pour une tondeuse autonome en scrollant l'actualité sur mon RS.
    Et surtout, l'idée de la sanction, c'est qu'elle pousse les RS à être vertueux sur leurs autres aspects cognitifs. C'est pour cela que je dis que le commerce n'est pas central. Le tout est de définir ce que l'on entend par vertueux et ça, c'est aux citoyens de l'exprimer.
    A mon humble avis, c'est cette discussion qui est réellement essentielle d'un point de vue collectif : que veut-on être/ne pas être, subir/ne pas subir ?

    Il me reste une dernière remarque sur ta réflexion concernant des "glissements vers un horizon de guerre".
    Si tu dis ça, c'est que tu penses que nous ne sommes pas déjà en guerre, or moi je le pense, et le fait de ne pas le voir, ne pas intégrer ce fait et de ne pas prendre des mesures pro-actives qui s'imposent, nous a déjà considérablement affaibli. Nos hommes/femmes politiques sont soit à la ramasse sur le sujet, soit pire, ils y contribuent parce qu'ils ont une vision ultra-libérale du monde.
    C'est une guerre économique que nous subissons depuis toujours mais qui s'est accentuée en terme d'intensité depuis l'avénement d'internet. La guerre cognitive en est un des aspect et c'est peut-être celui qui est le plus puissant et redoutable, internet étant un vecteur qui va permettre de toucher tout le monde, facilement.
    Je suis assez effaré qu'il y ait si peu de personne à mettre un nom sur ce qu'il se passe dans notre pays alors que tous les éléments sont là, sous nos yeux, depuis longtemps déjà. Pourtant, on voit que le mot souveraineté commence à prendre de l'importance dans la campagne électorale à venir, à droite comme à gauche. On voit le sentiment anti UE monter.
    Mettons des noms sur les choses, ça clarifiera le débat. Limite il faudrait un autre topic sur la guerre économique et les ingérences étrangères en France pour les mettre en évidence. On verra d'ailleurs assez vite que les US et l'Allemagne sont loin d'être nos amis...

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    Vous allez aimer me détester...
  • 26/04

  • 22:08

    Vivez en harmonie avec la Nature !

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